La timidité interagit-elle avec l’affiliation aux pairs pour
prédire l’usage de substances des adolescents?
Mémoire
Alexandre Lemyre
Maîtrise en psychologie
Maître ès arts (M.A.)
Québec, Canada
La timidité interagit-elle avec l’affiliation aux pairs pour
prédire l’usage de substances des adolescents?
Mémoire
Alexandre Lemyre
Sous la direction de :
Michel Boivin, directeur de recherche
Richard Bélanger, codirecteur de recherche
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Résumé
La relation entre la timidité et l’usage de substances est modeste et varie entre les études. Une explication pour ces observations est que dans certains contextes, la timidité exercerait un effet bénéfique contre l’usage de substances, alors que dans d’autres contextes, cet effet serait absent. Un de ces contextes pourrait être la présence ou l’absence d’un groupe d’amis. Par conséquent, la présente étude comporte deux objectifs : 1) tester de manière prospective la relation entre la timidité et l’usage de substances dans une cohorte contemporaine et représentative d’adolescents nés dans la province de Québec (Canada); 2) tester le rôle modérateur de l’appartenance à un groupe d’amis sur la relation entre la timidité et l’usage de substances. Les participants proviennent de l’Étude Longitudinale du Développement Des Enfants du Québec (ÉLDEQ). Ils ont été évalués à 12 ans (n = 1415), 13 ans (n = 1312) et 15 ans (n = 1466). L’échelle de timidité d’Asendorpf a été utilisée à 12 ans. L’appartenance à un groupe d’amis, de même que l’usage de cigarettes et l’usage excessif d’alcool dans la dernière année ont été évalués à 15 ans. Une série de régressions logistiques similaire pour les deux types de substances a été menée. Les résultats montrent que la timidité prédit négativement l’usage de cigarettes et l’usage excessif d’alcool. Ces associations demeurent significatives en contrôlant pour de multiples variables confondantes. Toutefois, la timidité n’interagit pas avec l’appartenance à un groupe d’amis pour prédire l’usage de substances. En conclusion, cette étude confirme l’existence d’une relation prospective négative entre la timidité et l’usage de substances sur une période de trois ans. Les résultats suggèrent que la timidité pourrait exercer un effet bénéfique contre l’usage de substances nonobstant le contexte social de l’adolescent.
Table des Matières
RÉSUMÉ ... III TABLE DES MATIÈRES ... IV LISTE DES TABLEAUX ET DES FIGURES ... V REMERCIEMENTS ... VI AVANT-PROPOS ... VII
INTRODUCTION GÉNÉRALE ... 1
PROBLÉMATIQUE ... 1
DANGERS LIÉS À L’USAGE DE SUBSTANCES DURANT L’ADOLESCENCE ... 1
TIMIDITÉ,ANXIÉTÉ SOCIALE ET TROUBLE D’ANXIÉTÉ SOCIALE CHEZ LES JEUNES ... 3
MANIFESTATIONS ET CORRÉLATS DE L’ANXIÉTÉ SOCIALE CHEZ LES JEUNES ... 4
TIMIDITÉ ET USAGE DE SUBSTANCES À L’ADOLESCENCE ... 5
ANXIÉTÉ SOCIALE ET USAGE DE SUBSTANCES À L’ADOLESCENCE ... 6
TROUBLE D’ANXIÉTÉ SOCIALE ET USAGE DE SUBSTANCES À L’ADOLESCENCE ... 6
DISPARITÉS DANS LES RÉSULTATS ... 7
RATIONNEL DE L’ÉTUDE ET QUESTIONS DE RECHERCHE ... 8
DOES SHYNESS INTERACT WITH PEER AFFILIATION IN PREDICTING SUBSTANCE USE IN ADOLESCENCE? ... 10
RÉSUMÉ ... 11
INTRODUCTION ... 12
METHOD ... 14
Participants and Procedures ... 14
Measures ... 15 Statistical Analysis ... 16 RESULTS ... 17 Descriptive statistics ... 17 Logistic Regressions ... 21 DISCUSSION ... 23 CONCLUSION GÉNÉRALE ... 25 BIBLIOGRAPHIE ... 31
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Liste des Tableaux et des Figures
TABLE 1.DESCRIPTIVE STATISTICS ... 18
TABLE 2.LOGISTIC REGRESSIONS FOR PAST-YEAR CIGARETTE USE AND BINGE DRINKING ... 22
FIGURE 1.PAST YEAR CIGARETTE USE (%) ACCORDING TO SHYNESS DEGREE ... 20
Remerciements
J’aimerais tout d’abord remercier la Dre Natalia Poliakova, qui m’a offert une supervision serrée durant toutes les étapes de mon mémoire, rendant possible la réalisation de ce projet. J’aimerais également remercier mes superviseurs, le Dr Richard Bélanger et le Dr Michel Boivin, qui m’ont énormément appris, cela avec patience, professionnalisme et diligence. Finalement, j’offre mes remerciements au Dr Frank Vitaro et au Dr Richard Tremblay pour leur précieuse collaboration au sein de cette étude.
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Avant-propos
L’article intitulé « Does shyness interact with peer affiliation in predicting substance use in adolescence? » a été soumis durant la session d’hiver 2017 à la revue Psychology of Addictive
Behaviors®. Des modifications pourraient être apportées à l’article avant sa publication. Je (Alexandre Lemyre) suis le principal auteur de cet article. Les coauteurs apparaissent dans cet ordre : 1) la docteure Natalia Poliakova, professionnelle de recherche au centre de recherche du CHU; 2) le docteur Frank Vitaro, professeur titulaire à l’Université de Montréal; 3) le docteur Richard Tremblay, professeur émérite à l’Université de Montréal; 4) le docteur Michel Boivin, professeur titulaire à l’Université Laval; 5) le docteur Richard Bélanger, pédiatre, médecin de l’adolescence et professeur adjoint sous-octroi à l’Université Laval. J’ai largement contribué à toutes les étapes de la recherche, incluant les tâches suivantes : 1) choisir la question de recherche; 2) faire la revue de documentation; 3) trouver les variables à utiliser dans les questionnaires de l’ELDEQ; 4) identifier les analyses statistiques appropriées; 5) transformer (c.-à-d. recoder) les variables dans le logiciel SPSS; 6) mener les analyses préliminaires et descriptives dans le logiciel SPSS; 7) mener les analyses primaires dans le logiciel Mplus; 8) analyser les résultats; 9) construire les tableaux et les figures; 10) interpréter les résultats; 11) rédiger intégralement l’article.
Introduction Générale
Problématique
L’adolescence est une période de changements importants sur les plans physique, psychologique et comportemental. Celle-ci est caractérisée par la découverte de soi et du monde au travers une multitude d’expériences nouvelles, dont certaines sont impératives – puberté, maturation cognitive, etc. – et d’autres, dépendantes des choix de l’adolescent et des occasions qui s’offrent à lui – relations sexuelles, participation sportive, etc. Certaines de ces expériences sont triviales, alors que d’autres appuieront ou nuiront au développement sain de l’adolescent. Notamment, l’usage de substances est d’un intérêt particulier en raison du risque qu’elle représente.
L’usage d’alcool et de cigarettes débute généralement à l’adolescence et augmente rapidement entre 12 et 16 ans (Institut de la statistique du Québec [ISQ], 2013). Au Québec, cette période correspond au cursus pédagogique secondaire. Cette pratique, particulièrement chez les adolescents, est associée à de nombreux effets indésirables sur le plan de la santé psychologique et physique (p. ex., Sleet, Ballesteros, & Borse, 2010; World Health Organisation [WHO], 2011).
Dangers Liés à l’Usage de Substances Durant l’Adolescence
Le tabac est la première cause évitable de mortalité. Il s’agit d’un facteur de risque pour six des huit principales causes de décès – maladies du cœur, cancer du poumon, etc. –, entraînant mondialement six millions de morts chaque année (WHO, 2008; 2011). L’usage de tabac est également associé à un risque accru de présenter des problèmes de santé mentale, dont une dépression et des idéations suicidaires (Dome, Lazary, Kalapos, & Rihmer, 2010). Chez les adolescents, être fumeur est associé à un mauvais rendement scolaire, au décrochage scolaire et aux comportements de délinquance (Ellickson, Tucker, & Klein, 2001). Cette pratique prédit également l’usage de cannabis (Ramo, Liu, & Prochaska, 2012) et d’autres drogues (Ellickson et al., 2001; Fernández-Artamendi, Secades-Villa, Hermida, García-Fernández, & García-Rodríguez, 2013).
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Au Québec, en 2013, la prévalence d’usage de tabac au cours des 30 derniers jours était de 3% en secondaire 1, 15% en secondaire 3 et 23% en secondaire 5. Globalement, 12% des élèves du secondaire ont utilisé un produit du tabac dans les 30 derniers jours, comparativement à 22% en 2008. Au courant des 12 derniers mois, 56% des adolescents qui fument quotidiennement ont fait une tentative d’arrêt (ISQ, 2013). D’après une revue systématique (Bancej, O’Loughlin, Platt, Paradis, & Gervais, 2007), 92% des adolescents qui tentent d’arrêter de fumer rechutent à l’intérieur de 12 mois.
Globalement, l’utilisation d’alcool est impliquée dans 36% des morts entre 15 et 20 ans et 20% des morts chez les moins de 15 ans (Sleet et al., 2010). Les blessures sont la première cause de décès chez les jeunes de 10 à 19 ans. Celles impliquant des véhicules motorisés causent près du 2/3 de ces décès entre 10 et 14 ans, et entre 15 et 19 ans (Sleet et al., 2010). Aux États-Unis, en 2013, 17% des jeunes de 16 à 20 ans impliqués dans un accident de voiture causant la mort avaient un taux alcoolémie sanguine de 0,08 ou supérieure (National Highway Traffic Safety Administration, 2014). À l’adolescence, l’usage d’alcool est associé à un plus grand risque d’adopter des comportements violents, dont les comportements suicidaires (Schilling, Aseltine, Glanovsky, James, & Jacobs, 2009; Swahn, Bossarte, & Sullivent Iii, 2008). Cette pratique est également associée aux comportements sexuels à risque (Ritchwood, Ford, DeCoster, Sutton, & Lochman, 2015). Finalement, l’abus et la dépendance à l’alcool à l’âge adulte sont prédits par l’initiation hâtive à l’alcool (p. ex., Dawson, Goldstein, Chou, Ruan, & Grant, 2008), de même que par l’usage d’alcool en fin d’adolescence (McCambridge, McAlaney, & Rowe, 2011).
Au Québec, en 2013, les adolescents ayant utilisé de l’alcool une fois ou plus par semaine au cours des 12 derniers mois représentaient 1% des élèves en secondaire 1, 9% en secondaire 3 et 24% en secondaire 5. La prévalence d’usage excessif – cinq consommations ou plus en une occasion (binge drinking) – dans les 12 derniers mois est de 7% en secondaire 1, 36% en secondaire 3 et 63% en secondaire 5 (ISQ, 2013).
Plusieurs variables associées à l’initiation, l’usage et la croissance de l’usage de substances chez les adolescents ont été documentées (p. ex., Michel, Purper-Ouakil, & Mouren-Siméoni, 2001). La connaissance de ces variables permet de mieux cibler les enfants et les adolescents à risque d’utiliser des substances de manière problématique. Cela est
nécessaire afin d’optimiser l’offre de service clinique et les interventions de prévention ciblant cette population. Entre autres, au cours des dernières années, plusieurs études ont rapporté des résultats sur la relation entre la timidité, l’anxiété sociale (AS), le trouble d’anxiété sociale (TAS) et l’usage de substances chez les adolescents.
Timidité, Anxiété Sociale et Trouble d’Anxiété Sociale chez les Jeunes
Jones, Briggs, et Smith (1986) définissent la timidité comme : « la propension à répondre avec une anxiété, une conscience de soi-même et une réticence marquée dans une variété de contextes sociaux [traduction libre] » (p. 630). Aux États-Unis, 47% des adolescents rapportent être timides (Burstein, Ameli-Grillon, & Merikangas, 2011).
L’AS est un concept similaire à la timidité. Selon Schlenker et Leary (1982), l’AS est « une constellation d’expériences cognitives et affectives qui résultent de la perception d’évaluations interpersonnelles dans une situation sociale réelle ou imaginée [traduction libre] » (p. 665). Bien qu’il existe des différences théoriques entre la timidité et l’AS chez les adultes (Henderson, Gilbert, & Zimbardo, 2014; Turner, Beidel, & Townsley, 1990), les mesures les plus utilisées pour l’évaluation de la timidité (Cheek & Buss, 1981; Rai, 2011) et de l’AS (Birmaher et al., 1997; Chorpita, Yim, Moffitt, Umemoto, & Francis, 2000; La Greca & Lopez, 1998) chez les adolescents sont similaires. Pour cette raison, ces différences théoriques ne seront pas abordées plus en profondeur dans le présent mémoire.
La forme la plus sévère d’AS est le TAS, qui s’accompagne d’une altération du fonctionnement. Le TAS se caractérise par une anxiété marquée dans une ou plusieurs situations sociales où l’individu est exposé à la possible évaluation d’autrui. Chez les enfants, cette anxiété doit avoir lieu avec des pairs (c.-à-d. pas seulement lors des interactions avec les adultes). Plus précisément, l’individu craint que ses actes ou ses symptômes d’anxiété soient évalués négativement. Conséquemment, les situations sociales sont fuies ou tolérées avec beaucoup d’inconfort (American Psychiatric Association [APA], 2013).
Les jeunes présentant un TAS peuvent craindre plusieurs situations : les discussions en classe, les fêtes, les interactions avec les figures d’autorité, etc. Comparativement aux enfants, les adolescents présentant un TAS craignent des situations plus variées, dont celles
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propres à leur niveau de développement (p. ex., les rendez-vous galants) (Mancini, Van Ameringen, Bennett, Patterson, & Watson, 2005; Rao et al., 2007).
La prévalence du TAS chez les enfants et les adolescents varie entre 0,5% et 2% (APA, 2013), hormis aux États-Unis où ce pourcentage s’élève à près de 8% selon certains auteurs (Kessler, Petukhova, Sampson, Zaslavsky, & Wittchen, 2012). Kessler et al. (2005) rapportent que 25% des cas de TAS seraient déjà présents à l’âge de 8 ans, 50% à 13 ans, 75% à 15 ans et 90% à 23 ans. Une étude longitudinale auprès de jeunes âgés de 14 à 24 ans lors de la première évaluation montre que le taux de rémission complet du TAS 7 à 11 ans plus tard est de 66% (Beesdo-Baum et al., 2012).
Une seule étude a évalué le lien entre la timidité et le TAS chez les adolescents (Burstein et al., 2011). Aux États-Unis, parmi des adolescents timides, 12% présentent un historique de TAS, comparativement à 5% parmi les jeunes ne rapportant pas de timidité. La prévalence de timidité est plus grande chez les filles et demeure stable au courant de l’adolescence. Au contraire, la prévalence de TAS ne diffère pas entre les sexes et augmente au courant de l’adolescence (Burstein et al., 2011).
Manifestations et Corrélats de l’Anxiété Sociale chez les Jeunes
L’AS se manifeste sur les plans comportemental, cognitif et physiologique. Au plan comportemental, les enfants socialement anxieux peuvent pleurer, faire des crises de colère, figer, s’accrocher ou se recroqueviller (APA, 2013). De plus, chez les adolescents, l’AS est souvent manifestée par des comportements d’évitement, tel refuser d’aller à l’école ou de participer à des activités de groupe (p. ex., des sports d’équipe) (Voelkel, Lee, Abrahamson, & Dempsey, 2013). À l’instar des adultes, plusieurs jeunes tentent de gérer leur AS au moyen de comportements de réassurance, tel éviter les contacts visuels, ne pas parler et ne pas se dévoiler (Kley, Tuschen-Caffier, & Heinrichs, 2012; Morrison & Heimberg, 2013; Schreiber, Höfling, Stangier, Bohn, & Steil, 2012). Les jeunes socialement anxieux partagent également des caractéristiques avec les adultes sur le plan cognitif. Par exemple, ceux-ci ont une attention portée vers soi et ruminent sur leurs interactions sociales passées (Kley et al., 2012; Morrison & Heimberg, 2013; Schreiber et al., 2012; Voelkel et al., 2013). Finalement, la timidité et l’AS sous-clinique, mais pas le TAS, s’accompagnent d’une plus forte réponse
physiologique (p. ex., rythme cardiaque, pression sanguine, cortisol) face aux stimuli sociaux (Siess, Blechert, & Schmitz, 2014).
L’AS chez les jeunes est souvent accompagnée de symptômes intériorisés et d’une position sociale défavorable. En effet, dans cette population, l’AS est associée à une faible estime personnelle (De Jong, Sportel, De Hullu, & Nauta, 2012; Väänänen et al., 2014), aux symptômes dépressifs (De Jong et al., 2012; Stein et al., 2001; Väänänen et al., 2014) et à la victimisation (Erath, Flanagan, & Bierman, 2007; Siegel, La Greca, & Harrison, 2009; Storch, Brassard, & Masia-Warner, 2003; Storch, Masia-Warner, Crisp, & Klein, 2005).
Timidité et Usage de Substances à l’Adolescence
La timidité en cinquième et sixième année est négativement associée à l’usage actif ou passé d’alcool et de tabac (Bush & Iannotti, 1992). Entre la neuvième et la douzième année – la fin du secondaire dans le contexte québécois –, la fréquence d’usage d’alcool dans le dernier mois est inférieure pour les filles très timides comparativement aux filles timides ou non timides (Page, 1989), alors que les fumeurs et les non-fumeurs ont un degré de timidité similaire (Allen, Page, Moore, & Hewitt, 1994). Selon Varga et Piko (2015), la timidité durant l’adolescence est négativement associée à l’usage d’alcool chez les garçons et à l’usage de tabac chez les filles. D’autre part, la relation entre la timidité et l’usage de substances a également été étudiée de manière longitudinale. Fleming, Kellam, et Brown (1982) et Kellam, Ensminger, et Simon (1980) ont analysé la cohorte de Woodlawn, composée d’Africains américains issus d’un milieu socioéconomique défavorisé ayant été évalué pour la première fois en 1966-1967. Bien que ces données datent, il apparaît que la timidité en première année est négativement associée à l’initiation aux cigarettes et à l’alcool de 9 à 15 ans chez les filles (Fleming et al., 1982) et à un historique d’usage de ces substances à 16-17 ans chez les garçons (Kellam et al., 1980). Toutefois, dans une autre cohorte états-unienne, la timidité en quatrième et cinquième année ne prédit pas l’initiation au tabac et à l’alcool au courant de l’année subséquente (Bush & Iannotti, 1992). La possibilité de généraliser ces résultats prospectifs est limitée en raison des caractéristiques de l’échantillon, de l’année d’évaluation (Fleming et al., 1982; Kellam et al., 1980) ou du court laps de temps entre la mesure de la timidité et de l’usage de substances (Bush & Iannotti, 1992). Au final,
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les études disponibles semblent converger vers une association négative entre la timidité et l’usage d’alcool et de tabac, indiquant un possible effet bénéfique de cette variable.
Anxiété Sociale et Usage de Substances à l’Adolescence
Parmi les jeunes adolescents ayant consommé de l’alcool au courant du dernier mois, l’AS est négativement associée au nombre d’épisodes d’utilisation d’alcool, au maximum de consommations dans une seule journée et à la fréquence d’usage excessif d’alcool (Tomlinson & Brown, 2012). Chez les adolescents de la neuvième à la douzième année, l’AS est négativement associée à l’usage d’alcool au courant du dernier mois, mais pas à l’usage de tabac (Myers, Aarons, Tomlinson, & Stein, 2003). S. L. Henry, Jamner, et Whalen (2012) rapportent que les adolescents socialement anxieux utilisent moins de tabac avant et après leurs interactions avec leurs amis. Par ailleurs, deux études (Anderson, Tomlinson, Robinson, & Brown, 2011; Zehe, Colder, Read, Wieczorek, & Lengua, 2013) ont testé l’effet de modération de certaines variables sur la relation entre l’AS et l’usage de substances. Parmi les adolescents présentant une forte AS et percevant une utilisation d’alcool élevée chez leurs pairs, ceux ayant un faible besoin d’affiliation prennent moins de consommations lorsqu’ils boivent comparativement à ceux ayant un fort besoin d’affiliation (Anderson, Tomlinson, et al., 2011). Chez les filles de 11 à 12 ans, une forte AS combinée à une forte perception d’approbation de l’usage de substances par les pairs prédit positivement l’usage de tabac et d’alcool un an plus tard. Au contraire, l’AS combinée à une faible perception d’approbation prédit négativement l’usage de substances (Zehe et al., 2013). En générale, il apparaît que l’AS est négativement associée à l’usage d’alcool et qu’elle pourrait présenter une relation similaire avec l’usage de tabac.
Trouble d’Anxiété Sociale et Usage de Substances à l’Adolescence
Trois études (Sonntag, Wittchen, Höfler, Kessler, & Stein, 2000; Wittchen, Stein, & Kessler, 1999; Zimmermann et al., 2003) sont basées sur une cohorte allemande – the Early
Developmental Stages of Psychopathology Study – composée de jeunes âgés entre 14 et 24
ans (les plus jeunes participants sont surreprésentés) évalués en 1995. Les résultats montrent que le TAS non généralisé et généralisé sont associés à un historique de dépendance à la nicotine, mais pas à l’abus ou à la dépendance à l’alcool (Wittchen et al., 1999). Plus précisément, la présence d’un TAS est associée à la dépendance à la nicotine chez les filles,
mais pas chez les garçons (Sonntag et al., 2000). Contrairement à Wittchen et al. (1999), Zimmermann et al. (2003) ont observé une association positive entre le TAS – généralisé ou non – et la dépendance à l’alcool, bien que le TAS chez ces jeunes ne soit pas associé à l’abus d’alcool ni à l’usage régulier de cette substance. Deux études sur le même sujet (Griesler, Hu, Schaffran, & Kandel, 2011; Wu et al., 2010) ont évalué des cohortes états-uniennes de manière transversale. Entre 9 et 17 ans, les garçons ayant un TAS présentent un plus grand risque d’avoir fumé tous les jours au courant des six derniers mois. Toutefois, le TAS n’est pas associé à l’usage hebdomadaire d’alcool ou à l’usage excessif d’alcool au courant des six derniers mois (Wu et al., 2010). Parmi les adolescents de 12 à 19 ans ayant un historique d’usage de tabac, ceux présentant trois critères ou plus de dépendance à la nicotine sont deux fois plus à risque de présenter un TAS (Griesler et al., 2011). Au contraire des résultats obtenus en Allemagne et aux États-Unis, l’analyse d’une cohorte finlandaise d’adolescents âgés de 15 à 16 ans précise que les jeunes présentant un TAS sont deux fois moins à risque d’utiliser de l’alcool de manière hebdomadaire. De plus, dans cette cohorte, le TAS prédit négativement la fréquence d’utilisation d’alcool et d’états d’ébriété deux ans plus tard (Fröjd, Ranta, Kaltiala-Heino, & Marttunen, 2011).
Disparités dans les Résultats
D’après les études recensées, une tendance émerge selon laquelle la timidité et l’AS pourraient protéger les adolescents contre l’usage de substances, alors que le TAS pourrait être un facteur de risque pour certains jeunes. Les résultats des études convergent généralement malgré la diversité des populations investiguées. En effet, celles-ci sont issues de différents pays et ont été évaluées à différents moments au cours des 50 dernières années. Or, certains facteurs susceptibles d’influencer le lien entre la timidité, l’AS, le TAS et l’utilisation de substances varient en fonction du lieu et de l’époque : les lois (p. ex., l’interdiction de fumer dans les lieux publics), les campagnes de sensibilisation antitabac ou antidrogue, le stigma entourant l’AS ou l’utilisation de substances, etc. Toujours en lien à la diversité des populations étudiées, certains auteurs ont évalué les garçons et les filles séparément, alors que d’autres non. Encore une fois, cela n’a pas semblé mener à des résultats incongrus. Finalement, sur le plan des mesures, les chercheurs ont évalué des degrés variés
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d’utilisation de substances : initiation, usage régulier, usage excessif, trouble de la consommation, etc.
Rationnel de l’Étude et Questions de Recherche
Globalement, la relation entre la timidité et l’usage de substances est modeste et varie entre les études. Une explication pour ces observations est que dans certains contextes, la timidité exercerait un effet bénéfique contre l’usage de substances, alors que dans d’autres contextes, cet effet serait absent. Un de ces contextes pourrait être la présence ou l’absence d’un groupe d’amis.
Parmi les adolescents avec un groupe d’amis, ceux ayant un haut degré de timidité pourraient présenter un risque moins élevé d’utilisation de substances comparativement à ceux ayant un faible degré de timidité. D’abord, il est possible que les jeunes timides s’affilient avec des pairs présentant aussi un haut degré de timidité, comme c’est le cas pour les jeunes socialement anxieux (Van Zalk, Van Zalk, Kerr, & Stattin, 2011). En retour, ces amis timides pourraient être moins enclins à utiliser des substances (p. ex., Varga & Piko, 2015) et véhiculer un message moins positif face à ce comportement. Ensuite, la timidité est associée à une plus faible qualité des amitiés (Ponti & Tani, 2015). Des liens moins positifs avec les amis pourraient limiter le partage de substances ainsi que la fréquence des contacts, donc les occasions d’utiliser des substances.
Au contraire, parmi les adolescents sans groupe d’amis, ceux ayant un haut degré de timidité pourraient présenter un risque plus élevé d’utilisation de substances comparativement à ceux ayant un faible degré de timidité. Les jeunes timides ont tendance à se retirer socialement, ont des aptitudes sociales limitées et peuvent présenter une faible estime personnelle, ce qui peut mener au rejet et à la victimisation (Doey, Coplan, & Kingsbury, 2014; Kingery, Erdley, Marshall, Whitaker, & Reuter, 2010; Rubin, Coplan, & Bowker, 2009). Ces désavantages sont plus marqués chez les garçons, pour lesquels la timidité entre en conflit avec les stéréotypes sociaux valorisés (p. ex., courage, force) (Doey et al., 2014). En retour, la victimisation est un facteur de risque pour l’usage de substances durant l’adolescence (p. ex., Kelly et al., 2015; Tharp-Taylor, Haviland, & D'Amico, 2009). Ainsi, sans la protection d’un groupe d’amis, les adolescents timides pourraient expérimenter
davantage de victimisation que les adolescents peu timides, ce qui pourrait les motiver à utiliser des substances pour soulager leurs affects négatifs (c.-à-d. s’automédiquer).
La présente étude, concrétisée à l’intérieur d’un article scientifique, vise à répondre à deux questions : 1) la timidité à 12 ans prédit-elle l’usage de cigarettes et l’usage excessif d’alcool à 15 ans dans une cohorte contemporaine et représentative d’adolescents canadiens?; 2) le groupe d’amis modère-t-il la relation entre la timidité et l’usage de substances? Une relation négative prospective entre la timidité et l’usage des deux substances est attendue. Il est également attendu que cette relation négative soit plus forte pour les adolescents avec un groupe d’amis que pour les adolescents sans groupe d’amis.
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Does shyness interact with peer affiliation in predicting substance use in adolescence?
Alexandre Lemyre, B.A.1,2, Natalia Poliakova, Ph.D.2, Frank Vitaro, Ph.D.3,4, Richard E. Tremblay, Ph.D.5,6, Michel Boivin, Ph.D.1,3,7, Richard E. Bélanger, MD.2,8
1. School of Psychology, Université Laval, Québec, QC, Canada
2. Population Health and Optimal Health Practices Branch, CHU de Québec Research Center, Québec, QC, Canada
3. Research Unit on Children’s Psychosocial Maladjustment, University of Montreal, Québec, QC, Canada
4. CHU Sainte-Justine Research Centre, Montréal, QC, Canada
5. Departments of Psychology, University of Montréal, Montréal, QC, Canada 6. UCD School of Public Health, Physiotherapy and Population Science, University College Dublin, Dublin, Ireland
7. Institute of Genetic, Neurobiological, and Social Foundations of Child Development, Tomsk State University, Tomsk, Russian Federation
8. Department of Pediatrics, Centre mère-enfant Soleil, CHU de Québec, Université Laval, Québec, QC, Canada
Declaration: This study was conducted for the requirements of a Master’s Thesis at Université Laval, under the direction of Michel Boivin and Richard E Bélanger.
Résumé
La présente étude comporte deux objectifs : 1) tester de manière prospective la relation entre la timidité et l’usage de substances à l’adolescence; et 2) tester le rôle modérateur de l’appartenance à un groupe d’amis sur la relation entre la timidité et l’usage de substances. Les participants proviennent de l’Étude Longitudinale du Développement Des Enfants du Québec. La timidité a été évaluée à 12 ans. L’appartenance à un groupe d’amis, de même que l’usage de cigarettes et l’usage excessif d’alcool dans la dernière année ont été évalués à 15 ans. Des régressions logistiques ont été menées. Les résultats montrent que la timidité prédit négativement l’usage des deux substances. Toutefois, il n’existe pas d’interaction entre la timidité et l’appartenance à un groupe d’amis. En conclusion, les résultats suggèrent que la timidité pourrait exercer un effet bénéfique contre l’usage de substances nonobstant le contexte social de l’adolescent.
Abstract
The present study has two objectives: (a) to prospectively analyze the association between shyness and substance use during adolescence; and (b) to test the moderating role of peer affiliation on the relationship between shyness and substance use. Participants came from the Quebec Longitudinal Study of Child Development. Shyness was assessed at age 12 years. Peer affiliation, as well as past year cigarette use and binge drinking were assessed at the age of 15. Logistic regressions were used to analyze the data. Results show that shyness negatively predicts the use of both substances. However, shyness does not interact with peer affiliation in predicting substance use. In conclusion, the results suggest that shyness could exert a beneficial effect against substance use notwithstanding the adolescent’s social context.
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Introduction
Tobacco is the first preventable cause of death in the world, killing six million people each year (WHO, 2011). Among daily tobacco smoking adults in the USA, 88% had already started smoking by the age of 18 (United States Department of Health Human Services, 2012). On the other hand, alcohol is involved in 36% of fatalities among the 15- to 20-year olds (Sleet et al., 2010). In 2013, blood alcohol concentration among USA drivers was ≥ 0.08 g/dL in 17% of the 16- to 20-year olds involved in fatal car crashes (National Highway Traffic Safety Administration, 2014). Moreover, binge drinking (i.e. at least five alcoholic drinks in a single occasion) in adolescence is associated with suicide attempts (Schilling et al., 2009). In 2013, 6.2% of adolescents in the USA reported current binge drinking (Substance Abuse and Mental Health Services Administration [SAMHSA], 2013). Such figures indicate that a clearer understanding of cigarette use and binge drinking precursors among youth is still necessary. Although much research focuses on risk factors, it is also deemed important to evaluate beneficial and protective factors for the purposes of substance use prevention. Beneficial factors are the opposite of risk factors whereas protective factors are moderators. Many variables have been observed to negatively predict substance use in adolescents, i.e., operate as potential beneficial factors (e.g. Hemphill et al., 2011). One of them is shyness, which has been described as “the propensity to respond with heightened anxiety, self-consciousness, and reticence in a variety of social contexts” (Jones et al., 1986, p. 630). Regardless of gender, shyness does not seem to be associated with smoking during adolescence (Allen et al., 1994; Piko, Varga, & Mellor, 2016). However, it is negatively associated with binge drinking (Piko et al., 2016). Moreover, shy adolescents are less likely to present an alcohol use disorder (Burstein et al., 2011). Regarding gender, shyness is negatively associated with both alcohol and tobacco use in girls (Page, 1989; Varga & Piko, 2015), but only with alcohol use in boys of the same age group (Varga & Piko, 2015).
Only two longitudinal studies thus far have examined the relation between shyness and substance use in adolescence. In the context of the Woodlawn Study, Fleming et al. (1982) had analyzed a cohort of African-Americans from a lower socio-economic background that was first assessed in 1966-1967. Shyness in first grade was negatively associated with cigarette and alcohol initiation occurring during adolescence, especially in
females (Fleming et al., 1982). In another USA cohort, shyness in grades four and five was found to be a poor predictor of substance use initiation in the following year (Bush & Iannotti, 1992). Nevertheless, the latter result does not rule out the possibility that shyness might predict substance use over a longer period.
The relationship between shyness and substance use during adolescence is modest and varies between studies. It could be that in some contexts, shyness exerts a beneficial effect against substance use, while in other contexts, this beneficial effect is absent. One such context could be the presence or absence of a group of friends.
Among adolescents with a group of friends, shyness could limit the influence of friends on substance use (e.g. Barnes, Hoffman, Welte, Farrell, & Dintcheff, 2007) because of its effect on the quality of friendships and friends’ caracteristics. Indeed, while being shy may not imply having fewer friends, it could impede the quality of one’s friendships (Ponti & Tani, 2015). In addition, shy adolescents could affiliate with friends who are also shy, as is the case for socially anxious youth (Van Zalk et al., 2011); in turn, these shy friends could be less favorable to substance use. Conversely, as shyness is associated with peer rejection and peer victimization (Doey et al., 2014), shy adolescents without a group of friends may use substances to self-medicate (Hodges, Boivin, Vitaro, & Bukowski, 1999).
The objectives of the present study were (a) to prospectively analyze the association between shyness and cigarette use / binge drinking in a representative, contemporary longitudinal cohort of adolescents born in Quebec (Canada); and (b) to test the moderating role of peer affiliation on the relationship between shyness and cigarette use / binge drinking during adolescence. The two substances were tested separately as their relationship with shyness tends to differ based on current knowledge. Moreover, because boys and girls could react differently to the influence of their group of friends (Marschall-Lévesque, Castellanos-Ryan, Vitaro, & Séguin, 2014), the moderating role of gender was tested as well. We hypothesised that a prospective negative relationship between shyness and substance use would be found. We also hypothesised that this relationship would be stronger for adolescents with a group of friends than for adolescents without such a group.
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To ensure the validity of the results, confounders (i.e. control variables) were considered in the analysis. In the present study, most confounders were selected as they are associated with both shyness and substance use in the literature. In this regard, shyness and substance use are positively associated with depressive symptoms (Kaminer, Connor, & Curry, 2007; Murberg, 2009) and victimization (Kelly et al., 2015; Woodhouse, Dykas, & Cassidy, 2012), but negatively associated with the socioeconomic status (Hanson & Chen, 2007; Miller & Coll, 2007). Also, sensation seeking is negatively associated with shyness (Crozier & Birdsey, 2003), but positively associated with substance use (Doran et al., 2011; Stautz & Cooper, 2013). Other variables predicting substance use in adolescence were also used as confounders in the present study, although their possible relation to shyness had not been previously reported. Substance use during adolescence is negatively associated with attachment to school (Chen, Wu, Chang, & Yen, 2014; Dever et al., 2012) and the quality of the parent-child relationship (Harakeh, Scholte, Vermulst, de Vries, & Engels, 2004; Ryan, Jorm, & Lubman, 2010). Substance use during this period is also negatively associated with having immigrant parents (Haug, Schaub, Salis Gross, John, & Meyer, 2013; Sarasa-Renedo et al., 2015), while it is positively associated with having a blended family or single-parent family (Brown & Rinelli, 2010). Finally, substance use in adolescents is positively associated with alcohol use (Handley & Chassin, 2013) and cigarette use (Sullivan, Bottorff, & Reid, 2011) in the mother.
Method Participants and Procedures
Participants came from the Quebec Longitudinal Study of Child Development (QLSCD), a representative cohort of single-birth children born between 1997 and 1998 in Quebec, Canada, and selected through a region-based stratified sampling design. The extensive sampling procedure has been described elsewhere (Jetté & Des Groseillers, 2000). At the baseline, 2120 families participated in the survey. The current study uses data collected at age 12 years (n = 1415), 13 years (n = 1312) and 15 years (n = 1466). Among 15-year-old participants, 19 were excluded due to a diagnosis of autism or mental retardation (n = 16), or to aberrant data on substance use variables (n = 3). Among the remaining 1447 participants, those whose data informed about past-year cigarette use (n = 1416) and binge
drinking (n = 1419) were included in the analysis. Participating adolescents completed a computerized questionnaire while a self-reported questionnaire and an interviewer-administered questionnaire were completed by their parents. The QLSCD protocol was approved by the ethic committees of Institut de la statistique du Québec and the CHU Sainte-Justine Research Center.
Measures
Outcomes. Past-year cigarette use and binge drinking were reported by the adolescent
at the age of 15. The following questions were used: (i) “during the last 12 months, did you smoke at least one cigarette?” (“yes” or “no”) and (ii) “during the last 12 months, how many times did you have at least five drinks in a single occasion?” The latter question was dichotomized (i.e. zero time versus at least one time) to allow comparisons with cigarette use. Cigarette use and binge drinking were selected at 15 years because few participants had ever used substances at 13 years (early substance use was not the scope of this study). Data on substance use were not available after the age of 15.
Predictors. Shyness was self-assessed by the adolescent at the age of 12. Shyness
was selected at 12 years because this age coincides with the beginning of high school and allowed to predict substance use over a long period of time (i.e. three years). Shyness was assessed using the Asendorpf’s three-degree scale of shyness (Asendorpf, 1993), namely “I readily approach children I don't know” (reversed), “I am shy with children I don't know”, and “I take a long time to warm up to children I don't know”. To each statement, three optional answers were available, i.e. “never or not true”, “sometimes or somewhat true” and “often or very true”. The answer to the first item was transposed. A variable was then derived by calculation from these statements according to a scale from zero to 10. This continuous variable of shyness was used in the analysis. Moreover, in order to provide a graphical representation of the variation in substance use according to shyness, this continuous variable was transformed into a categorical variable: mild shyness (score ≤ 3), moderate shyness (3 < score < 7) and severe shyness (score ≥ 7). Peer affiliation was reported by the adolescent at the age of 15 by answering to the question: “Some people have a group of friends with whom they spend time, do activities or stroll. Do you belong to such a group?” (“yes” or “no”). Data
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Confounding variables. Among the control variables, two were treated as
dichotomous: (a) the family structure at the age of twelve (parent-report): “intact family (both parents living together)” vs. “blended or single-parent family”; and (b) the parents’ immigration status at birth (parent-report): “no immigrant parent” vs. “at least one parent being an immigrant”. The answer to two variables offered three options: (a) maternal alcohol use when the child was 13 years old (parent-report): “less than once a week”, “once a week or more”, or “every day”; and (b) maternal cigarette use when the child was 13 years old (parent-report): “never”, “sometimes”, or “every day”. All other covariates were computed variables (from zero to 10) derived from categorical statements: (a) a positive relationship with the parents (child-report at 15 years) (Lempers, Clark-Lempers, & Simons, 1989); (b) a negative relationship with the parents (child-report at 15 years) (Lempers et al., 1989); (c) depressive symptoms (child-report at 12 years) (Kovacs, 1992) ; (d) sensation seeking (child-report at 15 years) (Woicik, Stewart, Pihl, & Conrod, 2009); (e) attachment to school (child-report at 12 years) (Hill & Werner, 2006); (f) victimization (child-report at 12 years) (Ladd & Kochenderfer-Ladd, 2002); and (g) anxiety (child report at 12 years) (Boyle et al., 1987). Finally, the socioeconomic status when the child was 12 years (parent-report) was a continuous covariate whose value was between -3 and 3. It summarized the parents’ occupation, their education and the family household income (Wilms & Shields, 1996). All confounders (except the parents’ immigration status) were selected as close as possible to the assessment point of the independent variable (i.e. 12 years old); however, some confounders were only available at 13 or 15 years. This methodological choice allowed to control for the long-term effect of the confounders.
Statistical Analysis
A three-step logistic regression that was similar for each type of substance was used to analyze the data. As a first step, shyness (values between zero and 10) was entered into the model. At the second step, peer affiliation and gender were added, in addition to the two-way and three-way interactions. As a third and last step, confounding variables were added. Between each of the three steps, non-significant predictors (p > 0.05) were retrieved. All analyses were carried out using weighted data accounting for the complex multistage sample design. Participants whose data did not inform about the use of the target substance
were excluded from the analysis. When data for other variables, including shyness, were missing, they were handled using multiple imputations (n = 10 imputations). All variables had less than 15% of missing, except for cigarette use in the mother (32%) and alcohol use in the mother (31%). Both original and weighted/imputed results are reported. Logistic regression and imputations were performed using Mplus Version 7.3 (Muthén & Muthén, 2012). Descriptive analysis was performed with SPSS 23.
Results Descriptive statistics
Table 1 summarizes the participants’ characteristics before and after data transformation. Among the 15-year-old participants who were included in the study (n = 1447), the vast majority (97.2%-98.7%) provided data on substance use variables. In the past year, 17.2% of females and 13.4% of males had smoked at least one cigarette, while 43.0% of females and 40.4% of males had had five drinks or more at least once. As a visual support, Figures 1 and 2 present variations in substance use according to three degrees of shyness: mild, moderate and severe (the number of participants in each category is based on imputed and weighted data).
18 Table 1
Descriptive statistics
Females Males
Variables Original data (N = 759) Weighted data (N = 715) Variables Original data (N = 688) Weighted data (N = 723)
Past-year cigarette use Past-year cigarette use
Yes 16.5% 17.2% Yes 13.5% 13.4%
No 83.5% 82.8% No 86.5% 86.6%
Data availability (%) 747 (98.4%) 704 (98.5%) Data availability (%) 669 (97.2%) 701 (97.0%)
Past-year binge drinking Past-year binge drinking
Yes 44.3% 43.0% Yes 41.3% 40.4%
No 55.7% 57.0% No 58.7% 59.6%
Data availability (%) 749 (98.7%) 705 (98.6%) Data availability (%) 670 (97.4%) 700 (96.8%) Variables Original data
(N = 759)
Imputed and weighted data
(N = 715)
Variables Original data (N = 688) Imputed and Weighted data (N = 723) Shyness Shyness Mean (SD) 4.3 (2.3) 4.4 Mean (SD) 4.0 (2.3) 4.1
Data availability (%) 655 (86.3%) Data availability (%) 579 (84.2%)
Group of friends Group of friends
Yes 75.5% 75.0% Yes 67.7% 69.8%
No 24.5% 25.0% No 32.3% 30.2%
Data availability (%) 748 (98.6%) Data availability (%) 672 (97.7%) Positive parent-child
relationship
Positive parent-child relationship
Mean (SD) 7.1 (2.4) 7.0 Mean (SD) 7.1 (2.3) 7.0
Data availability (%) 748 (98.6%) Data availability (%) 670 (97.4%) Negative parent-child
relationship
Negative parent-child relationship
Mean (SD) 1.9 (1.4) 1.9 Mean (SD) 1.9 (1.6) 2.0
Data availability (%) 748 (98.6%) Data availability (%) 670 (97.4%)
Mean (SD) 1.3 (1.4) 1.4 Mean (SD) 1.3 (1.5) 1.4
Data availability (%) 655 (86.3) Data availability (%) 579 (84.2%)
Sensation seeking Sensation seeking
Mean (SD) 6.1 (2.4) 6.0 Mean (SD) 6.8 (2.4) 6.7
Data availability (%) 750 (98.8%) Data availability (%) 672 (97.7%)
Attachment to school Attachment to school
Mean (SD) 7.9 (1.9) 7.8 Mean (SD) 7.1 (2.1) 7.1
Data availability (%) 654 (86.2%) Data availability (%) 578 (84.0%)
Victimization Victimization
Mean (SD) 2.3 (2.0) 2.3 Mean (SD) 2.9 (2.2) 2.9
Data availability (%) 654 (86.2%) Data availability (%) 577 (83.9%)
Socioeconomic Status Socioeconomic Status
Mean (SD) 0.0 (1.0) -0.1 Mean (SD) 0.0 (1.0) -0.1
Data availability (%) 660 (87.0%) Data availability (%) 605 (87.9%)
Family structure Family structure
Intact 66.0% 64.3% Intact 64.2% 64.7%
Not intact 34.0% 35.7% Not intact 35.8% 35.3%
Data availability (%) 658 (86.7%) Data availability (%) 603 (87.6%)
Parents immigration status Parents immigration status
Immigrant parent (n ≥1) 13.6% 18.2% Immigrant parent (n ≥1) 12.7% 18.1%
No immigrant parent 86.4% 81.8% No immigrant parent 87.3% 81.9%
Data availability (%) 720 (94.9%) Data availability (%) 646 (93.9%)
Mother’s cigarette use Mother’s cigarette use
Not at all 80.5% 78,7% Not at all 78.7% 76.3%
Sometimes 3.7% 3.9% Sometimes 4.4% 4.4%
Every day 15.7% 17,4% Every day 16.9% 19.3%
Data availability (%) 534 (70.4%) Data availability (%) 450 (65.4%)
Mother’s alcohol use Mother’s alcohol use
< 1/week 50.0% 53.0% < 1/week 46.0% 50.7%
≥ 1/week 48.5% 45.2% ≥ 1/week 51.2% 47.0%
Every day 1.5% 1.8% Every day 2.8% 2.3%
20 17,6 15,2 9,2 0 5 10 15 20
Mild (n = 354) Moderate (n = 918) Severe (n = 132)
Pas
t-y
ear
ci
g
aret
te
u
se
(%
)
Shyness
50,1 40,5 27,9 0 10 20 30 40 50 60Mild (n = 356) Moderate (n = 918) Severe (n = 132)
Pas
t-y
ear
b
in
g
e
d
ri
n
k
in
g
(%
)
Shyness
Figure 1. Past year cigarette use (%) according to shyness degree
Logistic Regressions
The results of the three-step logistic regressions are presented in Table 2. As shown in the first step, shyness significantly predicted both cigarette use (β = -.10, p = .02) and binge drinking (β = -0.13, p < .01). At step two, both peer affiliation and gender were added to the model, as well as the two-way and three-way interactions. After introducing the latter parameters, shyness remained a significant predictor of both cigarette use (β = -0.09, p = .02) and binge drinking (β = -0.13, p < .01). Peer affiliation also significantly predicted cigarette use (β = 0.46, p = .02) and binge drinking (β = 0.55, p < .01). Gender, as well as the two-way and three-way interactions were not significant for either substance use. In step three, the confounding variables were added. Still, shyness was a significant predictor of cigarette use (β = -0.11, p = .01) and binge drinking (β = -0.11, p < .01). Similarly, peer affiliation predicted cigarette use (β = 0.41, p = .04) and binge drinking (β = 0.50, p < .01).
22 Table 2
Logistic regressions for past-year cigarette use and binge drinking
Steps and predictor variables B SE p OR 95% CI
Past-year cigarette use Step 1 Shyness -0.10 0.04 0.02 0.91 [0.84, 0.98] Step 2 Shyness -0.09 0.04 0.02
0.91
[0.84, 0.99] Group of friends 0.46 0.20 0.02 1.58 [1.08, 2.31] Step 3 Shyness -0.11 0.04 0.01 0.90 [0.83, 0.97] Group of friends 0.41 0.21 0.04 1.51 [1.01, 2.27] Positive parent-child relationship -0.11 0.04 0.00 0.89 [0.83, 0.96] Negative parent-child relationship 0.15 0.05 0.01 1.16 [1.04, 1.29] Attachment to school -0.11 0.05 0.02 0.89 [0.82, 0.98] Family Structure 0.86 0.20 0.00 2.35 [1.59, 3.48]Mother’s cigarette use 0.35 0.13 0.01 1.41 [1.10, 1.81]
Past year binge drinking Step 1 Shyness -0.13 0.03 0.00 0.88 [0.83, 0.93] Step 2 Shyness -0.13 0.03 0.00 0.88 [0.83, 0.93] Group of friends 0.55 0.14 0.00 1.73 [1.32, 2.26] Step 3 Shyness -0.11 0.03 0.00 0.90 [0.84, 0.96] Group of friends 0.50 0.14 0.00 1.64 [1.24, 2.18] Positive parent-child relationship -0.16 0.03 0.00 0.85 [0.81, 0.90] Sensation seeking 0.19 0.03 0.00 1.21 [1.14, 1.28] Family structure 0.33 0.15 0.02 1.39 [1.05, 1.86]
Parents immigration status -0.80 0.22 0.00 0.45 [0.29, 0.69]
Mother’s alcohol use 0.40 0.16 0.01 1.49 [1.09, 2,04]
Discussion
The two objectives of the present study were (a) to prospectively analyze the association between shyness and cigarette use / binge drinking in a representative, contemporary longitudinal cohort of adolescents born in Quebec (Canada), and (b) to test the moderating role of peer affiliation on the relationship between shyness and cigarette use / binge drinking during adolescence. Our results indicate that shyness at the age of 12 negatively predicted cigarette use and binge drinking at age 15. These predictive associations remained significant even after adjusting for covariates. However, there was no interaction between shyness and peer affiliation in predicting substance use.
The results related to shyness and substance use are partially conflicting with previous findings. One longitudinal study (Fleming et al., 1982), which was conducted with African-Americans from a lower socio-economic background, reported that shyness in first grade negatively predicted initiation to cigarette use and alcohol use during adolescence. On the contrary, another study conducted in the USA (Bush & Iannotti, 1992) reported no prospective association between shyness and substance use over a one year period. Our results could indicate that shyness must be experienced for a long period of time before its beneficial effect against substance use appears.
Peer affiliation was positively associated with cigarette use and binge drinking. This is in line with the results of Barnes et al. (2007) who found that merely spending time with friends or with a date is associated with binge drinking and cigarette use. It has long been recognized that friends may help to create the rationale to use substances, as well as provide substances and facilitate access to social settings where use of substances occurs (Oetting & Beauvais, 1986). Friends can also exert their influence through a socialization process, including normative and overt pressure. Normative pressure, which is mainly determined by the perceived approval of substance use and substance use behaviors by the subject’s friends, plays a more important role than overt pressure, i.e., the direct persuasion of friends to conform to their behavior (Hoffman, Sussman, Unger, & Valente, 2006; Simons-Morton & Farhat, 2010). Although friends’ characteristics could not be assessed in the present study, it is noteworthy that affiliation with deviant peers could represent an even greater risk for
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between peer affiliation and substance use might also exist, since conforming to peers’ expectations regarding alcohol use (e.g. getting drunk) could contribute to having more friends (Balsa, Homer, French, & Norton, 2011).
Contrary to our expectations, shyness did not interact with peer affiliation to predict cigarette use or binge drinking. This adds to the results of Ponti and Tani (2015) who found that the quantity of friends does not moderate the relationship between shyness and internalizing symptoms in early adolescence. The present results suggest that shyness could exert a beneficial effect against substance use notwithstanding the adolescent’s social context.
As expected, many confounding variables predicted substance use, which consolidates the results of previous studies (Brown & Rinelli, 2010; Chen et al., 2014; Dever et al., 2012; Handley & Chassin, 2013; Hanson & Chen, 2007; Harakeh et al., 2004; Ryan et al., 2010; Sarasa-Renedo et al., 2015; Stautz & Cooper, 2013; Sullivan et al., 2011). Among them, the parent-child relationship quality, attachment to school and substance use in the mother could be influenced through interventions.
This study has several strengths. First, a three-year interval separated the assessment of shyness and substance use. Secondly, it used data from a representative sample of adolescents living in a Canadian province (i.e. Quebec). Thirdly, the most relevant confounding variables were controlled for, ensuring the validity of the findings. However, some limitations should be kept in mind in the interpretation of the results. First, peer affiliation was assessed using a single dichotomous item. A count variable for the number of friends would allow a more sensitive assessment. Secondly, only two measures of substance use were used (i.e. past-year cigarette use and binge drinking), which may not cover other important aspects of the relationship between shyness and substance use. Thirdly, it was not possible to document the evolution of shyness between 12 and 15 years as this variable was not assessed after the age of 13. Despite these limitations, the present results indicate that shyness could exert a beneficial effect against substance use during adolescence.
Conclusion Générale
Le premier objectif du présent mémoire était de tester de manière prospective la relation entre la timidité et l’usage de substances chez les adolescents. Les démarches effectuées ont permis de valider, dans une cohorte contemporaine et représentative, que la timidité à 12 ans prédit négativement l’usage de tabac et l’usage excessif d’alcool trois ans plus tard. La relation entre la timidité et l’usage de substances s’est maintenue malgré le contrôle statistique pour plusieurs variables confondantes. Ces dernières ont été sélectionnées sur la base de leur disponibilité dans l’ELDEQ et de leur relation avec la timidité et l’usage de substances dans la documentation. Les résultats obtenus suggèrent que la timidité pourrait exercer un effet bénéfique contre l’usage de substances. Il est toutefois impossible de conclure à un lien causal.
Dans la présente étude, l’affiliation aux pairs était positivement associée à l’usage de cigarettes et l’usage excessif d’alcool. Cela pourrait partiellement s’expliquer par le fait que l’usage de tabac et d’alcool chez les adolescents et les jeunes adultes a principalement lieu avec des amis (SAMHSA, 2013; Tucker, Ellickson, Collins, & Klein, 2006). À cet égard, il faut noter que les activités non structurées avec des amis, mais pas la participation à des activités extracurriculaires (p. ex., la participation sportive), pourraient mener à une augmentation du risque d’usage de substances (Hoffman et al., 2006).
Contrairement à ce qui était attendu, la timidité n’a pas interagi avec l’appartenance à un groupe d’amis pour prédire l’usage de tabac ou l’usage excessif d’alcool. Cela indique que la relation prospective négative entre la timidité et l’usage de substances est la même pour les adolescents sans groupe d’amis que pour ceux ayant un groupe d’amis. Ainsi, la timidité pourrait exercer un effet bénéfique similaire dans ces deux contextes. D’une part, parmi les jeunes sans groupe d’amis, la timidité pourrait représenter un obstacle à approcher des pairs pour se procurer des substances. D’autre part, parmi les adolescents ayant un groupe d’amis, la timidité pourrait nuire à la qualité des relations d’amitié (Ponti & Tani, 2015), limitant le partage de substances et la fréquence des contacts, donc les occasions d’utilisation de substances. Il est également possible que dans l’un des deux contextes étudiés (c.-à-d. l’absence ou la présence d’un groupe d’amis), certains mécanismes s’opposent et se
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pourraient s’affilier à des amis également timides (Van Zalk et al., 2011), ces derniers étant moins favorables à l’usage de substances. En contrepartie, bien que les occasions d’utilisation de substances seraient plus rares dans de tels groupes, la peur de l’évaluation négative pourrait augmenter le risque de se conformer aux comportements des amis lorsque ceux-ci utilisent du tabac ou de l’alcool.
Dans la présente étude, plusieurs variables confondantes ont prédit l’usage de substances. Cela était attendu puisque ces variables ont été sélectionnées sur la base de leur association avec l’usage de tabac et d’alcool dans la documentation. Trois de ces variables confondantes présentent un intérêt particulier puisqu’elles sont potentiellement modifiables : la relation positive ou négative entre le jeune et ses parents, l’usage de cigarette ou d’alcool de la mère, ainsi que l’attachement à l’école.
En ce qui a trait à la relation entre le jeune et ses parents, plusieurs études ont montré une association négative entre la qualité de la relation parents-adolescent et l’usage de substances à l’adolescence (Hummel, Shelton, Heron, Moore, & van den Bree, 2013; Ryan et al., 2010). Cette relation est médiée par le sentiment d’efficacité personnelle de l’adolescent (Harakeh et al., 2004) ainsi que par le degré d’influence des parents (Gerrard, Gibbons, Zhao, Russell, & Reis-Bergan, 1999). De manière intéressante, la qualité de la relation parents-adolescent prédit également les conséquences de l’usage d’alcool (Kuntsche, van der Vorst, & Engels, 2009).
Dans la présente étude, l’usage de cigarettes de la mère a prédit l’usage de cigarettes de l’adolescent, alors que l’usage d’alcool de la mère a prédit l’usage excessif d’alcool de l’adolescent. Selon une revue systématique (Sullivan et al., 2011), la théorie de l’apprentissage sociale (Bandura, 1977) est généralement utilisée pour expliquer l’influence de l’usage de tabac de la mère sur l’usage de tabac de l’adolescent. En support à cette hypothèse, l’usage de tabac de la mère est plus fortement associé à celle de l’adolescent lorsque la qualité de la relation mère-adolescent est élevée (Andrews, Hops, & Duncan, 1997). En outre, la relation entre l’usage de substances de la mère et l’usage d’alcool de l’adolescent est médiée par la qualité de la relation avec la mère (Shorey et al., 2013) et le dévoilement de la mère concernant ses expériences négatives avec l’utilisation d’alcool (Handley & Chassin, 2013); toutefois, elle n’est pas médiée par les attentes de l’adolescent
concernant l’utilisation d’alcool (Cranford, Zucker, Jester, Puttler, & Fitzgerald, 2010). Finalement, selon deux études qualitatives (Ebersole, Miller-Day, & Raup-Krieger, 2014; McLaughlin, Campbell, & McColgan, 2016), l’usage de substances chez l’un des parents pourrait faciliter l’accès aux substances en plus de communiquer un message implicite permissif concernant l’usage de substances.
Le lien négatif entre l’attachement à l’école et l’usage de substances, lequel a été identifié dans la présente étude, est également cohérent avec les résultats d’études antérieures (p. ex., Chen et al., 2014; Dever et al., 2012). Wenzel, Weichold, et Silbereisen (2009) ont évalué les effets d’un programme visant à prévenir l’usage de substances. Les auteurs ont conclu que l’effet du programme sur le risque d’utilisation d’alcool est partiellement médié par une augmentation de l’attachement à l’école. À cet égard, le lien entre l’attachement à l’école et l’usage de substances est lui-même médié par la perception du risque que représente l’usage d’alcool et de tabac vis-à-vis des aspirations futures (K. L. Henry, Swaim, & Slater, 2005). En outre, puisque l’usage de substances prédit l’attachement à l’école (Giannotta & Özdemir, 2013), une relation causale inverse est également possible.
Au-delà des données disponibles pour analyse, certains individus présentent de l’AS à l’adolescence. Tous comme les jeunes timides, ceux-ci sont généralement moins à risque d’utiliser de l’alcool et du tabac (Anderson, Tomlinson, et al., 2011; S. L. Henry et al., 2012; Myers et al., 2003; Tomlinson & Brown, 2012; Zehe et al., 2013). Au contraire, l’AS pathologique (c.-à-d. le TAS) pourrait augmenter le risque d’utilisation de substances, dont le tabac et l’alcool (Griesler et al., 2011; Sonntag et al., 2000; Wittchen et al., 1999; Wu et al., 2010; Zimmermann et al., 2003). Cette condition implique d’importantes difficultés fonctionnelles ou une détresse subjective élevée (APA, 2013). Pour cette raison, les adolescents présentant un TAS pourraient être motivés à utiliser des substances afin de soulager leur fardeau. Cette hypothèse explicative a d’ailleurs été explorée dans la population adulte (Carrigan & Randall, 2003; Morris, Stewart, & Ham, 2005). Dans cette perspective, l’AS, selon son intensité, les limites fonctionnelles qui y sont associées et son interaction avec des variables individuelles et environnementales, pourrait diminuer ou augmenter le risque d’utiliser des substances.
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De même, d’autres symptômes peuvent s’accroitre durant l’adolescence et influencer l’usage de substances. Ceux-ci apparaissent parfois en comorbidité avec la timidité, l’AS ou le TAS. C’est notamment le cas des symptômes dépressifs (Adkins, Wang, Dupre, van den Oord, & Elder, 2009). En effet, les symptômes dépressifs sont positivement associés à l’usage de substances chez les adolescents (Audrain-McGovern, Rodriguez, & Kassel, 2009; Bekman, Cummins, & Brown, 2010; Kaminer et al., 2007; Tomlinson & Brown, 2012), ce qui pourrait également s’expliquer par l’automédication.
Outre ces différents symptômes pouvant pousser à l’automédication, les comportements à risque chez les adolescents sont intimement liés aux besoins qui émergent durant cette période développementale. Le besoin d’affiliation extrafamiliale, incluant le besoin d’amitiés et le besoin d’un partenaire romantique, illustre cette réalité (Giordano, 2003). En effet, ce besoin d’affiliation est susceptible d’augmenter l’adhérence aux comportements normatifs du groupe et du partenaire, que ceux-ci soient favorables à l’usage de substances ou qu’ils s’y opposent. En parallèle, les besoins sexuels augmentent également durant la puberté (Tolman & McClelland, 2011). Ainsi, l’alcool pourrait être utilisé pour son effet anxiolytique et désinhibiteur, lequel est susceptible de faciliter les rapprochements intimes. Il apparaît d’ailleurs que l’usage d’alcool chez les adolescents est associé à une augmentation des relations sexuelles à risque (Ritchwood et al., 2015). Par ailleurs, le besoin de sensations fortes se développe également entre l’enfance et l’adolescence (Steinberg, 2007, 2008; Steinberg et al., 2008). Il s’agit « d’un trait caractérisé par la recherche de sensations et d’expériences variées, nouvelles, complexes et intenses, et la volonté de prendre des risques physiques, sociaux, légaux et financiers pour vivre ces expériences [traduction libre] » (Zuckerman, 1994, p. 27). Le besoin de sensations fortes est positivement associé à l’usage de substances (Doran et al., 2011; Stautz & Cooper, 2013). L’affiliation à des pairs déviants peut partiellement expliquer cette relation (Yanovitzky, 2005). De plus, l’initiation à une substance, la prise d’alcool en grande quantité ou l’utilisation de drogues peuvent répondre directement au besoin de sensations fortes. De manière intéressante, il arrive que ce besoin soit canalisé dans des sports à haut impact (p. ex., ski, escalade, vélo de montagne) (Roberti, 2004). À cet égard, chez les adolescents, la pratique sportive est associée à une augmentation de l’usage d’alcool, mais à une diminution de l’usage de tabac et de drogues (Kwan, Bobko, Faulkner, Donnelly, & Cairney, 2014; Lisha & Sussman, 2010). Finalement,
la prise de risques à l’adolescence peut découler d’un besoin d’autonomie grandissant (Spear & Kulbok, 2004). Ainsi, prendre des risques (p. ex., utiliser des substances) est parfois une manière d’affirmer et d’explorer leur autonomie (Curtis, 1992).
La timidité, l’AS, les symptômes dépressifs et les divers besoins des adolescents comptent parmi les facteurs pouvant les motiver ou les démotiver à utiliser des substances. Ces motivations sont importantes à considérer afin de bien comprendre l’usage de substances chez les adolescents. Cooper (1994) a identifié quatre motivations pour l’usage d’alcool : (a) réduire ou réguler des émotions négatives (coping), (b) éviter la censure ou la rejection sociale (conformity), (c) augmenter l’humeur ou le bien-être (enhencement), et (d) obtenir des récompenses sociales (social). Lorsque la motivation mène à l’utilisation de substances et que ce comportement produit le résultat souhaité, celui-ci est renforcé. Les motivations
coping et conformity correspondent au renforcement négatif, alors que les motivations enhencement et social correspondent au renforcement positif (Cooper, 1994). Les
adolescents et les jeunes adultes utilisent généralement de l’alcool en raison d’une motivation sociale (Kuntsche et al., 2014; Kuntsche, Knibbe, Gmel, & Engels, 2005).
Concernant l’usage de tabac, quatre types de motivations chez les adolescents ont été proposés : 1) améliorer les aspects sociaux d’un évènement, 2) augmenter la confiance personnelle, 3) combattre l’ennui et 4) réguler les affects (c.-à-d., éliminer des affects négatifs ou produire des affects positifs) (Wills, Sandy, & Shinar, 1999). La diminution de l’ennui prédomine aux États-Unis, les motivations sociales sont importantes en Hongrie et la régulation des affects motive l’usage de tabac dans ces deux pays (Piko, Varga, & Wills, 2015; Piko, Wills, & Walker, 2007).
En outre, il existe également des motivations à ne pas consommer, qui jouent un rôle important dans l’initiation aux substances et la persistance de leur utilisation. Merrill, Martin, Abar, et Jackson (2016) ont construit et validé une échelle comportant 12 motifs pour s’abstenir ou limiter l’usage d’alcool. Cette échelle est divisée en deux facteurs : 1) la performance et le contrôle (p. ex., « j’aime être en contrôle de moi-même », « boire interfère avec les études » [traduction libre]) et 2) l’éducation (p. ex., « je ne suis pas suffisamment vieux pour boire », « boire est une chose que les mauvais adolescents font » [traduction