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prospectif étude thématique janvier 2021

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Emploi et transition Emploi et transition numérique dans

numérique dans

le canton de Vaud

le canton de Vaud

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Sommaire

Préface 5 Synthèse 6

1. Introduction 9

2. La transition numérique dans le travail 11

2.1. Qu’est-ce que la transition numérique dans le travail ? 12

2.2. Processus existant, mais en accélération ? 19

2.3. La transition numérique dans le canton de Vaud 28

3. Tendances en cours et évolutions possibles en matière d’emploi 35

3.1. Nombre d’emplois et structure par branche 37

3.2. Compétences et qualifications 49

3.3. Organisation du travail 64

3.4. Conditions de travail 71

3.5. La transition numérique à l’Administration cantonale vaudoise 77

4. Enjeux 81

4.1. Permettre à la population d’acquérir les compétences nécessaires dans une société

de plus en plus numérisée 82

4.2. Renforcer l’écosystème vaudois du numérique afin de garantir la compétitivité

et l’attractivité économique du canton 89

4.3. Accompagner les mutations du marché du travail 94

5. Conclusion 99

Bibliographie 101 Acronymes 110 Index des termes définis 112

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Préface

S’il y a un thème que la recherche prospective se devait d’aborder c’est bien celui de cette étude ; merci à ses auteurs. Voici deux décennies, en effet, que nos emplois ont commencé à être influencés par le numérique et les changements s’accélèrent. Il importait d’investiguer ce grand mouvement de fond, ses développements prévi- sibles et leur accompagnement possible.

Premier enseignement, jusqu’ici cette transition a été positive. A l’échelle de l’économie suisse et vaudoise les emplois sont significativement plus nombreux et plus productifs. La pandémie de coronavirus est une nou- velle inconnue de taille mais, globalement, la dynamique devrait se poursuivre et le canton de Vaud est même un peu mieux placé que les autres pour en profiter. Ainsi, la numérisation peut objectivement être considérée comme une chance et non comme un risque ce qui est une bonne chose car on maîtrise le changement en l’ac- cueillant, non en le refusant.

Deuxième enseignement, il n’est heureusement pas nécessaire de prévoir que chacun sorte de l’école avec un diplôme de programmeur où qu’il l’acquiert en cours d’emploi. Nous resterons avant tout, y compris à notre place de travail, des utilisateurs d’une technologie dont il faudra par contre savoir tirer le meilleur parti. Le numé- rique de base devra faire partie du bagage généraliste,

mais c’est la compréhension des outils et leur maîtrise qui compteront le plus, ce qui élargit la gamme des com- pétences utiles et donc de l’employabilité générale. Avec son écosystème de hautes écoles, de personnel qualifié et de sociétés de pointe, le canton de Vaud est là aussi bien placé pour tirer son épingle du jeu.

Troisième enseignement, aucune des adaptations qui semblent souhaitables dans la formation, la conception de normes, le droit du travail, la prévoyance, la fisca- lité, etc. ne semblent a priori hors de portée ou en totale contradiction avec notre approche actuelle de la cohé- sion sociale. Il y aura des points de friction, c’est certain et je gagerais qu’ils surgiront comme d’habitude là où on ne les attend pas, mais la transition numérique ne sera disruptive pour l’emploi que si on la laisse évoluer sans cadre, en négligeant ses potentielles dérives ou en s’en désintéressant. Telle n’est nullement l’intention du Canton de Vaud... comme en témoigne cette étude.

Bonne lecture.

Pascal Broulis Conseiller d'Etat

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Synthèse

La transition numérique en cours est une tendance lourde de notre époque. Elle bouleverse tous les secteurs de la société et de l’économie. En effet, les nouvelles technologies numériques influencent notamment nos modes de vie, de consommation et de production. Cette étude porte spécifiquement sur l’impact de la tran- sition numérique sur l’emploi dans le canton de Vaud et relève les enjeux, afin d’en tenir compte dans l’adap- tation des politiques publiques permettant d’accompagner la transition numérique.

Evolution passée et future de l’emploi

Une analyse historique à l’échelle internationale et locale montre que les évolutions technologiques succes- sives ont systématiquement amené des changements fondamentaux des métiers et des professions, sans tou- tefois stopper la croissance nette des emplois. Jusqu’ici, c’est également le cas depuis l’apparition des techno- logies numériques autour des années 2000. En effet, ces années ont vu une augmentation de la productivité et des emplois en Suisse, avec notamment une hausse de l’emploi vaudois de +30 % entre 2001 et 2018. Cette aug- mentation s’est accompagnée d’une perte d’importance relative des secteurs primaire et secondaire au profit du secteur des services (soit une tertiarisation). Au vu notamment des moyens humains et financiers consi- dérables investis dans la recherche, le développement et les équipements, les possibilités offertes par le numé- rique devraient continuer à se développer rapidement.

Même s’il est difficile d’estimer l’ampleur des effets de ces développements, différentes études anticipent l’évo- lution future de l’emploi sous l’effet de la transition numérique. Si l’on tient compte autant des emplois qui pourraient disparaître que des emplois qui pourraient voir le jour, on ne devrait pas assister à une dispari- tion marquée des emplois. Les estimations des études les plus récentes pour la Suisse aboutissent à un effet potentiel de la transition numérique sur l’emploi relativement faible pouvant aller d’environ -5 % à +5 % à l’ho- rizon 2030, par rapport à 2014. Ainsi, la croissance tendancielle actuelle des emplois pourrait soit légèrement ralentir, soit se renforcer, à moins qu’une crise économique sévère et durable n’advienne d’ici là.

Les enjeux de la transition numérique en lien avec l’emploi

Au-delà du nombre d’emplois et de la structure par secteur, la transition numérique a d’ores et déjà eu et aura encore un impact à l’avenir sur les compétences nécessaires sur le marché du travail, ainsi que sur l’or- ganisation et les conditions de travail. Ces dimensions font ressortir trois enjeux majeurs pour le canton à l’horizon 2030 :

Permettre à la population d’acquérir les compétences nécessaires dans une société plus numérisée ;

Renforcer l’écosystème vaudois du numérique afin de garantir la compétitivité et l’attractivité du canton ;

Accompagner les mutations du marché du travail.

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Permettre à la population d’acquérir les compétences nécessaires dans une société plus numérisée

S’il existe une incertitude concernant le nombre d’emplois susceptibles d’être créés ou de disparaître sous l’influence du numérique, ce dont on ne peut pas douter est que le contenu des emplois est appelé à évo- luer profondément. D’une part, une partie des tâches seront automatisées. Il devrait s’agir principalement de tâches routinières, qu’elles soient manuelles ou cognitives. Ainsi, les compétences nécessaires sur le marché de l’emploi vont plutôt évoluer au profit de tâches analytiques et interactives. D’autre part, de nouveaux besoins vont apparaître. A l’avenir, les compétences qui devraient gagner en importance sur le marché de l’emploi font partie des quatre groupes suivants :

• connaissances numériques générales ;

• compétences transversales (cognitives, sociales et situationnelles), appelées également « soft skills » ;

• connaissances technologiques avancées (spécialistes en TIC) ;

• connaissances techniques non-numériques spécifiques.

Compte tenu du fait que les compétences recherchées sur le marché du travail évoluent, il est nécessaire de former les travailleurs de demain (formation initiale), mais également de permettre aux actifs d’adapter leurs compétences aux nouvelles exigences du marché (formation continue).

Pour la formation initiale, l’enjeu principal est d’intégrer l’éducation numérique à tous les niveaux en formant les enseignants, en adaptant le contenu des formations ainsi que le matériel pédagogique, tout en maintenant la cohérence de l’ensemble du cursus de formation.

Quant à la formation continue, elle gagnera en importance pour tous les actifs à l’avenir. Une attention par- ticulière devra néanmoins être portée aux travailleurs dont les emplois seront les plus menacés par l’automa- tisation. En effet, il s’agira de veiller à l’accessibilité de la formation continue pour les travailleurs faiblement qualifiés, mais également de favoriser la reconversion professionnelle des travailleurs dont les métiers sont voués à disparaître.

Renforcer l’écosystème vaudois du numérique afin de garantir la compétitivité et l’attractivité du canton

Le canton de Vaud est bien positionné pour réussir le virage numérique. En effet, il se caractérise par une forte densité du système académique et une recherche de bonne qualité, un personnel qualifié nécessaire aux entreprises ainsi que par la présence de nombreuses sociétés à forte composante technologique.

Néanmoins, dans le contexte globalisé que l’on connaît, notre économie aurait avantage à saisir les oppor- tunités offertes par les nouvelles technologies. La capacité d’innovation de notre canton doit permettre de disposer de nouveaux services et produits de qualité permettant de se différencier sur le marché mondial. Or, l’innovation se joue à l’échelle de l’écosystème qui se compose notamment des hautes écoles, des entreprises et des start-up. Il s’agit de créer un écosystème qui soutienne et renforce l’innovation au sein du canton tout en veillant à ce que celles-ci puissent profiter aux PME, qui constituent l’épine dorsale de l’économie vaudoise (99,7 % des entreprises en 2017). En outre, ce contexte de plus en plus complexe et changeant appelle à repen- ser les modes d’organisation du travail pour tendre vers des organisations plus souples, évolutives et capables d’appréhender les changements, voire les ruptures.

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Accompagner les mutations du marché du travail

Compte tenu de la rapidité des changements observés, les entreprises sont tenues de s’adapter de manière souple et rapide afin de profiter du tournant numérique. Il s’agirait pour les instances étatiques de gagner en agilité afin d’accompagner les mutations sur le marché du travail et créer un contexte favorable à l’innovation.

De plus, bien que l’emploi à plein temps et à durée indéterminée soit encore la norme aujourd’hui, on constate une flexibilisation des horaires de travail et une hausse de certaines formes atypiques d’emploi (ex. : temps partiel et multiactivité). Ces tendances pourraient gagner en importance sous l’influence de la numérisa- tion. Or, ces éléments sont en rupture avec ceux qui ont servi de base à la définition des règles actuelles en matière de droit du travail, d’assurances sociales et de fiscalité. En effet, les principes ont été posés au XIXe siècle alors que le travail s’effectuait en un lieu et un temps donné, que les carrières étaient linéaires et que la part du revenu national constituée par le travail était plus élevée. Ces règles gagneraient à être repensées afin de tenir compte du contexte actuel, tant en ce qui concerne les besoins des entreprises, les aspirations et les droits des travailleurs que la soutenabilité du système de protection sociale.

Qu’est-ce que la transition numérique dans le travail ?

La transition numérique est l’intégration des nouvelles technologies numériques (ex. : big data, internet des objets, robotique) dans l’entreprise ou l’administration publique. Elle n’est pas liée à une technologie particulière mais résulte de la combinaison des diverses technologies, qui s’alimentent mutuellement. Les nouvelles technologies ne sont néanmoins que des outils au service d’une stratégie d’entreprise. Elles ont un impact sur tous les pans de la vie des entreprises : le modèle d’affaires, les modes de production et de distribution, la maintenance ou encore la relation avec les fournisseurs et les clients. La transition numérique touche par ailleurs toutes les entreprises, quels que soient leur secteur économique, leur taille ou leur ancienneté.

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Les technologies numériques bouleversent en pro- fondeur tous les secteurs de la société. Il s’agit de l’un des changements majeurs de notre temps. En effet, en transformant le rapport de chacun au temps, à l’espace et aux autres, les nouvelles technologies numériques influencent notamment nos modes de vie, de consom- mation, de production et de prise de décision.

Emblématique de cette évolution, l’utilisation d’internet est devenue un acte quotidien pour une grande majorité de la population en Suisse. Rarement un progrès tech- nologique s’est développé et diffusé si rapidement dans la société. En 2019, la Suisse compte 96 % de ménages connectés à internet, contre 58 % en 2002 (source : Enquête Omnibus TIC de l’OFS). Par ailleurs, les appa- reils mobiles ainsi que le développement du réseau sans fil permettent d’accéder en tout temps à internet hors de la maison ou du lieu de travail. Ainsi, la proportion des ménages ayant une connexion mobile à haut débit est passée de 49 % à 73 % entre 2014 et 2019. Ces développe- ments permettent notamment d’entretenir des relations personnelles au travers des réseaux sociaux, de travailler ou de se former à distance, de consommer un service au lieu d’acheter un produit (ex. : musique, film ou mobilité).

La transition numérique impacte également le milieu professionnel puisqu’en Suisse, 87 % des actifs utilisent un ordinateur ou un équipement informatisé au travail en 2019. Par ailleurs, près de 40 % reçoivent des instruc- tions au travers d’un logiciel ou d’une application spé- cialisée (en dehors du courriel). Parallèlement, près d’un quart des actifs affirme en 2019 que la nature de leur travail a changé durant les 12 derniers mois avec l’in- troduction d’un nouvel outil numérique (OFS, 2019).

Toutes les entreprises sont concernées par la transition numérique, quel que soit le secteur d’activité (industrie, service, agriculture, etc.) ou la taille de l’entreprise. Cer-

tains secteurs ont déjà entamé cette transition impli- quant des changements visibles au quotidien comme dans le domaine du tourisme (apparition des plate- formes numériques de location de logement notamment) ou du commerce de détail (commerce en ligne et intro- duction des caisses automatiques). Ainsi, dans le canton de Vaud, près d’un franc sur dix est dépensé en ligne en 2018 (Observatoire BCV de l’économie vaudoise, 2019).

Si ce mode de consommation a d’abord séduit les jeunes, il concerne aujourd’hui l’ensemble de la population.

D’autres secteurs ont pris conscience de l’importance de la numérisation durant la pandémie de Covid-19 qui a eu notamment pour effet de diminuer la fréquence des contacts directs que ce soit entre les entreprises et les consommateurs mais également entre les employés. Ainsi, la plupart des entreprises ont dû adapter leurs canaux de distribution (au profit de la vente en ligne), leurs modes de production, d’approvisionnement ou encore l’organisation du travail (ex. : télétravail) afin de pouvoir poursuivre leur activité. A cet égard, la pandémie de Covid-19 a eu pour effet d’accélérer le rythme de la transition numérique pour de nombreuses entreprises.

Pour celles qui n’étaient pas préparées, cette accéléra- tion s’est parfois soldée par des décisions hâtives, sans réelle anticipation. Les entreprises ont dû faire des choix en matière d’outils sans avoir le temps d’en mesurer les conséquences. Dans certains cas, cela a révélé des lacunes en matière de cybersécurité ou de protection des don- nées. Par ailleurs, toutes les plateformes n’étaient pas prêtes à un afflux massif d’utilisateurs à distance. Ces différentes expériences ont montré l’importance de pen- ser sa transition numérique, plutôt que de la subir sous la pression extérieure. Ainsi, la transition numérique pré- sente un certain nombre de risques qu’une bonne anti- cipation peut permettre de maîtriser, mais présente surtout de nouvelles opportunités qu’il s’agit de saisir.

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Notre canton est bien positionné pour réussir le virage numérique. En effet, il se caractérise par une forte den- sité du système académique et une recherche de bonne qualité, du personnel qualifié nécessaire aux entreprises ainsi que la présence de nombreuses sociétés à forte composante technologique. L’économie vaudoise est une économie tertiaire, fortement orientée vers l’exportation de biens et services de haute valeur ajoutée. Elle figure parmi les économies les plus innovantes et compétitives selon les indices mondiaux en la matière.

Reconnaissant l’importance de la numérisation, le gou- vernement vaudois s’est doté d’une « Stratégie numé- rique » en 2018. La « Stratégie numérique » expose l’orientation que le Conseil d’Etat entend donner à l’ac- tion publique pour accompagner la transition numé- rique, et illustre comment cette action doit s’articuler autour de chacun des cinq points d’ancrage » (Etat de Vaud, 2018) que sont : les données, les infrastructures et la sécurité, l’accompagnement des personnes, l’accom- pagnement des entreprises et la gouvernance. Parmi les priorités fixées, trois projets sectoriels sont mis en avant : la mobilité numérique, l’éducation numérique ainsi que l’économie numérique.

La présente étude s’inscrit dans le prolongement de la

« Stratégie numérique » en se focalisant plus particu- lièrement sur l’emploi. Il s’agit d’étudier quel est l’im- pact de la numérisation sur l’emploi et la structure par branche, sur les compétences, sur les conditions de tra- vail ainsi que sur l’organisation du travail. Elle synthé- tise les transformations en cours et les évolutions possibles à l’avenir sur la base de travaux existants, en les situant dans le contexte vaudois, et d’entretiens d’experts. Cette

étude vise à établir un socle de connaissances partagées au sein de l’administration afin d’identifier les enjeux en la matière pour notre canton. La mise en avant de ces enjeux permettra de repenser les politiques publiques à la lumière des évolutions attendues dans le futur.

Outre cette introduction, cette étude comprend quatre autres chapitres.

Le chapitre 2 explicite ce qu’est la transition numérique dans le travail, la situe dans le temps et l’incarne pour notre canton avec des exemples.

Le chapitre 3 traite des tendances en cours et des évo- lutions possibles à l’horizon 2030 en termes de nombre d’emplois et de structure par branche, de compétences et de qualification, de conditions de travail ainsi que d’or- ganisation du travail. Le dernier point de ce chapitre est consacré à l’impact de la transition numérique sur l'Ad- ministration cantonale vaudoise.

Le chapitre 4 fait ressortir les enjeux qui découlent de l’analyse qui précède en matière de formation et de com- pétitivité économique et questionne l’adéquation du droit du travail, des assurances sociales et de la fiscalité face aux mutations possibles du marché du travail. Ce chapitre met en évidence des pistes de réflexion qui méritent d’être approfondies pour identifier les opportunités qui peuvent être saisies afin d’accompagner la transition numérique.

Le chapitre 5 permet de conclure l’étude en rappelant les principaux messages et en évoquant qu’il s’agit d’une première étape permettant de disposer d’un socle de connaissances communes afin de repenser les politiques publiques.

La démarche prospective

La prospective est une démarche de réflexion sur l’avenir qui permet d’envisager ce qui pourrait arriver demain. Il s’agit d’un outil d’aide à la décision puisqu’il permet une anticipation, préalable nécessaire à toute décision.

Il n’y a néanmoins pas de lien mécanique entre anticipation et décision. La démarche retenue dans cette étude est une démarche exploratoire qui consiste à comprendre et anticiper les grandes transformations et de s’y préparer. En d’autres termes, aucune recommandation n’est faite dans cette étude, ce qui relèverait d’une démarche de prospective stratégique.

« La prospective permet d’explorer les futurs possibles pour anticiper les enjeux de demain et nourrir les décisions d’aujourd’hui. »

Pierre Chapuy

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numérique dans le travail

La transition numérique, et ses implications sur le monde du travail, est un thème qui fait l’actualité.

Ainsi, à un rythme quasi quotidien, paraissent des articles sur cette thématique et sur les nouvelles technologies sous-jacentes, telles que l’intelligence artificielle ou la blockchain 1. Pour mieux comprendre les enjeux que soulève la transition numérique dans le domaine de l’emploi, ce concept doit être défini, situé dans le temps et incarné par des exemples concrets dans le canton de Vaud.

1 Ces notions sont définies plus loin dans ce chapitre.

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La transition numérique concerne toutes les entreprises et tous les secteurs d’activité, même si le stade d’avan- cement n’est pas le même partout. Plusieurs expres- sions sont utilisées pour y faire référence : transforma- tion numérique, transition digitale, révolution digitale ou encore digitalisation de l’économie.

Dans cette étude, la transition numérique est défi- nie comme l’intégration des nouvelles technologies numériques dans l’entreprise ou l’administration publique. Concrètement, les technologies numériques sont par exemple le traitement de grandes quantités de données (big data), l’internet des objets, l’intelli- gence artificielle (notamment pour l’exploitation des big data), la technologie blockchain, la réalité virtuelle, la robotique ou encore les imprimantes 3D. Ces tech- nologies s’appuient sur des infrastructures numériques telles que le « cloud » ou les applications mobiles.

La transition numérique n’est donc pas liée à une tech- nologie particulière, mais résulte de la combinaison de diverses technologies qui s’alimentent mutuellement et qui ont un impact sur tous les pans de la vie des entre- prises (Yazgi, 2018). Ces effets peuvent prendre la forme de nouveaux processus de production, de nouveaux canaux de distribution ou de nouveaux produits et mar- chés (Fig. 1) (Aepli et al., 2017). Cela implique notam- ment des évolutions dans la maintenance, la relation avec les fournisseurs et les clients, l’organisation du tra- vail, la gestion des ressources humaines, le service après- vente ou encore le marketing. La transition numérique modifie les branches, les professions, les tâches, les com- pétences et les qualifications nécessaires sur le marché du travail.

Qu’est-ce que la transition numérique dans le travail ?

2.1.

Fig. 1 EFFETS DE LA NUMÉRISATION SUR LA VIE DES ENTREPRISES ET SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL

Internet des objets Intelligence artificielle

Robotique Big data

Cloud computing

Réalité augmentée Blockchain

Technologies numériques

Mécanismes d’action Nouveaux

produits

Nouveaux canaux de distribution Nouveaux

processus deproduction

Professions Tâches Compétences Qualifications Marché du travail

Branches

Source: Propre adaptation de Aepli et al. (2017).

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Les différentes technologies et leur application

Cette partie présente quelques technologies numé- riques et leur application possible 2. La liste ne prétend pas être exhaustive, mais elle a pour but d'aider à défi- nir le phénomène de la numérisation. Il est difficile de parler des technologies numériques en terme géné- rique, tant elles couvrent des réalités multiples. De plus, la combinaison des différentes technologies est fréquente et élargit les possibilités. Ainsi, les évolu- tions dans un domaine influencent les usages possibles d’autres technologies numériques. Quant aux bénéfices des différentes technologies pour les entreprises, ils sont également variables mais permettent généralement d’améliorer la productivité, de diminuer les coûts de production, d’augmenter la flexibilité des processus, d’améliorer la fidélisation de la clientèle et la person- nalisation des offres.

Internet des objets ou objets connectés

Comme son nom l’indique, l’internet des objets permet la communication entre les biens physiques (objets) et leurs existences numériques par l’intermédiaire d’inter- net. Les objets connectés peuvent être des capteurs sur des montres ou des vêtements mais également sur des machines, des pneus, des produits frais ou des médi- caments. Ils permettent de collecter des données qui peuvent ensuite être utilisées à des fins d’analyse. Les résultats de ces analyses permettent notamment aux entreprises de simplifier leurs processus, de devenir plus performantes, de renforcer leur position sur le marché ou même de prospecter de nouveaux marchés.

Voici quelques exemples d’utilisation de cette technologie :

• L’internet des objets peut permettre des économies d’énergie. Par exemple, l’entreprise Novaccess à Yverdon-les-Bains déploie des solutions de télégestion de l’éclairage public, soit des systèmes d’éclairage reliés à internet (Seydtaghia, 2016), qui optimisent l’utilisation des installations.

• Dans l’industrie, un capteur peut être inséré dans les produits afin de signaler lorsqu’il a besoin de mainte-

2 Dans ce chapitre, les technologies numériques sont présentées en ordre décroissant selon leur présence dans les entités vaudoises sur la base d’une publication de la promotion économique vaudoise (Vaud, 2019a). Toutes les technologies numériques n’ont pas été présentées, comme par exemple le domaine de l’innovation logicielle (ou « software innovation ») qui se retrouve néanmoins partout.

nance. Ainsi, le fabriquant de matelas Elite à Aubonne peut signaler aux propriétaires lorsqu’il faut changer le sens de leur matelas, voire les remplacer (Seydtaghia, 2016).

• Dans la santé, des capteurs peuvent être utilisés pour détecter des comportements potentiellement à risque.

Ainsi, la start-up lausannoise Domosafety propose des capteurs à différents endroits du domicile (ex. : pla- fond, porte, matelas) des séniors afin d’identifier les comportements inhabituels et les signaler au person- nel soignant. Cette technologie leur permet donc de rester plus longtemps à domicile (Bloch, 2018) dans des conditions sûres.

Intelligence artificielle (IA)

La discipline n’est pas nouvelle puisque la communauté scientifique a commencé à s’intéresser à l’intelligence artificielle (IA) en 1950 déjà. Les évolutions qui ont eu lieu depuis sont retracées dans une étude réalisée pour le compte de TA-SWISS, Fondation pour l’évaluation des choix technologiques et centre de compétence des Académies suisses des sciences (Christen et al., 2020), qui démontre des progrès significatifs ces dernières années.

Initialement, il s’agissait principalement d’algorithmes de résolution de problèmes. Des évolutions sont inter- venues dans les années 1990 avec l’accroissement de la puissance de calcul des ordinateurs, rendant le traite- ment de processus plus complexes possible. Par ailleurs, le domaine a pu se développer grâce aux gros volumes de données disponibles, nécessaires pour alimenter l’IA.

« Aujourd’hui, l’IA englobe divers champs de recherche scientifique dans lesquels on tente de reproduire une action rationnelle ou humaine au moyen d’un artefact, c’est-à-dire d’un programme informatique » (Rey, 2020).

Par exemple, l’IA permet le développement de concepts de mobilité combinant les transports publics avec les voitures (individuelles ou partagées) ou encore la recon- naissance intelligente des dommages par les compagnies de chemins de fer.

Un autre champ de recherche est celui de l’IA basé sur l’apprentissage automatique (machine learning).

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Il permet de résoudre des problèmes insolubles pour les programmes informatiques classiques, tels que la reconnaissance d’images ou la rédaction de textes jour- nalistiques simples grâce à des algorithmes qui s’amé- liorent automatiquement avec l’expérience. De plus, ce qui est nouveau avec l’apprentissage automatique est le fait qu’une grande partie du travail est réalisé sans intervention humaine. Ainsi, certaines tâches exi- geantes et complexes peuvent désormais être réali- sées par les machines avec un niveau équivalent aux humains, voire supérieur.

Ainsi, « le temps où l’automatisation concernait seule- ment les tâches simples de routine est révolu : l’IA est utilisée dans le domaine médical, où elle fournit des résultats plus précis que la plupart des professionnels de la santé dans l’évaluation des images par ultrasons, réso- nance magnétique ou rayons X, ou dans le domaine juri- dique, où elle aide les avocats à rechercher des clauses spécifiques dans des milliers de pages de contrats » (Rey, 2020). Néanmoins, malgré le fait que l’IA permet de réa- liser des tâches de plus en plus complexe, l’intervention humaine est toujours nécessaire aujourd’hui.

Parmi les avantages de l’IA, on peut compter l’accrois- sement de l’efficacité puisque son utilisation amène des gains de temps et de précision par rapport au travail humain dans certaines tâches. Par ailleurs, l’IA per- met une personnalisation des prestations ou des offres aux besoins des individus. En revanche, l’IA est parti- culièrement gourmande en données et s’alimente dans certains cas d’une grande quantité d’informations per- sonnelles posant la préservation de la sphère privée et la garantie de la protection des données au centre des pré- occupations. Par ailleurs, la qualité des données revêt une importance considérable car les erreurs sont repro- duites dans les résultats. Finalement, les systèmes auto- apprenants peuvent rapidement devenir incompréhen- sibles (boîte noire), et ce, même pour leurs concepteurs.

Voici quelques exemples d’utilisation de cette technologie :

• Dans la finance, l’entreprise Swissquote, basée à Gland, utilise le machine learning pour anticiper le moment où un client sera a priori vendeur ou ache- teur d’actions.

• Dans le service aux entreprises, la société Nexthink basée à Prilly utilise l’intelligence artificielle afin d’ac- compagner les entreprises dans la transformation numérique en leur permettant notamment d’amé- liorer leurs infrastructures numériques. Elle propose une solution de gestion de leur expérience digitale en

alliant collecte de données, supervision, analyse et anticipation proactive (Vaud, 2018a).

• Dans l’industrie, la maintenance devient prédic- tive car les systèmes apprenants permettent de repro- duire le fonctionnement d’une machine en conditions réelles, ce qui lui permet d’identifier des facteurs d’uti- lisation non optimale et de dysfonctionnement qui échappent aux humains (Atawao Consulting, 2019).

Par ailleurs, l’entreprise Predictive Layer à Rolle uti- lise l’intelligence artificielle et le machine learning pour prédire les quantités d’énergie électrique ou de gaz nécessaires dans un avenir proche, afin d’optimi- ser les achats sur les marchés européens.

• Dans le commerce en ligne, des solutions d’intelli- gence artificielle permettent de maximiser les ventes en adaptant les contenus numériques aux préfé- rences des clients, c’est le cas des produits proposés par la start-up Prediggo, basée à l’Innovation Park de l’EPFL. Par ailleurs, des « chatbots » (ou agents conver- sationnels) répondent aux questions des consomma- teurs sur les sites internet de nombreuses enseignes.

• Dans le domaine de la santé, des outils de machine learning ont été utilisés notamment par l’équipe du Prof. Salathé de l’EPFL, membre de la Swiss National Covid-19 Science Task Force, pour suivre l’évolution mondiale de la pandémie de Covid-19 et prévoir ses possibles évolutions.

Robotique

« Le terme ‘robot’ désigne une machine, automate ou agent logiciel capable de réaliser des actions en fonction d’un programme » (Yazgi, 2018). Les premiers robots industriels apparaissent au début des années 1970 et permettent d’exécuter des tâches répétitives, éprou- vantes voire toxiques pour l’humain. Les robots per- mettent ainsi d’optimiser la productivité des entre- prises, d’améliorer la qualité des produits et d’améliorer la sécurité des employés. L’évolution de l’informatique et de l’électronique permet de gagner en précision. L’essor actuel de la robotique s’appuie par ailleurs sur le déve- loppement des logiciels. En effet, un important travail de conception et de programmation est nécessaire afin que les robots soient en mesure d’effectuer des tâches spécifiques.

Par ailleurs, on assiste au développement de la robo- tique collaborative qui consiste à utiliser la robotique pour assister l’homme dans ses tâches, en combinant

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leurs forces respectives. Les « cobots » (ou robots colla- boratifs) peuvent notamment apprendre en reproduisant des gestes plutôt que sur la base de la programmation.

De façon analogue, dans l’industrie, des exosque- lettes peuvent assister les personnes au port de charges lourdes.

Voici quelques exemples d’utilisation de cette technologie :

• Dans l’industrie, les robots sont utilisés pour la sou- dure, la peinture, l’assemblage ou le polissage de toutes sortes d’objets. Ils emballent et fabriquent de nom- breux produits (ex. : véhicules, panneaux solaires, matériaux de construction). L’entreprise ABB, basée à Zurich, est le leader suisse de la technologique robo- tique (ABB, 2020).

• Dans l’agriculture, la société agro-technologique CombaGroup, située à l’Agropôle du Molondin, a créé un robot permettent d’optimiser la consommation d’eau dans les cultures. Un autre exemple est le robot de la scale-up ecoRobotix, située à Yverdon-les-Bains, qui cible le désherbage et permet donc d’utiliser le dés- herbant de manière parcimonieuse (voir point 2.3).

• Dans le domaine éducatif, le robot Thymio de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) est uti- lisé pour enseigner les bases de la programmation aux enfants et donc les inclure dans la transition numérique.

Big data

« Le big data est un terme générique qui désigne les tech- nologies destinées à collecter, voire à analyser de grandes quantités de données. Les méthodes traditionnelles ne permettent pas de traiter des données trop volumineuses ou trop complexes, qui changent trop rapidement ou ne sont pas suffisamment structurées. C’est la raison pour

laquelle le big data constitue un champ de recherche et d’application à part entière dans la saisie et le traitement des données » (economiesuisse & W.I.R.E., 2017).

Les mégadonnées, en français, peuvent se résumer par leurs quatre caractéristiques principales (les quatre « V », en raison de leur désignation en anglais) (PFPDT, 2019) :

• leur Volume : elles représentent de grosses quantités de données.

• la vitesse de traitement exigée ainsi que la fréquence à laquelle elles sont générées (Velocity).

• leur hétérogénéité (Variety) : les big data permettent de combiner entre elles des données provenant de sources différentes qui n'étaient pas croisées jusqu'ici.

C'est ainsi qu'il est possible de mettre en relation des données provenant de fichiers clients avec des don- nées provenant de réseaux sociaux, de moteurs de recherche, de feuilles d'avis officiels ou de portails de données ouvertes de l’administration publique.

• leur plus-value (Value).

Les big data constituent le carburant de l’intelligence artificielle (IA). En effet, c’est l’explosion des données qui a permis à l’IA de progresser. Par exemple, ce sont les milliards de recherches effectuées chaque jour sur Google qui lui permettent d’en déduire nos préférences.

Ainsi, l’analyse des données permet d’établir des ten- dances, des prédictions ou d’anticiper des risques. Néan- moins, ces résultats doivent être traités avec prudence puisqu’ils supposent que les relations et mécanismes passés vont se reproduire.

Les big data sont parfois qualifiées de « nouvel or noir » du fait qu'elles représentent une source inédite de créa- tion de valeur pour les entreprises commerciales. De nos jours, « les champs d'application privilégiés sont par exemple les études de marché automatisées et rapides capables de réagir instantanément aux moindres modi- fications, la découverte d'abus concernant des transac- tions financières, les analyses web en vue d'étendre et d'optimiser des campagnes de marketing en ligne, les diagnostics médicaux approfondis et les recherches par quadrillage ou par profilage pour le compte de services de renseignement ou de police » (PFPDT, 2019).

L’Etat possède également une grande quantité de don- nées. En mai 2020, l’Office fédéral de la statistique a reçu le mandat de créer un centre national de compétences en sciences des données (Data Science Competence Center).

Ce centre soutiendra dès lors l’administration fédérale dans le traitement des big data (Conseil fédéral, 2020b).

Définition

Les start-up passent dans une phase de scale-up lorsque leur principal défi n’est plus de rechercher un modèle d’affaires viable, mais de croître afin d’exé- cuter ce modèle d’affaires à plus large échelle pour mieux atteindre leur marché. Une scale-up est carac- térisée par une forte croissance en termes d’em- plois, elle doit faire une certaine taille (au moins 10 employés fixes) et avoir l’ambition de devenir leader sur son marché à l’échelle du globe (Innovaud, 2020).

(16)

Voici quelques exemples d’utilisation de cette technologie :

• Dans le domaine de la santé, la société nViso basée à Lausanne utilise le big data afin de développer des outils d’assistance au diagnostic, notamment en ce qui concerne la gestion de la douleur, en détectant les émotions du visage. Cette même technologie est égale- ment utilisée par nViso dans le domaine de la finance (fintech).

• Dans le domaine agricole, Gamaya est une spin-off de l’EPFL basée à Morges. Elle analyse les données col- lectées par des caméras afin d’effectuer le diagnostic de grandes étendues de culture.

• Dans le domaine de l’urbanisme, les villes de Pully et Montreux ont analysé des données issues des signaux émis par les téléphones mobiles (Swisscom) pour accompagner certaines décisions d’aménagement en matière de planification du réseau routier (Seydtaghia, 2015).

Cloud computing

Le cloud computing « correspond à une infrastruc- ture informatique (espace de stockage, puissance de calcul ou logiciel) qui est utilisable à la demande, en passant par un réseau. Cela permet, par exemple, de proposer sur des appareils mobiles des modèles et des logiciels dont l’exécution requiert un serveur perfor- mant. Les commandes du logiciel sont activées sur l’appareil mobile connecté au serveur, mais ce dernier assure l’exécution proprement dite » (economiesuisse &

W.I.R.E., 2017).

Cette virtualisation des ressources permet aux entre- prises de diminuer les investissements dans la mainte- nance et la gestion de leur infrastructure informatique.

Dès lors, les documents, applications et logiciels sont accessibles depuis n’importe quel périphérique connecté à internet, ce qui facilite la mobilité des collaborateurs ou les possibilités de télétravail. Afin d’améliorer la sou- veraineté de la Suisse en matière de données et pour réduire au minimum la dépendance aux prestataires internationaux de services en nuage publics, la Confédé- ration a demandé l’examen de la nécessité, de l'utilité et de la faisabilité d'un nuage informatique suisse (Conseil fédéral, 2020a).

Voici quelques exemples d’utilisation de cette technologie :

• Dans le domaine de la mobilité, le cloud permet notamment à la scale-up lausannoise Bestmile de

mettre en réseau des voitures autonomes. Cela permet de gérer les demandes, les disponibilités, les ressources énergétiques et les parcours d’une flotte de véhicule de manière centralisée.

• Dans la santé ou la sécurité, l’entreprise Technis, basée à Lausanne, utilise le cloud afin d’accéder en temps réel à l’utilisation d’une infrastructure grâce à une solution de sol connecté. Des capteurs de pression sont installés dans le sol et sont utilisés pour détecter les événements se passant à la surface du sol. Les infor- mations sont transmises sur une plateforme connectée au cloud qui va permettre de les stocker et de les ana- lyser. Les flux de personnes dans les infrastructures peuvent ainsi être suivis, par exemple. Cette tech- nologie permet par ailleurs d’intervenir rapidement en cas de chute d’une personne âgée à son domicile (Corset, 2019).

Réalité virtuelle et augmentée

La réalité virtuelle plonge l’utilisateur dans un monde vir- tuel en 3D dans lequel il est possible de se déplacer et d’in- teragir. La réalité augmentée quant à elle utilise le monde réel pour y superposer des informations, en 2D ou 3D, avec lesquelles l’utilisateur peut interagir (Yazgi, 2018).

Ces technologies, issues de l’univers des jeux vidéo, sont désormais utilisées dans le monde économique comme par exemple dans l’architecture et la construction, la culture, l’éducation et les technologies de la santé.

Concrètement, ces technologies « permettent de visuali- ser un bâtiment ancien dans le contexte de sa construc- tion plusieurs siècles auparavant, de se promener dans un quartier d’habitation pas encore construit, d’es- sayer des vêtements sans passer par l’étape rébarbative des cabines d’essayage et même de soulager les douleurs chroniques en permettant aux patients de vivre une expérience de réalité virtuelle » (Yazgi, 2018). Elles per- mettent également d’améliorer le prototypage en simu- lant l’objet final ou d’accompagner le client à distance dans le cadre de la maintenance.

Définition

Un service en nuage public désigne une infrastruc- ture qui, grâce à internet, peut être utilisée à l'échelle mondiale par un large public ou dans un secteur (Conseil fédéral, 2020a)

(17)

Voici quelques exemples d’utilisation de ces technologies :

• Dans l’industrie, l’entreprise Bobst à Mex utilise des lunettes de réalité augmentée afin d’accompagner le client pour des actes de maintenance et de réparation à distance (Comtesse, 2019) (voir point 2.3).

• Dans le domaine de la santé, la start-up MindMaze de Lausanne a développé des outils de réalité virtuelle pour faciliter et accélérer la réhabilitation des victimes d’accident vasculaire cérébral (Vaud, 2018b).

Blockchain

La blockchain est une technologie qui vise à sécuri- ser les transactions digitales et garantir leur traçabilité.

Même si elle est communément associée aux monnaies numériques telles que le Bitcoin, elle s’applique à tous les domaines nécessitant un intermédiaire (banque, notaire, Etat, autorités de contrôle) (Vaud, 2019a).

Voici quelques exemples d’utilisation et d’utilisation potentielle de cette technologie (Vaud, 2019b) :

• Dans le domaine de l’e-governement, SICPA à Prilly a développé une solution basée sur la technologie de la blockchain pour authentifier les votes lors d’élections (PME Magazine, 2019).

• Dans le domaine de la logistique, la blockchain peut répondre aux besoins d’un fabricant qui a souhaité garder une trace précise de la provenance des ingré- dients ou des composants qu’il utilise dans ses pro- duits. Migros utilise la blockchain pour suivre au plus près l'approvisionnement pour les légumes et les fruits et éviter ainsi le gaspillage (Bilan, 2019).

• La blockchain permet de pousser le concept de désin- termédiation (concept explicité p. 18) encore plus loin. Ainsi, dans les secteurs du tourisme, des paie- ments en ligne ou de la mobilité, des acteurs comme Uber, PayPal ou Airbnb pourraient être à leur tour concurrencés par des solutions qui permettraient à des particuliers de se passer de ces plateformes (Yazgi, 2018).

• Dans le secteur de la santé, une solution basée sur la blockchain pourrait garantir la traçabilité des médica- ments et permettre de lutter contre les contrefaçons.

Ce que ces différentes technologies ont en commun, c’est la place centrale jouée par les données numériques. Ces données peuvent être de différentes natures : des textes, des images, des positions, des informations médicales ou encore des informations sur le fonctionnement d’une

machine. Leur provenance peut être très variée allant des échanges sur les réseaux sociaux (textes ou images) aux visites à certaines pages d’un site internet en passant par les formulaires remplis ou les informations relevées par l’internet des objets. Ces données sont traitées et interprétées par les entreprises afin notamment d’opti- miser leur modèle d’affaires et d’optimiser leurs contacts avec les clients. Ce potentiel d’optimisation confère une valeur propre aux données qui, même inexploitées, aug- mente dès lors la valeur des entreprises. D’ailleurs, les entreprises détentrices de données revendent parfois les informations qu’elles ont pu récolter. La valeur des don- nées pousse par ailleurs les entreprises à veiller à les pro- téger contre les différents cyberrisques.

La transition numérique : pas uniquement une affaire de technologie

La partie précédente a permis de définir les différentes technologies qui alimentent la transition numérique, mais cette dernière est plus qu’une simple question de technologie. En effet, les technologies numériques ne sont que des outils au service d’une stratégie d’en- treprise et ne sont donc pas une fin en soi. Adopter un outil plutôt qu’un autre n’a de sens qu’en fonction de l’objectif qui est visé (élargir le potentiel commer- cial, résoudre un problème, etc.). La finalité étant de gagner en efficacité, de réduire les coûts pour rester concurrentiel. C’est ainsi que les technologies numé- riques contribuent à ouvrir de nouvelles possibilités en termes de modèle d’affaires au sein des entreprises

En conclusion, ce que l’on peut retenir en

parcourant les différentes technologies numériques présentées ici, c’est que les données se trouvent au cœur de toutes ces technologies. Les évolutions récentes en termes d’abondance de données et de capacité de traitement permettent de considérer les données comme le nouveau pétrole. Leur traitement ouvre des applications inconcevables il y a seulement quelques années.

« La donnée devient ainsi une force motrice essentielle à la transformation numérique, puisqu’elle constitue le carburant qui alimente les nouveaux processus métier et les nouveaux modèles d’affaires » (Garbinato, 2019).

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traditionnelles ou par l’intermédiaire de nouveaux entrants issus du domaine digital. Cette partie pré- sente brièvement les modèles d’affaires qui se déve- loppent sous l’impulsion de la transition numérique (Yazgi, 2018).

Du produit au service

La numérisation permet de transformer un produit en service faisant de fait passer l’entreprise du statut de fabriquant à celui de prestataire de service. En effet, grâce aux données collectées, notamment par le biais des objets connectés, les industries peuvent par exemple offrir des conseils en temps réel ou encore anticiper des pannes.

Ce développement de prestations de service contribue au développement du modèle économique basé sur l’abon- nement. Ainsi, plutôt que de vendre son produit, le fabri- quant peut le louer en adaptant la tarification en fonc- tion de l’usage qui en est fait. « L’entreprise vaudoise Elite en constitue un bon exemple : en mettant des capteurs sur ses matelas, elle ne vend plus ses matelas aux hôtels, mais leur fait payer un montant en fonction du nombre de nuits passées par leurs hôtes. Elle a ainsi pu élar- gir son cercle de clients au-delà de l’hôtellerie de luxe » (Yazgi, 2018).

L’économie circulaire

L’avènement de la location plutôt que de la vente contri- bue à une production plus durable et devient ainsi une composante de l’économie circulaire, qui vise notam- ment à optimiser la durée de vie et d’usage des produits ainsi que réduire l’utilisation des ressources. En effet, les modèles d’affaires intégrant la maintenance ou propo- sant de la location ont tout intérêt à offrir des produits fiables, afin d’éviter les coûts de réparation notamment.

Par ailleurs, la surveillance numérique des machines permet par exemple de planifier la maintenance et d’évi- ter des dommages de matériel inutiles (Yazgi, 2018 ; Eco- nomiesuisse, 2019).

3 Parfois, une partie de cette réduction des coûts provient du fait que ces nouveaux modèles d’affaires profitent d’un avantage concurren- tiel car elles ne sont pas soumises aux mêmes règles que les acteurs « traditionnels ». Par exemple, le secteur de l’hôtellerie est soumis à des dispositions relevant de la police du commerce, du droit du travail et de la législation en matière de sécurité, alors que les plateformes de location de logements en ligne (ex. : Airbnb) échappent à ces règles.

Désintermédiation

La désintermédiation est un modèle d’affaires qui consiste à mettre directement en contact les profes- sionnels et les particuliers, sans intermédiaire et de manière instantanée par le biais d’une plateforme numérique. Cela permet de réduire la chaîne de distri- bution et ses coûts 3. C’est ainsi qu’Uber est devenue la plus grande compagnie de taxi du monde, alors qu’elle ne possède aucun véhicule. Pour prendre un cas plus local, Batmaid est une plateforme lausannoise qui per- met d’engager un employé de ménage sur tout le terri- toire national.

Economie du partage ou collaborative

L’économie du partage (sharing economy), ou économie collaborative, fait partie de l’économie des plateformes.

Elle repose sur le partage ou l’échange entre particuliers de biens (voiture, logement, parking, perceuse, etc.) et de services (covoiturage, bricolage, etc.) ou de connais- sance (cours d’informatique, communauté d’apprentis- sage, etc.) par l’intermédiaire d’une plateforme numé- rique de mise en relation.

Ces pratiques ne sont pas nouvelles mais elles prennent de l’ampleur du fait qu’elles sont coordonnées par les plateformes numériques. « L’économie des plateformes collaboratives s’est imposée en quelques années comme un phénomène incontournable, en grande partie en raison de la croissance impressionnante des principaux acteurs comme Uber ou Airbnb » (Lambrecht, 2016).

Ainsi, l’économie du partage permet une utilisation plus efficace des ressources et renforce la concurrence. En effet, tout un chacun peut louer son logement pour le week-end ou partager des appareils ménagers rarement utilisés. Ces échanges rémunérés entre particuliers entrent en concur- rence avec des biens et services fournis jusqu’alors par des professionnels et à des prix plus élevés. L’économie du partage soulève néanmoins des questions en termes de protection des consommateurs et de couverture sociale des prestataires (Conseil fédéral, 2017a).

(19)

Personnalisation

Alors que l’économie fordiste 4 a conduit à la consomma- tion de masse de produits standardisés, la transforma- tion numérique remet le client au centre, signant le retour du sur-mesure. On assiste donc à une personnalisation accrue des services, des produits et des traitements médi- caux. Dans le cas des services et des produits, l’objectif est d’améliorer l’expérience client et de le fidéliser. Dans le cas des traitements médicaux, il s’agit de gagner en effica- cité et diminuer les effets secondaires. Cette personnalisa- tion est rendue possible par la connaissance des besoins et des préférences des clients, par l’intermédiaire de données collectées par différents moyens (ex. : commandes effec- tuées par le passé, informations récoltées grâce aux appa- reils mobiles informant sur l’état de santé).

Par ailleurs, le pouvoir des consommateurs est accru par les avis qu’ils peuvent déposer sur les plateformes et qui contribuent à forger la réputation des entreprises.

4 Le fordisme désigne un mode d'organisation du travail mis en place par Henry Ford (1863-1947) dans ses usines d'automobiles pour la production de la Ford T, à partir de 1907. Il se base sur des principes de standardisation, de division du travail ainsi que sur des rémunéra- tions supérieures des employés leur permettant de s’offrir les produits qu’ils fabriquent. Ce modèle a impliqué une hausse de la production, mais également de la consommation.

En dehors des différents modèles d’affaires présentés ici, les entreprises peuvent également créer de nouvelles opportunités d’affaires grâce à l’usage de nouvelles tech- nologies numériques, en offrant notamment des ser- vices qui étaient jusque-là inexistants notamment dans le domaine de la cybersécurité.

Processus existant, mais en accélération ? 2.2.

Les grandes mutations technologiques ont toujours eu un impact sur le marché du travail. Elles font disparaître des métiers, en créent de nouveaux et transforment pro- fondément le monde du travail. Elles ont également tou- jours suscité des peurs et en particulier celle du rempla- cement du travail humain par la machine.

Pour évoquer la transformation numérique, on utilise communément les expressions de « Quatrième révolu- tion industrielle » ou d’« industrie 4.0 ». Cette section met en perspective ces expressions en deux temps :

1. Elle présente, tout d’abord, les principales révolutions industrielles précédentes. La période couverte va de la découverte de la machine à vapeur au début des années 2000 qui marqueraient le début de la numé- risation (Fig. 2).

2. Elle explicite, ensuite, les éléments qui confèrent à l’avancée du numérique une dimension de quatrième révolution. Cette section rappelle par ailleurs que cette quatrième révolution dépasse largement le cadre de l’industrie et qu’elle concerne en fait tous les secteurs d’activités du canton.

Avant d’en esquisser les contours, il est intéressant d’il- lustrer l’ampleur des changements de la structure des emplois occasionnés par les trois premières révolutions industrielles dans le canton de Vaud :

• A première vue, les séries historiques disponibles laissent supposer qu’il existe une croissance parallèle entre la population et l’emploi. En effet, cette crois- sance est peu affectée par les évolutions technologiques sur le long terme.

Pour conclure, les différentes technologies numériques présentées dans cette partie et leur combinaison amènent non seulement de nouvelles possibilités en termes de modèle d’affaires mais impliquent également des changements dans la production, la distribution, la maintenance, la relation avec les fournisseurs et les clients, l’organisation du travail, la gestion des ressources humaines, le service après-vente ou encore le marketing, pour citer quelques exemples.

(20)

Ainsi, depuis 1850, l’emploi vaudois suit la croissance de la population, passant de respectivement 100 000 emplois pour 200 000 habitants à 439 000 pour 800 000 habitants aujourd’hui. Si l’on tient compte des quelque 30 000 frontaliers actifs dans le canton aujourd’hui, on pourrait croire à une relation stable d’un emploi pour deux habitants.

• Toutefois, si l’on se concentre sur la nature de ces emplois, on perçoit aisément que les bouleverse- ments ont été considérables au cours des deux der- niers siècles et demi. En effet, l’économie vaudoise est progressivement devenue une économie tertiaire sur la période. Ainsi, 20 % des actifs vaudois travaillaient dans les services en 1860, ils étaient 50 % en 1970, 76 % en 2000 et sont à présent 82 % (Fig. 3).

En termes d’effectifs, les emplois du secteur primaire n’ont cessé de diminuer depuis lors, tandis que ceux du secondaire ont augmenté jusque dans les années 1970 et que ceux du tertiaire ont fortement crû dès de début du XXe siècle.

Historique des différentes révolutions industrielles

La première révolution industrielle désigne la période historique qui a débuté à la fin du XVIIIe siècle avec l’in- vention de la machine à vapeur (brevetée par James Watt en 1760). Elle a d’abord eu lieu en Grande-Bretagne, puis s’est étendue dans le reste du monde au cours du XIXe siècle. Elle est caractérisée par le changement considé- rable qu’a représenté la mécanisation de la production (chaîne de montage et décomposition du savoir-faire de l’artisan en plusieurs tâches simples) et du transport des biens matériels.

Cette mécanisation a éveillé une certaine crainte chez les travailleurs. C’est notamment le cas des artisans du tex- tile en Angleterre qui détruisirent, en 1811, les métiers à tisser qui étaient en train de les remplacer. Cette révolte, dite des « luddites », durera environ deux ans. Elle sera sévèrement réprimée et conduira à la première loi de protection des machines, le « Frame-Breaking Act » de 1812, qui prévoit la peine de mort en cas de destruction de métiers à tisser.

Si l’on ne trouve pas d’exemple vaudois de destruc- tion de machines, on notera tout de même l’incendie d’Uster à Zurich en novembre 1832 où une foule en

colère saccagea la filature et atelier de tissage mécanique Corrodi & Pfister. Là aussi, les autorités n’accéderont pas à la demande des manifestants d’interdire les métiers à tisser mais instaureront une loi de protection de la pro- priété en 1835.

Cependant, dans son ensemble et malgré les condi- tions de travail des premières fabriques, la pre- mière révolution industrielle a globalement profité aux ouvriers non qualifiés, issus le plus souvent du monde agricole, leur proposant des emplois, et, en tant que consommateurs, des biens de consomma- tion plus abordables. En Angleterre, certaines estima- tions font état d’un doublement des salaires réels entre 1820 et 1850 (Allen, 2019).

Au début du XIXe siècle, le canton de Vaud est essen- tiellement agricole et deux actifs sur trois sont pay- sans. Durant ce siècle, il reste en marge de la première révolution industrielle. S’il n’échappe pas à la moder- nité avec le développement des infrastructures fer- roviaires, de l’urbanité et surtout du tourisme, on n’y trouve cependant pas d’industrie textile comme dans d’autres cantons.

A l’orée de la deuxième révolution industrielle, près de la moitié des actifs vaudois (48 % en 1888) travaillent ainsi encore dans le secteur primaire, alors que le secon- daire en regroupe 33 %. En guise de comparaison, dans le canton de Zurich, qui est le plus développé de Suisse, la proportion du secteur primaire est tombée à moins d’un cinquième et l’emploi industriel s’élève à plus de la moitié (Vallotton & Mazbouri, 2020).

La deuxième révolution industrielle est généralement caractérisée par la diffusion de l’électricité (en 1867, Werner von Siemens invente la dynamo, qui est le pre- mier moteur électrique efficace). Par l’automatisation qui en découle, la production nécessite beaucoup moins de main-d’œuvre non qualifiée mais plus d’ouvriers rela- tivement qualifiés pour faire fonctionner les nouvelles machines. Cette deuxième phase s’accompagne d’une révolution des transports et des communications qui étend les marchés, renforce la compétition et exige donc des gains continus de productivité. Avec la concentra- tion des entreprises et l’apparition des multinationales, les secteurs de l’encadrement et des bureaux deviennent également de plus en plus importants.

Les innovations technologiques au cœur de cette deuxième révolution susciteront également de nom-

(21)

Fig. 2 PRINCIPALES TECHNOLOGIES ET MODES DE PRODUCTION DEPUIS DEUX SIÈCLES

Industrie 1.0 Vers 1780 Mécanisation

Machine fonctionnant à l’eau et à la vapeur

Industrie 2.0 Vers 1870 Electrification Production de masse et chaîne

de montage

Industrie 3.0 Vers 1970 Automatisation

Electronique et informatique

Industrie 3.5 Vers 1980 Mondialisation Réduction des coûts de communication et usage de conteneurs

standards

Industrie 4.0 Vers 2000 Numérisation

Technologies numériques et internet des objets Source: propre adaptation de Banque de développement du Canada.

En %

Secteur primaire Secteur secondaire Secteur tertiaire

En milliers d’actifs

1 Les résultats des Recensements fédéraux de la population (jusqu'en 2010) et du Relevé structurel (après 2010) ont été mis bout à bout.

0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100

1860 1870 1880 1888 1900 1910 1920 1930 1941 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2018

0 50 100 150 200 250 300 350 400

1860 1870 1880 1888 1900 1910 1920 1930 1941 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2018

Fig. 3 ÉVOLUTION COMPARÉE DES TROIS SECTEURS DANS LA POPULATION ACTIVE, VAUD, 1860-20181

Source: OFS; traitements: Observatoire BCV de l’économie vaudoise.

(22)

breuses craintes pour l’emploi. Ainsi, John Maynard Keynes, influent théoricien de l'économie, s’en inquiète en 1930 :

« Nous sommes atteints d’un mal nouveau dont cer- tains lecteurs ignorent peut-être encore le nom, mais dont ils entendront parler abondamment dans les années qui viennent : le chômage technologique. Ce dernier apparaît lorsque nous découvrons plus rapi- dement de nouveaux moyens d’économiser la main- d’œuvre que de nouvelles façons de l’utiliser. Mais il ne s’agit que d’une phase temporaire de désajuste- ment. A long terme, le sens des événements est clair : l’humanité est en train de résoudre son problème économique. »

Cependant, durant cette période, on ne constate aucune crise de l’emploi attribuable à l’introduction de nouvelles technologies. Bien au contraire, la deuxième révolution industrielle se terminera avec les « trente glorieuses », la période de plein emploi qui va de l’après- guerre aux années septante.

Le canton de Vaud est resté relativement en marge de la première révolution industrielle, mais la deuxième lui a permis de rattraper son retard. Si la première guerre mondiale amorce un repli temporaire du tourisme, le commerce et l’industrie se développent sur les bases amorcées au XIXe siècle : métallurgie et construction mécanique (Matisa, Bobst, Ateliers de constructions mécaniques de Vevey, etc.), arts graphiques (Heliographia, Presses Centrales, Imprimeries Réunies) et industrie alimentaire (Nestlé). Toutes ces branches font plus que tripler leurs effectifs de 1910 à 1970 et il en va de même avec la construction. L’électrification donne naissance à de nouvelles entreprises comme les Câbleries et tréfileries de Cossonay en 1898 ou Leclanché à Yverdon-les-Bains en 1909. Les services connaissent une croissance parallèle, les emplois bancaires, par exemple, quadruplent sur cette période.

En 1970, la structure vaudoise par secteur s’est nette- ment rapprochée de la zurichoise et se révèle bien plus secondaire et tertiaire, avec respectivement 8,0 % et 3,5 % pour le primaire, 41 % et 44 % pour le secondaire et enfin 51 % et 52,5 % pour le tertiaire.

Aux Etats-Unis, les historiens constatent que l’avancée technologique coïncide avec la généralisation des écoles secondaires, le « high school movement ». Les nouvelles technologies exigent un personnel plus qualifié aussi bien dans les usines pour opérer les nouvelles machines que dans les bureaux où apparaissent les machines à

écrire et les calculatrices. Claudia Goldin et Lawrence Katz ont ainsi défini l’histoire du XXe siècle comme la

« course entre la technologie et l’éducation » (Frey &

Osborne, 2015).

En Suisse, et dans le canton de Vaud, on retrouve ce développement de l’éducation parallèle aux nouvelles technologies de production, mais une autre voie est choisie, celle de la formation professionnelle. Héritée de l’apprentissage des corporations, la formation duale en entreprise se développe dans les cantons parallèle- ment aux écoles professionnelles comme l’école tech- nique au Sentier (1900), des métiers à Yverdon-les- Bains (1903), technique et des métiers à Sainte-Croix (1907), des arts et métiers à Vevey (1914) ou des métiers à Lausanne (1916).

Comme pour le « high school movement », le système suisse de l’apprentissage répond à la double exigence des besoins en main-d’œuvre qualifiée de l’économie et comme un moyen de « désamorcer les tensions sociales en permettant à la classe ouvrière d’améliorer ses conditions de vie » (Bonoli, 2016). Durant la décennie 1930, inaugurée par la loi fédérale qui institue le certi- ficat fédéral de capacité (CFC), la proportion de jeunes en apprentissage s’élève à 40 %, soit beaucoup plus que la voie de l’enseignement secondaire qui n’est que de 6 % (Bonoli, 2014). Durant la période 1938 à 1961, le nombre des métiers enseignés a doublé selon un rap- port du Conseil fédéral de 1962 à l’occasion d’une révi- sion de la Loi sur la formation professionnelle (Bonoli, 2016).

La troisième révolution industrielle s’amorce dans les années 1960 avec l’apparition des premiers ordinateurs commerciaux, le développement des télécommunica- tions, l’ordinateur personnel en 1980 et enfin le World Wide Web dans les années 1990. Ces technologies se répandent très rapidement : Frey et Osborne (2015) rap- pellent que le coût de l’informatique diminue de 37 % par année entre 1945 et 1980, puis de 64 %, toujours par année, entre 1980 et 2000.

Ces ordinateurs mis en réseau, associés à des tech- niques logistiques (comme le conteneur pour le trans- port de marchandises), permettent et accompagnent les grands bouleversements de ces cinquante dernières années que sont la mondialisation et son corollaire de désindustrialisation et de tertiarisation des pays indus- trialisés d’Europe et d’Amérique du nord (d’aucuns parlent ici de révolution industrielle 3.5).

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