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Article pp.163-180 du Vol.39 n°236 (2013)

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Université d’Évry Val d’Essonne

DOI:10.3166/RFG.236.163-180 © 2013 Lavoisier

La RSE et les PME

Analyse descriptive

à partir de l’enquête COI 2006

Cet article propose, à partir de l’enquête Changements organisationnels et informatisation (COI, 2006), d’étudier les pratiques de RSE des PME françaises comparées à celles des grandes entreprises. Les résultats montrent un moindre intérêt des PME aux enjeux RSE. En particulier, les pratiques sociales sont les plus divergentes entre les PME et les autres entreprises. Ces résultats mettent également en évidence un investissement différentiel en termes de RSE en fonction du secteur d’activité. Ils sont par la suite discutés au regard de l’investissement social responsable (ISR). En effet, ce dernier joue un rôle important comme levier d’action pour la diffusion des pratiques RSE.

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L

a responsabilité sociale des entre- prises (RSE), définie comme l’enga- gement des entreprises à contribuer à un développement économique durable et à assumer la responsabilité de leurs impacts sur la société, a souvent été le fait des grandes entreprises. Cependant, depuis quelques années, sous l’impulsion donnée par différentes institutions et de nombreux acteurs (l’Union européenne, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), CSR Europe, etc.) les petites et moyennes entreprises (PME) se révè- lent être des acteurs économiques majeurs dans le mouvement en faveur de la RSE.

Elles ont un rôle primordial à jouer dans le progrès vers le développement durable, puisque, malgré leur petite taille, les PME peuvent apporter de réelles solutions en termes de progrès environnementaux ou sociaux (Forget, 2011). De fait, le débat aujourd’hui n’est plus de savoir qui, des grandes entreprises ou des PME, s’engage sur le terrain de la RSE, mais plutôt en quoi la démarche RSE des unes (les PME) est à distinguer de celle des autres (grandes entreprises). La question est d’autant plus d’actualité pour les PME qu’elles ont été largement délaissées par la recherche sur la RSE, principalement en raison de peu de données disponibles.

Cet article propose, à partir de l’enquête Changements organisationnels et informati- sation (COI, 2006) appariée avec l’Enquête annuelle d’entreprises (EAE, 2006), de décrire les pratiques RSE des entreprises françaises en général et des PME en par- ticulier. Notre objectif est d’apporter une meilleure connaissance, dans le milieu des PME, de la RSE et ce au travers de ses différents volets, et selon les différents

secteurs d’activité. Une attention particu- lière est consacrée à l’investissement social responsable (ISR) des PME, c’est-à-dire à l’intégration des aspects environnemen- taux, sociaux et de gouvernance d’entre- prise dans les décisions d’investissement.

La raison en est que l’ISR représente un enjeu considérable comme déterminant des stratégies RSE (Scholtens, 2006).

Notre article s’articule autour de quatre parties. La première partie expose un pano- rama des déterminants spécifiques de la RSE pour les PME. La deuxième partie décrit les principales variables de l’analyse empirique, en particulier les indicateurs de la RSE. La troisième partie présente l’analyse des attitudes vis-à-vis de la RSE des entreprises françaises en fonction de la taille et du secteur d’activité. Et enfin, une discussion des résultats eu égard au rôle de l’ISR est proposée dans une dernière partie.

I – PANORAMA

DES DÉTERMINANTS SPÉCIFIQUES DE LA RSE POUR LES PME

Les PME mettent en œuvre des pratiques responsables soit pour répondre aux attentes nouvelles de la société, soit pour répondre aux contraintes, notamment celles imposées par des grandes entreprises qui intègrent la RSE dans leurs politiques d’achat et/ou de sous-traitance (Brodhag, 2012). Mais la particularité de l’environnement des PME (outils, contraintes, structures, etc.) fait que celles-ci ont des pratiques RSE différentes de celles des grands groupes. En effet, le manque de temps, le manque de ressources financières, ou de compétences appropriées pour pouvoir gérer les questions de RSE en interne ou communiquer sur leurs actions dans ce domaine sont souvent présentés

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comme à l’origine des engagements peu formalisés des PME par rapport aux grands groupes. Ainsi, d’après Novethic (2003), les PME se contenteraient « d’initiatives du type mécénat local, et non d’une démarche structurée complète en direction de leurs parties prenantes ». L’enquête de l’Obser- vatoire européen des PME (OES, 2002) confirme ce constat. Conduite en 2001, sur 7 662 PME européennes (moins de 250 salariés) de 19 pays européens (UE + Lichtenstein, Island, Norvège et Suisse), l’enquête souligne que les activités socia- lement responsables des PME européennes concernent principalement des activités de parrainage local en faveur d’organismes sportifs ou culturels. Pour beaucoup d’entre elles (51 % des PME interrogées), il s’agit d’actions qui demeurent isolées, ponc- tuelles, et de faible impact. Plus encore, l’enquête souligne que 7 PME sur 10 décla- rent que ses activités sociales sont sans lien avec les stratégies des affaires et donc déconnectées des visions commerciales stratégiques.

De surcroît, la PME est une organisation centrée autour du chef d’entreprise, celui-ci suffisamment proche de ses employés, a pris l’habitude d’expliquer oralement les changements qu’il impose sans formaliser par écrit sa stratégie (Levratto, 2004). À ce titre, mettre en place une démarche de RSE en PME requiert une approche spé- cifique, adaptée à cette nature informelle des PME. Elle s’appuie sur la motivation personnelle du dirigeant. Un patron sen- sible à l’éthique des affaires pourra décider d’allouer des fonds au développement de démarches proactives, au contraire, il peut s’agir d’un frein supplémentaire, s’il ignore ou désapprouve les éventuelles actions

environnementales, sociales et sociétales.

Ce rôle central du dirigeant de la PME a été souligné par plusieurs travaux théo- riques (Berger-Douce, 2008 ; Lapointe et Gendron, 2005) et par plusieurs études à l’instar de l’enquête ACFCI (2006) où 91 % des PME interrogées répondent que l’ori- gine de la démarche RSE est la conviction du dirigeant.

Enfin, appuyée sur des systèmes d’informa- tions internes et externes peu complexes et peu organisés, les PME souffriraient d’un déficit de veille environnementale et d’in- teractions structurées avec les stakeholders.

En particulier, elles ont une connaissance parcellaire des organismes, aides et parte- nariats institutionnels dans les domaines sociaux et environnementaux (Berger- Douce, 2008). Ce manque d’information pourrait être à l’origine du moindre enga- gement des PME, en termes de RSE, com- parées aux grands groupes. En effet, selon l’enquête de l’Insee (2012), 40 % des PME n’ont pas entendu parler de la RSE contre 9 % des grandes entreprises.

Force est cependant de constater qu’à ces faiblesses s’opposent des atouts qui per- mettraient aux PME d’être mieux posi- tionnées que les grandes firmes sur cer- tains aspects de RSE. Tout d’abord, elles créent des emplois locaux, sont ancrées dans un territoire qu’elles connaissent et sont plus proches de leurs parties prenantes (Forget, 2011). En effet, comme le souligne Torrès (1999), grâce aux contacts étroits que nouent les dirigeants des PME avec leurs parties prenantes, une proximité géogra- phique s’installe permettant à celles-ci une forte insertion régionale. Cette proximité impose ainsi une proximité « morale » ; l’ancrage territorial devient alors un point

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positif au regard de la RSE. Une enquête menée par Berger-Douce (2008) confirme ce constat, en soulignant que la proximité est souvent mise en l’honneur par les PME, puisque 76,2 % des PME de l’échantillon considèrent le développement local comme l’une de leurs préoccupations stratégiques.

De plus, les PME disposent d’un atout supplémentaire non négligeable par rapport aux grandes entreprises : leur petite taille leur confère une plus grande capacité de réaction et d’adaptation aux changements.

Dès lors, si un patron décide de s’engager dans la RSE, des actions rapides peuvent être entreprises sans avoir à convaincre toute l’équipe de direction (Berger -Douce, 2008). Plus encore, la PME avec sa petite taille exerce un faible pouvoir sur son envi- ronnement. Elle suscite une manifestation moindre de résistance aux changements que la grande entreprise (Udayasankar, 2008), ce qui lui permet une plus grande appro- priation des objectifs du développement durable.

Enfin, les PME sont force d’innovation ; elles peuvent apporter de réelles solutions en termes de progrès environnementaux ou sociaux (Forget, 2011). En effet, le carac- tère informel des communications internes et la forte insertion régionale des PME facilitent la diffusion et la production de connaissances orientées, explicitement ou non, vers l’innovation ; ils constituent à l’évidence un vecteur essentiel de la promo- tion et du déploiement des démarches RSE auprès des PME (Brodhag, 2012).

Au final, si l’on reconnaît que la RSE est l’apanage des grandes entreprises, les PME avec leurs spécificités propres présentent à l’évidence des atouts et des faiblesses vis-à- vis de la RSE et de sa diffusion par rapport aux grandes entreprises.

II – PRINCIPALES VARIABLES DE L’ANALYSE EMPIRIQUE 1. La base de données

La présente étude s’appuie sur l’enquête française sur les Changements organisa- tionnels et informatisation (COI) de 2006 de l’Insee, de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) et du Centre d’étude de l’emploi (CEE). On compte 14 000 entreprises de dix salariés ou plus des secteurs marchands (y compris les services financiers et les services d’assurances) qui ont répondu à cette enquête. Il s’agit d’une population représentative des entreprises françaises de tous secteurs d’activité sauf l’agriculture, la sylviculture et la pêche. Comme les variables sur la taille de l’entreprise et son chiffre d’affaires ne sont pas directement disponibles dans l’enquête COI, cette der- nière a été fusionnée avec une autre base de données françaises : l’Enquête annuelle d’entreprises (EAE). Notre échantillon comprend, au final, 12 686 entreprises.

2. Les principales variables Les indicateurs de la variable RSE La Commission européenne (2001) définit la RSE comme la contribution volontaire des entreprises aux enjeux du développe- ment durable, aussi bien dans leurs activités commerciales que dans leurs interactions avec leurs parties prenantes. Elle recouvre trois dimensions : une dimension environ- nementale (E), une dimension sociale (S) et une dimension de gouvernance (G) (cou- ramment appelées les facteurs ESG). La dimension environnementale fait référence à l’intégration des considérations liées à l’environnement dans la conception, la pro- duction et la distribution des produits. La

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dimension sociale renvoie à une gestion pro-active des ressources humaines. Et la dimension gouvernance se réfère aux pra- tiques envers les actionnaires et peut être étendue à des comportements d’affaires envers la clientèle et les fournisseurs (inté- gration de la RSE dans la chaîne d’approvi- sionnement, etc.).

Nous reprenons ces trois dimensions, aux- quelles nous rajoutons une quatrième : « la qualité et la sécurité du système de mana- gement »1. Deux raisons pour justifier ce choix.

La première a trait au fait que les entre- prises, pratiquant la RSE, portent un intérêt certain à la dimension qualité et sécu- rité au travail. En effet, de piètres résul- tats en la matière pourraient nuire à leurs images et menacer directement aussi bien les efforts déployés en faveur de la RSE que la continuité de leurs activités (Zwetsloot et Starren, 2004).

La seconde raison est que les activités organisationnelles qui profitent à la qualité et la sécurité du système de management contribuent par la même occasion à mettre en place les principes fondamentaux de la RSE au sein des organisations (Mc Adam et Leonard, 2003).

Ensuite, pour chacune des dimensions, nous déterminons à partir de l’enquête COI 2006 des items s’y référant. La méthodolo- gie adoptée, inspirée des travaux de Crifo et al. (2012), vise à évaluer l’ensemble des pratiques RSE. La dimension sociale est prise en compte en évaluant les outils de

gestion et les outils informatiques qui sont mobilisés dans les différentes pratiques de ressources humaines. La dimension environnementale concerne la certification ISO 140012. La dimension gouvernance se réfère aux relations externes de l’en- treprise : les relations clients-fournisseurs.

Enfin, la dernière dimension appréhende dans quelle mesure l’activité de l’entreprise est affectée par la qualité et la sécurité du système de management.

Au total, nous retenons 22 items (tableau 1) pour l’ensemble des quatre dimensions.

Chaque item est binaire : il prend la val- eur 1 si l’entreprise a répondu « oui » à la question afférente et 0 sinon. L’avantage de cette méthode est de nous permettre de construire une mesure de la RSE directe- ment à partir des pratiques ESG des entre- prises, plutôt qu’indirectement par notes (qui peuvent varier d’un organisme de notation à un autre).

À partir de là, nous construisons cinq indi- cateurs : un indicateur global et quatre indi- cateurs par dimensions. L’indicateur global est obtenu en additionnant tous les items retenus. Les indicateurs par dimension résultent de la sommation des items dans la dimension considérée. Ils correspondent, en fait, à des scores, qui varient en fonction du nombre d’items retenus. Ainsi, comme l’indique le tableau 3, l’indicateur global de RSE varie de 0 à 22 avec une moyenne de 8,644 et un écart type de 4,676 tandis que l’indicateur de la dimension sociale varie de 0 à 6 avec une moyenne de 2,565 et un

1. Dimensions également retenues par Crifo et al. (2012).

2. Les données disponibles dans l’enquête COI 2006 nous contraignent à nous restreindre dans la dimension envi- ronnementale à un seul item : la présence de certification ISO14001.

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Tableau 1 – Items intervenant dans la construction de l’indicateur RSE

Items considérés Nom

Dimension environnement

1) Présence de certification portant sur l’environnement ou

label éthique (ex ISO140001, AB, commerce équitable, etc.) certif_envi

Dimension sociale

2) Présence de base de données centrale sur les ressources humaines.

3) Utilisation d’outils de travail collaboratif.

4) Recours à un projet interne pour améliorer les RH et la formation.

5) Recours à des prestations externes pour améliorer les RH et la formation.

6) Utilisation d’internet pour des actions d’enseignement ou de formation.

7) L’importance de l’amélioration et/ou le maintien des compétences.

rh_form rh_collab

rh_amel rh_amel2 rh_compet rh_compect2

Dimension clients/

fournisseurs

Relation avec les clients :

8) Utilisation de label pour les biens et services (NF, QUALICERT, etc.).

9) Engagement contractuel à livrer ou fournir des biens ou services dans un délai limité.

10) Engagement contractuel à répondre à une réclamation ou à fournir un service après vente dans un délai limité.

11) Existence d’un centre de contact ou d’appel destiné aux clients.

12) Utilisation d’une gestion informatique intégrée de la relation client.

13) L’entreprise se conforme à une norme de qualité 14) Recours à un projet interne pour améliorer la relation client.

15) Recours à des prestations externes pour améliorer la relation client.

16) Étude des attentes, du comportement ou de la satisfaction des clients.

Relation avec les fournisseurs :

17) Utilisation des contrats-cadres ou de relation de long terme.

18) Le fournisseur se conforme à des normes.

19) Le fournisseur dispose d’un système informatique couplé avec celui de l’entreprise.

rc_label rc_engage rc_engage2

rc_appel rc_crm rc_bclient

rc_amel rc_amel2 etude_client

rf_iterme rf_bfourni rf_bf_si Dimension

qualité et sécurité du système de management

20) Utilisation de certification ou accréditation portant sur le système qualité, les compétences techniques ou la sécurité.

21) Recours à projet interne pour améliorer l’environnement, la sécurité…

22) Recours à des prestations externes pour améliorer l’environnement, la sécurité, la comptabilité.

secu_1 secur_2 certi_quali Source : enquête COI 2006.

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écart type de 1,494. Par ailleurs, nous avons vérifié la validité de ces indicateurs en cal- culant les coefficients alpha de Cronbach3. Le tableau 2 présente les valeurs des coef- ficients alpha pour les indicateurs retenus.

Globalement, on remarque que les indicateurs présentent un bon degré de cohérence interne.

Le tableau 3 donne la distribution des indi- cateurs sur notre échantillon.

La taille de l’entreprise

La définition officielle de l’Insee (le décret n° 2008-1354 du 18 décembre 2008) consi-

dère qu’une entreprise est du type PME si elle emploie moins de 250 personnes et a un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 50 millions d’euros ou un total de bilan n’ex- cédant pas 43 millions d’euros. Les micro- entreprises emploient moins de 10 per- sonnes, et doivent avoir un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros. Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont des entreprises qui comptent moins de 5 000 personnes, et ont un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 1 500 millions d’euros ou un total de bilan

3. Le coefficient alpha de Cronbach est un indice statistique qui permet d’évaluer la cohérence interne d’un indica- teur de mesure composé par un ensemble d’items qui contribuent à appréhender une même entité. Cet indice traduit un degré d’homogénéité d’autant plus que sa valeur est proche de 1. Evrard et al. (2003) considèrent qu’une valeur d’alpha comprise entre 0,6 et 0,8 est acceptable.

4. Nous n’avons pas retenu l’indicateur de la dimension environnementale car il ne compte qu’un seul item.

5. La moyenne correspond à la moyenne des scores obtenus par les différentes entreprises de notre échantillon, elle servira de référence par la suite.

Tableau 2 – Validité des indicateurs de RSE4

rse_global d_rh_social d_sécurité d_rc_rf

Coefficient alpha 0,826 0,691 0,601 0,735

Source : enquête COI 2006.

Tableau 3 – Statistiques descriptives des indicateurs de RSE

Définition Effectif Moyenne5 Écart type Min Max

rse_ global 12 686 8,644 4,676 0 22

d_rh_social 12 686 2,565 1,494 0 6

d__envi 12 686 0,157 0,363 0 1

d_sécurité 12 686 1,218 1,040 0 3

d_rc_rf 12 686 4,702 2,802 0 12

rse_global = indicateur global, d_rh_social = indicateur de la dimension sociale, d_envi = indicateur de la dimension environnementale, d_sécurité = indicateur de la dimension qualité et sécurité du système de management, d_rc_rf

= indicateur de la dimension clients/fournisseurs.

Source : enquête COI 2006.

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n’excédant pas 2 000 millions d’euros. Les grandes entreprises (GE) sont des entre- prises qui ne sont pas classées dans les caté- gories précédentes. Le tableau 4 présente la distribution de ces différentes catégories d’entreprises sur notre échantillon. Globale-Globale- ment, il ressort que la majorité des entre- prises interrogées sont des PME. Ce constat s’explique assez naturellement par la forte proportion des PME dans le tissu industriel français (99 % du total des entreprises6).

Pour le reste de l’étude nous regroupons les ETI et GE dans une seule catégorie : « les autres entreprises ».

Les secteurs d’activité

Le degré d’implication en termes de RSE dépend du secteur d’activité. En effet, étant donnée les caractéristiques d’une industrie, la pression exercée sur les entreprises pour

prendre en compte la RSE diffère d’un sec- teur à un autre (Hartmann, 2011).

Deux facteurs peuvent être mis en avant pour expliciter l’intérêt pour le décou- page sectoriel. Il y a d’abord, un besoin de différenciation des produits. En effet, aujourd’hui, dans plusieurs secteurs d’ac- tivité où la différenciation des produits par les prix ou par la qualité s’est affaiblie, les entreprises tentent de jouer sur d’autres caractéristiques, comme le contenu envi- ronnemental ou social de leurs produits ou de leurs méthodes de production, et ce pour attirer des consommateurs prêts à payer un peu plus cher des biens ayant des attri- buts éthiques. Bien entendu, ce phénomène dépend de la nature du bien et de l’industrie qu’il incombe. S’il s’agit, par exemple, de

« biens d’expérience8» (par exemple un livre) ou de « biens de confiance » (par

6. Chiffres de l’Insee 2012.

7. Notre échantillon ne compte pas de micro-entreprises, car l’enquête COI 2006 concerne les entreprises de dix salariés ou plus.

8. Le « bien d’expérience » qui est initialement acheté avec peu d’information, le consommateur acquérant de l’in- formation sur celui-ci par la consommation, est souvent opposé au « bien de recherche » pour lequel l’acquisition d’information par l’acheteur est préalable à l’achat. Le « bien de confiance » quant à lui a des qualités qui sont difficiles ou, dans certains cas, impossibles à déceler, la décision de l’acheteur est donc dominée par des perceptions relatives aux caractéristiques de confiance ou croyance sur ce bien.

Tableau 4 – Distribution des entreprises selon la taille7

Fréquence Pourcentage

(%)

Pourcentage cumulé (%)

PME 9 342 73,64 73,64

ETI 2 023 15,95 89,59

GE 1 321 10,41 100

Total 12 686 100

Source : enquête COI 2006.

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exemple du thé équitable), alors les firmes qui les vendent sont plus enclines à être responsables que les firmes qui vendent des « biens de recherche » (par exemple un billet d’avion) (Siegel et Vitaliano, 2007).

Ensuite, la capacité d’un projet à s’in- tégrer harmonieusement à un moment donné, dans son milieu naturel et humain est perçue comme un avantage comparatif important au niveau sectoriel. Un avantage que les entreprises mettent en avant non seulement pour atténuer et prévenir les risques d’oppositions des parties prenantes, mais aussi pour que celles-ci compren- nent et acceptent ce degré de risque et les conséquences susceptibles d’en résulter.

On parle, ici, du concept d’acceptabilité sociale, un concept reconnu aujourd’hui comme incontournable à la réalisation des projets (Fournier, 2009). Il s’inscrit au cœur de la gestion des parties prenantes et prend, de ce fait, une place de plus en plus critique dans les démarches de RSE. La prise en compte de ce concept explique pourquoi certains secteurs sont plus concernés par les préoccupations sociales que d’autres : leurs activités (par exemple : production d’éner-

gie, extraction de ressources naturelles, assainissement de l’eau ou dépollution) font qu’ils sont plus à risque de ne pas avoir l’appui des parties prenantes.

Ceci étant, nous identifions, de l’enquête COI 2006, neuf secteurs d’activité : les biens de consommation, les biens inter- médiaires, les biens d’équipement, com- merces, construction, finances et activités immobilières, industrie agroalimentaire, services aux entreprises et médias et trans- ports. Le tableau 5 présente la distribution des entreprises selon ces différents secteurs d’activité. D’emblée, on peut remarquer qu’il existe une différence sectorielle dans la répartition des entreprises en fonction de la taille.

III – ANALYSE

DU COMPORTEMENT RSE DES ENTREPRISES

Nous cherchons, dans cette section, à iden- tifier si les comportements des entreprises déclarant s’impliquer dans une démarche RSE varient en fonction des deux éléments à savoir la taille et le secteur d’activité.

Notre variable indicatrice « les entreprises Tableau 5 – Distribution des différentes catégories d’entreprises selon le secteur d’activité

Biens cons.

Biens inter.

Biens équip.

Comm ces

Construc-

tion Finance IAA Service ent.

Trans- port Total

PME 431

4,61 %*

1 057 11,31 %

547 5,86 %

2 877 30,80 %

1 024 10,96 %

421 4,51 %

412 4,41 %

1691 18,10 %

882 9,44 %

9 342 73,64 % Autres

entre.

243 7,27 %

618 18,48 %

333 9,96 %

723 21,62 %

146 4,37 %

153 4,58 %

300 8,97 %

579 17,31 %

249 7,45 %

3 344 26,36 % Total 647

5,31 % 1 675 13,20 %

880 6,94 %

3 600 28,38 %

1 170 9,22 %

574 4,52 %

712 5,61 %

2 270 17,89 %

1 131 8,92 %

12 686 100,00 %

* Lecture : 4,61 % des PME appartiennent au secteur des biens de consommation.

Source : enquête COI 2006.

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déclarant s’impliquer dans la RSE » est une variable binaire égale à 1 si l’indicateur d’une entreprise donnée est supérieur à la moyenne des indicateurs sur l’ensemble de la population et 0 sinon. Elle est déter- minée pour chacun des cinq indicateurs précédemment définis. À partir de là, nous étudions9 les différences de comportement entre les entreprises. Nous souhaitons véri- fier, dans un premier temps, si l’engage- ment en termes de RSE dépend de la taille.

Puis, nous nous intéressons à des possibles différences selon le secteur d’activité.

1. Différences d’attitudes vis-à-vis de la RSE en fonction de la taille

Le tableau 6 donne la distribution des entreprises déclarant s’impliquer dans une démarche RSE en fonction de la taille.

Tout d’abord, on remarque que près de la moitié des entreprises françaises déclarent

être impliquées dans la démarche RSE.

En effet, l’indicateur global montre qu’au minimum 48,62 % des entreprises ont le sentiment de mener des actions en ce sens.

La RSE semble ainsi être une démarche assez répandue au sein des entreprises françaises et notamment en milieu PME (puisque notre échantillon est constitué pour sa majorité de PME, 73,64 %).

Ensuite, si les entreprises françaises décla- rent mener des actions dans une perspective de RSE, leurs engagements en la matière varient en fonction de leur taille. En effet, quel que soit l’indicateur de RSE retenu (global ou par dimensions) les entreprises sont plus souvent impliquées lorsqu’elles sont de grande taille. Ainsi, par exemple, en matière de sécurité et qualité du sys- tème de management et de relation avec les clients/les fournisseurs, l’écart est du simple au double entre les PME impliquées

Tableau 6 – Distribution des entreprises déclarant s’impliquer dans une stratégie RSE selon la taille10

rse_

global_1 d_rh_social_1 d__envi_1 d_sécurité_1 d_rc_rf_1 Total PME Effectif

%

3 429 36,71*

3 941 42,19

921 9,86

2 825 30,24

3 381 36,19

9 342 73,64 Autres

entreprises

Effectif

%

2 739 81,91

2 995 80,59

1 071 32,03

2 027 60,62

2 643 79,04

3 343 26,36 Total Effectif

%

6 168 48,62

6 636 52,31

1 992 15,70

4 852 57,61

6 024 47,49

12 686 100,00 Note : rse_global_1= variable indicatrice globale, d_rh_social_1 = variable indicatrice de la dimension sociale, d_

envi_1 = variable indicatrice de la dimension environnementale, d_sécurité_1 = variable indicatrice de la dimension qualité et sécurité du système de management, d_rc_rf_1 = variable indicatrice de la dimension clients/fournisseurs.

* Lecture : sur le total des entreprises du type PME, 36,71 % sont impliquées dans une démarche RSE.

Source : enquête COI (2006).

9. Nous nous sommes inspirés des travaux de Bazillier et Suarez (2011).

10. Il est à préciser que toutes nos analyses sont faites sans tenir compte des coefficients de pondération.

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(respectivement 30,24 % et 36,19 %) et les autres entreprises (60,62 % et 79,04 %).

Même écart si l’on considère les actions sociales (42,19 % contre 80,59 %). Pour

les actions environnementales, l’écart se creuse : la proportion des PME qui décla- rent les mettre en œuvre est trois fois plus faible. Ce dernier résultat pourrait résulter

Tableau 7 – Différences dans le comportement RSE entre les PME et les autres entreprises

PME Autres

entreprises Différence

Ensemble rse_global_1 0,367 0,795 -0,452***

Dimension environnementale

certif_envi =

d_envi_1 0,098 0,320 -0,221***

Dimension sociale

rh_form rh_collab rh_amel rh_amel2 rh_compet rh_compect2

0,329 0,153 0,297 0,382 0,107 0,887

0,750 0,570 0,598 0,587 0,237 0,941

-0,420***

-0,416***

-0,301***

-0,204***

-0,129***

-0,054***

d_rh_social _1 0,361 0,790 -0,428***

Dimension clients/fournisseurs

rc_label rc_engage rc_engage2

rc_appel rc_crm rc_bclient

rc_amel rc_amel2 etude_client

rf_iterme rf_bfourni rf_bf_si

0,259 0,587 0,476 0,259 0,124 0,413 0,268 0,137 0,348 0,501 0,491 0,155

0,443 0,764 0,663 0,512 0,293 0,615 0,546 0,303 0,660 0,846 0,702 0,248

-0,184***

-0,177***

-0,187***

-0,252***

-0,169***

-0,201***

-0,278***

-0,165***

-0,312***

-0,344***

-0,210***

-0,093***

d_rc_rf_1 0,421 0,805 -0,384***

Dimension qualité et sécurité du système de management

secu_1 secur_2 certi_quali

0,373 0,298 0,314

0,521 0,592 0,676

-0,147***

-0,294***

-0,335***

d_sécurité_1 0,302 0,606 -0,303***

Note : rse_global_1= variable indicatrice globale, d_rh_social_1 = variable indicatrice de la dimension sociale, d_

envi_1 = variable indicatrice de la dimension environnementale, d_sécurité_1= variable indicatrice de la dimension qualité et sécurité du système de management, d_rc_rf_1 = variable indicatrice de la dimension clients/fournisseurs.

Différence significative au seuil de 1 % ***, 5 %**, 10 %* selon le test de Student.

Source : enquête COI (2006).

(12)

du fait que nous nous sommes limités dans les aspects environnementaux à la certifi- cation ISO14001. Celle-ci comporte des actions ciblées qui ne concernent potentiel- lement qu’un nombre limité d’entreprises.

En procédant à une étude quantitative plus fine, test de comparaison des moyennes entre les PME et les autres entreprises (tableau 7), nous pouvons identifier des différences significatives grâce au test de Student d’égalité des moyennes entre les deux sous-échantillons11. Les différences de comportement entre les PME qui s’im- pliquent dans la RSE et les autres sont globalement significatives. Elles suggèrent que les PME semblent moins concernées par la RSE que les grands groupes. En effet, tous les indicateurs de RSE retenus font ressortir un moindre intérêt des PME aux dimensions extra-économiques. Le critère taille semble donc jouer significativement dans l’implication des entreprises dans la RSE. Notons cependant, que les différences d’implication varient en fonction de l’item considéré dans la construction de l’indica- teur de RSE. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’actions relativement répandues, le différentiel d’en- gagement entre les deux sous-populations est relativement faible (inférieur à 20 %) : c’est le cas, notamment, dans le maintien et l’amélioration des compétences (rh_com- pect2), ou l’utilisation d’un système infor- matique couplé avec celui des fournisseurs (rf_bf_si). Mais pour certaines mesures, l’écart se creuse : les différences de com- portement entre les PME qui déclarent les mettre en œuvre et les autres entreprises sont plus prononcées (supérieures à 30 %) ; c’est assez souvent le cas dans le domaine social et parfois dans le domaine relation

clients/fournisseurs et le domaine qualité et sécurité du système de management.

2. Différences d’attitudes vis-à-vis de la RSE en fonction du secteur d’activité L’analyse des comportements vis-à-vis de la RSE des entreprises en fonction du secteur d’activité (tableau 8) révèle deux constats très intéressants.

Tout d’abord, tous les secteurs de l’écono- mie semblent être affectés par les enjeux du développement durable. Ainsi, il appa- raît que ce sont les secteurs des biens d’équipement et des biens intermédiaires qui concentrent le plus les initiatives des entreprises en matière de RSE, notamment dans le domaine relation clients/fournis- seurs (respectivement 52,41 % et 57,40 % pour les PME et 87,06 % et 91,89 % pour les autres entreprises). Cette focalisation sur les bonnes pratiques de gouvernance pourrait être la conséquence de la responsa- bilité croissante des donneurs d’ordres dans ce type d’activité. En effet, l’entreprise est considérée comme coresponsable des activités de ses sous-traitants et de leurs impacts sociaux et environnementaux. Elle est tenue de déployer sa stratégie RSE sur toute la chaîne et de contrôler l’applica- tion des référentiels, normes et code de conduites internes.

Ensuite les différences de comportement entre les entreprises qui s’impliquent dans la RSE selon les secteurs d’activité (tableau 9) montrent que les PME ont moins tendance à mener des actions en ce sens. En effet, le différentiel de participation entre les deux populations peut atteindre environ 55 % : c’est le cas dans le secteur de construc- tion. Ce différentiel dépend aussi de la

11. Le test de Student a été corrigé de l’inégalité de variance sur les deux sous-échantillons.

(13)

Tableau 8 – Distribution des entreprises impliquées dans la RSE selon le secteur d’activité

Secteur rse_global_1 d_rh_

social_1 d__envi_1 d_secu_1 d_rc_rf_1

PME

Biens

conso. Effectif

% 135

31,32* 139

32,25 38

8,82 108

25,06 161

37,35 Biens

inter. Effectif

% 503

47,59 389

36,80 172

16,72 464

43,90 5545

52,41 Biens

équip. Effectif

% 270

49,36 189

34,55 51

9,32 205

37,48 314

57,40 Commerces Effectif

% 976

33,92 1016

35,31 336

11,68 740

25,72 1125

39,10 Construc-

tion Effectif

% 330

32,23 271

26,46 93

9,08 318

31,05 411

40,14 Finance Effectif

% 165

39,19 190

45,13 26

6,18 109

25,89 196

46,56

IAA Effectif

% 171

41,50 138

33,50 74

17,96 168

40,78 201

48,79 Services

ent. Effectif

% 624

39,90 780

46,13 82

4,85 481

28,44 658

38,91 Transport Effectif

% 255

28,91 269

30,50 49

5,56 232

26,30 321

36,39 Total Effectif

% 3429

36,71 3941

42,19 921

9,86 2825

30,24 3381

36,19

Autres entreprises

Biens

cons. Effectif

% 204

83,95 188

73,31 65

26,75 157

64,61 196

80,66 Biens

inter. Effectif

% 555

89,81 515

83,33 361

58,41 462

74,76 538

87,06 Biens

équip. Effectif

% 309

92,79 286

85,89 185

55,56 244

73,27 306

91,89 Commerces Effectif

% 540

74,69 551

76,21 136

18,81 357

49,38 545

75,38 Construc-

tion Effectif

% 128

87,67 121

82,88 65

44,52 97

66,44 121

82,88 Finance Effectif

% 133

86,93 128

83,66 26

16,99 90

58,82 123

80,39

IAA Effectif

% 255

85,00 236

78,67 101

33,67 197

65,67 248

82,67 Services

ent. Effectif

% 420

72,54 429

74,09 92

15,89 280

48,36 414

71,50 Transport Effectif

% 195

78,31 189

75,90 40

16,06 143

57,43 204

81,93 Total Effectif

% 2739

81,91 2995

80,59 1071

32,03 2027

60,62 2643

79,04 Note : rse_global_1= variable indicatrice globale, d_rh_social_1= variable indicatrice de la dimension sociale, d_

envi_1= variable indicatrice de la dimension environnementale, d_sécurité_1= variable indicatrice de la dimension qualité et sécurité du système de management, d_rc_rf_1= variable indicatrice de la dimension clients/fournisseurs.

* Lecture : 31,32 % est la part des PME impliquées sur le total des PME du secteur.

Source : enquête COI (2006).

(14)

dimension retenue. Ainsi, s’il s’agit des dimensions sociale et environnementale, c’est dans le secteur des biens d’équipe- ment que l’on note le différentiel de par- ticipation le plus élevé, en revanche pour les secteurs services aux entreprises et finance, l’écart s’affaibli : le comportement des PME semble se rapprocher de celui des autres entreprises.

IV – DISCUSSION DES RÉSULTATS : LE RÔLE DE L’ISR

Cette étude sur les pratiques RSE comparées des PME françaises par rapport aux autres entreprises (ETI et GE) est originale par le

fait qu’elle approche de manière quantita- tive les politiques RSE des PME à partir d’une base de données exhaustive (COI, 2006). Globalement, si la RSE semble être une démarche assez répandue au sein des PME françaises (36,71 %), elle demeure, pour autant, un concept propre aux grandes entreprises. En effet, les résultats montrent une plus faible prise en compte des enjeux ESG dans les PME par rapport aux autres entreprises. Ils suggèrent, en plus, que les pratiques sociales sont les plus divergentes et que le différentiel d’investissement en termes de RSE varie en fonction du secteur d’activité.

Tableau 9 – Différences de comportement RSE entre les PME et les autres entreprises selon le secteur d’activité

Différences rse_ global_1 d_rh_

social_1 d_envi_1 d_sécurité_1 d_rc_rf_1 Biens conso. -0,526*** -0,273** -0,179** -0,395*** -0,433**

Biens inter. -0,432*** -0,295** -0,421** -0,308*** -0,346**

Biens équip. -0,431*** -0,347** -0,432** -0,358*** -0,344**

Commerce -0,407*** -0,199** -0,071** -0,236*** -0,362**

Construction -0,554*** -0,298** -0,354** -0,353*** -0,427**

Finance -0,477*** -0,280** -0,108** -0,329*** -0,338**

IAA -0,435*** -0,280** -0,157** -0,248*** -0,338**

Services ent. -0,356*** -0,125** -0,110** -0,199*** -0,325**

Transport -0,494*** -0,229** -0,105** -0,311*** -0,455**

Note : rse_global_1 = variable indicatrice globale, d_rh_social_1 = variable indicatrice de la dimension sociale, d_envi_1 = variable indicatrice de la dimension environnementale, d_sécurité_1 = variable indicatrice de la dimension qualité et sécurité du système de management, d_rc_rf_1 = variable indicatrice de la dimension clients/

fournisseurs. Différence significative au seuil de 1 % ***, 5 %**, 10 %* selon le test de Student.

Source : enquête COI (2006).

(15)

Les études empiriques portant spécifique- ment sur les pratiques de RSE en milieu PME désignent très souvent le manque de ressources financières comme le principal frein à l’engagement des PME en la matière.

En effet, comme le souligne Lapointe et Gendron (2005) la marge de manœuvre financière de la majorité des PME serait insuffisante pour absorber le coût d’initia- tives majeures de RSE et a fortiori pour supporter la mise en place d’un tel système de gestion. Ce constat est confirmé par l’enquête de l’ACFCI (2006) qui montre que 30 % des dirigeants de PME fran- çaises interrogés considèrent le manque de moyens financiers comme un frein majeur dans la mise en œuvre d’une démarche de RSE, derrière le manque de temps (62 %) et le manque de moyens humains (46 %).

L’enquête de l’observatoire européen des PME (OES, 2002) souligne également que les PME sont plus vulnérables économi- quement que les grandes entreprises. Pour beaucoup d’entre elles, les investissements à long terme, dans les activités de RSE, non directement liées au cœur de l’activité, sont secondaires ; ils sont très souvent repoussés dans le temps.

Il nous semble donc légitime de penser qu’une amélioration de la situation finan- cière des PME pourrait affecter positive- ment leur engagement. À ce titre, adop- ter, par exemple, une nouvelle technologie environnementale (certification, labelli- sation) est une démarche coûteuse que seules les entreprises ayant une bonne assise financière pourraient s’en prévaloir (Berger-Douce, 2008). En ce sens, la ques- tion de financement des PME est pertinente

pour mieux expliquer leur engagement en matière de stratégies RSE.

Le monde de la finance offre différentes possibilités de financement aux PME. Nous nous intéressons au capital investissement et en particulier aux fonds d’investissement socialement responsable (ISR)12 en capital investissement. Les fonds de capital inves- tissement sont des véhicules d’investisse- ments spécialisés dans les entreprises non cotées en Bourse (d’où son nom de capital non coté ou de private equity en anglais).

Ils se matérialisent, généralement, par des sociétés en commandite simple, au sein des- quelles les investisseurs sont des comman- ditaires et les gérants du fonds, des com- mandités. Reconnue comme la principal source de financement des PME (rapport du Conseil d’analyse économique (CAE), 2008), cette classe d’actifs, a connu ces der- nières années une forte accélération. Ainsi en 2011, les fonds du capital investissement ont investi environ 45,5 milliards d’euros dans un peu plus de 5 000 entreprises en Europe (dont 9,7 milliards d’euros dans 1 700 entreprises françaises), dont envi- ron 85 % des PME (EVCA, 2012). Cette forte accélération de l’industrie du capital investissement s’est également accompa- gnée par la forte intégration des enjeux environnementaux, sociaux et de gouver- nance (ESG) dans les décisions d’investis- sement. En effet, selon UN PRI (Principle Responsible Investment), la part des inves- tisseurs en capital investissement signa- taires des grandes initiatives d’engagement sociétal lancées à l’échelle internationale, tel le pacte mondiale des Nations unies, est passée de 5 % en 2009 à 9 % en 2011. Le

12. L’investissement socialement responsable (ISR) est le processus d’intégration des considérations sociales, envi- ronnementales et éthiques dans les décisions d’investissement (Renneboog et al., 2008).

(16)

marché du capital investissement semble, ainsi, s’inscrire dans une logique « mains- tream » c’est-à-dire dans un processus de pénétration massive et progressive des cri- tères d’investissement socialement respon- sable (ISR) dans les fonds d’investisse- ment conventionnels. Crifo et Forget (2012) expliquaient cette montée en importance des enjeux ESG dans l’industrie du capital investissement par trois facteurs : le besoin de différentiation pour attirer les investis- seurs sensibles à ces problématiques, un vrai suivi des sociétés en portefeuille et la recherche de performance financière.

Dès lors, peut-on attendre de ces fonds ISR qu’ils génèrent un changement des com- portements des PME vers des conduites plus éthiques ? Autrement dit, serait-il possible, de réduire, grâce à l’ISR, les dif- férences de comportement entre les entre- prises impliquées ?

L’influence positive de l’ISR en capital investissement sur l’engagement RSE des PME peut être explicitée par trois argu- ments. Tout d’abord, l’ISR en capital inves- tissement est caractérisé par l’engagement des investisseurs. En effet, les investisseurs en capital investissement, en tant qu’ac- tionnaires significatifs (voire majoritaires) des entreprises de leurs portefeuilles pour un horizon de moyen à long terme (4 à 6 ans) peuvent promouvoir activement la RSE dans les comités de direction des entreprises s’ils le décident (Forget, 2013).

Ensuite, l’ISR en capital investissement est de nature à modifier profondément la relation entre l’entreprise et ses action- naires, dans le sens où les dirigeants sont

désormais tenus de rendre des comptes à leurs actionnaires, non seulement relatifs à leurs performances économiques mais aussi à l’égard de l’ensemble de leurs activités et des impacts environnementaux et sociaux qu’elles peuvent générer. La prise en compte des données extrafinancières dans l’industrie du capital investissement assure ainsi aux actionnaires une maximisation de leur valeur, et par la même occasion une amélioration organisationnelle et opération- nelle. Enfin, l’ISR en capital investissement pourrait apporter une meilleure gestion des risques. En effet, comme le souligne Crifo et Forget (2012) les fonds indépendants13 ont une plus grande probabilité de dévelop- per des pratiques socialement responsables que les fonds captifs, moins soumis à la compétition. Brodhag (2012) montre aussi que l’évaluation des risques par les fonds ISR se fait sur le long terme ; or les PME les plus responsables présentent moins de risques que d’autres à long terme même si leurs perspectives opérationnelles sont en général de très court terme.

En définitive, l’ISR pourrait représenter une solution possible pour renforcer le comportement social des PME et réduire, de ce fait, les écarts d’attitude vis-à-vis de la RSE entre les PME et les grandes entreprises.

CONCLUSION

Cet article visait à apporter un éclairage et des résultats de terrain relatifs aux pra- tiques RSE des PME comparées à celles des grandes entreprises. Ce coup de projec-

13. Les fonds indépendants sont les fonds du capital investissement ; et les fonds captifs sont les fonds de capital- risque détenus majoritairement par un grand groupe. Ils ont souvent pour mission d’assurer une veille technologique en amont.

(17)

teur sur la démarche RSE des PME, initié par la Commission européenne est néces- saire, puisque les PME s’avèrent être des acteurs économiques majeurs dans nos éco- nomies. Globalement, un certain nombre de résultats confirment ceux des études existantes. Tout d’abord, les PME semblent moins impliquées en matière de RSE que les grandes entreprises. Ensuite, le degré d’implication des entreprises dépend de la dimension considérée (sociale, environne- mentale, etc.). Enfin, les résultats suggè- rent que l’engagement en termes de RSE varie selon le secteur d’activité. Nous nous sommes également intéressés au rôle joué par l’ISR sur le comportement responsable des PME, et il nous a semblé que le déve-

loppement des fonds ISR sur le marché du capital investissement, marché où les PME se financent, pourrait réduire les différences de comportement constatées entre les PME impliquées dans la RSE et les autres entre- prises. Les résultats de l’étude sont toute- fois à prendre avec précaution, étant donné la particularité des items retenus pour la construction de l’indicateur RSE (global ou par dimensions) et une analyse plus appro- fondie intégrant un nombre plus important d’aspects, notamment environnementaux, serait nécessaire. Comme perspectives de recherche futur, il serait judicieux éga- lement d’étudier l’impact de l’ISR pour réduire les divergences de comportement en matière de RSE.

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