ÉTUDE DE LA TRANSLATION DU POINT DISCOÏDAL
(DISCOIDALVERSCHIEBUNG) DE L’AILE DE L’ABEILLE
(A. MELLIFICA L.)
J. LOUIS
Station de Re(-hei-ches sur l’Abeille et les Insecles sociaux, lüsres-suy-Yvette
(Sei ll e-et-Oise)
SOMMAIRE
Le
point
discoïdal de l’aile est soumis à un type de fluctuation bien défini. Les aspects de cette variation sont considérés comme des caractères relatifs desubspéciation
de l’Abeilledomestique.
L’auteur,
après
une étude de ces fluctuations, tente d’en apporter uneinterprétation graphique,
dans le but de mettre en évidence les aspects cinétiques de ce caractère. Il termine par une étude
critique
de la méthode.INTRODUCTION
Ce
premier
travail s’inscrit dans le cadre d’une série depublications,
dont le but est de rechercher et de prouver l’existence d’éventuellespopulations
localesparmi
l’Abeille
française.
La connaissance descaractéristiques morphologiques régionales
des
colonies,
doitpermettre
par la suite de confirmer laconsanguinité
deslignées
lorsd’éventuels travaux de sélection
portant
sur l’amélioration du rendement ducheptel.
La discrimination de formes diverses au sein d’une
espèce
est subordonnée à la connaissance de la variation de chacun des caractèressusceptibles
dedistinguer
chacune de ces formes. Les fluctuations du
point
discoïdal de l’aile constituent lepremier
caractère alaire que nous ayons étudié dans le but depréciser l’aspect
decette variation.
La
bibliographie
dusujet
est pauvre. C’est GoEiz!(ig 59 ) qui
a lepremier
donnéla
description
de ce caractère et a tenté son utilisation. Lesquelques
auteursqui
ontétudié la
morphologie
des « races » d’abeilles ou des soit-disant «écotypes
» et notam- ment!r,PATOV,
RUTFNFR,!akAG.!w,
etc. n’en ont pas fait mention dans leurstravaux. Il n’est
cependant
paspossible
de relever par ailleurs desarguments permet-
tant de l’abandonner.
Cette étude ne
présente
pas seulement un intérêtagronomique.
Il est apparuen cours de travaux que les résultats
pouvaient
être mis enparallèle
avec ceux desauteurs ayant
publié
ensystématique
évolutive(selon
le sens donné à ce mot parBoou!T, 1953 ).
De mêmequ’il
existe des caractèresspécifiques, subspécifiques
ougénériques,
la translation discoïdale nousapparaît
comme un caractèreexergique
tel que
l’exer â e
a été décrit par VERITY( 1925 )
etrepris
récemment dans lasystéma- tique française
par BERNARDi(i 957 ).
C’est ainsi que la translation discoïdale ditepositive
semble être le propre d’un groupe desous-espèces géographiquement
voi-sines et constamment
importées
en France.La
première partie qui comprend l’exposé
des résultats et la discussion corres-pondante, porte plus particulièrement
sur ladescription
de la variationgéographique
du caractère et la mise en évidence de chnes
(selon
le sens donné à ce mot par Huxt,Er( 193
8).
La secondepartie
de la discussion ne se situeplus
au niveau despopulations,
mais on y compare la variation de la
morphologie
alaire entre individus detypes opposés.
Les résultats et la discussion ne portent pas seulement sur l’Abeille
française.
Toutefois,
celle-ci constitue lamajeure partie
de notre étude. Des échantillons enprovenance
d’,I,&dquo;spagne, d’Italie, d’Afri<lue
du Nord et duLiban permettent
de com-parer les écarts ou les
modifications progressives
du caractère et de situergéographi- quement
les limites et les différentsaspects
des fluctuationsauxquelles
il est soumis.MATERIEL
ETMÉTHODES
!1) il! atàiel
l,es échantillons
proviennent
de laplupart
desgrandes régions géographiques françaises.
Trente-cinq correspondants
ont bien voulu nous adresser le matériel nécessairequi
porte sur trois cents ruches. Neuf mille abeilles ont été examinées souscinq
aspects différents, c’est donc au total 45000 donnéesqui
ont été classées etinterprétées.
La présente note ne porte que sur unepartie
de ces don- nées, soit 6412abeilles sont 5 45z pour la France. T,e reste del’échantillonnage,
soit 960 abeilles,se répartit entre l’Espagne, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et le Liban. Les méthodes de récolte et de conservation out été exposées dans une
précédente publication (’)
à laquelle pourplus
de détails onvoudra bien se reporter.
13) llTélhodes 1
&dquo;)
:1.Ionlage
des ailes :Après
dissection, les ailes ont été montées il sec entre deux lames mincesjointées aux quatre
angles
par despoints
de pâte à modeler.2
°) Les obseruatiozzs portant sur la translation discoïdale ont été effectuées à la
loupe
binoculaireobjectif
x i ; oculaire X 25. Ce dernier étaitéquipé
d’une réticule oculaire.3
°) Les dessirzs ont été réalisés à
partir
des mêmespréparations
parprojection
surpapier
de lasilhouette de l’aile à l’aide d’un agrandisseur
photographiolue
(grossissement environ X30 ).
(’) 1>es<ripliaii
du raracteremorphologique
Cette
description
est empruntée à GOETZE(ig6o) figure r.1
°) On
joint
les extrémités de la cellule radiale par une droite 1173 ; 2°) par le
point
C, on abaisse laperpendiculaire
à cette droit Y’ ; J(’) Variation des associations polliniques observées dans des miels récoltés en un même lieu par des abeilles appartenant à des sous-espèces différentes. !lnn.:l1>eille, H)63, n&dquo; 3.
3
°) on observe la situation du
point
U par rapport à cetteperpendiculaire.
Il peut alors, par rapport à celle-ci, prendre troispositions :
a) le
point
U peut être situé vers l’attache de l’aile, la translation discoïdale est dite alorsnégative.
b)
cepoint
peut être situé sur l’axe vertical. La translation est alors considéré comme nulle.c) le
point
U peut se situer au-delà de la droiteyy’vers l’apex
de l’aile, la translation dans ce cas estdite positive.
RÉSULTATS
A. - EXPOSL DES RÉSULTATS ET TABLEAUX
1
°) France
Les résultats ont été recueillis selon la méthode
classique.
Les données ont étéréunies,
pour l’ensemble du territoirefrançais,
dans le tableau i.Informations complémentaires
au tableau i. - Dans laprésente
note, seule la translation discoïdale estconsidérée,
maisd’après
une étudecomparée
avecquatre
autres
caractères,
nous avonsacquis
la certitude que :a)
en cequi
concerne larégion
desLandes,
lepourcentage
de1 6, 5 8
correspon- dant auxpositions positives
est influencé enpartie
par desimportations
récentesd’abeilles italiennes
(A.m. li g ustica 5)in).
Il en est de même pour larégion
de laVallée de la
Loire ;
b)
lepourcentage
de II,3o relatif à larégion
du Massif Central est influencépar la
présence
dans l’un des ruchersqui
compose l’échantillon d’une formequadri- hybride
américaine detype
italiendominant ;
c)
lepourcentage
de m,33 relatif à larégion
a Alsace-Lorraine » est influencé par des formes carnioliennes(A.m. ca y nica)
courammentimportées
dans lesrégions
de l’Est et en
Allemagne.
Toutes ces influences de
populations
créées àpartir
de reines artificiellementémigrées
serontplus amplement prouvées
lors depublications
ultérieures. Ces infor-mations
complémentaires
n’ontpout objet
qued’expliquer
l’existence dans la caté-gorie positive
depourcentages supérieurs
ouégaux
à 10p. ioo, par l’influence de sous-espèces
nonindigènes.
Si l’on résume la totalité de l’information
apportée
par la tableau n° i, on note que lespourcentages généraux
arrondis à i p. 100près
et relatifs à chacune des troiscatégories
sont nettement 10p. 100, 60 p. ioo et 3o p. 100.Les
pourcentages
moyens neportent
que sur 180 abeilles. Le tableau 2 met en évidence unegrande
variabilité de lacatégorie positive
entre ruches(o
à qo p.zoo).
Les
pourcentages généraux
montrent un balancement presqueégal
du caractère depart
et d’autre de lacatégorie
moyenne.Il ne
s’agit plus d’A!is mellifica mellzficcz
maisd’Apis naellifica
iiiiermissa décrite par V. BU1’1’EL REEPEN. Parrapport
aux deux échantillonsprécédents,
celui-ci secaractérise par un assez fort
pourcentage
de fluctuationspositives qui
s’élève auxdépens
despourcentages
de fluctuationsnégatives.
Les deux
sous-espèces
en provenance de cesrégions (,4 ,m , ligustica
et!4 .w..sy!Mca)
présentent
une couleur trèsjaune,
due à ladépigmentation
destéguments
des seg- mentsabdominaux,
ainsi queplusieurs
caractères semblables et notamment lapilo-
sité
générale.
Onpourrait
supposer que ces deux formes ont eu dans lepassé
uneorigine
commune dans lasous-espèce
africaine A.m. fasciata.
Mais ce que nous savons desorigines
d’A.m.Ligustica (RUTT!!R 1952 )
et le fait que lestypes
de fluctuations discoïdales soientrigoureusement opposés prouvent
que les caractères semblablesne sont que des convergences. On trouve
aujourd’hui
A.m.ligustica
sur tous les con-tinents. En ce
qui
concerne l’abeillefrançaise,
nous considérons que, dans un échan-tillon,
une tendance vers une fluctuationpositive
est une preuve de la traceplus
oumoins lointaine soit de la
sous-espèce
A.m.ligustica
soit de A. m. carnica. Cetaspect positif
de la translation discoïdale constitue unecaractéristique
commune à ces deuxsous-espèces
etrigoureusement
absolue.B. - REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DES TENDANCES DOMINANTES DE VARIATION DE I,A TRANSLATION I)ISCOÏDALE
Les tableaux de chiffres décrivent la variation
géographique
du caractère maisn’en font pas
apparaître
lespropriétés.
Pour tenter de mettre en évidence lesaspects cinétiques
de cettevariation,
nous avons recherché différentes méthodes derepré-
sentation
graphique.
Il est apparu que lareprésentation
laplus descriptive
est cellebasée sur le
graphique
à coordonnéestriangulaires.
Les trois variables sont
exprimées
enpourcentages,
leur total esttoujours égal
à 100. Les valeurs sont
portées
sur les médianes destriangles
par ordre croissant àpartir
des côtés vers les sommets. Lespourcentages
nuls se situent doncsur les côtés.
Lorsque
dans l’une des troiscatégories
unpourcentage
estégal
à 100,la
position
dupoint
dereprésentation
se confond avec celle de l’un des trois sommets.Chaque point intègre
donc la totalité del’information ;
celle-ci a été recueillieet
figurée
à des niveaux différents.1
°) Re!vésentation graphique
des tendances dominantesde la translation discoïdale
par végion (fig. 2 )
L’aire
délimitée par lespoints correspondants
à chacune desrégions géographi-
ques
françaises
est nettementparallèle
au côté AC(Axe x).
Chacun despoints repré-
sente une
région
soitplusieurs
ruchers. Lespoints qui
délimitent l’aire de l’axe Yreprésentent
chacun une ruchehybride
italienne(RHI).
Cespoints
sontfigurés
àtitre de
comparaison
en vue de délimiterl’emplacement occupé
par cetype
de colo- nies que l’on rencontrefréquemment
dans leséchantillons, auprès
d’autres ruchescomposées
d’abeillesindigènes.
Dans le cas de la
figure
2, l’Abeille italienne pure se situe en B.L’échantillon
se
place
au niveau durucher,
c’est-à-direqu’il porte
surplusieurs
colonies.Chaque point
situé depart
et d’autre de l’axe Zreprésente,
sauf pour larégion
des
Landes,
uneanalyse portant
sur un rucher.Les hasards des récoltes et des envois d’échav!tillons ne nous
ont pas permis de
donnerla même valeur à chacuvc des
points.
Toutefois le nombre de colonies esttoujours plus
élevé pour les
régions géographiquement
très voisines(en France),
où les formesd’abeilles sont à
priori
moins différenciées entre elles. Parconséquent,
l’information contenue danschaque point
est d’autantplus précise
que les échantillons sontgéo- graphiquement proches
l’un de l’autre par leurorigine
réelle. Leshybrides
avec lessous-espèces importées
etqui
ont,elles,
uneorigine géographique différente,
sontsignalées
par les intiales RHI(Ruches hybrides italiennes)
ou RHC(Rucher hybride carniolien),
lepoint
RHCcorrespond,
nous lerappelons,
à larégion
d’Alsace-I,orrainereconnue par ailleurs comme
ayant
subi l’influence de l’abeille carniolienne(A.m.
carnica).
2
°) Représentation graphique
des tendances dominantes de la translation discoïdalepar
ruche(fig. 3 )
Quatre régions
ont étéreprésentées
par dessignes
conventionnels différents.Bien que les échantillons soient
inégaux
ennombre,
les zonesoccupées
par chacun d’eux sont nettement visibles.a)
France. 86 colonies de provenances diverses et établiesdepuis quelques
annéesà la station
d’Apiculture expérimentale
de Montfavet(Vaucluse)
serépartissent
surle côté AB
(à gauche
de lafigure),
c’est-à-dire que la variationpositive
est nulle oufaible.
b) Afrique
du Nord. Cetterégion
occupe le côtéopposé (AC) :
dans ce cas, c’estle
type négatif qui
est rare.c) Espagne.
Les ruches en provenance de cetterégion
se situent entre les deuxzones
précédentes.
d)
Italie. A.m.ligustica
se situe trèsprès
du sommet C etprésente
unefluctuation
positive qui peut
être totale.DISCUSSION
La discussion
porte
tout d’abord sur l’ensemble des tableaux et lafigure
2puis
la
généralisation
sur lafigure
3.A. - LA VARIATION DISCOÏDAR,E EN FRANCE
Le tableau i, les informations
complémentaires qui
y sontjointes
et lafigure
2 montrent que : 1
1
°)
Les fluctuations detype positif
ne sontjamais supérieures
àp.
100 chezl’abeille
indigène ; 2
°) lorsque
le seuil de 8 p. 100 estdépassé,
il y a doutepossible
sur lapureté
des
échantillons ; 3
°) lorsque
le seuil de 10p. Ioo est atteint oudépassé,
il y a certitude que l’échan- tillon contienne deshybrides
italiennes ou carnioliennes.Nous remarquons que le
point
Francequi
résume l’information contenue dans 5 452 abeilles se situeprécisément
au-dessus du seuil de 8 p. 100et à la limite de celui de 10p. 100. Or, laposition
de cepoint
est influencée par lespourcentages
recueillis dans lesI,andes,
le lIassifCentral,
l’Alsace-I!orraine et surtout la Vallée de la Loire.Ces
régions
se situent nettement dans la zoneoccupée
normalement par les rucheshybrides
italiennes(RHI)
ou au moins pour le rucher detype
carnolien au-delà du seuil de 10 p. roo(RHC).
Laposition
de chacun des autrespoints qui représen-
tent le reste de
l’échantillonnage
d’Abeillesfrançaises n’apporte
pas d’informationscomplémentaires.
Tout auplus, peut-on
remarquer un certainregroupement
desrégions
de l’Est vers le sommetA,
Alsace-Lorraine(?), Jura, Alpes
et laposition
très
séparée
de la Normandie. Il n’est paspossible
toutefois de tirer d’autres conclu- sions.Il faut maintenant
apporter quelques restrictions
aux troisaspects généraux
quenous venons de
préciser.
Uneffet,
certaines coloniesfrançaises présentent parfois
de
façon
stable undéplacement faiblement positif. Ce déplacement
n’est toutefoisjamais comparable
à celui dessous-espèces importées
A.m.ligustica
et A.m. carnicaou à celui de
leurs hybrides.
Ledéplacement
estbeaucoup plus
faible etdépasse
depeu
l’épaisseur
d’une nervure. Il faut doncdistinguer : ,
i°)
lafréquence d’apparition
danschaque catégorie qui,
dans le casprésent, quelque
soit le sens de la fluctuation estsupérieure
à 80 p. 100,2
°) l’amplitude
dudéplacement
dans un sens ou dans l’autre. Or nous avonsremarqué
quelorsque
lafréquence
estgrande
dans l’une des deuxcatégories extrêmes, (supérieur
à 50 p. 100 pour l’Abeillefrançaise) précisons
que ce cas est très rare, ledéplacement
s’il estpositif
est faible et ledéplacement négatif
est fort.Ces deux tendances
opposées
ont été rencontréesrespectivement
l’une en Bre-tagne,
l’autre dans le Midi. Ces deux ruchers étaient isolésdepuis plus
de dix ans etredevenus presque sauvages. Le tableau 5montre que dans le cas du second
rucher,
le fortpourcentage négatif
était vraisemblablement le propre d’une colonie et que le caractère s’est transmisprobablement
par les mâles à deux autres colonies.Nous
sommes dans
l’impossibilité
de conclure à une mutation survenue dans le sens domi- nant de la variation ou à une sélectionqui
se serait réalisée dans le même sens. La secondehypothèse
semble confirmée par l’existence de fortspourcentages
rencontréségalement
dans le sens faiblementpositif.
Mais dans le cas de la translation dise o&dquo;d aie le seuil entre un effet de sélection et une faible mutation n’est pas nettement obser- vable.Quoi qu’il
ensoit,
dans le cas de l’abeillefrançaise,
nous sommes certainsqu’un déplac,-,me,nt positif faible
et même seproduisant
au sein d’une colonie dans ioop.
100des cas, n’est
Pas forcément
l’indication d’unehybridation.
D’unepart
la constanceà l’intérieur de la
colonie,
d’autrepart
l’absence dans le rucher de toute autre preuvemorphologique d’hybridation
même lointainepermet
de penserqu’il s’agit-là
d’unecaractéristique
rare, maispossible
et aisément reconnaissable.Enfin,
larégion
deslandes
du Sud-Ouest a faitl’objet
d’une étude trèsapprofon-
die
portant
surplus
d’un millier d’abeilles. Si par les autrescaractères,
l’Abeille landaises’apparente
à l’Abeillefrançaise,
lepourcentage général
de fluctuationsnégatives
estlégèrement
différent. Nouspensions
que letapis végétal
trèsparticulier
aurait pu provoquer une
hypothétique
transformation de lamorphologie
sous l’in-fluence de certaines
caractéristiques
de l’alimentation.Celle-ci,
eneffet,
a pour base essentielle les miels d’Erica et de Calluna. Il n’en est rien. Mais nous pensonsqu’en
ce
qui
concerne ce caractère(fig. 2 ) : 1
°)
les transhumances assez limitées versl’Espagne, 2
°)
lesimportations
récentes d’A. m.ligustica (bien
que les reines aient été enapparence
rapidement éliminées)
ont eu une actionconvergente
tendant àplacer
gra-phiquement
cet échantillon enéquidistance
entre la France etl’Espagne
et à ledéporter légèrement
vers la zoneoccupée
par leshybrides
italiennes. Notons au pas- sage que toutes les abeilles non locales s’accommodent très mal des conditions de vie landaises et que si cette abeille subit une différenciation propredepuis quelques siècles,
celle-ci n’est pas encore observable autrement que par cettelégère
élévation du pour-centage
de variationspositives qui pourrait,
parhasard,
être liée à des variationsplus
fines non encore visibles de caractèresphysiologiques
ou decomportement.
Nous pensons ainsi avoir défini d’une
façon
aussiprécise
quepossible
lesaspects
de la variation discoïdale de l’Abeille en France.
B. - LA VARIATION DISCOÏDALE EN ESPAGNE
ET EN
AFRIQU!
DU NORDSi l’on suit la
progression
despourcentages généraux positifs,
on remarque quecelle-ci se fait de la
façon
suivante : 10 pour laFrance,
20 pourl’Espagne,
40 pourl’Afrique
du Nord. Laprogression
despourcentages généraux
nuls estplus
cons-tante et varie au
plus
entre 50et 60(France 59 ,56, Espagne
55,00 ;Afrique
du Nord5I
!33) !
En arrondissant ces chiffres à i p. iooprès
nous trouvons6 0 -65-5 0 . L’enrichisse-
ment en formes
positives
s’effectue auxdépens
de la classenégative
où laprogression
est inverse
(France
30,55,Espagne
24,45,Afrique
du Nord6, 00 ).
Nous pensons que pour ces troisrégions,
lepourcentage
de formes nulles est constant et que les diffé-rences
qui progressent
de 5 en 5représentent
lapart d’interprétation
de l’obser-vateur en ce
qui
concerne les caslitigieux
où laposition
dupoint
discoïdal n’est pas nettement nulle mais trèslégèrement positive.
Nous verrons que lafaçon
de recueillir les donnéespermet
depressentir
des écartspouvant
varier avecl’opérateur lorsqu’il s’agit
de casqui
ne sont pas nettement définis. Dans le casprésent,
ces écarts de5p. 100que nous pensons devoir attribuer à
l’estimation,
restentcependant
àl’image
de la tendance
générale.
Si l’onjoint
par une droite(axe Z)
lespositions
extrêmesc’est-à-dire la France et la Tunisie et que l’on
projette
sur cet axe lespoints
lesplus proches qui
se trouvent depart
et d’autre de cet axe, on observe la succession suivante :France, Landes, Espagne,
Maroc,Algérie,
Tunisie.Or,
c’est là très exactement le chemin à suivre par les terres pour se rendre d’unpoint
extrême à l’autre. Nouspensons que ce n’est certainement pas l’effet d’un
simple
hasardqui peut aligner
dans l’ordre six
points
différents et que nous sommes enprésence
d’un cline.Von BUTTEE REEPÈN a décrit avec raison la forme A.m. inteYmissa que nous
considérons comme une
sous-espèce,
mais il semble que la véritable forme intermé- diaire soit l’abeilleespagnole.
D’autres caractèrespeuvent
confirmer cette observa- tion et notamment le nombre de reines élevéesspontanément
par chacune de cestrois formes d’Abeilles.
L’abeille
française peut
éleverparfois
un nombre assezimportant
de reinesmais ce nombre est
généralement
inférieur à 10. Desapiculteurs espagnols dignes
defoi nous ont affirmé que chez eux, ce nombre était le
plus
souventsupérieur
à 20.Chez A.m. intermissa le nombre de cellules
royales
est voisin de 50, avecprésence permanente
de reinesvierges parmi
lapopulation,
cequi
d’ailleurs semble être unpoint convergent
avec les genresTrigona
etMelipona tropicaux
etnéotropicaux.
Si cette
position
de l’abeilleespagnole peut
être à nouveau confirmée dansl’avenir,
nous pensons
qu’il
serait commode de nommer cettepopulation.
Le terme ibericaayant
étédéjà
utilisé pour une forme d’abeille A.m. Caucasica natio iberica par SKORIKOV nous
proposerions,
dans ce cas, A.m.his!anica
étant donnéqu’elle
semblebien différer par
plusieurs caractéristiques
etqu’il
nes’agit
ni de la formemellifica
ni d’intermissa.
Enfin,
s’il n’est paspossible
de prouver l’existence d’un caractèreparticulier
existant dans 75 p. 100 ou 100p. 100 des cas, cette forme ne pourra être élevée au rang desous-espèce,
mais alors il sera difficile de la rattacher à l’uneplutôt
qu’à
l’autre. Le caractèrepéninsulaire
du territoire et de la barrièrepyrénéenne
auraient pu favoriser dans ce cas la différenciation.
C. - I,A VARIATION DISCOÏDAI,F, CHEZ A.
Melli fcca ligustica
ET A.
Melli fica syriaca
Nous ne
possédons
pas d’échantillonprovenant
derégions géographiquement
voisine de celle où vit l’abeille
libanaise,
celle-ci se trouve de ce fait isolée au sein de notre étude.Après
un examenrapide,
l’abeillesyrienne
sembleplus petite
etplus
«
grise
», elle est en tous casréputée plus agressive
que l’abeilleitalienne,
mais par bien d’autres caractères, ellepeut paraître
assezproche
de l’abeilleligurique
et notam-ment par la couleur
jaune
et lapilosité générale. Or,
confirmant lesprésomptions
énoncées par Ru2Trr!ER
( 1952 )
et solidement basées sur une étude desglaciations
enEurope
au cours de lapériode quaternaire,
il se trouve que les tendances des fluctua- tions dupoint
discoïdal ontété,
pour ces deuxsous-espèces, rigoureusement opposées.
Cette
comparaison
semble donc confirmer :i o
)
que l’abeilleligurique
n’a pas deparenté
avec les abeillesjaunes
méditer-ranéennes orientales ou
africaines ; 2
°) qu’elle
estapparentée plutôt
à une soucheoriginaire
de Carniole et deCarinthie.
En
effet,
la tendance vers uneposition positive absolue, rapproche
lasous-espèce ligustica
des deuxsous-espèces carnica
etba ll atica, qui présentent
la même tendancepositive
absolue et de nombreux autres caractères notoirement communs. Cecisuggère
leregroupement
de ces troissous-espèces
au sein d’un exer,!e.Toutefois,
cerapprochement
sera étudiéplus
en détail ultérieurement. Notons que RIxAR( 19 6 1 )
a montré
l’aptitude
de la forme carnicanoire,
à varier de coloration et que la sous-espèce
banatica sembletémoigner
encore de nosjours
de lapossibilité
pour deuxpopulations
dediverger
en deux formesjaunes
et noires àpartir
d’unepopulation
ancestrale
unique.
Le facteur d’isolation de la souche actuelle italiennejaune
pou- vant être comme pour l’abeilleespagnole
le caractèrepéninsulaire
du territoire.D. - GÉNÉRALISATION
La discussion de
paragraphe porte
sur legraphique
3. L’examen de cegraphique
montre une zone vide de
points correspondants
aux valeurs inférieures à 40 p. 100 dans lacatégorie
nulle. Nous avionspensé
tout d’abord à une anomalie. Un examenplus approfondi
montrequ’il
nes’agit
que d’uneévidence,
en effet iln’y
ajamais
au sein d’une même
population
unpartage égal
despourcentages
ou des mesuresentre
catégories
extrêmes. Le balancement du caractère observé ici au niveau dessous-espèces
s’effectue, commetoujours,
autour de lacatégorie
moyenne. L’existence depourcentages égaux
ou élevéségalement répartis
entre deuxcatégories
ex-trêmes
’
serait une anomalie
biologique.
Celle-cipourrait peut-être
se rencontrer dans le cas, non d’unehybridation
mais d’unmélange
entre lapopulation
d’une colonie detype
totalementnégatif
et celle d’une colonie detype positif.
La distribution des données serait bimodale avec des écarts considérables entre les moyennes. Iln’y
adonc aucune
probabilité
pour observer l’existence depoints
sur le côté BC ailleursqu’en B ou en C.
I,a
présence
depoints
dans cette zone serait donc à notre avis la preuve d’unmélange
desous-espèces.
Il nous a paru nécessaire de lesignaler
car un telmélange peut
être effectué par hasard enapiculture,
lors de la constitution des essaims arti- ficiels.Cet
aspect graphique
du caractère est évidemment commun à tous les échan- tillons. Il nousparaît
inutile de rechercher les moyensd’appliquer
des coefficients de correction dans lesimple
but d’obtenir unefiguration
moins dense et mieuxrépartie
et
qui
serait dans tous les cas non conforme à la réalité.E. - r&dquo;’TERPRÉTATION DE LA TRANSLATION DISCOÏDALE
EN FONCTION DE LA MORPHOLOGIE ALAIRE GÉNÉRALE
i°)
Considérations sur la méthodeemPloyée pour
recueillir lesdonnées
Si l’on se
reporte
à lafigure
I, on remarque que les zonespositives
etnégatives
sont linéaires alors que la zone nulle est
ponctuelle.
Or laprobabilité
pourqu’un point
dont laposition
varie linéairement entre en coïncidence exacte avec un autrepoint
de cetteligne
est faible. Cequi
revient à dire questatistiquement
on abeaucoup plus
de chance de trouver despositions positives
ounégatives
que nulles. I)ans cecas, les différences que l’on est en droit de supposer
apparaîtront
auprofit
des zonesextrêmes et aux
dépens
de la zone nulle. Cecipeut
alors entraîner les deux consé- quences suivantes.i°)
Selonl’opérateur et,selon
lafréquence
des cas où laposition
nulle estdouteuse,
onpeut enregistrer
des écarts entre lespourcentages
des différentescatégories.
2
°)
Ces erreurs d’estimations cumulées avec l’effetstatistique théorique
ci-dessusexposé
auraient pourconséquences
de sensibiliser les zones extrêmes au détriment de la zone intermédiairequi
serait alorsplus importante qu’elle
n’est en réalité.Bien que le raisonnement
paraisse logique,
on nepeut
améliorer que faiblement la méthode actuellequi
semble satisfaisante. Parailleurs,
toutes les estimations ont subi les mêmes effets.Néanmoins,
afin que les travauxpuissent
êtrereproduits
ultérieurement par les différents auteurs dans des conditions aussi semblables quepossibles
et que par là les résultats soient aisémentcomparables quel
que soitl’expé- rimentateur,
il seraitpossible
d’admettre une zone nulle nonponctuelle.
Toute fluctuationqui
se situerait depart
et d’autre de l’axe de référence dans une limite n’excé- dant pasl’épaisseur
d’une nervure,pourrait
êtreégalement
considérée comme nulle.Bien
entendu,
une étudestatistique
effectuée àpartir
de mensurations et non d’esti-mations, permettrait
de déterminer une zone defréquence
maximum autour de cetaxe, et de
préciser
les limites de trois zoneségales.
I,’intérêtprésenté par le
caractèred’une part, les causes d’erreurs que nous
préciserons plus
loin etauxquelles
il estsoumis d’autre
part,
nejustifient
pas une telleprécision.
Cette méthode ne feraitqu’accroître
les difficultés rencontrées lors du recueil des données. Ilparaît plus
souhaitable d’admettre la méthode
simple
actuellequi permet
d’observer unplus
grand
nombre d’individus avec moins deprécision.
2
°) Étude
des relationsprobables
entre la variation dupoint
discoïdalet la variation des
Points qui
servent à la détermination de l’axe deréférences
vertical1 0
) Technique générale.
Les mensurations effectuées sur l’aile des insectes montrent que les valeurs se
distribuent de
part
et d’autre d’une valeur moyenne avec unefréquence
déterminéeet
parfaitement
calculable. Lestronçons
de nervure ont donc pourchaque
individuune valeur propre
exprimable
par ni + e. Il s’ensuitqu’aucune
aile n’estrigoureusement superposable
à une autrepuisque chaque point
de convergence des nervurespeut prendre
une valeurindépendante
de l’ensemble del’aile,
mais fort heureusement entre certaines limites seulement.La lecture des travaux de MAGNAN
( 1934 )
nous a remis en mémoire unprocédé
utilisé par cet auteur et
qu’il
expose ainsi :« Si on
projette
un dessin d’aile à l’aide d’unappareil àprojection,
onobtiendraune
figure plus
ou moinsgrande
et onpeut s’arranger
defaçon
que tellelongueur caractéristique...
ait exactement une valeur fixée à l’avance. »Nous avons
simplifié
cette méthode enprojetant
unepremière
aile d’abeille sur une feuille depapier blanc,
à l’aide d’unagrandisseur photographique.
On en relèvele
croquis. Puis,
onapplique
exactement le mêmegrossissement
à une seconde aile dont la silhouette vientplus
ou moins en coïncidence avec lecroquis
relevé de lapremière.
Pour que les deux ailes soient
apparemment superposables,
il suffit de rester endeçà
de la valeur moyenne de
variation +
e lors de laprojection.
Lesfigures
4 et 5 ont ainsi subi unagrandissement
x 20. Onpeut
utiliser cette méthode decomparaison
dans deux cas différents.
a)
A l’intérieur d’une mêmeespèce.
- Onapplique
exactement le mêmegrossis-
sement aux deux silhouettes ce
qui permet d’apprécier
d’un seul coup d’oeil les varia- tions de taille. Sur lafigure
5, on remarque ainsi que l’abeille bretonneprésente
uneaile
plus grande
que l’abeille méditerranéennefrançaise.
Il ca est de même de l’ailede l’abeille italienne
qui
estplus grande
que l’aile de l’abeillefrançaise
moyenne.Cette
comparaison peut
s’étendre àchaque tronçon
de nervure. Mais onpeut éga-
lement noter toutes les variations de formes des
cellules ;
ainsi sur lafigure
4 on remarque nettement la forme en haltère de la 3e cellule cubitalesignalée déjà
par GOETZE ainsi
qu’un allongement
de la 2e cellule discoïdale. Les meilleurspoints
derepère
mis en coïncidence pour effectuer cescomparaisons
nous ont paru être :i)
le bordsupérieur
del’aile ; 2
)
la nervurebasale ; 3
)
la 2e nervure transverso-cubitale.b)
Entreespèces différentes.
-Quelle
que soit la taille de chacune desespèces,
on recherche alors la meilleure coïncidence entre les surfaces en faisant varier le
grossissement.
Dans ce cas, ce sont surtout les modifications de formes des cellulesqui présentent
un intérêt pour l’étude de l’évolutionpropre
de l’aile.Dans les deux cas, le
procédé
decomparaison
estrapide,
aussi sensiblequ’on
ledésire et évite la
longue
recherchenumérique
parsondage
et mensuration des élé- mentssupposés
variables.2
°) Application
à l’étude de la translation dupoint
discoïdal.Considérons tout d’abord le cas le
plus général
de la variationcorrespondant type
nul. La
figure
5 faitapparaître
que la rétractiongénérale
de la taille de l’aile ne semblepas influer sur
l’équilibre
d’ensemble de lanervation ;
d’autrepart quelle
que soit la taille de la celluleradiale,
celle-ci n’influe pas sur laposition
de la droite ABqui apparaît
comme un excellent axe de référence bien que lalongueur puisse
varierdans les limites BB’ ainsi que la
largeur.
Dans le cas de la
position positive, l’interprétation
estcomplexe,
lafigure
4a été établie
d’après plusieurs croquis,
et met en évidenceplusieurs types
de varia- tions de l’aile de l’abeille italienne.a) déplacement
de l’axe du nervulus(ce
caractère esttrop
variable et nepeut
être considéré comme
descriptif),
b) augmentation
del’angle
formé par le coude de la 2e nervure récurrente(EG)
et
déplacement
de sonpoint
de contact(G)
sur la base de la 3e cellulecubitale ;
la variation de l’index cubitalpeut
donc être influencée à la fois par cedéplacement
et par celui de F en
F’,
c)
il s’ensuit que l’index cubitalFG/GH peut
être influencéégalement
par la variation FF’ mais aussi par la variation propre à GH.d)
la variationayant
leplus
deconséquences
surl’appréciation
de laposition
du
point
discoïdal est ledéplacement
de D en D’.Il
apparaît,
eneffet,
que si l’axe AB n’est pas ou peuvariable,
il n’en est pas de même de laperpendiculaire
CE car si chez l’abeille italienne laposition
dupoint
Eest à 100 p. 100
positive, c’est,
certes, à cause d’unallongement
relatif de la 2e cellule discoïdale mais aussi d’un
report fréquent
de D en D’( 1 ) qui
rend ledépla-
( 1
) En ig5g, GOETZE a signalé une relation entre JDIFH et le type de variation discoïdale ; cette relation peut confirmer la présente observation, car elle introduit la position du point D dans ce qu’il nomme l’Hantel
index n.