INFLUENCE DES VARIATIONS DE L’AGE
DE MATURITÉ SEXUELLE CHEZ LES REINES D’ABEILLES
(APIS MELLIFICA MELLIFICA)
FÉCONDÉES PAR INSÉMINATION ARTIFICIELLE J. FRESNAYE
Station
expérimentale d’Apiculture,
Centre de Recherches
agronomiques
du Sud-l,,si,84 - Montfavet
SOMMAIRE
Les résultats
d’expériences
concernant l’influence del’âge
depuberté
des reines sur le pour- centage de reines correctement fécondées par insémination artificielle sont décrits dans cette étude.L’époque
del’élevage
des reines et les conditionsmétéorologiques
influent sur la durée de l’évolution et surl’âge
de maturité sexuelle de ces reines. Celui-ci est atteintplus rapidement
enpleine
saison. Il convient donc de respecter des délais variables avant depratiquer
l’insémination artificielle : 10 à 12jours après
la naissanceprésumée
des reines en début desaison,
5 à6 jours
en
pleine
saisond’élevage.
INTRODUCTION
Les variations du
temps
d’évolution et del’âge
de maturité sexuelle sont trèsfréquentes
chez les insectes. Elles sont causéesprincipalement
par les différences detempérature
ainsi que par les saisons etpeuvent
atteindreplusieurs
mois dans certainscas. Ces variations sont
beaucoup plus
faibles chez l’abeille(Apis mellificaI,.),
insectesocial, capable
d’assurer uneauto-régulation
de latempérature
et de la maintenir au niveau nécessaire à la survie de la colonie. Les variations dutemps
d’évolution ont étéétudiées,
en cequi
concernel’abeille,
par de nombreux auteurs, etJ AY ( 19 6 3 )
a fait une revue détaillée et une mise au
point
de tous ces travaux. Cetteanalyse
montre que le
temps
dedéveloppement
entre laponte
et la naissance est de 16 à 2q.
jours
pour lesouvrières,
de 20à 28jours
pour les mâles et de 14 à 17jours
pour les reines. Outre latempérature
et lasaison,
lacomposition
et laquantité
denourriture,
Annales de l’Abeille. - Igr 6. r
l’âge
et la race des nourrices influentégalement
sur letemps
d’évolution ainsi quesur le
poids
de l’abeille ou de la reine à la naissance. SoosE( 1954 )
a constaté desvariations entre des abeilles de races et de souches différentes et GONTARSKI
( 1953 ) signale
des arrêts decroissance, qui allongent
letemps
de cette dernière. JBIONTAGNER( 19 6 2
)
retrouve ces différences detemps
d’évolution chez les reines d’abeille noirefrançaise.
Il élève des reines àpartir
de larves de mêmeâge,
moins d’unjour,
etobtient des naissances
pendant
3jours
dans unesérie, pendant
6jours
dans uneautre.
Dans les conditions naturelles
d’élevage
et de fécondation desreines,
les variations sde la durée de croissance et de
l’âge
de maturité sexuelle neprésentent
pas d’inconvé- nient notable. Les reines font leur vol de fécondationlorsqu’elles
sontphysiologi- quement aptes
à le faire et dès que les conditionsmétéorologiques
lepermettent.
Il n’en est pas de même dans le cas de l’insémination artificielle. C’est alorsl’expérimen-
tateur
qui
décide dujour
de la fécondation en fonction de la dateprésumée
de lapuberté
des reines. Car aucunsigne
extérieur nepermet
de déterminer ce momentoptimum
très variable. Il est influencé par deux variations successives : la durée de croissance avant la naissancequi, généralement,
nepeut
être constatée au momentprécis
ou elle seproduit,
surtout dans les conditionsnaturelles,
suivie de la duréed’évolution,
variable elleaussi,
avant deparvenir
à la maturité sexuelle. Les seulesindications
morphologiques d’âge
des reines au moment de la fécondation sont les modifications du tubedigestif
et des tubes deMalpighi
ainsi que celles de laglande
et de la vésicule à venin
(F’y G , i 95 6 ;
HAYDAK,1957 ), qui ne
sont visiblesqu’à
la dissec-tion donc inutilisables
lorsque
l’on veutgarder
les reines vivantes.Les
premières
tentatives de vols de fécondationpourraient
être une indicationprécieuse
de la maturité sexuelle des reines. Mais cette méthodeimposerait
laprésence
de nombreux observateurs si l’on voulait faire les observations de
visu; d’autre part
l’utilisation de cages
spécialement
conçues et fixées à l’entrée des ruchettes de fécon- dationrisquerait
de provoquer la blessure ou la mort de nombreuses reines. Il semble que cette méthode soit difficilementpraticable.
D’après
MACKENSEN et RoBExTS( 194 8) l’âge
leplus
favorable à l’insémination artificielle se situe entre le4 e
et le roejours après
la naissance. Tous les essais effectuésavec des reines
plus jeunes
n’ont donné que de très faiblespourcentages
de réussite.Par contre, les reines
peuvent
encore être inséminéesaprès
10jours
et tantqu’elles
n’ont pas commencé à
pondre parthénogénétiquement.
Laponte parthénogénétique
d’une reine
n’implique
d’ailleurs pas uneimpossibilité
de fécondation artificielle ainsi que l’ont démontré CROW et ROBERTS(ig5o).
Mais àl’âge approximatif
de10
jours apparaît
lerisque, augmenté
ensuite tous lesjours,
del’attaque
de la reinepar les ouvrières
qui l’obligent
à sortir de la ruche pour êtrefécondée,
l’instinct dereproduction
n’étant pas inné mais induit par les ouvrières(RuT2!!x i 957 ).
L’âge
de fécondation des reines dans les conditions naturellespermet
d’estimerl’âge
moyen de lapuberté
et montre encore sagrande
variabilité. SoczEcK( 195 8), signale
que les reines volent 6 à 13jours après
leur naissance et MEDVEDEV(r 95 6), indique
que les reines fécondées commencent àpondre
de 7 à z9jours après
l’éclosion.T
RIASKO
( 1951 ),
utilisant unetechnique
de fécondation naturelle dans de trèspetits
nuclei de fécondation ne laisse sortir les reines que
lorsqu’elles
ont atteintl’âge
de10 à 12
jours.
Au cours de
plusieurs
années depratique
de l’inséminationartificielle,
il nous estapparu que le
pourcentage
de réussitepouvait
être influencé par les variations dutemps
dedéveloppement
et del’âge
de maturité sexuelle des reines. Mais de nombreux autres facteurs influentégalement
sur les résultats. Nous avonsrappelé
lesprincipaux
ainsi
que
lesprogrès
récents de latechnique
de l’insémination artificielle dans une revue(FR!sNnY!, 19 66)
nousn’y
reviendrons donc pas.INFLUENCE DE
L’AGE
DES REINES SUR LESRÉSULTATS
DE
L’INSEMINATION
ARTIFICIELLELes différents facteurs décrits par
ailleurs, blessures, infections,
volumetrop important
de sperme,attaque
de la reine par lesabeilles,
sontfréquemment
les causesinitiales de la mortalité des reines inséminées.
Cependant,
les résultatsobtenus,
ensuivant les directives données par divers auteurs et
spécialistes,
et concernantl’âge
des reines lors de
l’insémination,
étaient en début de saison souvent très inférieurs àceux
acquis pendant
les mois dejuin
etjuillet.
L’évolution de ces variations au coursde la
période
annuelle d’insémination artificielle nous a amené à supposer que certainsaspects
de laphysiologie
des reinespouvaient
êtreincriminés,
notamment letemps
d’évolution de la reine avant lanaissance,
étudié par de nombreux auteurs citésplus
haut.
Ajouté
àl’âge
de maturitésexuelle,
variableégalement,
le délai entre le débutde
l’élevage
de la reine et le momentoptimum
pour la fécondationpeut
varier dans desproportions importantes.
Nous
présentons
les résultats d’une étude faite dans le but de vérifier cettehypothèse.
Le tableau i réunit les différentstypes
d’essais effectuéspendant
les moisles
plus
favorables àl’élevage
et à la fécondation des reines dans notrerégion : avril, mai, juin
etjuillet.
Au cours de ces différentespériodes
de l’année 200 reines environ furent élevées artificiellement par la méthode desurgreffage
des larves. Puis elles furent inséminées artificiellementaprès répartition
en deux groupes : les reines insé- minées àl’âge
de5 -6 jours
d’unepart,
les reines inséminées àl’âge
de 10-12jours
d’autre
part,
enprenant
pour base une durée d’évolution moyenne de i6jours
entre laponte
de l’œuf etl’imago.
Les moyennesgénérales
des résultats des différents essaisqui
donnent
8 7 , y
p. 100 de reines fécondes pour des inséminations à 10-12jours
et57
,6o
p. ioo seulement pour les inséminations à5-6 j jours
semblent démontrer une trèsnette
supériorité
dupremier type
de ces essais.Cependant,
les résultatspartiels
indi-quent
une évolution très nette despourcentages
de reines fécondes. En cequi
concernele
type
d’insémination à5 -6 jours,
lepourcentage
s’amélioreprogressivement
au coursde la saison
apicole
pour atteindre 100p. 100 au mois dejuillet.
Par contre, les résultats dutype
d’insémination à 10-12jours
sont excellents dès le début del’expérience
etsubissent une variation
beaucoup
moinsimportante
que lesprécédents,
elle est pro- bablement due d’ailleurs à certains des facteurs de mortalitéprécédemment
décritsqui
sont extrêmement difficiles àdiagnostiquer
ainsiqu’à
éliminer totalement. Lafigure
i résume cette évolution aboutissant à 100p. 100 de reines fécondes dans les deuxtypes
d’insémination au mois dejuillet. Cependant,
un autreaspect
de nosexpériences n’apparaît
pas dans le tableau i, nous l’avons faitfigurer
dans le dia-gramme de la
figure
i. Nous n’avons en effetindiqué
dans le tableau que le nombrede reines inséminées et fécondes de chacun des
essais,
sanspréciser
le nombre total de reines avant le début del’expérience,
c’est-à-dire l’ensemble des reines destinées àl’expérience
etprésentes
dans les nuclei.Or,
cenombre, qui
reste le même que celui des reines inséminées en cequi
concerne les mois d’avril etmai,
estplus important pendant
les mois suivants dans les séries d’essais de reines inséminées àl’âge
de10 -
12
jours.
Lepourcentage
deperte
estfaible,
moins de 5 p. ioo des reines en moyenne,pendant
le mois dejuin.
Il atteint environ 10 à 15 p. 100 en moyenne au mois dejuillet.
Ces reines sont mortes car elles n’ont pas été fécondées alorsqu’elles
avaientatteint leur maturité
depuis plusieurs jours.
Plusieurs causes ontpu aboutir à ce
résul-tat : les reines se sont blessées le
long
desgrilles qui
lesempêchent
desortir,
elles ontété
attaquées
par les abeillesqui
tentaient de provoquer le vol de fécondation(RuT-
T N E R
,
1957 )
enfin certaines ont pu sortir et n’ont pas pu traverser à nouveau lagrille
pour rentrer dans le nucléus de fécondation car certainesreines, vierges
et depetite taille,
arriventparfois
à franchir lesgrilles
d’entrée.Les résultats de nos
expériences
montrent que l’insémination artificielle des reines doit êtrepratiquée
à desâges
différents suivant lapériode
del’année,
afind’augmenter
les chances de succès. Cetâge
varie de 10 à 12jours après
la naissanceen début de la saison
d’élevage,
à5 -6 jours pendant
les mois de lapleine saison, juin
et
juillet
en cequi
concerne l’abeille noire. Il estpossible qu’il
existe des différences raciales mais nous n’avons pas encore abordé cesujet.
Les conditionsmétéorologiques pendant l’élevage
et la maturation des reines influent vraisemblablement en accélé- rant ou en retardant l’évolution de celles-ci parrapport
à la saison considérée.Reçu pour
publication
en août19 66.
SUMMARY
THE EFFECT OF VARIATIONS IN THE AGE OF SEXUAL MATURITY OF QUEEN
BEES (
APIS MELLIFICA MELLIFICA )’ )FERTILIZED BY ARTIFICIAL INSEMINATION
The results are described of an
experiment concerning
the effect of the age at which queens reachpuberty
on the percentage of queenscorrectly
fertilizedby
artificial insemination. The breed-ing
date of the queen and themeteorological
conditions influence the rate ofdevelopment
andthe age at which the queens reach sexual
maturity.
The latter is attained morequickly
inhigh breeding
season than at the start of the season. It is thereforeexpedient
todelay
beforeusing
arti-ficial insemination - 10 to 12
days
afterpresumed
birth of queens at thebeginning
of the season,5 to 6
days
inhigh breeding
season.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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