ACTION DU SYSTÈME NERVEUX SUR L’EXTENSION
PIGMENTAIRE CONSÉCUTIVE A L’AUTOGREFFE
DE PEAU CHEZ LE COBAYE
C. VOULOT Laboratoire de
Biologie,
Institut national des Sciences
appliquées,
69 - VilleurbanneSOMMAIRE
L’influence du
système
nerveux cutané sur lephénomène
d’extensionpigmentaire
consécutif àl’autogreffe
de peaupigmentée
en territoireblanc,
a été étudiée chez leCobaye.
- Si l’on réalise une énervation de la
région qui reçoit
legreffon pigmenté,
l’extensionpigmen-
taire est
plus importante
que là où l’innervation a été laissée enplace.
- Les faits
expérimentaux
peuvent êtreexpliqués
enenvisageant
une action inhibitrice de l’innervation cutanée sur lephénomène
d’extensionpigmentaire.
- Lors de
l’autogreffe,
l’excision du litporte-greffe
entraîne une énervation locale. Nous avonsvérifié que si l’on augmente la taille du lit
porte-greffe,
la surface atteinte par l’extensionpigmentaire
est
plus importante.
INTRODUCTION
Le
phénomène
d’extensionpigmentaire
chez leCobaye,
connudepuis longtemps,
ne fut étudié en détail
qu’à partir
de194 8
par BILLINGHANet MEDAWAR.Rappelons-en
lesgrandes lignes ;
si de la peau noire d’uncobaye
tricolore estgreffée
sur un territoire blanc du mêmeanimal,
on voit la tachepigmentée
corres-pondant
à lagreffe,
s’étendreprogressivement.
Nous avons montré(VouLoT, 19 65),
que cette extension se déroule d’abord à vitesse constante
(jusqu’au 3 e
moisenviron) puis
ralentit et finit par s’arrêter au bout d’untemps plus
ou moinslong (vers
le6 e
mois).
Après
que diverseshypothèses
aient étéémises,
il semblequ’il
faille considérer l’extensionpigmentaire
comme l’effet d’unemigration
desmélanocytes (B ILLIN -
G
xan2 et
S ILV E RS , 19 6 4 )-
Mais l’étude des différents mécanismesphysiologiques
impliqués
restecependant
à faire.Il est
plausible d’envisager
dans unpremier temps
une action dusystème
ner-veux
cutané ;
en effet les auteursqui
décrivirent l’extensionpigmentaire,
notèrentque la vitesse de cette extension est
plus grande, après
action dans la zone intéresséed’agents
irritants :incisions, application
d’acétone ou detérébenthine,
etc.F AB
iArr en
i 953 après
avoir entouré d’une incisioncontinue,
la zone oùle greffon
est
implanté,
constate une extensionpigmentaire plus importante
que pour lesgreffes
témoins.
L’auteur interprète
cette différence comme le résultat d’une énervation consécutive à l’incision.Nous avons
repris l’expérimentation
de Fnsrerr en utilisant outre satechnique,
une énervation
plus spécifique
et mieuxdéfinie,
et enappliquant
les méthodesquanti-
tatives
précédemment
mises aupoint (Voui.OT, i 9 6 5 ).
Cette étude nous a conduit à émettrel’hypothèse
d’unfreinage
de l’extensionpigmentaire
sous l’influence de l’inner- vationsuperficielle.
Il est d’autrepart
évident que l’excision du litporte-greffe, préalable
àl’implantation
dugreffon,
lèse cette innervationsuperficielle.
En consé-quence, notre
hypothèse impliquait
l’existence d’une relation entre les limites atteintes par l’extensionpigmentaire,
et la surface du litporte-greffe
initial. Nous avons cher- ché à vérifier cetterelation,
cequi
constitue la deuxièmepartie
de ce travail.MATERIEL
ETTECHNIQUES
Techniques
degreffe
Les interventions
chirurgicales
sont toutespratiquées
sous anesthésie au Nembutal, l’animalétant
placé
sur une table chauffante.La
greffe
de peau est réalisée commeprécédemment (V OULOT , 19 6 5 ).
Cependant lorsque
le litporte-greffe
doit être de diamètre trèssupérieur
augreffon ;
latechnique
diffère
légèrement.
La surfaceexcisée,
non recouverte par legreffon
noir est alors uniformémentcomplétée
par desgreffons
de peau blanche obtenus en taillant le litporte-greffe
lui-même(voir fig.
iA).
Le
greffon
noir esttoujours disposé
sur le bord du litporte-greffe.
Technique
d’énervationa)
Anatomie de l’innervation cutanée duCobaye.
Nous n’avons considéré que la
région
duflanc,
limitée à l’avant par la rre côte asternale, et à l’arrière par lapointe
du coxal.Le
tégument
des Mammifères est innervé par les branches des nerfs rachidiens et d’une manièregénérale :
- la branche dorsale innerve les zones
dorso-latérales,
- le rameau
perforant
de la branche ventrale, innerve lesrégions
latéro-ventrales.Au niveau des flancs, on a donc 2séries de nerfs cutanés
émergeant
suivant 2alignements
antéro-postérieurs.
Nous avons vérifié cette
disposition
chez leCobaye.
Les branches dorsales des 9eaux 13epaires thoraciques,
émergent un peu au-dessous dutrapèze
dorsal. Les rameauxperforants
des branchesventrales des 8eaux 13e
paires thoraciques,
émergent au niveau du bordpostérieur
des insertions costales dugrand oblique
de l’abdomen. Dans leprolongement
del’alignement
des branches dorsalesthoraciques,
on notel’émergence
des branches dorsales despremières paires
lombaires de nerfs rachi- diens. De la mêmefaçon,
on trouve dans leprolongement
del’alignement
des rameauxperforants
thoraciques,
les rameaux despremières paires
lombaires.b) Exploration électrophysiologique
des dermatomescorrespondant
auxnerfs superficiels.
Nous avons utilisé un poste fixe
d’électrophysiologie (Racia),
comprenant :- un
dispositif
depré-
etpost-amplification,
- un
oscilloscope
à double trace,présentant
une sensibilité maximale de 10( L V
par cm,- un ensemble de
haut-parleurs incorporés.
Après anesthésie,
l’animal dont les flancs ont ététondus,
subit une incision cutanée antéro.postérieure
dorsale. Les nerfsprécédemment
décrits sontdégagés
pourpouvoir
êtrechargés
sur lesélectrodes de
l’appareil. L’exploration
des dermatomescorrespondants
est réalisée pardéplacement
d’une
pointe
de verre au contact de la peau. L’excitation nerveuse est mise en évidencegrâce
aucourant recueilli sur l’écran. Le dermatome ainsi
repéré,
on ne se sertplus
que de l’émission des haut-parleurs
pour en déterminer les limites.i. Les dermatomes des branches dorsales des 9eaux ’3e
paires thoraciques
ont un contourpiriforme ;
le sommet est situé au niveau de la colonne vertébrale, lapartie élargie
étant vers le bas.Une droite reliant
l’angle postérieur
duscapulum
à lapointe
du coxalpasserait approximativement
par leur milieu. Vers le bas, ces dermatomes se chevauchent
largement. Chaque
dermatome recouvrecelui
qui
leprécède
et celuiqui
le suit d’environ la moitié de salargeur.
2
. Les dermatomes des branches
perforantes
des 9eaux 13epaires thoraciques
ont un contourgrossièrement elliptique.
Leurpartie supérieure
chevauche les dermatomes des branches dorsalescorrespondantes.
Vers le bas, les dermatomes des branchesperforantes
s’étendentjusqu’à
larégion
médiane de l’abdomen. Pour ces branches
perforantes,
on trouveégalement
un chevauchement dechaque
dermatome par celuiqui
leprécède
et celuiqui
le suit.3
. Pour les
paires
lombaires étudiées( I re
et2 e ),
la forme des dermatomes estplus
arrondie, lesdermatomes des branches dorsales recouvrant la
région
du flanc située en avant du coxal. Les derma-tomes des rameaux
perforants
sontplus
ventraux.Cette étude est illustrée par la
figure
2.c) Technique
d’énervation ; contrôleJ&0.!ioj&f!<!<ÛK’!.
Il ressort de ce
qui précède qu’une
énervation efficace d’unelarge
zone du flanc située en arrière duscapulum,
peut être obtenue par section des branches dorsales et rameauxperforants
des 5 der- nièrespaires thoraciques
et 2premières paires
lombaires ; c’est la méthode que nous avonsemployée.
L’énervation est
pratiquée
immédiatementaprès
lagreffe
au cours de la même anesthésie.La vascularisation est
soigneusement
respectée.Nous n’avons représenté que les dermatomes de 2paires thoraciques successives, et d’une paire lombaire
S angle postérieur du scapulum,
C pointe du coxal
et i’ dermatomes de la branche dorsale (r) et du rameau perforant (r’) d’un nerf rachidien thoracique,
2
et 2’ même nomenclature pour le nerf rachidien suivant, 3
et 3’ même nomenclature pour un nerf lombaire.
Nous avons
également employé
à titre decomparaison,
et sur d’autres animaux, la méthode décrite par FABIAN. Immédiatementaprès
lagreffe,
et au cours de la mêmeanesthésie,
une incisioncutanée semi-circulaire est
pratiqvée
à l’avant dugreffon
dans larégion duquel
on veut obtenirl’énervation. Une deuxième incision
symétrique
vientcompléter
lapremière, après
la cicatrisation de cette dernière. On forme ainsi une incision circulairecomplète
de 4cm de diamètre, réalisée en2 temps autour du
greffon.
Pour toute énervation cutanée réalisée, on vérifie de
façon
hebdomadaire l’insensibilité à lapiqûre pendant
une durée de 5 mois. Cesexplorations répétées
montrentqu’il
existe, commeprévu,
une
large
zone insensibleaprès l’opération,
mais cette zone se rétrécitprogressivement
au cours desmois suivants. Il y a donc une restauration de la sensibilité cutanée. De ce fait, il est
possible
pour certains animaux,qu’en
find’expérience,
legreffon
se retrouve en dehors de la zone insensible. C’estce que nous avons
consigné
dans le tableau i pour les animaux énervés par section de nerfs.On peut remarquer que l’insensibilité est
pratiquement
totalependant
les 3premiers
mois ; ellepersiste jusqu’à
la fin des mesures pour plus de la moitié des animaux.Pour les animaux énervés par incision circulaire, l’insensibilité ne subsiste
guère
au-delà du 3e mois.
RÉSULTATS
A. -
Étude
del’influence
de l’innervationsupe y ficielle
sur
l’évolution de
lasurface Pigmentée
Notre
expérience
a été conduite àpartir
d’un lothomogène
decobayes
tricoloresà
poils
ras, tous adultes etpesant
initialement de 500 à7 0 0
grammes. Nous n’avons retenu que lesrésultats correspondant
aux animaux survivants à la fin del’expé- rience,
5 moisaprès
lagreffe.
I,a mortalitéglobale
fut de 12p. 100. Dans ces conditions lesrésultats correspondent :
- pour l’énervation par section de nerfs à un lot de 12
animaux, 7
mâles et 5femelles;
- pour
l’énervation
par incision circulaire à un lot de 10animaux,
5 mâles et 5 femelles.Dans tous les cas,
chaque
animalreçoit
2greffes pigmentées
de 100 mm2 enterritoire blanc : l’une est
réalisée
sur le flancqui
subitl’énervation, l’autre,
sur leflanc
intact,
sert de témoin.Chaque
animal est donc son propre témoin.Nous avons utilisé comme
expression quantitative
duphénomène,
la racinecarrée de la surface
pigmentée exprimée
enMM 2 @ correspondant
augreffon.
Les varia-tions de cette
longueur peuvent
êtreconsidérées
commeproportionnelles
à celle desdimensions de la tache
pigmentée.
Comme nous l’avons
montré, l’expression graphique
des variations de la racine carrée de la surface fournit une courbeplus
facilementinterprétable
que celle des variations de la surface elle-même(Vou!;oT, 19 65).
Si l’on
exprime
lephénomène
par la racine carrée de la surface en fonction dutemps
écoulédepuis
lagreffe,
on voit que l’extensionpigmentaire
se fait d’abord à vitesseconstante, puis
ralentit aubout
d’untemps
déterminé pour sepoursuivre
àvitesse
trèsfaible (fig. 3 ).
Nous avons retenu pour cette
étude, l’hypothèse
d’un modèlelinéaire,
soit2
segments
de droiteconsécutifs,
le second étant sensiblementhorizontal.
Les
valeurs moyennes successives des racines carrées des surfaces pour le flancénervé,
sontcomparées
aux moyennescorrespondantes
du flanctémoin,
par la mé- thode descouples (test
t pour échantillonsappariés).
- Dans le cas de
l’expérimentation réalisée
par section denerfs,
les résultats sontconsignés
dans le tableau 2. On voit que ladifférence
entre la moyenneexpéri-
mentale et la moyenne témoin devient continuellement
significative,
pour le seuil deprobabilité considéré,
au bout de 5 semaines.Les
différences sontparticulièrement
nettes à
partir
du3 e
mois.- Pour
l’expérimentation
par incisionscirculaires,
nous n’avons pasrapporté
le détail des résultats. Ces derniers sont
comparables
auxprécédents,
mais les diffé-rences sont moins
marquées. L’application
du test t, toutefois montre que ces diffé-rences sont
significatives
dès la 6e semaine et le restentjusqu’à
la fin del’expérience.
La figure
3 illustregraphiquement
les résultats obtenuspar section
de nerf. Lacourbe
expérimentale présente
une allurecomparable
à la courbe témoin mais lespentes
sont modifiées( 1 ).
La
comparaison
despentes correspondant
au deuxièmealignement
pour les courbes témoin etexpérimentale
montre que ces dernières sontsignificativement
différentes
(o,o 9 og
eto,286 4 ).
Dans le cas de la courbeexpérimentale,
le ralentisse- ment de la vitesse d’extensionpigmentaire représenté
par le deuxièmesegment
de droite est donc moinsimportant
que dans le cas de la courbe témoin.On
peut
retrouver d’ailleurs ces conclusions enappliquant
aux deux courbestémoin et
expérimentale,
considérées chacune dans leurensemble,
un test de linéa- rité. Pour la courbe témoin nous sommes amenés à conclure à uneimpossibilité
del’hypothèse
linéaire. Le très net ralentissement de la vitesse d’extensionpigmentaire
dans la deuxième
partie
de cette courbeexplique
ce résultat. Pour la courbeexpéri-
mentale au
contraire,
une valeur de Fcalculée,
inférieure àl’unité,
n’exclut pas l’éventualité d’une droiteunique,
cequi impliquerait
lapersistance
d’une vitesse d’extensionpigmentaire
continue tout aulong
del’expérience.
( 1
) La pente pour le
premier
alignement de la courbe témoin semble très différente de la valeur fournie dans une publication précédente (Vour.o2, r96g) soit b = o,61 99au lieu de b = 0.1131. En fait, le temps étaitdans
le deuxième cas exprimé en jours, alors qu’il l’est ici en semaines. Un calcul élémentaire montre que nousavons bien un même ordre de grandeur.
B. -
Étude de l’influence
de lasurface
du litporte-greffe
sur l’évolution du
greffon pigmenté
Il est évident que l’excision d’un lit
porte-greffe
provoque une destruction locale de l’innervationsuperficielle.
L’existence
d’un facteur nerveux dans le déroulement de l’extensionpigmentaire implique
donc une influence des dimensions du litporte-greffe.
C’est une telle relationque nous avons cherché à vérifier.
Six surfaces différentes de lit
porte-greffe,
furentutilisées,
allant de io rnm2 à500 mm2
qui
estl’ordre
degrandeur
maximum que l’onpuisse envisager
pour uncobaye adulte (fig.
i,B).
Le
greffon
noir a dans tous les cas 10mm2. Notons a, le litporte-greffe
de 10mm 2 , b,
celui de 25mm 2 ,
c, celui de 50mm g , d,
celui de i5omm 2 ,
e, celui de 300mm 2 , f,
celuide 500 mm2.
Comme dans
l’expérience précédente,
oùchaque
animal était sonpropre témoin,
nous avons cherché à éliminer au maximum les variations individuelles.
Chaque
cobaye porte
donc 2greffes
detype différent,
et lestypes
degreffes
doivent être combinées 2 à 2 de toutes les manièrespossibles.
Le nombre minimum d’animauxcorrespond
alors au nombre de combinaisons des 6types
degreffes prises
2 à 2, soit 15. Mais pour avoir un nombre suffisant de
répétitions,
nous avons réalisé 3 foischaque combinaison,
soit 3ab,
3ac, 3ad,
3 ae, 3af,
3bc,
3bd,
3be,
3!f,
3cd,
3 ce, 3cf,
3de,
3df,
3ef.
Cequi correspond
à 35 animaux enexpérience.
Les mesures des taches
pigmentées
ont étéeffectuées,
i, 3, 4et 5 moisaprès
la cicatrisation desgreffes.
Le
problème
étant de savoir s’il existe une relation entre la surface du litporte- greffe
et celle atteinte par la tachepigmentée
au moment de la mesure, uneanalyse
de la variance à un facteur contrôlés’impose.
Le facteur contrôlé est la taille variant de a àf
du litporte-greffe.
Le détail de ces
analyses
de variance estconsigné
dans le tableau 3.La valeur de F calculée est
comparée
à celle du F de Snedecor(probabilité
de
o,og).
La variance due au traitement devientsignificativement supérieure
à lavariance
résiduelle,
3moisaprès
lagreffe,
elle le restejusqu’à
la fin del’expérience,
en
marquant
toutefois un net maximum au5 e
mois.Nous devons donc conclure à une influence déterminante des dimensions de la surface excisée lors de la réalisation du lit
porte-greffe
surl’importance
ultérieure de l’extensionpigmentaire.
Signalons
que nous avons montré dans uneexpérimentation préalable
que la taille dugreffon,
aucontraire,
ne semble pas intervenir. Eneffet, après avoir implanté
dans les mêmes conditions des
microgreffes
de peau noire et desgreffons pigmentés
de i
cm 2 ,
nous avons vu la différence entre les surfacespigmentées
des deux sériesdiminuer
progressivement après
lagreffe,
pour finalement devenir nonsignificative
dès la 6esemaine.
DISCUSSION
Nous venons de montrer que dans les zones cutanées où l’on détruit
l’innervation,
l’extensionpigmentaire
estplus
étenduequ’ailleurs,
cequi,
en d’autrestermes, signi-
fie que l’innervation en
place
doit inhiber l’extensionpigmentaire.
Il est certes
prématuré
de vouloirexpliquer
le mécanisme de l’action dusystème
nerveux
périphérique,
mais l’onpeut
fortbien,
parcontre, interpréter
l’ensemble des faitsexpérimentaux
à la lumière de cettehypothèse
d’inhibition.Analyse
desfaits expérimentaux
Dans le cas le
plus ordinaire,
celui desgreffes
témoins sur le flanc intact parexemple,
l’extensionpigmentaire
seproduit
dans la zone énervée consécutive à l’excision du litporte-greffe.
Cette zone estplus grande
que la tachepigmentée
mesurée à
l’origine
car legreffon
neprend
que sur unepartie
du litporte-greffe.
Dès que la zone
pigmentée
en cours d’extensiondépasse
les limites de la zoneénervée,
l’innervation enplace
freineprogressivement
lephénomène.
Si l’on considère lafigure
3, nous voyons que pour la courbeA,
lepalier
sub-horizontal(phase
d’inhibition de l’extensionpigmentaire)
s’établit 3 mois environaprès
lagreffe.
A cemoment,
lagrandeur représentée graphiquement (moyenne
des racines carrées des surfacesmesurées)
est peu différente de 12 mm. Si ces surfaces mesurées sont considéréescomme
circulaires,
le rayon moyencorrespondant
serait de6, 7
mm.Or,
le rayon d’uncercle de 100 mm2 de surface
(lit porte-greffe
initial et parconséquent
zone énervéecorrespondante)
est de5 ,6
mm. Nous voyons donc que l’effet d’inhibition est devenusensible, lorsque
le rayoncorrespondant
à la surfacepigmentée dépasse légèrement (i mm)
celui de la zone énervée.Dans le cas d’énervation
chirurgicale,
l’extensionpigmentaire
ne devrait s’arrêterque bien
plus
tard. Enfait,
nous voyons(fig. 3 )
que sur la courbe Bcorrespondante,
la vitesse de l’extension
pigmentaire
diminueaprès
le3 e
mois. Toutefois cette diminu- tion estbeaucoup
moinsrapide
que dans le cas du témoin. Nous avonsprécédemment signalé
que les zones insensibles(énervées)
voient leurs surfaces diminuer en coursd’expérience.
Cette restauration nerveuseexplique
sansdoute,
dans le cas de la courbeB,
la diminution observée de la vitesse initiale d’extensionpigmentaire.
Notons
cependant
que l’onpeut également
considérer cette diminutiongraphique-
ment
décelable,
comme due aux aléasd’échantillonnage :
eneffet,
le test de linéaritépratiqué
sur l’ensemble de la courbe B nepermet
pas de conclure aurejet
d’un modèlelinéaire,
à la différence de celuipratiqué
sur la courbe A.En
conclusion,
si notrehypothèse
d’une action inhibitrice de l’innervation cutanée sur l’extensionpigmentaire peut
être retenue, il faut remarquer néanmoinsqu’elle
nouspermet
essentiellementd’expliquer
le ralentissement et les limites duphénomène considéré,
et non pas à rendrecompte
de son déclenchement à la suite de lagreffe.
Nous ne pouvons, eneffet,
affirmer que la seuledisparition
de l’innervation cutanée détermine lamigration
desmélanocytes.
Uneanalyse expérimentale plus poussée s’impose.
Quelques
remarques sur lesrapports
entre lesystème
nerveuxet la
physiologie
desmélanocytes
Nos observations doivent être situées dans le cadre
plus général
des influencesdu
système
nerveux sur laphysiologie
des cellulespigmentaires.
On a décrit au niveau de certains groupes d’Invertébrés une action du
système
nerveux sur la
pigmentation (mélanique
ounon).
Bienplus,
dans certains cas,l’expé-
rimentateur est conduit à des observations
qui rappellent
curieusement les nôtres.C’est le cas par
exemple
pour leI,ombricien Eisenia foetida.
Chez cetanimal,
LASALLE( 19
66)
observe au niveau deplaies énervées,
et dans les 15jours qui
suiventl’opération,
uneaugmentation
de lapigmentation.
VALEMBOIS( 19 6 7 )
sur la mêmeespèce,
note un état d’activité intense des cellulespigmentaires
dans leshétérogreffes
de
paroi
endégénérescence.
Cet auteur conclut à l’existence d’un contrôle nerveuxde la
pigmentation,
inhibé lors de lagreffe,
legreffon étant,
dans ce cas, difficilementpénétré
par les éléments nerveux duporte-greffe.
Chez les Vertébrés inférieurs on a décrit
depuis longtemps
une action de l’inner-vation
superficielle
sur les variations de lapigmentation
cutanée. Nous remarquonscependant
que les travaux récents dans cedomaine,
ne confirment pas les résultats initiaux(Srr!!,r,-Kur,oviTCx, 19 6 7 ).
Parcontre,
on connaît bien l’action de diversagents chimiques
sur les variationspigmentaires
de la peau des Batraciens(L!ERNER,
ig6o).
Nousrappellerons
entreautres,
l’action mélanisante d’hormoneshypophy-
saires
(a et MSH, ACTH) et,
àl’inverse,
l’activité « éclaircissante »dela mélatonine, adrénaline, noradrénaline, acétyl-choline
..., etc. Il estfrappant
de reconnaîtreparmi
ces derniers corps les médiateurs
chimiques
dusystème
nerveux. I,eur action estimmédiate,
non seulement sur lesmélanophores
insitu,
maiségalement
sur des cellulespigmentaires
en culture de tissus dans le cas de la larve de Salamandre(N OVALES
etN
OVALES
, 19 66).
Enfin la
mélatonine, qui
constituel’agent
éclaircissant leplus
actif sur la peau deBatracien,
a été mise en évidence par LERNER au niveau des nerfspériphériques
des Mammifères.
Si de tels
recoupements paraissent prometteurs,
il fautcependant
ne pasignorer
les différences fondamentales
qui
existent entre laphysiologie
dumélanophore
desBatraciens et celle du
mélanocyte
des Mammifères :- les effets
physiologiques
desagents chimiques
citésplus
haut sur les mélano-phores
concernent essentiellement des mouvements departicules mélaniques
à l’inté-rieur des cellules
pigmentaires,
et en aucun cas lesmigrations
de cescellules ;
- à la différence des hormones de
mélanisation,
les substances «éclaircissantes
» citéesplus
haut ne sont pas actives sur lesmélanocytes
de Mammifère.Un
important
travailexpérimental
reste à faire pourjustifier
chez le Mammifèreles
rapprochements
que nous venons desuggérer.
Reçu
pourpublication
en mars19 68.
SUMMARY
EFFECT OF LOCAL DENERVATION ON PIGMENT SPREAD IN THE GUINEA PIG
The effect of local denervation in mammalian
(Guinea pig) pigment spread
has beeninvestigated.
Denervation is
performed by superficial
nerve sections. Before denervation anelectrophysiologic
method has been used to locate dermatomas on the
guinea pig’s
chest. After denervation the insensi-bility
of denervated areas has been testedweekly
till the end of theexperiment.
A
quantitative graft-area
measurementinvestigation,
shows thatpigment spread
islarger
after denervation than on innervated skin. The decrease of
pigment spread speed
is moreimportant
on intact skin than on denervated.
This suggests that nervous system inhibits
pigment spread.
Skin
graft
bedcutting
induces a local denervation. We found that when skingraft
bed is increa- sed, anenlargement
of thecorrespondant pigment spread
area occurs.REMERCIEMENTS
Je
tiens à remercier mescollègues
du Laboratoire dePhysiologie
de l’Institut national des Sciencesappliquées
deLyon qui
ont mis à madisposition
le matériel nécessaire ’a lapartie
électro-physiologique
de ce travail.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
BI L LIN
GHAM R. E., MEDAWAR P. B., 1948. Pigment spread and cell heredity in guinea pigs’skin. Here- dity, 2, 29’&dquo;47.
BiLUNGHAM R. E., Srtvrsxs W. K., 1964. The current status of the pigment spread problem. J. Invest.
Dermatol., 42, 9-14. F
ABIAN G. Y., 1953. Spread of black
pigment
on the denervated skin of guinea pigs. Acta biol. Acad. Sci.Hung., 4, 471-79.
L
ASALLE A. M., 1966..Me du système nervezzex dans la cicatrisation des plaies de la paroi du corps chez le Lombricien Eisenia foetida SAV. Thèse de 3ecycle, Bordeaux.
L
ERNER A. B., 1960. Hormonal control of pigmentation. Ann. Rev. Med., 11, 187-194.
L
ERNER A. B., 1960. Melatonin Intersociety symposium on new and neglected hormones. Fed. Proc., 18, 5
9 o-59 2
·
NOVALES R. R., NOVALESJ B., 1966. Cytological and ultrastructural aspects of Amphibian Melanophore
Control. In Strur,ture and Control of the melanocyte. ed. by G. DELLA PORVA and 0. MUHLBOCK, Springer Verlag-Berlin, Heidelberg New-York, 52-59.
SN E
LL R. S., KULOVICTHS., 1967. Nerve stimulation and the movement of melanin granule in the
pigment
cell of the Frog’s web. Invest. Derm., 18, 438-443. VA
L E M
BOIS P., r96y. Infrastructure des cellules pigmentaires des Lombriciens et étude de leur rôle dans les
hétérogreffes de
paroi
du corps. C. R. Acad. Sci., Paris, 265, 362-364. , VouLOT C., 1965. Étude quantitative duphénomène
d’extensionpigmentaire
chez le Cobaye. C. R. Acad.Sci. Paris, 281, 4517-4520.