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Le sens historique et la couleur locale dans le drame romantique.

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DEPOSITED B Y T H E C O M M I T T E E O X

(Srabuate Stubies.

1 |

T

is

No &M..1 LIBRARY OF

McGILL UNIVERSITY

M O N T R E A L Received 1 vJ C-.\

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Chapitre I.

L#- gens historiqu-e—e-t—la -Qouloug-I:ocare dan 8 le dr-ame romantiquo*

On a quelquefois definl le romantlsme comme une reaction

contre le classicisme. Et cfe.3t une reaction tout dfabord, contre

les regies et les formules qui gouvernaient les g-e-nio-s litteraires du XVIIIe siecle, et aussi une reaction plus profonde contre 1'es-prit du classicisme. La litterature du XVIIIe siecle prenait pour modeles les anciens et le XVIIe siecle frangais, le roraantisme

leur substitue le moyen age et les etrangers. Corame angetres et repondants il invoq&e Ossian et Shakespeare et Salter Scott, Goethe et Schiller. A cote de 1 influence etrangere joue une influence nafrugala aussi importante. Les evenements politiques contribuerent a determiner le sens du nouveau courant litteralre. Au XVIIIe

siecle on comrnenga a s'interesser a l!histoire, grace surtout au

"Siecle de Louis XIV" de Voltaire, mais le grand reveil de

patri-otisme que la revolution provoqua donna a l!etude de l'histoire

un interet intense. Les historiens de lfecole romantique,

sur-tout Augustin Thierry "le chantre eplque des jeunes annees de la

France" sfefforgaient de ressusciter la forme du passe, de

repre-senter les rnoeurs et les ames des generations disparues. L'etude

de lThistoire et des romanciers tels que Talter Scott insplraient

les romans et les drames historiques.

Pour le romantlsme hlstorique et pittorasque les peintres

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tableaux historiques. Lss peintres se melent aux poetes dans le Cenacle chez Nodier que les freres Desolimps frequentaient

aussi bien que Hugo, Vigny et Dumas. Dans le theatre romantique on trouve cette influence de peintres repandue sous la forme de couleur locale.

Les poetes classiques ont traite des siijets historiques, mais ils les ont traites au point de vue general; ils ont

etudie chez les personnages a'histoire ou de mythe ce qufil y

a dfnumain et d'universel. Pour tout ce qui concerne

l'ex-terieur, leurs heros sont des Frangais du XVIIe siecle. Une des innovations importantes que l'ecole romantique a appor^t au theatre est la preoccupation de la verite historique et ue la couleur exacte. Dans cette etude nous considerons la

por-tee de cette tendance nouvelle dTabord chez les precurseurs,

en suite chez les romantiques proprement dits, et nous verrons en quelle rnesure leurs pretentions ont ete Justifiees par le succes.

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Chapitre II. Les Precureeurs.

On trouve chez Voltaire le premier souci de couleur locale;

il nfa pas tres bien reussi, mais c'est une premiere tentative.

Voltaire est novateitr par le fait qu'il porte I1 action hors du

monde mythologique greco-romain, il la promene en Asie, en Afrique, en Amerique; il la ramene en France en plein moyen age feodal.

II s!occupe aussi des costumes des personnages. Dans "Brutus"

il montre des senateurs en robe rouge, il fait tirer un coup de canon dans "Adelaide Du Guesclin" et il costume Totrain- en Tartare avec un grand arc a, la main et de farouches plumes sur un casque invraisemblable dans "L'Orphelin/ de la Chine". C'est Voltaire qui rend un grand service au theatre en banissant les spectateurs de la scene. Pourtant il est trop bon classique pour faire des innovations hardies. II tient par trop aux trois unites qui sont tout a fait hostiles a la couleur locale.

Duels qui a ecrit des adaptations des drames de Shakespeare, est un novateur aussi timide que Voltaire. "II a rogne les drames de Shakespeare avec d'impitoyables ciseaux sur le patron de

Vol-taire ... il y a tous les agrements traditionnels,'vbillets,

tra-vestis, meprises, conspirations, songes, confidents" (Lanson). "Hamlet"apparut en 1759. Dans ce drame la reine Gertrude est une femme presque douce qui a aime Claudius avant d'etre reine. Elle est pleine d'alarmes, suivies de remords. Claudius complote

pour saisir le trone a lfinsu de la reine. "Romeo et Juliette"

fut joue pour la premiere fois en 1772. On reconnait a peine les deux amants de Shakespeare. Ils ont ete eleves ensemble et s'aim-ent depuis I'enfance. En "Macbeth" (1784) les sorcieres sont

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bannies, elles restent pourtant dans une timide variante; Lady

Macbeth sTappelle Fredegonde, elle est devenue une mere tendre

qui ne desire le trone que pour ses deux fils. Macbeth enseigne la morale au jeune Malcolm, pour en faire un bon roi. Dans

"Jean Sans-Terre" (1791) le roi tue le jeune prince Arthur ainsi

que sa mere et son protecteur, de sa propre main. LTauteur

ex-plique ainsi sa pensee "JTai fait perir ce prince par la main du

roi, son onele, parcequTen effet ce roi perfide et barbare le

poignarda lui-meme, et qu'il m!eut ete impossible de dementir

l'histoire sur un fait aussi connu; mais jfai eru devoir le

pu-nir en quelque fagon, en lui faisant annoncer par Hubert une

mort funeste et terrible, quTil trouverait dans une coupe

em-poisonnee, et j'ai suivi en cela. Shakespeare qui le fait expirer devant les spectateurs, par ce genre de mort." "Othello" fut

represents pour la premiere fois en 1792. Duels nous explique .;..;

pourquoi il nfa pas donne un visage noir a Othello selon 1'usage

du theatre ie Londres. "J'ai pense que le teint jaune et cuivre pouvant aiileurs convenir aussi a un Africain, auralt l'avantage

A 7

de ne pas revolter lToeil du public, surtout celui des femmes."

Desdemone est devenue Hedelmone; elle a en effet des entretiens secrets avec un amoureux Loredan, ce qui donne^la jalouie a

Othello. Le mouchoir de la piece anglaise est remplace par un bandeau. Pezare (lago) produit ce mouchoir et un billet comrr.e

des preuves de l'infidelite dfHedelmone. Au lieu dTetouffer 3a

femme avec un humble oreiller, Othello la tue avec un poignard. Si le texte de Shakespeare porte "o ma belle guerriere", Ducis

met "aimable enfant", "interessante orpheline". LTauteur fait

imprimer sa piece avec deux catastrophes differentes, un denoue-ment ou Othello tue Hedelmone, et un denouedenoue-ment heureux

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absolu-trouvent 1'autre trop penibleJ Ces drames qui sont illisibles et ridicules aujourd'hui furent goutes par les eollegues de Duels. Dans 1'avertissement qu'il met en tete de 1'edition de 1313, Auger dit: "Duels, avec un art ou'on eut admire davantage si l'on eut mieux apprecie les difficultes de 1'entreprise, a su reduire aux proportions et soumettre aux lois etablies par notre systeme dramatique les ouvrages gigantesques et monstru-eux du tragique anglais; il a su degager les traits simples et sublimes de l'alliage impur qui les deshonorait, et les rendre avec cette force, cette ehaleur, cette verite d'expression qui associe, qui egale presque les droits du talent imitateur a ceux du genie original-. Combien d'ailleurs n'a-t-il pas ajoute de pensees males ou profondes, de sentiments eleves ou touchants a ceux que lui fournissait son modele.'"

Nepoumucene Lemercier nie avec indignation la paternite des

romanti '^*n En realite il n'est ni classique ni romantique; il prepare u;\e transition entre le XVIIIe siecle et les nouvelles doctrines, il preconise dans le "Cours analytique de litterature

generale" les reformes qui seront le programme initial du romantlsme . II est un hornme de '39, il osait tutoyer Napoleon et disait tout

haut que Napoleon lui gatait Bonaparte.

"Pinto, ou la journee d'une conspiration", joue pour la pre-miere fois en 1301, est une comedie historique. Le su«jet est tire des "Revolutions de Portugal" de Vertot. II s'agit de la. revolution de 1540, qui affranchit le Portugal de la domination

yd

espagnole, et mit le Due de Baftgance sur le trone. La piece fut longtemps empechee par Napoleon qui voyait d'un mauvais oeil les

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hesitations du Due de Bragance a prendre une couronne. Le due n'est pas le heros de la piece, mais son valet Pinto. II dit de son maitre "Sen pere, bon seigneur, mais conspirateur detest-able, un courage ... ce qu'il lui faut pour l'honneur et pour se defendre, mais pas assez pour la gloire, ni pour attaouer." Le

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due est arrache de sa vie de plaisir par 1'ambition de sa femme et par l'activite intrigante de Pinto. Les amis du due sont

prets a 1'aider, le peuple supporte impatiemment les impots dont l'accablent le secretaire d'etat, Vasconcellos, et la vice-reine; tou.y les esperances des grands et des petits sont portes sur le due q:..'l devient suspect a Vasconcellos, si bien que la cour de Madrid envole l'amiral Lopez pour l'arreter. Porte par la faveur universelle le due se met enfin a la tete de la conspiration et bien tot les Espagnole^s sont ehasses et le Due de Bragance est roi d'un people Ind'pendant. L'auteur a pri^ ces evenements par leurs petits cotes; il a fait du valet Pinto l'ame de 1'intrigue et il a fait des scenes des plus comiques, comme celle entre le moine et le militaire au premier acte, ou celle ou le secretaire d'etat se cache dans une armoire. II ajoute aux personnages que lui fournit Verfot quelques figures de conjures secondaires et surtout Madame Dolmar ~:u'il suppose amoure|J#ie Pinto. Lemercier nous dit "J'ai voulu presenter au public le spectacle des mouve-ments interieurs d'une conjuration, non l'appareil exterieur d'un fait herofque qui eut ebloui le vulgaire ... j'ai introduit un

moine paroequ'il rappelle les moeurs du pays ou se passe 1'action, je lui ai donne des vices, parcequ'un honnete religieux ne se

mele d'aucune intrigue ... L'ignorance m'a reproche d'avoir de-grade le ministre. Vasconcellos fut un oppresseur de tous les

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ordres de l'etat, qui egorgea la noblesse portugaise; un lache qui au moment de ses perils se cacha sous un tas de papiers, au fond d'une armoire." En realite c'est la revolution

fran-gaise que Lemercier decrit dans cette piece; c'est le vieux monde des prejuges et des prerogatives nobilaires, qui n'existe deja plus et ne s'en doute. "C'est une aimable et malicieuse eomedie,

qui offre la satire du pouvoir personnel et des intrigues polifco-ciennes." (Le Roy: L'aube du theatre romantique.)

Lemercier a ecrit des drames qu'on ne lit plus aujourd'hui: "Baudouin" (1303) un episode de 1'histoire des croisades ne re-ussit pas; mais Lemercier n'abandonna pas la pretention de

renou-veler le drame, II revait de creer la tragedie naturale. Ce des-sein lui inspira une oeuvre etrange et extravagante, "Christophe Colomb" (1309). L'auteur ecrit une note pour expliquer sa"come-die shakespearienne". II ifompt pour la premiere fois avec 1'unite de lieu et de temps. Le premier acte est au port de Pinas, le

deuxieme au palais de la reine Isabelle, le trolsieme en pleinfiL^ mer sur le pont du navire. Cette piece a passe par des soirees

des plus agitees grace a 1'hostilite de l'auditoire envers les

tvJr

innovations. Le second jour un spectateur fut tue et il y 8#-%jr%

des blesses en grand nombre.

"La tragedie de Charlemagne" (1315) fut un des drames qui rouvrit la carriere aux sujets n-alii*^*^; La psychologie de l'em-pereur est courte et rudimentaire. "La demenee de Charles VI", joue pour la premiere fois en 1320, devait etre "un tableau des malheurs de ce monarque, et des desastres de son regne". Cette peinture devait montrer "que les discordes civilis ne tendent

jamais qu'a 1'alienation des droits hereditaires de la couronne, et qu'au demembrement du pays, vendu par les factions a 1 'etrangey\

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Clovis, dans le drame du meme nom est un barbare. L'auteur dit "C'est l'erreur la plus fatale, c'est 1'outrage le plus mortel a toute dynastie regnante, que de rattacher sa grandeur au sou-venir d'un monstre, eonvertisseur homicide, cupide ravisseur des produits territoriaux, l'edificateur de ruineuses abbayes, fleau des potentats ses voisins. (C'est a I'eglise surtout que Lemercier fait proces.) II poursuit "remarquons quels princes la

depouill-§

erent de ses larcins, ou combatl^rent ses usurpations; ce fut les plus equitables: Charles Martel; queiquefois Charlemagne;

long-temps Philippe Auguste; souvent Saint Louis meme; Charles le Sage; et durant deux tiers de sa vie, le tolerant et brave Henri IV ... mon aversion inveteree pour la. tyrannie me suggera le denouement de cette piece sur Clovis,heros qu'on n'y voit puni que par la honte de son plein triomphe et que par 1'herreur de son couronne-ment, qui ne lui laisse pour satisfaction que le neant d'une

fausse gloire."

"Richelieu, ou la journee des Dupes" montre Richelieu ma^tre

dans l'art de neutral!ser ses ennemis, le roi subit son influence et 1'admire presqu'humblement. "Tres faeilement je regne grace a lui" dit-il. Ensuite il modifie son jugement et essaye de tenir tete au cardinal, rnais 1'homme rouge triomphe du prince indolent. "Richard III et Jeanne Shore" 1333 est peutetre de toutes ses oeuvres la plus rapprochee de la formule romantique; a ehaque acte il y a changement de decor, il y a aussi 1'abandon complet de 1'unite de temps. En terminant son chapitre sur Le-mercier dans "L'aube du theatre romantique" Le Roy le designe ainsi: "Entre les vieux rivages classiques et les plages loin-taines du romantisme, 11 erra sans se fixer nulle part.

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Avant-courreur d'une revolution, il n'osa pa^ etre deliberement un revolutionnaire. Exile dans son temps, hors de toute ecole, il demeure un isole et un impuissant."

Pixerecourt est aussi un precurseur du drane historique et natural. Dans la preface de "Charles-ie-Temeraire, ou le Siege de Nancy" 1314, il ecrit "Je suis fier d'avoir pu cele-brer le lieu de ma naissance. Je l'avouerai, j'ai savoure toutes les jouissances de 1'orgueil en retragant le sublime devouement de mes peres. La piece, qui est precedee d'une notice strategique sur la bataille de Nancy, doit"offrir a 1'admiration publique un des traits les plus glorieux de 1' histoire moderne". II y a une note qui raconte le siege de la ville par Charles, victorieux jusqu'au moment ou il vient mettre le siege devant Nancy, le 22 octobre 1476.' Repousse

dans cuatre assauts, 11 veut reduire cette ville par la famine. Pendant soixante-quinze jours les assieges soutiennent avec une Constance heroique, les horreurs de la guerre. Enfin le souver-ain, le jeune Refte arrive le 5 Janvier au secours de ia capitale. Malgre la neige qui tombait en abondance, on en vint aux mains, et les Bourguignons furent mis en deroute. Charles fut tue par Claude de Bauzemont, chatelain de Saint-Die, en se sauvant a

travers le marais de llftang Saint-Jean. L'auteur continue "Je n'ai rien outre, rien exagere; le caractere de Charles est tel que l'ont depeint les historiens dont je donne ici la list£... j'ai tache du moins que l'on y reconnut une teinte locale, le ton du sentiment et les couleurs historiques". II cite en effet les histoires manuscrites de Rene II et de Lorraine, et comme autorite pour la mort du malheureux Gifron, pendu par l'ordre

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du due, il cite les memoires de Philippe de Commines. II fait paraitre sur la scene cet historien, pour combattre par de sages conseils les pretentions exagerees et les mouvemants cruels du due. "Dans 1•ignorance des raisons qui causerent 1'eloignement de Philippe de Commines (de la cour du due) j'ai regarde comrne une inspiration heureuse de le faire rester ausqu'au dernier

jour du siege, .,. et de motiver son depart pour la cour de France sur 1'impossibility ou il se voyait de ramener Charles a des sen-timents genereux."

Le decor est soigne. Au premier acte le theatre represente

le lieu ou est campedi*aile droite de I'armee du due de Bourgogne. La terre, les arbres, les tentes sont couverts de neige. On lit au bas des pages "historique", ou bien "propres paroles du due

It , V

de Bourgogne extraites d'un manuscrit du temps (1.13). On trouve

dans "Charles-le-Temeraire" tous les procedes melodramaticues dont Dumas abusera plus tard. Leontine, (personnage imaginaire) veuve du malheureux Cifron penetre dans le camp des Bourguignons, de-guisee en fernme de bucherons. Elle cherche son enfant qui est un hotage chez l'ennemi. E1Je se cache dans une tente et ecoute le conseil de guerre. Ensuite elle se blottit sous un manteau jete par hasard dans la tente au moment critique; puis elle sai-sit son enfant que Commines jette dans la meme tente, pour le cacher de la colere de Charles. Le deuxieme acte represente

I'interieur de la ville au moment ou les Bourguignons tentent une derniere attaque. II y a une bataille aur la scene, et Charles va tuer I'enfant de Leontine devant les yeux de sa mere. Corn-mines essaye de l'empecher, mais comme il ne reussit pas, il a assez du prince sanguinaire, et il annonce son intention de re-tourner a la cour du roi. Leontine fait eloigner les

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Bourgui-gnons en disant ou'elle a place quarante tonneaux de poudre sous la citadelle qu'on va faire sauter. C'est encore cette femme

d'une energie incroyable qui extermine les assiegeants. Elle ouvre une ecluse dans 1'etang et ils sont tous noyes.'

"Christophe Colomb" est un melodrame historiquw. L'auteur nous donne des renseignements precis sur la construction de

l'oeuvre. "Je me suis attache particulierement a conserver les mots techniques, et a peindre ce que l'on peut appeler les moeurs

d'un vaisseau. J'ai mis le meme soin dans le troisieme acte, a 1'imitation des usages, costumes et signer caracteristiques des sauvages." (En effet tout est naturel dans cet acte, depuis us personnages jusqu'a la cascade double qui jaillit du rocher de la toile de fond-) L'auteur poursult "Le public pensera sans doute, comme rnoi, qu'il eut ete completement ridicule de preter notre langage a des hommes qui voient pour la premiere fois des Europeens. J'ai done donne aux habitants de l'lle de Guanhani l'idigme des Antilles, que j'ai puise dans le dictionnaire Caralbe ... Christophe Colomb n'a obtenu en tout que cent dix-sept representations, mais la faute en est uniquement a 1'embar-ras des decorations qui ne permetVH pas de maintenir la piece tous les jours ... 11 y a tout au plus huit villes en France ou le theatre puisse contenir un vaisseau avec ses mats, ses voiles,

ses acces.-^r-r-r^ et trente matelots et mouJStS en mouvement." Le premier acte represente I'interieur d'un vaisseau. Avant que le rideau ne se leve on entend les commandements techniques du maitre d'equipage; ses ordres sont toujours precedes d'un coup de sifflet. Dans cet acte Christophe lit un "abrege de ses esperances et malheurs" dont tous les details sont tires

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du journal veritable de l'explorateur. Christophe jette ce journal a la mer enferme dans une bouteille, selon la coutume des marins. Au troisieme acte on voit une partie de l'lle de Guanhani avant l'arrivee des matelots. Les sauvages, Okranko, Karanka et Eerebek, s'expriment en leur langage naturel. Nous assistons a un mariage chez les sauvages qui est vraiment pit-toresque.

Dans "Robinson Crusoe" Vendredi, negre, compte sur ses doigts et n'a pour toute parure qu'un pantalon de matelot.

Dans toutes ces pieces on se rapproche de la verite geographique autant qu'on peut. Les paysages romantiques abondent dans les Indications du decor. Au dernier acte de "Coelina" on voit"un lieu sauvage, des rochers eleves, un pont de bols, un vieux moulin avec sa roue qui tourne, torrent, eclairs, tonnerre re-percute par l'echo de la montagne." II faut remarquer que

Pixerecourt cite ses auteurs et donne des indications precises du decor avant les hommes de 1530, avant les prefaces de Victor Hugo.

Lebrun, mieux connu pour ses odes sur les campagnes de 1'Empire que pour ses drames, annonce aussi le theatre histor-ique par deux pieces interessantes, "Marie Stuart" et SLe Cid d'Andalousie". Dans la preface d'une piece 11 nous expose ses vues dramatiques. "Les sujets doivent etre tires de notre his-toire, empreints de nos moeurs, interessants tout autrement que ceux pris de la fable et des hlstoires antiques ... 1'intrigue doit ser.rer de plus en plus la realite, doit reproduire la cou-leur du temps." Marie Stuart" joue pour la premiere fois en 1320 est compose apres la piece de Schiller, mais l'auteur n'a

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pas ose reproduire la piece allemande avec ses hardiesses d'in-vention. D'abord il a abrege 1'unite de lieu, 1'action se de-roule taiquement dans le chateau ou Marie est retennue prison-niere, au lieu d'aller du palais de Westminster a Fotheringay. Au premier acte on voit la reine en prison. Mortimer, qui a vu au Louvre un portrait de Marie et l'aime d'avance, arrive de France et apporte une lettre du cardinal de Guise avec les nouvelles d'un complot forme par les ambassadeurs de France et d'Espagne et de quelcues jeunesAnglais dans le but de la liber-er. Marie repousse la tentation. "Jeune homme, oubliez moi, fuyez ... tous ceux qui m'ont aime£ont ete malheureux." Pen-dant ce temps Leicester arrange une rencontre des deux reines.

a

II a aime Marie autrefois, mais mintenant par ambition il veut epouser la reine d'Angleterre. II espere qu<£ Elizabeth sesa gagnee par les doux attraits de Marie - espoir destine a etre degu. Les deux reines se rencontrent en effet, mais elles sont orgueilleuses. Marie accuse Elizabeth d'avoir rompu les lois de la sainte hospitalite en l'enfermant dans un cachot. Eliza-beth riposte en 1'accusant de comqloter pour la couronne d'An-gleterre. Marie finit par insulter Elizabeth qui lui a fait des reproches durs. On decouvre le complot de Mortimer, grace a la trahison de Leicester. Le chancelier Burleigh profite de cette nouvelle tentative pour faire signer a Elizabeth la sen-tence de mort.

Lebrun attenue la forte saillie des caracteres de Schiller. Marie n'est plus la seductrice que la passion egare jusqu'au

crime. L'auteur frangais nous dit "Je n'aborde pas la Marie Stuart reelle, celle de 1'histoire apyrofondie ... je me tiens

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a 1'heroine de la tradition et de 1'illusion, je me borne au point de vue frangais et de 1320 encore." Des la premiere

scene de Schiller, le chevalier Paulet, gardien de Marie, est dans la charnbre de la captive, il fait forcer les armoires pour enlever ies bijoux et ses lettres, le miroir meme et le luth ont ete saisis. Dans la piece frangaise ces objets ne

sont pas nomrnes. En 1320, a la scene, on ne prononce pas en-core le mot propre pour les objjets familiers. En comparant les deux pieces Latreille dit "on chercherait en vain dans la piece frangaise les violences de ce Mortimer, que la religion et le loyal!sme ont d'abord attache a la fortune de Marie Stuart et qui, perdant tout respect pour la reine, chante a sa beaute de femme un hyrane delirant d'adoratlon sensuelle: cet amour for-cene dont un auditoire frangais se fut effarouche caracterisait pourtant a merveille le XVIe siecle, ou 1'amour, comme pour se venger de la compression mysticue du moyen age, etait redevenu un instinct naturel, puissant, irresistible."'

L'histoire du"Cid d'Andalousie" est emprunte*S Lope de Vega. Lebrun nous dit que l'histoire est tout moderne, tout historiaue.

tout( impregnetdes moeurs, de la religion, descroyances, de

l'es-prit de son temps et de son pays. Le drame se rapproche beaucoup du Cid de Corneille. Don Sanche, le fiance d'Estrelle, doit pour obeir a son roi, se battre en duel avec son futur beau-frere,

Don Bustos; il le tue et d^ormais son mariage avec Estrelle ne peut plus s'accomplir; les deux amants s'inclinent devant cette fatal!te qui a detruit leur bonheur et immole leur amour a un devoir superieur. La scene est a Seville en 1234, au moment de 1'entree du roi Sanche IV. Ce roi etait rebelle pendant la

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regne de son pere, et troublait Castille de guerres civiles. Don Bustos a des raisons polltiques pour ne pas aimer Sanche IV, il favorise le roi d'Aragon. Le theatre represente 1'en-tree de 1'Alcazar. II y a une cour de marbre entouree de deux etages de galeries, rafraichie de fontaines jailissantes et

A

couverte de tentes et d'etoffes precieuses. Les parois sont ornees de peintures a frescue,,et d'inscriptions arabes. On devine a travers les toiles un ciel chaud et eclatant. Les regidors, les alcades, les dames nobles, les sevillans et

seigneurs de la cour offrent aux yeux un spectacle pittoresque. Malheureusement cette piece disparut de l'affiche apres la

quatrieme representation.

Le souci de 1'exactitude locale est plus marque encore chez Merimee. Pa* convaincre ses lecteurs que c'est la vraie couleur qu'il leur offre II pretend qu'il a trouve le theatre d'une Es-pagnole, Clara Gazul. De temps en temps il la met^ en sc|ne pour nous demontrer que ce qui peut nous sembler par trop bl-zarre est justement un h-a***; aaracteristique .du peuple dont elle parle.

La scene des "Espagnols en Danemark est l'ile de Fionie en 1303. Dans un avertissement qui precede la piece Merimee nous raconte que le marquis de la Romana, d'une famille illustre, prit le comrnandement des 15,000 £spagnols obtenus par Napoleon pour seconder dans le nord$ les operations de son armee. Le marquis etait encore sous les drapeaux frangais dans l'ile de Fionie, lorsqu'il apprit les evenements de Madrid, le 2 mai

1803, et en meme temps que les projets de Naqoleon sur le trone d'Sspagne avaient cesse d'etre un mystere. Le marquis de Romana

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resolut de rentrer dans sa patrie et de se reunir aux defenseurs de l'independance nationale; mais II fallalt negocier avec les envoyes espagnols a Londres et avec le gouvernement anglais a

l'insu du prince de Ponte-CoVK0; commandant en chef de I'armee

frangaise. II y parvint au moyen du capitaine de vaisseau don Rafael Lobo, qui faisait partie de l'escadre anglaise dans ler

Baltique et il fit embarquer secretement toutes ses troupes. Au commencement de la piece on sent deja le soupgon mutuel entre les frangais et les Espagnols, un certain malaise qui est augmente encore par les nouvelles de la bataille de Vimeiro. L'attitude des frangais est ainsi precisee: "Sa Majeste ne veut-elle pas faire briller au-dessus des Pyrenees le soleil de la civilisation, dont les brouillards de 1'anarchie ne vous ont laisse voir jusqu'a present qu'une faible lueur." Juan Diaz Porlier, neveu du marquis de La Romana exprime les sentiments des §spagnols en disant "Si je veux voir I'Espagne, c'est pour me trouver face a face avec ses oppresseurs. C'est pour plan-ter en Galice l'etendard de la liberte, c'est pour y mourir, si

je n'y peux vivre libre." Une femme se presente chez don Juan,

elle se donne pour une Franrcaise mais don Juan lui dit

"j'aur-ais jure que vous etiez 4-ndalouse, a votre excellente prononcia-tion et surtout a, vos yeux et a vos pieds galilanos." et il y a une note pour nous faire savoir que les 4-ndalouses et surtout les femmes de Cadiz sont renommees dans toute I'Espagne pour la petitesse de leurs pieds. Cette Andalouse, Mme. de Coulanges est avec sa mere Mme. de Tourville, femme bizarre et extrava-gante qui Se flatte d'avoir du faible pour les gens de coeur et dont le premier amant fut mange, apres avoir ete roti par les

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sauvages de l'Ameriaue.' Ce sont des espionnes qui eomplottent la mort des ispagnols, et tendent un piege a don Juan. II doit aimer la jeune et belle Andalouse, et elle doit profiter de son amour pour lui tirer les projets de ses compatriotes. II tombe amoureux de Mme. de Coulanges mais elle 1'aime aussi, elle lui avoue son amour et son metier d'espion et l'avertlt du complot trame pour tuer les ispagnols a un diner chez le President. Ainsi ce sont les frangais qui sont surpris au diner, et les fespagnols echappent dans un vaisseau envoye par 1'amiral de la flotte anglaise. Don Juan Porlier n'est pas un personnage fic-tif. On ignore s'il suivit ie marquis de la Romana dans l'ile de Fionie, mais on sait qu'il se battit longtemps pour l'inde-pendance da son pays, qu'il fut trahi par ses indignes cornpag-nons, condamne a mort et fusille en 1315.

"L'Amour africain" est un drame des plus romanescues. II

s'agit de 1'amour de deux Bedouins, Hadji Nouman et Zein pour

t

une belle esclave, Mojana. Zein a autrefois sauve la vie a

Hadji Nouman qui rr.ourait de solf dans le desert. Nouman lui dit "tu versas sur moi ton outre entiere." II y a une note:- On se sert de ce rnoyen pour rappeler a la vie les voyageurs qui sont etouffes par la chaleur du desert. Voir les "Voyages de

Aly-~oeyn. Zein est. d'un caractere impetueux. Au commencement de

la piece il se fache au sujet d'un mauvais marche qu'a fait son domestique juif. "Puisse NeKir (note, un des anges de la mort) le couper de dix mille coups de faux.' Je fais voeu par la sainte Caaba la prohibee, (note, une maison carree que les musulmans

disent batie par Abraham) par les tombeaux des prophetes, de cou-per la tote a douze juifs dans la premiere ville espagnole ou j'entrerai." Mojana a ete vendufpar son pere et achetetpar

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Mouman dans le marche d'esclaves. Elle dit "Mon pere, pour

vivre et faire vivre mes trois soeurs, fut oblige de me vendre." II y a lei une note:- Voir "Voyage au Mont Liban" de M. Otter. Zein a vu Mojana dans le marche, 11 en est follement epris, il ne sait. pas que c'est Nouman qui l'a achete^et 11 la cherche

i

partout. II vient demander l'aide de son vie«x ami Nouman. II donnerait toute sa fortune, meme son poignard et son cheval Alyer pour posscder la belle esclave. Une note nous expllque que le cheval et le poignard sont ce qu'il y a de plus cher au monde pour un Bedouin. Nouman ne se rend^ pas compte que c'est la femme Mojana que Zein cherche. 11 la fait venir pour montrer a son ami Ja nouvelle acquisition. Zein la reconnsit, lui fait des protestations passionees; meme il perce son bras avec son poignard pour temoigner son amour. (Note:- Voir les lettres de Lady Montague) Les deux amis se battent pour la possession de Mojana, et Ils meurent tous les deux. Selon 1'habitude de

Mer-t-tft

imee Clara Gazul ir?-~ meme parle pour nous donner son avis sur la piece. Elle nous dit que les Bedouins ne sont pas dans 1'usage d'aller apprendre leur monde a Madrid et que leur amour -se ressent de la chaleur du Sahara.

Vitet exerce le meme soin pour la realite historique que Merimee a demontre pour 1'exactitude dans la peinture de moeurs etrangers. "La ^ournee des Barricades" (1326) consiste en quinze

scenes vaguement rattachees par une action des plus laches.

Dans 1'avant-propos l'auteur nous dit "Ce n'est point une piece de theatre que 1'on va lire, ce sont des faits historiques pre-sented sous la forme dramatique, mais sans la pretention d'en composer un drame ... L'histoire peint froidement par rap-ort

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a la tragedie, une suite longue et exacte d'evenements; et la tragedie vide de faits, par comparaison avec l'histoire, nous peint fortement le seul eveYiernent qu'elle a entreprls de nous representor. Ne pouvait-il pas resulter de leur union

quelque-•i

chose d'utile et agreable? C'est cette union que Vifet s'ef-force de produire. Le sujet de la piece est le complot de la ligue catholique pour s'emparer du trone d'Henri III en faveur

du marquis de Pont, petit-fils de Catherine de Medicis, La ligue catholique fondee par le cardinal de Lorraine en 1563 pour la defense de la religion catholique, a pour soutien la maison de Guise. Les conjurateurs principaux sont le due de

Guise, sa soeur Mme. de Montpen$ier et la reine-mere Catherine. Le parti du due est soutenu par le peuple de Paris. Dans l'a-vant-propos il y a des notes minutieuses sur les caracteres historiques des personnages et sur les costumes de mai 1533. On fait meme remarquer que Mme. de Montpenjier porte ses robes

tres longues afin qu'on ne voie pas qu'elle a une jarnbe plus courte que 1'autre. Pour le roi on nous dit: "Le caractere

d'Henri III est un des plus bizarres que nous offre l'histoire; on trouve en lui les extravagances d'un idiot, les puerilites d'un enfant mal eleve, les superstitions d'un devot abruti; melees aux discours d'un homme a demi sceptique, aux jugements

d'une raison eclairee, a la penetration d'un esprit droit et sain. Assez brave pour conserver son sang-froid et payer de sa personne sur le champ de bataille, il palissait a la vue d'une douzaine de bourgeois amies de piques. II alliait aux

pratiques de devotion les plus minutieuses les exces de debauches les plus degoutantes ... Henri etait ne avec d'heureuses qualites,

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mais des sa jeunesse sa mere avait juge a propos de 1'abrutir pour le gouverner plus aisement. Quand il fut roi ses mignons acheverent ce que Catherine avait commence ... il conserva tou-jours une grande facilite d'elocution; quand par hasard il vou-lait faire le roi, II parvou-lait avec dignite." Vitet suit fidele-ment ce caractere du roi dans la piece. Henri traite en

chan-sons tous les avertissements de danger que lui donnent ses min-istres. II apparait sur la scene en causant de la fauconerie, des divertissements, des modes du printemps. II ne veut pas parler affaires avec l'abbe d'Elbenne. Averti du trame des 11-gueurs II se contente d'envoyer une depeche au due de Guise et de lui defendre de quitter Soissons. Cependant le due est deja a Paris et il se rend au Louvre entoure d'une foule enthouslaste

et accompgane de la reine Catherine. Le roi le regoit avec

dignite, il "fait le roi". Puis en depit des conseils de l'abbe, il laisse partir le due, 11 abandonne les dispositions prises

pour combattre les ligueurs, 11 fait volte-face et appelle a St$ cotes Villequin, un favori debauche et traitre, qui avait un

grand empire sur son esprit et en abusa pour le perdre. Le soir de I'emeute on voit le roi qui se promene sur 1'esplanade du Louvre aaec d'Elbenne et ses deux favoris d'Oon-afoo et d'Espignac. Les rebelles sont en possession de la ville et menacent le Louvre

meme. D'Espignac lui propose de reconnaitre le due de Guise comme son heritier et de le nommer lieutenant-general du royaume. Le roi refuse et tient a quitter Paris tout de suite. Le lendemain il ne veut plus partir rnalgre les prieres deElbenne et d'Ornano, il reste a genoux devant un grand crucifix d'ivoire et deux pe-tites madonnes. Alors on lui suggere de se mettre a la tete de

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ses soldats et de resister encore. Immediatement il se decide a partir pour S&int-Cloud et il part en effet et se sauve a grand peine des mains du due de Guise.

Les autres personnages sont depeints avec le meme soln. Le due de Guise est selon la note "d'un courage brillant, coup

d'oeil rapide solt au milieu des intrigues politiques, soit

dans le combat; air de dignite, taille haute, traits reguliers, regard doux, manieres polies ... mais le fond de son caractere etaiu la discretion et meme la dissimulation, il poursuivait son but sans impatience, la certitude de l'atteindre suffisait pour le satisfaire." De la ses hesitations a remplir les pro-messes qu'il faisait aux ligueurs, de la son manque de vigueur

et de resolution le jour des barricades. Dans la premiere scene on voit les conjures reunis dans un cabaret. Ils se plaignent que le complot traine, qu'il y a un traitre dans les rangs qui decouvre les ambuscades, mais en ce moment un soldat arrive de Soissons, de la part du due, qui doit entrer le lende-maifo a, Paris. On voit ensuite 1'hotel de Guise le soir de la rentree du due. Ses partisans lui reprochent ses lenteurs et

ses attentes qui ont dure quatre ans. Mme. de Montpenjier veut qu'il attaque le Louvre la nult meme, mais le due reste inebran-lable, il y a presqu'une querelle entre lui et sa soeur. C'est grace aux hesitations du due que le roi echappe a la fin.

Vltet fait ^sortir le gout qu'avalt Catherine de Medicis pour 1'intrigue et le mystere. II nous fait remarquer dans une note 1'importance qu'elle attachalt aux mysteres d'astrologle. Elle avait fait elever dans son hotel une tour pour observer les astres; ensuite dans la piece il nous montre 1'hotel de la reine

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mere a. minuit. On voit un vaste salon, au milieu duquel se trouve une grande table couverte d'un tapis noir; sur la ta-ble II y a une foule d'instruments astronomiques et de livres d'astrologle. La reine attend inquiete en examinant les etoiles, elle veut savoir comment reussira le complot.

II y a toute une serie de tableaux des diffe^rents quartiers de Paris le jour des barricades. TaTitot c'est I'interieur de

I'eglise Saint-Gervais; de tous les cotes arrivent des portefaix, des ecoliers et des gens des halles qui ont ete battus et voles par les soldats; le cure de la paroisse les Incite a se battre. Tantot c'est l^interieur d'un cabaret. Une compagnie bourgeoise est rangee en bataille sous les murs du chatelet. Tout d'un coup la place se remplit d'une populace en armes et les llgueurs pen-etrent dans le Chatelet. Ensuite c'est la place de Greve, les P

suisses ranges sous les fenetres de la rnaison de Ville sont me-naces par un.e foule immense de bourgeois, d'ecoliers, de rnari-niers et de moines. Quand les cloches sonnent le tocsin, on

P - ^

tombe sur les sulsses et les assomse. Au carrefour de Sergens

< on a bati une barriere, derriere laquelle s-'enbarrorrt les

bour-geois armes. La reine mere dans sa chaise est arretee par cette barricade; il faut 1'intervention du due de Guise pour la faire passer. On nous montre aussi la rnaison de Brisson, president au parlement. Une note nous explique que c'est un grand juriscon-sulte qui etait au roi sous sa robe de president mais sous 1'ha-bit de colonel de son quartier quelque peu ligueicr. II prati-quait le catholic!sme mais sa mere etait lutherienne. Dans la piece on voit cet homme qui doit se battre pour les llgueurs, comme colonel du quartier mais qui tremble pour sa mere

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protes-tante, parceque la foule vient de jeter un huguenot a la riviere. Si Vi^et a 1'intelligence du passe et le sens historique,

son oeuvre "La Journee des barricades" n'est guere une piece de theatre. II le dit bien lui-meme du reste. A force de faire

rentrer l'histoire dans le drame, ce qu'il produit n'est plus un drame car c'est injouable, mais c'est une esquisse historique fort Interessante.

II faut mettre aussi Alexandre Soumet au rang de ceux qui

ont annonce par de^pieces historiques le theatre de 1'ecole ro-mantique proprement dite. II se posalt en champion des Idees

nouvelles et demandait une litterature n^aturaio, mais il ne nous semble pas que "Jeanne d'Arc" ou meme "Une pete de Neron" aient

vraiment enrich! la scene frangaise. Dans ?fJeanne d'Arc" 1325,

Soumet imitait Schiller. II a mieux respecte l'histoire que l'ecrlvain allemand et cependant on ne peut pas dire qu'il ait fait vivre Jeanne d'Arc avec^tant de verite que Schiller. II

n'a pris qu'un episode de sa vie, celui de son proces et sa mort. II a sacrifie tout le cote merveilleux du role de Jeanne; dans

la piece allernande ce ne sont que prodlges, superstitions locales, paroles mysterieuses prononcees par des saints du Paradis. De

plus la peinture de la France de Charles VII est absente de la tragedie de Soumet. "Dans cette Jeanne d'Arc" dl£ Jules Janin "on etouffe, on manque d'alr, d'espace, de mouvement. II y n'a pas un bruit de cor, et pas une chevauchee dans les plaines guer-rieres, pas une couleur chatoyante et pas un instant de poesle." "Une Sete de Neron"(1329) peint la lutte chez Neron entre

son amour pour Poppee et l'influence d'Agripplne. C'est une suc-cession de tableaux dont chacun revele un trait distinctif de la

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physionomie de Neron. Si l'auteur a fausse le caractere d'Agrip-pine, devenue une mere presque tendre, en revanche il a fortement trace ceux de Poppee et de Neron, Poppee jouant une audacleuse comedie pour affoler de rage son amant et enfoncer en lui l'idee de parricide, Neron peint apres l'immortel portrait de Tacite,

chan tan t, faisant des vers, de clamant comrne un histrion, meprisant les dieux et tortuant ses semblables.

Cependant quand cette tragedie parut le romantlsme avait deja pris position sur la scene, les concessions que les pre-curseurs faisaient a 1'esprit d'innovation etaient de beaucoup depassees par "le More de Venise" et ''Henri III"; et "une Eete

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CHAPITRE III.

Le Theatre romantique proprement dit; Victor Hugo.

La couleur locale et le sens historique vont .jouer un

role preponderant dans le theatre romantique proprement dit, dans les drames de Hugo, Vigny, Dumas, Musset. Chez Hugo et Dumas la couleur est plutot exterieure et superficielle, chez Vigny et Musset elle est plus profonde, et le sens de l'his-toire est plus logique.

Victor Hugo n'a pas fonde le the^atre national et

his-torique. mais il en a donne le manifeste, la preface de "Cromwell", un drame pubiie en 1S27, qui n'a jamais ete joue. Les idees

prophetiques du manifeste de Cromwell ne sont pas originales, on en trouve les germes dans le XVe chapitre de "1'Allemagne"

de Mme. de StaSl, dans la preface du "Wallenstein?T de Benjamin

Constant et aiileurs chez les precurseurs du theatre romantique. Ainsi Hugo s'est avise apres d'autres que I'avenlr est au drame "national par l'histoire, populaire par la verite." Quand Crom-well apparait, I'epoque est passee des caracteres generauxeet urop abstraits, des regies fixes et rectilignes. Avec Hugo le drame est historique et social mais surtout populaire. La-dessus

0

son inspiration sfcfechauffe et apparait cette faculte

d'agrand-issement qu'il deploie dans ses manifestes. Le drame qu'il voit c'est l'histoire, la nature, la verite des moeurs et des carac-teres, c'est deja presque "tout regarde:a la fois sous toutes les faces".

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Dans la preface de "Cromwell" il a ecrit: "On commence a

comprendre de nos wours que la localite exacte est un des

pre-miers elements de la reallte. Le lieu ou telle catastrophe s'est passee en devient un tsmoin terrible et inseparable; et 1'absence de cette sorte de personnage muet de complet e*r ait „ dans le drame les plus grandes scenes de l'histoire ...L'art feuil-lette les slecles, interroge les chroniques, s'etudie a repro-duire la realite des faits, surtout celle des moeurs et des caracteres, ... restaure ce que les annalistes ont tronque, harmonise ce qu'ils ont deparcille, devine leurs omissions et les repare, comble leurs lacunes par des imaginations qui aient la couleur du temps, groupe ce qu'ils ont lalsse epars, revet le tout d'une forme poetique et naturelle a la fois, et lui

donne cette vie de verite et de salllie qui enfante 1'illusion .. .. ce n'est pas a la surface du drame que doit etre la couleur locale, mais au fond, dans le coeur meme de 1'oeuvre." On com-prend facilement quel travail formidable Hugo se propose. Son effort est plus complet, plus grandiose que ceux de ses precur# seurs. II faut examiner comment il a applique ses theories dans la piece elle-meme.

Hugo se flatte d'avoir trouve un Cromwell nouveau, "le theologien, le pedant, le mauvais poete, le bouffon, le pere, le marl. II avait sous la main la scrupuleuse et irnpartiale histoire de Charles I par Guizot. La nous voyons le double aspect du personnage, les eclairs lumineux et les extrava-gances le plus souvent calculees. Ainsi au moment de signer 1'arret d'execution du roi, Cromwell eclate de rire et

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Guizot le decrit ainsi: "II avait 1'esprit merveilleusement prompt, ferme, juste et souple et une vigueur de caractere

qu'aucun obstacle ne rebutalt, qu'aucune lutte ne lassait, qui poursuivait ses desseins avec une ardeur et une patience egale-ment inepuisable, tour a. tour par les voies les plus detournees

et les plus lentes, ou par les plus brusques et les plus hardies.tt

Hugo fait de son drame 1'etude d'une petitesse dans une grande ame, ce qu'il faisait souvent, entraine par son gout d'antlthese. La preoccupation qui le dornine est plus de faire un portrait

qu'un drame, de meler a la psychologle beaucoup d'histoire et d'erudition; il veut peindre"l'etre complexe, heterogene, mul-tiple, compose de tous les eontraires." II nous apprend que Cromwell etait "un visionnaire domlne par les fantomes de son enfance, croyant aux astrologues et les proscrivant, defiant a 1'exces, toujours menagant, rarement sanguinaire; regicide ob-servateur des prescriptions punaVtraires, perdant gravement plu-sieurs heures par jour a des bouffoneries, trompant ses remords avec des subtilites, rusant avec sa conscience, intarissable en adresse, en pieges, en ressources; maitrisant son imagination par son intelligence, grotesque et sublime." II y a la tant de traits qu'il n'y a plus de figure. On ne peut pas pousser a la fois tous les defauts ou toutes les qualites a I'extreme; cepen-dant c'est ce que Hugo s'efforce de faire. En vingt-quatre heures II nous montre Cromwell au ^illeu de la cour, entoure de

fana-tiques de tout ordre et de tout genre, de superstitions et de maladies de religion. II est le centre d'une double conspira-tion tramee par les purltains et les cavaliers. II nous le montre en humeur gaie avec ses cuatre bouffons, en espion, en

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avec sa femme et ses filles, dont une a epouse un cavalier. Les personnages tiennent a chaque instant un langage Dlblique incom-prehensible, les caracteres sont grotesques et tragiques par doses egales, oeaucoup sont plutot des caracteres grotesques, Le drame s'lnterrompt a. chaque instant pour faire place a une etude de moeurs ou une discussion de dogme. L'auteur s'est don-ne udon-ne peidon-ne inouie pour deerire les dernieres modes de 1357, il a etudie les costumes des Tete-rondes, des cavaliers elegants et des puritains et orthodoxes. II y a des pages entieres sur le mobilier, sur la suite et le costume des ambassadeurs, sur les acoessoires de ceremonle. Dans les drames su.ivants il ne donne que quelques principes qui doivent diriger le costume de I'epoque, par cette indication il entend que les costumes soient vrais, mais d'une verite artistique et non archeologique. Ainsi pour Frangois I il nous dit "le roi tel que l'a peint Titien"; la reine Marie Tudor est "superbement vetue" et Fabiani porte "un magniiique cos turns''.

"Cromwell'1 est un drame ou le milieu, les details

caracter-istiques, les personnages episodiques, la peinture des moeurs, et dans un aaractere, le cote anecdotique, ont tout envahi. Le decor exterieur est fidele a l'histoire mais le fond de la piece reste vague. Plus tard le poete saura peindre I'epoque dans ses traits caracteristiques sans compiler chroniques et memoires.

Le U5 fevrier, 1330 fut, la journee de la grande bataille d'"HerJ|ani", ou "l'honneur Castillan". Hugo, tout enfant encore avait fait un voyage en Espagne dont il garda des impressions in-effagables (Hernani est le nom d'une local!te pres de 3aint-Se-oastien). L'nistoire ne lui a offert qu'un cadre, ou il

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Intro-duisit des peintures dont II a tout Imagine. Don Carlos, le roi d'Espagne songe deja. a 1'empire et songe encore a l'amour; les passions et la jeunesse vont ceder a la grande passion de l'age mur. Dans la preface il y a une description soignee de Charles

Quint. De taille mediocre il avait le teint pale, un front

large et decouvert, un regard Imperleux. Ses yeux bleus denotaient a la fois la reflexion et la melancolie. Sa levre inferieure,

large et epaisse avangait sur sa levre superieure. Sa croissance fut tardive et penible; cuelques grandes crises nerveuses, qui le terrasserent pendant plusleurs heures, en marquerent la fin. Ce n'est qu'apres avoir recueilli toutes ses couronnes qu'il

jouit de son entiere vigueur. Malgre la faible complexion de sa jeunesse il acquit de bonne heure une rare habilite a tous les exerciees du corps ... D'esprit froid, parfaitement lucide, Charles cherchait rarement a. prevenir les evenements, il prenait le temps de deliberer avec lui-meme". Pourtant le galant qui entre par ruse chez Donna Sol et qui se pose comme rival en amour d'Hernani le oandit, n'est guere le grand roi ni l'nomme bizarre que nous presente ce portrait. II y a des traits de verite historique. On nous raconte que les Allemands voulaient un Allemand comme empereur et que Charles Quint les froissait

par sa foideur. Au quatrieme acte nous voyons sa maniere brusque et sans faodnjenvers le roi de Boheme et le due de Bavlere. De

i

meme nous apprenons que le pape soutenait Frangoit I, un des concurrents pour le trone Imperiale. Les considerations his-toriques dans le fameux monologue devant le tombeau de Charle-magne sont excellentes, ainsi que 1'appreciation ideale des

roles du pape et de 1'empereur. ^ a / f w clx ixJXlO jia/lUu da^o *<L>

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On trouve encore dans "Hernani^ 1'enumeration d'objets en-tasses pour le decor, qucique q^ bien moins marque^que dans Cromwell, 1'accumulation de details pittoresques et la tirade quasiment erudite. Quant a la fable, elle est tres peu vrai-semblaole. Comme disait un journal de l'epooue: "Cuelque soit

I

l'honneur castillan, 11 est difficile de croire qu'il porte un

Homme 0aloux et implacable a irnmoler son ressentiment et a.

li-vrer celle qu'il aime a son prince jeune et galant, pour sauver les jours d'un note, chef de bandits, qu'il a surpris aux pieds de sa maitresse et violant ainsi lui-meme les droits de l'hospi-talite". II faut avouer que Victor Hugo n'a pas atteint dans

/i

ce drame "la couleur locale dans le coeur meme de l'oeuvre. Apres "Hernani", Hugo donna "Marion de Lorme" en 1351 et "le Roi s'amuse" 1332, "Lucrece Borgia" en 1333. Didier, le

hero de "Marion de Lorme,? est un personnage invente. Un enfant

orouve, "funeste et maudit", degoute de la vie a vingt ans, qui souffre du mal du siecle, il est plutot un romantique du XIXe siecle cu'un homme du XVIIe. II est phi^losophe sceptique a une epoque toute.de croyance, jeune homme melancolique a une epoque turbulente, active et belliqueuse. II est un homme sans nom et sans famllle, un homme du peuple a qui le cardinal fait trancher la tete, un honn^ur de gentllhomme. Dldler et sa

va-poueuse passion est un contresens a cette epoque. De meme Marion, rnondaine et galante est une creature sentimentale qui crie a. son Didier "Et ton amour m'a fait une virginite".

Louis XIII est dans l'nistoire une figure peu distincte, sa

personne et sa volonte ont fort peu paru dans son regne. II faut se garder egalement d'exagerer la faiblesse du rol ou de le

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trans-former en politique profond et lui preter les vues du cardinal. Son caractere se prete aux deux opinions et c'est la meilleure preuve qu'il n'avait qu'un caractere in-decis. L'histoire prouve qu'il a laisse perir ses meilleurs amis. La puerilite de ses oc-cupations et de ses preferences en fait d'amis est encore un te-moijdgnage contre lui. Jules Janih, critique plutot favorable , dit de lui "Un propre fils de Henri IV, brave de son^p^esur le champ de bataille, mais timide et tremblant dans son palais; un pauvre rol absolu, pere surtout de roi absolu, qui n'eut jamais une volonte a lui, bonhomme entete et devot, qui se meprise pro-fondement et a qui ce mepris pese comme un crime; aussi timide en presence de sa maitresse que de son ministre, en un mot un ve-ritable pantin dont le fil est remue par une main large e£r forte." Hugo a depeint avec beaucoup de finesse Louis XIII tel qu'il etait vers la fin de sa vie, malade, ennuye, laissant faire son ministre. II y a en lui le roi qui soutient son trone et le seigneur qui

volt a regret un pretre deeapiter des seigneurs. Hugo a tres bien dessine le portrait ideal, sinon absolument vrai, du moins vraisemblaole, de ce roi melancolique, habille de noir, malade, qui a "bien assez de vivre sans regner", qui s'avance en s'etirant les bras et se plalgnant d'avoir mal dormi; jaloux de son ministre et n'osant lui resister, tristed'etre efface par lui, joyeux de lui jouer un bon tour, disant du mal de lui dans l'lntimite et le

soutenant publiquement, toujours sur le point de sacrifier les rail-sons d'Stat a la fauconnerle, aimant ses amis et n'osant. les

dis-puter a la hache du cardinal, chaste et timide avec les femmes. Du grand homme Richelieu, Hugo ne met\\ en lumiere que la faiblesse de n'avoir jamais pardonne, il ne voit que le pretre

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qui a usurpe la place du rol. C'etait en realite un homme ter-rible mais Hugo est plutot severe pour lui, il augmente son ar-rogance et sa durete dans la suppression du duel.

Dans "Le Rol s'amuse" Frangois I est defigure et reduit au role d'un joyeux viveur. Dans la preface l'auteur le decrit

ainsi: "Vigoureux et grand, il avait un visage beau et gracieux, un sourire avenant, une eloquence insinuante avec un grand air de sincerite, la courtoisie, Is Valllance et les autres qualites chevaleresques lui etaient naturelles. Eloigne de la cour, 11 vecut dans un cercle etroit de devouement fan^tique". Le prince grandissait en enfant gate par sa mere Louise de Savoie et sa

r

soeur Marguerite de Valois. Mais si Frangois etait un debauche, il etait aussi un graijd rod, un chevalier et un protecteur des arts. Hugo exagere ses defauts et ne parle pas de ses qualites. II le fait meme se plaindre des savants dont sa soeur l'a entoure. C'est encore icl le gout d'antlthese qui a fait faire rnauvaise route a l'auteur. Pour bien marquer 1'opposition entre le roi et le bouffon, il abaisse le roi et agrandit le fou.

Comme "le Roi s'amuse" doit representer "la paternite

sanc-tifiant la difformate physique" de meme"Lucrece Borgia" doit de-montrer "la rnaternlte purifiant la difformite morale". Les chro-niques ont fait d'elle un monstre et Hugo l'a mise en scene sous les plus nolres couleurs. Elle n'apparut pas telle a ses contem-porains, qui tous s'acoordent a louer sa beaute, ses graces, son esprit cultive et ses bonnes moeurs. Elle semble surtout avoir ete un instrument politique entre les mains de son pere et de son frere. On la marla par raison d'Etat, tout comme on supprima Jes maris pour la meme raison. Icl comme pour Frangois Ier le

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poete congut d'abord des passions et des caracteres abstraits et leur ch&rcha ensuite un corps dans le passe. II avait

tou-jours quelque arriere-pensee, son souci n'etait pas 1'etude

desint6ressefcd'un personnage historique, mais la mise en oeuvre d'un cas psychologique particulier, etrange, bizarre; il chol-sit les sentiments dont il animera ses personnages, les dose suivant des lois connues a son seul caprice, melange l'un avec 1'autre ceux qui semblent s'exclure, et de la combinaison d'ele-ments aussi disparates, II resulte un etre d'exceptlon qui n'est pas dans la nature. "Le Roi s'amuse" et "Lucrece Borgia", voile. le triomphe de cette methode.

Hugo avait une instruction solide dont il a fait le meilleur emploi pour tout ce qui concerne la couleur exterieure de ces pieces. II donne des indications precises sur le decor et les costumes. Au troisieme acte de "Marion de Lorme" 11 y a un ta-bleau exact des eomediens nomades, qui fait penser au "Roman Comique" de Scarron. Dans "le Roi s'amuse" on nous montre le vieux Paris historique, la banlieue de St. Germain et du Cha-telet. Enfin, si la reconstitution de la partie historique est inegale et fausse, au moins les details exterieurs sont vrais et pittoresques.

Dans les dernieres pieces de Hugo on trouve de plus en plus marquee la tendance a accentuer les idees philosophlques et so-ciales. Dans la preface de "Ruy Bias" (1333) il dit "Ces quatre tetes (la reine, Ruy ilas, don Salluste, don Cesar) resumeralent

lesL>principales saillies qu'off rait au regard du

phiiosophe-his-torien la monarchie espagnole 11 y a cent quarante ans.... Par le sens historique Ruy Bias se rattache a Hernani. Le grand

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fait de la noblesse se montre dans Hernani comme dans Ruy Bias a cote du grand fait de la royaute ... entre Hernani et Ruy Bias deux siecles d'Espagne sont encadrees. Charles Quint nait en

1500 et Charles II meurt en 1700. Dans Hernani le soleil de la rnaison d'Autriche se leve, dans Ruy Bias II se couche". Qn est ainsi averti des la preface que la preoccupation philosophique et le gout de I'antlthese vont emporter la victoire sur l'impar-tialite historique. Cependant Hugo a bien etabli la renovation de l'histoire, la beaute pathetioue d'un royaume qui meurt, la fin d'une dynastie. Le cadre du drame est le regne de Charles II, la decadence de 1* monarchie espagnole. "Le royaume chan-eelle, la dynastie s'eteint, la loi tomoe en ruines ... plus de police, plus d'armee, plus de finances; chacun devine que la fin arrive." (preface) Hugo avait comme sources les memoires de Mme. la comtesse d'Aulnoy (1690) et "I'etat present de I'Espagne" de l'aobe de Vayrac (1713). Le sujet de la piece est purement fic-tif et les caracteres ne sont pas fideles a l'histoire. La reine est changee. Marie de Neute^, la seconde femme de Charles II

etait une femme avide et violente. Hugo lui a donne le caractere de Marie Louise d'0riea.ns, la premiere femme du roi, une femme douce et melancolique. La camerara major est changee aussi. Les autres personnages sont imaginalres, mais ils ne sont meme pas vraisemblables. Les deux amants sont aussi peu que possible des Espagnol^s du XVlie siecle, la reine est une enfant romanesque et

tendre, Ruy Bias un romantique a 1'imagination dereglee, orgueilleux, incapable de reagir contre le destin, lyrique et passif.

Cependant 1'atmosphere generale de la piece est d'une

vral-semblance remarquable. Le monologue de Ruy Bias, acte III scene II, quolque peu probable dans la bouche d'un valet est un tableau

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puissant de la misere de I'Espagne en ce moment. Les details economiques sur I'armee, I'eglise et la police sont exacts.

De meme les tableaux de la vie de la cour ou regne 1'ennui sont d'une verite etonnante. Pour le decor, les costumes, les moeurs, la constitution espagnole, Hugo a fait des recherches profondes. II nous dit "II n'y a pas dans Ruy Bias un detail de vie privee ou publlque, d'interieur, d'ameublement, de blason, d'etiquette, de biographie, qui ne soit scrupuleusement exact". Pour

1'ex-terieur et 1'atmosphere generale il a raison, pour les caracteres et le fond 11 se trompe.

Le drame "les BurgTa.ves (1340) est ne de reveries faites sur le bord du Rhln et s'inspire de la legende populaire de Fre-deric Barberousse. Hugo imagine un vieux chateau feodal ou cua-tre generations de barons presentent un fort contraste. "Des chateaux qui sont sur les collines, la meditation passa aux cha-telains qui sont dans la chronlque, dans la legende et dans 1' histoire". Son Idee est de reconstruire par la pensee, dans

toute son ampleur et dans toute sa puissance, un de ces chateaux ou les burgraves, egaux aux princes, vivaient d'une vie presque ro/ale. ... L'histoire, la legende, le eonte, la realite, la na-ture, la famille, 1'amour, des moeurs nafves, des physlonomies sauvages, des princes, des patriarches comme dans la Bible, des chasseurs comme dans Homere, des Titans comme dans Eschyle, tout s'offr&H a la fois a. 1'imagination eblouie de l'auteur dans ce vaste tableau a peindre." (preface) Telle est la conception de la piece. L'Intrigue est tout a fait puerile, il y a des enfants perdus et retrouves, de faux morts etc.: C'est encore ici l'idee philosophiaue qui domine; le symbole de 1'expiation a travers

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quatre generations. Pourtant on trouve de l'histoire dans la piece. Au commencement du second acte il y a un monologue de Barberousse deguise en mendiant, et ce monologue est une vraie legon d'histoire. Le mendiant parle de la decheanee de 1'em-pire, du pouvolr bornes des barons feodaux, des querelles des electeurs. Les Vandals ont pris Berlin, les palens sont a

Dantzick, les Mongols a Breslau.

"L'oeuvre de Charlemagne et d'Othon le Pieux

n'est plus. Notre frontiere a 1'Occident s'efface, Car la Haute Lorraine est aux comtes d'Alsace

Et la Basse Lorraine est aux comtes de Louvain ... Cependant le Danois menace; 1'Angleterre

Agite Gibelins et Guelfes; le Lorrain

Trahit; le Brabant gronde; un feu eouve a Turin; Philippe Auguste est fort; Genes veut une somme; L'interdit pend toujours; le saint-pere dans Rome Reve assis dans sa chaise, Incertain et hautain."

Ensuite quand le mendiant annonce qu'il est Barberousse 11 recit£ en detail les victoires et les exploits du grand empereur. Dans ce drame qui ressuscite I'effrayante et la confuse grandeur de

l'Allemagne feodale, tout est extraordinaire et gigantesque. C'est la legende qui en est le fond plus que l'histoire.

Dans toutes ses pieces, Hugo n'a aborde le passe qu'avec par-ti-prls. Ses drames lalssent dans 1'ombre les traits avantageux d'un caractere historique et n'en retiennent que les defauts. Richelieu est "1'homme rouge"; Frangois Ier, le rol-chevalier n'est que cruel et libertln; Charles Quint est humilie devant

un: Haanditfc; Lucrece Borgia, empoisonneuse, meurtriere de son pro-pre fils, est comme la maniaque du crime. "Victor Hugo", dit

G. Planche, "a cree volontairement des types mndependants de la realite pour leur imposer ensuite des norms choisis au hasard dans l'histoire." (Revue des deux Mondes 1334) Enfin, dans les drames

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de Hugo, la couleur est toute exterieure, la verite fonciere manque.

CHAPITRE IV.

Dumas.

Dumas a moins suoi\ le joug des contrastes que Hugo, mais il est encore plus melodramafcique. II offre a la foule des spectacles d'un pathetique intense mais brutal et parfois meme choquant. II avait le sens dramatique qui manque a Hugo de sorte qu'il fut plus goute chez le peuple. Meme encore beau-coup de gens du peuple apprennent l'histoire dans les drames et surtout dans les romans de Dumas, une histoire faussee par le melodrame. Dumas dit quelque part "II y a longtemps que j'ai

dit qu'en matiere de theatre surtout, il me paraissait permis de violer l'histoire." Sa premiere piece, "Henri III et sa cour" fut representee le 11 fevrier 1329. C'est un drame frangais par le choix du sujet et populaire par le fond. Dumas traite le

XVIe siecle, epoque agitee, ou 1'independance des partis dechire la France, epoque enigmatique et troublee que viennent de

re-veiller les chroniques et les memoires. C'est la legende qui determine le caractere scenique de la piece, cet etrange eon-traste de debauche et d'autorite, de cruaute et d'intelligence, qui caracterise le temps. Les amours de Saint-Megrin et de la duchesse de Guise constituent le sujet du drame, 1'intrigue est des plus melodramatjJLes et n'a rien a faire avec l'histoire, sauf

qu'on nous demontre lfincapacity du roi, entitlement soumis a

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vraie orgie de couleur locale. Chaque mot est un renseignement; etat des partis, etat des finances, interets des princes, topo-graphie du vieux Paris, astrologie, neeromancie, jurons,

pour-points taillades, les quatre sous qu'on paieau spectacle des GelosL; toute l'histoire politique et toute la chronlque de la mode pour

l'annee 1573 sont la.

"Henri III" fut suivie de"Christine" en 1330. L'histoire de la reine de Suede, fille du eelebre Gustave Adolphe avait de quoi attirer les regards d'un auteur romantique- Elle prit des sa dix-huitieme annee la direction des affaires dans laquelle elle mon-tra beaucoup de dexterite politique. Elle etait passionee pour les lettres, les arts et les sciences; sa cour etait une sorte

d'academie ou elle etait entouree de nombreux favoris. Elle avait une Imagination sans frein et un temperament impulslf. L'auster-ite de son peuple et 1'independance des nobles lui firent pres-sentir une revolution, de sorte qu'elle abdiqua a 1'age de vingt-huit ans, et se retira en France, a Fontainebleau. Une crise de jalousie la determina a faire assassiner son grand ecuyer Monal-deschi par son amant Sentinelll en 1557, presque sous ses yeux, dans la galerie des Cerfs. C'etait une femme d'une cruaute raf-finee. Apres ce meurtre elle dut se retirer a Rome, ou elle fut convertie au catholic!sme et devint fort devote. Dans la piece Dumas suit les evenements de cette vie extraordinaire avec

fide-lite. Pourtant quelque fois la couleur locale est sans consistance. Ainsi il y a un prologue pour mettre en scene Descartes, qui meurt avant le premier acte. Pour insister sur le gout de la reine pour les litterateurs, l'auteur nous fait voir Corneille en visite chez Christine a Fontainebleau, ou 1'on discute sur la Oarte du Tendre.

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La Calprenede y apparait aussi.

Dans "Charles VII chez ses grands vassaux" la scene se passe dans le chateau du due de Sav^sy, au moment ou Charles VII monte sur le trone. Les Anglais avec les Bourguignons font la guerre a la. France, Henri VI d'Angleterre est meme nomme roi de France. Au premier acte Jakoub, un esclave Sarrasin raconte ses bhagrins a Berengere, comtesse de Savrisy, qu'il aime en secret. II est esclave, lui qui etait libre, le fils meme d'un chef puissant a Said. Le comte de Savrisy l'a fait prlsonnier dans les guerres contre les Sarraslns, et lui a sauve la vie une fois dans le desert. *Le comte, revenu au chateau pour divorcer avec Berengere et pour en epouser une autre, accuse Jakoub de I'assassinat d'un certain Raymond. La reponse de Jakoub nous montre un trait des moin3 musulmanes: "A fin de le garder pour

ennemi mortel je n'ai point partage ni son pain.nl son sel. Car si plus oublieux j'avals fait le contraire ma loi, des ce moment, me le donnait pour frere". Le roi Charles VII arrive juste a temps pour sauver le malheureux esclave des consequences de son crime, car si le comte a le droit de rendre la justice "basse et haute" dans son chateau, le roi a le droit supreme de pardonner aux condamnes. Pourtant le roi semble ne pas s'occuper de I'etat grave du royaume. II reproche au comte son chateau fort, mais ce n'est qu'une observation passagere. II est venu dlstraire

son ennemi en chassant un daim dans la foret, et 11 ne pense qu'a sa maitresse, Agnes Sorel.

Le vrai sujet du drame est 1'amour de .Jakoub pour Berengere, la comtesse abandonnee. Mais la verite psyehologique manque dans la peinture de ces deux etres; leurs raisons d'agir nous semblent

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inexplicables. Berengere, la femme dedaignee est un modele de vertu, de chastete et de resignation; elle se transforme subite-men t jusqu^ faire l'aveu d'un amour Invraisemblable et a pousser le meurtrier dans la chambre ou Savfisy vient de ccnduire sa nou-velle epouse. Jakoub est un etre etrange; transports sur le sol de 1'Occident, il voit passer dans ses reves les visions des car-avanes du desert, et des chasses au lion; et tout a coup, se sent-ant etcuffer dans 1'atmosphere de I'esclavage, 11 en sort brutale-ment par un meurtre odieux, celul de son bienfaiteur.

"La Tour de Nesle" (1832) drame franchement populaire et nullernent historique, est pourtant "la plus joyeusement fantas-tique evocation du rnoyen age qu'on ait jamais faite". (Lanson) L'auteur avait probablernent lu "L'EcolIer de Cluny" un roman de Roger Beau voir, publie a, peu pres un an avant la piece de Dumas. Dans le roman 11 y a un amas de mots techniques et archalques meles a la phraseologie la plus banale du romantlsme. Dumas a conserve des archalsmes ^uste l'essentiel pour donner la couleur, quelques mots, quelques exclamations et cuelques tours de phrases. C'est la legende et non pas l'histoire qui fait le fond du drame, la legende sinistre d'une vielle tour mal farnee aux bords de la Seine a l'ext^mite de la bonne ville du roi Louis le Hutin. Dans cette tour funeste la reine Marguerite de Bourgogne, premiere

femme de Louis X et ses deux soeurs Jeanne et Blanche tenaient leurs orgies et chaque matin au pied de la tour la Seine rejetait trois cadavres sur la greve. A part ce fond legendaire le drame est purement fantastlque. L'exposition donne bien la note de toute la piece. Orsini se trouve seul dans la grande salle circulaire de la tour. Appuye contre la fenetre il regarde en dehors, il

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entend le tonnerre et regards les eclairs. II dit "La belle nult pour une orgie a la Tour. Le ciel est noir, la pluie tombe, la ville dort, le fleuve grossit comme pour aller au devant des cadavres." Le drame est divise en tableaux. L'ae-tion se transporte de la taverne d'Orsini pres de la porte Saint-Honore dans le premier tableau, a I'interieur de la Tour dans le second. Puis c'est l'appartement de la reine, ensuite le vieux Louvre et la prison du Chatelet. On voit la reine et le premier ministre tantot a. la cour, tan tot au cabaret. L'in-trigue est des plus compliquees. On est tente de dire avec Savrisy au Ve acte "Si j'y comprends quelquechose, que Satane m'extermine.'" Enfin s^Jl;<f a tres peu d'histoire dans "La Tour

de Nesle" la couleur du moyen age y flamboie, mais c'est un

moyen age mysterieux et sinistre, pour ne pas dire fantastique. Le sujet de "Catilina" (1343) est le conjuration de cet homme pour se faire nommer consul de Rome. Salluste a fourhl a Dumas vplus que Ciceron ou Plutarque, parceque Cieeron, se-n-rival, dans les elections, le noircit trop. Salluste le repre-sente comme un soclallste avide de reconquerir sur les semateurs 1'autorite, et sur les chevaliers, la fortune. Le type que

l'histoire offre a Dumas dans la personne de Catilina est tout a fait? selon son talent, c'est I'nomme du hasard et des revolutions que Dumas excelle a faire vivre sur la scene. On vantait sa

vi-gueur dans les ecoles de gladiateurs. II avait des muscles d'acier et il passait des nuits d'orgie. L'episode du disque de Remus que Catilina jette dans le Tibre (1.7.) est tire de Salluste. Chry-sippe lui dit "Quand les autres trouvent la coupe d'Hercule, vous vide*, vous, It amphora toute entiere. Quand, aux fetes de Venus

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les autres veillent trois jours, vous veillez, vous, toute la semaine. Quand les aut?es lancent le palet ordinaire, vous lan-eez. vous, 'le disoue de Remus". Nous avons dans la piece deux esquisses de ses orgies, au H e acte, scene 10, et au Ve, scene 10. (Note du decor: Fultre frappe du pied trois fois; une table

somptueusement servie sort de terre avec des lits de pourpre) La physionomie et le role equivoque que Dumas prete a Cesar se lit cialrement a travers la prose de Suetone. Ainsi dans la piece, le jour des elections Cesar promit de faire nommer Cati-lina par peur de la mort, ensuite Ciceron par peur de la colere

de Servilie. Dumas cite les mots de Plutarque "Cesar c'est un Janus; 11 a deux visages, 1'un qui sourit a Catilina, 1'autre qui sourit a Ciceron." Salluste le nomrne "bien-aime file de Venus". Suetone conte que Cesar fit presente a Servilie, mere

de Brutus, d'"une perle qui lui avait eoute six millions de sesterces". Nous avons la perle dans la piece (I.11.) ainsi que le billet de Servilie "Dans ma famille on aime la vertu. Si vous laissez Catilina devenir consul, ne vous presentez plus chez moi. Si vous faites nommer Ciceron, venez ce soirl" II

vi

n'est pas jusqu'au couple Curius et FuUVe, qui ne sortent des textes memes; luxe, embarras financier, trahison, tout y est jusqu'aux traits caracteristiques; Curius amant faible et in-discret, Fulire bourreau d'argent et traitre. La trahison de Fullte est confirmee par Plutarque, et grace aux Indiscretions de Curius, le jour des elections, c'est FulSte qui fait echec a Catilina et decide la crise que Dumas a dramatisee.

Dumas a utilise tout ce que l^histoire a pu offrir de de-tails propices a la mise en "scene: decor, costumes, vie en plein

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