Photographe autodidacte, Khalil Nemmaoui a collaboré avec la presse et le cinéma avant de se consacrer à ses projets artistiques. Après un long travail à Casablanca où se conjuguent tristesse et nostalgie, espoir et rêve, il se tourne vers les campagnes périphériques. C’est en 2007, de retour dans sa région natale, Beni Mellal, qu’il réalise les premières images de cette série.
Frappé par l’aura et le magnétisme des arbres qui enveloppent certaines demeures ou habitats de fortune, il traduit en image les figures et les traces de ce dialogue.
Ni célèbres ni énormes, ces arbres se révèlent, à la prise de vue, mystérieux et charismatiques. Ils deviennent, à leur tour, des « monuments » voués à accompagner les hommes dans leur quotidien. Ce lien spectaculaire entre les arbres et la vie se manifeste aussi par leur forme et leur présence dans le paysage, posant ainsi la question de leur implantation, de leur rôle et de leur justification.
Ces arbres, en effet, sont souvent associés aux aménagements du territoire, aux interventions de l’homme et aux aléas de l’environnement climatique. Ils deviennent des témoins privilégiés de cette campagne meurtrie par l’expansion de la ville, par l’industrialisation galopante et par l’exode rural. Symbole de permanence et de pérennité, ils sont meurtris, flétris et étiolés par l’action de l’homme et de sa violence. Loin d’être innocents, ces « portraits d’arbres » incarnent cette nature blessée et ruinée et questionnent la mémoire de ces lieux. Ils évoquent ainsi à la fois leur longévité, voire leur immortalité, mais aussi leur évanescence et leur fragilité.
Ces vues mélancoliques nous confrontent aussi à la dialectique entre présence La maison de l’arbre ou
comment lutter contre l’oubli
et absence de l’homme, entre disparition et persistance de la nature. Le vide et le silence semblent d’ailleurs envahir ces espaces où se lisent les signes d’une vie absente. Dans ces paysages, résonnent les échos d’un passé tantôt récent, tantôt lointain. Ni leur vocation antérieure, ni leur destination future n’est clairement lisible. Si leur devenir est d’ailleurs incertain, leur identité l’est aussi. Certains sont à l’agonie, d’autres en mutation. C’est donc un monde flottant où le temps paraît comme suspendu, où le futur est inconnu.
Cette conception symbolique du paysage nous invite à considérer ces photographies dans leur ensemble. Isolés et magnifiés à la prise de vue, les arbres occupent, systématiquement une place de choix dans les compositions du photographe. Il réalise ainsi des images d’une grande stabilité formelle et exploite le principe de la série pour transcender ces paysages à priori dénués de qualité esthétique. En jouant de cette variation sur un même thème, le photographe révèle la remarquable diversité formelle du dialogue plastique et métaphorique qui s’instaure entre nature et intervention de l’homme, entre arbres et habitats. La répétition et la différence constituent ainsi l’élément essentiel de son travail.
Dans cette suite homogène, les arbres sont mis en image comme de véritables portraits. Tout est mis en œuvre à la prise de vue pour les « portraiturer », les
« sculpter », les transformer en « objets conscients ». Le photographe retourne souvent plusieurs fois sur un même site, à la recherche d’une meilleure lumière ou d’un angle de vue plus juste. Dans cette poursuite des conditions optimales de
prise de vue, il lui arrive d’attendre plusieurs jours avant d’avoir la « bonne lumière » ; une lumière théâtrale avec des cieux chargés qui suggèrent mélancolie et tristesse, nostalgie et introspection.
Pour Khalil Nemmaoui, l’intérêt de ces arbres réside dans leur ambivalence. A la fois frêles et résistants, forts et fragiles, ils incarnent, aussi, selon lui, la vie de l’homme et ses brisures, ses béances et ses failles. Il propose, ainsi, dans cette série, deux niveaux de lecture qui se chevauchent et s’enchevêtrent. L’une participe du quotidien du photographe, de ses préoccupations intellectuelles, de ses engagements et soucis pour l’environnement. L’autre a une valeur autobiographique, en réactualisant un passé douloureux.
Ces arbres qui apparaissent majestueux ou torturés, isolés ou noyés, sont en effet comme autant de figures ouvertes sur sa propre vie, son passé, ses souvenirs, ses sentiments. Cette stratégie, plus ou moins consciente, permet à Khalil Nemmaoui d’évoquer au travers ces paysages, ces instants oubliés, enfouis dans le passé, mais néanmoins, inscrits durablement dans la mémoire. Ils évoquent les premiers lieux : ceux de l’origine et ceux de son enfance, mais aussi ceux de ses premières solitudes ; ces lieux secrets que chacun portent à l’intérieur de soi. Par ce détour, le photographe retrouve ainsi la beauté de ces « espaces intérieurs » meurtris par la blessure et l’oubli, l’indifférence et la négligence.
Dans ces paysages, les vides et les interstices, les ombres et les simples détails deviennent des percées traduisant le caractère éphémère et évanescent de la vie
et de la mémoire. Ils traduisent aussi les moyens du photographe pour lutter contre l’oubli, suggérant métaphoriquement les liens insaisissables qu’il tisse entre passé et présent, entre blessure et cicatrice, entre perte et retrouvaille. Khalil Nemmaoui transforme ainsi ces paysages en de véritables lieux de mémoire, en espaces de contemplation et de méditation.
Ainsi, ce sujet modeste et attachant est-il, au delà de son aspect documentaire, un poème adressé aux arbres et à la nature, à l’homme et à son passé.
Mouna Mekouar Paris, novembre 2010
I n t e r l u d e # 1 3 3 ° 1 3 ’ N 7 ° 4 7 ’ O
S a n s t i t r e # 3 9 3 3 ° 2 9 ’ N 7 ° 0 1 ’ O
S a n s t i t r e # 9 3 3 ° 3 3 ’ N 7 ° 1 5 ’ O
S a n s t i t r e # 4 5 3 2 ° 0 5 ’ N 7 ° 1 4 ’ O
S a n s t i t r e # 1 1 3 2 ° 3 5 ’ N 6 ° 1 5 ’ O
S a n s t i t r e # 3 7 3 3 ° 3 4 ’ N 6 ° 5 5 ’ O
S a n s t i t r e # 1 0 3 3 ° 3 6 ’ N 7 ° 1 5 ’ O
S a n s t i t r e # 1 5 3 3 ° 3 5 ’ N 7 ° 0 4 ’ O
S a n s t i t r e # 7 3 2 ° 2 7 ’ N 6 ° 3 3 ’ O
I n t e r l u d e # 2 3 3 ° 3 2 ’ N 7 ° 0 3 ’ O
S a n s t i t r e # 5 3 3 ° 2 6 ’ N 7 ° 2 2 ’ O
S a n s t i t r e # 1 9 3 2 ° 2 8 ’ N 9 ° 0 7 ’ O
I n t e r l u d e # 3 3 3 ° 0 7 ’ N 7 ° 2 1 ’ O
S a n s t i t r e # 6 3 3 ° 3 7 ’ N 7 ° 0 7 ’ O
S a n s t i t r e # 4 3 3 2 ° 1 1 ’ N 7 ° 0 2 ’ O
S a n s t i t r e # 1 3 3 1 ° 5 5 ’ N 7 ° 2 5 ’ O
Khalil Nemmaoui Béni Mellal 1967
Vit et travaille à Casablanca
Autodidacte Khalil Nemmaoui s’intéresse très tôt à la photographie. Fasciné par le phénomène de révélation, il fabrique ses propres sténopé dès l’age de 12 ans.
Entré sur la scène photographique et artistique dès le début des années 90, il fait ses armes dans le photojournalisme et propose une première exposition à Casablanca en 1997 fragments d’imaginaire.
En 1999, à l’occasion de l’année du Maroc en France il réalise un sujet sur la reconstitution de la porte Bab Mansour de Meknès sur la Place de la Concorde à Paris.
Il publie en 2000 un portfolio sur la Revue Noire sur le thème des cafés et bars casablancais de la période coloniale.
Il se consacre ensuite au portrait et à la photo humaniste classique avant de revenir au paysage.
Il participe en 2009 à la biennale Photoquai à Paris, organisée par le musée du Quai Branly et sera présent la même année à Paris Photo au Carrousel du Louvre.
La série La maison de l’arbre est nominée pour le prix Pictet 2010.
2010 La maison de l’arbre, Galerie Shart, Casablanca.
2010 La maison de l’arbre, Prix Pictet 2010, Passage Ritz, Paris, France.
2010 Marrakech Art Fair 2010, Galerie 127, Marrakech, Maroc.
2009 Paris Photo, Galerie 127, Carousel du Louvre Paris, France.
2009 Photo Quai, Musée du Quai Branly Paris, France.
2008 Au jour le jour, Compagnie La Maquina, Lorgues, France.
2008 Scènes de vie, Territoires 2758 Palimpseste, Aix en Provence, France.
2005 Scènes de vie, exposition itinérante, festival de Casablanca, Casablanca.
1999 Bab Mansour à Paris, Institut français de Meknès, Meknès, Maroc.
1997 Fragments d’imaginaire, Institut français de Casablanca, Casablanca.
Fragments d’Imaginaire, éd Le Fennec-Mai 1997
Le Maroc Andalou , éd Eddif/ Musées Sans Frontières-1998 Bab Mansour à Paris , éd Eddif-1999
Bars Européens de Casablanca , éd La Revue Noire-2000 Oujda, mille ans d’histoire, éd La Croisée des Chemins-2007
Cigare cubain en terre marocaine, Portraits, éd La Croisée des Chemins-2007 Jazz in Marciac, portfolio, revue Art Sud, éd Transbordeurs, Marseille-2008
E x p o s i t i o n s
P u b l i c a t i o n s
I n t e r l u d e # 1 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x140 cm
S a n s t i t r e # 3 9 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 9 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 4 5 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 1 1 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 3 7 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 1 0 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 1 5 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 7 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 5 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 1 9 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
I n t e r l u d e # 3 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x140 cm
I n t e r l u d e # 2 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x140 cm
S a n s t i t r e # 6 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 4 3 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
S a n s t i t r e # 1 3 E d i t i o n 7 + 1 e . a 110 x110 cm
Imprimé à l’occasion de l’exposition Khalil Nemmaoui
La maison de l’arbre
Du 10 décembre 2010 au 08 janvier 2011
12 rue El Jihani Casablanca Tél : 05 22 39 49 80 [email protected]
Textes : Mouna Mekouar Conception : Palimpseste Réalisation : Graphely
Impression : Imprimerie Toumi, Salé Décembre 2010
ISBN : 978-9954-501-36-8 Dépôt Légal : 2010 MO 2866