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Le fantas,tique chez Maupassant
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~ par ~ Ginette Savard.'
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Facu1tê des Etudes sup'ri~ure8 et de laL Recherche
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l'Universitê McGill
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'. RESUME"
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Les contes fantast~es d~ Maupassant ~'av~rent
.
,
détermf-,'na~ts dâns l'évol\tion.de la littérature de 'fiction, car ce sont les derni~res créations du genre, comme l'affirme
Toda-/; ,
rov. • Afin de distinguer les particularités du fà~tastique.
dans l'oeuvre de Maupassant, nous en ferons une analyse thé-matiqué qui sera le p~inclpal objet de ce mémoire.
A,vant d'exaJlliner les )te~tes en profon~eur, il nous parait intéressant de faire un 'bref historique du fantastique avant
~Maupassant,.
deconsi~érer
l" influence, sur-"-i, de Schopenhauer,et de 'Flaubert, de brosser un ~~pide tableau de l'esprit fin de
8iêcle~ et enfin de r~ppeler l'incidence de la folie sur la vie
et l'oeuvre de Maupassant., Ensuite, nous seron~1 en mesure
d'a-r..
, < Ir,
border l'étude 'thématique.
<li. ~
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Les thème's peuvent être reg~oupês se19n trois réseawc bien
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'," , ,
définis. L'eau, l' amour i~Q,ssible, et le rêve forment le premier de ces résea~x:' ils traduisent la'décevante expérience de
l'~is-,
te~ce et'le~caractère éphémère de tdut essai·d'évasion. La peur,
- , ~' ,
l'être invisible
et
le doub~~onstituent le second~réseauthéma-, ~. ~ "
Il
. ,
" " " ' 1 . lit ,t-,tique: i~ montrent l'échec des diverses tentatives pour trou-
.
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ver une consolation dans les croyances populaires et ~é ~,~e
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A la ·lum..f~re de notre analyse, tenterons de mettre ,
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.
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-'~' ,HI \ •A jour l'i~erd~pendance des divers thêmes ~n rapport
\'/ .(..
avec ,
, . 1
D'ailleurs
le chemin
1
tnent de Maupassant vers la folie.,
cel,le-,
.
1
ci est p~ut-ftre l l'origine de la veine tanta'stique dans son
oeU'Vre/l
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~~ories
seem' to be~
fic.n tin' the -volu tion of
~ i~.ti~n .:\I~d~ed.
ait TOdO;OV" sa id.CI
~ ' , . ' • ~).h ,
.they repr~sent the last'ereat1ons of thlS genre. In orde~ to
di.tingui~h
thef~nt
••ti~rt.in
MauPassant's Yritings. we,
.
will ~~rry out a thematic ~n8lysis whieh w!ll consist in the
, .
main subject of !ur \thesis.
~ 1 - . . . . •
Before' going'deeply into the study/of the texts, we believe
,
.'
it shoula'he i~t~re$ting to g~ë a short historieal account of
-...
fantastic f.letion J:;>efore ~aupassant. Then, ",·e should consider
the infl~enee
of
Schopenhauer and Flaubert on the author anddeSèribe the spj~it of "fin ~e siècle". Finally, we will reeall
',' . ! )
,
the effect of ma'dness on ~a passant' s' l~fe and works.
The~e-after, we' ahatl be
:in,
a', ~' "'-l,
.
"1tio~ ttr ~rdceed to our thematie
, \
~. ânalysi~. ~
li
, , ,
~e
ma'in fthemes may.! e divided into three specifie andinterrelating groups. The ,:irst co~sists in the water, the
.
impossible love and the dream and shows hQW, dèceptiv,e is the~
• r
experience of life and ephemeral the evasion. The second group'
1
, is defined by'the fear, the invisible being and the double and
,
r "
~demonstrates the failure in the search for eonsolatiqn
fn
a/
strange world and popular beliefs ~ The last one lS cha1racterizcd
• 1
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.dL 1 e;u
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by madsess death an1 .puts
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1.
to the <Nest
unkno~.
/
We will· try~' ,through' our analysl.sf to show
!
the interdependence of the varidus th~mcs, in relatif)
-- " ~
.
the development of Maupassant's madness which,
g~ne.rated the fantastic~vein' of hi. works •••
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, , l'ntroduction:..
, "Ch?pitre pr:emier: . Le fantastique avant Ma,upassant. CJ,apl. tee Il:
Chapitre III: Chapitre IV: 1
/
/ 1 Influence de SchOp'enhauer et , ~ \ . \L'~sprit fin de siècle.
L • 1
La hantise d~ la foliei
.
~
\D,EUX;EME PARTiE
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J Chapitrj premier: L'eau, l'amour impossible et le rêv~.
1 •
Il •
Chapitre ,II: La peur, .ll ~tre invisible et le; double.
,
Cl}apitre III: La, folie et la mort.
Conclusion: . , ) Bibliographie: ) • 1 ;."
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• 1 3 14 25 , l 37•
83 115 - , 140 146..
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a
dépasser sespro-pres ites. Qu'il s'agisse de croire en l'existence d'un
de conquérir l'univers irtvisible ou d'inventer les thiques qui peuplent les légendes, on retrouve
tou-jours c besoin de transcender la réalité. Or, la littérature
1
fantastique est un merveilleux instrument qui permet de
fran-chir 1 s bornes' de l'impossible. Pourt!ant, elle ne doit pas
être c nsidérée comme un genre mineur servant d'exutoire aux
cervea nébuleux ou tumultueux, mais plutôt comme un type
de création littéraire o~ les personnages transgressent les
lois naturelles afin de mieux saisir l'inconnu.
Les
conte~ fantastiqu~
de Maupassant marquent un momentimportant dans la 1ittératur~ d'imagination: ils constituent
le sommet du genre. ' Aussi, l'objet de notre étude sera d'en
analyser les principaux thAmes et motifs de façon à déterminer
~hez lui l'essence du fari~stique. Un tel sujet présente un
double intérêt: démonter les rouages du mécanisme qui régit
~~ If ensemble de ces contea et montrer qu'ils constituent,
cha-cun, l'un des maillons de la-chaine formant Un pan de
l'oeu-vre compU~te: la veine fantastique de Maupassant. De plu~, ,
sans associer étroitement les diff
~
teur. cette étude pourra mentales de Maupassant.
~t
l'au-les préoccupations
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...,
"" 1Nous avons adopté l'analyse thématique car elle nous
1
semble une m~thode,relativement 'objective ~t s'appl~quant
l merveille au genre même du conte. Selo~ Axel Maugey, qui
reprend'Roland Barth
7
s, ce type de cr~tique,consiste l"met
-tre l jour un réseau organis~ de rép~tition8, d'obsessions,
qui ne relèvent pas de l'inconscient de l'~criVain, mai. des
zones pr~réflexives ou extra-réflexives de sa conscience.~
\
/ (1) Not~e analyse "sera d'autant plu's significative que nous
.
,pourrons parvenir ensuite l montrer comment. les th~mes
s'or-ganisent entre eux et s', insèrent dana une suite logique, qui
•
traduit peut-être l'essentiel de la pensée d~ Maupassant ou
encore son long cheminement vera l'ab1me de la folie •••
/
Avant d'entreprendre l'analyse th~matique des contes, il
,
nous paratt important d'examiner rapidement l'évolution du'·
fantastique avant Maupassant, d'évaluer l'influe~ce de
Scho-penhauer et de Flaubert 8U( son oeuvre" de brôsser un tableau
de l'eJlprit fin de sitc,le, et enfin de considérer sa hantise
[
de la ~lie. \
1) Axel Maugey, Poésie et Société'lu Quéhee, P. 121.
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PREMIERE PARTIE~\
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\1.
CHAPITRE PREMIER,
.
, '1' ." . . . ç,..LE FAflTASTIOUE AVANT ~UPASSANT
~omme une riv,iète dont on ne peut déterminer la source
prefonde, la gen~se de l'oe~vre fantasti~ sera toujours
baignée ,de mystèz:e. Dans les textes anciens, on d~cêle la
présence d'une aura ~,surnatu~el enveloppant certains faits
singuli,'~a~-" (1) Retracer
l'évol~tion
du fantastiqueen-_, ~ ,,,,
l , ; "
-, FranCè avant Maupass.nt s'avère'doné une entreprise fort
1 ' ,
-4 l '
vaste nous obligeant
a
déiigliter/d~ façon précise le champ, 0
de ce premier point. i
j
't
~i
'
Avec Castex,~~rov
etvax,
nous constatons quela
~ littérature fantast~que n'a véritablement cdnnu un essor en
, 1
-,
France qu 1 à partir d~ XVIIIe sitcle. L~s lecteurs de cet,te
époque'cherchent à ~Ombler aut~ement que ~~ la religion
J--l~~ besoin de surn~turel. Les limftes de la science et les
propos trop
~émyst1~iàn~s
des philosophes nerêpo~dent
guèreA leurs interrocja,tto~s sur l'au-dell. Aussi se tournent-ils
vers le mouvement lluministe qui propose de "déchiffrer ~
" ~
1) t e e an st' es, p. 73.
r exemple la descente d'Ulysse aux Enfers
apparitions de spectres (dans les oeuvres
clurle,' Sophocle ~t Euripide), des
loups-..
H' \._~ -Louis Vax, L" 'Il mentionne' (Homère), des tragiques d'Egarous (Pétro e), une histoire de revenant (Pline" , lé Jeune).
..
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1
t' 1( \ j
(
" l' 5'...
, ( ... :' "\ - ' .. ' .'t , ~ ,.,.,~ ~ ..., ... i _ ,.-y~ ... . , t 1 4. ~.
\universel"~)
/ 'd'autres voie~ lè mystère 'if
Di;ciple de l' illumini~te· L.-C. de saint-Martin, ',Jacques
Cazotte (1719-1792) r~alise les lacunes de "nos connaissances ,
ordinaires" et s'intéresse vivement au monde supraterrestre.
(
< Si ses-oeuvres de jeunesse s'apparentent au merveilleux assez
, '.
conventionnel des e9n~~s de fées~ en revanche Le Diable
amOu-'/'; t" .
~I paru en 1772, présage le véritable conte fantastique
français, tout en apportant la célébrité
a
son auteur.L'ori-ginalité
't '
d cette oeuvre ne provient pas essentiellementd'é-,
vénements prodigieux ou du fait qu'Alvare soit amoureux d'une
femme étrange (Biondetta)"incarnation possible du diable, mais
plutôt de p~océdés littéraires maintenant l'ambigulté de l'i- .
...
~dentité de l'amoureuse.
caJ~tte
a saisi l'art de situer le'" ,
récit l la limite du possible et de l'impossible: "Il se tient ,.
a
mi-chemin entre le récit !éerique qui brave la . , ~aiaemblanceet ~ récit réaliste qui '-écarte le mystère". (3) Toutefois
la moralité édifiante de la fin amoindrit la puissance évo-1
catrice de l'illusion, faisant de ce conte une allégorie' (au
sens o~ l'entend Todorov). Néanmoins, Lé Diable amoureux im-'
\
2) Pierre-Georges Castex, Le Conte fantastigue ep Frapce de
Nodier
a
Maupassant, p. 13.3) Ibid., p. 35.
/
/
(
,.q(
/" ~ ~ j,.i
~ s.~ 4 se *wpresaionna éonaidérablement celui qu~all~it devenir le
pêr~ du fan~astique français: E.T.A. Hoffmann.
En 1828, Hoffmann est r~vélé au public français grSce aux articles de J,.-J. AJÎrpère dans Le G1Qbe et de Saint-Marc
,
Girardin dans la Revue de Paris. Par ~illeurs, Loêve-Veimars ,traduit plusieurs contes de l'écrivain allemand e~ contribue
~ 1
l le faire ~pprécier, enco»ragé par le Dr. Koreff, ami intime de l'auteur. Llapport de ce sav~nt dans l'oeuvre du conteur s'avère important: Kore~f lui fournit des précisions sur
)
-la tr~~smission de la pensée et de la volonté, la sympathie magn~tiquei l'halldIcination, le dédoublement de la personnalité."
,
,
(4) Ces phénom~nes, extraordinaires pour l'époque, inspireront
1
Hoffmann, mais ils donneront également naissance
a
des thèmes fantastiques que reprendront léS conteurs français, jusqu'à Maupassant.Les C9ntes d'Hoffmann rel~vent du ~ype me~illeux, Bouvent
~ochè
du féerique (par exe.ple:"Le vase d'oru) . Cependant, ses
, ~
récits semblent parfois dotés d'un~.ens connotatif rrodudsant chez le lecteur une hésitation entre le sens littéral et l'inter-,
4) Pierre-George~ Castex, Le Conte f,nta~tiqy7 en France de Nodier à :Maupassant, p. 43. ~ifJJ
'~ ....
,6
_ _ _ _ - . J r I _ _ lIW;j .1.1I .. r_.''7 .. I''llr ,~~.t"!Ir _ ... --~ .. "'t~\I11Ü .. $i.d'tt' , 1
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6.
Q
(5) Dans la plupart ~.es contes, • dêtails réalistes qui
~~
pour effet prétatio? allégorique.de r ndre vraisemblables les événements surnaturels. Il nous conduit peu l peu aux confins de l'univers visible et nous fait p~nétrer dans un monde réqitpar des lois inhabituelles défiant la raison: désormais tout devient poswible.
~'au-teur
exp~ore
l'intériorité de ,1:' homme, il nous fait percevoir .". ) ses mystères et vivre ses ang,oisses~ainte-Beuve a vu juste en affirmant: , "Hoffmann a -r~anspos~ l~ merveilleux dans l'âme. - .. ,,' ~
humaine ( ••• ) il a suggéré, pour rendre ~ompte des phénomènes qui nous surprennentj des explications. déconcertantes pour la science positive et cependant plausibles". ' , (6)
Avant Hoffmann, Charles Nodier avait
déj~rOduit
des oeu-vres fantastiques, ignorées, il est vrai, de ses contemporains.1,.
•
Dans ~Une Heure ou la VisionH
, ert 1806, il exprime une
concep-( ,
tian de la folie que l'on retrouvera , "dans Aurélia de Nerval:
' ~
Q
elle s'avère peut-être une faculté ,·supérieure permettant une
5) Dans uLa Nuit de la Saint-sylvestre·, le reflet perdu
l la suite d'un pacte avec le diable parait' illustrer les conséquencés d6sastreuses que doit affronter l'h~
me dépouillé de sa "dignité sociale".
..
!>-1)
'-(
", --- ---- - - \ f .. ~~,,..r-.!1'~~j1l:""'P'*-_~_~"'l~,#",, ... ,,,,,!.,.. ___ O""-~ .... ~,,,.
\ 7.exceptionnelle lucid~té des @tres, des'ehosea e~ mOrne de J
11 au-delà: uOllt! sais-je, infortuné qu'ils appellent fou,
\.-ai cette prétendue infirmité ne ser\.-ait pas le symptôme
\ '
. dl une sensibilité plus énergique, d'une\\,rganiaation plus 'compl:àte, et si la nature', en exaltant tolites tes facuLtés, • 'ne les rendit pas propres A. percevoir l'inconnu?" ,.,(7) DI
au-tre part, l'univers onirique préoccupe Nodier qui y voit une
o
transposition des angoisses de l'homme. Dans Smarra, il se propose 4e dévoiler les méandres de l'inconscient assailli
4 par des songes inquiétants. Ecrit dans un style raffiné
in-[
J
accessible au public populaire et méprisé de l'élite au nom"
'\.
du bon goet"ce conte est ignor~ des lecteurs de l·~poque.
Nodier abandonne alors le fantastique et n" y reviendr.a qu'en 1830.
La-connaissance d'Hoffmann et surtout T'av~nement du
ra-
.-mantisme favorisent la liberté d'imagination, et partant, 1 f esso,r du fantastique. Ce genre devient très populaire
pen-dant les années 1830-1833, consi4jrées comme son ~ge d'or. No-dier bénéficie de cette ~volution et se consacre définitivement
à cette littérature d'imagination. Il se réfugie dans le monde
7) Charles Nodier, Contes, p. 21.
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l.
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, j l. _ _ _ ~ _ ~ _..
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des sO,nges et crée La Fée aux Miettes, en 1832. 'Ce conte / ,
, /
fai~ partie du cycle des Innocents, dont Michel, le héros,
/
représente l'idéal humain de
..
l'au~eur. Ce personnage doit affronter des épreuves symbolisant les affres de la vie1 "
: , quotidienne, et qui risquent de compromettre son idéal de pureté. En cueillant la mandragore, il triomphe .de ces difficultés et trouve le mçyen de confon~ rêve et réa1it'é',
d'o~ i~ atteint le bonheur. Nodier livre 'A cette éPoque la
raison qui l'incite A écrire: MIes cdntes sont à ses yeux la ~eule compensation valable aux soucis qui dévorent la vie
" 1
réel1e.N (8) I1 rvoit même 1d littérature "frénétiqueN (dont
il est l'~n des pionniers en France) comme un instrument per-mettant d'exprimer Uce tumulte intérieurN qui se manifeste
, 1
1
.
"dans "nos songes nocturnes".
si Nodier privilégie le rêve en peignant l'inconscient'
J '" 1 " ) 1
tourmenté de l'homme, Balzac observe et décrit celui-ci dans
.
sa recherche de l'Ab.o1u. Dès lors apparatt une dimens.i~n trop souvent ignorée de l'oeuvre balzacienne: son aspect8) CitA dans Le Conte fantastique en
lfADce
de Nodier A Maupassant, ~. 67. f\?JI ( ; 1..
J" , ,1.
,;J • -i 1 r"
," ! ~ 1 .
(
..
~t""~~ ... .e*,~~'w''-''.i~_ (..
9.~i8ionnaire. ,(9) Ain~i, Balzac est-il fasdinê par les
~
r-r--rapp'orts de l'être humain avec les forces du bien et du mal,
..
ale. premi~res enq~ndrant une sorte de mysticisme poétique, . comme dans Annette et le criminel Wann-Chlore, en 18231
,
.
. . ~
les s~condes, beauc~up plus impressionnantes, rêvélant~a
" ..
PhiIQsophi~.de l'auteur ~8ée sur un "désir de domination universelle·, çomme dans Le Centenaire, en 1822. Si Balzac
~. 9
es~ tellement fasciné par le magnétisme, c'~t peut-être
. . ,
qu'il y voit l'instrument ~e c~tte.do~natron et la possi-bilité de déchiffrer les mystê~es de l'in1onnue (10) 'Le
récit qui paratt le mieux montrer l'oSMOse entre la peinture ... _1.iII 1 ) ...
1 de la vie et la veine
i~ntastique
j
est sans aucun doute La
...,!
lMPeau de chagrin.
Bien que Todorov perçoive justement" ce récit allégorie, en raison de l'inscription gravée. sur
("Si tu me possêd~s, tu posséderas tout. !o\ais
1 9) On oublie doctrines qnétisme. ." '\~
souvent que Balzac fut influencé par les illuministes et les rechercpes sur le
ma-ne
10) "Le
magn'tis~ n'~.~
que l'ascenAant'irré.is~ible
de l'esprit surfa
matière, d'une volonté ·~orte et immua- ~ ble sur une Sme ouverte l toutes les ~re~ions. ~Avantpeu, je posséderai les secrets de cette puissance mys-thieuse'. 0 Je contraindr.ai tous res hommes. A m'obéir, ~
t~ea les femmes ~ m·aimer ••• • (Cité dans Le Conte
fantast1gue en Fran~
Ae
~odier l Maupassant, P\ 173:JO,
1
1 • 1 1 " 1 11 i It"_ ;
.
! ' ,. , y " 0 ' ) '-./' '.
(
-1 .
..
_0-10 • {.
partiendra" (11) ), il re,,~que l'étrange antiquaire, l'atmosph~re s~liêre de sa boutique et les événements pro'digie\.pC que vit Rapha~n baignent dans une atmosphère
, 1
surnaturelle, d'o~ un type de fantastiqUe dépassant les
l '
catégories de Todorov. Autrement dit, le , ~antastique ' de-vient ici la baquette magiquè de Balzac pour transcender la'réalité, et la boule de cristal du visionnaire,
dévoi-~
lant une dimension de 1.' univers ignS?rée du vu gaire; l' hoU\-me et le monde apparaissent dotés d'up "halo magique"
(l'ex-.
~pressi~n est de Castex), signifiant les inte férences du vi~~
~8IbÎ~
et de l'invisible. C'est peut-être c qut confère auxpersonnages-clé de la Comédie humaine cette terrifiante gran-
..
Vers 1833, le fantastique connà1t une période de réac,tion et d'équilibre et les oeuvres
se
font plus rares. Désormais,}"\
on s'attache davantage au "Bouci de l'oèuvre bien faite"
plu-o,...!
,
0 /t~t
qu'l
la "signification mythique". (12) Dans cetteopti-.,4"" ." ./
quèt on retrouve Inès qe
La'
Sierras, de ~?dier, en 1837. Les .\faits apparemment B~rnature1. sont élucidés dans la seconde 11)
12)
: ' \
~
..
Balzac,
La
Peau qe cbaqriQ. p. 88.Pierre-George8Cas~ex, Le Conte fantastiqye en France
Se Nodier à MAupassant,_ P. 88. , ,
j
1
: i ;(
1 •(
/ 1 •(,
Il.pàrtie du conte, d'on la destruction de l'illusion et la , preuve
qul!
·le fantastique peut na!tre d,e procédés purement littéraires. Par ailleurs, La morte amoureuse (1836), de Gautier, traiterd'un 'sujet traditionntL,rappelant Le Diable,
amou,reux de Cazotte:
~la
femme aimée est-elle "ange ou ~6é-. , mon ft 1, Seulement, la valeur de ce récit réside surtout dansS8 forme et, plus précisément, dans sa façon de susciter "le
vertiie et l' horreur du néant"., (13)
J.
La Vénqs s'Ille s'avêre· peut-être le chef-d'oeuvre du
genre 1 11 époque. Le conte débute l la 1 maniêre· dl une
cl)ro-( \
1
nique de voyage, Mérimée ayant toutefois soin de placer des ~
indices (concernant directement ou indirectement l'étrange statue), qui donneront une extraordinaire puissance à l'éclat de la fin. Graduellement, le fantastique Si insinue, dans la.
réalité l l'insu d~,lecteur grace l l'intelligente utilisa-
..
tion de la modalisation et,fes tentatives d'explications qui- • / . 1 . '
laissen't planer le doute. Ainsi, le style, paratt tout simple . alors que rien n'e,t laissê au hasard. L'individu l~ plus
1
inc'rédule' ne peut s'empêcher de ressentir un fri,son de terreur
13) Ce jugement de Baudelaire est cité ~i Castex dans Le
~QDte fantastL;qe en Frlnce de Nadie;'! Maupassant,
p. 227. La moralité de la fin nous fait songer ~ ,
A
celle du Diable amoure~ et tendA
abolir le fantastique, le réduisant à une simple allégorie. ~"
\
(
"t6 . -,~ -"' ... -~ .... ~~~_ ... 12. "en 1iaant La Vénus d'Ille et l'auteur atteint son but:
o ,
-Cette adresse l, rendre un prodige vraisemblable fait
partie selon Mêr~ée lui-même de la poétique du genre.- (14)
:'
L'avènement du po.iti~isme vers '1850 risque de menacer
, ,
i llessor dU"fantastique. Auguste Comte" et l'tenan se
récla-/
ment de la science pour éclairer les .ystares de l'univers, et ils dénoncent les théories explica1;ives provEtnant de
f
II i~qinat;on plut"t que""de 11 observat~oti. DI autre part,' les magiciens et Woccultistes proclament la rigueur de leurs ~êthodea et publie~t les résultats de leurs réchercnea. Finalement, ces deux mouvementa opppsés contribuent au ra-,
'
nouveau de la littérature fantastique: les conteurs
alins-,
.
,',
pirent d~s hYPOthêse' scientifiques et des propos des mages, les occultistes qui prétendent posséder la connaissance ,uni-·verselle. La parution des oeuvres d'Edgar Poe (traduites
1
adœ~rablement par Baude~ ouvre de nouvelles perspectives.
Poe crée ses oeuvres l par~ir de phénomènes étranges
1
(v6cus par le héros dans des circonstances particuliêres) donnant lieu l une perce~ion ~riginale des relations entre
~4), Pierrè-Georges Castex; Le Conte fantastique en France de Nodier ft Mauplssant, p. 283.
, , ,
((
(
/
..
Il •
..
l'homme et l'inpo~ui Il s'intéresse ". toutes les expê-"" riences et l toutes les aventures êtranqes qui se trouvent
•
Al liées, aux effets de la curiosité scientifique, de 1 t ivresse,
t ' ,..
de surexcitation nerveuse, de llangoisse mêtaphysique ou de folie." (15) Dêlaissant la féerie et la'léqende, il va us loin qutHoffmann en êtudiant ces phénomènes A la fa-çon • un clinicien. On retrouvera nettement ce type
d'ana-contrs de Maupassant inspir's par le thème de~ (Cf. "Lui?", -Un fou?", -Le Horla" et "Qui sait?-).
De Cazotte • Maupassant, la littêra~ure fantastique s~
1 , -r
'ble avoir êvoluê du merveilleux féerique vers un "fanta.~~que
~ ".. ..
l " " .. ~:
psychologique" (selon l'expression de castex), autrement-dit,
1
d'un fantastique extrinsêque I(influânt sur le héro~, du récit)
1
l un fantastique in~rinsêque (la co~science et la perception
~
sensorielle du hêros transformant sa vision du monde et de
l'au~dell'. Les conee.rf~:astiques-de MauPassant m&rqu~nt
.
.
-~-le point culminant de cettt.~ 'rol\f'tion et se rêvèlent
parti-~
culiêrement intêreasants dana l'étude du genre fantastique
(J
1 C', ( ; ~ . .
dont' ~ls lont l'un des "derniers exemples esthêtiquement
~
.-~ /
.ati8fai~Dt8. d'apral ~dorov.
15)
.iarr~rge8
Caltex. "Le Conte fantastiqueAI
Nodier l Maupassant, p. 103-104. j " , -,' ..
,r·r
0 \ (.,
~'l ... r~~, .... Oji_"" ____ ~_ ... ~""". ___ ",.""", f..'-,..-"'lH . . . , • . - - - ' " "',~_ ... " ' _ ",,,",
r CHAPITRE 1 l,INFLUENCE DE SCHOPENHAUER ET DE FLAUBERT
Après avoir montré l'évolution du fantastique avant
,
.
.~-Maupas.ant, il nous paraIt important d'examiner l'influen-ce de Schoperihauer et de Flaubert sur son oeuvre. ~s les
premiê~a
ann'ea de.~ vi~,
Ma4r-aaant est profoadément 1boul~' par les nombreuses et violentes querelles entre .es parent-S qui se sé~re'nt d~s a,prês l~ nai.sance de son frère Hervé. Plus tard, il réa~ise que ce climat de
dis-/
" ,
corde a largement contribué 1 créer en lui ce llpeslfimisme'
j "
atroce qui asspmbrit sa pensée Il , (1) et
ae
manifeste defaçon voilée ou
e~plicite
dans toute son oeuvre:i'inJl~en
tI, ce de Schopenhauer et de Flaubert aecentue eette tendance....
Dans aa nouvelle intitulée "Auprès dlun mort·, en 1883,
Maupa.sant exprime aon' admiration po~r Schopenhauer, par le truchement du narrateur, .et. il affirme que "ce; philoaophe est
Il le plua grand .. accaqeur de' rêves 'qui ait ~,~a' sur la 'l'terre."
(2) Le penseur allemand conçoit le ftÎondf( comme une"
repr6sen-,
1) Albert-Marie Sehmidt, Mauea,sant par lui-même, p.9.
2) ·A~prêa d'un mort", dana Le, contes faijta.tique. completa, p. 154. (Au cours de cette étude, nous citerons le titre de. contes et les pagea sans rappeier celui du recueil, car no~ utili8eron~ toujours l'édition dè la collection Marabout fantastique.)
\,
//
r
((
\ _ _ _ _ - -_ 1 15.tation perçue par l'intel~igence. Cette représentation existe
C'"
en fonction d'Une volonté:,' le "voulolr-vJvre". Autrement dit,
"
l'homme est victimè de ,"l'universelle illuaion"7 il doit af-, fronter le mal et la souffrance, conditibns de la vie même. Il
,"
se servira de son intelliqenc~ pour se libérer de l'emprise des ,passions et cultiv,r la "nostalgie df néant".
~
L
'1Maupassant es,t incapable dl
at~e'
dre cette sorte deNir-1
\
v3na, en niant l'existençe de Dieu et en re~onçant aux pas-sions eni vrant~s mais destructr1ices. Peut-être a-t- il été
'~
conditionné par l'éducation religieuse de son enfance ou
peut-,
être a-t-il instinctivement la foi ••• ~ Malheureusement, il ne
'"-'?" '
peut donner un ~ens A sa vie en songe~nt l,un bonheur possi-ble aprês la mort ou se consoler par
. 1
t
la prière ,en gardant
l'es-i
poir d'un avenir meilleur. Aussi se révolte-t-il contre l'Etre divin qui, selon, lui,' permet la misêr.e h~ine 'et jouit du ma~-he~r des hommes: "Dieu, Monsieur, c'est un ma~acreur. Il lui faut tous les jours ~es ,morts. Il en fait de toutes les façons
..
pour mieux s'aJJlUser." (3) ~s lors, Mau~ •• ~~t consid~re le
\'~
,
suicide comme une solution tout-A-fait légitime-: il pousse même l'ironie jusqu'A imaginer dans l'un de ses ,contes,
"L'en-1
3) Cit' dans Maupassant par lui-~me, p. 73.
"
,
,...
)
\
,
-,.
" 16.dormeùse",une "Oeuvre de la mort voiontaire" qui offre aux
deses~rc~ it. ~ it. 1 e moyen e mour1r en douceur. d • - .l)
\
, (
Devant une métaphysique aussi 'fataliste, ~'amour, ou Iplus précisément la femme, aurait pu s'avérer l'instrument
"
du, salut. Pourtant, ~'auteur adopte,à son égard l'attitude de Schopenhauer qui démystifie l'éternel féminin, ce "piège immOnde"', et la maternité' qui perpétue de génération
e.~
gê-nération l.es maux de la race humaine. Maupassant peintsou-.
vent les hêrolnes de sea contes d'une façon dévalorisante. Ouand elles sont dotées d'une apparence a9r~able, ell~. ca-chent presque toujours une 3me perfide ('·La morte"), super,-,' ficiellef (·~dame Bennet") ou démoniaque ("La mêrl aux mons-tres").
cert~s,
quelques-unes font exceptiona
la,rêgle en" f
projetant une imag~ idéale et ~me sacrée: cependant, ces sortes de déesses demeurent inaccessibles, échappant
a
la possession p'hysiqup"..,...çar elles sont mortes ("La chevelure'", . 1/ , "
ou n'existent quten rêve (la qu@té de la femme exceptionnelle
( , , ' r
dans "Un cas de d,ivorce"). Ainsi, l'auteur plâce' dana lfa
bou-'.
che ~'iun de 8es héros ce: qui semble aa propre vision d~ l'amour:
"Il faudrait, aimer',
~~r éperdu~~t,
sans~oir
ce~'on ~e.
Car'voir c'est comprendre, et comprendre c'est mépriser. Ilr , ,
faudrai~ aimer, en s'enivrant d'elle pomme on se grise de vin,
r ."
• 1 , ,(
..
17. , \ , cde façon l ne ptus savoir ce qulon boit. Et boire, boire,
o , "
boire sans repr;endre haleine, jour et nuit~" (4)
Qu'il s'agisse de sa vision du monde, de l'apologie du néant ou de l~ conception de la fe~, Maupassant voue un
culte i
scho?en~uer probablem~:mt ~rce
qu 1 il trouve dans sa 'l'philosophie ~ne justification de sa propre existence, sans y puiser un rem~de ~ ses tourments, sauf lé goQt du suicide. OUtre le pessimis~e de SCho~nhauer~u~ssan~,est con~idé
rable~ent impressionnê par celui qui allait jouer
un
rOleca-,
pital d~n8 sa vie personnelle et littéraire: Gustave'Flaubert.
J'
AveC/Flaubert, Maupassant prend véritablement conscience de 'la
b~ti.~
humaine engendrant la\soli:ude etl'incommunica~ilité.
1
Dans.
un~
lettre datée du 26d~embre
1879, il confie sesdési11u-/
sions
!
son , prote~teur: -Je vois des choses farces, farces, far-ces, et d'autres ~i sont tristes, tristes,' tristes: en somme, tout le monde est bête, ~te, bête, ici comme atlleurs.- (5) Toutefois, en ,Jl!'équentant ce }1rand ami de sa m~re, il aCfliert,
4) ·Un cas de divorce", p. 251,.
5) "Ci~
da",.
Le coote fantastique en France de Nodier. Ma~ssant, 'p. 367-368. 1 ,r .~ f _,. t ,\ ,~-
" M ,.•
\
...
non seulement llaffectio~ _dl un père adoptif
'pro{ite également des pr~cieux conseils dl un
-la.
(6), mais il \
map:re. '
Les rapports amicaux entre Flaubert et son "disciple"
-solit carac;:t~risés par la considération' mutJelle et ~a
fran-..
chise ta plus totale. Enclin l lloisiveté, Maupassant a
be-.
soin dl @tre etiImllé afin dl aller au bout de ses capacit.és.
Si Flaubert aime bien 11 entendre raconter ses aventures
galan-•
~es de canotier et "dlalcoviste", il le met cependant en garde
contre les excês physiques, pOuvant nuire l~son travail
litté-raire: ~'Trop de putains~ trop de canotage!' ):rop d' exercices~ ,.
i ... .--/. ' "
ou , IŒ1lUtl.eur •
,
(7) De p,lus, c'est lui qui l'incite à
con-sulter un médecin quand ses premiers ennuis de santé
apparais-sent. Aussi, Maupassant sera-t-il profondément, bouleversé par la mort de Flaubert en 1880, car il perdra un "irremplaçable
6) On a soupçonné MaUfilssant d' @tre le fils naturel. de
Flaubert. Dans Maj1œssant le "bel-ami", Armand 'Lanoux
cite un passage fort troublant d'une lettre de Laure de -Maupassant l Flaubert, dat6e du 10 octobre 187·3:" ( ••• )
le jeune homme t l appartient de coeur et dl
ame,
et moi,je suis comme lui, toute tienne maintenant' et toujours. ,
Adieu, mon cher compagnon, je tiembrasse de toutes mes
forces ( ••• )W Et Lanoux ajoute: "La formule 'est vive,
.e
chez une femme exaltée. If (Ibid., p. ,131.)\ 1 , ~ \
. : J: .
1r1'
Lettre de Flaubert l Maupassant, 18 juillet '1978, cité·f () .
par Castex dans Le Conte antastl.gue en France de Nodier
l Maupassant, p. 367.
t ','
o
,
r
,
(
19.
soutien".
En ce qui concerne l'aspéct in~ellectuel de leurs
re-lat ions,' Flaubert n"'impose aucune r~gle l son élève, il
essaie plutôt de lui apprendre l découvrir et exploiter.
ses propres ressources. Les années 1872 à 1880 s'avèrent
-importantes dans l'évolution littéraire de Maupassant
puis-qu'il s' ~plique l perfectionner son art. A cette époque,
\
il travaille au ministêre de la Marine, puis au ministère
de l'Instruction publique; ses fonctions lui permettent
de fournir plusieurs renseignements l Flaubert pour Bouvard
et Péçuchet. En retour, celui-ci lui révèle "certaines re-' cettés'I du métier dl écrivain.
Sous l'autorité de Flaubert, Maupassant réalise l'impor-tance de l;.rbservation. et plu. préciJ-nt de la
juste"per-ception visuelle. Autrement dit, i l s'attache «
a
entratner"
son regard, c'est-l-dire l rechercher et • mettre en lumdère
.
une nouvelle facette des @tres et des choses. Dans sa
préfa-c.e l Pierre et Jean, i l exprime ce kint de
v\e
qu'il as\l.re-ment déduit de l'enselqnes\l.re-ment flauberlien: "I) s'agit de
,ra-, ~
-~
garder- tout ce qUI on veut exprimer assez longtemps et avec
as-aez d'attention pour en découvrir un as~ct qui n'ait été vu
et dit par personne. Il Y a, \dans tout, de 11 inexploré-, (.~.)
~·t
"
1 1
r
:. J ;l ,
f
{J \-,.
. ~.,. 4~111t~3~ "'''J~,'i''''j..'''t". "''''~'''''F''''''''t,'' __ ~'''''''''' ... - ... '} J 20.La moindre chose contient un peu d'inconnu. Trouvons-le.
( ••• )
c'è~~'
de cette façon qu'on devient original." (8)Ainsi, la notion d'originalitê ne s'avère pas simplement une qualit~ naturelle mais elle peut s'acquérir par la
per-"
sévérance et le travail assidu.
Outre l'observation, l'assiduité l la taché et l'oriqina-
..
lité (acquise ou innée), MauPassant semble avoir adopté l'i-dêal proposé par Flaubert: pour s' en rendre compte, on peut comparer les principaux éléments de la théorie du roman for-mulêe dans la préface de pierre et Jean et les "condi'tionsqé-/
nérales de l'art du romancier- selon Flaubert (mentionnées dans Les grandes doctrines litté.aires en France (9) ).
t
Pour Flaubert, l'objet du roman est la peinture de la vie, .mais nullément â la façon de Balzac qui, par souci de rêalisme,
accumulait souvent une multitude de détails pas toujours indi8-pen'sables. Certes~ l'auteur de LI Equcation ,entimentale re che r-'
8)
9) ,
•
Prêface de Pierre et Jean, P. 19-20.
Il est important de notér que Flaubert n'a jamais exprimé ses idées sur l'art ra.anesque de façon ~tique: l'au-teur de cet ouvrage a établi ces données , partir du vOl:u-me de Ferr~re, l'Esthétique de Gustaye F~rt, et de ce-lui de H. Frejlich, FlavR!rt 4'apr~, sa cgrrespondance.
(
,,-\
r
,.
/ ,! t(
? 21.che ~e fait vrai: seulement, pour le d~crire, il ne
nég~i-~j~is la beaut~ esthétique. En effet, Flaubert privilê-qie "la ~alité de l'expression~r il est persuadé (comme Buffon et Boileau) que la forme et le fond ne uvent ~tre
\
dissociés: "Pour moi, tant qu'on ne m'aura pas, 'une phrase
donn~e, séparé la forme du fond, je soutiendrai qu ce sont
/
) ,
la deux mots vides ~e 8~ns. ~ 1 Y
a
pas de belles nséessans belle forme, et réciproquement." (10) Même ,dans la pro-se, il est d'avis que l'écrivain dbit se soucier' de la c dence et de la sonorité, ,modifiant le style "suivant les choses veut dire".
V
La théorie de Maupassant sur le roman objectif s'inspire de la vision flaubertienne: l'artiste doit s'appliquer a "donner
1 ~
une image exacte de la vie", respectant)a vraisemblance définie en ces termes: "Faire vrai consi8~e 40nc l donner l'illusion complête du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non l le~ranscrire servilement dans le ,pile-mille de leur succession."
(11) Pour atteindre ce but, il respectera certaines exigences: l,
"particulariser nettement", éliminer l'inutile, ,grouper subtile~
.;10)
l~) Prêface de pierre
,t
Jean, p. 12.J ci.i.k, 'dans p. t22l. ,,.t.'~~looIql",,,_ \
;..,J
. 1
1 1(
(
.
' -~---- Q 22.,
ment de petits faits desquels 6manera "le sens définttif de l'oeuvre". Toutefois, comme Flaubert, Maupassant ne croit pas que, le roman doive comporter' une "moÎ'âle explicite" ou exister en fonction d'une thèse politique, sociale ou reli-gieuse. Le maltre dira que les personnages, tout en ayant
~e identit~ !propre, représentent "l'image dlun groupe
hu-main", son disciple exprimera autrement la même idé~: le ' roman révélera "ce qu'est l'~omme' contemporain".
, 1 1
1
:J
ans une telle optique, II inipàssibilité de lllécrivain. \
face l'objet de' sa description devient une condttion
pri-\ .
mordiale de II impartialité. Ainsi Flaubert éprouve-t-il de la répulsion gour les créateurs "qui étalent leurs émotions ~
1
dans leurs. oeuvres": "Farceurs! Farceurs! et triples
8a1-f
timbanques, qui font le saut .du tremplin sur leur propre coeur pour atteindré à quelque chose. Il (12) Pourtant, bien qu'il ,
"
t nde vers la totale'obje~tivité du scientifique, l'artiste ne ut que se substituer plus ou moins à tous ses
personna-/ '
ges, 'est du moins l' avi~ de Maupassant. Afin de pallier 1 cet in onvénient, il proifse de dissimuler la psychologie
1 \ ' ,
des ~tres· évitant "toute dissertation sur les motifs".
12) Lett~e l George Sand du 10 aoat 1868, citée dans Les
gondes'~ doctrine', ItttéraiJ;:es en France, p. 224 •
1
i
~!
l
, -r.:~ , t1
Û
rr---~· ----~ 'r~' ~-~~ .. P'iP~,..,.;y_t .. 1f< ,. .... ~ ... ""'*. .. ")''\.I,''~~-.,.,., ( ( / / <;(
23.Ainsi, le récit suscite davantage l'intérêt du lecteur et y gagne' en authenticité: "Les €crivains objectifs ( ••• ) cJchent donc la psychologie au -lifu de l'étaler, ils en font la carcas-,
,
se de l'oeuvre, comme l'ossature invisible est, la carcasse du corps humain. Le peintre qui faa.t notre po~it ne montre ~as
\
notre squelette." (13)
Sous les instances de Flaubert, Maupassant ;orrige et par-fait sans cesse ses textes: désormais, il poursuivra sans re-lache l'idéal de son ma~tre. Il conçoit ses contes et ses nou-velles comme des "exercices de contrôlelt ~t excelle
particuli~-rement dins ces deux genres;
bert l'ayant
pré~enté
à Zola,en publiant "Boule de Suif":
En effet, le 16 avril 1880, Flau-il collabore aux SOirée~ Médan
:;;>'
il con.qatt aussit6.t le succàs et s'orierte définitivement vers la carrière d'écrivain. Bien que
l, "
ce requeil soit considéré en quelque sorte comme le manifeste, du mouvement naturaliste, Maupassant rëfuse , d'~tre aSsocié de façon systématique "l ces ~tises d'école naturaliste". En fait, tout en n'adhérant officiellement 'l aucune école, il sait puiser dans le réalisme et le naturalisme les éléments nécessai-res A l'élaboration de sa propre théorie sur le roman objectif.
13) Préface de Pierre et Jeap, p. 14.
J j r i ~
.
'if
• " [ , r" '" -,' ( ~\ 24. l o ,Puisque Flaubert approuve le manuscrit de "Boule de Suif" (14), on peut en déduire qu'il y tf0uve une illustration de sa
.'
.
propre conception de l'art littér~ire,.et la satisfaction d'a~
voir transmis l'essentiel de ses connaissances! Maupassant.
A la lumière de ,notre brê~ analyse, nous sommes tenté ~e
con-clure que la prêfalce~ Pierre et Jean (surtout en ce qui
con-/,~rne la th60rie dU,~oman objectif) s'avère @tre la-somme des
,ensrigne~ents' de Flaubert, tirés des conversations et de la correspondance entre les deux
écri~În8:
Le principal méritei
,1
.'
de Ma~passant serait alors d'avoir formulé de manière
exp1ici-~
te l'essence de la conception flaubertienne de l'art romanesque
""
' ,et d'avoir su l'appliquer. Une *~lle constatation ne doit pas nous emp@cher d'apirécier le talent et les créations originales
-du conteur, mais nous a~de plu~t l mesurer 1.1 indubitable
influ-/ '
ence de Flaubert sur son oeuVfe;
1
14)
/ '
f '
Préface de Pierre et Jean,
P. 14:
Ir'
1·O'est ~ien original de conception, enti~re~nt biep 1
compris et d'un excellent style". Lettre de Flaubert
a
Maup&ssa:nt du 18 février 1880, citée dans MauPAssantpar lui-mime, P. 77.
,,-r
1 ( 1(
1 CHAPITRE III L' ESPRITF~IECLE
l ' _ Si SCQ\,penhauer et FlaUbert l• ex~ent une inflùence
consi-d~rablè s,ur \~upassant, à quel point est-il touché par l'es-prit fin de siêcle? .Son valet de chambre, François, ~ noté qu'en novembre 1890, l'écrivain réalisait que son oeuvre,
dé-/ "
passànt,la fiction, allait cristalliser les multiples facettes
, 1
de toute une époque: -"Il ne doute pas que ses 6crits rendent
,.À/
compte d'une certâ'ine actuali té,
ma~,.
en'core, par l'effet dl une sorte d'intuition prophétique, indiquent' l'évolution qui doit+
1transformer les moeurs des Français au cours du vingtième siê-cIe. If (1)
"
Les débuts difficiles de la Ille République (l'émeute de '871, la Constitution de 1875 instaurant un rêgime parlementai- '
re, la crise boulangiste), les,nombreux scandales jetant le
dis-,
crédit 'sur le Gouvernement (l'~ffaire ~s Décorations, celle de Panama, 1 affaire Dreyfus) et la corruption d'une société avide de dive~tis men~s font généralement percevoir cette 'fin de siè-cIe co~ une ériode de déc~dence. En fait, il 8'ag~t plutôt
l~
Albert-Mariepartir ~s~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~o~i~s
/
\ 1
\
l
{ . /. ~(
J'
~ri
,
,alune époque de transition annonçant l'avênement d'une êre nouvelle.
Certes, une partie de l'aristocratie se complaIt dans tl1' oi-sivetê, l'influence des courses et la vie de cercle" (2) qui
." ,
contrtbuent l son déclinr cependan~, elle rêgne encore sur les salons, acceptant ou refusant dans la "bonne société" ceux qui y aspirent. Par ailleurs, la bourgeoisie'~ontinue de jouer un
.A'
rOle de plu~- en plus impdrtant
dans
la
société'française, ~~e aprês II établissement du suffraqe un'ivers~l en 1848. Lesbour-t. geois cossus essaient ~e modeler leur existence sur celle des aristocrates et rêvent de faire leur entrée "dans le monde". D'autre part, les petits bourgeois, composés essentiellement de commerçants, de boutiquiers et de "fonctionnaires sans
es-poir~, développent (selon Maupassant) un gont mo~bide pour ilar-gent qui les métamorphose en rapaces: ces gens de condttion m~
diocre espêrent ainsi se libérer des contraintes d'un travail
a-~brutissant et, partant, accéder au bonheur. Somme toute,
boule-,
versés par le proqrês apportant trop de changements brusques, 6 les Français éprouvent un sentiment d'insécurité et cherchent'i s'évader par toutes sortes de divertissements.
"
2) .Philippe Jullian, Jean Lorratn ou le Sat&ricon 1900, p. 92.
1
--. 1
i
1) l (
.
t
/~ ,i
; ... 12
Sibi2&321 h
Ji :
(-..
',27.Pendant la saison estivale, des mondaines, ~~Sl des femmes entretenues et leurs protecteurs envahissent la
cOte normande (1 Dieppe et surtout A Etretat). Dans les casinos, ils assistent aux opérettes d' Hervé et de Lecocq,' valsent et .
1 1
, \ ':/"
"risquent quelques francs aux petits chevaux". Ils se promènent en break, jouent au tennis, et s'adonnent
a
la p~che aux crevet-tes ou l la baignade. Par ailleurs, à Paris, Morttmartre devient vers 1885 un dés principaux points d'attraction. On y trouve des théâtres, des music-halls et des cabarets.~l
ta jeunesse qui fréquente ces endroits es~aie "d'éçhapper à
la pression du matérialisme par des contes bleus, l'occultisme, une sorte d'érotisme noir, un mysticisme souvent charlatanesque, ouipar la simple mystification." (3) Outre la vogue de l'astro-l6g'ie et de l'alchimie, on assiste donc l un- véritable 1 engouement
de la ,population pour l'occultisme et les PUiss~ce~stéri~uses: 9,5néralement peu séduit par le merveilleux divt, on préfère vouer
, .
.1
un culte A S~tanl, multipliant messes noires et sabbats. Dès lors,,
, , , 1
on ne st, o~era plus de constater que la corruption elle-même devient'
~rorms
d'évasion.3) Ph~l pe Jullian, Jean Lorrain ou
le
Satiricon 1900, p. 52.(i
,\
,
( \
\
fU
(\
(
•
28. •La société "décadente" est fascinée par les milieux in-terlopes. D'aprês Ph. Jullian, cette "nostalgie'de la boue" répond probablement l'un besoin de dépaysement social. Appa-ratt ~lors une conception de l'érotisme qui allie un~ sensua~
~,1~
~ité
puissJte et presCJ\:le diabolique auxdêsi~s
les ,plusper-1 · vers, susceptibles de conduire l d'abominables crimes. Les
chansons d'Yvette Guilbert et la littérature consacrée aux mau-vais ri eux véhiculent ce mythe des filles "au coup de gueule l
. ,
la fois menaçan~ et sensuel",'amo~eudes de "dursK qui "ne
re-l'
culent ,pas devant 1::e crime pour qarder un amour ou assouyir une passion" • (4) On 'nvie les héros" dti~' "milieu N et leurs 1 amours
enivrantes et sanguinaires, d'o~ l'explication du phénomène
so-)
cioloqique déclenché par l'affaire Pranzini. Un jeune amant
as-~
sassine une demi-mondaine, sa femme de chambre et sa fillette. Or, ce Pranzini avait eu une liaison avec une certaine vicomtesse
!
l'
de X... Ainsi, le triple meurtre émeut autant les femmes du mon- (i:J
de que les femmes entretenues. Toutefo~s, ·.les circonstances sor-didds de ce crime produisent dans la population une t'action
as-sez inattendue: Pranzini "devint un héros de Sade. cette fille ' 1
tailladée ap;~8 li amour fut presque enviée: on aurait trouvé
4) Philippe JuIllan, Jean Dbrrain ou le\atiricon 1900, p. 115 •
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r,alof. des photographies d~ l'assassin dans les sacs de8
galantes et les portef~uilles de qu,lqueâ messieurs,." Cette soci~té avide'd'érotisme noir fralant parfois le
1
dames
(5)
sadisme trouve dans la drogue
un
autre moyen d'aller "any wher~ out of"
this Wprld" (selon l'expression citée par Ph. crull~an)~
Vers 1890, 'il se~le que lea drogues les plus en vogue soient l'opium, la morphine et l' 'ther. ' La fum'e de l'opium fait som-brer dans une sorte'de sommeil offrant parfoia d'borribl~.
vi-l . , ( ",.J~,
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sions, d'oa l'importance du, d'co~~ Les adeptes s, r~~issent
ha-• *
bituellement dans un cadre exotique, avant-qoQt~es "voyages du
somme.il· • Si le8 qens du monde trouven~ êltSgant 11 usage' de l'
0-pi~,
ils semOntren~
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plus rêtièents lg~nêral~ent .~ considérée comme un "vice , administrée 80uJ forme d'injection •
.0 •
l'égard de la morphine, de femme" et devant, ~tre
Outre l'opium et la morphinë, l'éther doit retenir notre
at-.
tention. D' apr~s Ph. Juilian, c ... ·poi.bn· eat principalement
u-t ,
tilisê par les "femme. désax~s·
..t
le. Jl!&lades plus ou moins i-maqinaires. Seulement, aea effets .e~ndaires..
peuvent provoquer chez II artiste inspir' des visions fanta8tiques. Pt'rmi ces ef-, fets, on remarques~rtout
les t1:oubles de l'oule,d~
la' vue, et 5) Phil~ppe Juilian, Jean Lorrain ou le Satiriçon 1900, p. 188.- / / , ,1 " ! , ~, ,,' r' 1 • ! "
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~ \ -' 30.les 'angoisse.s noct~rnes, qui modifient la perception se,nsorielle
)
du 1lieu ambiant, mais surtout la hantise de la "chose invisi-ble" et du double. Or, il y jrait une relation entre
l'éthé-~ (
romanie d'un Jean Lorrain OUI d'un Maupassant et la création dlun fantastique ainsi défini: "Les fantasmes ( ••• ) relevaient d'un
/
fan-tastique réaliste: le surnaturel y était remplacé par l'étran-/
t
ge, ~r ce décalage à mi-dhemin entre la vie et te cauchemar". (6) D'une mani~r~ générale, le genre fantastique permet aux con teurs de s'évader hor~ d'un monde décevant et trop matérialiste. Selon ç=astex, le mythe apporte à ces écrivains "une diversion,
1
une consolation ou encore une image' de leur tourment. Il (7)
.
Les gens cossus de,cette fin -du XIXe siêc1e ne s'évadent
qu'au moyen de paradis artificiels, ~ls empruntent également
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trains, les paquebots et les yachts' pour se rendre dans les co
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-trées de leurs rêves. Vers 1890, on
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vis~te.
surtout l'Autriche la Tunisie; Londres , t Venise. ~our effectuer ces voyage~ il n'est pas rare qu'une femme du monde invite un groupe d'amis.,,,,'" '"
~insi, on -voyage ~vantage èn raiàon de l~ facilité des
trans-,
ports, mais également pour voir des mondes exotiques et fuir les anqqisses de la vie quotidienne danstune'société en évolution.
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6), ~lippe Juilian, Jean LQrrain oy le Satiricon 1900, p. 188.
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7) Le Cqnte fantast~e en France de Nodier 1 Maypassant, p. 400.
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toute,soiiO-~li
tiqueste au progr~s et plusieurs en sont profondément bouleversés, 1
,
l'esprit fin de siècle découle. des éhangements
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et de 11 évo~ûtiSJl d~IOOeurs. On doit s'
adap-,,;:d'
ba
le besoin de s'évader pour retrouver un certain équilibre eJ trouver lebonh~ur.
Cette fin~e
siècle n'est donc pasessen-.1
tl~ellement une période de décadence, mais plutôt une sor~e de
l ,
1
v~lcan en ébu1ition annonçant le jai11isse~t~'un monde nouveau
i
r~i par la science et la technol09ie.
1
Après avoir brossé un tableau de l'~sprit fin de siècle, nous
1
$,ommes davantage en mesure de déterminer si Maupassant a
partici-' j
pé à l'évolution d~ son époque ou s'il s'est contenté de l'obser-Au cou7's de .qn ienfance, il avai't souvent per de l'ext~ieur.
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joué avec les petits villageois (encouragé par sa mère) de telle sorte qu'il développa un profond amour de la nature et acquit une IBolide connaissance des moeurs paysannes {surtout celles des
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1
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tionnafres; comme il habitai:,t alors Mont.ràartre, il cl5toyait la petite ~g~oisie urbaine. Enfin, la particule de son nom et le .8UCC~. de "Boule de Suif" en 1880 lui permirent de s'introduire dans les salons ,et les milieux aristocratiques. Cepen~nt, il conserva toujours une
clrta~ne
réserve à l'~gard d~s classesdiri--.
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32.geantes et fréquenta ce monde clos surtout dans le but
d'ac-~
cumuler une documentation sur les moeurs de cette société. Il en arriva ainsi à une vision assez réaliste des différentes
1
couches sociales, alimentée par une foule de détails concreté.
Mau~ssant ne se contente pas de subir les effets de cette époque de' transition, il veut la fixer dans le t~mps par le
1
truchement de so~euvre. S'il observe attentive~ ses con-temporains et s'il décrit leurs moeurs, il examine également l'autre facette de la situation problématique: l'impatt de la
,
(
politique et les pe~turbations sociales. En effet, l'écrivaLn déplore que les hommes politiques négligent l'intérêt général
du pays au profit~Q leur intérêt personnel: de.plus, il dé-nonce les classes dirigeantes, compl;ces de -la ruine des
pau-l!
vres ( ••• ) et l'exaspération des masses". pe~suadé que ~~ les régimes politiques s'avèrent "défectueux-, il se déclare
/ \
aaarchiste. En fait, il faut prendre ~e telle affirmation a-vec certaines réserves. Au fond. Maupassant est un idéaliste déçu: son pessimis~ l'empêche d'envisager une solution rela~ tivement satisfaisante l la corruption des milieux politiques,
•
si ce n'est la création d'un insti~t forman~ des -hommes, nés
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de pères ayant' m1In~é le pouvoir, eilevés dAns cette idée, instrui tp
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1
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spé'cialement pour cela". (8) '\
33.
Généralement, Maupassant condamne l'idé~ de patriotisme, cette "idée ( ••• ) mère qui entreti~nt la guerre". Il croit que l'on doit se résoudre à combattre uniquement dans un but \ de défense nation~le et non pour l'expansion territoria1~,
'\' oil son rejet du co1onia lisme. Ainsi, il désapprouve la'
po-~
1itique française en Algérie et souffre de voir ce pays, quli1 connaIt fort bien pour y avoir vécû quelque temps, exploité par
1t
"d'ambitieux cupides".
S'!'i1 tâte le poul$ du régime politique en place et évalue son impact sur la société, Maupassant recherche l'évasion tout autant que
ses~temporains,
etpeüt-~tre
avec plus de frénésie1
en raison de sa nat,ure sensible et de son exceptionnelle lucidité: 'i> .
~, d'ailleurs, n'écrit-il pas que "l'écrivain, l'artiste, n'est
pas--,
supérieur à ses contemporains: tout au plus possêde-t-i1 une plus grande aptitude\à souffrir, du fait de sa sensibilité par-ticu1iêre, qui le transforme', en "écorché vif". ft (9) Aussi, afin
8)
~
Cité dans Maupassant par 1ui-m~me, p. 121. _(Même si l'Ecole des sciences politiques existait dé5a, il semble qu'il ùoute de son efficacité, puisqu'il propose une solu-tion de r~mplacement.)
( 9) "Sur l'eau", Oeuvres compl~tes, t. VIII, p. 310.
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