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Autour du genre : Gender Studies, médias et sciences sociales

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Academic year: 2022

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Séminaire de recherche

Laboratoire Communication et politique - UPR3255 CNRS - 27 rue Damesme, 75013 Paris

Vendredi 15 mai 2009 Salle de réunion du R.-C.

Autour du genre :

Gender studies, médias et sciences sociales Résumés des interventions

Marlène Coulomb-Gully, « Les SIC, une discipline Gender blind? »

Sous le titre un peu provocateur « Les sciences de l’information et de la communication, une discipline Gender blind ? », cette communication s’efforcera de faire le point sur les relations entretenues entre SIC et études de genre. Après avoir brièvement retracé les difficultés d’implantation de ces dernières en France et fait l’hypothèse d’un Gender turn de l’ensemble des sciences humaines et sociales au début des années 2000, on tentera d’apprécier la place et l’apport de ce questionnement pour l’interdiscipline : si les SIC doivent s’ouvrir à la pensée du genre, ce n’est pas pour céder à un quelconque effet de mode, mais pour la fécondité de cette approche pour l’information-communication.

Sandra Frey, « L’usage des Gender Studies comme marqueur des normes de domination »

Les études de genre, plus usitées en France sous la terminologie de « rapports sociaux de sexe », ont introduit à partir des années 70 une rupture d’avec l’androcentrisme épistémologique des sciences humaines. Les concepts développés par les théoriciennes féministes Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu ou encore Christine Delphy vont permettre de dévoiler non seulement les rapports économiques et d’appropriation des productions issues du corps féminin mais également l’organisation systémique et symbolique qui rend possible ce processus en l’invisibilisant. Plus largement, l’utilité du genre dans la recherche va permettre de déconstruire les catégories conceptuelles, et donc de mettre un terme au mythe de l’universalisme et de la confiscation masculine de la légitimité publique. L’introduction du genre dans l’explication du fait social et des mobilisations collectives va permettre à son tour de transformer les pratiques sociales. De sorte que le genre contribue à repenser la structure sociale et étatique où l’Etat est vu comme une production symbolique. Quelques usages de ce processus de mise à jour des normes de domination masculine en matière de communication seront présentés à travers une analyse européenne du sexisme dans les albums pour enfants, ainsi que l’impact des représentations sociales sur la légitimité des femmes à occuper des places et des rôles historiquement réservés aux hommes. Mais l’intérêt des recherches sur le genre est également de se renouveler sans cesse en faisant appel à des approches toujours plus innovantes comme par exemple celle du tournant culturel de Judith Butler ou de la sociologie de l’invisibilité de Wayne Brekhus. Le croisement avec ce type

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d’approche a été exploré lors d’une analyse discursive sur l’effet paritaire dans les discours de campagne électorale lors de l’élection présidentielle de 2007 qui a révélé l’importance du média du langage dans le processus de reproduction de la domination de sexe ainsi que dans le manque de renouvellement des projets politiques présentés à la société.

Isabelle Gavillet, « Sexe, gender, sexualité, queer ? Un appareillage théorique à (re)définir »

Où situer une analyse des homosexualités à la télévision dans l’effervescence contemporaine des travaux « français » sur le « genre » en sciences humaines et sociales ? Nous argumenterons d’une part en rendant compte des résultats d’une recherche engagée en 1995 sur les constructions sociales et télévisuelles des homosexualités et, d’autre part, en mettant en évidence le caractère flou, ambigu et complexe de la définition d’un champ d’études sur le genre.

À contre-pied du sens commun, nous soutenons que les représentations télévisuelles liées aux sexualités dites périphériques sont à interpréter davantage comme les effets d’une normalisation des pratiques et conduites jugées déviantes, que dans les termes d’une acceptation de ces sexualités par la société et les professionnels de télévision.

Cette hypothèse se nourrit d’un montage théorique élaboré au milieu des années 90 : le dispositif de sexualité de Michel Foucault, la domination masculine de Pierre Bourdieu, la temporalité cyclique de Bruno Latour et la logique du pseudo- événement de Daniel J. Boorstin. Tous ces travaux invitant, selon nous, à une réhistoricisation de certaines de nos conceptions tant en matière de pouvoir et de contrôle que de temporalité et d’actualité.

Notre approche ne revendique aucune appartenance à une théorie féministe ou post-féministe, queer ou gender. Les représentations sociales et télévisuelles des homosexualités sont appréhendées en tant qu’objet – et non finalité – destiné à nourrir la réflexion pluridisciplinaire sur la construction des questions de société, notamment (mais pas exclusivement) dans le champ de la sexualité.

Aussi les hypothèses relatives aux genres (sexués et sexuels) débordent-elles, dans nos recherches, vers des problématiques liées à la posture et à la position du chercheur, à la filiation de ses emprunts théoriques, et plus globalement aux dispositifs de pouvoir induits par le jeu des catégories génériques. Au-delà de l’argument d’une résistance typiquement masculine et disciplinaire au « genre », il faut envisager l’hypothèse d’une indétermination à la fois des attendus scientifiques et du cadre théorique relatifs aux « études genrées ».

Références

Boorstin D. J., 1961, L’image, trad. de l’anglais par M.-J. Milcent, Paris, 10/18 Union générale d’éditions, 1971.

Bourdieu P., 1990, « La domination masculine », Actes de la recherche en sciences sociales, Vol. 84, pp. 2-31.

Bourdieu P., 1998, La Domination masculine, Paris, Seuil.

Foucault M., 1976, L’Histoire de la sexualité, Tome 1, La Volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1991.

Latour B., 1991, Nous n’avons jamais été modernes, Paris, La Découverte.

Robert Lang, « The Male Homosexual as Figure of Modernity: The Western »

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Embedded in the traditional Hollywood western is a non-heterosexual model of desire. With the release of Howard Hughes’ The Outlaw in 1943, the homosexual logic that permeates the genre became explicit—indeed, we may call it the first gay western made in Hollywood. The film appears at a moment in history when it becomes possible to propose the male homosexual as a figure of modernity. As the flows of power and desire are re-ordered in modernity (i.e., as the modern subject is released from the constraints of traditional roles, and from the authority of the group, becoming free to pursue his or her own happiness outside the hetero-familial model), it becomes obvious that the homosexual model of desire is potentially different from that of the heterosexual model. Between men who are equals—who are free agents; whose access, or relation to power is essentially the same—the dynamic of desire that we find in the traditional heterosexual model (in which men and women do not have equal access to power) changes. But as representations of homosexuality have become more explicit in the American cinema, with openly gay characters in gay-themed stories, the genres that originated the homosexual ethos have either retreated into an ambiguous zone of undecidability (are the characters gay or not-gay?), or they seek to tame the radical implications of the homosexual motif (gay characters forfeit all the subversive potential of their difference, and behave just like heterosexual characters).

L’homosexuel en tant que figure de la modernité : l’exemple du western Dans le western traditionnel hollywoodien, se loge un modèle de désir non hétérosexuel. Avec la sortie du film de Howard Hughes, The Outlaw (Le Banni) en 1943, la logique homosexuelle imprégnant ce genre devient explicite : on peut en effet le considérer comme le premier western gay produit à Hollywood. Ce film apparaît à un moment historique où il devient possible de présenter l’homosexuel mâle comme une figure de la modernité. Étant donné que la modernité suppose une redistribution du pouvoir et du désir – dans la mesure où le sujet moderne est dégagé des contraintes des rôles traditionnels et de l’autorité du groupe, et libre de rechercher son bonheur en dehors du modèle hétéro-familial-, il apparaît clairement que le modèle de désir homosexuel est potentiellement différent du modèle hétérosexuel. Entre deux hommes égaux, agissant librement, dont l’accès - ou la relation - au pouvoir est fondamentalement identique, la dynamique du désir n’est pas la même que celle qui caractérise le modèle hétérosexuel traditionnel, dans lequel hommes et femmes n’ont pas le même accès au pouvoir. Mais tandis que les représentations de l’homosexualité sont devenues plus explicites dans le cinéma américain, avec des personnages ouvertement gays dans des histoires relatives aux gays, les genres à l’origine de l’ethos homosexuel ont soit trouvé refuge dans l’ambiguïté – les personnages sont-ils gays ou pas ? – soit tenté d’atténuer les implications radicales de la thématique homosexuelle, les personnages gays perdant ainsi tout le potentiel subversif de leur différence et se comportant exactement comme des personnages hétérosexuels.

Références

Buscombe E., 1988, The BFI Companion to the Western, New York, Atheneum.

Cook P., 1998, “Women and the Western,” in The Western Reader, ed. J. Kitses et G. Rickman, New York, Limelight.

Fiedler L., 1960, Love and Death in the American Novel, New York, Criterion.

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Guattari, F., 1979, “A Liberation of Desire,” in G. Stambolian et E. Marks, eds., Homosexualities and French Literature: Cultural Contexts/Critical Texts, Ithaca, NY, Cornell University Press.

Mitchell, L., 1996, Westerns: Making the Man in Fiction and Film, Chicago, University of Chicago Press.

Mulvey, L., 1981, “Afterthoughts on ‘Visual Pleasure and Narrative Cinema’

Inspired by Duel in the Sun (King Vidor, 1949)”, Framework 15/16/17, pp. 12-15.

Propp, V., 1968, Morphology of the Folktale, trad. en anglais du russe L. Scott, Austin, TX, University of Texas Press.

Segal, L., 1990, Slow Motion: Changing Masculinities, Changing Men, New Brunswick, NJ, Rutgers University Press.

Warshow R., [1954] 1979, “Movie Chronicle: The Westerner”, The Immediate Experience, New York, Atheneum.

Waugh, T., 1993, “The Third Body: Patterns in the Construction of the Subject in Gay Male narrative Film” in M. Gever, J. Greyson, et P. Parmar, eds., Queer Looks:

Perspectives on Lesbian and Gay Film and Video, New York et London, Routledge.

Références

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