Article original
Variabilité géographique et estimation
des paramètres génétiques de la croissance
en hauteur de jeunes sapins de Céphalonie (Abies cephalonica L)
B Fady
D Vauthier
1 Faculté des sciences et
techniques
de St-Jérôme, institut méditerranéend’écologie
et de
paléoécologie,
laboratoire debotanique
etécologie
méditerranéenne,avenue Escadrille-Normandie-Niemen, 13397 Marseille cedex 13;
2INRA, Domaine
expérimental
du Ruscas, RN 98, 83237 Bormes-les-Mimosas cedex, France(Reçu
le23 juillet
1990;accepté
le 10 février1991)
Résumé — La variabilité
géographique
de la croissance en hauteur d’Abiescephalonica
a été étu-diée pour 10 provenances,
réparties
dans 3plantations comparatives
situées dans le sud de la France. Les provenances se scindent en 3 ensembles dedynamisme
différent : un groupe «Grèce orientale» de faible croissance, un groupe «Grèce continentale» de croissance intermédiaire et un groupe«Péloponnèse»,
de croissanceplus
forte. La provenance du massif duTaygète présente
une hauteur totale initiale forte et une mortalité
après transplantation qui
larapproche
du groupe Grèce continentale, mais une croissance annuelle et une situationgéographique qui
larapprochent
de celles du groupe
Péloponnèse.
Les raisons de ces différences de croissance entre groupes pour- raient être d’ordregénétique
etadaptatif.
Au sein du groupePéloponnèse,
les provenances du Mai- nalon et du Parnon ont des écovalences interannuelles et interstationnelles très faibles. Avec les provenances du Pinde étudiées dans un autredispositif,
ce sont ces provenancesqui
semblent le mieux convenir à desopérations
de reboisements en France méditerranéenne àl’étage
du chênepubescent.
La variabilitégénétique
des mêmes caractères de croissance a été estimée sur 3 prove-nances scindées en descendances maternelles individualisées et
présentes
sur une seule desplan-
tations. L’héritabilité au sens strict est
comprise
entre 0,20 et 0,25 pour la hauteur totale à 11 ans, et entre 0,08 et 0,11 pour l’accroissement annuel cumulé de 7 à 11 ans. Si une corrélationjuvénile-
adulte existe, ces estimations laissent supposer la
possibilité
d’une sélectionprécoce
sur les carac-tères de croissance étudiés.
Abies
cephalonica
/ croissance en hauteur / variabilitégéographique
/ variabilitégénétique
Summary— Geographic
andgenetic variability
ofheight growth
in young Abiescephalonica
Loud.
Geographic variability
ofheight growth
in Abiescephalonica
Loud was studied in 10 prove-nances grown at 3 different
experimental
sites in southern France. Provenances could beseparated
into 3 different groups: first, the slow
growing
"Eastern Greece" group; second, the intermediate"Continental Greece"
group
and third, thefast growing "Peloponnesos" group.
TheTaygetos
moun-tains provenance
presented
strong initialheight growth
andpost-plantation mortality comparable
tothose of the Continental Greece group, but could be linked with the
Peloponnesos
groupthrough
an-nual increments and its
geographical
situation. Genetic andadaptative
factors could beresponsible
for these differences. Within the
Peloponnesos
group, Menalon and Parnon provenances had the low- est site and year interactions.Along
with the Pindos provenances studied in anotherexperimental
de-sign, they
seemed to be the bestadapted
provenances for reforestationprojects
in the Quercus pu- bescens zone in Mediterranean France. Geneticvariability
ofheight growth
was estimatedusing family
and progeny data from 3 provenances grown at 1 site. Individualheritability
values were be-tween 0.20 and 0.25 for mean total
height
at age 11 yr and between 0.08 and 0.11 for cumulative an-nual increments from ages 7 to 11 yr. If
significant juvenile-adult
correlations can be found, these esti- mates indicate thepossibility
ofearly
selection in Abiescephalonica
based onheight growth
characteristics.
Abies
cephalonica / height growth / geographic variability / genetic variability
INTRODUCTION
Abies
cephalonica
a été soumis en Franceméditerranéenne à un programme d’amé- lioration
portant
sur sonadaptation
et sa croissance en hauteur et en volume de-puis
environ 25 ans, à la suite des étudesécologiques
réalisées dans son aire d’ori-gine (Bassiotis,
1956 etPauly,
1962 no-tamment, études enrichies
depuis
par celles dePanetsos,
1975 etBarbero,
Qué-zel, 1976,
entreautres).
La croissance enhauteur de ce
sapin
est très lente dans saphase juvénile,
et il estimportant
de pou- voir sélectionner aussiprécocement
quepossible
lesgénotypes
lesplus vigoureux.
La variabilité du caractère de crois-
sance
(hauteur
totale ou pousseannuelle) donnant,
en milieuhomogène
et dans lebut d’une
sélection,
une idée satisfaisante de la variabilitégénétique
del’espèce (Wright, 1976),
ce travail a un double ob-jectif.
Lepremier
estd’exprimer
l’allure de la variabilitégéographique
d’Abiescepha-
lonica en
comparaison
avec celle obser- vée dans des travaux antérieurs(Des- croix, 1981; Fady, 1988)
et d’individualiser les provenances lesplus aptes
à d’éven-tuels reboisements dans le sud de la France. Le second est
d’estimer,
en utili-sant la
décomposition
de la variancephé- notypique
et les modèles de lagénétique quantitative,
lesparamètres génétiques
des caractères de croissance en hauteur.
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Matériel
végétal
Les individus étudiés se
répartissent
en 10 pro-venances
(tableau I).
Ces provenances sont, lecas échéant, subdivisées en descendances ma-
ternelles issues de
pollinisation
libre en forêt(échantillonnage
aléatoireintraprovenance).
Elles sont
originaires
de lapartie
méridionale de l’aire derépartition
d’Abiescephalonica (fig1, d’après
Barbero et Quézel,1985)
où le tauxd’hybrides
fixés(A
borisiiregis)
avec A alba est relativement faible(Mattfeld,
1930; Panetsos, 1975;Mitsopoulos
et Panetsos, 1987;Fady
et al,1991).
Le réseau
expérimental
concernant ce maté- rielgénétique
estcomposé
de 3 vergers àgraines
de semis : lesplantations
VG1 et VG2 àSaint-Lambert
(Vaucluse),
le site de Saint-Jurs(Alpes
deHaute-Provence)
et le site de Tuchan(Aude).
Ces vergers ont été installés au cours de l’hiver 1980-1981 avec desplants
2-2. Leurscaractéristiques
sontreprises
dans le tableau II.Il est à noter que sur la
plantation
de Tuchan, seules les provenances duPéloponnèse (y
com-pris
celles des îles deCéphalonie
etd’Eubée)
sont
présentes.
Les
paramètres génétiques
ont été estimés àpartir
des individus du verger àgraines
de St- Lambert,qui
est le seul àposséder
une struc-ture combinée
provenances-descendances
ma-ternelles individualisées. Les nombres totaux d’individus mesurés
figurent
dans le tableau III.Les différences
importantes
entre effectifs de provenances et de descendances maternellessont dues aux différences de faculté
germina-
tive, ainsiqu’à
la mortalité enpépinière
et enplantation.
Méthodes
Un comptage
systématique
de la mortalitéaprès plantation
a étéentrepris
sur lesplantations
deSt-Lambert et de Tuchan. La variabilité du taux de
reprise
entre provenances a étéanalysée
encomparant les intervalles de confiance des moyennes de provenances.
Les mesures de hauteur totale
(HT)
et depousse annuelle
(PO)
ont été réalisées à larègle télescopique graduée (précision
0,5cm) pendant
l’automne 1987 et ontpermis d’enregis-
trer
rétrospectivement
les valeurs de 5 années devégétation
consécutives.Le modèle
général
utilisé dans l’étude inter- provenance est du type :où
x ij
est le caractèreanalysé (HT ou PO), μ la
moyenne
générale,
pil’effet de la provenance i etr ij
l’effet résiduel. Ce modèle est obtenuaprès ajustement
des valeurs individuelles à l’effet macro-bloc,chaque
macro-bloc étant constitué deplusieurs
blocs initiaux, le nombre d’individusprésents
dans les blocs initiaux étant souventtrop
faible pour en estimer l’effet moyen.La
signification
des différences entre moyennes de familles et de provenances a été estimée par uneanalyse
de variance non-orthogonale hiérarchique
à 2 niveaux. Les moyennes ont été classées par le test de com-paraison multiple
de Duncan. Les moyennes de provenances ont enplus
étécomparées
par uneanalyse
discriminante utilisant les variables HT83 et PO84 à PO87.À
l’étude de lavigueur comparée
des prove-nances a été
ajoutée
la mesure de leur stabilitéspatio-temporelle,
en utilisant le concept d’éco- valence(Wricke, 1962).
La base de cette étude de l’interactiongénotype
x milieu est la mesure, pour la provenance i, de l’interactivitéW i du
ca-ractère
analysé (PO
ouHT)
en fonction d’un fac- teur du milieu :plus
ce terme estimportant
etplus
la provenance considérée sera instable par rapport à son milieu.En considérant que la valeur d’un caractère X d’un individu k de la provenance i, dans un mi- lieu
j,
s’écrit sous la forme :avec μ = moyenne
générale, P i
= effet de la provenance i,M j
= effet dumilieu j (effet
annéeou effet
station), (PM) ij
= interaction provenancex milieu, et
R ijk
= erreur résiduelle, l’interactivitéde la provenance
i (inverse mathématique
del’écovalence) prend
la forme :Dans
l’analyse
suivante, ce seront les écova- lences relatives(Baradat,
1989,69-74) qui
se-ront utilisées :
W i
Le modèle
général
utilisé dans l’étude intra- provenance est du type :où
x ijk
est le caractère analysé (HT ou PO), μi la moyenne de la provenance i,fij
l’effet de la fa-mille j dans
la provenance i etr ijk
l’effet résiduel.Les
paramètres génétiques
ont été calculéssur l’ensemble des individus, en supposant l’ho-
mogénéité
des matrices de variance/covariance résiduelles et familiales pour les différentes pro-venances. Il existe
probablement
une consan-guinité importante
en forêt naturelle. Le coeffi- cient deconsanguinité (F)
a pu être évalué à0,6 à
partir
desfréquences
des individus richesou pauvres en un
terpène (limonène)
dans unpeuplement
naturel d’Abies alba(Moreau, 1989)
et semble
pouvoir
atteindre, en faisant une esti- mation indirecte sur le mêmeterpène,
une va-leur maximale de 0,7 pour les provenances d’Abies
cephalonica
étudiées(Fady, 1990a).
Une étude
isoenzymatique portant
sur ungrand
nombre de loci chez Abies
lasiocarpa (Shea, 1990)
montre que le coefficient moyen de con-sanguinité
est de 0,341.L’apparentement
entrearbres mères n’a pas été
envisagé
et sera sup-posé
nul. Ainsi, en utilisant la covariance entreapparentés qui
permet de fairecorrespondre
ef-fets
génétiques
additifs et effets famille, et en supposant l’absenced’épistasie
et unerepré-
sentation exclusive de demi-frères dans les des- cendances maternelles, l’héritabilité au sens
strict
(Falconer, 1974) s’exprime,
pour des va- leurs moyennes de F variant entre 0,3 et 0,6sous la forme :
où σ2f
représente
la variance d’un caractère auniveau familial et σ 2r
représente
la variance ré- siduelle.Les coefficients de
prédiction génétique (Ba-
radat,1976)
entre 2 caractères x1 et x2estiment l’efficacité de laprédiction
dugain génétique
ré-alisé sur un
caractère x 1
en faisant une sélec-tion indirecte sur un caractère x2. Ils
s’expriment
sous la forme :
où
Cov A représente
la covariancegénétique
ad-ditive et σP l’écart
type phénotypique.
Étant
donnés lesproblèmes
de faibles effec- tifs d’individus par familles et de familles par pro- venance, seules les familles des provenances ERYM, VETI et PNON de VG1 à St-Lambert ont été retenues dans le calcul desparamètres gé- nétiques.
Les erreurs standard des héritabilités et des coefficients de corrélation
génétique
etphénoty- pique (Mode,
Robinson,1959)
ontpermis
decalculer un intervalle de confiance de ces esti- mations.
RÉSULTATS
Mortalité
Le tableau II
indique
que le nombre initial de familles par provenance était de 30.À
la suite d’une
prolifération
dePhytophthora
cinammomi en
pépinière,
etcompte
tenu de la mortalitéaprès transplantation,
lenombre final de familles et d’individus sur- vivants en 1987 à St-Lambert est
repris
dans le tableau III.
À St-Lambert,
les taux de mortalité va-rient en fonction des provenances. Même
en ne tenant pas
compte d’EVIA, qui
a unemortalité
significativement plus
élevée quecelle des autres provenances
(tableau IV),
l’écart entre provenances varie du
simple
au double
(PNAE
=22,3%
et CEPH =53,0%).
Le coefficient de corrélation linéaire entre
pourcentage
de mortalité observé en1987 et conditions
écologiques
du milieud’origine (TAYG
noncompris, qui présente
un effectif
trop faible)
montre des corréla- tionssignificatives
avec latempérature
moyenne annuelle
(r = 0,712*, significatif
à5%)
etl’éloignement
de la mer(r
= -0,822**, significatif
à1%). Étant
donné lepetit
nombre decouples
depoints
utili-sables,
cette corrélation est sans doute à considérer avecprécaution.
Chaque
année n’a pas uneimportance égale
dans la mortalité des provenances :ainsi,
l’annéequi
suit directement l’année deplantation présente
un taux de mortalitétrès
élevé,
engénéral supérieur
à 50% dela mortalité totale
(sauf PNAE)
au momentdes mesures
(1987),
etjusqu’à 77,5%
(PNON,
tableauIV).
Le taux de mortalitéaprès plantation
estplus
élevé chez les provenances du verger VG1(supérieur
à61%,
sauf TAYG51%)
que chez celles de VG2(entre
46 et56%).
La mortalité moyenne à St-Lambert
(36,0%)
n’est passignificativement
diffé-rente de celle de Tuchan
(40,7%).
La mor-talité à St-Jurs n’a pas été étudiée.
Variabilité
intra-provenance
Tous les tests F de l’effet famille
(modèle aléatoire)
sur VG1 à St-Lambert sontsigni-
ficatifs à
1 %,
sauf pour la pousse annuelle 1985(PO85, significatif
à5%).
Le tableauV
indique
l’allure de la variabilité inter- familles des provenances de VG1 pour le caractère PO87.L’amplitude
de la variabili- té estpratiquement
la même pour toutes les provenances. Le coefficient de varia- tion relativementplus
élevé d’EVIApourrait
être l’effet d’une surestimation due à son
faible nombre d’individus par
famille, plutôt
que la manifestation de familles
plus
va-riables.
Les héritabilités
(h 2 )
sont semblablesd’une année sur
l’autre,
etplus
fortes pourHT que
pour PO(tableau VI).
Les coeffi-cients de
prédiction génétique (CPG)
de lahauteur totale 1987
(HT87)
par les hau- teurs totales des annéesprécédentes
nemontrent pas
d’augmentation significative
avec
l’âge,
et sontpratiquement identiques
aux
h 2 .
Enrevanche,
les CPG de HT87 par les PO sonttoujours plus
élevés que lesh 2
des PO.Les corrélations entre caractères
(ta-
bleau
VII)
sontcomparables
sur les 2plan-
tations. Les corrélations HT-PO sont tou-
jours significatives
à1%,
mais varient selon l’année considérée. La corrélation laplus
forte est obtenue entre HT et POcumul,
traduisant l’intérêt de cette variable dans laprédiction
de la hauteur totale.L’existence d’un effet année se retrouve dans
l’apparition
de corrélationsPO-PO,
dont le seuil de
signification
est très va-riable.
La
part
de variabilité due à la prove-nance dans la variance
génétique
additivetotale est
comprise
entre 10 et 38% pourles PO et entre 4 et 17% pour les HT selon l’année considérée
(tableau VIII).
Variabilité
inter-provenances
St-Lambert est la
plantation qui
a donnéles résultats les
plus précis.
Les 2 sitesVG1 et VG2 ont été réunis en une seule
plantation
pour cette étude : ils neprésen-
tent aucune différence
pédo-climatique
no-table,
et la variance résiduelle dechaque
caractère est
comparable
pour les 2plan-
tations.
Les tests F de l’effet provenance sont
significatifs
à1 %,
sauf pour PO86 et PO87(non significatifs).
Les classements de HTprésentent quelques changements
avecl’âge (fig 2).
Si PARN et EVIA sont tou-jours
en fin declassement,
etparfois
demanière
significative,
au groupe de tête de1983, composé
essentiellement de TAYG et des provenances de Grèce continentale(PNAE, OETE, PNAS), s’ajoute
en 1987un groupe contenant les provenances du
Péloponnèse (VETI, PNON, CEPH).
Les classements de PO
(fig 3)
montrentque
l’augmentation
devigueur
des prove-nances du
Péloponnèse
entre 1983 et1987 est due à une croissance annuelle
plus importante
que celles des autres pro-venances. PARN et EVIA ont
systémati- quement
les PO lesplus
faibles.L’analyse
discriminante(fig 4) permet
de
distinguer
trois groupes de prove-nances dans le
plan
factoriel 1-2(taux
d’inertie de l’axe 1 =55,1%
et taux d’inertie de l’axe 2 =38,9%,
soit un taux cumulé de94%);
l’axe 1 va dans le sens de valeurs élevées de PO84 et PO85 et l’axe 2 dans le sens d’une valeur élevée de HT87. Ces 2 axesopposent
donc les provenancesayant
une valeur initiale de HT élevée à celles dont la croissance annuelle est im-portante
les années suivantes :- le
Péloponnèse (provenances VETI, ERYM,
PNON etCEPH),
caractérisé par des PO fortes et une hauteur totale initiale(HT83)
moyenne;- la Grèce continentale
(PNAS,
PNAE etOETE),
aux croissances annuelles moyennes mais à la hauteur totale initiale laplus forte;
- les provenances PARN et
EVIA,
peu vi- goureuses. Ce groupe esttoujours signifi-
cativement distant au seuil de 5% des 2 autres.
La provenance TAYG n’est pas
signifi-
cativement différente des 2
premiers
groupes : comme les provenances de Grèce
continentale,
sa hauteur initiale est laplus
élevée et comme les provenances duPéloponnèse,
sa croissance annuelle est laplus
forte.Les résultats obtenus sur les 2 autres
plantations
sont souvent moinssignifica-
tifs. Les tests F sur les provenances sont
significatifs
à 1% pour tous lescaractères,
sauf pour les pousses 1986 et 1987. Ce-
pendant,
le classement desperformances
des provenances est en
général
compa- rable à celui de St-Lambert.Ainsi,
à St-Jurs,
PARN est une provenancesignificati-
vement
plus petite
que les autres(fig 5),
et à Tuchan(où
la Grèce continentale n’est pasreprésentée)
cetteplace
revient àEVIA
(fig 6). À St-Jurs,
leregroupement
des provenances necorrespond
pas exac- tement à une réalitégéographique.
Il est ànoter
qu’au
moment des mesures, cetteplantation
était envahie par unevégétation arbustive,
constituéeprincipalement
de ge-nêts, qui
a pu nuire à la mise en évidence de la variabilitégéographique.
La stabilité des caractères de crois-
sance
(tableaux
IX etX)
a été étudiée enfonction de l’année
(influence
du climat etde l’évolution avec
l’âge)
et de la station.Les 3 stations
présentent
des fertilités dif- férentes(tableau XI).
Les tests F d’interac- tion provenance x année ne sontsignifica-
tifs
(seuil
de5%)
que pourVG1,
et lestests F d’interaction provenance x station
ne sont
significatifs (seuil
de5%)
que pour les provenances duPéloponnèse,
lesseules à être
représentées
dans les 3 sta- tions. VETI et PNON sont les provenances lesplus stables,
aussi bien vis-à-vis del’âge
et du climat que de la station. CEPH et ERYMprésentent
une stabilité intersta-tionnelle
importante.
EVIA et TAYG toutparticulièrement
se révèlent instables.Il faut noter que sur les 3
stations,
la croissance annuelle a décru entre 1984 et 1987. Cette évolution est contraire à cellequi
est attendue à cetâge (Fady, 1988);
lasécheresse
répétée
des mois de mai etjuin
des années d’étude est sans doute à mettre en cause dansl’expression
de cephénomène.
L’étude de la liaison entre les
perfor-
mances des provenances
(HT87,
St-Lambert)
et lescaractéristiques écologi-
ques de leur lieu
d’origine
montre que les corrélations sontsignificatives
à 5% pour lapluviométrie
annuelle(r = 0,769),
l’indice d’aridité de De Martonne(r
=0,715)
et lalongitude (r
= -0,672).
Ces corrélations sont elles aussi àprendre
avecprécau- tions,
étant calculées àpartir
de peu depoints.
DISCUSSON
Les provenances de
sapin
deCéphalonie
ont une mortalité forte
(entre
22 et 53%des
individus);
elle s’élèvejusqu’à
63%chez la provenance EVIA.
À
titred’exemple,
Portefaix(1989)
notait pour Pinusnigra
laricio une mortalitécomprise
entre 16 et 22% en
plantation
située horsde la zone
climatique
méditerranéenne. Ilapparaît
que la mortalité estplus
élevéechez les provenances issues des
régions
de l’aire de
répartition
lesplus
chaudes etles
plus proches
de la mer, traduisant sansdoute pour les
jeunes plants
des condi-tions d’installation très difficiles.
La cause de cette mortalité
importante
doit certainement être recherchée dans l’existence d’une crise de
transplantation, aggravée
par les conditionsrigoureuses
du climat
méditerranéen;
le fait que laplus
grosse
part
de cette mortalité intervienne l’annéequi
suit laplantation
en est une in-dication. Il n’est
cependant
paspossible d’ignorer
l’existence d’unprolongement possible
del’importante
mortalitéd’origine fongique (Phytophthora)
observée enpépi-
nière.
Le stress
qui s’exprime
l’année suivantla
transplantation
sembleplus important
sur les provenances du
Péloponnèse (y compris
EVIA etCEPH)
de laplantation
VG1
(61
à 85% de la mortalitétotale)
quesur celles de Grèce continentale de VG2
(46
à 56% de la mortalitétotale),
alors que l’inverse seproduit
les années suivantes.Étant
donnée la relative similitude de ces2
plantations,
cecipourrait indiquer
que lesplants
duPéloponnèse,
àl’exception
de
TAYG,
souffrent d’un stress relative- mentplus court,
etqu’une
fois celui-ci sur-monté,
leur installation est mieux assurée.La crise de
transplantation
sembleplus longue
pour les provenances de Grècecontinentale, probablement
moins bienadaptées
au climat méditerranéen.L’importance
du stress detransplanta- tion,
sans doute accrue enrégion
méditer-ranéenne,
inciterait à comparer très soi-gneusement
lesavantages
et lesdésavantages
de différentes méthodes deplantation,
notamment la méthode à ra-cines nues, telle
qu’elle
a étépratiquée
àSt-Lambert,
paropposition
à la méthodeen conteneurs.
L’existence d’effets maternels
(grosseur
de la
graine, épaisseur
destéguments,
na-ture des
réserves, etc)
n’a pas pu être tes-tée,
faute d’informationsnécessaires,
sur lesgraines
au niveau descendance.Fady
et al
(1991)
avaient montré pour des pro-venances très
comparables
de la mêmeespèce,
une absence de corrélation au ni-veau provenance entre croissance
juvénile
et grosseur des
graines.
La valeur relative aux pousses an- nuelles la moins affectée par les variations
environnementales,
etqui possède
lemeilleur
pouvoir prédicteur
de la hauteur totale est l’accroissement cumulé de 7 à 11 ans. La valeur de hauteur totale dont la variation est la moinssusceptible
d’être en-tachée d’effets maternels et d’un «bruit de fond»
(σ 2 r)
lié à la crise detransplantation (Burdon
etSweet, 1976)
est la hauteur to- tale à 11 ans, la dernière mesurée.L’héritabilité de l’accroissement cumulé de la pousse annuelle entre 7 et 11 ans est
comprise
entre0,08
et0,11,
et l’hérita-bilité de la hauteur totale à 11 ans se situe entre
0,20
et0,25.
Si les corrélationsjuvé-
nile-adulte se révèlent
significatives,
unesélection
précoce
de ces caractères de croissance en hauteurpeut
être envisa-gée.
Aucune diminution sensible de l’héritabi- lité n’est observable entre 1983
(7
annéesde
végétation)
et 1987(11
années de vé-gétation),
à la différence de cequ’obser-
vaient au même
âge Namkoong
et al(1972)
surPseudotsuga
menziesii et Nam-koong
et Conkle(1976)
surPinus pondero-
sa. Cette stabilité de l’héritabilité
pourrait
être le reflet du maintient d’une
stratégie
de croissance de
type juvénile pendant
cette
période, stratégie
que lesapin
de Cé-phalonie garde
au moinsjusqu’à
15-18ans en
plantation (Fady, 1988).
Celle-ci secaractérise par des pousses annuelles tou-
jours
très faibles(en
moyenne entre 5 et 9cm pour les années
étudiées). Étant
don-née la durée de cette
période
de crois-sance
réduite,
il semble aussi souhaitable depouvoir
déterminer desprédicteurs pré-
coces de la croissance en hauteur : la
composante morphogénétique
«nombred’entre-nœuds initiés»
pourrait
être intéres- sante à cetégard (Fady, 1990b).
La
part
de variabilité due au facteur pro-venance dans la variabilité
génétique
to-tale est inférieure à celle
qui
est due à lavariabilité familiale et
individuelle,
mais elle est suffisante pourqu’apparaissent
des dif- férencessignificatives
entre provenances.La variablité
inter-provenances
est compa- rable d’uneplantation
àl’autre,
bien que les 3 stations soient de fertilités(estimées
par dernière mesure de hauteur
totale)
très différentes. De touteévidence,
laplanta-
tion de St-Lambert est celle
qui
convient lemieux au
sapin
deCéphalonie.
C’est elleégalement qui permet
la meilleure expres- sion de la variabilitéinter-provenances.
Mis à
part
lesproblèmes
de concurrence avec lavégétation naturelle,
comme c’est le cas àSt-Jurs,
lesprécipitations
an-nuelles
plus
élevées des monts du Vau- clusecomparées
à celles desCorbières,
sont sans doute en
partie responsables
decette difféence de fertilité. Trois groupes de provenances
apparaissent :
1)
Les provenances PARN etEVIA,
for-mant le groupe «Grèce
orientale»,
très dif- férent du reste des provenances et carac- térisé par une faible croissance.L’individualisation de ce groupe se retro-
uve tout aussi nettement en
analysant
lavariation
géographique
de caractères tels que laphénologie
du débourrementvégé-
tatif et la
composition terpénique (Fady, 1990a).
Cette concordance multi-caractère tendrait à prouverl’originalité génétique
dece groupe,
probablement
par l’action com- binée de fluxgénétiques
en provenanced’autres
sapins
méditerranéens(races
sud-orientales d’Abies alba et Abies born- muelleriana
principalement)
au cours destemps géologiques
et d’une dérivegénéti-
que
plus
récente(disjonction géographi-
que des
peuplements
desapins
au coursde
l’Holocène),
sans doute due à des conditionsécologiques
très xérothermi- ques et à une fortepression
humaine.2)
Les provenancesPNAS,
OETE etPNAE,
formant le groupe «Grèce continen-tale»,
de croissance annuelle moyenne, mais dont la hauteur totale initiale(au
début des mesures en
1983)
était élevée :seule la provenance OETE
présente
cer-taines années un accroissement annuel
(1986
et1987)
nonsignificativement
diffé-rent de celui des provenances du groupe
suivant, qui explique
sa hauteur totale im-portante
en 1987.3)
Les provenancesVETI, PNON,
CEPHet
ERYM,
formant le groupe«Péloponnèse»,
de fortecroissance,
au-quel
se rattache la provenanceTAYG,
bienqu’elle puisse présenter
des liens si-gnificatifs,
soit avec la provenance EVIA à Tuchan(hauteur
totale et croissance an-nuelle
faibles),
soit avec le groupe «Grèce continentale» à St-Lambert et à St-Jurs(forte
hauteur totale initiale à 6ans) :
cetteprovenance du
Taygète
s’individualise de la sorte pour d’autrescaractères,
notam- ment sacomposition terpénique,
cequi
donne tout lieu de croire à l’existence d’une histoire
génétique particulière,
soitpar dérive
génétique
àpartir
de l’ensemble«Péloponnèse»,
soit parce que les fluxgé- niques provenant
de lamigration
d’Abiesalba au cours des
glaciations
au Quater-naire ne sont pas parvenus
jusque
dansles
refuges glaciaires
de l’Extrême-Sud duPéloponnèse,
où se trouvait vraisembla- blement cette provenance. La distinction entre Grèce continentale etPéloponnèse
n’est pas nettement visible à
St-Jurs,
oùchacune des provenances du
Pélopon-
nèse se rattache de manière
particulière
àl’ensemble bien
marqué
des provenances de Grèce continentale. Elle n’était de même pastoujours
visible à St-Lambert pour des caractères comme le débourre- ment et lacomposition terpénique (Fady, 1990a).
Lesmigrations quaternaires
d’Abies alba sont sans doute
responsables
d’une certaine uniformisation des
pools gé-
nétiques
des individusprésents
dans lesrefuges glaciaires;
la recolonisation Holo- cène àpartir
d’unpetit
nombre d’individuset la
disjonction géographique
récente des massifs duPéloponnèse explique
tout à lafois une certaine
ressemblance,
maisaussi un
comportement
distinct parrapport
aux provenances de Grèce
continentale,
pour
lesquelles
Panetsos(communication personnelle) estime,
sur la base de la pu- bescence du rameau del’année,
que laprésence
d’Abies alba étaitbeaucoup plus marquée.
L’ensemble des
analyses
montre que les provenances duPéloponnèse, qui
sontà la fois les
plus vigoureuses
et lesplus stables,
sont celles du Mainalon(VETI)
etdu Parnon
(PNON);
en matière de reboise- ment, elles semblent devoirreprésenter
unchoix sûr. Cela confirme les études
précé-
dentes
(Descroix, 1981; Fady, 1988; Fady
et
al, 1991) qui
avaient montré l’intérêt des provenances duMainalon,
ainsi que celles duPinde, qui
n’ont pas étéenvisagées
dans cette étude. Les autres provenances du
Péloponnèse
sontplus instables,
toutparticulièrement
celle duTaygète.
Les pro-venances de Grèce continentale sont moins
vigoureuses
et/ouplus
instables.Les provenances de Grèce orientale sont instables et peu
vigoureuses.
Lorsqu’on
corrèle lesperformances
dechaque
provenance avecquelques
carac-téristiques écologiques
de l’airenaturelle,
il
apparaît
que les provenancesqui
mani-festent la meilleure croissance en hauteur
correspondent
auxrégions
lesplus
arro-sées,
les moins arides(au
sens de DeMartonne),
et situées sur lafaçade
occi-dentale du pays. Le
sapin de Céphalonie
est certes une
espèce pionnière,
et résis-tante à la
sécheresse;
il n’en reste pas moins que sesexigences hydriques
sontrelativement élevées
(bioclimats
humide etsub-humide).
Les résultats de mortalité et la diminution des pousses annuelles sont là pour entémoigner. Visiblement,
àl’âge
où les mesures ont été
réalisées,
les pro-venances
originaires
desrégions
lesmoins arrosées
(Grèce orientale)
neconviennent pas au
type
de climat existanten
plantations expérimentales (étage
duchêne
pubescent),
bienqu’elles puissent présenter
en théorie le meilleurpotentiel adaptatif,
face à des sécheresses estivalesplus prononcées.
Ellespourraient
sansdoute être utilisées pour des introductions à très basse altitude.
Ces résultats
indiquent
que des pro-spections
de nouvelles ressourcesgénéti-
ques devraient être
envisagées (Pélopon-
nèse en tout
premier lieu)
pour échantillonner au mieux la variabilité del’espèce,
etaugmenter
sespossibilités
d’amélioration. Un programme de sélection
intra-provenance
semble tout à fait envi-sageable,
à condition que les estimations desparamètres génétiques
réalisées ici 11 annéesaprès
lagraine
soient compa- rables à cellesqui pourront
être faites àl’âge
adulte.Étant
donnél’adaptation
dechacun des 3 groupes de provenances à des conditions
écologiques particulière,
ilpourrait
être aussi intéressantd’envisager
une sélection faisant intervenir des croise- ments contrôlés
inter-provenances.
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