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L’enfant dans l’oeuvre de Victor Hugo.

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Academic year: 2021

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GRADUATE STUDIES AND RESEARCH

r

MSGILL

UNIVERSITY

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A Thesis Presented to The Faculty of

Graduate Studies and Research McGill University

In Partial Fulfilment

Of the Requirements for the Degree Master in Arts

by

W. Gordon Bowes

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AVANT-PROPOS

Progres Le sujet de cette these fut suggere en 1942 par M. lean Darbelnet, alors chef du departement des langues romanes a l1University McGill. Interrompue des le commence-ment par les exigences de la guerre, 1*etude fut recommenced

en 1945 et poursuivie en 1946 et 1947 a l^cole frangaise d'ete de l'Universite McGill.

Inspiration LTinspiration essentielle vient de Victor

Hugo, qui ecrit d'une fagon si charmante au sujet de l1enfant.

Pour accentuer les sentiments qui derivent du maitre, nous avons observe des centaines d'enfants pendant plusieurs annees dfenseignement dans les ecoles publiques de la Nou-velle-Ecosse. II faut noter aussi l1influence des enfants de M. et Mme G.-E.-W. Boutilier, Bedford, N.-E. Ces deux petits, Jacques et Jeanne -- corame Georges et Jeanne de

renommee litteraire — ont inspire la continuation de l1etude. Reconnaissance Nous temoignons notre reconnaissance a M. Jean Darbelnet, qui nous a introduits aux finesses de la

langue frangaise; a M. Eugene Joliat, qui a fait un cours de critique litteraire a l^cole frangaise d*£te en 1946; et aux bibliothecaires de lfUniversite McGill et de lfUniversite Dalhousie, Halifax, N.-E. Nous remercions surtout la

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TABLE DES MATIEEES

AVANT-PROPOS (i )

INTRODUCTION 1 I -- SOURCES 5 II -- LES GRANDS THEMES SOCIAUX 21

III — LES GRANDS THEMES PHILOSOPHIQUES 40 IV -- QUELQUES QUALITES DE L1ESPRIT ENFANTIN ... 68

V -- QUELQUES QUALITES PHYSIQUES DE L»ENFANT .... 91

VI — QTJELQUES PERSONNAGES ENFANTINS 109

VII — CONCLUSIONS 115

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INTRODUCTION

Digressions Dans cette etude nous nous proposons

dfexaminer les traits divers de 1'enfant comme Victor Hugo le peint. De temps en temps il est necessaire de faire des digressions pour expliquer brievement certains aspects de la philosophie du maltre ou pour accentuer ses themes humanitaires. S'il y a des digressions apparentes, nous

les faisons expres afin de donner de notre sujet 1'expression la plus nette et la plus entiere. Si nous allons etudier un aspect particulier d'une grande oeuvre litteraire, il faut mettre autour de notre sujet un cadre plus ou moins bien

determine; la philosophie et la pensee generale de l'auteur representent le decor qui donne de la signification au

personnage principal.

LTEnfant; Partie Im- II sera evident dans cette Portante de 1*Oeuvre etude que Hugo met beaucoup de

son sentiment intime dans la peinture de l1enfant. Celui-ci ne joue pas un role passager dans les romans ou dans la

poesie du maitre; lTame enfantine est une partie integrante de 1'oeuvre. Hugo adore les enfants. L*esprit de la

famille est extremement developpe chez lui, et son oeuvre

abonde en allusions a lfessence meme de ce sentiment: Lfenfant. Quand le poete est vieillard, sa vie est enrichie par ses

petits-enfants; un grand desir de ses dernieres annees est de dorloter sur ses genoux un enfant de Jeanne... Ce n*est pas par hasard que 1»oeuvre hugolienne renferme tant de references

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au "doux petit etre". Aucun poete lyrique nTa mis dans ses vers plus de son ame quand il chante la gloire de lfenfant. Delimitation Le terme "enfant" est assez etendu. Heureusement, Hugo nous aide a delimiter notre sujet: il semble que le maitre aime les enfants surtout pet its. Les grands, dont le caractere est arrete, ne l'interessent plus (1). Nous allons etudier 1Tenfant comme il existe de sa naissance

jusqu'a son adolescence — lTage dTinnocence. Nous verrons 1*enfant adore dans le sein de la famille, et nous verrons lfenfant qui n'a pas de famille. Nous verrons lfenfant qui se trouve au milieu de la guerre, aussi bien que le petit qui joue paisiblement dans la rue. Au Jardin Des Plantes nous

verrons I1enfant extasie devant la cage du lion. Et avant tout

nous envisagerons deux pet its qui jouent un role preponderant dans la vie du vieillard Hugo -- ses pet its-enfants, Georges

et Jeanne.

L'Art d'Etre Ce recueil, d£di£ a Georges et Jeanne, Grand-Pere est une base essentielle de cette etude. Cfest un recueil "d'exquises poesies ou le genie souverain s1incline aux sublimes enfantillages de la paternite." (2). Dans l*Art dTEtre Grand-Pere Hugo note les gestes des enfants, leurs mots, leur fagon de s'amuser, leurs petits chagrins. II

(l)"It is notable that in speaking of his children, his thought invariably reverts to their earliest childhood. This he traces and retraces in affectionate retrospect."

(Giese, W.F., Victor Hugo, P.145.) (2) Mabilleau, Leopold, Victor Hugo, P.92.

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est leur peintre le plus optimiste et le plus flatteur. La severite pensive du vieillard sTattendrit devant lTenfance, et la naievete qui le fuit dans ses grands poemes semble s^ffrir spontanement a lui dans ce recueil.

Sources La question des sources -- sujet du premier chapitre — est toujours interessante. Nous verrons quTil est impossible de separer la biographie de lfauteur du fil de son oeuvre. LT6tude de 1!enfant est intiraement liee a tous les evenements de la vie de Hugo. lis donnent une physionomie personnelle a son lyrisme. Par consequent on ne traite pas

1'enfant dans lfoeuvre hugolienne sans faire allusion a la vie intime de l^omme Hugo. II est possible de suggerer plusieurs elements qui ont une influence sur 1Tattitude et sur la pensee de l^crivain.

But De Ce Que cherchons-nous dans cette etude? En Travail passant nous esperons rendre plus claire lfame intime du poete lui-meme -- sa pensee au sujet de Dieu et de l'eternel, sa croyance en lThumanite, sa haine du tyran, son amour pour les miserables, son amour pour la nature, et, liee a tous ces elements — la pure joie du poete en presence de 1»enfant. Avant tout nous esperons envisager la magie du poete... le poete qui raconte les petites histoires de pot

casse, de pain sec au cabinet noir — des histoires insigni-fiantes, mais que Hugo touche de sa baguette de fee et rend exquises.

Travail De N o u g n e pr£tendons pas decouvrir ici — 2 des elements completement nouveaux dans

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1'oeuvre de Victor Hugo. II est vrai que le maitre attache a lfenfant une haute importance, mais ses reflexions sont rarement tres profondes. Hugo croit que 1»enfant est proche de Dieu, mais cette idee, en elle-meme, nfest pas une decouverte

originale. La simplicity sera done notre mot d'ordre dans cette etude, comme dans 1»oeuvre de Hugo lui-meme. Nous nous proposons simplement de dissequer l'oeuvre, en appelant

1Tattention du lecteur sur certains details que nous croyons importants. Cette etude est un travail de depouillement plutot qu*un travail d1interpretation.

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CHAPITRE I -- SOURCES

L*Enfant Et Le probleme des sources est un aspect de Les Sources la recherche qui attire constamment

1'attention de l'etudiant. Les elements qui constituent le genie d'un auteur ressemblent au feu follet; "les origines d?une id£e ne sont comprehensibles que par approximation; elles ne donnent pas la lumiere, mais elles la refletent" (1). Les sources des idees de Hugo au sujet de 1*enfant soulevent certaines questions: comment Hugo arrive-t-il a sentir si ardemment la nature innee de 1»enfant? Qu'y a-t-il dans lfenfance de Hugo qui fait ressortir certaines pensees et certains sentiments? Quel contact a-t-il avec 1»enfant? De quel fonds tire-t-il la matiere et les themes de ses oeuvres? Nous allons chercher ces sources dans ^experience personnelle du poete: sa vie intime, sa vie de famille, son imagination prodigieuse, et son coeur, s'il est possible d'y penetrer (2). Nous esperons trouver une filiation logique entre l'etincelle et la realisation complete de l'idee. Essayons de retrouver les mobiles de la creation meme...

Puissance Des La memoire de Victor Hugo est prodigieuse, Impressions et ses souvenirs personnels constituent

une immense reserve dans laquelle le poete n'a qu*a puiser. Les impressions de Hugo restent vives, meme si les details externes

(1) Ley-Deutsch, Maria, Le Gueux Chez Victor Hugo, p.73.

(2) "... les mots ont une vie. D'ou vient-elle, si ce nTest pas de lfame, du gout et de la vie meme de leur createur?"

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sont inexacts. Avant tout Hugo est un visuel: nous allons remarquer les impressions generales que regoit 1»enfant Hugo voyageant en Corse, a l'lle d»Elbe, en Italie, et surtout en Espagne: "de ce dernier sejour il conserva 1*impression la plus profonde" (1). De tels voyages ont du faire 1Teducation de son

imagination. Nous ne nous interessons pas ici a 1Texactitude des details, mais a la vivacite de 1»impression. Nous voulons etudier lfesprit de ce jeune gargon impressionnable, qui analyse pour la posterite les sentiments de son enfance. Pour deerire

lfenfant, Hugo fait revivre en lui les impressions qu*il avait regues lorsque lui-meme etait enfant. II entend des echos lointains: "Qui sait dans quelle mesure ces impressions de 1*enfant travaillent aux idees de l'homrae?" (2).

Son Enfance: Dans la premiere piece des Feuilles Faiblesse dfAutomne, Hugo raconte son enfance debile. Sa mere dit qu'il n'est pas plus long qu'un couteau! Devenu homme, le poete garde dans son esprit le tableau de la jeune mere penchee sur le berceau: la jeune mere qui, a force de soins tendres, reussit a sauver 1*enfant dont le berceau faillit etre le cercueil. Hugo, en meditant sur 1Tamour de sa mere, eprouve un sentiment de tendresse envers toutes les meres.

Les premieres,annees du poete contiennent done le germe que son oeuvre presentera ulterieurement. Dans toute la vigueur de lfage mur, Hugo s*emeut en pensant aux enfants faibles que preserve la tendresse fidele de la mere. Voila une source de lfamour qui attire Hugo vers les petits etres infirmes.

(1) Giraud, Jean, LTEcole Romantique Frangaise, p.33.

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Son Enfance: Chez Hugo il y a toujours une grande Melancolie pitie pour l1enfant triste. Lfecrivain

se souvient de ses voyages incessants entre la Corse et lfIle d'Elbe, voyages qui produisaient en lui quelquefois une

melancolie profonde. II ne faut pas accentuer le cote

douloureux de lfenfance de Hugo, mais le fait reste qu'il se rendait souvent dans un coin ou il pleurait silencieusement et sans cause. Cette gene n'est-elle pour rien dans les divers courants qui determinent sa sympathie pour les pet its enfants qui souffrent? Le coeur de Victor Hugo pleure avec l1enfant, parce que le poete comprend la realite de 1*enfant, ses reves et ses desespoirs.

Son Enfance: Hugo connait aussi la douleur de La Guerre 1Tenfant qui se trouve au milieu des chocs de la guerre. Combien de fois, au cours de ses voyages, le petit Hugo voyait-il des spectacles horribles et tragiques? Etant enfant pendant les guerres de Napoleon, Hugo voyait en Italie et en Espagne les corps des brigands pendus sur les arbres (1). II entendait les gemissements des blesses, et les horreurs de la guerre laissaient en lui leur empreinte. Les annees de son sejour en Espagne l*ont marque profondernent; son imagination se colore de visions brutales. De nombreux passages dans ses livres temoignent que Hugo garde pendant toute sa vie

(1) II est interessant dfobserver que l'echafaud devient pour Hugo le signe affreux de 1»injustice et de 1'incomprehension des hommes pour leurs semblables. Hugo cree autour de ce symbole son grand plaidoyer sur la peine de mort. L!idee de l'echafaud comme ultime supplice ne quitte jamais sa pensee.

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un souvenir intense des impressions subies alors. Dans Victor Hugo Raconte nous voyons les petits Hugo qui etudient le bruit du canon avec "la curiosite imperturbable des enfants" (1). Hugo s'apparente a la douleur ou a la joie de l'enfant. II nVest

pas surprenant que son tableau de 1'enfant au milieu de la guerre reste si vivant et si penetrant!

Difficultes LT enfance de Hugo etait troublee aussi par Domesticues certaines difficultes domestiques. Entre son pere et sa mere il y avait bien sauvent des scenes

douloureuses. Quelles quTen soient les causes, lfesprit du jeune Victor a du etre profondement trouble par ce disaccord chez les Hugo. Sa mere et son pere se separerent; le poete ne renouvela ses relations avec son pere quTen 1822, a l1occasion de son mariage avec Adele Foucher. Une telle dechirure nTest pas sans influence sur 1*attitude de Victor Hugo quand il decrit la tristesse des enfants. Heureusement sa vie aux Feuillantines est plus paisible et plus joyeuse.

Enfance: Aux II est interessant de noter 1'influence Feuillantines de sa vie aux Feuillantines, ce joli

jardin auquel le poete fait allusion a tant de reprises. Dans Le Dernier Jour d'un Condamne, celui-ci pense a sa mere, a

sa femme, a sa petite fille -- et il evoque un jardin de son enfance, un jardin ou il joue avec une petite Espagnole aux yeux bruns. Sur un banc de gazon ils lisent ensemble; un jour

le baiser innocent interrompt la lecture... Hugo pense a. sa

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propre enfance, et a une certaine petite fille avec qui il jouait et qui est devenue plus tard sa ferame. II pense au jardin ou, avec ses deux freres Abel et Eugene, et avec Adele et son petit frere Paul, il avait couru, lutte, crie... Toute son oeuvre est embaumee du parfum des Feuillantines et du

souvenir de lfallee de marronniers, de la balangoire, du puisard desseche, des fleurs et des buissons...

Son Frere: En decrivant 1'enfant, Hugo se rappelle Eugene sans doute 1*image de ses freres, Abel et Eugene, tous les deux plus ag£s que lui. Eugene, surtout, etait le Mdoux et blond compagnon de toute son enfance" (l). Hugo se souvient de la tendresse qui existait entre lui et son frere. Cette tendresse s'aviva apres 1822, quand le

pauvre Eugene tomba dans une crise de folie violente. Eugene, lui aussi, £tait amoureux d1Adele, et le jour meme du

mariage de Victor et Adele, il tomba malade. La crise se prolongea. On dut enfermer le malheureux a 1'hospice de

Charenton, ou il mourut en 1837. Ce drame intime et navrant marque d*un sceau inoubliable la figure touchante et tragique

de ce compagnon d*enfance. On en voit le reflet dans 1!oeuvre litteraire, ou le souvenir dTEugene inspire a Victor le beau poeme des Voix Interieures. Eugene etait done un enfant que Hugo connaissait fort bien. Leur amitie etait profonde. U s

etudiaient ensemble leurs legons; ils jouaient ensemble. Le petit Eugene avait une belle figure, a laquelle Victor Hugo

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songeait avec tristesse apres 1822. Son affection pour les enfants en general, les enfants qui ignorent l'avenir, c^st en partie a travers Eugene qu'il les aime. Ce contact reste done une source de 1*oeuvre du poete.

La Vie Un ecrivain ne peut ecrire que d*apres ses Familiale propres experiences: ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il lit, ce qu'il sent. Victor Hugo adore les enfants. "lis etaient, apres les femmes, les etres qui

I

-attiraient le plus de son attention, et leur syntaxe spontanee l'amusait" (1). Lfenfant est "le doux astre" (2) de ses

yeux. On peut choisir de nombreux details qui demontrent la position importante qu'occupent les enfants dans le foyer du poete. Lfenfant joue un role important dans Les Feuilles d'Automne, un recueil ou il y a "des vers de la famille, du foyer domestique..." (3). LTamour des choses familiales est "une des plus solides vertus de Hugo" (4). L'esprit de la famille est done extremement developpe chez lui: pour Hugo la famille est le cristal de la societe, et les enfants sont le centre de la famille. "lis sont le pivot de sa conception sentimentale de la famille" (5). II ne faut pas redire done que I1amour des enfants inspire de tres beaux chants chez

Victor Hugo. Les deux fils et les deux filles du poete con-(1) Daudet, L.-A., La Tragique Existence de Victor Hugo, p.28 (2) Les Contemplations, Livre Quatrieme, IX.

(3) Les Feuilles d'Automne, Preface.

(4) Bellessort, A., Victor Hugo, Essai Sur Son Oeuvre, p.216. (5) Lanson, G. et Tuffrau, P., Manuel d'Histoire de la

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stituent un aimable quatuor. Le pere ecoute avec ravissement le "bruit joyeux" que font ses enfants. II aime-avec un amour sincere les soins et les fdlicites du foyer. Une des sources les plus profondes de l1oeuvre de Victor Hugo est done sa famille, ou, de jour en jour, il voit jouer, jaser, pleurer ses chers enfants.

Hugo et Ce sont d'abord ses propres enfants qu'il Ses Enfants a decrits et celebres — Leopoldine, Adele, Charles et Frangois-Victor. II y a des critiques qui doutent de la sensibilite de Hugo; pour refuter cette idee, Leopold Mabilleau ecrit: "Quand on est tente de refuser la sensibilite a Victor Hugo, il faut songer a la profondeur de tendresse dont son'oeuvre t^moigne, comme sa vie, pour ses enfants" (1). Comme pour le pauvre maitre dfetudes,

"Chaque enfant est un fil dont son coeur sent le noeud." (2) Lorsque le poete voyage sur le Rhin, il ecrit des lettres

charmantes a ses enfants, en leur promettant de longues histoires sur les cath6drales et sur toutes les beautes qui se deroulent sous ses yeux. C'est un pere tres tendre qui songe a ses enfants quand il se trouve loin d'eux. Quand ils sont absents, la maison lui semble vide, la solitude insuppor-table. Quelquefois il 6prouve une joie intense a donner a son esprit des naivetes enfantines pour se rapprocher de lTame de

(1) Mabilleau, L., Victor Hugo, p.77.

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ses enfants. Dans Victor Hugo Raconte nous trouvons de jolis recits au sujet de Victor Hugo et de ses enfants. Le soir il se couche a. terre et les petits montent sur lui... II leur apprend a ecrire. lis ecrivent quelquefois sur la meme table: les

petits font leurs alphabets et leurs jambages; le poete ecrit ses vers. On raconte que le plus jeune des gargons, age de quatre ans, dit a son pere: "C'est drole, quand on a de petites mains, on ecrit tout gros, et quand on a de grosses mains, on ecrit tout petit" (1). Dubois, temoin de la vie du poete, ecrit ces belles lignes d'une scene charmante chez les Hugo: "... j'avais vu dans un tout petit salon un jeune pere

et une jeune mere balangant dans leurs bras un enfant de quelques mois, en lui enseignant a joindre ses petites mains pour la priere en face de quelques jolies copies et gravures des madones et des enfants Jesus de Raphael" (2).

Le Premier-Ne: Presque tous les enfants de Hugo eurent Leopold-Victor un sort tragique. Le premier, Leopold, ne le 15 ou 16 juillet, 1823, mourut a l*age de trois mois. II expira loin de son pere et de sa mere, puisqu'on l1avait

confie a une nourrice a Blois. Dans la "stupeur" de sa perte, Victor Hugo trouve une nouvelle affection pour sa famille, et plus tard il aimera ses autres enfants plus profondement a cause de cette premiere douleur: "Victor a lfid6e delicate de chercher dans la perte meme de cet enfant des motifs df affec-tion plus etroite entre tous ceux qui l!ont aime..." (3).

(1) Victor Hugo Raconte, p.230, (Tome 70, Oeuvres Completes). (2) Barthou, Louis, Les Amours dTun Poete, p.47.

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La Mort De Leopoldine eut un sort plus tragique encore. Leopoldine En 1843 un affreux malheur frappa Victor Hugo avec une force foudroyante: la mort de sa chere Leopoldine,

la Didine adoree (1). Agee de dix-neuf ans, elle se noya avec son mari dans l'estuaire de la Seine. Dans une lettre ecrite a Mile Louise Bertin, Hugo exprime son amour pour Leopoldine;

il l'appelle "la moitie de ma vie et de mon coeur" (2). II ajoute: "J'aimais cette pauvre enfant plus que les mots ne peuvent le dire" (3). Hugo s'absorbe devant les images de Leopoldine, surtout le portrait par Auguste de Chatillon, le portrait avec les bandeaux et les grands yeux noirs de sa

chere petite... Chaque fois que revient l'anniversaire, le poete porte a Leopoldine une gerbe de vers. La tragedie, qui le perce a l'endroit le plus sensible de son coeur, modifia profondement la personnalite du poete. II a consacre presque toute la premiere partie du second volume des Contemplations a. la memo ire de sa chere petite fille. Le deuil est souvent une source d'inspiration et d'esperance: chez Hugo le deuil transforme profondement le fond de sa poesie.

La Mort: Source Hugo voit Leopoldine dans ses De Philosophie reveries, la chere petite qui le

(1) On sait bien de quelle fagon atroce Hugo apprend la

nouvelle de la tragedie. Lui et Juliette reviennent d'un voyage en Espagne -- une escapade d'amants. Dans une auberge de Soubise, a une lieue de Rochefort-sur-Mer, Hugo apprend dans le Siecle la catastrophe de Villequier. (2) Brunetiere, F. , Victor Hugo, p.142,(Tome II).

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surprend pendant qu'il travaille, la petite Didine, legere et de visage delicieux, qui lui tend la main, l'arrache de

sa table et le mene dans le jardin sous les arbres et parmi les fleurs.

"Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espere", (1) dit le poete. Son souffle gracieux, ses deux petites mains

froissent le papier et interrompent le travail du maitre. Mais c'est sur ces papiers dechiquetes que Hugo ecrit ses vers les plus doux. La mort de sa bien-aimee eveille en Hugo une nouvelle muse. Le fantome de Didine lui revient, l'enivre de melancolie, precise sa pensee, le mene vers

lf£ternel. La vue des objets qui appartenaient a la petite --ses plumes, --ses couteaux de poche, --ses carnets -- eveillent en lui une crise d*emotion qui se transforme en meditation. Au malheur du poete nous devons quelques-unes des plus belles pieces de toute la litterature frangaise. Ce malheur devient une lueur qui monte des tenebres (2): "...la douleur

majestueuse et purifiante le saisit jusqu'aux entrailles" (3). C'est sa conviction mystique que "Dieu s'est servi des

evenements exterieurs pour faire son education, pour le tirer

(1) Les Contemplations, Livre Quatrieme, V.

(2) Nous voyons aussi l'eclosion d'un autre sentiment, la pitie. La misere solitaire de Hugo se transforme dans

son ame forte en pitie pour tous les autres qui souffrent. Ley-Deutsch, dans son livre Le Gueux Chez Victor Hugo, remarque que la mort de Leopoldine est une des sources auxquelles Hugo est cense avoir puise son grand roman Les Miserables.

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a lui..." (1). Le poete rapporte a Dieu "les morceaux de son coeur". L1influence de la mort de Leopoldine sur l'ame du poete est une des sources essentielles du genie de Victor Hugo.

Adele, Fille Sa deuxieme fille, Adele, se trouva la De Victor Hugo vraie victime de l'exil. Elle s'ennuy-ait dans les lies de la Manche, et elle finit par se marier avec un officier anglais qui l'emmena dans la

Nouvelle-Ecosse. Elle fut atteinte d'un acces de folie, comme son oncle Eugene; on la fit revenir en Europe ou elle ne mourut qu'en 1915. Hugo se rappelle 1*enfance de sa chere Adele, et son amour pour les enfants s'accroit. A cause de sa douleur personnelle le poete comprend mieux le deuil de ses semblables;

son oeuvre est enrichie par son experience personnelle.

Les Fils Ses deux fils, Charles et Frangois-Victor, Du Poete moururent aussi tous les deux avant leur pere. Le premier fut foudroye par une crise d'apoplexie en allant a un diner organise par son pere. Au milieu de cette soiree on appela Victor Hugo; un temoin le tira a l'ecart sur le palier et lui annonga la mort subite de son fils aine. Victor Hugo fit transporter le corps de son fils a Paris ou il l'enterra pendant les premiers grondements de I'insurrec-tion de la Commune... Victor Hugo se rappelle plus tendre-ment l1enfance de ses fils; il se souvient, par exemple, de la maladie, le cholera, qui frappa son jeune enfant Charles et

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le mit au seuil de la mort. Dans Victor Hugo Raconte on trouve l'histoire de la maladie du petit Charles, qui etait

soigne par son pere... Une foule de souvenirs tendres et doux reviennent a 1*esprit du pere.

Claire II est interessant de remarquer que Victor Pradier Hugo aime aussi avec une tendresse pater-nelle la belle petite fille de Juliette, Claire Pradier, morte en 1846. Pauvre victime de la tuberculose, elle

inspire a Hugo de beaux poemes dans Les Contemplations: "Quel age hier? Vingt ans. Et quel age aujourd'hui?

L'eternite." (1) Hugo conduit Juliette au cimetiere de Saint-Mande, en

pelerinage devant la tombe de Claire; les deux amants prient ensemble. Claire et Leopoldine sont les "anges gardiens" de 1*amour de Victor pour Juliette.

Ses Petits-Enfants: Heureusement la puissante consti-Inspiration tution de Hugo lui laisse, jusqu'a lfextreme vieillesse, la plenitude de sa sante. II trouve maintenant une nouvelle source d*inspiration: ses petits-enfants. Georges et Jeanne, fils et fille de Charles Hugo, deviennent la joie la plus profonde du vieillard pendant ses dernieres annees. "...la severite pensive du vieillard

s'attendrit et tourne a l'extase devant 1*enfance" (2). Ces deux petits inspirent tout un recueil de poesie charmante: l'Art d'Etre Grand-Pere. Le poete fait la decouverte de

(1) Les Contemplations, Livre Cinquieme, XIV.

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1*enfance, que les travaux et les luttes de l'age viril lui avaient un pau cachee chez ses propres enfants. II revit ses plus jeunes annees avec Georges et Jeanne, dont il rend les prenoms vraiment immortels. Victor Hugo est le compagnon

inseparable des petits-enfants qui jouent sur ses genoux: ils representent done une source dfinspiration tres importante. II semble que la presence de Georges et Jeanne precise la pensee du peintre de l1enfant.

Les Petits-Enfants: Ce recueil, l'Art d'Etre Grand-Pere, Amour Du Grand-Pere reste un monument de tendresse, un livre d'une grace singuliere. En regardant ses petits, Hugo eprouve .une sympathie delicate, une indulgence constante. II y a une grande difference entre le role du pere et celui du grand-pere. Le pere doit etre inflexible de temps en temps, mais le grand-pere... Ah I Chez lui le sens du devoir

n'existe pas avec la meme insistance: il peut donner aux petits tout ce qu'ils lui demandent, il peut les gater comme

il veut. Pauvre Victor Hugo! Une de ses filles noyee, une autre folle; ses deux fils morts: on comprend pourquoi le

vieillard traite les petits avec tant dTindulgence, ces petits qui sont les scions de sa race, II devore avec eux les

journaux illustres qui les amusent. II adore leurs moindres paroles, il joue avec eux, comme Henri IV avec les siens, il

les prend sur ses genoux et leur raconte des histoires charmantes et terribles; il a peur quand la petite Jeanne tombe malade a cause de la diete insuffisante imposee par les vicissitudes de la guerre. Quand il meurt, en 1885, son

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dernier mot est adresse a ses petits-enfants: "Ma Jeanne, approche, et toi, mon Georges; je m'en vais. Voyez-vous, mes doux anges, je m'en vais, je sens que Dieu m'appelle. Je vais retrouver mes autres petits amours qui sont au ciel..." (1). Les Enfants Et Pendant sa vie Victor Hugo connait

Victor Hugo beaucoup d'enfants. II va presque sans dire que les petits adorent la figure du poete qui leur parle avec tant de douceur:

"Tous les petits enfants viennent autour de moi, Des que je suis assis, les voila tous^qui viennent.

C'est qu'ils savent que j'ai leurs gouts..." (2) Les enfants quittent leurs jeux, leurs cerceaux, et leurs

balles; ils entourent le bonhomme qui leur raconte des histoires merveilleuses. Les tout petits grimpent sur les genoux du raconteur; ils lui apportent des crayons, des

albums, des nids de merles, que leur ami admire serieusement. Meme de nos jours les enfants se delectent a lire Victor

Hugo: "Hugo est certainement chez nous, avec La Fontaine, le poete que les ecoliers connaissent le plus tot et le mieux" (3). Les Enfants Hugo aime les longues promenades dans les Pauvres bois, dans les champs, sur les quais de la Seine, et dans les rues. Au cours de ces excursions il voit des enfants qui jouent et vivent dans la rue; il voit des enfants qui existent dans la plus triste misere. Hugo est

(1) Saurat, D. , La Religion de Victor Hugo, p.181, (2) Les Contemplations, Livre Premier, VI.

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toujours fascine par le tragique d'une pauvre existence: c'est de la matiere vivante et douloureuse. Hugo est par nature pres de ceux qui souffrent; il s'impregne de cette inspiration exterieure. Peut-etre Hugo rencontre-t-il un enfant qu'il reproduira plus tard en peignant le petit Gavroche. En tout cas il trouve beaucoup d'idees en se promenant ainsi. La muse s'eveille en lui: sa grande imagination et sa verve poetique vibrent avec emotion. De ces petits etres, victimes de la

fatalite, Hugo fait des heros, surtout s'ils vivent en marge de la vie normale. II les regarde avec pitie, ces petits etres qui seront perdus dans 1'ombre du crime. Un petit enfant inconnu est peut-etre la source d'un chef-d'oeuvre du maitre... Hugo a l'habitude genereuse de reunir chez lui a

diner des enfants pauvres. Tous les jeudis, pendant son exil a Guernesey, il y a un diner pour les enfants pauvres (1); a 1'occasion de Noel, aussi, Hugo leur distribue des jouets et des vetements. Cette habitude n'est qu'une autre preuve de son affection pour les enfants en general, et surtout pour les miserables. Son coeur se reveille toujours en face de la

pauvrete.

Hugo: Son Ayant un coeur tendre et un temperament Coeur Tendre impressionnable, Hugo parle des enfants avec une caresse mentale. Louis Arnould declare que les

enfants occupent "l'endroit le plus sensible de son coeur" (2).

(1) II est interessant de noter que cette idee fut ensuite imitee en Angleterre, a Londres surtout.

(28)

Au fond Hugo est un peu ego'iste, mais son amour pour 1'enfant est la forme la plus desinteressee et la plus touchante de toutes ses effusions. Son veritable motif dTinspiration est une vision personnelle; une influence chez Hugo prend toujours

des nuances personnelles. Dans le recueil Le Livre Des Meres sont reunies les poesies que 1'enfance lui a inspirees; il parle de 1'enfant en employant des termes qui restent parmi les plus doux, les plus delicats et les plus tendres de toute la litterature humaine. II se penche sur 1'enfance en general. Les cordes de son coeur, qui vibrent avec douceur en pensant a 1'enfant, constituent une source de son oeuvre litteraire. Son Imagination Et L'imagination, "le miroir a mille Sa Philosophie facettes" (1), reste une source de bien des idees du poete. Hugo ne cesse jamais de proclamer

la grandeur de ce qu'il y a de plus petit! II voit un

rapport entre 1'enfant et l'eternel. Nous verrons avec quelle tendresse il met* 1'enfant sur l'echelle des etres qui montent vers Dieu. Nul ecrivain n'a exprime avec tant de delicatesse

le lien qui existe entre 1'enfant innocent et l'Infini. Une experience directe, une puissance d'observation sans egal, et une imagination feconde (2) se reunissent dans Victor Hugo pour creer le peintre de 1'enfant par excellence.

(1) Ley-Deutsch, Maria, Le Gueux Chez Victor Hugo, p.303. (2) "...1'unite de ce genie reside en sa faculte maitresse,

1'imagination." (Mabilleau, L., Victor Hugo, p.91, Troisi-eme Edition).

(29)

CHAPITRE II

LBS GRANDS THEMES SOCIAUX

Le Milieu Des sa naissance l'homme existe dans un Social milieu naturel qu'il peut utiliser en quel-que sorte mais auquel-quel il doit se soumettre bien des fois. Superpose a ce milieu naturel est le milieu social, les tra-ditions qui tirent leur origine du passe. Les facultes

limitees de l'enfant sa comprehension et sa sensibilite --ne peuvent pas envisager tous les elements de son milieu. L'enfant doit se soumettre presque completement aux caprices de la geographie et des traditions de son milieu. Ces

con-ditions se pretent done a une action profonde sur l'ame

enfantine: l'acteur n'est pas independant du decor. D'apres l'oeuvre de Victor Hugo, il convient de remarquer 1'influence du milieu naturel et social sur la personnalite de l'enfant.

1. L'Enfant et La Guerre

Introduction Le psychologue et l'educateur s'interessent a 1'influence de la guerre sur l'enfant. Les souffranees et les maux de la guerre meurtrissent tout d'abord le corps et 1'esprit des adultes, mais la calamite de la guerre n'epargne pas l'enfant. Les enfants qui ont subi les horreurs de

la guerre ne seront pas semblables a ceux qui n'ont connu que le calme bonheur de la paix. Nous nous proposons d'etudier dans l'oeuvre de Hugo l'effet que produit la guerre sur l'enfant: quelles sont les impressions que fait la guerre sur sa sensibilite? Comment l'enfant se

(30)

conduit-il parmi les terreurs de la guerre? Quelle est son attitude en presence de la mort, le complement necessaire du conflit?

Enfance De Jamais l'enfant n'est plus pitoyable que Victor Hugo parmi les chocs de la guerre. L'oeuvre de Hugo abonde en passages qui demontrent les coups violents

frappes par la guerre sur le corps et sur 1'esprit de l'enfant. N'oublions pas un fait important: le poete se souvient sans doute des evenements de son enfance en Espagne, ou il vit, par exemple, "une croix sur laquelle etaient cloues les membres d'un jeune nomine coupe en morceaux" (l). L'enfant Hugo, tres impressionnable, n'oublie point un tel spectacle effroyable, et ses souvenirs se refletent dans son oeuvre litt£raire.

La Misere De ! La misere de l'enfant pese sur le coeur La Guerre tendre de Hugo. Par consequent il y a dans son oeuvre une abondance de strophes qui decrivent, l'enfant dans "la gueule horrible de la guerre" (2). Hugo se rappelle le manque de nourriture pendant la guerre, et l'effet de cette famine sur la diete des enfants:

"J'ai paye quinze francs quatre oeufs frais, non pour moi,

Mais pour mon petit George et ma petite Jeanne." (3) Meme une telle situation palit quand le poete evoque les

enfants qui sont "bombardes dans les rues" (4), qui restent

(1) Victor Hugo Raconte, p.128, (Tome 68). (2) L'Annee Terrible, Juillet, III.

(3) Op. cit., Janvier,(1871), II. (4) Op. cit., Janvier,(1871), XIII.

(31)

"sans appuis" (1). Hugo fait allusion souvent a la bataille ou "l'enfant cherche la femme et la femme 1'enfant"(2). II etablit un contraste entre le doux petit enfant et la fureur des guerriers qui ont honte quand ils voient les meres

mutilees et les enfants "de sang allaites" (3).

Le Tyran Et La gloire des tyrans s'oppose a la misere Les Petits des petits qui souffrent dans la guerre:

"La gloire, sous ses chimeres Et sous ses chars triomphants, Met toutes les pauvres meres

Et tous les petits enfants." (4) Hugo execre le tyran qui fusille "un petit gargon bleme" (5).

"A quoi bon?" demande le poete. "Malheur a ceux qui font des orphelins", (6) crie-t-il avec tout son amour pour l'humanite enfantine. II deerit la "main froide" dans les bras de la nourrice; il raconte l'histoire Une Femme M'a Pit Ceci (7), ou l'on trouve le tres petit enfant qui "ne cria plus." Le poete evoque l'horreur d'une guerre qui tue les innocents, incapables de se proteger. II abhorre 1'action des soldats qui detruisent "ce qui n'a pas vecu", "l'enfant inacheve" (8). Cet amoncellement de tableaux emouvants montre avec quelle pitie Hugo regarde la mort de l'etre innocent. (1 (2 (3 (4 (5 (6 (7 (8

L'Annee Terrible, Avril, IV. La Legende Des~i&cles, X, v. Les Orientales, III.

Les Chansons Pes Rues et Des Bois, Livre Deuxieme, III, i L'Annee Terrible, Mai, VI.

Op. cit., Juin, XVI. Op. cit., Juin, X.

(32)

L'Enfant' Dans L'Annee Terrible nous voyons 1'image d'un Riant groupe d'enfants qui se trouvent parmi les horreurs de la guerre. Les obus tombent dans la rue. Que font

les enfants? lis accourent gaiment et ramassent les morceauxl "Quand les petits enfants, bombardes dans les rues,

Ramassaient en riant obus et biscayens..." (1) C'est un tableau de l'enfant qui ne comprend rien a la guerre

et aux dangers qui en proviennent. II accepte la guerre comme une chose admise; l'horreur et la fatalite l'emeuvent a

peine, car l'enfant possede un prodigieux pouvoir d'accoutu-mance a la misere et au danger. La bataille ne le touche pas personnellement. Une notion tres vague de "guerre" entre dans sa connaissance. C'est un cas ou "l'anormal est devenu le normal et inversement" (2).

L'Enfant: Mais l'enfant joue un autre role pendant Petit H6ros la guerre: le petit heros. Les heros enfantins servent a relever le moral des troupes et des citoyens et, -- ce qui nous interesse ici — ils laissent a la posterity quelques pages de tres beaux vers. Quelle que soit 1'impression que la guerre produise sur 1'esprit enfan-tin, nous voyons qu'une etrange et forte poesie se degage de

l'angoisse de la guerre.

Sur Une On voit le petit enfant qui, "plus petit Barricade par la taille, mais egal par le coeur" (3),

(1) L'Annee Terrible, Janvier (1871), XIII.

(2) Dupuy, Aime, UifPersonnage Nouyeau du Roman Franqais, p.331. (3) L'Annee Terrible, Janvier (1871), VIII.

(33)

tient par la main son pere qui part pour la guerre... L'hero'isme se trouve aussi dans le poeme Sur Une Barricade (1): Hugo

decrit la scene ou un enfant de douze ans est pris avec des hommes. L'enfant a une derniere requete a faire: II veut

rapporter une montre a sa mere. L'officier croit que l'enfant veut s'enfuir: "Va-t'en, drole"... Mais, soudainement, le rire des soldats et le rale des mourants se taisent: L'enfant re-parait, fier, courageux, calme:

"La gloire au front te baise, 6 toi si jeune encore!" (1) Dans Les Orientales apparait l'enfant grec qui veut de la

poudre et des balles au lieu de la fleur (2). Le poete ra-conte ainsi un hero'isme qui renferme un leitmotiv de pitie pour les petits.

Gavroche: Un autre enfant-heros est le gamin Gavroche, Un Heros qui meurt d'une fagon si noble sur les

barricades. Son influence sur le moral des combattants est etonnante. Son attitude devant la mort n'est pas analogue a celle du jeune "drole" deja decrit. Gavroche fait face a la mort avec une chanson dans son coeur et sur ses levres:

"Je suis tombe par terre C'est la faute a Voltaire, Le nez dans le ruisseau, C'est la faute a ..."

Et la chanson est terminee. Aussi le petit chanteur. II in-cite la Mort avec un rire hardi; impertinent, il la provoque a visage decouvert; il joue avec son adversaire sinistre. Avec

(1) L'Annee Terrible, Juin, XI. (2) Les Orientales, XVIII.

(34)

son rire audacieux il circule autour de la barricade en s'ex-posant a la mort d'une fagon gouailleuse. Pour Gavroche la guerre n'est qu'un jeu dont on se moque.

Le Courage Dans Le Petit Roi de Galice (1) on voit Sto'ique l'hero'isme muet: le petit roi* Nuno ne verse pas de pleurs; "il se tait". Pendant que ses oncles, les infants sinistres, discutent son sort, il reste silen-cieux. Dans Le Cimetiere d'Eylau (2) on voit le gamin qui repond sto'iquement au capitaine: "Oui, raon capitaine". Un

"oui"; c'est tout... Plus tard il dit, sans agitation: "J'ai faim"... Hugo decrit aussi le petit "mouchard" qui sauve son pere qu'on veut fusilier, le pere qu'on appelle "espion",

"traitre", "maudit". C'est l'enfant qui fait reculer la haine de la foule en disant simplement: "C'est mon pere" (3). L'enfant heroique vient en aide a l'adulte execre par la foule... Hugo repete cette idee dramatique:

"L'enfant parfois defend son pere, et, dans la ville Fremissante de haine et de guerre civile,

II le sauve..." (4) Les vainqueurs hesitent devant le courage de la fragility.

Conclusions Le poete peint avec tendresse l'enfant miserable et souffreteux au milieu de l'indicible horreur de la ville bombardee. II est Evident tout de meme que l'enfant possede la faculte d'accepter la guerre comme un phenomene

(1) La Legende Des Siecles, XV, ii (2) Op. cit., XLIX, vi.

(3) Op. cit., LVII, i. (4) Op. cit., LVII, iii.

(35)

naturel. II s'emeut rarement. Les petits qui ramassent les obus representent les enfants qui acceptent la guerre sans question. Le courage calme de l'enfant des barricades, la raillerie de Gavroche, et l'heroisme sto'ique du petit

"mou-chard" exposent un autre aspect de 1»attitude enfantine. On est porte a croire que les images que garde l'enfant sont

fragmentaires et decousues. La guerre ne produit dans 1'esprit enfantin qu'une impression superficielle, une intuition tout au plus de la gravite de l'heure. La misere, le rire,

l'heroisme — ce sont les aspects de la guerre que decrit le poete.

2. La Misere de 1'Enfant

Victor Hugo: Victor Hugo est par nature pres de ceux Sa Pitie qui souffrent. II s'indigne etroitement contre les hommes qui imposent leur despotisme aux etres

miserables. II proteste energiquement contre toutes les miseres et toutes les iniquites sociales, mais son indigna-tion atteint son comble quand il apergoit la misere de ce qu'il y a de plus petit: l'enfant. II condamne tous ceux qui sont les instigateurs de 1'injustice; il hait la rapacite d'une societe dont la formule est 1'exploitation du faible. La pitie est la base de la morale sociale du poete; "son sentiment initial et toujours persistant est la pitie" (1). Les vers de Hugo lui-meme accentuent cette idee:

(36)

"J'ai, dans le livre, avec le drame, en prose, en vers,

Plaide pour les petits et pour les miserables." (1) Les Pauvres De tous les poemes qui demontrent la pitie

Gens de Hugo pour les enfants miserables, Les Pauvres Gens est peut-etre le plus puissant. Dans ce poeme

on voit la misere de la cabane du pecheur; dans le lit, "nid d'ames", sommeillent cinq petits enfants. La mere attend le retour de son mari; elle va voir s'il revient. Elle entre dans "une sombre masure" sans lumiere. Horreur! Elle trouve

la mere morte et deux petits enfants paisiblement endormis dans le berceau. Que faire, ayant elle-meme cinq enfants? Son mari revient de la mer; se confiant a la bonte de Dieu il dit: "Femme, va les chercher". Mais Jeannie a prevu la

decision de son epoux:

"Tiens, dit-elle, en ouvrant les rideaux, les voila!" (2) A 1'horizon du monde de ces existences en marge de la societe, des lueurs surgissent... L'infini se trouve dans cette masure: il y a la misere des pauvres enfants, mais il y a aussi la bonte d'ame de ceux qui sont miserables. De ces existences humbles Hugo fait une oeuvre d'art.

Misere: Hugo est le grand poete des humbles, des Exemples d<§sherites; sa preoccupation humanitaire est l'epanouissement de la tendresse de son coeur. II decrit

Jacques (3) qui rentre chez lui, fatigue, son pain sous le bras

(1) Les Contemplations, Livre Cinquieme, III. (2) La Legende Pes Siecles, LII.

(37)

Un petit enfant l'aborde en lui demandant du pain. Sa mere dit: "Pemain". Celle-ci perd sa croyance en Pieu parce que son fils a faim. Jacques n'hesite plus; il donne son pain a l'enfant. Le poete fait ressortir ainsi la cause qui lui importe par dessus tout: la cause d'un etre miserable. Hugo oppose 1'eclat du bal a la misere des enfants qui sont "sans pain dans l'ombre" (1). II voit d'un cote les enfants des riches avec leurs jouets; de 1'autre cote, les enfants des pauvres qui n'ont pas de pain.

"Quand les petits enfants, les mains de froid rougies, Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,

La face du Seigneur se detourne de vous." (2) Pans Interieur (3) Hugo decrit la masure ou l'enfant pleure

pendant que l'homme et la femme, acharnes l'un contre 1'autre, se lancent a la tete d'ignobles injures. L'enfant a bu "la coupe sombre" (4). Pans Les Cariatides Hugo affirme le tra-gique de la faim:

"Et les petits enfants rongeaient les os des morts". (5) Le pale enfant vole un pain sur le chemin; le poete s'eerie:

"Oh! la faim, c'est le crime public". (6) La Question C'est ainsi l'enfant infortune qui inspire

Sociale au poete ses plus belles effusions. .11 decrit les petits, maigris et malheureux, qui se partagent

(1 (2 (3 (4 (5 (6

Les Chants du Crepuscule, VI. Les Feuilles d'Automne, XXXII.

Les Contemplations, Livre Troisieme, XVIII. La Pitie Supreme, II.

Les Quatre Vents de l'Esprit, Le^Livre Epique, II, Les Contemplations, Livre Troisieme, XVII.

(38)

un morceau de pain qu'ils ont ramasse dans la boue. II plaint les infortunes qui, sous un beau ciel bleu, chantent une

chanson obscene qu'ils ont apprise au seuil d'un cabaret. Pans La Question Sociale (1) Hugo reprend la question du

jouet humain, l'enfant abandonne, qui est broye dans les en-grenages de notre societe. "0 detresses du faible!" s'eerie le poete. Une petite fille, nee d'une mere infame, a l'age "du hochet, du bonbon, des baisers". Elle erre dans les rues, un "enfant formidable":

"Elle allait au milieu de nous, passants distraits, Toute petite avec un grand regard farouche.

Le pli d'angoisse etait aux deux coins de sa bouche; Tout son etre exprimait Rien, 1'absence d'appui,

La faim, la soif, l'horreur, 1'ombre et 1'immense ennui.

Quoi! L'eternel malheur pese sur l'£phemere!" (1) Pour Hugo cette petite fille est une pauvre bete, rendue

craintive par la souffranee. Elle est le symbole de tous les maux sociaux, le symbole de la douleur, la misere et la

fatalite. Elle represente 1'essence meme de la morale sociale de Hugo: un plaidoyer contre la societe ego'iste et criminelle. La Misere: Quel- Nous allons remarquer plus tard (2) Ques Personnages la compassion de Hugo envers certains personnages: Gavroche, petit gamin de la rue; et Cosette, "la plus belle, la plus digne peinture de l'enfant infortune" (3),

qui est opprimee par la haine des Thenardier. Pans le petit drame, Welf, Castellan d'Osbor, nous trouvons un autre

(1) La Legende Pes Siecles, LVII, iv. (2) Voir ChapItre VI.

(39)

personnage, la petite mendiante abandonnee. Elle ne repre-sente rien de nouveau dans la sensibilite hugolienne, mais elle accentue la perfidie humaine mise en contraste avec la misere innocente. Relisons les vers du poete:

"Je voudrais me chauffer devant la cheminee,

Et je n'ai pas mange de toute la journee." (1) Avec la main d'un dramaturge, Hugo a mis l'enfant' infortune

dans le centre de 1'action, le point autour duquel tourne

ce petit drame. On voit bien qu'a 1'arriere-plan de l'action, Hugo destine l'enfant infortune a une mission.

La Misere: Victor Hugo se montre toujours "l'ami L'Orphelin attendri de tout ce qui est faible, solitaire, contriste, de tout ce qui est orphelin" (2).

"Car le pere et la mere, helas! ne s'en vont pas

Sans que la vie autour des enfants s'assombrisse." (3) A maintes reprises Hugo fait allusion a l'enfant abandonne,

qui reste un des plus grands maux de la societe. II y a une adhesion touchante entre la pensee enfantine de Cosette et celle de la petite mendiante: toutes les deux ont la meme pensee:

WELF: "Ou sont tes pere et mere?"

LA MENDIANTE: "Je n'en ai pas. Je sais que les autres en ont

Voila tout." (4) Cosette repete la meme idee pitoyable: "Les autres en ont.

Moi, je n'en ai pas..." (5). Pans le poeme dedi£ a son fils

(1) La Legende Pes Siecles, XIX.

(2) Baudelaire, Charles, L'Art Romantique, p.289, (Tome III) (3) La Legende Pes Siecles, XVIII, iii.

(4) Op. cit., XIX.

(40)

Charles, Hugo cherche des paroles de soulagement:

"Orphelins, Pieu vous reste." (1) Quand le poete evoque la puissance de la mer, il se fait une

vision des pauvres orphelins: "L'orpheline pale et seule

Crie: 6 mon pere!" (2) Pans l'Aigle Pu Casque (3) le poete raconte aussi l'histoire

du petit orphelin Jacques, lord d'Angus, qui est destine a une mort si atroce... Le coeur de Hugo est profondement emu quand il pense a l'enfant qui a besoin d'etre protege ou con-sole; sa conscience d'une mission divine se reveille en pre-sence du foyer vide.

"Pieu! pourquoi 1'orphelin, dans ses langes funebres, Pit-il: J'ai faim! L'enfant, n'est-ce pas un oiseau?

Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau?" (4) Le Petit Pans le poeme Petit Paul se trouve un des

Paul orphelins les plus pitoyables de toute

l'oeuvre de Victor Hugo. Un drame poignant s'annonce des le premier vers:

"Sa mere en le mettant au monde s'en alia." (5) Cet enfant, qui vit par le sacrifice de sa mere, est eleve

par son grand-pere, qui l'aime avec 1'amour d'une mere. Mais l'a'ieul entre un jour dans l'eternite, et le petit enfant se trouve dans la maison de son pere, qui s'est marie une deuxieme fois.' La nouvelle mere ne veut pas aimer l'enfant:

"Vilain petit satan!

"Mechant enfant! Le voir m'exaspere! Va-t'en!" (6)

(1) L'Annee Terrible, Juillet, X. (2) La Legende Pes Siecles, XXXVII. (3) Op. cit., XVII, iv.

(4) Les Contemplations, Livre Troisieme, XVII. (5) & (6) La Legende Pes Siecles, LVII, ii.

(41)

Le Petit Paul ne comprend pas; la haine a remplace l'amour... On lui prend ses jouets; on les donne a 1'autre enfant:

"L'enfant, qui faisait tout joyeux, perdit la joie." (1) Enfin, par un temps neigeux, il erre dans la rue; le

lende-main on le trouve, bleme et froid, a 1'entree du cimetiere. II ne faut pas repeter le theme hugolien; ce poeme est a lire tout entier.

La Misere Pans Melancholia (2) Hugo peint la misere Pu Labeur des enfants qui travaillent, "accroupis sous les dents d'une machine sombre", le dos courbe sous le fardeau. Ce sont des "innocents dans un bagne", des "anges dans un enfer". La fatigue secoue leurs membres frissonnants. Pans Bestiarium (3) "les anges effares" regardent la cage des etres humains et execrent surtout ceux qui lient l'enfant au travail, a la "sombre roue". Ces tyrans, "gorges d'or", s'enrichissent du labeur de l'enfant; ils se servent d'un enfant ainsi que d'un outil. Les anges fremissent en regard-ant la brutalite de l'humanite envers les enfregard-ants faibles. La Misere: Si Pieu repr£sente la bonte supreme, pour-Pourquoi? quoi permet-il 1'existence de la misere? Pourquoi l'enfant, le petit etre innocent, doit-il souffrir? Victor Hugo repond que cette misere est une partie necessaire de la grande conception divine. !La misere et 1'indigence de l'homme ou de l'enfant donnent une impulsion a l'action, un

effort vers le bien. Le besoin d'amour, qui se trouve au fond de

(1) La Legende Pes Siecles, LVII, ii.

(2) Les Contemplations, Livre Troisieme, II.

(42)

l'homme et qui est une preuve de 1'existence de Pieu, se mani-feste dans 1'action. Sans la misere et sans le travail qui en provient, le progres vers Pieu ne serait pas fait: le bien ne peut pas exister sans le mal. L'homme doit employer toute son intuition et toute son intelligence pour ameliorer la condition humaine. En definitive, Hugo croit que la misere enfantine suppose 1'existence d'un but defini de la part de la providence divine. L'enfant malheureux est lie a l'au-dela.

3. L'Education

Importance Pe La fonction de 1'education est un des L'Education themes essentiels de Victor Hugo. L'au-torite immediate de la Nature donne aux parents le privilege et 1'obligation d'etre les premiers maitres de l'enfant. La responsabilite des parents a cet egard est tres grave: il leur faut elever l'enfant moralement et lui donner une idee

solidement inculquee de sa position dans la societe. Hugo reconnait que 1'education commence dans le foyer, ou le pere et la mere sont responsables du point de vue naturel, social et religieux. Les premieres experiences de l'enfant sont tres importantes: "Ce qui etait vision dans le cerveau de l'enfant devient syllogisme dans le cerveau de l'homme. Pu reste

1'experience est diverse, et tourne bien ou mal selon les natures. Les bons murissent. Les mauvais pourrissent" (1).

(43)

Education Aux Pans le beau poeme Ce Qui Se Passait A U X Feuillantines Feuillantines (1), Victor Hugo decrit l'education qu'il a regue au foyer. II a, dit-il, trois

maitres: "un jardin, un vieux pretre et sa mere". Celle-ci a lu Emile, et par consequent elle permet a ses fils de jouer dans le jardin, cette parcelle de la nature. Mme Hugo aime mieux confier ses enfants a la conscience qu'au catechisme. Elle exige tout de meme une obeissance respectueuse et

ponctuelle. Les enfants sont eleves par leur mere a ne

jamais parler sans qu'on les interroge. Soucieuse de l'avenir de ses gargons, Mme Hugo croit en "l'education a la liberte": elle laisse a leur disposition une bibliotheque entiere, ou

ils puisent sans controle. Le poete Hugo raconte comment lui et ses deux freres grimpent sur le haut d'une armoire, ou ils trouvent un livre merveilleux:

"...je me souviens bien que c'etait une Bible". (2) Ils lisent enormement, meme dans les "livres defendus" de

Voltaire. Un jour Mme Hugo regoit chez elle "le principal d'un college quelconque." II veut envoyer les enfants au "morne college", antithese des heures libres passees dans "l'heureuse maison". Mais les "douces choses" du jardin

"Parlerent a ma mere avec l'onde et le vent,

Et lui dirent tout bas: 'Laisse-nous cet enfant!'" (3) La mere ecoute et

"Confia ma jeune ame a leurs douces legons". (3)

(1) & (3) Les Rayons et Les Ombres, XIX. (2) Les Contemplations, Livre Cinquieme, X.

(44)

C'est-a-dire, Hugo "s'est developpe dans la nature, et la nature donne rarement de mauvais conseils" (1). Sa mere, avec une affection lucide et un desinteressement reflechi, legue aux enfants une instruction libre et saine. C'est ainsi que Hugo fait la connaissance de la nature, source d'une

education qui n'existe pas dans les "cloitres profonds" du college.

L'Aneantissement Pans le poeme Ecrit Apres La Visite Pe 1'Ignorance P'Un Bagne, Hugo affirme la grave responsabilite de la societe:

"Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne". (2) Hugo constate que quatre-vingt-dix voleurs sur cent ne

savent pas lire: ils "signent d'une croix". Le poete sou-tient que la diffusion de 1'instruction diminue la crimi-nalite:

"Je voulais resorber le bagne par l*ecole". (3) II conclut done que l'education de l'enfant est le premier

degre vers l'abolissement du crime:

"L'ignorance est la nuit qui commence l'abime". (4) Le petit qui epelle son alphabet avec son doigt est en train

de chercher la vertu. Le poete encourage les enfants de la "troupe blonde" (5) qui lisent et qui epellent. II conseille aux ecoliers de ne pas tourmenter leur maitre d'etudes:

(1) Brunetiere, F., Victor Hugo, p.26.

(2) Les Q.uatre Vents de l'Esprit, Le^Livre Satirique, XXIV. (3) Les Contemplations, Livre Cinquieme, III.

(4) Les Quatre Vents"~"c[e l'Esprit, Le Livre Satirique, XXIV. (5) Les Chansons des Rues et des Bois, Livre Peuxieme, II, iv.

(45)

"Ecoliers, frais enfants de joie et d'aurore ivres,

Ne le tourmentez pas!" (1) II faut fagonner les esprits enfantins, ajoute Hugo; il faut

ouvrir 1'intelligence de l'enfant pour qu'il puisse savoir toutes les possibilites de son temperament. La societe, affirme Hugo, vole l'ame au petit enfant innocent. L'idee du germe qui a "le droit d'eclore" est une autre expression de la mission divine du poete.

L'Education Victor Hugo reitere de temps en temps Universelle sa conception de l'education universelle. II faut entreprendre non plus l'education d'un enfant isole mais de tous les enfants. Regardons son "manifeste" de

l'education, qui se trouve dans la preface du Pernier Jour d'Un Condamne (le 15 mars 1832):

"... enfants desherites d'une societe maratre^que la maison de force prend a douze ans, le bagne a dix-huit, l'echafaud a quarante; infortun6s qu'avec une

ecole et un atelier vous auriez pu rendre bons, moraux, utiles..."

II faut former les coeurs. Le malheureux et le pauvre ne sont pas des etres en dehors de la loi; ils devraient marquer le point de depart de l'education. Chez Victor Hugo l'amour est indispensable; le poete croit que celui qui n'aime pas ne comprend pas. En parlant des ecoliers, Hugo affirme que

c'est

"En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre". (2) Hugo se dresse contre une education trop livresque; il se

(1) Les Contemplations, Livre Troisieme, XVI. (2) Op. cit., Livre Premier, XIII.

(46)

moque quelquefois des livres qu'on donne aux enfants:

"On lui colle un gros livre au menton comme un goitre". (1) II faut inculquer 1'amour de toutes les vertus et une compre-hension plus claire du monde des idees: "une bonne education au peuple!" crie-t-il. II faut ajouter a l'£bauche de la nature tous les soins possibles. C'est avec l'enfant que

commence l'education.

L'Education Mais Victor Hugo n'est pas devoue a Pirigee l'education universelle avec une

affection aveugle. II faut que l'education soit dirigee

soigneusement. L'ecrivain a une responsabilite, declare Hugo: "Poetes, ayez toujours l'austerite d'un but moral

devant les yeux. N'oubliez jamais que par hasard des enfants peuvent vous lire. Ayez pitie des

tetes blondes." (2) Lui, Victor Hugo, est une ame solaire, specialement choisie

pour l'education des enfants. II voit les petits enfants en' classe et il leur d£die un poeme (3) ou il parle des "projets charmants" que detruira le sort. Hugo insiste sur la direc-tion enluminee des qualites intellectuelles de l'enfant. II ne vaut pas la peine de d<§velopper 1'intelligence si l'on va la laisser errer sans boussole. S'il y a une puissance

capable, plus que tout autre, de sauver le monde, c'est bien l'education.

Le Progres L'oeuvre de Victor Hugo n'est pas une

(1) L'Ane, V. ^ (2) Litterature et Philosophie Melees, p.116, (Tome 51). (3) Op. cit., p.92, (Tome 51).

(47)

litterature pessimiste. Adherent passionne de 1'evolution naturelle, le poete croit que l'humanite monte vers la bonte supreme. II faut neanmoins faire tous nos efforts pour y arriver, ajoute le poete. Quelquefois le theme du progres se fait entendre en sourdine; Hugo espere que le progres

intellectuel et moral commencera par la bonte de l'enfant:

"L'esperance etoilee autour de ce visage". (1) L'amour infini, l'education dirigee, la bonte universelle: ce

sont les grandes bases sur lesquelles Hugo construit sa foi. L'enfant est le lieu commun de toutes ses idees, le point ou doit commencer le regime educatif. Victor Hugo, champion des reformes humanitaires, affirme que l'avenir du monde depend des enfants d'aujourd'hui; il faut done emanciper leur

intelligence et ameliorer leur sort moral. "Pour nous, tout ecolier qui fait des ronds et des barres sur le mur, c'est peut-etre Pascal; tout enfant qui ebauche un profil sur le

sable, c'est peut-etre Giotto" (2).

(1) L'Art d'Etre Grand-Pere, XII.

(48)

CHAPITRE III

LES GRANPS THEMES PHILOSOPHIQUES

L'Enfant Et II est difficile de trouver un

La Philosophie expose methodique de la philosophie de Victor Hugo; le lien entre l'enfant et cette philosophie est encore plus difficile a indiquer. Les developpements de la philosophie hugolienne jaillissent au hasard, ga et la dans l'oeuvre; les pensees de Hugo tourbillonnent et se repetent souvent d'une fagon contradictoire. Tout de meme le vers de Victor Hugo sait traduire pour l'ame

humaine les idees les plus figitives et les plus morales. "Victor Hugo etait...l'homme le mieux doue, le plus visible-ment elu pour exprimer par la poesie ce que j'appellerai le mystere de la vie" (1). Nous essayons de faire ressortir

ici les idees philosophiques qui se rapportent au sujet que nous studious.

1. Pieu Et 1'Enfant

L'Enfant: La philosophie evoque le commencement Son Origine ultime des choses, l'aube de la vie. Les erudits seront portes a dire, sans doute, que Hugo est

coupable d'un enfantillage lorsqu'il envisage 1'origine de l'enfant. Ou se trouvent les ames avant de naitre? Victor Hugo a une reponse assez simple:

(1) Baudelaire, Charles, L'Art Romantique, p.283, (Tome III, Qeuvres Completes).

(49)

"Les enfants sont, avant de naitre,

Pes lumieres dans le ciel bleu." (1) L'enfant arrive des lieux. "obscurs et lumineux" (2), "du fond des divins empyrees" (3). Pans le ciel bleu Pieu parle a l'enfant, en lui conseillant de perdre 1'innocence et de

rapporter 1'amour! Pour accentuer ce theme nous n'avons qu'a ajouter ces vers:

"Les ames a venir sont la; l'azur vermeil

Les berce, et Pieu les garde, en attendant la vie." (4) Pans cette image Hugo verse 1'emotion de son coeur, qui lui

dit tout bas que l'enfant sort "de l'obscurite bleue" (5). Le realiste n'admettrait pas la valeur d'une telle idee, mais pour le poete aucune preuve exterieure n'est necessaire. L'Enfant: Pour Hugo la naissance d'un enfant est un Naissance evenement d'une grande profondeur religieuse. Hugo y apergoit de la joie et de la tristesse. II voit plus

loin que le petit paquet de chair molle. II voit une nouvelle vie qui vient de commencer; il voit les heureuses annees de 1'enfance, et les crises de 1'adolescence; il voit en

panorama une vie qui s'etend du berceau jusqu'au tombeau. Le poete discerne dans l'enfant nouveau-ne un etre qui vient de .sortir de la presence de Pieu (6): le petit enfant innocent

(1) L'Art d'Etre Grand-Pere, XV, v.

(2) Le Pape, "En Voyant Un Petit Enfant". (3) Le Pape, "En Voyant Un Petit Enfant". (4) L'ATt d'Etre Grand-Pere, XV, viii. (5) Op. cit. , IV, viii.

(6) "Children quite obviously partake of the universal mystery from which they have recently arrived". (Grant, E.M., The Career of Victor Hugo, p.326).

(50)

est done moins loin du paradis que l'adulte: "Car les petits enfants etaient hier encore

Pans le ciel, et savaient ce que la terre ignore." (1) Ce meme sentiment se manifeste dans les vers suivants:

"Car vous etiez hier, 6 doux parleurs etranges,

Les interlocuteurs des astres et des anges." (2) Ou bien:

"Ils trebuchent, encore ivres du paradis." (3) Mais il y a une note de tristesse dans la naissance de

l'enfant, qui entre dans un monde si tyrannique et terrifiant: "L'enfant candide, au seuil de l'humaine misere,

Regarde cet etrange et redoutable lieu,

Ne comprend pas, s'etonne, et, n'y voyant pas Pieu,

Balbutie, humble voix confiante et touchante." (4) Cette idee se repete ainsi:

"L'etre qui vient d'eclore en ce monde ou tout ment." (5) "Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel!" (6) C'est done avec joie et avec tristesse que le poete observe le nouveau-n6; joie, parce que le petit etre vient du

paradis; tristesse, parce que le sort de l'enfant peut etre si tragique.

L'Enfant: "Poux Pour Hugo l'enfant est un ange qui vient Petit Ange" d'arriver sur la terre, un ange "que dore un reflet d'un paradis lointain" (7). Cette fleur qui

(1 (2 (3 (4 (5 (6 (7

L'Art P'Etre Grand-Pere, I, vi. Op. cit., XV, ii.

Op. cit., I, vi.

La Legende Pes Siecles, XXXVI, "La Voix d'un Enfant d'un An". Voir (4). 7"

L'Art P'Etre Grand-Pere, II, i. L'Annee Terrible, Juin, XVIII.

(51)

ignore l'hiver est aussi un "ange ignorant Satan" (1). En parlant de son enfant, la belle-mere du petit Paul murmure:

"J'ai vole le plus beau de vos anges, Seigneur". (2) Quand le poete voit dans la rue le jeune homme qui a lance

la pierre:

"Je lui pardonne au nom de mon ange innocent!" (3) La femme qui vient de perdre son enfant pendant la guerre dit:

"...j'ai couche mon ange endormi dans la terre". (4) Avec ces citations, qui se multiplient dans la poesie de

Hugo, nous trouvons d'autres expressions choisies au hasard: "anges a tete blonde" (5), "doux ange aux yeux bleus" (6),

"ange a l'oeil ingehu" (7), et "l'ange attentif et charme" (8). Le petit enfant est un etre tout pres de Pieu:

"C'est l'homme qui commence et l'ange qui finit." (9) "Pes anges, de clarte celeste encor tout pleins!" (10) Le poete ne se lasse jamais de regarder sa petite Jeanne,

"ange que Pieu p£netre" (11)...

Rapport Entre Pieu wCe qui est fait contre un enfant Et Les Petits Etres est fait contre Pieu" (12). Victor

(1) L'Art P'Etre Grand-Pere, IV, viii. (2) La Legende Pes Siecles, LVII, ii. (3) L'Art P'Etre Grand-Pere, XI.

(4) L'Annee Terrible, Juin, X.

(5) L'Art P'Etre Grand-Pere, III, iv. (6) la Legende Pes Siecles, XXVI. (7) Toute La Lyre, III, xix.

(8) La Legende Pes Siecles, LVII, ii.

(9) Op. cit.,XXXVI, "La Voix P'Un Enfant d'un An". (10) Op. cit., XVIII, xiv.

(11) L'Art P'Etre Grand-Pere, XV, viii.

(52)

Hugo envisage ainsi un rapport bien determine entre Pieu et le petit etre. Un aspect de ce rapport est la priere; Hugo conseille a tous les enfants de lever les yeux au ciel.

Quand l'enfant prie, un ange est debout aupres de lui. Quand il dort les anges sereins baisent avec larmes ses petites

mains. Pieu est avant tout amour. Pieu, "le bon vieux grand-pere",(1) ecoute emerveille le gazouillement de la petite Jeanne: une indication que Pieu aime le petit enfant par dessus tout. Le poete affirme que Pieu sait "le nom de tous les enfants" (2). La sensibilite de Hugo lui dicte ces vers en parlant de Georges et Jeanne:

"On sent Pieu dans ce bois pensif dont la douceur

Se mele a la gaite du frere et de la soeur". (3) Ces petits etres, "de qui les anges sont jaloux" (4), se

meuvent dans un nuage ensoleille de la bonte de Pieu. Pans 1'esprit de Hugo l'idee de l'enfant et Pieu sont inextri-cables:

"Jeanne, Pieu n'est pas loin puisque vous etes la". (5) Hugo nous conseille d'etre pres des petits enfants afin

d'etre pres de Pieu; l'enfant est le doux pontife du temple sublime; l'enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. L'Enfant Qui L<3 plus petit etre de 1'humanite revele

Revele Pieu la presence de Pieu! L'oeuvre de Victor Hugo abonde en strophes qui demontrent cette belle idee:

(1) L'Art P'Etre Grand-Pere, I, iii.

(2) Les Quatre Vents de l'Esprit, Le Livre Lyrique, XL, (3) L'Art P'Etre Grand-Pere, I, xii.

(4) Op. cit., IV, 1.

(53)

"Je me penche, ecoutant ce que dit l'ame pure, Et je crois entrevoir une vague ouverture

Pes grands cieux etoiles". (1) "On dirait, tant 1'enfance a le reflet du temple,

Que la lumiere, chose etrange, nous contemple". (2) Nous voyons ici que le poete trouve des harmonies secretes

entre les parties du grand tout. Avec simplicity Hugo exprime la signification intime du petit etre, "ce chef-d'oeuvre du Pieu vivant" (3). Penche sur le berceau de

Jeanne endormie, le grand-pere apergoit:

"Je ne sais quoi de plus celeste que le ciel". (4) Notons aussi que la libre pensee du poete s'exprime

lorsqu'il parle de l'enfant:

"Et qu'ils sont loin du pretre et pres de Jesus-Christ". (5) En regardant l'aube du visage enfantin il ajoute:

"Cela, certe, ressemble au divin firmament^

Plus que la face auguste et jaune d'un £veque." (6) Nous trouvons aussi ces vers:

"Quand mon archeveque me damne Pour une tranche de jambon,

Et me maudit, j'aime mieux Jeanne,

Meilleure preuve d'un Pieu bon". (7) Notons enfin que le rire de l'enfant est une preuve de

1'existence de Pieu:

"Ce rire, c'est le ciel prouve, c'est Pieu visible". (8)

(1 (2 (3 (4 (5 (6 (7 (8

L'Art P'Etre Grand-Pere, XV, ii. Toute I^a Lyre, III, ii.

La Legende Pes Siecles, XVIII, xiv, L'Art P'Etre Grand-Pere, XII, iii. Op. cit., XV, vi.

Op. cit., XV, vii.

Les Quatre Vents de l'Esprit, Le Livre Lyrique, L. La Legende Pes Siecles, LVII, ii.

(54)

Pans le poeme Fonction de 1'Enfant cette idee se repete:

"Pans l'enfant qui begaie on entend Pieu parler". (1) L'Ame Pe "On voyait dans ses yeux bleus une ame",

L'Enfant raconte le poete. Et que voit-il dans l'ame enfantine? Pres de la petite Jeanne endormie, le grand-pere murmure:

"Car l'ame de l'enfant, pas encor dedoree,

Semble etre une lueur du lointain empyree". (2) C'est-a-dire, l'ame de l'enfant represente la presence de

l'eternel. Pans le poeme Sur Une Barricade Hugo repete cette conception:

^"...je dis

Que ton ame ignorante est une ame sublime". (3) Pieu et l'enfant sont inseparables: le gazouillement de

l'enfant est un echange "de l'ame avec l'ange" (4). Hugo sait aussi que l'ame des enfants a "de forts appetits" (5). Les philosophes discutent le mystere de l'ame transcendantale, mais pour le poete l'ame enfantine est suffisante.

L'Enfant: Une des conceptions fondamentales de Victor Amour Hugo est la croyance que Pieu est avant tout amour. C'est le besoin d'amour au fond de l'homme qui est la preuve de 1'existence de Pieu. L'amour est une

penetration de 1'essence divine, une progression vers le bien. Victor Hugo trouve dans l'enfant une expression de

(1) La Legende Pes Siecles, LVII, iii. (2) L'Art P'Etre Grand-Pere, XII, iii. (3) L'Annee Terrible, Juin, XI.

(4) La Legende Pes Siecles, XXXVI, "La Voix d'un Enfant d'un An". (5) L'Art P'Etre Grand-Pere, III, iv.

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