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BRUNO LEVY/DIVERGENCE. Rencontrer. L HEBDO page 10

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Academic year: 2022

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R en con tr er

BRUNO LEVY/DIVERGENCE

(2)

LA CONVERSATIO N

Michel Barnier

« Tirons les leçons du Brexit »

Serait-il le plus européen des hommes politiques français ? En tout cas, Michel Barnier

est aujourd’hui une figure majeure en Europe.

C’est d’ailleurs à lui qu’il est revenu de mener les négociations pour le Brexit au nom de l’Union. Alors qu’il se prépare à retrouver

la scène politique française, il se confie sur son expérience de négociateur, sur son attachement au projet européen

et sur ses ambitions pour le futur.

Recueilli par Antoine d’Abbundo, Jean-Baptiste François et Jean-Christophe Ploquin

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Michel Barnier est l’un des hommes politiques français les plus connus en Europe. Quatre fois ministre, deux fois commissaire européen, négociateur en chef du Brexit durant plus de quatre ans, il a sillonné le continent et a rencontré tous les dirigeants qui comptent. En avril, les éditions Gallimard publieront le récit de sa saga avec les Britanniques.

Cela coïncidera avec son retour sur la scène nationale. À 70 ans, Michel Barnier entend en effet jouer un rôle politique en France alors que le pays est fragilisé par la pandémie.

Pour contrer le populisme, il conseille d’écouter le ressentiment populaire et défend l’importance d’une force de centre droit autonome. Écoute, dignité et responsabilité sont ses maîtres mots.

À quatorze mois de l’élection présidentielle de 2022, ce Savoyard se

dévoile dans cet entretien, survenu dans un rare

moment de calme au sein des bureaux

de la Commission européenne,

à Paris.

POURQUOI LUI

n livre relatant votre expérience de négocia- teur de l’Union européenne sur le Brexit, pen- dant quatre ans, est attendu d’ici à fin avril.

Pourquoi y revenir ?

Depuis le début, cette négociation est historique.

J’ai pris des notes personnelles au fur et à me- sure, comme un journal nourri tous les soirs. Il y a tant de conséquences pour tant de monde et surtout tant de leçons à tirer.

Quelle leçon, justement, tirez-vous vous- même de cette négociation ?

Il y a d’abord des questions. Pourquoi une majo- rité d’électeurs britanniques a-t-elle voté contre l’Europe ? Pourquoi les régions les plus pauvres ont-elles exprimé cette colère sociale contre Bruxelles ? Bien sûr, on les a encouragés à le faire, notamment le nationaliste Nigel Farage.

Mais il y avait un vrai ressentiment populaire.

La leçon que j’en tire, et la recommandation que

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La conversation Michel Barnier

Lord David Frost Diplomate britannique, David Frost

a été ambassadeur du Royaume-Uni au Danemark entre 2006 et 2008.

Conseiller pour les affaires européennes du premier ministre Boris Johnson, il est nommé négociateur en chef pour la sortie de l’Union en juillet 2019, en remplacement de sir Oliver Robbins, puis négociateur en chef de la « Task Force Europe » à partir de janvier 2020.

Il siège à la chambre des lords depuis septembre 2020.

TOLGA AKMEN/AFP

je fais, c’est de ne pas confondre le sentiment po- pulaire avec le populisme. Le populisme utilise ou exploite le ressentiment, mais il faut écouter cette colère sociale. Elle existe dans beaucoup de régions françaises et européennes.

Comment l’Union européenne peut-elle y répondre ?

La défiance vient de ce que l’Europe n’a pas été un rempart suffisant pour maîtriser la globali- sation, limiter la désin-

dustrialisation, contrer les excès de l’ultralibé- ralisme, de la dérégula- tion financière pendant trente ou quarante ans…

Nous devons en tenir compte pour les poli- tiques européennes d’au- jourd’hui et de demain.

Mais il ne faut pas non plus se tromper de res- ponsable. La qualité des services publics au Royaume-Uni, ce n’est pas Bruxelles. L’impact de la crise financière, due au fait qu’il n’y avait plus assez de régula- tions, de transparence et de supervision, c’était en partie Bruxelles, mais c’était aussi le choix de Londres. La désindus- trialisation, ce n’est pas Bruxelles, même si je re- grette que l’Europe n’ait pas eu jusqu’à une date récente l’ambition d’une stratégie industrielle.

Des pays comme l’Alle- magne, l’Italie, la Suède n’ont pas abandonné

leurs industries. La France, le Royaume-Uni oui.

L’UE ne reste-t-elle pas encore dans une vision libre-échangiste ?

On comprend mieux maintenant qu’une ouver- ture souvent naïve et que le libre-échange sans gouvernance ne marchent pas. L’Union euro- péenne, qui est le marché le plus organisé du monde, est en train d’évoluer. Jamais on n’au- rait imaginé, il y a quelques années, qu’on allait mutualiser des emprunts à hauteur de 390 mil- liards d’euros, comme on le fait pour le plan de relance européen. La politique industrielle n’est plus un gros mot, le commissaire Thierry Breton l’utilise sans se faire reprendre ! Enfin, il y a moins de naïveté dans les échanges com- merciaux, avec notamment un mécanisme de contrôle des investissements étrangers. La po- litique européenne de défense se met en place, y compris avec un fonds spécial de 8 milliards

d’euros. Pour la première fois, les frontières ex- térieures de l’Union sont gérées en commun avec Frontex. Le changement est amorcé. Mais il y a une course de vitesse entre le populisme et les réponses que l’on apporte. C’est toujours plus lent à 27, parce qu’il faut souvent l’unanimité.

Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle influé sur les négociations ?

Nous avons été, le négociateur britannique lord David Frost et moi- même, touchés presque dès le début. Les négo- ciations ont été alors plus difficiles avec un calen- drier très serré imposé par les Britanniques : neuf mois seulement ! Mais cette pandémie a aussi accru la responsabi- lité que nous avions de ne pas ajouter du malheur au malheur. L’impact de cette crise sur les fa- milles, l’emploi, le moral, la santé, nos jeunes sont suffisamment graves.

Un Brexit économique et commercial violent et désordonné aurait eu des conséquences traumati- santes pour tous.

Votre travail n’est pas terminé à Bruxelles. Que vous reste-t-il à faire ? La présidente de la Commission Ursula von der Leyen m’a de- mandé d’accompagner le processus de ratification de l’accord au Parlement européen. Cela se termi- nera fin février, ou en mars. Après, je rentrerai en France.

Quelles sont les garanties de bonne applica- tion de l’accord, en cas de mauvaise volonté britannique ?

Nous avons mis dans ce traité des outils de gou- vernance et de règlement des conflits. Il y aura un tribunal d’arbitrage de trois personnes indé- pendantes, choisies par les deux côtés, qui sera appelé à se prononcer en cas de désaccord. Il y a aussi une clause à laquelle nous tenions, dite de suspension croisée : si une partie viole cer- taines dispositions de l’accord, des mesures compensatoires peuvent être prises par l’autre partie dans le reste de l’accord. Par exemple, si une aide d’État ou une divergence des normes sociales ou environnementales crée une distor- sion de concurrence et détruit des emplois. Il y a beaucoup de leviers. J’espère qu’on n’aura pas

« On comprend aujourd’hui

que le libre-échange sans gouvernance

ne marche pas.

L’Union

européenne est

en train d’évoluer. »

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Nigel Farage Leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip), un mouvement

nationaliste, anti-immigration et eurosceptique, Nigel Farage devient une figure de premier plan au Royaume-Uni quand son parti prend la tête des élections européennes de 2014 et envoie 24 eurodéputés à Bruxelles. Il mène ensuite campagne pour le « Leave » dans le référendum pour le Brexit, avant de démissionner de la tête de l’Ukip une fois la victoire acquise. En 2018, député européen, il fonde le Brexit Party, qui remporte à nouveau les élections européennes l’année suivante.

Depuis le 6 janvier, le Brexit Party s’appelle Reform UK.

BRENDAN SMIALOWSKI/AFP

à s’en servir. C’est la première fois qu’on intro- duit de tels outils dans un accord de commerce.

Il faudra évidemment être vigilant.

L’accord pourrait donc faire école ?

C’est en effet le premier d’une nouvelle généra- tion d’accords commerciaux. Pour l’UE, il ne s’agit plus seulement de supprimer les quotas et les tarifs douaniers, mais de promouvoir une gou- vernance mondiale à travers ses relations bilaté- rales. Promouvoir par exemple les droits sociaux ou l’action contre le changement climatique.

L’Union européenne a constitué un fonds de réserve de 5,3 milliards d’euros pour limiter l’impact négatif du Brexit. Est-ce bien calibré ? Ce fut un acte politique fort de créer ce fonds, sous l’impulsion de la Belgique et de l’Irlande, avec le soutien de la France. Plus de cinq mil- liards, ce n’est pas rien. S’il y avait eu un « Brexit dur », ça n’aurait sans doute pas été suffisant.

Aujourd’hui nous avons les moyens d’accompa- gner efficacement les secteurs les plus touchés.

En France, l’enveloppe sera de 420 millions d’euros dès 2021. Le gouvernement fera un exa- men par région des secteurs qui sont touchés.

Évidemment le secteur de la pêche est concerné, puisque aux termes de cet accord nous rendrons d’ici à 2026 près de 25 % de nos opportunités de pêche dans les eaux britanniques.

Dans la stratégie vaccinale contre le Covid-19, le Royaume-Uni s’est montré plus agile que l’Union européenne. Pourquoi ?

À coup sûr, les procédures d’un État seul sont plus rapides. Quand la Commission propose de mutualiser le soutien aux laboratoires et les commandes préalables de vaccin, cela prend plus de temps que pour un gouvernement.

L’Union européenne a dû construire dans l’ur- gence des solidarités nouvelles, de plus dans un domaine où elle n’avait pas de compétence.

Pourquoi le faire ensemble, plutôt que chacun pour soi ? C’est quasiment une question philo- sophique. La France aurait pu agir seule, l’Al- lemagne aussi. Et les autres ? C’est l’esprit de l’Union européenne que de travailler pour les 27 peuples. Donc oui, ça a pris un peu plus de temps. Mais ne nous lançons pas dans des su- renchères entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Il y aura tellement d’autres défis, d’autres risques – le terrorisme, le changement climatique – à relever ensemble, dans un esprit de coopération !

Vous attendez-vous à ce que le Royaume-Uni, dans cinq ou dix ans, revienne à une logique de rapprochement avec l’UE ?

D’abord il faut que ce pays assume son choix et qu’il fasse l’expérience de cette solitude nouvelle qu’il a voulue. Il a choisi une forme de souverai- neté solitaire. Nous restons fidèles au choix des souverainetés solidaires.

Dans un monde dangereux, instable, injuste nous avons intérêt à agir ensemble pour être respectés et avoir une voix forte. Un exemple : en 2050, l’Union européenne sera toujours l’une des huit grandes puissances économiques, der- rière la Chine, les États-Unis et l’Inde. Si nous voulons être à la table de ceux qui organisent l’ordre et le désordre du monde, il faut que nous soyons ensemble. C’est pour cela qu’il faut être européen en plus d’être patriote.

Y a-t-il encore des forces politiques qui veulent détruire l’UE ?

Bien sûr, Nigel Farage me l’a dit en face dans mon bureau. Il y a des forces extérieures à l’Union et aussi beaucoup de partis nationalistes au sein même de l’Union qui ont pour objectif commun de détruire le projet européen. Pourquoi tant de spéculateurs du monde entier sont-ils hostiles à l’euro, y compris des spéculateurs français et européens ? C’est parce que l’euro les dérange, que la zone euro est un espace de gouvernance globale, de transparence, de supervision et de régulation. Les gens qui spéculent n’aiment pas beaucoup la lumière.

« Il faut que le Royaume-Uni assume son choix et fasse l’expérience

de cette solitude nouvelle qu’il a voulu.

Il a choisi une forme de souveraineté

solitaire. Nous, en Europe, restons

fidèle au choix des souverainetés

solidaires. »

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Jeux olympiques d’Albertville Alors président du conseil général de Savoie, Michel Barnier est nommé en 1987 à la tête du Comité d’organisation des Jeux olympiques de 1992. Avec l’ex-skieur Jean-Claude Killy, il était déjà à l’origine de la candidature d’Albertville, qui avait notamment battu celles de la capitale bulgare, Sofia

et de Falun, en Suède.

GERARD MALIE/AFP

La conversation Michel Barnier

Êtes-vous soulagé d’en avoir fini avec le Brexit ?

Oui ! Quand j’ai accepté cette mission en juil- let 2016 sur la proposition de Jean-Claude Juncker, je n’imaginais pas que ça allait durer tant d’années. J’ai le sentiment du devoir accom- pli. Comme montagnard, j’aime aller au bout du chemin. C’est mon tempérament d’être persé- vérant. Mais, surtout, ce qui est en cause avec le Brexit, c’est vraiment le projet européen lui- même. L’Europe unie doit rester une ambition française – à ne pas confondre avec une Europe française !

Dans l’histoire de la construction européenne, il y a eu des pères fondateurs, il y a eu des re- fondateurs, comme Jacques Delors. Et vous, comment vous situez-vous ?

Le paradoxe, c’est que le Brexit a été une négocia- tion négative, durant laquelle nous avons cher- ché à limiter les dégâts comme dans un divorce.

Alors que toute ma vie, je me suis mobilisé sur des projets positifs : mettre autour d’une table des hommes et des femmes de sensibilités dif- férentes, et bâtir ensemble un projet commun.

C’est ainsi qu’avec Jean-Claude Killy et 8 000 vo- lontaires, nous avons organisé les Jeux olym- piques d’hiver à Albertville. Qu’est-ce que la po- litique ? C’est, à mes yeux, construire du progrès collectif en mettant ensemble des valeurs, des convictions, mais aussi des lois, des budgets qui vous sont confiés.

Vous ne cachez pas votre envie de vous inves- tir à présent sur la scène politique française, au service de votre famille politique, Les Républi- cains (LR). Vous avez été européen et bruxel- lois pendant plus de quinze ans. Comment avez-vous fait pour garder le contact avec la France ?

Les Français et la France m’ont manqué ces cinq dernières années, donc je suis content de les re- trouver. Je n’ai jamais cessé d’être français. J’ai une famille, avec trois enfants qui sont mariés, j’ai des petits-enfants, des amis. J’étais à leur ma- riage, aux baptêmes. Du côté de ma femme, nous sommes très nombreux : ma femme a cinq frères et sœurs, donc quand on se réunit, ça fait beau- coup de gens différents, qui ont des bonheurs et des malheurs. On partage tout ça.

BRUNO LEVY/REA

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Et puis j’ai gardé des contacts avec les par- lementaires et les élus locaux, et pas seule- ment en Savoie ! Au-delà de ma propre fa- mille politique, j’ai beaucoup d’amis qui me téléphonent, et que je vois. J’ai toujours pré- servé du temps pour dialoguer. Je vais m’orga- niser pour avoir les moyens de travailler, avec une petite équipe. D’abord, il faut rencontrer les gens et prendre du temps pour les écouter.

Comment votre parti réagit-il à votre retour ?

Je ne suis jamais parti. Je suis toujours resté fidèle à ma famille politique, même quand elle était en grande dif-

ficulté, ou aujourd’hui en convalescence. Cette loyauté permet aussi la liberté de parole. Il m’est arrivé d’être minoritaire.

Je pense profondément qu’il faut une droite répu- blicaine forte et un centre rassemblés, pour l’équi- libre du pays. Je ne suis pas dans un jeu de per- sonnes. Il faut jouer col- lectif et je vais m’organi- ser avec tous les gens qui veulent m’aider – et ils sont assez nombreux – pour prendre ma part dans le débat politique.

L’Europe reste un ter- rible diviseur dans presque toutes les for- mations politiques.

Comment allez-vous surmonter cette frac- ture ?

On peut avoir une vision nationale sans être natio- naliste. Il ne s’agit pas de choisir entre la France et l’Europe. Les deux dra- peaux vont ensemble. Le vrai choix est entre une Europe autonome, indé-

pendante et une Europe sous influence, amé- ricaine ou chinoise. Sans hésitation, je me bats pour une Europe indépendante et pour que la France reste en tête.

Vous vous situez au centre droit. Est-ce si différent du centre gauche ?

Dans la situation actuelle de la France, il faut soutenir les bonnes idées d’où qu’elles viennent. Ma mère, qui a beaucoup compté pour moi, m’a dit un jour : « Engage-toi où tu veux, mais ne sois jamais sectaire. Le secta- risme est une preuve de faiblesse. Quand on est sectaire, c’est qu’on n’est pas sûr de ses idées. »

La France vit enfermée depuis bientôt un an, un peu démoralisée, parfois inquiète de l’ave- nir. Qu’est-ce qui peut redonner de l’élan aux Français ?

Il faut d’abord que la santé revienne, et cela passe par la vaccination générale et par un soutien au système de santé. Tout le reste en dépend. Il faut aussi que ceux qui dirigent le pays, par le respect qu’ils inspirent, par les mots qu’ils prononcent, redonnent de la confiance. La confiance est l’une des clés du retour de la croissance. Il fau- dra faire davantage confiance aux entreprises, aux territoires, aux associations. Et puis cette croissance devra être plus écologique, plus res- pectueuse des ressources naturelles et des espaces, qui ne sont ni gratuits ni inépuisables.

Ce choc de la pandé- mie va-t-il bouleverser la donne politique en 2022 ?

À coup sûr ! On n’a jamais vécu une telle crise mon- diale depuis 1945. Et cette crise provoque beaucoup de souffrances, morales et matérielles. Elle ag- grave aussi les injustices, dans notre société elle- même et avec les pays les plus pauvres. Il y aura évidemment des consé- quences politiques. Mais prenons garde aux polé- miques inutiles, il faut être juste avec le pouvoir actuel. Qui sont tous ces gens qui donnent des le- çons ? Le risque pour le pays d’être fracturé n’a jamais été aussi grave.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je sou- haite prendre ma part dans le débat public.

Qu’est-ce qui peut don- ner envie de gouverner un pays dans ces cir- constances ?

Simplement la France ! La politique c’est ça, si- non, ça ne vaut pas la peine. Sans préjuger de ce que sera le futur, laissez-moi vous dire mes expé- riences des campagnes électorales : je me suis toujours gardé de critiquer les autres candidats.

Dans les circonstances que nous vivons, il faut plutôt exprimer un projet. Les Français ont en- vie de voter pour, plutôt que contre.

« Le risque pour la France d’être fracturée n’a jamais

été aussi grave.

C’est l’une des raisons pour

lesquelles

je souhaite prendre

ma part dans

le débat public. »

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PAOLO COCCO/AFP

SES DATES

9 janvier 1951

Naissance à La Tronche (Isère).

1972

Diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris (ESCP).

1978

Élu député de Savoie, il le restera jusqu’en 1993. À 27 ans, il est alors le plus jeune de l’hémicycle.

1993-1995

Ministre de l’environnement.

1995-1997

Ministre des aff aires européennes.

1999-2004

Commissaire européen à la politique régionale.

2004-2005

Ministre des aff aires étrangères.

2007-2009

Ministre de l’agriculture.

2009-2010

Député européen.

2010-2014

Commissaire européen au marché intérieur et aux services.

2016-2021

Négociateur en chef pour l’UE du traité de sortie du Royaume-Uni de l’Union, puis de l’accord sur la relation future entre Londres et Bruxelles.

EN APARTÉ Michel Bar nier

SON ÉVÉNEMENT

LA MESSE INAUGURALE DE BENOÎT XVI

« Lorsque j’étais ministre des aff aires étrangères de Jacques Chirac, j’ai eu le privilège de représenter la France, accompagné de mon épouse Isabelle, à la messe inaugurale du pontifi cat de Benoît XVI sur la place Saint-Pierre de Rome, le 24 avril 2005.

C’est dans son homélie ce jour-là que le Saint-Père a

prononcé ces trois mots seulement : “Chacun est né- cessaire.” Dans ma vie politique, j’ai rarement entendu une phrase de trois mots avec autant de force. »

SON ARBRE

UN CHÊNE

« Il s’agit d’un chêne majestueux, quatre fois cente- naire, qui se trouve en bordure d’une propriété fami- liale, en Sologne, dans le centre de la France. J’imagine ses racines à la mesure de ses branches. Il faut aimer les arbres. Ils sont pour moi à la fois porteurs de mé- moire et d’inspiration. Dans ma jeunesse, j’ai été très marqué par l’œuvre de Jean Giono, L’Homme qui plan- tait des arbres, parabole qui évoque la capacité à avoir un rôle positif sur notre environnement. Les arbres, c’est aussi la perspective de l’histoire. »

UN LIVRE

DE GAULLE. UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE

« J’ai lu récemment avec grand in- térêt cette biographie de Charles de Gaulle, dont on a célébré en 2020 le triple anniversaire, de sa naissance en 1890, de sa mort en 1970 et de l’appel du 18 juin 1940. La mémoire et l’œuvre du général de Gaulle sont aujourd’hui préservées et valorisées par la Fondation de Gaulle et son président Hervé Gaymard. » De Julian Jackson, traduit de l’anglais par Marie-Anne de Béru, Seuil, 996 p., 27,90 €.

BRUNO LEVY/REA

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