VARIATION DES BESOINS
ALIMENTAIRESDES PORCS,
EN FONCTION
DE LASAISON
André M. LEROY
Professenr de Zootechnie à l’Institut National
Agronomique.
Étude
statistique
des résultats observés à la Station expérimentale de Bois- Corbon.Croissance moyenne des animaux et indices moyens de consommation aux
divers âges.
Influence de la saison sur l’indice de
consommation ;
étude des causesprobables des variations observées.
Importance économique de ces variations.
Conclusion.
I,’étude des résultats obtenus à la Station de Bois-Corbon sur des porcs de race
Large
Whiteengraissés
àpartir
de 25kg jusqu’à
iookg
dansles conditions habituelles des
épreuves
de contrôle de consommation et de rendement nous ontpermis
de faire d’intéressantes observations ausujet
de la variation des indices de consommation avec différents facteurs.
Parmi ces
facteurs,
il convient dedistinguer
ceuxqui dépendent
desindividus examinés -
âge, origine,
état de santé dessujets
- et ceuxqui dépendent
de l’environnement -température
et étathygrométrique
de
l’atmosphère
de laporcherie, ventilation,
etc... Il estpossible,
dans cepremier travail,
d’examiner les influences dequelques-uns
de ces derniers.Rappelons
que les porcs deBois-Corbon, logés
à raison de trois parloge,
sont alimentés avec des farinescomposées
dont les formules ont faitl’objet
d’une étudepatiente.
Les rations de farine sontpesées
exactementchaque jour,
en trois repaségaux,
distribuées à sec,puis mélangées
immé-diatement avant leur consommation avec environ trois fois leur
poids
d’eau.Les animaux sont
pesés régulièrement chaque semaine,
cequi permet
de comparer les
gains
depoids
vif hebdomadaires et les consommations d’alimentscorrespondantes. D’après
lacomposition
desaliments,
examinéepériodiquement
aulaboratoire,
on en déduit la consommationexprimée
en unités
fourragères
parkilogramme
degain
depoids vif,
delaquelle
dépend
directement le coûtd’engraissement
des animaux considérés.I. - Courbe moyenne de croissance des animaux
Au moyen de l’ensemble des résultats de
pesées,
nous avons d’abordtracé la courbe de variation de
poids
vif de l’animal en fonction del’âge (fig. i), puisque
tous lessujets
examinésprovenaient
deportées
identi-fiées dès leur naissance.
Avec l’aide de ce
document,
il estpossible
de calculer legain
moyenquotidien correspondant
àchaque âge.
Ces données fondamentalesfigurent
sur le tableauci-après.
II. - Indice de consommation
Après
avoirgroupé
les indices de consommationd’après
lepoids
desporcs, nous avons pu suivre la
progression
de l’indice moyen avec lesprogrès
de lacroissance,
et constatél’importante
variation des donnéesfigurant
danschaque catégorie, reproduite graphiquement
dans la fi-gure 2. Voici le tableau de ces indices.
III. - Influence de la saison sur l’indice de consommation
En nous référant aux dates
d’observation,
nous pouvons pourchaque catégorie de poids prévue
au tableau précédent
classer à part
les données
observées au cours de chaque saison,
et calculer les moyennes correspon-
dant à ces classements.
Nous obtenons ainsi les résultats du tableau
III, qui
nous montrentl’existence
d’importantes
variationssaisonnières,
d’intensité etparfois
de sens
différents,
pour lescatégories
depoids
que nous avonsadoptées.
I,’examen du tableau montre que l’été et l’automne sont des saisons
plus
favorables àl’engraissement
que leprintemps
et surtout que l’hiver.Mais cette influence du microclimat environnant ne s’exerce pas de la même
façon
pour toutes lescatégories d’âge.
Pour la classe desplus jeunes animaux,
l’influence de l’été sembleparticulièrement défavorable,
contrairement à ce que l’on observe pour toutes les autres classes. D’autre
part,
l’économie degain
observée à labelle
saison estbeaucoup plus
sen-sible pour les animaux de 35 à
6 5 kg
que pour les porcs ayantdépassé
cedernier
poids,
vraisemblablement parce que les fortestempératures
decertains
jours
d’étégênent
dans une certaine mesurel’organisme
dessujets qui
se trouvent à ce moment dans un état avancéd’engraissement.
En
fait,
ce sont les animaux descatégories
intermédiairesqui paraissent
de
beaucoup
lesplus
sensibles aux influences saisonnières.lorsque
l’on examine le détail des donnéesd’observation,
il est assezfréquent
de constater pour certainespériodes
de courte durée des ano-malies de
croissance, qui
entraînentpassagèrement l’apparition
d’indicesde consommation
exagérément
élevés. En considérant comme anormal tout indice de consommationsupérieur
ouégal
à6,
nous avons pu relever lepourcentage
d’observations de cette nature,correspondant
aux diffé-rentes
saisons,
et les résultats de notre recherchefigurent
dans le nouveautableau
ci-après :
Il est
incontestable, d’après
cedocument,
que l’état sanitaire des ani-maux est dans une certaine mesure
responsable
des variations de l’indice.Les
catégories
de porcspesant
moins de 55kg
sontplus
sensibles à l’influence de la saison froide que celles des animaux à la foisplus
lourds etplus âgés.
Mais,
pour avoir une connaissanceplus approfondie
de cesinfluences,
du
climat,
il est utile de calculer pourchaque
mois legain
moyen depoids
vif pour l’ensemble des porcs
présents
dans laporcherie,
ainsi que l’indice de consommation moyencorrespondant.
Les donnéesrecueillies, qui figurent
sur le tableau V et ont servi à la construction desgraphiques
dela
figure
3,correspondent
au cas d’un animal d’unpoids
de 60kg.
Variations mensuelles du
gain quotidien
moyen depoids vi et
de l’indice moyen deconsommation, correspondant
à unporc
de 6okg.
On voit aussi que le
gain
depoids
vif décroîtirrégulièrement
dedécembre à
mai, puis
remonte trèsrapidement
de mai àjuillet. Après
une nouvelle baisse
pendant
les mois d’août etseptembre correspondant
à des
périodes particulièrement chaudes,
une nouvelleaugmentation
s’est
produite
à la fin de l’année. L’examen du tableau montre, d’autrepart, qu’il
n’existe pas de corrélationimportante
entre lesgains journa-
liers de
poids
vif et les indices de consommationcorrespondants (Indice
de corrélation r = -
0,24).
IV. - Influence de la saison sur la ration de production par kg de
gain,
déduction faite des besoins de l’entretienNous savons que pour calculer les besoins
énergétiques
d’un porc dont on connaît lepoids,
legain
depoids
vif etl’âge,
il fautajouter
à saration d’entretien E une ration de
production
Pqui dépend
de la com-position
dugain
depoids
vif et de lagrandeur
de cegain
parjour.
Or, pour un porc de 60
kg,
la valeur de la ration d’entretien est de 0,
70 u. f. par
jour.
A l’aide des données du tableau V, nous pouvons étu- dier la variation mensuelle de la ration deproduction
parkg
degain
(tableau VI).
Nous voyons ainsi l’influence considérable exercée par la
période
froide de l’année sur la
dépense énergétique correspondant
àl’acquisition
d’un
kilogramme
de croît. Parmi les causes de cet état dechoses,
il con- vient de ne pas oublier la différence decomposition
dugain
depoids
vifqui
seproduit
sous l’action des bassestempératures.
Onsait,
eneffet,
que la formation degraisse
à lapériphérie
du corps est pour le porc uneconséquence
de la lutte contre le froid. Pour cetteraison,
les porcsayant
dépassé
100kg
sont considérés par les charcutiers commeayant trop
degraisse lorsqu’ils
sont abattus enhiver,
tandis que les animaux de mêmepoids
sont de meilleurequalité pendant
l’été. Tandis que ledépôt
d’ungramme de matière azotée
correspond
à ungain énergétique
de 5,55cal.,
celui d’un gramme de matière grasseexige
unedépense
de 9,2 cal. Il fautdonc,
pour obtenir le mêmepoids
de tissus decroissance, dépenser
d’au-tant
plus d’énergie
que lesdépôts
degraisse
tendent àl’emporter
davan-tage
sur les matières azotées forméespendant
le mêmetemps.
Afin de
compléter
lesrenseignements
fournis par le tableauVI,
nousavons recherché
quelles
étaient les variations saisonnières de la ration deproduction, pendant
la durée de lapériode
totaled’engraissement, pé-
riode au cours de
laquelle
lepoids
des animaux passe de 25 à 100kg.
Voiciles résultats que nous avons obtenus.
I,’utilisation des normes courantes d’alimentation donne
donc,
dans lapratique,
desprévisions qui peuvent
s’écarterlégèrement
dans un sensou dans
l’autre,
des résultats d’observation. D’uneporcherie
à une autre,il
peut
exister des différences dans la croissance desanimaux,
même sices
porcheries
sontgarnies
d’animaux de même race, de mêmeorigine,
soumis à la même alimentation distribuée d’une manière
identique.
Cette
question
pose donc leproblème
de l’influence du microclimat de laporcherie
sur la croissance du porc,lequel
devrait fairel’objet
d’observations
systématiques,
en raison de son incidence sur laquantité
des aliments consommés par
kg
degain.
Pour montrer toute
l’importance économique
de cettequestion,
nous avons
calculé,
à l’aide des données du tableau IX,quelle
sommetotale d’unités
fourragères
serait nécessaire à un porcqui
setrouverait,
aux diverses
périodes
de sacroissance,
dans les meilleures conditionspossibles,
c’est-à-dire dans cellesqui correspondent
pourchaque catégorie
de
poids
à la ration deproduction
parkg
degain
laplus
faible. Nous avonségalement
effectué des calculsanalogues,
mais ensupposant
cette foisque nos animaux se trouvent
toujours
dans les conditionscorrespondant
à la
plus
fortedépense.
Voici ce que nous avons trouvé :
On voit ainsi
qu’il
existe une différence considérable entre la con-sommation
qu’il
seraitpossible
d’obtenir dans les meilleures conditions-
3 ,8 2
u. f. parkg —
et cellequ’un aménagement particulièrement
défec-tueux des
porcheries pourrait théoriquement
entraîner - 4,q.7 u. f. parkg.
- Le coût des aliments nécessaires àl’engraissement
d’un porc serait dans ce dernier cassupérieur
de 17%
à celui dupremier.
Il convient de tenir
compte
de ces faits pourinterpréter
convenable- ment les résultats desépreuves
decontrôle,
car les animaux soumis à cesépreuves pendant
lapériode
d’hiver subissent un sévèrehandicap
parrapport
à ceuxqui
ont étéengraissés
au cours de la belle saison.CONCLUSION
Les conditions dans
lequelles
vivent les porcs exercent une influencesur leur
rapidité
de croissance et sur l’indice de consommationexprimée
en unités
fourragères
parkg
degain.
Parrapport
aux conditions moyennes de la Station deBois-Corbon,
des différences considérables s’observent entre les résultats obtenus au cours des différents mois del’année ;
lesanimaux
s’engraissent
avec unedépense
moindre de nourriturependant
la
période
dejuin
à novembre quependant
lapériode
de décembre à mai.Des écarts notables
séparent
à cepoint
de vue les observations faites surdes animaux de
poids
différents. I,’influencede la
saison sembleplus importante
sur la croissance dessujets
depoids
intermédiaire de 35 à 75kg
que sur les animauxplus jeunes
ou sur les animaux parvenus à la dernièrephase
de leurengraissement.
L’améliorationsystématique
du microclimat des
porcheries pourrait
exercer vraisemblablement uneheureuse influence sur l’économie de la