Huiyi 慧益 († 463). Moine bouddhiste. S’immole en demandant l’ordination de vingt moines.
Originaire de Guangling 廣陵 (Jiangsu), Huiyi suit d’abord son maître jusqu’à
Shouchun 壽春 (Anhui) avant de se rendre à Jiankang 建康 (Jiangsu) dans le cours des années 450. Il vit en retraite. Après avoir conçu le vœu de se brûler intégralement, il s’y prépare par une diète d’abord à base de de sésame et de graines pendant deux ans, puis de beurre fondu, et enfin de seules pilules d’encens.
L’annonce de son sacrifice ayant gagné la cour, Liu Jun* (empereur Xiaowu des Song) envoie son frère, le taizai 太宰 Liu Yigong 劉義恭 (413-465), tenter de l’en dissuader, mais c’est peine perdue. Huiyi choisit la date où l’on célèbre l’anniversaire de la naissance du Buddha, le 8e jour du 4e mois, en l’an 463, pour s’immoler, au pied du versant sud du mont Zhong 鍾山. Le matin même, passant devant l’entrée du palais impérial, il charge un garde d’aller porter un message d’adieu à l’empereur. Arrivé au lieu prévu de son immolation, il s’enveloppe de toiles et se coiffe d’un bonnet, puis entre dans un chaudron empli d’huile, verse de l’huile sur son bonnet et en approche une torche. Dès que le bonnet s’enflamme, il se met à chanter le chapitre « Les actes
fondamentaux du bodhisattva Roi des remèdes » (Yaowang pusa benshi pin 藥王菩薩 本事品) du Sūtra du lotus de la Loi parfaite (Miaofa lianhua jing 妙法蓮華經). Il meurt en le récitant.
L’empereur était allé assister à l’immolation et avait tenté de le faire revenir sur sa décision, mais au lieu de se dédire, Huiyi lui avait demandé d’ordonner vingt nouveaux moines. L’empereur le fit le lendemain.
À cette époque, les immolations des religieux bouddhistes par le feu sont le plus souvent un acte pur et simple d’offrande au Buddha. Les auto-sacrificateurs
reproduisent la préparation et l’exécution de l’immolation que décrit le Sūtra du lotus, et le récitent avant de mourir dans les flammes. Le cas de Huiyi est singulier, en ce qu’elle est accompagnée d’une revendication en faveur de la liberté d’entrer dans les ordres, ce à une époque où les ordinations étaient limitées et soumises à l’approbation des autorités. Huiyi est un cas particulier, mais pas isolé (voir Jing’ai*) de suicide religieux sur fond de protestation contre les autorités.
Bibliographie
I. GSZ 12 ; Fayuan zhulin 96 ; Fahua zhuanji 10 ; Hongzan fahua zhuan 5.
III. Benn, 2007, p. 36-38, 48-49, 207-208 ; Gernet 1960, p. 533-535 ; Stevenson 1995, p. 432-434.
Sylvie Hureau
Index des noms de personne Huiyi 慧益
Jing’ai 靜藹 (534-578)
Liu Yigong 劉義恭 (413-465)
Index des noms de lieux (avec localisation actuelle) Guangling 廣陵 : Yangzhou 揚州 (Jiangsu)
Jiankang 建康 : Nanjing 南京 (Jiangsu) Shouchun 壽春 (Anhui)
Index des titres d’ouvrages (avec traduction)
Miaofa lianhua jing 妙法蓮華經 : Sūtra du lotus de la Loi parfaite Index des termes techniques
Index des titres officiels taizai 太宰
Mots clés
Alimentation (réforme alimentaire) Anniversaire de la naissance du Buddha Immolation/sacrifice
Offrande Retraite Références
Benn, James A., Burning for the Buddha: Self-Immolation in Chinese Buddhism, Honolulu, University of Hawai’i Press, 2007.
Gernet, Jacques, « Les suicides par le feu chez les bouddhistes chinois du Ve au Xe siècle », Mélanges Publiés par l’Institut des Hautes Études Chinoises 2 (1960), p. 527-558.
Stevenson, Daniel B., « Tales of the Lotus Sūtra », in Lopez, Donald S. Jr. (éd.), Buddhism in Practice, Princeton University Press, Princeton, 1995 (paperback 2007). T 2059, vol. 50, Gaoseng zhuan 高僧傳, Huijiao 慧皎.
T 2067, vol. 51, Hongzan fahua zhuan 弘贊法華傳, Huixiang 慧詳. T 2068, vol. 51, Fahua jing zhuanji 法華經傳記, Sengxiang 僧詳. T 2122, vol. 53, Fayuan zhulin 法苑珠林, Daoshi 道世.