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Trois lois de l’évolution
Jean-Louis Brangeon
To cite this version:
Station d'Economie et de Sociologie Rurales de Rennes.
Trois lois de l'évolution
1. Extension et généralisation 2. Egalisation
3. Individualisation
J. L. BRANGEON
-RESUME
Dans toute population humaine, d'individus et/ou de groupes sociaux, i l y a, pour un grand nombre d'attributions:
1°) pour une structure donnée d'unités de dotation ou de répartition, une tendance à l'extension et à la généralisation de la diffusion
(loi n ° 1) •
2°) pour une structure donnée d'unités d'attribution, une tendance à une répartition égale, uniforme, entre toutes les unités (loin° 2). 3°) une tendance à une diminution de la dimension, en nombre de personnes,
des unités attributaires allant jusqu'à l'individualisation, et à la multidotation individuelle (loin° 3).
Ces trois lois constituent la poursuite d'un même processus. On étudie les modalités, les conditions d'intervention et les implications de ces tendances.
Dans ·toute cette étude, le terme diffusion est pris au sens large. Il recouvre, outre la diffusion directe ou proprement dite [dis-tribution par des agents extérieurs, à partir de centres de production, de reproduction ou·de division], les cas où il y a apparition d'un même élément pour une série d'unités plus ou moins différentes, en l'absence d'une diffusion directe, mais avec une diffusion indirecte possible [diffusion d'un certain nombre de conditions (évolution des unités, relations entre elles ••• )] .
Diffusion et adoption sont, dans tout ce texte, synonymes d'apparition de l'élément au niveau des unités, qu'elles qu'en soient
les modalités, c'est-à-dire qu'il y ait effectivement adoption à partir
1.
Dans toute population humaine, d'individus et/ou de groupes sociaux, il y a, pour un grand nombre d'attributions:
1°) pour une structure donnée d'unités de dotation ou de répartition, une tendance à l'extension et à la généralisation de la diffusion
(loin° 1).
2°) pour une structure donnée d'unités d'attribution, une tendance à une répartition égale, uniforme, entre toutes les unités (loin° 2).
3°) une tendance à une diminution de la dimension, en nombre de personnes, des unités attributaires allant jusqu'à l'individualisation, et à la multidotation individuelle (loin° 3) (1).
Ces lois peuvent intervenir dans le prolongement l'une de l'autre, dans l'ordre: loin° 1 +loin° 2 +loin° 3.
La loin° 2 implique la loin° 1 ; elle ne peut intervenir qu'après celles-ci, ou en même temps, lorqu'il y a d'emblée diffusion à un niveau égal pour toutes les unités. Mais l'égalisation peut n'être que progres-sive, et ne se manifester qu'à la suite d'une diffusion inégale.
Ces trois lois sont des tendances : leur réalisation implique des délais, plus ou moins importants, elle s'effectue à des rythmes variables, et elle peut rester partielle, inachevée, bloquée.
La loin° 1 devrait aboutir à une situation où le taux de diffusion est de 100 %. Elle intervient, comme la loin° 2, pour plà-sieurs dimensions des unités de dotation, dimension qui peut différer d'un élément à l'autre, et pour le même élément, il peut y avoir deux niveaux de diffusion successifs ou davantage, correspondant généralement à des unités de plus en plus petites (loin° 3).
La loin° 3 peut ne se manifester que lorsque les tendances n° 1 et n° 2 sont concrétisées. Mais elle peut aussi intervenir parallè-lement à celles-ci. Cette loin° 3 peut par exemple se traduire, dans une évolution assez complète, par le passage de vastes groupes à des ensembles plus limités, puis à la famille, et aux individus. Une telle évolution mettra sans doute une longue ou une très longue durée. Dans d'autres cas, la diffusion pourra démarrer au niveau des familles et se poursuivre au niveau des personnes.
Au stade individuel l'unidotation peut par exemple se poursuivre par la pluridotation. La personnalisation, qui particularise la dotation,
(1) Ce n'est que par une simplification excessive que lbn peut qualifier cette loi d'individualisation. Il s'agit plus exactement de la loi de diminution de la dimension humaine des unités de dotation.
peut être la phase suivante. Si cette particularisation est importante, elle peut créer une rupture avec la diffusion dont elle est issue, et entrainer une nouvelle application des trois lois.
Ces lois concernent des éléments attribués, pour lesquels il existe un lien minimum avec l'unité dotée:
- celle-ci disposant surtout, sinon exclusivement, de l'élément qui lui est attribué,
la quantité attribuée étant surtout, sinon exclusivement, affectée à
l'unité.
Les attributions qui obéissent à ces trois lois doivent être productibles, ou reproductibles, ou divisibles. La position d'un élément donné à l'égard de ces propriétés n'est pas nécessairement constante.
Pour être soumises à ces trois lois, les attributions doivent apparaitre comme normales et dans ce cas, elles sont généralement "posi-tives" ou bien elles sont recherchées, souhaitées, désirées, considérées comme un progrès, une amélioration, les motivations existent alors
davantage et sont plus conscientes.
Ces lois s'appliquent à différents niveaux
• au niveau élémentaire, pour des éléments assez limités. C'est peut-être
dans ce cas que ces tendances apparaissent le mieux. Les équipements
ménagers en sont l'exemple-type •
• à des niveaux plus synthétiques, pour des ensembles d'éléments • . pour des situations d'ensemble (situation professionnelle, situation
familiale, niveau économique, niveau culturel ••• ).
Les forces qui interviennent à des niveaux regroupés,
synthé-tiques, ne sont pas la simple sommation de celles qui existent au niveau des composantes élémentaires de ces situations. Il s'y manifeste des tendances spécifiques, liées à ce type de situation et aux relations
interindividuelles et intergroupes à ce niveau.
Les écarts peuvent être plus grands et persister plus longtemps,
à des niveaux très limités, sur des éléments très restreints, qu'à des
niveaux d'ensemble ou qu'au niveau de la situation d'ensemble des individus.
Pour les premiers, les èonséquences sont plus réduites, la tolérance ou l'indifférence plus grandes. L'incitation à la réalisation de ces lois
est croissante avec le degré de globalité de la situation. Mais, forces contraires, les obstacles à l'égalisation augmentent eux aussi avec
l'étendue du secteur, de même que l'incitation à de nouvelles
différen-ciations. Finalement, l'égalisation et l'uniformisation entre les
indi-vidus ou entre les groupes sont inexistants au niveau global (il n'y
a pas deux individus semblables), alors qu'elles sont assez fréquentes
(surtout à des degrés approximatifs, on peut alors dire fréquentes), à des niveaux plus limités; leur fréquence est d'ailleurs inversement
proportionnelle à l'étendue du secteur.
L'extension, la généralisation, l'égalisation peuvent être empêchées ou limitées par un coût économique ou financier trop grand,
3.
L'intervention de ces trois lois ne réalise généralement pas
l'égalisation, surtout à des niveaux regroupés ou synthétiques, entre les individus ou entre les groupes sociaux. Le processus d'uniformisation
est trop lent. La vitesse d'innovation, d'apparition de nouvelles diffé-renciations, de nouveaux éléments, est trop grande par rapport à la vitesse
de diffusion et d'égalisation. D'autant que, dans un certain nombre de cas, diffusion et égalisation font place à une dispariti:>n progressive
(régression), qui crée une ou de nouvelles distinctions.
Nous allons revenir sur ces différents points et donner des indications supplémentaires.
La loi dJextension et de généralisation
Il y a diffusion tant qu'il y a égalité des unités d'attribution, et égalité du contexte dans lequel elles sont situées. Du moins la vitesse
maximum de diffusion a-t-elle pour condition ces deux identités.
Une certaine différenciation, des unités et des contextes,
n'empêche en effet pas la diffusion, mais entraine un ralentissement de celle-ci. La diffusion ne cesse qu'à partir d'une certaine ampleur de différenciation des unités et des contextes, du moins tant qu'il n'y a
pas de changement ou adaptation de l'élément diffusé.
Mais les caractéristiques des unités d'attribution, de même
que celles des contextes, peuvent évoluer, et notamment se rapprocher de celles nécessaires à la diffusion.
D'une manière générale, le contexte a moins d'importance et
moins d'influence sur la diffusion, que les caractéristiques des unités d'attribution.
Souvent, la diffusion comporte, après un démarrage lent, une phase d'accélération, puis il y a ralentissement, freinage, avant d'arriver
à la généralisation (courbe n° 1, graphique 1). Cela se traduit par une
courbe "en cloche" de vitesse de diffusion (graphique 2). Mais une
infi-nité de profils de courbe est possible, depuis la diffusion quasi-instantanée (courbe 2, graphique 2), à la diffusion très lente ou retardée (courbe 3
graphique 1. graphique 2. taux de diffusion 100 % vitesse de diffusion + + + + I I / / I / l 1 / en avance jeunes instruits riches
•
+ + -+ en retard âgés instruits pauvres...
.,,.
-
..
-
--
-
-
-
-
-
--
-
-....
temps + proches { géographique- + éloignés { gé9gr. + concentrés + dispersés ment urbains ruraux-
agricole + agricole - paysan + paysanLes milieux sociaux dans lesquels la diffusion a d'abord lieu et ceux dans lesquels elle s'effectue en dernier lieu, ont au moins certaines caractéristiques différentes : caractéristiques humaines (âge, sexe,
santé, .•. ) psychologiques, culturelles, économiques, professionnelies, localisation géographique, organisation sociale, religion, etc ••• Des différenciations fréquentes sont celles indiquées sous le graphique 1, mais la nature, le nombre des caractéristiques des populations, le poids de chacune d'elles, le sens de l'opposition pour chaque critère, peuvent
varier selon la nature des éléments, parfois dans de très grandes proportions.
D'une manière générale, la lenteur de la diffusion d'un élément donné, est proportionnelle à l'ampleur de la différenciation des milieux sociaux adoptants, potentiels, et plus spécialement à l'ampleur de la différenciation dans les domaines qui sont directement liés ou qui ont
le plus d'importance pour l'adoption ~léments complémentaires, connexe~ •
Plus l'écart (avant diffusion) entre les unités d'attribution est important, plus la diffusion est freinée Œcart en dimension humaine (nombre d'indi-vidus), écart d'âge, écart économique, culturel, proximité ou éloignement géographiques, concentration ou dispersion] . La limitation de la quantité disponible, les difficultés de production ou de reproduction ralentissent aussi la diffusion.
L'évolution du rythme de la diffusion est conditionnée de la
s.
La généralisation complète, avec un taux de diffusion de100 %, peut souvent ne pas être atteinte, ou ne l'être que très lentement et/ou très tardivement, en raison par exemple de l'éloignement des
dernières unités, ou de toute autre différenciation, plus accentuée ou encore d'une limitation ou de difficultés au niveau de la production, de la reproduction ou de la division, tous facteurs qui expliquent aussi la chute de la vitesse de diffusion, indiquée par exemple sur le gra-phique 2. D'ailleurs, la limite du champ de diffusion potentielle peut être floue, en raison de la gradation de la différenciation des unités d'attribution. De surcroît, cette limite peut se modifier et être reculée par l'évolution des unités de dotation.
La loi d'égalisation
L'égalisation est en fait une diffusion et une généralisation de la diffusion: c'est celles d'éléments qui entrainent l'égalité, l'uniformisation. La loin° 2 se ramène donc à la loin° 1.
L'égalisation se confond avec la diffusion et la généralisation de la diffusion, dans le cas d'une diffusion du type "tout ou rien",
c'est-à-dire portant sur un élément aux caractéristiques uniques, dont il n'existe aucune variante, aucune espèce différente, aucune variété. Il n'y aurait qu'un seul modèle. Cette situation n'existe sans doute
pratiquement jamais. Les inégalités de qualité, de quantité, de perfor-mances etc ••• sont la règle. Mais il y a beaucoup d'éléments dont il existe très peu d'espèces, très peu de variantes, et pour lesquels la diffusion pourra être proche de l'égalisation. La tendance historique est d'ailleurs au rapprochement de ces deux phases, avec l'industrialisation, la standardisation des productions.
La situation à l'extrême opposé est celle où l'élément existe en une infinité de degrés, de variétés, de niveaux ••. Ce cas n'est pas théorique puisqu'il est par exemple celui des revenus et celui des patri-moines ••• etp.us généralement celui des éléments continus et divisibles.
L'égalisation peut alors se réaliser par transfert, redistribution de
ceux qui ont davantage à ceux qui ont moins. Mais plus souvent, et
spé-cialement dans les systèmes capitalistes ou libéraux, elle résultera d'une progression différentielle, les unités moins dotées progressant plus vite que celles davantage dotées.
L'égalité est une situation finale
processus de diffusion.
celle qui termine le
L'égalisation est un alignement entre les unités. Le modèle d'alignement sera souvent une situation qui existe déjà, dans certains
cas, la plus courante. Ce peut être une situation encore théorique. En
schématisant, il pourra y avoir
1°) un alignement vers le haut, vers les situations les meilleures, au
niveau de dotation A ~ E temps
Cette évolution est celle d'éléments dont 1•offre (production,
reproduction ou division) ne rencontre guère d'obstacles. Elle se produit tout spécialement quand les unités les mieux placées, telles que A, ont un effet d'attraction sur celles moins bien situées.
L'ajustement vers le haut est très fréquent.
2°) un alignement vers le milieu, vers les situations moyennes.
niveau
de dotation
temps
Dans ce cas, il peut y avoir égalisation par transfert au détriment des unités les mieux dotées, telles que A, B,
c.
L'égalisation peut s'effectuer à tout niveau intermédiaire. Elle se réalise plus souvent vers le milieu, la moyenne, notamment quand s'y trouvent assez tôt les effectifs les plus importants.
3°) un alignement vers le bas, le moins bien, le moindre, le plus petit,
le moins doté •••
L'égalisation peut, dans ce cas, être atteinte essentiellement par
transfert, par dépouillement des unités supérieures, les plus pourvues,
au profit des moins pourvues.
Il peut s'agir d'un élément d'abord réservé en totalité à une frac
-tion ou à une minorité, qui n'est plus produit ni reproduit, et dont la diffusion ultérieure ne peut se faire que par transfert.
Le niveau d'ajustement qui prévaudra sera fonction de la quantité disponible, des possibilités de production, ou de reproduction ou de division
7.
et de mobilité ••• Sur le plan quantitatif, le niveau d'ajustement sera d'autant plus élevé que la quantité disponible est plus grande, que les possibilités de production sont importantes, etc •••
D'une manière générale, l'inégalité régresse et on se rapproche de l'égalité, avec l'ancienneté du début de la diffusion.
L'égalisation, l'uniformisation de la répartition d'un ou de plusieurs éléments sont d'autant plus rapides, plus rigoureuses et plus complètes que:
1°) les unités de dotation sont moins différentes par ailleurs, plus
identiques sur les autres plans. Les différences sont notamment d'autant plus sensibles, plus ressenties, que les individus sont semblables, et en particulier, qu'ils ont les mêmes sensibilités.
Est tout spécialement important le degré de similitude dans les dommaines connexes ou complémentaires de l'élément.
La vitesse maximum d'égalisation a pour condition l'identité entre les unités.
2°) les unités de dotation sont géographiquement proches.
3°) les unités de répartition entretiennent entre elles plus de relations, notamment dans le domaine concerné et dans les domaines voisins,
complé-mentaires •.•
4°) les unités les premieres dotées sont "mieux réparties"
(.!,)articulière-ment plus dispersées}, une meilleure répartition ayant un plus grand effet d'entrainement.
La loi de diminution de la dimension humaine des unités de dotation
Cette loin° 3 est l'application de la loin° 1 et de la loi n° 2 à de nouveaux niveaux, plus précisément à des unités de dotation
plus petites.
Pour un élément donné, la diffusion se produit successivement,
au cours du temps, pour les différents groupes ou milieux sociaux ou
zones géographiques, à des niveaux de dimension d'unités de plus en plus petits :
le nombre de ces niveaux étant variable, plus ou moins grand.,
- la décroissance de la dimension plus ou moins vive,
- et l'échelle de la dimension pouvant être plus ou moins grande.
unités
plus grandes
•
unités plus petites
Cette succession affecte successivement, pour un élément
donné, chaque milieu ou groupe social, chaque zone géographique, dans la mesure du moins où l'accélération de la vitesse de diffusion, qui se produit avec l'ancienneté du début de la diffusion, n'entraine pas l'impasse de certains niveaux de diffusion, ou une diffusion d'emblée au niveau le plus petit.
A un moment donné, pour un élément donné, la différenciation selon les caractéristiques des attributaires est la suivante:
Unités plus grandes
milieux ou zones+ en retard dans la diffusion + âgés + pauvres - instruits + éloignés + dispersés ruraux + agricole + paysan { géographiquement
Unités plus petites milieux ou zones+ en avances
dans la diffusion + jeunes + riches + instruits + proches { géographiquement + concentrés urbains - agricole - paysan
En ce qui concerne les caractéristiques des éléments qui se diffusent, il y a deux séries opposées :
série 1 série 2 + artisanal + industrialisé + différencié + uniforme + particularisé + standardisé + empirique + scientifique + irrationnel + rationnel + indéterminé + détErminé
Les types de diffusion qui rapprochent des deux types opposés
d'unités sont les suivants:
unités plus grandes unités plus petites
-
diffusion plus récente, ayant-
diffusion plus ancienne, plus avancéedébuté, depuis moins longtemps ayant débuté depuis plus longtemps
(série 2) (série 1)
- diffusion plus lente (série 1) - diffusion plus rapide (série 2)
Chaque serie se rapproche d'un type d'unité par une propriété
et s'en éloigne par l'autre, comme l'indique le tableau ci-dessus. Aussi
la fréquence respective des types d'unités pour chaque série, dépend de
l'intensité relative de chaque caractéristique, et de la relation de ces propriétés avec le type d'unité.
9.
Les unités attributaires potentielles peuvent préexister,
ou bien elles sont créées au moment de la diffusion.
- dans le premier cas, s'il existe plusieurs niveaux possibles d'unités de dimension décroissante, il y aura tendance au passage du dernier échelon de diffusion au niveau inférieur leplusproche, à la fois en sa dimension humaine et par ses autres caractéristiques. Les étapes de dimension humaine ne sont pas grillées, sauf si elles diffèrent
trop par les autres caractéristiques.
- dans le second cas, la nouvelle génération d'unités qui se crée tendra
à être assez proche du niveau précédent de diffusion.
Dans tous les cas, l'écart entre les échelons tend à être réduit, la progressivité sera préservée, aux dépens de la discontinuité.
Pour les unités complexes, constituées de plusieurs individus, la dotation et l'utilisation peuvent être soit:
a) limitées à une fraction de cet ensemble, généralement l'élément le plus important, le plus puissant ou le centre. Cette situation est fréquente. Il s'agit par exemple:
- du père et/ou de la mère pour la famille du bourg pour la commune
- du chef-lieu pour le canton, l'arrondissement, le département, la région etc.
- de la capitale pour une nation
- du siège pour une institution, une entreprise,
- du président du bureau, de la direction, du directeur, du
responsable etc ••• pour un groupe
du gouvernement, du conseil, etc •••
b) plus iraportante pour une fraction, plus réduite pour le reste de' l'unité :
la dotation et l'utilisation ne sont pas réservées à l'intérieur de
l'unité. Cette situation est également fréquente; elle se produit plutôt
à la suite de la précédente que d'emblée.
c) égales ou quasi-égales pour toutes les fractions ou même pour tous les
individus constituant l'unité. Cette situation intervient plutôt à la suite des précédentes que d'emblée. Elle apparait comme le terme d'une
évolution qui peut comporter les deux situations précédentes ou être
incomplète; et elle constitue déjà le passage à un échelon inférieur de
diffusion, le stade individuel notamment.
a__..
b - - + C- - . _ _ _ _ __ 0---_ _ _ _ _ _ _ , ,
milieux, populations
plus en retard
'---
---✓
milieux, populations
plus en avance
a et b sont plus fréquents dans les populations plus "en retard", c est davantage dans les populations plus "en avance".
Le passage de la diffusion d'un niveau à l'autre sera plus ou moins lent; il sera d'autant plus lent que l'écart est important dans
la dimension humaine et pour les autres caractéristiques (différences d'âge,
de sexe, écart économique, écart culturel ••• etc) . La raret~, la limitation ou la difficulté de la production, de la reproduction ou de la division sont également des facteurs de freinage.
La diffusion peut s'effectuer simultanément à deux niveaux ou même davantage, comme le suggère le graphique 3. Cette simultanéité dépend en particulier de la lenteur de la diffusion aux niveaux les plus élevés, de l'écart entre les unités aux échelons inférieurs, de la ressemblance entre les fractions dotées des unités des échelons supérieurs et les unités des échelons inférieurs.
Les échelons de diffusion antérieurs, correspondant à des unités plus grandes, disparaissent ou tendent à disparaitre, en se fractionnant en unités plus petites, celles du dernier niveau de diffusion. Il y a alignement de la structure des unités d'attribution vers le bas, vers les plus petites. La loin° 2 s'applique de cette manière à cette structure.
L'application de cette loin° 3 d'individualisation, inter-vient en relation avec :
1°) la quantité disponible de l'élément à répartir.
On peut dire que la dimension humaine des unités d'attribution tend, toutes choses égales par ailleurs, à être inversement proportionnelle à la quantité à répartir, disponible à un moment donné ou au cours d'une période donnée, ou qui peut être rendue disponible. Cette quantité
renvoie à la divisibilité, aux possibilités de production ou de reproduction.
2°) l'adaptabilité de l'élément à répartir, à la dimension des unités de dotation.
3°) la dimension des unités des autres répartitions, et plus spécialement celles des éléments qui sont les plus proches et/ou qui ont le plus de relations avec celui considéré.
11.
Graphique 3. Courbes de diffusion à différents niveaux de dimension humaine.
N (exemples :
très
t
gr~n~es
L---
100 % nations, régions)uni tes 0 unités moyennes N 0 unités restreintes N
N
= nombre
d'unités de dotation100 % unités individuelles 0 100 % familles entreprises) individus temps
---
-
---populations + en retard populations + en avancegrandes~ unités ( unités
~
moyennes( petites~ uni tés ( aucune dotationLe graphique 4 schématise l'application de ces trois lois à un ensemble constitué de trois types d'unités, distingués selon la dimension
humaine.
Graphique 4.
0=loi n°1
0
= loi n°2®=loi n°3
______ période de diffusion (loi n°1)
ou d'égalisation (loi n°2) diffusion ou égalisation complètes
,-
-
--
-- _(J)_
---
-
1 - - - -
-®
~---®
'
~---t---
0
~
-~-
~
--~-~---
-
-Cf
CD
~---,---
-'
1 1 1 1 1 1 1.,______.
A'(I)
t---1---
-1 1 1 1 1 1 1
,
__
toutes dota-tions égales temps13.
La diffusion s'achève lorsqu'il y a égalité de la dotation, identité de la répartition de l'élément, entre toutes les unités d'attribution. Cette situation est une situation d'équilibre, en ce sens que la répartition de l 'élément ne peut plus être en elle-même un facteur d'évolution, de changement, celui-ci devant provenir d'autres facteurs.
soit
La réalisation de cette égalité peut nécessiter l'application
- de la loin° 1 seulement
- de la loin° 1 et de la loin° 2, simultanément ou successivement
- ou des lois n° 1, n° 2, n° 3.
La loin° 3 peut devoir intervenir, pour que la diffusion soit complète, une ou plusieurs fois, selon l'ampleur de l'inégalité dans la dimension des unités d'attribution.
Les modalités de la diminution de la dimension humaine des unités de dotation peuvent être variées. Il peut y avoir:
1°) réduction de la dimension des unités déjà existantes,
2°) apparition de nouvelles unités, de dimension plus petite.
Ces deux évolutions ne sont pas sans lien. La réduction de la dimen-sion des unités plus grandes libère des individus qui constituent un poten-tiel de formation de nouvelles unités, d'autant moins négligeable que
celles-ci sont de dimension plus petite.
Les situations suivantes existent, notamment par rapport au temps
10; 20; (a) 10; 20; (b) 10; 20; (c)
---•=
tempsLa sit~ation 2°/ seul, c'est-à-dire l'apparition d'unités de dimension plus petite et en même temps, le maintien des unités antérieures, de dimension
plus grande, ne semble pas pouvoir être durable. Elle s'oppose en effet
à l'égalisation.
La situation 1°/ seul, inverse de la précédente (réduction des
unités existantes sans apparition de nouvelles), ne peut guère durer elle non plus, car elle entraîne l'exclusion d'une partie des individus.
Les situations les plus fréquentes pourraient être (a) et (b) en raison de la relation indiquée entre 1°/ et 2°/.
Puisque i l y a généralement apparition de nouvelles unités, la diminution de la dimension humaine des unités entrâine leur multiplication. Le nombre d'unités à doter et qui seront effectivement dotées augmente. Il en résulte une densification des structures (mais celle-ci ne résulte pas seulement de ce processus, car des unités non dotées peuvent exister avant toute réduction de dimension).
Le niveau de dotation des unités plus petites peut être inférieur à celui des unités plus grandes, dotées antérieurement. Mais cette infé-riorité est provisoire, il y a une tendance à l'égalisation. L'alignement se fait, comme déjà indiqué, soit vers le haut, ou à un niveau intermédiaire,
ou vers le bas.
Fondements de ces lois
o Le fondement de la loin° 1 et de la loin° 2, c'est l'égalité ou la relative égalité, antérieures à la diffusion, entre les unités de dotation. Plus certainement et plus généralement, ce sont les éléments communs,
identiques, entre les unités.
Un début de diffusion, une diffusion très limitée viennent
détruire l'égalité, l'équilibre établis entre les unités.
Dans la mesure où cette adoption est avantageuse, valorisante, ou infériorisante pour les non-dotés, un nouvel équilibre ne peut être atteint ou obtenu que par la généralisation de la diffusion à toutes
les unités.
Un autre facteur de la diffusion est constitué par les relations,
les contacts entre les individus ou les groupes.
o La loi de diminution de la dimension humaine des unités de dotation résulte de ce que :
1°) plus une unité est importante (notamment par le nombre d'individus
qu'elle comporte), plus son potentiel de dotation, son pouvoir de se '
doter, d'attirer, sont élevés.
Une unité de plus grande dimension peut mieux rentabiliser une
adoption, la maitriser, en supporter les coûts d'acquisition et
d'uti-lisation (or ces coûts sont généralement plus élevés dans les premières étapes de la diffusion).
2°) la disponibilité de l'élément, la quantité à répartir est souvent faible au début et elle augmente avec le temps.
3°) le commencement de la dotation par les plus grandes unités permet
de concilier:
- la contrainte de rareté
- avec la disponibilité pour le plus grand nombre (qu'il s'agisse d'un accès direct, ou, comme souvent, d'un accès indirect, par représen-tant ou chef interposés).
15.
La zone d'application de ces lois
Ces trois lois s'appliquent à toute nouveauté, à tout élément nouveau, à toute innovation sociale répondant aux conditions indiquées ci-dessus. Elles interviennent sur "le front de la civilisation", sur l'ensemble des éléments qui constituent la civilisation ou qui en sont
l'évolution, au fur et à mesure de leur apparition.
Le champ d'application de ces lois se situe dans la zone
d'inégalité, qui est une zone de "turbulence" sociale. A la suite de l'application de ces lois, il y a, au contraire, égalité, égalisation,
qui vient accroitre le fonds commun à tous les individus.
Les conditions de l'intervention de ces trois lois
Les conditions générales sont les mêmes pour la diffusion, la généralisation, pour l'égalisation et pour l'individualisation. Ce sont les suivantes:
1°) l'élément doit être productible, ou reproductible ou divisible, ce
qui, selon les cas, peut avoir des implications techniques, économiques,
financières, juridiques, sociales, humaines etc •.• La division peut être
physique, ou seulement toucher à l'utilisation, à la propriété, à l'accès
à l'élément, ce qui laisse place à de nombreuses possibilités.
La production pe_ut né ces si ter des délais assez longs, d'
organisa-tion, de mise en place, etc •.. Par contre la division peut être beaucoup plus immédiate.
2°) il faut que l'utilisation, la disposition, l'accès à l'élément
soient limités, restreints, plus ou moins cependant mais avec un degré
minimum néanmoins, afin que l'élément se trouve (en droit ou seulement
en fait), affecté, attribué, réservé, c'est-à-dire que soient créées des
unités de disposition, de dotation, individus ou groupes sociaux.
· Un lien minimum doit exister avec l'unité dotée:
celle-ci disposant surtout, sinon exclusivement, de l'élément qui
lui est attribué,
la quantité attribuée étant surtout, sinon exclusivement, affectée à l'unité.
La délimitation des unités peut résulter de un ou de plusieurs
facteurs tels que :
- l'éloignement géographique, la distance physique,
le coût d'accès élevé, qui peut avoir bien d'autres origines
que le facteur précédent,
le temps nécessaire à l'utilisation
l'incompétence
la décision d'une autorité légale politique, administrative,
juridique ••. ) ou privée (qui peut d'ailleurs intervenir en
L'attribution, l'affectation, peuvent être plus ou moins
exclusives. Elles peuvent être fondées sur:
- la propriété, qui donne la disposition la moins limitée, la liberté la plus grande,
- la location,
l'usage seul sans propriété ni location.
L'attribution peut être individuelle ou collective: collec-tivités territoriales (quartiers, communes, départements, Etats ••• ),
groupes démographiques (sexe, classe d'âge ••• ), groupes professionnels,
groupes d'usagers, groupes de loisirs, groupes de religion, etc •••
Plus l'attribution, l'affectation de l'élément à chaque
unité est forte, c'est-à-dire plus la relation entre l'attribution et
l'unité est grande (notamment en terme de degré d'exclusivité), plus
la diffusion sera favorisée, accélérée.
3°) il faut que l'utilisation, la dotation ou l'alignement (en cas d'égalisation) paraissent naturels, normaux, comme allant de soi, à ceux qui ne sont pas encore ou pas assez dotés, ou mieux qu'ils soient souhaités, désirés, recherchés, considérés comme un progrès •••
4°) il ne faut pas que ce soit un élément qui n'ait que des aspects
négatifs, de nuisance, de désagréments, d'inconvénients •••
Si cet élément a des aspects négatifs, il doit au minimum
avoir, pour celui qui l'adopte, de manière réelle ou au moins illusoire,
quelques avantages, quelque intérêt, soit
directement, par lui-même,
ou bien par le fait qu'il fait partie d'un tout avantageux,
que par exemple il s'intègre dans une stratégie. '
Si l'élément et l'ensemble dont il fait partie n'apportent
pas d'avantages, il faut, pour qu'ils soient adoptés, qu'il apparaisse
naturel, normal de les avoir, ou anormal de ne pas les avoir.
Plus l'élément en lui-même ou le tout auquel il se rattache,
a d'aspects positifs, intéressants, valorisants, plus grande sera la
tendance à la diffusion, à la généralisation et à l'égalisation.
5°) les coûts éventuels d'acquisition, d'utilisation (financiers,
humains ••• ) doivent être assumés et si c'est le cas, la compétence
l'apprentissage, la familiarisation, l'adaptation psychologique •••
Ces exigences n'interviennent pas toujours. Quand elles existent, elles sont plus ou moins nombreuses, plus ou moins fortes, et elles ne sont
généralement pas constantes au cours du processus de diffusion, surtout
au niveau des unités considérées individuellement.
Il n'est pas toujours nécessaire que les unités puissent
faire face individuellement et isolément à ces exigences. Une assistance
17.
Les trois lois de l'évolution interviennent à proportion de
l'intensité avec laquelle chacune de ces conditions est réunie.
A ces conditions nécessaires peuvent s'ajouter des facteurs qui favorisent la diffusion, qui l'accélèrent. Ce sont, en particulier
1°) la normalité, l'insensibilité et la souhaitapilité de l'élément et des situations que créé l'adoption,
2°) la faiblesse des écarts entre les unités, 3°) les relations entre les unités,
4°) la disponibilité de l'élément, 5°) la contrainte.
Ces différents points font l'objet d'une analyse particulière.
D'au-tres facteurs favorables interviennent, notamment:
1°) le degré de séparation des attributions des différentes unités,
l'intensité du fractionnement de l'élément entre les unités (prolongement de la condition n° 2 ci-dessus).
2°) l'ampleur de l'utilisation que font les unités humaines, de l'élément.
3°) l'importance de celui-ci pour les unités. En particulier les conséquences de la répartition de l'élément sur la vie des unités, leurs relations entre elles, sur leur situation relative •••
Un facteur général favorable est la part, le poids des humains,
individus ou groupes, dans l'apparition des éléments. Plus ils sont
impor-tants, plus ces trois lois se manifestent.
Il n'y a pas diffusion tant que les 5 conditions indiquées ci-dessus
ne sont pas réunies, à un degré minimum.
Mais ces conditions peuvent exister pendant un certain temps, puis
disparaître ensuite. Ainsi la condition n° 3, d'abord assurée, peut ne
plus l'être, en raison d'une évolution dans les goûts, les attitudes,
les jugements à l'égard de l'élément. Ou encore les aspects négatifs,
les inconvénients, peuvent devenir prédominants (condition n° 4).
Les conditions nécessaires à la diffusion ne sont généralement pas
réunies dans toutes les catégories de population en même temps. Elles apparaissent souvent, successivement, de proche en proche. Il y a une sorte de diffusion de ces conditions, souvent liée à la diffusion de facteurs plus profonds, plus en amont de l'adoption.
Dans certaines populations, les décalages peuvent être tels qu'il n'y a jamais extension totale, à 100 %, à un moment donné, malgré une diffusion successive générale. Dans d'autres cas, certains groupes ou
certaines fractions peuvent n'être jamais touchés.
Dans tous ces cas, après l'extension et éventuellement la générali-sation et même l'égaligénérali-sation, il y aura souvent régression de la diffusion, disparition de l'élément. Celles-ci peuvent d'ailleurs intervenir de
manière privilégiée à l'occasion de la mortalité physique ou de l'usure
de l'élément, et du non-renouvellement des conditions nécessaires à une
nouvelle diffusion. Le terme de la régression est la disparition totale.
On peut généralement distinguer une phase de régression qui suit, avec un délai plus ou moins long, pendant lequel il y a stabilisation ou presque, de la diffusion au taux maximum ou proche du maximum, la phase
d'expansion (figure 1). Et la régression peut souvent être comme
l'expan-sion, mais symétrique de celle-ci, une courbe "en S", traduisant un rythme successivement lent, puis accéléré et enfin ralenti.
100 % ou stabilisation
taux maxi.·········••····
fig. 1 temps fig. 2
Mais cela n'est souvent pas aussi simple :
- la régression peut ne pas constituer une phase à proprement parler,
exclusive, bien distincte de l'expansion; pas plus d'ailleurs, dans
ce cas, que celle-ci ou que la stabilisation. Le mouvement d'extension
temps
et le mouvement de régression peuvent exister en même temps, être simul-tanés, pour un même élément, dans des couches sociales différentes. L'hété-rogénéité de la population joue à cet égard un grand rôle.
- la phase de stabilisation peut elle-même laisser place à une succession
de hauts sommets, atteints après des évolutions plus ou moins saccadées
(figure 2).
Souvent la régression est simultanée de l'expansion d'un nouvel
élément, plus performant, ayant des qualités plus grandes, et/ou répondant
mieux aux aspirations et aux besoins, qui entraîne la déconsidération
et la relégation de l'élément qui régresse. Elle fait alors partie d'un
processus de substitution. Dans d'autres cas (qui sont aussi une
substi-tution), la régression s'intègre dans un processus de concentration, quand
l'élément qui disparaît sert à la formation, directement ou de maniere
indirecte (ou n'est qu'une condition nécessaire de), du nouvel élément, diffusé seulement de manière "concentrée".
19.
Les cinq conditions indiquées ci-dessus sont finalement assez générales. Un très grand nombre d'éléments les réunissent. Aussi le champ d'application de ces lois est très étendu.
Ce champ s'élargit, avec la substitution de la civilisation industrielle à la civilisation traditionnelle, avec la substitution des productions uniformes, sur une vaste échelle, aux productions
différenciées, particularisées, localisées et très limitées. Comme cette substitution est inégalement avancée, il y a une différenciation
des milieux sociaux à l'égard de l'application de ces lois.
Un élément donné n'a pas toujours les mêmes caractéristiques, ni les mêmes propriétés au cours du temps, et surtout les attitudes, les comportements, les jugements à son égard se modifient en relation avec d'autres évolutions.
Les conditions de l'application de ces lois peuvent être créées par une évolution sociale, soit par exemple
- par une évolution des goûts, des mentalités, par une évolution de l'appréciation des caractéristiques
- par une action de neutralisation ou de réduction des nuisances, des inconvénients, et/ou d'amélioration, de valorisation
- par une action de production, d'organisation de la production ou de la reproduction, de la division •••
Les conditions d'application de ces lois peuvent être réunies dans certains milieux et non dans d'autres. A cet égard, il peut exister
des milieux leaders, l'avance, le retard peuvent être plus ou moins
grands. Il peut y avoir une diffusion de ces conditions et de la réunion
de ces conditions, entre les milieux sociaux, les groupes, les zones, les régions .••
Le tableau ci-dessous indique les tendances de la différenciation
à l'égard de l'application de ces lois.
- application des 3 lois
civilisation tradition-nelle artisanale individus : plus ages plus pauvres moins instruits
milieux "en retard"
Temps
Tendance Evolution
professions, métiers traditionnels
plus éloignés plus dispersés ruraux plus paysan plus agricole géographiquement
+ application des 3 lois
civilisation moderne industrielle
plus jeunes plus riches plus instruits milieux "en avance" professions modernes plus proches ~ géograph. plus concentrés urbains moins paysan moins agricole
"éléments" plus artisanaux plus manuels plus empiriques plus indéterminés moins maîtrisés plus inconnus
plus diversifiés, particularisés
Concentration et diffusion
plus industrialisés
plus mécanisés, automatisés, informa -plus scientifiques tisés plus déterminés
plus maîtrisés plus connus
plus uniformes
L'application de ces trois lois n'empêche pas la manifestation de processus de concentration. Ceux-ci interviennent soit postérieurement, soit antérieurement, aux processus de diffusion, d'extension, et éventuel
-lement de généralisation, d'égalisation et d'individualisation.
- postérieurement: car en effet, le regroupement, la concentration
s'édifient à la suite d'une diffusion, et souvent à partir des éléments ou en utilisant les éléments qui constituent cette diffusion .. , ou avec comme condition la disparition de ces éléments.
Ainsi par exemple, la concentration de la population dans les
villes s'alimente à partir de la population rurale, disséminée dans
les campagnes.
- antérieurement: car la concentration une fois réalisée, peut être le point de départ d'une nouvelle diffusion, de la diffusion des nouvelles unités concentrées obtenues, comme par exemple la multiplication
d'unités urbaines ou même de concentrations urbaines.
La concentration est sans doute moins fréquente que la diffusion, car si toute concentration semble entraîner une diffusion, celle-ci se
produit en dehors de celle-là.
Diffusion et concentration ont souvent des effets immédiats
opposés: la première est "humaine", elle va au devant des aspirations, d'un grand nombre, elle lui est bénéfique. La seconde est au contraire souvent "inhumaine", en lésant un grand nombre de personnes. Cependant, la concentration, dans la mesure où elle permet le départ d'un nouveau
processus de diffusion bénéfique, va au devant des aspirations et des intérêts futurs d'un grand nombre.
Implications de ces lois
L'inégalité dotés/non dotés disparaît en relation avec
l'appli-cation de la loin° 1. L'inégalité plus ou mieux dotés/moins ou moins bien dotés, s'efface avec la loin° 2.
L'inégalité dotés/non dotés, de type "tout ou rien", est une inégalité plus forte que l'inégalité dotés+ / dotés-, qui est une
21.
On a donc pour un élément donné, et notamment pour une
dimension donnée d'unités de dotation, la succession de trois phases
suivantes, qui sont en relation avec les lois précédemment indiquées
inégalités inégalités
1
fortes . - - . . __ f_a_i_·b_l_e_s_ .... ~~-e-·g_a_1_1_·_t_é_...,
( 1) (2) (3)
Chaque milieu social, chaque groupe social, chaque individu
connaissent successivement ces trois phases, qui correspondent à une
succession dans le temps.
Les stades (1) et (2) sont toujours provisoires, de durée
limitée; le stade (3) peut au contraire être de durée hdéfinie,
illimitée et être définitif. Les étapes (1) et/ou (2) peuvent être
brûlées. Le stade (3) est obligatoire.
f (
1)1
(21+ (3)
+ (3) (3)
La durée des phases (1) et (2) est inversement proportionnelle
à la vitesse et à l'ampleur de l'application de ces trois lois.
Les obstacles, les mécanismes de l'application de ces lois
expliquent la durée (la brièveté ou la persistance) des inégalités.
Pour un élément donné, la zone d'égalité, ou plus précisément
les zones d'inégalités (inégalité forte, inégalité faible), zones
d'application des trois lois, se déplacent entre les milieux sociaux
et entre les individus. Elles suivent le "front de diffusion" de cet
élément, se localisant successivement au niveau des différents groupes
ou individus qui constituent un ensemble social.
Toute inégalité est provisoire, transitoire
pour un groupe ou pour un individu, et pour un élément
dure que le temps de l'application de ces trois lois.
spécialement donné. Elle ne
Un milieu social donné ne connait plus d'inégalités internes
quand ces trois lois se sont appliquées complètement à tous les éléments
un milieu social a d'autant plus d'inégalités internes qu'il a d'éléments
auxquels s'appliquent ces trois lois.
A un moment donné, pour un élément donné, l'ampleur des inégalités
est d'autant plus grande que l'adoption est plus récente. Il peut y avoir
égalité pour les plus anciennement dotés. L'inégalité est la plus forte
égalité inégalité faible inégalité forte / ; n é g a l i t é / croissante premiers adoptants adoptant plus anciens plus jeunes plus riches plus instruits urbains moins agricole moins paysan plus proches
plus concentrés { géographiquement
derniers adoptants
adoptants plus récents plus âgés plus pauvres moins instruits ruraux plus agricole plus paysan plus éloignés
plus dispersés { géographiquement
o La loin° 3 entraine le passage de la socialisation à l'individualisation,
des formes d'accès, de dotation, d'utilisation de groupe, collectives, à
des formes individuelles. Cette évolution se fait en relation avec l'accrois-sement de la quantité disponible, avec le passage de la rareté à l'abondance
pour un élément donné.
Mais ce mouvement n'est pas irréversible, tout particulièrement parce que la croissance est elle-même réversible, et peut laisser plaçe à
une raréfaction. Celle-ci entraine le retour de la socialisation. Ce sont donc les corrélations suivantes qui existent, notamment à une très grande
échelle de temps: dimension des disponible
'
'
unités de dotation1
...
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- -
...
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'
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+ + +.,.
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tempsTABLE DES MATIERES
Résumé
Avant-Propos
La loi d'extension et de généralisation... . . . 3
La loi d' égalisa tien. • • . • • • • • • • • . • • • • • • • • • • • • . • • • • • • • • • • • • • • • 5 La loi de diminution de la dimension humaine des unités de
dotation...
.
..
7
Fondements de ces l o i s . . . 14
La zone d'application de ces l o i s . . . 15
Les conditions de l'intervention de ces trois l o i s . . . 15
Concentration et diffusion... . .. . . 20