Regards Croisés Mathématiques & Physique Bloc 2 : Processus de diffusion
Lucie Le Briquer 18 décembre 2017
Table des matières
1 Diffusion normale 1
1.1 Théorème Central Limite. . . 2
1.2 Marches aléatoires . . . 3
1.3 Paul Langevin (1907). . . 4
1.4 Forme générale . . . 4
2 Diffusion anormale 5
3 Diffusion et mouvement brownien : applications 11
Robert Brown 1827-1828 : observe le mouvement aléatoire de micro-plantes dans l’eau, conclut à une origine non biologique → mouvement brownien/diffusion. Il faut attendre 1905 pour qu’Albert Einsteindonne une interprétation physique et mathématique.
“grosse” molécule (∼µm) entourée de petites molécules d’eau (en 1905 la théorie atomiste n’est pas encore acceptée pleinement !).N = 6.1023mol : dans 18 grammes d’eau, il y a1025 molécules d’eau. La mécanique classique est impraticable, même si le système obéit de manière déterministe aux lois de Newton. Incapacité à résoudre1020 équations et à mesurer1020 conditions initiales en position/vitesse.
1 Diffusion normale
Les molécules d’eau rebondissent contre la grosse molécule en lui transmettant une impulsion, en moyenne nulle, mais qui peut-être localement (en temps) non-nulle →ξk variable aléatoire décrivant le mouvement résultant à l’instantk.Xtposition de la particule au tempst(on réduit à une dimension pour l’instant).
Xt=
n=t/τ
X
k=1
ξk
où ξ v.a., Xt v.a. et n 1. La densité de probabilité : p(x1, x2, ..., xn)dx1...dxn = P{ξ1 ∈ (x1, x1+dx1), ...}
Dans sa forme la plus générale, cette description ne sert pas à grand chose, car il faut obtenirp pourn1.
Hypothèses (Einstein)
1. Indépendance deξk :p(x1, ..., xn) =p1(x1)...pn(xn) 2. Stationnarité :pk(x) =p(x), ainsi :
p(x1, ..., xn) =p(x1)...p(xn)
3. Variance finie : Var{ξk}=σ2<+∞
De manière générale on peut toujours trouver des preuves physiques à l’une des hypothèses est fausse. L’indépendance se gère en en jouant sur τ : on prend le “temps de décorrélation”
(τ∼ps= 10−12sdans une solution aqueuse).
La stationnarité dépend du temps d’observation.
E{Xt}=
n
X
k=1
E{ξk}
| {z }
a
=na= a τ
|{z}v
t=vt= 0
On fait l’hypothèse supplémentaire qu’il n’y a pas de courant cohérent (a = 0 ⇒ v = 0).
Hypothèse faible on généralise facilement.
E{Xt2}=E
n
X
k=1
ξk
!2
=E
n
X
k=1
ξk2+
n
X
k=1
X
j6=i
ξkξi
=nσ2= 2t
2τσ2= 2Dt
On note doncD=σ2τ2 qui représente le coefficient de diffusion.
p
E(Xt2) =√
2Dt: la distance est proportionnelle à la racine carrée du temps ce qui est typique des phénomènes diffusifs.
1.1 Théorème Central Limite.
P(X, t) = expÄ
−2Var{XX2
t}
ä
p2πVar{Xt} = expÄ
−4DTX2 ä
√2πDt
(comportement asymptotique). Densité de probabilité deX˜t=√Xt
2Dt pour n1.
1. R+∞
−∞ P(x, t)dx= 1 2. E{Xt}=R+∞
−∞ xP(x, t)dx= 0etE{Xt2}=R+∞
−∞ x2P(x, t)dx= 2Dt 3. P(X, t)−−−→
t→0 δ(X)distribution de Dirac
4. La densité gaussienne vérifie l’équation de diffusion:
® ∂
∂tP(X, t) =D∂x∂22P(X, t) P(X, t0) =δ(X)
5. Si on change le problème en :
® ∂
∂tu(x, t) =D∂x∂22u(x, t) u(x,0) =u0(x)
La solution est :
u(x, t) = Z +∞
−∞
u0(x)p(x−x0, t)dx0
Ent= 0 u(x,0) =
Z +∞
−∞
u0(x)p(x−x0,0)dx0= Z +∞
−∞
u0(x)δ(x−x0)dx0=u0(x)
6. Généralisation àddimensions.d= 2
P(x1, . . . , xd, t) =p(x1, t). . . p(xd, t) = Å 1
4πDt ãd2
exp Å
−x21+. . .+x2d 4Dt
ã
∂
∂tP(~r, t) =
d
X
i,j=1
∂2
∂xi∂xjDijP(~r, t) Propriété 1(de la densité gaussienne)
Remarque.On a ∀α >0:
Z +∞
−∞
e−αx2dx=
…π α
1.2 Marches aléatoires
• • • • • • •
−3 −2 −1 0 1 2 3
1/2 1/2
• • •
m−1 m m+ 1 1/2 1/2
Pn+1(m) = 1
2Pn(m−1) +1
2Pn(m+ 1)
Pn+1(m)−Pn(m) τ
| {z }
∂
∂tP(X,t)
= σ2(Pn(m−1) +Pn(m+ 1)−2Pn(m))
2τ σ2 =DPn(m−1) +Pn(m+ 1)−2Pn(m)) σ2
| {z }
∂2
∂x2
∂
∂tf = lim
τ→0
f(t+τ)−f(t) τ
∂2f
∂x2 = lim
σ→0
f(x+σ) +f(x−σ)−2f(x) σ2
1.3 Paul Langevin (1907)
m¨x= −γx˙
| {z }
force de friction
+ F(t)
| {z }
aléatoire
Hypothèses sur la force thermique.
1. F(t)est distribuée par une loi gaussienne
2. E{F(t)}= 0 E{F(t)F(t0)}=C(t, t0) =Aδ(t−t0) Si on néglige l’inertie (m¨x= 0), alors0 =−γx˙+F(t)d’où :
dx
dt =F(t)
γ x(t) =
Z t 0
F(t0) γ dt0 ≈
t/τ
X
k=1
F(kτ) γ τ
| {z }
ξk
équivalent à la description d’Einstein en l’abscence d’autres forces.
1.4 Forme générale
dx
dt =Fext(x(t), t) γ +F(t)
t t dXt=Fext(x(t), t)
γ
| {z }
=µ
dt+F(t) γ dt
| {z }
=σdWt
=µ(X(t), t)dt+σ(X(t), t)dWt
Remarque.(équation de Fokker-Planck)
∂P
∂t =D∆P−∂x∂ ÄF
ext
γ Pä P(x,0) =δ(x)
Si on ne néglige plus l’inertie (particules massives) : m¨x=−γx˙+F(t) ⇔
ß x˙ =v
mv˙ =−γv+F(t)
∂P
∂t =−∂
∂kP+ γ m
∂
∂vP+ 1 m
∂2
∂v2P
2 Diffusion anormale
On s’intéresse désormais à des marches aléatoires à temps continu (CTRW).
Modèle.
• ξ1, ..., ξk : déplacements aléatoires qui durent un temps aléatoire :
• τ1, ..., τn : temps d’attente aléatoire (correspondant à la durée entre chaque collision)
X(t) =
N(t)
X
k=1
ξk est la position au tempst etN(t)le nombre de déplacements avant le tempst
Hypothèses.
• indépendance :ξksont indépendants,τk sont indépendants, et indépendance entre les deux
• stationnarité : p(x)densité de probabilité pourξk,ψ(t)densité de probabilité pourτk
On cherche à déterminerP(x, t).
P(x, t) =p0(x)η0(t) +p1(x)η1(t) +p2(x)η2(t) +p3(x)η3(t) +...
oùpk(x)est la densité de probabilité de déplacement enxenksauts.
oùηk(t)est la probabilité de faire ksauts avant le tempst. Cela se réécrit :
P(x, t) =
+∞
X
n=0
pn(x)ηn(t)
Comme arriver enxaprèsnsauts correspond à arriver enx0aprèsn−1sauts puis faire la suite en1saut, les deux étant indépendants, on a :
pn(x) = Z +∞
−∞
pn−1(x0)p(x−x0)dx0
On introduit la transformée de Fourier : ˆ pn(k) =
Z +∞
−∞
eikxpn(x)dx
On obtient alors la relation ˆ
pn(k) = ˆpn−1(k) = ˆp(k) = (ˆp(k))n
Définissons :
• ηn(t): la probabilité de fairendéplacements avant le tempst
• ψn(t): la densité de probabilité de faire len-ième déplacement en tempst
Alors :
ηn(t) = Z t
0
ψn(t0)η0(t−t0)dt0
Car une fois que l’on a fait n déplacements au temps t0 il ne faut pas se déplacer à nouveau pendant le temps restant. Par un raisonnement similaire :
ψn(t) = Z t
0
ψn−1(t0)ψ(t−t0)dt0
On définit la transformée de Laplace : f˜(s) =
Z +∞
0
f(t)e−tsdt
On réécrit la relation :
ψ˜n(s) = ˜ψn−1(t) ˜ψ(s) = ( ˜ψ(s))n
Et :
η0(t) = Z +∞
t
ψ(t0)dt0 = 1− Z t
0
ψ(t0)dt0
Donc,
˜
η0(s) = 1
s−ψ(t)˜ 1 s
CalculonsPˆ˜(k, s).
ˆ˜
P(k, s) = Z +∞
−∞
eikx
ÇZ +∞
0
e−tsP(x, t)dt å
dx
=
+∞
X
n=0
ˆ
pn(k)˜ηn(s)
=
+∞
X
n=0
(ˆp(k))n( ˜ψ(s))n1−ψ(s)˜ s
=1−ψ(s)˜
s × 1
1−p(k) ˜ˆ ψ(s)
On s’intéresse au comportement lorsque x −→ +∞ (⇔ k −→ 0) et t −→ +∞ (⇔ s −→ 0).
Regardons tout d’abordp(k)ˆ lorsquek−→0.
ˆ p(k) =
Z +∞
−∞
eikxp(x)dx= Z +∞
−∞
Å
1 +ikx−k2x2 2 +...
ã dx
= 1 +ik Z +∞
−∞
xp(x)dx
| {z }
E[ξ]=0
−k2 2
Z +∞
−∞
x2p(x)dx
| {z }
E[ξ2n]=σ2
+...
≈1−k2σ2 2 +...
D’un autre côté,
ψ(s) =˜ Z +∞
0
e−tsψ(t)dt= Z +∞
0
(1−ts+...)ψ(t)dt
= 1−s Z +∞
0
tψ(t)dt
| {z }
E[τn]=τ
+...
= 1−sτ+...
Alors, ˆ˜
P(k, s)≈(τ+...) 1 1−Ä
1−k22σ2ä
(1−sτ+...)
= τ
k2σ2
2 +sτ+... ≈ 1 s+ σ2
2τ
|{z}
=D
k2 +...
D’où :
ˆ˜
P(k, s)≈ 1 s+Dk2 On vérifie facilement queL−1{Pˆ˜(k, s)}=e−Dk2t. Ainsi,
P(x, t) =F−1L−1(Pˆ˜(k, s)) =F−1{e−Dk2t}= Z +∞
−∞
1
2πe−ikxe−Dk2tdk= expÄ
−4Dtx2 ä
√ 4πDt
On retrouve la même expression que dans le cas de la diffusion normale. Le comportement macroscopique est identique.
Reprenons l’expression trouvée :
sPˆ˜(k, s) +Dk2Pˆ˜(k, s) = 1 on en déduit sP˜(x, s)−D ∂2
∂x2
P˜(x, s) =δ(x)
Finalement en appliquantL−1,
∂
∂tP(x, t) =D∂x∂22P(x, t) P(x, t= 0) =δ(x)
Où se trouve l’“anormalité” de cette diffusion ? Il y a quatre cas possibles :
σ2<+∞etτ <+∞ σ2= +∞et τ <+∞
classique (1)
σ2<+∞etτ= +∞ σ2= +∞et τ= +∞
(2) (3)
(1):
σ2= Z +∞
−∞
x2p(x)dx= +∞
p(x) ∼
|x|→+∞
A
|x|1+β 0< β <2
Exemple.(distribution de Cauchy)
p(x) = a π(x2+a2)
On a bien :
Z +∞
−∞
p(x)dx= 1
Z +∞
−∞
xp(x)
| {z }
impaire
dx= 0
Z +∞
∞
x2p(x)dx= +∞
Dans le cas d’une variance infinie, l’expression dep(k)ˆ n’est plus valable, reprenons le calcul : ˆ
p(k) = Z +∞
−∞
eikxp(x)dx= 1− Z +∞
−∞
(1−eikx)p(x)dx
=
x0=kx1−1 k
Z +∞
−∞
(1−eix)px k
dx
≈1−1 k
Z +∞
−∞
(1−eix) A
|x/k|1+βdx+... (∗)
= 1− |k|β Z +∞
−∞
(1−eix) A
|x|1+βdx
| {z }
constante aβ2
+...
= 1−|k|βaβ 2 +...
(∗)La justification se fait en séparant l’intégraleR−y
−∞..+Ry
−y+..+R+∞
y . On arrive à montrer que Ry
−y est négligeable par rapport aux deux autres et pour y →+∞ on peut utiliser l’expression asymptotique dep(.).
On obtient alors : ˆ˜
P(k, s) = 1 s+|k|β aβ
2τ
|{z}
Dβ L−1
⇒ P(k, t) =˜ e−Dβ|k|βt F
−1
⇒ P(x, t) = Z +∞
−∞
1
2πe−ikxe−Dβ|k|βtdk
P(x, t)est une distribution de Lévy.
Comme précédemment appliquons les transformées inverses. On a : sPˆ˜(k, s) +Dβ|k|βPˆ˜(k, s) = 1
F−1
⇒ sP(x, s) +˜ DβF−1{|k|βPˆ˜}=δ(x) Définissons un nouvel opérateur :
−∞Dxβf(x) =F−1{|k|βF(f)}(x)
C’est un opérateur linéaire. Et siβ= 2,−∞Dx2f =−∂∂x22f(x). On a aussi :
−∞Dβxf(x)“=” const Z +∞
−∞
f(x0)
|x−x0|dx0 On se ramène alors à :
sP˜(x, s) +Dβ −∞DβxP˜(x, s) =δ(x) On trouve enfin :
∂
∂tP(x, t) =Dβ −∞DβxP(x, t) P(x, t= 0) =δ(x)
Remarque.On est passé d’un opérateur différentiel∂x∂22 à un opérateur intégral−∞Dxβpuisqu’on prend désormais en compte le comportement global de la fonction. En effet, on s’intéresse aux déplacements vers un pointxeffectué dans le tempstqui peuvent provenir d’un x0 quelconque.
(2): On a comme dans le cas classiquep(k) = 1ˆ −k22σ2 +.... En revanche l’expression deψ˜n’est plus valable.
ψ(t) ∼
t→+∞
A
t1+α 0<
|{z}
Rψ=1
α <1
|{z}
Rtψ=+∞
ψ(s) =˜ Z +∞
0
e−tsψ(t)dt= 1− Z +∞
0
(1−e−ts)ψ(t)dt
= 1−1 s
Z +∞
0
(1−e−t)ψ Åt
k ã
dt
≈1−1 s
Z +∞
0
(1−e−t) s (t/s)1+αdt
= 1−sα Z +∞
0
(1−e−t) s t1+αdt
| {z }
constanteδα
= 1−sαδα+...
Alors :
ˆ˜
P(k, s) = 1 s+s1−αk2σα
2δα
|{z}
Dα
= 1
s+Dαs1−αk2
Comme précédemment :
sP(k, s) +ˆ˜ Dαs1−αk2P(k, s) = 1ˆ˜
F−1
⇒ sP˜(x, s)−Dαs1−α ∂2
∂x2
P˜(x, s) =δ(x)
L−1
⇒ ∂
∂tP(x, t)−Dα
∂2
∂x2L−1(s1−αL(P(x, t))) = 0
On définit de la même manière que(1)un opérateur (ici dans le cas temporel) :
0Dt1−α=L−1(s1−αL(f)) = 1 Γ(α)
∂
∂t Z t
0
f(t0) (t−t0)1−αdt0 Finalement on se ramène au système :
∂
∂tP(x, t) =Dα∂2
∂x2 0Dt1−α(P(x, t)) P(x, t= 0) =δ(x)
Remarque.L’opérateur que l’on vient de définir s’appellela dérivée de Riemann-Liouville.
On peut calculer ∂E(X∂tt2) et on en déduit :
E{Xt2}= 2Dαtα Γ(1 +α)