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G. Hedegârd (ed.), Liber iuratus Honorii

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Academic year: 2021

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CHRONIQUES ET COMPTES RENDUS 315

Gösta Hedegàrd (éd.), Liber iuratus Honorii : a critical edition o f the Latin version o f the Sworn Book o f Honorius, Stockholm : Almqvist & Wiksell International, 2002 (Acta universitatis Stockholmiensis : Studia latina Stockholmiensia, 48). 338 p. Le texte de la première moitié du xive siècle dont Gösta Hedegàrd fournit Y editio princeps est une compilation magique relevant en partie de Yars notoria, « méthode pour obtenir de Dieu et de ses anges la connaissance des choses humaines et divines au moyen de prières mystiques, d’invocations et de figures magiques appelées notœ ou notulœ ».

Le prologue raconte que, le Diable ayant envoûté le pape et les cardinaux pour leur faire condamner à mort les magi et nigromantici, « quatre-vingt-neuf maîtres venus de Naples, d’Athènes et de Tolède » élirent l’un des leurs, « Honorius, fils d’Euclide, maître de Thèbes », pour rédiger, sous l’inspiration de l’ange Hocrohel, un abrégé de l’art en quatre-vingt-treize chapitres destiné à être transmis secrètement pour que la magie puisse continuer d’être pratiquée malgré les persécutions. Suit la liste des 93 chapitres répartis en quatre livres, où le prétendu Honorius déclare avoir exposé « les œuvres de Salomon » - ce qui rattache l ’ouvrage au corpus des écrits magiques attribués au roi Salomon (Clavicula Salomonis, etc.).

Le texte tel que nous le connaissons se divise en cinq tractatus de longueur très inégale, et ni le nombre des chapitres ni leur titre ne correspondent au plan annoncé, dont seuls les deux premiers livres (sur Dieu et les anges) se retrouvent plus ou moins dans l’ouvrage final. Celui-ci suit néanmoins un ordre logique, que la présentation adoptée dans cette édition ne permet malheureusement pas de saisir aisément. Le premier traité (§ 4 à 102) porte sur la visio divina que permet d’obtenir le sigillum Dei vivi et veri, dont la description est suivie d’une longue série d 'oraciones entremêlées de mundaciones, et il s’achève sur des listes de nomina D ei vivi ; les trois traités suivants sont respectivement consacrés aux esprits ou anges des planètes (§ 103 à 115), de l’air (§ 116 à 133) et de la terre (§ 134-135), et décrivent le modus operandi in eis, qui comporte généralement les phases suivantes : fo rm a d o circuii, benediccio, invocado, sigillum et lig a d o, coniuracio, p la c a d o ; le cinquième traité (§ 136-140) contient des recommandations variées sur la façon de procéder.

L’ouvrage est appelé, dans le prologue, libellum ... sacrum sive iuratum, et dans 1’ex­ plicit (§ 141) liber de vita anime racionalis, qui liber sacer vel liber angelorum vel liber iuratus nuncupatur. La forme Liber iuratus a été retenue par Hedegàrd parce que la traduction en moyen anglais, plus célèbre que l’original latin, s’intitule, précisément, The Sworn Book o f Honorius. Mais le texte latin n’est pas, en toute rigueur de termes, une « version latine » du texte anglais, contrairement à ce que laisse supposer le titre du volume.

L’édition est établie à partir des quatre principaux manuscrits contenant le Liber iuratus, tous conservés à la British Library. Deux d’entre eux - Sloane 3854 (milieu du xive siècle) et Sloane 313 (deuxième moitié du xive siècle) - contiennent l’intégralité du texte latin; les § 1 à 126 se trouvent également dans le ms. Sloane 3885 (xvie siècle), tandis que le ms. Royal 17-A-XLII (postérieur à 1533) contient une traduction anglaise partielle. Cette édition est suivie d’un copieux apparat critique (p. 151-211) et d’un Index vocum mysticarum atque nominum dœmonicorum, angelicorum et divinorum encore plus abondant (p. 219-291). Les invocations dont fourmille le texte comportent en effet des centaines de noms - je cite au hasard, parmi les «esprits de l’air» (§ 119- 121): Baxhatau, Gahatus, Caudes, Iarabal, ... Barthan, Taadas, Caudas, Yalcal, ... Harthan, Bileth, M ilalu, Habuchaba, ... Hebethel, Amocap, Oilol, Mylalu, Ahuchaba, ... Atraurbiabilis, Yaconaababur, Carmeal, Innial, Proathophas. Les noms sont pour la

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plupart d’origine grecque, hébraïque ou « barbare », et ont mis le zèle des copistes à rude épreuve; d’où l’ampleur de l’apparat critique, dans lequel Hedegârd fournit heureuse­ ment beaucoup d’indications permettant de reconstituer, autant que possible, l’évolution des formes onomastiquesl. On notera en particulier le magnum nomen Domini Semen- phoras 72 literarum {htoexorabalayqciystalgaonosularitekspfyomomanaremiarelateda- cononaoyleyot, § 4), qui découle du Shem ha-meforash, «nom mystique de Dieu» en usage «en Europe occidentale chez les Hasidim d’Allemagne à la fin du xne siècle et dans les cercles cabalistiques qui existaient en Provence vers la même époque et en Espagne au début du xrae siècle».

Hedegârd a patiemment reconstitué (p. 30-40) la façon dont les rituels présentés dans l’ouvrage étaient exécutés. Le volume comporte aussi la reproduction des « sceaux» tels qu’ils figurent dans les manuscrits, et, en annexe (p. 298-336), l’édition partielle d’une des sources du Liber iuratus : les Flores aurei A pollonii, ouvrage également connu sous le titre d'Ars notoria Salomonis, Machinei et Euclidis. De ces « fleurs d’or d’Apollo­ nius » (de Tyane), Hedegârd édite tous les passages qui se retrouvent chez le prétendu Honorius de Thèbes. Le texte est établi de façon semi-critique, à partir de deux manus­ crits : Sloane 1712 (British Library, xiiie siècle) et Clm 276 (Bayerische Staatsbibliothek, xive siècle).

L’ensemble du travail paraît bien mené sur le plan philologique, mais laisse à désirer quant à l ’élucidation du contexte historique. Hedegârd ne consacre en effet que deux pages et demie (p. 11-13) à la question de la date et de l ’attribution du L iber iuratus, pour conclure que « la date de composition la plus probable est le début du xive siècle », que « l ’auteur du texte reste enveloppé de mystère », et que «sa provenance géogra­ phique est également incertaine, en dépit du fait que tous les témoignages textuels connus paraissent originaires de Grande-Bretagne ». Le hasard a voulu qu’un article de Jean-Patrice Boudet, précisément consacré au livre d’Honorius de Thèbes, paraisse presque en même temps que l’édition de Hedegârd, et nous permette de combler en partie les incertitudes de ce dernier2. Cet article contient en annexe (p. 871-890) une édition partielle du texte qui fait double emploi avec celle de Hedegârd, philologique­ ment meilleure, mais il apporte surtout de précieuses informations sur les circonstances probables de la composition du texte. Il en résulte que la condamnation à mort des magi et nigromantici par le pape et les cardinaux, mentionnée dans le prologue, se réfère vrai­ semblablement à la bulle Illius super specula (1326 ou 1327), publiée par Jean XXII à la suite d’«une consultation doctrinale de grande envergure, entreprise en 1320». En outre, l’insistance du livre d’Honorius sur la visio divina accordée aux mages semble bien constituer une réponse à la récusation expresse par le même Jean XXII, en 1331- 1332, de « la possibilité pour les hommes de voir Dieu de leur vivant ». Le L iber iuratus ne serait donc pas antérieur - du moins sous la forme que nous lui connaissons - à la

1 Mais Hedegârd ne fait aucun commentaire sur l’origine du nom de l’ange Hocrohel, présenté dans le prologue comme l’inspirateur d’Honorius. Pour en savoir plus, il faut se tourner vers l’ar­ ticle de Boudet cité à la note suivante, qui nous apprend (p. 858) que « Gustav Davidson [A Dictio­ nary o f angels, including the fallen angels, New York, 1967, p. 141] l’identifie à Hochmel (en hébreu “sagesse de Dieu”), qui provient du nom (Hokhmah) de l’une des dix sefiroth » - ce qui n’implique nullement, bien sûr, «que l’auteur du Liber sacratus soit lui-même conscient de cette possible origine ».

2 Jean-Patrice B o u d e t , « Magie théurgique, angélologie et vision béatifique dans le Liber sacra­

tus sive juratus attribué à Honorius de Thèbes », Mélanges de l ’École française de Rome. Moyen Âge, 114,2002, n° 2, p. 851-890. Cet article fait partie du sous-ensemble intitulé Les Anges et la Magie au Moyen Âge. Actes de la table ronde de Nanterre (8-9 décembre 2000), ibid., p. 589-890.

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décennie 1330. Boudet ajoute que le successeur de Jean XXII, Benoît XII, pape de 1334 à 1342, «continua sa politique de répression de la magie sur un rythme analogue, et en prenant lui aussi pour cible privilégiée des clercs du Midi de la France ». Or, précisé­ ment, Boudet a remarqué que, dans les actes du procès d’«un ancien frère mineur défroqué, Olivier Pépin», jugé en 1347 par l’officialité de F évêque de Mende, en Auvergne, il est question d’un Liber iuratus acheté par Pépin, qui est sans le moindre doute le nôtre, puisqu’un long extrait du prologue en est cité verbatim. Avec la précision suivante : quidam nominatus magister Pradellus reffert in quodam prologo suo ..., ce qui ferait de ce « maître Pradel », inconnu par ailleurs, l’auteur qui se dissimulait sous le nom majestueux d’«Honorius, fils d’Euclide, maître de Thèbes ». Il est certain, en tout cas, que le L iber iuratus existait déjà en 1347, et il est plus que probable qu’il fut écrit - ou disposé sous sa forme actuelle - seulement quelques années auparavant, dans le sud de la France (ce qui expliquerait au demeurant la présence dans le texte de nombreux éléments d’origine hébraïque, issus des « cercles cabalistiques» de Provence).

Jean-Marc M a n d o s io

Françoise H u d r y (éd.), « Le D e secretis nature du ps.-Apollonius de Tyane, traduction latine par Hugues de Santalla du Kitâb sirr al-halîqa», Chrysopœia, 6, 1997-1999 [2000], p. 1-154.

Le Kitâb sirr al-halîqa wa sa n ’a al-tabVa («Livre du secret de la création et de F ef­ ficacité de la nature ») est un traité arabe du ixe siècle, supposèrent rédigé par le célèbre mage-philosophe grec Apollonius de Tyane (« Balinûs » en arabe), qui n’aurait lui-même fait que recopier un livre d’Hermès Trismégiste découvert par ses soins dans une crypte, comme l’expose le prologue de l’ouvrage F Des deux rédactions - longue et courte - du texte arabe, seule la courte a fait l’objet d’une traduction latine, effectuée dans la première moitié du xne siècle par Hugues de Santalla, et cette traduction ne subsiste que dans deux manuscrits, tous deux conservés à la Bibliothèque nationale de France : Lat. 13951 (première moitié du xne s., anciennement à l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés) et Lat. 13952 (xvne s.), copie de sauvegarde du précédent. Le titre utilisé est celui de F explicit (Liber Apollonii de secretis nature et oc<c>ultis rerum causis), tandis que

1 Le texte arabe a été édité par Ursula W e is s e r (Kitâb sirr al-halîqa wa san’a al-tabVa, Alep, 1979), qui lui a également consacré une étude (Das Buch über das Geheimnis der Schöpfung von Pseudo-Apollonios von Tyana, Berlin-New York, 1980). Dans sa thèse de doctorat (Teologia e meteorologia in un trattato ermetico in lingua araba : il Kitâb sirr al-halìqa, Naples, 2000), Massimo P a p p a c e n a a intégralement traduit en italien les livres I (théologie) et II (météorologie) ; par ailleurs, divers extraits du texte arabe sont traduits en regard de la version latine dans le livre de Pinella T r a v a g l i a , Una cosmologia ermetica : il Kitâb sirr al-halìqa / De secretis natura?, Naples, 2001, p. 157-257. Il existe aussi une traduction française partielle, ancienne mais toujours utile, réalisée d’après Factuel ms. arabe 2302 de la B.N.F. par Antoine-Isaac S i l v e s t r e d e S a c y (« Le livre du secret de la créature, par le sage Bélinous : manuscrit arabe de la Bibliothèque du Roi n° 959, in-4° de 117 feuillets », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. IV, Paris, an 7 [1799], p. 107-158). Un extrait - la traduction du prologue (ibid., p. 115-120) -

en est reproduit par Didier K a h n dans Hermès Trismégiste : la Table d ’émeraude et sa tradition

Références

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