FACULTÉ DE MEDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNEE 1898-1899 N° ©41.
DE L'HYDROCÈLE EN BMC
DE DUPUYTREN
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE
Présentée et soutenuepubliquement le 8 Février 1899
PAR
Charles-Lucien-Paul MESCHINET de RICHEMOND,
Né àLaRochelle (Charente-Inférieure), le 11mai1873.
Ancienpréparateur«lu Laboratoirede physiquedelaFaculté deMédecine de Lyon,
Ancien Interneprovisoire desHôpitaux deBordeaux,
AncienAssistant deC.liniquegynécologiquelibre.
Membrede la Sociétéd'anatomie etdephysiologiede Bordeaux,
Membrecorrespondant de laSociété des Sciencesnaturellesde la Charente-Inférieure.
Examinateurs de la Thèse :
MM. LANELONGUE,professeur,Président,
- A. MOUSSOUS, professeur, j
RONDOT,agrégé,
l
Juges.CHAVANNAZ, agrégé,
LeCandidatrépondra auxquestions qui luiseront faitessur les diverses
partiesdel'Enseignementmédical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE J. DURAND, 20, RUE CONDILLAC l899
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FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DE PHARMACIE DE BORDEAUXM. de NABIAS Doyen. | M. PITRES
PROFESSEURS :
MM. MICÉ )
AZAM
Doyenhonoraire.
DUPUY i Pr°fesseurs honoraires.
moussôùs
Clinique interne.
Clinique externe Pathologie et théra¬
peutique générales.
Thérapeutique
Médecine opératoire..
Clinique d'accouchements....
Anatomiepathologique Anatomie
Anatomie générale et histologie
Physiologie Hygiène
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Médecinelégale Physique
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gicales des enfants Clinique gynécologique Clinique des maladies médi¬
calesdes enfants Chimie biologique ...
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CONFÉRENCE d'Hydrologie etminéralogie
DUPOUY.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
CARLES.
Le Secrétaire de la Faculté: LEMAIRE.
Pardélibération du 5 août 1879, la Faculté a arrêté que les opinions émises dans les Thèsesqui luisont présentées doiventêtre considérées commepropres àleurs auteurs, et qu'elle n'entend leurdonner ni approbation niimprobation.
A MON ONCLE
le Docteur Paul Des M ESNARDS
A
MES MAITRES
de la Faculté et des
Hôpitaux
deLyon
A MES
MAITRES
de la Faculté et des
Hôpitaux
deBordeaux
A Monsieur le Docteur F. MONOYER
Professeur de Physique médicale à la Faculté de Médecine de Lyon, Officier de l'Instruction publique.
A mon
Président
deThèse
Monsieur
leDocteur
M.LANELONGUE
Professeur de Clinique chirurgicale à la Faculté de Médecine de Bordeaux,
Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'Instructionpublique,
Membre correspondant de l'Académie de Médecine, Membre de l'Académie de Bordeaux.
Au moment où nous arrivons au terme de nos études médicales, c'est pour nous un devoir très doux que de
remercier tous ceux qui, par leurs sages conseils et leurs
savantes leçons, nous ont permis de les mener à bonne tin.
Ce sont d'abord nos maîtres de Lyon, et principalement
à la Faculté M. le professeur Testut, le regretté professeur agrégé L. Didelot, M. le professeur Monoyer qui a bien
voulu nous faire nommer, deux années consécutives, préparateur de son laboratoire; — dans les Hôpitaux, M.le professeur agrégé Et.Rollet, MM.les professeurs Gailleton, Gayet et Maurice Pollosson.
Nous exprimons également toute notre reconnaissance à nos maîtres des hôpitaux de Bordeaux, MM. les professeurs Picot et Bergonié, que nous avons écoutés
comme stagiaire, M. le professeur Arnozan, dont nous avons été l'externe, enfin MM. les docteurs Davezac, Durand, Bouvet, MM. les professeurs agrégés Auché, Mesnard, Hobbs, Rivière, Fieux, M. le professeur
A. Moussous, enfin M. le docteur Courtin, auprès de qui
nous avons rempli les fonctions d'Interne provisoire, soit à Fhospice général de Pellegrin, soit àl'hôpital des Enfants.
Merci aussi à MM. les docteurs CabanesetVitrac qui nous 2
ont donné tant d'excellentes leçons, — à MM. les
docteurs
Eug. Monod etMax.
Chaleix qui,
nousayant choisi comme
assistant à leurs Cliniques gynécologiques libres, nous y
ontappris à pénétrer les
secrets souvent obscurs de l'orga¬
nisme féminin — à M. le professeur agrégé
Chavannaz,
qui abienvoulunous
inspirer
cetravail et
nousguider dans
son exécution.
M. le professeurLanelongue a
bien voulu ajouter à toutes
les marques de bienveillance
qu'il
nous atémoignées
pen¬dant que nous étions son
externe, le grand honneur
d'accepter laprésidence
de
notrethèse
;nousl'en remercions
du fond du cœur.
Bordeaux, janvier i8çç.
— 11 -
CHAPITRE PREMIER
Prolégomènes.
On donne le nom d'hydrocèle en bissac, ou hydrocèle de Dupuytren, du nom de l'éminent chirurgien qui l'a le premier décrite, à une variété d'hydrocèle composée de deuxpoches;
l'une occupe le scrotum comme dansl'hydrocèle ordinaire,l'au¬
tre s'étale dans la fosse iliaque, et ces deux cavités parfois
assez volumineuses pour contenir plusieurs litres de liquide, communiquent entre elles par un goulet plus ou moins rétréci qui parcourt le trajetinguinal.
Elle a été décrite d'abord par Dupuytren qui lui a donné ce nom dans ses leçons de clinique chirurgicale (1834); en parlant
des différentes formes de l'hydrocèle, il la désigne en disant qu'elle est « une tumeur étranglée en son milieu, et dont les deux parties communiquent entre elles. »
Voici d'ailleurs l'observation même qui servit de point de départ à Dupuytren.
Observation I.
On reçoit, en 1824, à l'Hôtel-Dieu, un homme portant un exemple remarquabled'hydrocèleen bissac.
Une portion de la tumeur occupait le scrotum, tandis quel'autre était située dans l'abdomen etse dilatait au-dessus del'anneau : ce
dernier étaitle siège d'un rétrécissement mitoyen. Lorsquele malade
étaitdebout, lapartieapparente delatumeur se
remplissait; s'il tous¬
sait, ellesetendait.
Elle se vidait,au contraire,lorsquele sujetse
couchait horizontale¬
ment, ou lorsqu'on la comprimait.
Alors la partie abdominale de la
tumeuret larégion iliaque droite qu'elle
occupait, s'élevaient et deve¬
naient plus volumineuses. La transparence
de la tumeur externe, la
manièredontelles'étaitdéveloppée, caractérisaient assez une
hydro-
cèle dans laquelle la tunique vaginale en
s'étendant, avait remonté
dansl'anneau,et, l'ayantdépassé,s'était
dilatée de
nouveaudans l'ab¬
domen.
(Cependant,
déjà avant Dupuytren, dès 1777, nous trouvons
une observation de Percival Pott,
qui constate
unesemblable
anomalie, mais ne cherche
ni
àl'étudier ni à l'approfondir.
Yoici sanote :
Observation II.
En ouvrantlecorps, ontrouvela membrane
cellulaire qui envelop¬
pait lesvaisseauxspermatiques
dans l'abdomen, chargée d'eau, et dis¬
tendue depuis l'origine des susdits
vaisseaux jusqu'à l'ouverture
tendineusedumuscle oblique.
Après Dupuytren, nous voyons
revenir sur cette variété
d'hydrocèle,
Chelius,
en1844, qui cherche à l'expliquer.
En 1853, une nouvelle
observation
enest publiée par Fano
à la Société de chirurgie.
Lister, en 1857, et Rochard, en
1860,
encitent seulement
quelques cas.
De même
queplus tard Rocher, Witzkl et Till-
manns.
Leur étude est plus
approfondie
parM. Duplay, dans
sathèse
inaugurale en
1865, puis à
nouveaudans une leçon clinique
en 1884.
Cette étude est encore reprise par
M. Bazy,
en1888, qui
insiste surtout sur la pathogénie et
l'anatomie pathologique.
En 1896, paraissent
successivement des travaux de Macerven,
enAngleterre,
de M. Delbet,
enFrance, qui tente une classifi¬
cation, selon que le
prolongement supérieur et abdominal
(hydrocèle péritonéale)
ouintra-musculaire (hydrocèle inters-
— 13 —
tilielle) ou sous-cutanée (hydrocèle superficielle). La
première
catégorie appartient seule àla variété
que nousétudions.
Tous les travauxparusjusque là sont réunis dans un
mémoire
de Buyck (thèse de Paris, 1897).
En février 1898 paraît encore uneleçon clinique
de M. le
pro¬fesseur agrégé G. Chavannaz, à propos
d'un
casqu'il
aobservé
et opéré avec succès.
Toutefois, il nous a paru qu'il y avait lieu de
revenir plus
par¬ticulièrement sur quelques points spéciaux de
l'histoire de la
hernieenhissacdeDupuytren, etce sera le but de cette
modeste
étude.
CHAPITRE II
Pathogénie.
Plusieurs théories ont été émisespour expliquer la formation
de l'hydrocèle en bissac; les unes, basées sur
l'observation de
quelques cas particuliers, nous paraissentdevoir
êtrerejetées
comme étant en contradiction avec certains faits cliniques ou
embryologiques bien établis. D'autres, au
contraire, s'appuient
sur l'évolution embryogénique delà vaginale; nous
étudierons
chacune à son tour, et,nous nous rattacherons à celle quiparaît
d'accord aussi bien aveclaclinique qu'avecl'embryologie.
La première théorie émise est celle de Dupuytren
(1834).
Pour cet auteur, le point de départ de l'hydrocèle en bissac
est unehydrocèle ordinaire, dans laquelle le liquide
s'accumule
de plus enplus; il devient si abondant, que
distendant indéfini¬
ment latunique vaginale, il refoule à travers le canal
inguinal
le tissu cellulaire du cordon.
La vaginale a donc atteint son maximum de distension; les
bourses ne peuvent plus se développer. Dans le trajet
inguinal
elle est bridée par les muscles et aponévrosesqui en constituent
les parois; la tumeur franchit donc successivement
l'anneau
externe, letrajet et l'anneau interne. Là elle décolle
le péritoine
pariétal et s'étale librementau-dessous de lui dans la cavité
abdominale.
Witzel, puis Macerven, opposentà la théorie de Dupuytren ce
- 15 —
fait, que, en
général, dans le
scrotumlibre, la seule limite à la
pression du
liquide,
estconstituée
parla résistance des parois.
Mais la pression dans ce sac est, en
général, moindre
quela
pression
intra-abdominale, dont les parois musculaires, d'une
part, sont plus
résistantes,
et cettepremière
caused'augmenta¬
tion de la pression est accrue encore par
la pression intra-intes-
tinale.
Aussi leur semble-t-il difficile que le début étant
scrotal, le
liquide puisse vaincre cetterésistance
pourremonter dans le
ventre.
Ils croient qu'il doit
nécessairement préexister
unepoche
intra-abdominale; cette poche peut préexister depuis
long¬
temps, produire des phénomènes
de compression du côté de la
vessie, du rectum, des troubles de la
miction,
etc.Elle donnerait lieu à la svmptomatologie des tumeurs
intra-
pelviennes. Cette tumeur,remplie de liquide, s'accroît
progres¬sivement de volume, et principalement du côté
du canal ingui¬
nal, par le même
mécanisme
queles hernies. Par là elle entrera
en rapport avec la vaginale
bien constituée,
aveclaquelle même
elle pourra contracter des
adhérences; qu'un effort violent
sur¬viennealors, et le liquide, brusquement
chassé hors de la cavité
abdominale, rompra cette frêle
barrière
ets'épanchera dans la
vaginale. La hernie en bissac se trouvera
donc constituée.
Cette théorie-là, Macerven l'appuie en particulier sur une
de
ses deux observations.
Observation III.
(Macerven,Practitioner1896, inthèseBuyck. p. 35).
W. Torbes, âgé de trente-neufans.
A l'examen du malade, ontrouve unetumeurquioccupela région
inguinale droite etqui descend dansle scrotumun peu
plus bas
quele
testicule droit.
Le kyste scrotal avait été ponctionné avantl'entrée de ce
malade à
l'hôpital. Il mesureseptpouces de long ethuit de circonférence.
Ontrouve, en outre, quel'hydrocéle est en communicationavecla
— 16 —
cavité abdominale. Quand le malade est couché, la tumeur scrotale peut être réduite légèrement en élevant le scrotum. Toutle liquide peut même passer dans la cavité abdominale. En faisant le toucher rectal, on sentà droite de la vessie une tumeur qui occupe toute la portiondroite dupetit bassin; la mainplacée surla paroiabdominale donne audoigt placé dansle rectum la sensation de fluctuation.
En interrogeantle maladesurla façondont il urinait avantla ponc¬
tion del'hydrocèle, ilrépondit qu'àmesure que la tumeur augmentait de volume, il était obligé d'uriner plus fréquemment. Quand elle avait acquisses plus grandes dimensions, il était obligé d'uriner plusieurs
foisen uneheure.
Avant l'apparition de la tumeur dans le scrotum, il avait très fré¬
quemment besoin d'uriner, il urina moins souventdès que la tumeur apparutdansle scrotum. Mais à mesure que la tumeur scrotaleaug¬
menta de volume, ilrecommença à souffrir et à uriner trèsfréquem¬
ment.
Quand le malade est debout, le sac scrotal se remplit immédiate¬
ment ; quandon le fait tousser, on a dans la mainuneimpulsion très nette. Le liquide étantrefoulé dans l'abdomen,ontrouve les envelop¬
pes qui constituent lesac très épaissies. L'hydrocèleesttrèspeutrans¬
parente à la lumière,de sortequ'ilest difficile depréciser exactement la nature du contenu.
L'anneau externe est trèslarge. Il mesure au moins deuxpouces de diamètre. Le tendon conjoint était tellement distendu, que l'anneau internese présente immédiatement enarrière de l'anneauexterne.
Aumomentde l'examen, le malade déclare que la tumeur n'estpas aussi tendue que d'ordinaire, une ponction ayant été faiterécemment.
Après chaque ponction,une anse intestinale venait fairehernie au niveau de l'orifice. Quelquesmois après la cure radicale, une pointe
de hernie se produisit. On constata pendant l'intervention qu'il n'y
avait aucune adhérence du sac avec le péritoine. Les tissus étaient facilementséparables de ceuxdu petit bassin.
Mais comment expliquer cette poche abdominale préexistante.
Pour lui, la portion du trajet péritonéovaginal, située le long
du cordon, au lieu de s'obstruer au niveau de l'anneau interne, persisterait au-dessus de cet anneau. L'obstruction ne se pro¬
duirait qu'à une certaine distance, à l'intérieur de la cavité abdominale. Ainsi se trouve constituée la poche intra-abdomi-
nale où le liquide peut s'accumuler. D'autre part, le cul de sac
péritonéal produit par la descente du testicule, au lieu de se
- 17 -
fermer dans toute la longueur du trajet inguinal, resterait perméable, persistant jusqu'au niveau de la vaginale avec
laquelle il se trouve enconnexion directe. Lacavité vaginale est bien close et séparée du sac, Nous avons donc notre sac
préformé s'élendant depuis l'intérieur de la cavité abdominale jusque dans l'intérieur du trajet inguinal. Que, pour une cause
quelconque, du liquide se produise dans ce sac, il le distendra, mais, dès que la pression à l'intérieur du sac aura atteint la pression abdominale, ilne pourraplus se développer que du côté
du trajet inguinal. C'est alors que la tumeur liquide viendra
s'accoler à la vaginale, et sous l'influence d'un traumatisme
s'ouvrir dans cette cavité, la remplir, etla tumeur en bissac se trouvera constituée; ou bien même l'influence du traumatisme n'est pas nécessaire, et, parun phénomène d'osmose, peu à peu, le liquide dyalisera de la poche abdominale dans la poche
scrotale qu'elle remplira et dilatera.
A premièrevue, cette théorie parait séduisante; mais diverses objections peuvent y être faites.
D'une part, au point de vue clinique, le point de départ est le plus souvent scrotal. Seul le cas de Maçerven a débuté dans
le ventre et s'est ensuite étendu aux bourses. Les autres
malades, chez qui on a rencontré des hydrocèles en bissac, les
avaient vues débuter dans le scrotum, puis peu cà peu s'éten¬
dre, s'augmenter : et alors seulement la tumeur abdominale apparaissait.
Aussi, pour bien comprendre le mécanisme pathogénique de
ces hydrocèles, nous semble-t-il utile de revenir un peu sur la
formation embryogénique du canal vagino-péritonéal.
On appelle ainsi le canal séreux contenu dans le trajet inguinal et le long du cordon, qui accompagne le testicule dans
sa migration et qui, lorsqu'il persiste, établit unecommunication
libreentre la cavitéséreusequi existe dans les bourses (vaginale)
et le péritoine.
Généralement, l'occlusion de ce canal commence à la nais¬
sance pour se terminer vers le sixième mois, laissant à son
niveau une dépression qui correspond à la fossette inguinale
- 18 -
externe. Mais chez certains sujets il n'en est plus de même, et l'oblitération ne se produisant pas, il en résulte une hernie congénitale, ou si elle se produit anormalement, il en résulte
ces formes particulières de vaginales qu'a étudiées M. Bazy,
ainsi que nous le verrons dans un instant.
On a beaucoup discuté sur la formation du canal vagino- péritonéal, et les théories qui en sont nées, sont multiples.
Déjà Galien (De Semine, lib. I) avait signalé l'existence d'un
iropoç, ou conduit faisant communiquer la cavité vaginale avec la cavité abdominale.
Puis, Vésale, Fallope et Nuck reprirent la question, mais ne
recherchèrent nullement la cause de la persistance anormale du
canalvagino-péritonéal.
Ce n'est véritablement qu'avec Camper que l'on commence à
avoir des données plus précises.
Après de nombreuses recherches sur des nouveaux-nés;
Camper ne se contenta pas de constater la présence du canal vagino-péritonéal, il voulut aussi en connaître l'origine et voici l'explication qu'il en donne. Le péritoine, après s'être porté àla
rencontre du testicule, qui se trouve à cette période au niveau
de la région lombaire, l'atteint, se laisse ensuite, au moment
de sa descente, déprimer et retourner par lui comme un doigt
de gant.
Pour Vicq d'Azyr (1786) le testicule trouverait sa voie toute faite, le canal vagino-péritonéal se formant avant lui.
Hunier (1786) n'admet plus l'intervention du péritoine et
le canal vagino-péritonéal est représenté par le gubernaculum
testis. Selon lui ce gubernaculum jouerait un rôle essentiel dans
la migration du testicule, d'où son nom. Il aurait une forme
cylindroïde avec une partie renflée se fixant, en haut, sur la
queue de l'épididyme et l'extrémité inférieure du testicule, et allant se perdre, en bas, dans les parois du scrotum.
Hunier lui donne une structure vasculaire et fibreuse.
Enfin, Bichat vint, et avec sa clarté habituelle il sut exposer
ce que son génie avait conçu et que ses recherches avaient
confirmé. « Quoiqu'il en soit, dit-il,de ces variétés,et à quelque
— 19 —
moment que la descente du testicule ait lieu dans le fœtus ou après la naissance, le mécanisme en esl toujours le même, et voici comment elle s'opère. Pendant toute la durée du séjour
du testicule dans l'abdomen, la surface interne du canal
inguinal est tapissée par le péritoine qui est lâchement uni à
cette ouverture de même qu'aux parties voisines tandis qu'il
est adhérent au gubernaculum qui la traverse et au testicule.
Supposons maintenant que ce corps ligamenteux se raccour¬
cisse; comme les bourses dans lesquelles il s'épanouit sont immobiles, elles luiservent depoint d'appui etnécessairement il
arrive ces deux choses : 4° Le testicule est tiré en bas et
rapproché de l'anneau; 2° La portion voisine de cette ouver¬
ture s'y engage, entraînée par son adhérence avec le ligamentet forme un petit cul-de-sac communiquant avec l'abdomen. Que
le gubernaculum continue à diminuer de longueur, alors le testicule, cédant toujours à la traction que ce ligament exerce
sur lui, arrive à l'anneau, s'y engage par l'extrémité qui lui est postérieure chez l'adulte, franchit cette ouverture et parvient
dans le scrotum précédé du cul-de-sac dont nous parlions à l'instant, qui lui-même s'agrandit en proportion du trajet que parcourt le testicule. Voilà donc comment cet organe sort de
l'abdomen et s'introduit dans les bourses. Conséquemment, il
n'est pas libre au milieu de la petite poche que forme le péritoine par son prolongement; il proémine seulement àl'inté¬
rieur, et la portion même du péritoine dont il était revêtu dans l'abdomen fait partie de cette poche, hors de laquelle le testi¬
cule se trouve à la paroi postérieure, ainsi qu'une très courte
partie des vaisseaux qui doivent par la suite constituer le cordon spèrmatique » (Bichat. Anat. descriptive, p.2-34. Paris,an XII).
En 1828, un anatomiste allemand, Gakus, donne une nouvelle
description de la descente du testicule et du canal vagino-péri-
tonéal; il s'exprime ainsi : « L'organe descend à travers une fente des muscles abdominaux (anneau inguinal) dans une sorte de sac herniaire formé par le péritoine. Quelques faisceaux
musculaires l'accompagnent dans sa descente, constituant son muscle releveur (crémaster) et font prendre au sac péritonéal
- 20 —
la forme d'un canal qui ne tarde pas à s'oblitérer chez
l'homme mais demeure perméable chez beaucoup de mammi¬
fères. Lorsque l'organeremonte (rongeurs), sonmuscle élévateur
se retourne sur lui-même, ainsi que le sac péritonéal, à peu
près comme la corne d'un limaçon, et ce muscle constitue
alors le ligament dirigeant (gubernaculum Hunteri). On n'aper¬
çoit plus à l'extérieur qu'un enfoncement infundibuliforme aux bords duquel aboutissent les libres du muscle retourné dont les
contractions ramènent plus tard le testicule au dehors. »
D'après Gegenbaur, vers la fin du troisième mois de la vie embryonnaire, au point occupé par l'anneau inguinal interne,
et au-dessus du gubernaculum, une dépression du péritoine, qui étaittrès minime jusqu'à présent, se développe en un cul-de-
sac profond. Ainsi se forme une dépendance de la cavité péri-
tonéale qui s'engage dans le canal inguinal et qu'on appelle
diverticule vaginal.
Tourneuxetson élève Soulié sont venus apporter de nouvelles
données aux idées déjà admisessur le processus vaginal. Fai¬
sant leurs recherches sur des mammifères et des fœtus humains,
ils ont constaté que : chez certains mammifères (monotrènes, cétacés, proboscidiens, édentés) le canal vagino-péritonéal
n'existe pas, et les testicules ne subissent aucune migration.
Chez d'autres, la cavité peritonéale émet un prolongement qui
se rend dans les bourses, et qui n'est autre, par conséquent, que le canal vagino-péritonéal. Chez d'autres, encore, tels que les
insectivores et les rongeurs, la poche vaginale contient des
libres musculaires striées, mettant ainsi sous la dépendance
d'un effort volontaire la migration testiculaire, de la cavité
abdominale dans les bourses et vice versa. Enlin, chez les primates, le canal péritonéo-vaginal s'oblitère dans toute sa
partie supérieure.
Nous empruntons à la thèse de Soulié le passage ayant particulièrement trait au développement structural du processus vaginal :
« Le processus vaginal apparaîtde trèsbonneheure, enmême temps que le ligament inguinal de Kolliker dont il représente
en réalité l'extrémité inférieure enclavée dans le canal inguinal.
Il est parfaitement visible sur des fœtus mâles de vingt-quatre millimètres, mais le développement encore peu accusé à celte époque des parties voisines (muscles et aponévroses).
«Fœtus 32sur 40 millimètres (décomposéen coupes transver¬
sales serrées à raison de vingt huit coupes par millimètre). Le
processus vaginal, dont le tissu cellulaire dense se continue
sans transition avec celui du ligament inguinal, occupe toute la longueur du canalinguinal. Il s'étend sur une hauteur de qua¬
torze coupes,c'est-à-dire mesure environ un demi-millimètre de long. Au niveau de son origine péritonéale existe une très légère fossette qu'on retrouve surtrois coupes.
«Les muscles delà paroi abdominale se comportent de la façon
suivante en égard auprocessus : les muscles transverse et petit oblique que Ton peut facilement suivre de haut enbas jusqu'à l'origine péritonéale du processus, accolent à ce niveau leurs
extrémités inféro-internes qui vont se fixer en dedans sur la gaine des droits en décrivant en avant du processus une courbe
à concavité interne.
» Le processusglisse au-dessous du bord inférieur des muscles
transverse et polit oblique auquel il est intimement uni, sans qu'on puisse toutefois reconnaître à ce stade s'il renferme
comme partie constituante, des fibres musculaires appartenantà
ces deux muscles. Il traverse ensuite l'aponévrose du grand oblique, etpourra venir faire saillie dans le tissu cellulaire lâche sous-jacent. »
Quoi qu'il en soit, « ce canal qui établit la continuité entre la
cavité vaginale et la cavité péritonéale peut ne pas s'oblitérer
chez l'adulte. Sa persistance, qui s'observe normalement chez
un grand nombre de mammifères, se rencontre chez l'homme
dans une proportion de 1 % (deuxfois sur 21S adultes, d'après Ramonède).
D'autres fois cette persistance est seulement partielle, le tra¬
vail d'oblitération dont il est question plus haut ne s'étantac¬
compli que sur une partie du canal. Cette anomalie comprend
deux sortes de cas : ou bien l'oblitérationse produit sur l'extré-
— 22
mité inférieure du canal seulement, et alors le péritoine se pro¬
longe à travers le canalinguinal» (1); c'est ladisposition anato-
mique quipermet les hernies congénitales. « Ou bien ce travail
régressif oblitère à la fois les deux extrémités supérieure et in¬
férieure du canal, respectant sa partie moyenne, qui persiste
alors sousla forme d'une cavité séreuse intermédiaire aux deux cavités vaginale etpéritonéale, mais ne communiquant ni avec
l'une ni avec l'autre. Cette cavité peut devenir le siège d'un épancbement liquide qui constitue l'hydrocèle enkystée ou les kystes du cordon (2). ».
Enfin, un troisième cas peut se présenter, sur lequel nous
allons revenir, où l'oblitération unique siège au niveau de l'ori¬
fice péritonéal du canal inguinal.
Mais pourquoi cette oblitération partielle du canal vagino- péritonéal se fait-elle de préférence en l'un de ces trois points,
cul-de-sacsupérieur dela vaginale, extrémités externe etinterne du canal vaginal. Nous en trouvons l'interprétation dans l'étude que Ramonède a faite du canal vagino-péritonéal, dans sa thèse
inaugurale (Paris, 1883).
Lorsque le canal vagino-péritonéal persiste dans son inté¬
grité, il présente toujours, d'après cet auteur, quatre points
rétrécis.
« Le premier est à l'embouchure même du canal, en arrière
de l'arcade crurale; le deuxième se trouve au niveau de l'orifice interne du trajet inguinal dans le plan du fascia transversalis fibreux ; le troisième est situé à l'anneau du grand oblique;
le quatrième établit la limite de la vaginale et du canal vagino- péritonéal. »
Ces rétrécissements ont tantôt, et le plus généralement, la
forme d'un conduit cylindrique de dimension variable, mais donnant au canal une forme de sablier.
D'autres fois, au contraire, ces rétrécissements sont consti¬
tués par une lame membraneuse à deuxfaces, perforée, compa-
(1) Testut, Anatoraie,t. III, p.962.
(2) Testut, loc. cit.
rable à l'iris, ou encore aux diaphragmes des instruments d'optique.
Ces rétrécissements là, que Ramonède appelle valvulaires, ont été considérés par plusieurs auteurs comme un commencement d'oblitération; cela est possible, et en tout cas, peut permettre d'expliquer que l'oblitération se fasse en un seul point rétréci,
au lieu de se faire sur toute la longueur. Et nous avons ainsi
les explications detoutes les anomalies de la région.
Ces données embryologiques établies nous permettent de
mieux comprendre ce qu'est le conduit vagino-péritonéal, et
comment il se peut que l'obstruction de ce canal se fasse en un autre point qu'au niveau du cul-de-sac supérieur de la vaginale.
C'est ainsi que Chelius explique la formation de l'hydrocèle
en bissac en disant que l'oblitération peut se faire au niveau de l'orifice supérieur du canal inguinal, laissant le trajet ouvert
au dessous de lui, dans toute son étendue. Le liquide s'accumu-
lant dans la vaginale va pouvoir remonter sans peine le canal inguinal, puis arrivé auniveau de l'orifice péritonéal, il se déve¬
loppera du côté de la cavité abdominale moins résistante que les faces latérales du canal. L'hydrocèle en bissac sera consti¬
tuée.
Plus tard, Fano reprend la théorie de Chelius, en disant à la
Société de chirurgie : « Serait-il permis de hasarder l'opinion
que, chez quelques sujets, l'oblitération entre la tunique vaginale et le péritoine ne se fait pas dansle même point que chez la plupart des hommes, et, qu'en conséquence, la tumeur aurait plus de facilité que dans l'état ordinaire à se prolonger
dans le canal inguinal. »
C'est cette même théorie qu'avait également acceptée Malgaigne; c'est aussi la théorie que développe M. Duplay,
d'abord dans sa thèse inaugurale en 1865, puis à nouveau, dans une leçon professée à la Faculté en 1884.
En 1888, M. Pierre Bazy reprend la question, et pour
l'appuyer sur des données anatomiques précises, il étudie
134vaginales d'enfants;il constateainsi: «qu'un certain nombre d'entre elles ont leur cul-de-sac à un centimètre, un centimètre
— 24 —
et demi, deux centimètres au dessus du testicule. Quatre fois le
cul-de-sac remontait jusqu'à trois centimètres et demi, enfin
deux fois la vaginale allait jusqu'au niveau de l'orifice inguinal profond. C'est la variété qui permet la formation de l'hydrocèle
en fiissac. Pour peu que dans ces conditions une vaginale soit
distendue par un liquide, elle se développe dans l'abdomen où
elle trouvera de l'espace. »
La théorie de M. Bazy est absolument conforme à ce que
l'embryologie nous enseigne de la formation du canal vagino- péritonéal, et aux anomalies de développement de cet organe.
Un point toutefois reste à élucider. Par quel mécanisme se fait
la fermeture du canal et l'adhérence de ses parois.
On sait que les cellules endothéliales du péritoine, décrites
par Klein, par Tourneux et Herkmann n'ont pas toutes une confi¬
guration analogue, mais subissent sans cesse des variations, peuvent même bourgeonner, d'où le nom de cellules germina-
trices que leur ont donné certains auteurs, et devenir des
centres de prolifération. Elles subissent alors un processus que Ranvier a étudié au niveau des puits lymphatiques du diaphragme. Par ce moyen, qui est celui par lequel, sous l'influence de l'inflammation, se produisent si rapidement les
fausses membranes, l'occlusion du canalpéritonéovaginal peut
être expliquée; mais la cause qui détermine ce point de départ
de ce bourgeonnement, quelle est-elle?Nous n'en savons encore
aujuste rien.
- 25 -
CHAPITRE III
Etiologie.
Des considérations pathogéniqnes qui précèdent, il ressort
que i'hydrocèle en bissac de Dupuytren est sinon une affection
congénitale, tout au moins une affection liée à une disposition congénitale, à une anomalie de développement de la séreuse
vaginale, par variété de persistance partielle du conduit vagino- péritonéal.
Cette anomalieanatomique existant, nous noustrouverons en
présence des mêmes causes que pour I'hydrocèle vaginale com¬
mune. Comme cette dernière, elle reconnaîtra pour cause l'in¬
flammation de latunique vaginale, et aussi du sac intra-abdo- minal qui y est annexé.
Elle se rencontre de préférence chez les sujets jeunes. On la
rencontre même parfois chez l'enfant; MM. Monod et Terrillon,
en rapportent un exemple dans le Traité des maladies du testicule.
Cependantil estplus fréquent de la rencontrerchez des sujets déjàadultes. L'un des malades de Dupuytren était porteur de
sa tumeur depuis l'âge de cinq ans.
Les malades de Fano et Lister avaient, l'un trente-trois ans, l'autre trente-cinq ans, mais étaient atteints depuis longtemps.
M. Bazy, dans son Elude sur I'hydrocèle biloculaire, cite deux
3
- 26 —
observations de M. Lannelongue,
dont les malades avaient,
l'un vingt-sept ans,
l'autre vingt-huit ans. Le malade qu'il a
étudié était âgéde
vingt
ans.De môme, les malades
qu'ont observés Rochard, Kocher,
Witzel, Tillmans, Villeneuve,
Vollbrecht, étaient âgés de vingt
à trente ans.
Seules, deux, observations se
rapportent à des malades âgés
de soixante-dix ans. L'une, deM. Delbet, et
celle
que nousavonsvue chez M. le professeur Lanelongue.
Dans
cedernier cas,
d'ailleurs, le malade en étaitporteur
depuis longtemps.
Quoiqu'il en soit,
la majorité des
casont été rencontrés chez
des sujets jeunes.
Toutefois, le nombre n'en est pas extrême¬
ment fréquent etil
serait difficile, même depuis Dupuytren, d'en
réuniruntrès grand
nombre de
cas.Kocher,toutefois, en 1877,
dans la Monographie der deulschen
Chirurgie, dit en
avoir rencontré vingt-quatre cas. Toutefois, si
on étudie avecsoin sa statistique, on est
obligé de reconnaître
que plusieurs de ses
observations sont des hydrocèles funicu¬
laires ou des hernies avec ectopie
testiculaire iliaque. Deux
casseulement peuvent
affirmativement être considérés comme étant
incontestablement des hydrocèles en
bissac.
M. Villeneuve, revenant en 1891 sur
l'hydrocèle
enbissac,
avait pu à grand
peine
enréunir dix-huit observations. Ajou¬
tons-y les
observations de M. Blanc,
en1891, de M. Phocas,
en 1892, de Schwab, en 1893, deux
de M. Delbet et deux de
Macerven, en 1896, celle du service
de M. Lanelongue, égale¬
menten 1896, une de MM. Bazy etBuyck, en
1897, et celle de
M. Chavannaz, en 1898, nous n'arrivons
même
pasà trente.
Il est vrai que bien des
observations ont
pu passerinaperçues,
soit qu'elles
n'aient
pasété diagnostiquées et qu'on les ait trai¬
tées comme des hydrocèles
congénitales vulgaires, soit que les
observateurs ne les aientpas publiées.
Quoiqu'il en soit,
elles
sont peufréquentes, et cette rareté
même est une raison dq plus de croire
qu'une disposition congé¬
nitale estnécessaire pourleur donner
naissance.
Mais à ces causes nécessaires pour que
l'hydrocèle ait la forme
- 27 -
on bissac, nous devons ajouterles lésions du testicule, les frois¬
sements de la vaginale, toutes causes, enfin, quiinfluerontsursa
formation. Mais ce point d'étiologie reste encore obscur.
L'hydrocèle aussi pourra être symptomatique d'une affection
du testicule, d'une tuberculose latente, par exemple, coïncidant
avec l'anomalie congénitale que nous avons décrite.