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La chanson de Roland et ses editeurs.

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Texte intégral

(1)

Hélène PERRAULT

Département de Langue et Littérature Françaises Université MeGill

M.A.

1973

(2)
(3)

fir~t editor of the Oxford manuscript--; or systematic emendation of the text with the help of the other manuscripts.

On the other hand, G. Bertoni and T.A. Jenkins prefer an intermediate position of compromise.

The aim of the following thesis is, first, to note possible dis-crepancies between the theoretical and practical attitudes of the editors concerning the use of other versions.

Secondly, it seems important to verify the following hypothesis: the consistency of, either, respect, on one hand, or intervention, on the other, concerni~g the other manuscripts, applies equally to the assonance, to the meter,' to the flexion or to lingual features.

Thirdly, we have attempted to de termine which of the five editors present the most coherent and sound positions.

(4)

tégral du manuscrit de base; E. Stengel, au contraire, choisit l'amende-ment systématique du texte à l'aide des leçons fournies par les manuscrits frères.

D'autres éditeurs, tels G. Bertoni et T.A. Jenkins, se situent entre ces deux tendances: ils adoptent des politiques modérées de fidélité ou d'intervention.

La th~se qui suit a pour premier but'de vérifier la cohérence entre l'attitude théorique et l'attitude pratique des éditeurs à l'égard de l'utilisation des autres versions.

En deuxième lieu, il est question de la vérification de l'hj~oth8se

suivante: l'attitude de fidélité ou d'intervention des éditeurs face aux autres manuscrits coincide avec l'attitude adoptée en ce qui a trait à l'assonance, à la métrique, à la flexion et aux traits de langue, c'est-à-dire qu'il existe une attitude globale de fidélité ou d'amendement.

Dans un troisième temps, nous avons tenté de déterminer laquelle des cinq positions se concrétise le plus facilement et avec le plus de cohérence.

(5)
(6)

de l'oeuvre à cause d'altérations dues en général au copiste, et accumulées à travers les siècles.

L'éditeur sera appelé à se prononcer sur les modifications plus ou moins grandes à apporter au manuscrit: il fera ce que nous nommons de la critique textuelle.

Selon Dom Froger, "la critique textuelle est cette discipline spéciale qui se propose pour but de retrouver, malgré les déformations qui se sont produites au cours de la transmission, exactement les mots que l'auteur a employés pour exprimer sa pensée et l'ordre dans lequel il les a disposés." (2)

L'éditeur tente donc de restituer le texte primitif authentique. Mais qu'appelle-t-on "texte authentique" ? Est authentique le texte "qui est censé représenter fidèlement l'oeuvre de l'auteur, • •• , le texte origi-nal est, par définition, authentique." (3)

Dans la Critique des textes, P. Collomp ajoute: "C'est le texte original, ou du moins, le texte le plus proche de l'original qui puisse être atteint, qui doit être édité; la critique textuelle est donc avant tout le devoir propre des éditeurs."

(4)

(7)

Pour certains éditeurs, le but visé est le rétablissement de l'original, c'est-à-dire le rétablissement d'un autographe ou d'une des copies revues par l'auteur.

D'autres, comme les philologues classiques par exemple, e~saient

de rétablir l'archétype, llancêtre commun de plusieurs manuscrits frères. Contrairement aux deux premières catégories d'éditeurs, un troi-sième groupe choisit le meilleur manuscrit parmi tous les manuscrits frères et opère le minimum dl amendements. D'après les tenants de cette école, le manuscr-i t précellent, légèrement corrigé, constitue Ille texte le plus proche de l'originall' qu'il soit possible d'obtenir sans courir le risque de créer un manuscrit qui n'ait jamais existé.

Félix Lecoy, un membre de cette dernière catégorie, reconnaît qu'on Il ne peut espérer parvenir qu'à une sorte de vérité ou d'authenticité moyenne.1l (5)

Après avoir fixé son choix sur l'une de ces positions, l'éditeur doit faire face

à

un problème important: comment définir objectivement ce qu'est une altération, une faute?

Dans son chapitre, IlLa critique des textesll

, R. Marichal avance

que la faute est toute leçon Il que l'auteur nIa pas pu vouloir écrire: on reconnaît donc qu'une leçon est fautive lorsqu'elle est incorrecte, •

.

.,

absurde, contradictoire, ou lorsqu'elle prête à l'auteur des idées ou des raisonnements qu'il n'a pas pu avoir. 1l

(6)

Or, comme le souligne Marichal, un cercle vicieux peut se créer car Iltout ce que nous savons d'un auteur vient de la tradition manuscrite.

(8)

Or nous prétendonS établir l'authenticité de cette tradition manuscrite, d'après ce que nous savons de l'auteur." (7)

Il en découle que, malgré la "confiance générale en la fixité des lois constatées dans les textes" (8) la détermination de la nature même des fautes "varie selon les esprits et cela es.t irrémédiable." (9)

Les premiers éditeurs de textes médiévaux n'eurent pas le désir ou la prétention de reconstituer l'original ou l'archétype. C.A. Knudson

écrit : "Editors published the text of one manuscript, selected for convenience or because it seemed the most meritorious of the manuscripts available. Variants were listed~ to the extent that it seemed desirable or was possible, and

emendation carried on according to the editors discrétion and ressources." (10) Avant 1872, date de la publication de la Vie de saint Alexis éditée par Gaston Paris, les éditeurs ne cherchèrent pas non plus à établir des' critères objectifs et infaillibles à partir desquels amender les textes.

Certains utilisèrent les notions da majorité et d'ancienneté. Celles-ci furent rapidement rejetées par beaucoup d'éditeurs puisque la leçon la plus répandue n'est pas nécessairement la leçon authentique et que "l'âge d'un manuscrit ne prouve rien quant à la valeur de son texte." (11)

Plusieurs éditeurs comme Francisque Michel, premier éditeur du manuscrit d'Oxford de la Chanson de Roland, estimèrent qu'ils ne pouvaient

"consulter que leur goût" (12) et que "chaque difficulté particulière appelle une solution particulière." (13)

(9)

les manuscrits, comparaient le manuscrit à éditer aux autres manuscrits frères, "ils l'imprimaient avec un minimum de corrections." (14)

En 1872 paraît l'édition de Gaston Paris. S'inspirant de la nou-velle méthode des fautes communes de Lachmann, il compare systématiquement les manuscrits frères deux à deux en vue de retrouver l'original. Cette comparaison systématique des textes permet à l'éditeur de classer les manus-crits et de tracer leur arbre généalogique ou stemma.

"On part du principe que deux manuscrits qui ont une même faute commune (à condition que cette faute ne soit pas de éellesque n'importe qui peut commettre indépendamment de tout modèle) la doivent à un modèle commun, • •• , seules les mauvaises leçons sont probantes." (15) "Les fautes communes définissent une lignée; les fautes propres distinguent les différentes

lignées." (16)

Les éditeurs lachmanniens ne cherchèrent pas à éditer un manuscrit précellent amendé avec parcimonie. Ils tentèrent de recréer l'original, résumé de toutes les bonnes leçons des manuscrits frères.

S'ils jugeaient un manuscrit vraiment supérieur aux autres, ils l'utilisaient comme manuscrit de base ; toutefois, ils intervenaient telle-ment souvent que le texte final du manuscrit précellent ne ressemblait que rarement au texte exact primitif.

Le système lacbmannien fut critiqué. On lui reprocha de ne pas bien définir la notion de faute. On lui reprocha aussi le fait de ne pas pouvoir "raisonner sur toutes les leçons, mais seulement sur le petit nombre

(10)

de celles que les critères conjecturaux permettent de regarder avec certitude comme des fautes." (17)

Bien avant Dom Quentin,J·. Bédier avait formulé l'accusation suivante il avait observé que tous les arbres généalogiques obtenus selon la méthode lachmannienne~ étaient des arbres bifides et ce phénomène lui avait paru bizarre. Il constata que "ce résultat fatal leur[aux éditeurs] était imposé par la logique du dit système. Il implique e11 effet le devoir d'examiner à fond tous les cas de conflit entre les textes: de là, chez l'opérateur, l'inquiétude persistante, si loin qu'il ait poussé la critique des variantes, de ne pas l'avoir poussée encore assez loin, • •• , le sys-tème lachmannien l'a lancé dans la chasse aux fautes communes sans lui donner aucun moyen de savoir à quel moment il a le devoir de s'arrêter." (18)

Plus récemment, l'érudit Dom Quentin a aspiré à reconstituer l'ar-chétype à partir du classement de tous les manuscrits frères en apportant cependant quelques modifications à la méthode lachmannienne.

A l'observation et au classement des fautes communes, il substitue l'observation et le classement des "variantes" ou leçons différentes. Il élimine ainsi complètement la notion de bonnes ou de mauvaises leçons, con-tenue dans le classement par fautes communes. "Nous ne sommes pas des 'criti-quesi , c'est.:.à-dire des juges du bien et du mal; nous sommes des statisticiens."

(19)

Dom Quentin compare les manuscrits deux à deux et détermine sta-tistiquement le nombre d'accords entre eux; il procède ensuite à la comparaison des manuscrits par groupe de trois pour découvrir les manuscrits intermédi-aires; enfin, à l'aide d'autres opérations statistiques, il peut établir la

1

i

1

1

(11)

direction des enchaînements des manuscrits trois par trois et bâtir le stemma à partir duquel il lui sera possible de recréer l'archétype.

Dans ses observations, "Sur les méthodes de critique textuelle du type Lachmann-Quentin", P.S. Coculesco fait remarquer que "dans les bons temps lachmanniens, on avait déjà constaté que le même ensemble de fautes communes peut être expliqué presque également bien par plusieurs schémas." (20) Bédier aurait trouvé onze stemmas pour le Lai de l'Ombre.

Coculesco poursuit au sujet des arbres quentiens: "Du schéma que je viens de trouver tout ce que je sais, c'est qu'il remplit en toute rigueur les conditions quentiennes: il explique la répartition des variantes communes." (21) Toutefois, "il faudrait sur ces données essayer tous les schémas possibles, et montrer que le mien seul convient: vérification, on l'a vu, impossible à cause du nombre astronomique de schémas à essayer." (22)

Ces méthodes n'ont qu'un mérite: elles laissent entrevoir que "dans le paquet de manuscrits, certains petits paquets, certains manuscrits vont toujours ensemble. Cela est incontestable, mais cela se verrait, semble-t-il, même sans ces méthodes." (23)

Après une première expérience comme lachmannien en 1890, date de sa première édition du Lai de l'Ombre, J. Bédier rejeta la quête de l'arché-type et prôna le principe de la recherche du manuscrit de base ou manuscrit précellent.

A l'exemple des premiers éditeurs, il décida de respecter le plus possible le manuscrit à éditer; à l'opposé de ceux-ci, il compara les

(12)

manuscrits deux à deux, releva les variantes et dressa le stemma. Dans ses éditions de 1913 et 1929, il utilisa les leçons des autres manuscrits pour corriger le texte fautif: il n'intervint qu'tIen cas d'extrême et presque

~vidente

nécessité." (24) Il se laissa toujours guiderpar son goût. "Dès lors, écrit-il, il faut bien convenir avec les anciens humanistes, qu'on ne dispose que d'un outil: le goût." (25)

Lorsque J. Bédier s'employa à construire le stemma des manuscrits de la Chanson de Roland, il se trouva devant un bon nombre de versions :

o (0) le version assonancée d'Oxford, de la Bibliothèque Bodléienne, N 23 du fonds Digby; (V4) le manuscrit assonancé IV du fonds français de la Bibliothèque Saint-Marc à Venise, qui s'apparente beaucoup à 0 du moins "jusqu'au moment où Charlemagne, ayant pris Saragosse, regagne la France"

(26); les versions rimées: CV7 et PLT ainsi que Il quelques feuillets de

parche-min, dits les 'fragments lorrains'" (27) de la Bibliothèque Nationale (Nouvelles acquisitions françaises, N° 5327).

Le manuscrit C appartient à la Bibliothèque de la ville de Châ-teauroux; le manuscrit V7 appartient à la Bibliothèque Saint-Marc à Venise; P est le manuscrit 860 du fonds français de la Bibliothèque Nationale: il date de la fin du XIIIième siècle; L est le manuscrit 984 de la Bibliothèque de la ville de Lyon: il date du XIVième siècle; le manuscrit T ou manuscrit R,3,32 appartient à la Bibliothèque de Trinit y College, à Cambridge.

A ces versions il convient d'ajouter les traductions étrangères: le poème Ruolandes Liet (K) de Konrad et ses dérivés, Karl der Grosse de

(13)

Stricker et Karl Meinet d'un auteur anonyme; la Karlamagnussaga (n), version norroise en prose dont la "branche VIII retrace la guerre d'Espagne et la bataille de Roncevaux" (28), le Campeu Charlyamen

(g)~,

version galloise en prose dont un épisode raconte lui aussi la bataille de Roncevaux; enfin, la version anglaise (e) en fragments et la version néerlanda~(h) en vers.

Avant Bédier, Theodor Müller avait dressé l'arbre généalogique de la Chanson de Roland de la façon suivante :

1

o

x

1

Xl

T. Müller était persuadé, affirme J. Bédier, "que certaines leçons communes à tous les textes sont fautives, en sorte que tous les textes déri-veraient d'un même modèle x', déjà fautif, interposé entre eux et l'archétype, X." (29)

Il croyait aussi "qu'en certains passages où s'opposent deux

leçons, l'une donnée par 0, l'autre donnée par tous les autres textes, c'est le leçon 0 qui est la bonne: en sorte que tous les autres textes dériveraient d'un même remanieur, ••• " (30)

(14)

On devait donc classer "les textes de la famille

a.

en quatre sous-familles représentées la première par V4, la seconde par les rédactions rimées PLT, CV?"

(31)

Il s'ensuit que le "témoignage d'O a autant de

valeur que celui de tous les autres textes" (32). C'est à l'éditeur, en fin de compte, qu'incombe la tâche de choisir selon son goût.

Les éditeurs E. Stengel et W. Foerster s'inscrirent en faux contre l'arbre généalogique de T. Müller.

Comme T. Müller, ils crurent que tous les textes dérivaient d'un même modèle x fautif.

Contrairement à T. Müller, ils étaient convaincus que

v4

et 0 offraient des fautes communes, c'est-à-dire que ces deux versions dérivaient d'un même modèle, a.

De plus, d'après eux, toutes les autres versions n'offraient

aucun trait commun fautif: CV?, PLT, n, K et g constituaient plusieurs lignées indépendantes "descendues de l'archétype chacune par une voie particulière."

(33)

1

b

1

A A

cv

7 PLT

x

1

Xl ft n

1

K

1

g(h

,el

J. Bédier rejeta le système de E. Stengel et W. Foerster. Il ne

,

4

pouvait admettre que "toute leçon 0 contredite par V d'accord avec l'un quelconque des autres textes" (34) fut automatiquement abandonnée.

(15)

Il réfuta, dans ses Commentaires de la Chanson de Roland, les deux principaux arguments de Stengel et Foerster et défendit le stemma de T. Müller, qu'il remania quelque peu.

o

ARCHETYPE

(1ère REFONTE ASSONANCEE)

(2ième

REFONTE

R1MEE);'1 ; ; ..

i

r-'\

PLT

Il assura que 0 et V

4

ne s'accordent jamais pour opposer aux autres textes une même leçon fautive comme le prétendent les deux éditeurs allemands.

Par exemple, la récurrence, dans les versions 0 et

v4,

de vers en -ié à l'intérieur de laisses en -é, ou le contraire, constitue un phénomène parfaitement justifiable à l' opposé de ce qué soutiennent E. Stengel et

W. Foerster. Nous reparlerons de ce problème dans le deuxième point de notre développement.

Comme il a été dit précédemment, Stengel et Foerster étaient per-suadés que les autres textes ne s'accordent jamais pour opposer à 0 une même leçon que lIon puisse réputer altérée. Bédier réfuta aussi cette affirmation.

(16)

Voici un exemple cité par Bédier lui-même.

_~ 7

Les manuscrits V', C, V , K et g possèdent les strophes ou le texte équivalents aux laisses XX à XXVI de la version d'Oxford mais ces strophes ou ce texte sont disposés autrement. "Les personnages tiennent les mêmes propos, mais dans un ordre différent: et Ganelon attend pour parler que Charles en personne l'ait désigné pour l'ambassade.'~ (35)

J. Bédier s'est efforcé de justifier l'ordre des strophes d'O.

Il sera question des arguments évoqués par Bédier dans le premier point de notre développement.

Il est à noter que E. Stengel lui-même a fait son auto-critique. Dans l'introduction à son édition de la Chanson de Roland parue en 1900,

il fit ùne assertion pour le moins troublante de la par t d'un lachmannien: "Ich bin jetzt ferner zu der einschr!inkenden Ansicht gelangt, dass eine nur von V

4

und einem oder mehreren Vertretern der Reimbearbeitung (insbesondere von T) gemeinsam gebotene Lesart noch nicht aIs hinreichend gesichert angesehen werden darf, um ohne weiteres den Vorzug vor einer sonst nur von 0 gebotenen zu verdienen." (6)

E. Stengel fut aussi critiqué par des éditeurs lachmanniens qui a-doptèrent une position mOins extrême que la sienne. T.A. Jenkins, un autre éditeur du manuscrit d'Oxford de la Chanson de Roland, accepta beaucoup de corrections, souligne Bédier, "qui sont celles de Stengel et qui ne sont admissibles que si le système de Stengel est vraie" (37)

Par contre, J. Bédier rapporte cette citation de Jenkins: "On est loin d'avoir déterminé les rapports mutuels de recensements et par conséquent, la valeur relative de chacun d'eux pour la constitution d'un texte de la Chanson de Roland." (38)

(17)

Jenkins serait-il indécis? Nous croyons que non. Bien que laChmannien, il a sans doute opté pour une solution de compromis, pour une position inter-médiaire: il a.probablement amendé le texte moins souvent et avec plus de méfiance.

Si E. Stengel a été critiqué par plusieurs éditeurs, son adversaire, J. Bédier, essuya lui aussi des reproches. Ces critiques furent parfois for-mulées par des érudits dont l'attitude générale s'inscrit pourtant à l'in-térieur de la tendance bédérienne.

G. Bertoni, par exemple, reconnatt la précellence du manuscrit d'Oxford.

ORIGINAL

1

X

i

x

x'

1 i 1

1.

0

~

~

V4

a

b ~ ~

V7C

PLT

Mais~rappelle-t-il au lecteur, nous sommes en présence, d'une part, de "la redazione della 'Chanson' rappresentata da 0 --redazione

ecc61-lente, anche se non è la primitiva--~ et d'autre part, de "la lezione puntuale di 0, codice scritto dalla mano di un copista che talora ha frainteso il model-10 e talora è caduto in falli dovuti alla distrazione 0 alla fretta 0 a qual-che altra causa d'inesattezza e d'errore." (39)

(18)

De même que l'éditeur français, G. Bertoni répugne à corriger; cependant, il accepte plus de cas de "fautes évidentes", de "cas d'extrême nécessité" (40) dirait J. Bédier.

J. Bédier a dû amender le texte dIO à quinze reprises par re-cours aux autres manuscrits: comment, s'interroge Bertoni, a-t-il pu déci-der, de façon catégorique, que seulement quinze exemples nécessitaient des corrections •••.

"Aperto uno spiraglio, è difficile impedire che per esso non passino molti altri casi, oltre i quindici, ••• " (lJ:)

Pour G. Bertoni, J. Bédier obéit à un "o.bsequium eccessivo" (42): dans bien des cas, les autres versions __ V

4

surtout-- fournissent des leçons de rechange qui permettent de rétablir facilement et convenablement la métrique ou l'assonance sans rendre le texte inintelligible ou médiocre.

Francisque Michel, Joseph Bédier, Giulio Bertoni, T.A. Jenkins, Edmund Stengel: cinq éditeurs et cinq attitudes différentes face à l'édition du manuscrit d'Oxford de la Chanson de Roland.

F. Michel, un membre de la "vieille" école, a consulté les ma-nuscrits mais n'a pas tenu compte de leurs leçons pour effectuer les quelques amendements qu'il a jugés essentiels; J. Bédier a utilisé les autres versions mais a prôné le respect presque total du texte; G. Bertoni a adopté une attitude bédérienne modérée; T.A. Jenkins a suivi une politique lachmanienne modérée; E. Stengel a préconisé l'amendement fréquent et systématique du texte à l'aide des autres versions.

(19)

Le lecteur aura sans doute constaté que, jusqu'à maintenant, nous avons traité, chez les cinq éditeurs, de l'attitude de correction ou de fidélité en fonction des manuscrits: il a été question de leurs attitudes théoriques de base.

Dans le présent travail, nous désirons premièrement vérifier, en nous référant aux données recueillies, s'il y a identité entre l'attitude théorique de base et l'attitude pratique de base.

Nous tenterons aussi de mesurer le degré de cohérence des éditeurs au niveau des données obtenues, qu'ils aient ou non respecté leur position théorique de base.

A l'attitude théorique (ou pratique) de base s'ajoutent diverses "attitudes spécifiques" d'intervention ou de fidélité à l'égard de l'asso-nance, de la métrique, de la flexion et des traits de langue.

Nous n'avons pas parlé d'attitudes théoriques spécifiques car, en général, les éditeurs ne définissent pas leurs positions théoriques

spécifiques.

Nous avons émis l'hypothèse suivante: chez tous les éditeurs

--ou du moins chez certains-- les attitudes spécifiques d'intervention ou de fidélité co!ncident avec l'attitude théorique de base. Nous supposons donc l'existence d'une politique globale d'amendement ou de fidélité s'appliquant à tous les aspects de l'édition d'un manuscrit.

En

deuxième lieu, nous voulons contrôler la véracité de notre hypothèse.

(20)

Ce faisant, nous mesurerons le degré de cohérence pratique des éditeurs face à l'assonance, la métrique, la déclinaison et les traits de langue. S'il y a lieu, nous contrôlerons aussi le degré de cohérence entre l'attitude théorique spécifique et l'attitude pratique spécifique.

Si notre hypothèse slavère vraie, nous essayerons d'évaluer laquelle des cinq positions se concrétise le plus facilement et avec le plus de

cohérence.

Nous diviserons notre travail comme suit: premièrement, nous ana-lyserons les données relatives aux manuscrits; ensuite, nous examinerons

les faits concernant l'assonance, la métrique et la flexion; dans un troisième temps, nous étudierons l'attitude des éditeurs à l'égard des traits de langue.

Le lecteur se demandera peut-être pourquoi l'aspect de la langue a été isolé •••

Lorsqu'un éditeur choisit de corriger telle ou telle série de traits de langue, il n'a pas recours aux autres manuscrits. Il cherche à res-taurer le texte en français continental "normal". Les autres versions étant rédigées dans des dialectes différents, il ne les consultera pas.

Par contre, certains mots ou vers fautifs a"1.! niveau de l'assonance, de la métrique et de la déclinaison peuvent être amendés grâce aux leçons des autres manuscrits.

A cause de son autonomie considérable face aux autres versions, la langue devait occuper une place prépondérante à l'intérieur de notre travail: son témoignage pourra grandement nous éclairer sur l'existence ou l'absence d'une attitude globale de correction ou de fidélité.

(21)

Avant de comparer ces cinq éditions du manuscrit d'Oxford, il serait bon d'expliquer les raisons qui ont motivé notre choix.

Etant donné le grand nombre d'éditions parues depuis la décou-verte de la version d'Oxford, nous avons été obligée d'exclure les noms de plusieurs éditeurs.

Nous nous sommes limitée --sauf pour F. Mi che 1-- aux éditeurs du début du XXième siècle car cette deuxième génération de romanistes a profondément marqué les études philologiques.

J. Bédier et E. Stengel, par exemple, ont défini les deux grandes attitudes face à l'édition du manuscrit d'Oxford: le respect presque total ou l'amendement systématique du texte à l'aide des autres versions de la Chanson de Roland.

Leurs contemporains, G. Bertoni et T.A. Jenkins, ont marché dans leurs sillons.

L'éditeur italien a adopté une position bédérienne modérée et l'éditeur américain a opté pour une politique lachmannienne modérée.

Encore aujourd'hui, il est impossible de faire abstraction des deux grandes tendances définies par E. Stengel et J. Bédier. Citons, entre autres, l'édition de Gérard Moignet, parue en 1969, qui appartient à la tradition bédérienne même si cet éditeur moderne s'oppose parfois à son maître.

L'édition de Cesare Segre parue en 1971 constitue la dernière édition importante du manuscrit d'Oxford.

Segre a, lui aussi, tenu compte des éditions précédentes et Félix Lecoy estime que ce "magnifique volume, • • • , fera date dans les éditions du Roland." (43)

(22)

Nous tenions à étudier l'édition de F. Michel. Elle permet de voir comment un philologue, privé de toute tradition critique en ce qui concerne le manuscrit d'Oxford, a envisagé l'édition de cette version de la Chanson de Roland.

De plus, elle offre l'occasion d'observer comment un éditeur peut amender le manuscrit d'Oxford sans utiliser les leçons fournies par les autres versions.

(23)

Introduction (1) Giulio Bertoni (2) D.J. Froger (3) 11 (4) Paul Collomp (5) Félix Lecoy (6) Robert Marichal (7) 11 (8) 11

(9)

11 (10) C.A. Knudson (11) Robert Marichal (12) Joseph Bédier

La Chanson de Roland (Florence: L.S. Olshki, 1935), p. 19.

La Critiaue des textes et son automa-tisation (Paris: Dunod, 1968), p. 2. ibid, p. 9.

La Critique des textes (Paris: Les Belles Lettres, 1931), p. 3.

Le Roman de la Rose (Paris: Champion, 1965, p. XXXIX.

lILa Critique des textesll, in 11Histoire

et ses méthodes (Paris: Gallimard, 1961), p. 1256.

ibid. p. 1256. ibid. p. 1256. ibid. p. 1256.

lIThe publication of old French texts: some comments and suggestionsll

,

Speculum, no XXXIV, 1949, pp. 510-1. op. cit. p. 1276. Cf. Giorgio Pasquali lIRecentiores non deterioresll

, in

Storia della tradizione e critica deI testo (Florence: Nuova Italia, 1952) (1ère éd. 1934).

lILa Tradition manuscrite du Lai de 11 Ombre 11 ,

(24)

(13) Joseph Bédier

(14)

R. Marichal (15) P.Y. Badel (16) Dom J. Froger (17) " (18) Joseph Bédier (19) " (20) P.S. Coculesco (21) " (22) " (23) " (24) Joseph Bédier (25) " (26) Joseph Bédier (27) " (28) " (29) 11 (30) " (31) " ibid. p. 163. . op. cit. p. 1276.

Introduction à la vie littéraire au Moyen Age (Paris: Bordas/Mouton, 1969), p. 225.

op. ci t. p. 41. ibid. p. 42.

"La tradition manuscrite du Lai de l'Ombre",

Romania, no LIV, 1928, pp. 175-6. ibid. p. 183.

"Sur les méthodes de critique textuelle du type Lach.:nann-Quentin",

Grai di suflet, no IV, 1929-30, p. 9. ibid. p. 12.

ibid. p. 12. ibid. p.

14.

"La tradition manuscrite du Lai de l'Ombre",

Romania, no LIV, 1928, p. 356. ibid. p. 356.

Commentaires de la Chanson de Roland (Paris: l'édition d'art H. Piazza, 1968) (1ère éd. 1927), p. 67. ibid. p. 69. ibid. p. 72. ibid. p. 84. ibid. p. 84-5. ibid. p. 85.

(25)

(32) " (33) " (34) "

(35)

"

(36) Edmund Stengel (37) Joseph Bédier (38) " (39) Giulio Bertoni (40) Joseph Bédier (41) Giulio Bertoni

"

ibid. p. 86. ibid. p. 88. ibid. p. 8$. ibid. p. 96. La Chanson de Roland

(Leipzig: T. ~eischer, 1900), p. IX. Commentaires de la Chanson de Roland

(Paris: ~édition d'art

H.

Piazza, 1968), (1ère éd. 1927), p. 91.

ibid. p. 91. op. ci t • p. 20 •

"La Tradition manuscrite du Lai de l'Ombre",

Romania, no LIV, ~928. p. 356. op. ci t • p. 22 •

op. ci t. p. 23. (42)

(26)

quatre mille deux vers du texte du manuscrit d'Oxford.

Dans la première partie de notre développement, nous nous sommes limitée aux lieux cités par J. Bédier dans les sections II, Ill, IV, V et VI de ses Commentaires de la Chanson de Roland car son échantillonnage nous

a paru assez vaste. (1)

A ces exemples, nous avons ajouté quelques lieux où l'assonance, la métrique et la flexion peuvent être restaurés grâce à une ou plusieurs autres versions.

Les données ont été divisées en deux groupes: le premier comprend les changements possibles au niveau du mot, de l'hémistiche et du vers

(cent vingt et un cas); le second contient les changements possibles opérés à l'extérieur des vers du manuscrit d'Oxford, c'est-à-dire les déplacements des strophes du manuscrit d'O et l'addition de vers ou de strophes absents en 0, par recours aux autres versions (quarante neuf cas).

Cette distinction entre les transformations possibles à l'intérieur des vers et à l'extérieur des vers est essentielle puisque plusieurs éditeurs séparent les deux catégories.

Certains amendent beaucoup le texte contenu à l'intérieur des vers mais hésitent à agir de la même façon en ce qui a trait aux corrections

(27)

D'autres modifient facilement les lieux contenus à l'intérieur des. vers ainsi que l'ordre des stophes du manuscrit d'Oxford mais hésitent à créer de toutes pièces des vers ou des stophes inexistants en O.

Grâce aux résultats obtenus, nous espérons --comme il a été dit précédemment-,~ établir la cohérence ou l'incohérence entre l'attitude théorique de base d'un éditeur et sa position pratique.

D'après ce que nous savons, F. Michel, par exemple, adoptera une politique de fidélité presque totale et il ne s'inspirera pas des autres versions pour les quelques interventions sans doute opérées.

Pour J. Bédier, "toute leçon du manuscrit d'Oxford que l'on peut raisonnablement défendre doit être préférée et maintenue". (2) A l'instar de F. Michel, J. Bédier suivra probablement une politique de fidélité presque complète.

Chez G. Bertoni, nous devrions trouver une attitude de fidélité modérée chez T.A. Jenkins, une attitude d'amendement modéréeo

D'après ce que G. Bertoni;écrit dans l'introduction à son édition de la Chanson de Roland, ses corrections se seraient opérées, pour la

plu-o

4

part, avec l'a~de de V •

Il est plus difficile de se prononcer au sujet de Jenkins car nous ignorons à quels manuscrits il accorde le plus d'importance.

Chez E. Stengel, nous devrions découvrir une politique d'inter-vention massive.

(28)

entre

v4

et p'un ou plusieurs des autres manuscrits ne suffit pas à justifier l'amendement automatique du texte d'O. Il affirme aussi qu'il faut "autre chose". Les faits nous diront si l'éditeur allemand admet ou non l'existence d'un élément subjectif dans l'édition d'un texte.

F. Michel respecte la position théorique de base que nous lui avons prêtée en ce qui concerne les changements possibles effectués à l'intérieur des vers.

Le vers 2242 est omis par F. Michel: il s'agit sans doute d'une erreur typographique. Des cent vingt exemples qui restent, quatre seulement sont corrigés, soit un t.aux d'amendement de

3.3%

et un taux de fidélité de 96.7%.

Citons quelques cas de fidélité au niveau du mot, de l'hémistiche et du vers en entier.

Au vers 2475, des éditeurs, comme E. Stengel, corrigent le verbe du deuxième hémistiche par recours à

v4

(v. 2667), CV7 (p. 205), PLT (p. 142).

2475 - Franceis escrient: "Mare fustes, Rollant" l

2475 - S-Franceis escrient: "Mare [veistesJ Rollant" l

F. Michel et J. Bédier maintiennent la leçon d'O. Le premier

éditeur n'indique pas la raison de sa décision tandis que le deuxième réussit à expliquer son attitude de fidélité.

"Il est naturel, et il est beau, fait-il remarquer, qu'à l'ins-tant où ils vengent Roland, les Français le revoient en pensée et le

(29)

regrettent".

E. Stengel amende le premier hémistiche du vers 600 d'après V4 (v. 495) et n (p. 311). De nouveau, F. Michel conserve le texte du ma-nuscrit d'Oxford et omet de signaler le pourquoi de sa fidélité.

600 -"Terre Major remeindreit en repos. Il

600 _"S_ (Trestute Espaigne] remeindreit en repos."

Selon J. Bédier, on peut justifier ainsi la leçon d'O: liMais Ganelon joue bien son rôle s'il se donne aux Sarrazins pour un bon Français qui aspire à la paix, non dans leur intérêt, mais dans l'intérêt de son propre pays, Tere Ma.3or". (4)

En s'inspirant de V4 (v. 438) et de CV7, E. Stengel rectifie tout le vers 528. Encore une fois, F. Michel garde la leçon d'O sans aucune expli-cation.

528 -"Quant ert il mais recreanz d'osteier?" 528 _"S_ [Ad en France s'end~ust reposer]. Il

J. Bédier justifie la leçon dIO en invoquant "les rapports de symétrie calculés par le poètell • (5)

543 -IIQuant ert il mais recreanz d'ostreir?" 556 -"Quant ier il mais d' osteier recreant?".

F. Michel accepte même la Leçon du manuscrit d'Oxford quand Bédier la rejette comme au vers 2563.

2563 - De sun paleis vers les altres acurt. 2563 - Bé-De sun paleis [uns veltres i] acurt.

(30)

Qui accourt? Il faut bien que l'auteur l'ait spécifié. Uns ve1tres demeure une excellente correction. "T.Â. Jenkins introduit une autre correc-tion, non moins acceptable: vint uns ve1tres a cors". (6)

L'exemple du vers 2563 montre bien l'existence Ild'un parti-pris de fidélité" chez F. Michel. Le premier éditeur préfère sans ~oute conserver le texte d'G à des endroits où il est manifestement fautif, plutôt que de faire des conjectures incertaines.

Comment expliquer alors les quatre amendements cités auparavant? Mentionnons d'abord que trois des quatre corrections ont été faites sans aucune

aide des autres versions.

Âu vers 3253, on lit 'Ma1p'se. F. Michel transcrit Ma1perse quand V

4

suggère Ma1posse et K, Ma1pôse.

3252 -;Li amira1z .X.escheles ad justedes.

3253 - M- La premere est des jaianz de [Malperse]. 3254 - L'a1tre est de Hums e le terce de Hungres, 3255 - E la quarte est de Baldise la lunge, • • •

Le lecteur aura remarqué que Ma1perse assone avec justedes mais n'assone pas avec Hungres et 1unge. Pour F. Michel, les vers 3252 et 3253 font probablement partie d'une laisse dont les autres vers ont été détruits.

Le vers 2972 est fautif au niveau de l'assonance: il se termine par l'expression tres ben, écrite par une seconde main. La version V4

(v. 3156) offre un vers équivalent qui rétablit l'assonance.

(31)

4

F. Michel ignore la leçon de V , remanie le deuxième hémistiche du vers 2972 et fausse l'assonance.

2972 _liEn III carettes les guiez (tres ben)."

2972 -IIM_ En III carettes (tres ben) les [unt] guiez. Il

2973 - Bien 13unt cuverz d'un palie galazin.AOI.

4

Négligeant la leçon de V , Tieris, appuyé par les vers 3843 et 3850 d'O, F. Michel complète le vers 3818 de la façon suivante:

3818 - M- Ais li devant uns chevalers [gentilzJ.

Si F. Michel n'a pas amendé son texte par recours aux autres versions, selon quels critères a-t-il procédé?

"Nous avons intercalé dans le texte lesmots ou les lettres que le copiste semble y avoir omis et qui nous ont paru nécessaires au sens et à la mesure". (7)

Les vers 2972 et 3818 sont sans doute corrigés pour rétablir la métrique; le vers 3253 est retouché pour préciser le sens du mot Malp'se et peut-être pour rétablir l'assonance d'après le vers 3252.

Pour ce qui est de l'intervention effectuée au vers 1531 [1488J, elle relève probablement du sens: F. Michel a dû consulter le vers 629 d'O.

629 -"Tenez mun helme, unches meillor ne vi ••• , ••• " 1531 [1488J - Si l'en dunat s'espee e s'escarbuncle.

1531 [1488J - M- Si l'en dunat [sun helmeJ e s'escarbuncle. V4 (v.

150~)

offre une leçon identique corroborée par PL (p. 57).

(32)

1502 - V4_ Si li dona son elmo et son carboncle.

Nous croyons qu'il s'agit d'un hasard puisque F. Michel n'a eu recours aux autres versions qu'une seule fois.

F. Michel est cohérent avec lui-même: son attitude théorique de base correspond à son attitude pratique car les quatre amendements ana-lysés précédemment ont été réalisés sans l'aide des autres manuscrits, dans le but de rétablir le sens ou la métrique.

Des quarante neuf exemples de changements possibles à l'extérieur des vers, aucun n'est modifié. Cette politique de fidélité totale nous paraît tout à fait justifiable.

F. Michel peut rectifier le texte d'O contenu à l'intérieur des vers pour améliorer le sens ou restituer la métrique, et ce, sans faire usage des autres versions.

Toutefois, il ne peut pas changer l'ordre des strophes d'O ou ajouter des vers ou des strophes inexistants dans le manuscrit d'Oxford sans utiliser les autres manuscrits.

Donnons quelques exemples de fidélité.

Ignorant les leçons de

v4,

C, V7, P, L, T, K et n, F. Michel ne déplace pas les strophes qu'il numérote CXIl et eXIlI, c'est-à-dire les vers 1467 [1628] - 1486 [1647] et les vers 1487 [1648] - 1509 [1670].

De même que F. Michel, J. Bédier respecte l'ordre donné en 0 "d'au-tant que la relation de cette bataille, telle que la donnent les autres textes, abonde en épisodes médiocres, manifestement apocryphes". {8)

(33)

F. Michel se refuse aussi à ajouter un vers 727a et des strophes entre les vers 1437 et 1438.

727 - El destre braz li morst uns uers si mals. 728 - Devers Ardene vit venir uns leuparz.

Selon J. Bédier, "la phrase donnée par a se suffit à elle-même ll • Il Y a IIdes cas nombreux d'emploi de si et tant dans une proposition prin-cipale non suivie d'une proposition complétivell. (la)

E. Sengel insère trois strophes d'après

v4

(v. 1347-74) entre les vers 1437 et 1438 d'O. J. Bédier lui reproche cet amendement: les vers 1438 et 1439 font pendant aux vers 1416 et 1417.

1416 - E li Franceis i fierent comunement. 1417 - Moerent paien a millers e a cent:

1438 - Franceis i unt ferut de coer e de vigur, 1439 - Paien sunt morz a millers e a fuls.

Le narrateur quitte lIun instant le champ de bataille pour se transporter en France ou s'accomplissent les prodiges; quant il revient aux combattants, il reprend, pour marquer ce retour, le même couple de vers ll • (11)

Il est donc inutile d'ajouter trois stophes au texte d'a car les deux couples de vers seraient trop éloignés l'un de l'autrb et le lecteur pourrait IIne plus percevoir la liaisonll. (12)

Citons enfin un exemple qui illustre bien le "parti-pris Il de

fidéli té de la part de F. Michel.

Dans son édition de la Chanson àe Roland, J. Bédier laisse une ligne en blanc après le vers 1388, indiquant par là une rupture anormale au niveau du sens.

(34)

1388 - Esprieris, icil fut filz Burdel.

1389 - ... .

1390 - El'arcevesque lor ocist Signorel.

Dans ses Commentaires de la Chanson de Roland, il avance: "Les autres textes indiquent

1304 - V4 - E lu ancist Ençiualer de Bordels.

p. 38 - T - Cellui occist Engelis de Bordel.

p. 118 - CV? - Celui ocist Engeler de Bordel. 5593 - K - Engelirs sluoh Spemvalriz.

et j'admets avec tous les précédents éditeurs, que le poète avait écrit à peu près ceci:

Esperieris, icil fut filz Borel, (13) Celui ocist Engelers de Bordel".

Comme au vers 2563, le texte du manuscrit n'a de sens que s'il est corrigé: de nouveau, F. Michel choisit de ne pas intervenir.

Des cent vingt et un cas de changements possibles à l'intérieur des vers, J. Bédier en amende vingt-deux, soit une politique d'intervention de 19.8% et une politique de fidélité de 80.2%. Ces taux confirment l'atti-tude de base conservatrice de l'éditeur français.

Toutefois, nous nous attendions à un niveau un peu plus élevé de fidélité. Nous avions cru que J. Bédier agirait avec plus de défiance que F. Michel.

Il est vrai que, dans le domaine des amendements possibles à l'ex-térieur des vers, J. Bédier se montre beaucoup plus prudent: des quarante neuf exemples, deux seulement sont corrigés, soit un taux de correction de

4%

et un taux de fidélité de 96%.

(35)

Nous exposerons, en premier lieu, quelques cas de fidélité au niveau du mot, de l'hémistiche et du vers; nous signalerons ensuite quelques exemples de changements refusés au niveau des vers et des strophes.

T.A. Jenkins remplace le mot Espaigne par le mot Aspre au vers 870, en utilisant les leçons de V

4

(v.

824),

V7 (p. 63) et C (p. 63).

J. Bédier rejette cette correction. L'expression porz d'Espaigne reparaît aux vers 824 et 1152 où personne ne la conteste.

824 - As porz d'Espaigne ad lesset sun nevold. 1152 - As porz d'Espaigne en est passet Rollant.

De plus, s'interroge J. Bédier, qu'est-ce que les porz d'Aspre? "C'est l'un des noms que l'on donnait au moyen âge au Somport au Col

de Jaca, lequel est situé à 70 kilomètres à vol d'oiseau du Col de Cize ou de Roncevaux. Comment Roland inviterait-il Olivier à chercher là-bas, si loin, ses compagnons?" (14)

D'après CV7 (p. 136), E. Stenge1 amende le deuxième hémistiche du vers 1619 1576 d'O.

1619 [1576] - L'escut vermeill li freint, de col l i portet. 1619 [1576] - S - 1'escut vermei11 li fraint [et li estr~e]. Pour justifier la leçon d'O, J. Bédier cite à l'appui le vers 8796 de Fo1gue de Candie (éd. Schultz-Gora) et le vers 11057 des Quatre fils Aymon (éd. Castets).

8796 - Del col l i porte l'elme 0 tot l'escu~

(36)

La strophe CCX dans l'édition bédérienne de la Chanson de Roland "débute par trois assonances masculines et les assonances qui suivent sont féminines" •

(15)

2933

_"Ami Rollant, de tei ait Deus mercitl

2934 -

L'anme de tei seit mise en pareisl

2935 -

Ki tei ad mort France ad mise en exilll

2936, -

De grant dol ai que no voldreie vivre ••• "

Plusieurs éditeurs se sont empressés de rectifier ces trois vers sur la foi de

v4

(v.

2933-5)

et PT (p.

164).

L'éditeur français prétend qu'il est étonnant qu'1ID. scribe ait "trouvé les

3

fois, par simple hasard, des assonances masculines en -1, donnant trois vers excellents".

(16)

Pour lui, ces trois vers forment une laisse indépendante. La

laisse LX (v.

761-5)

ne possède que cinq vers et dans la Chanson de Guillaume,

A

(17)

certaines strophes "n'ont que 3 vers ou meme 2 seulement".

Comme il a été dit dans notre introduction, les strophes XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, et XV sont disposées autrement dans les manuscrits

v4

(v.

206-61),

CV

7

(p.

17-25),

n

(p.

303-5), K

(v.

1363-1537),

g (p.

390-2):

XX (v.

274-9),

XXIV (v.

319-30),

XXIII (v.

310-8),

XX (v.

280-95),

XXI

(v.

296-302),

XXII (v.

303-9),

XXV (v.

331-6).

Entres autres arguments en faveur du maintien de l'ordre d'O, J. Bédier invoque celui de la symétrie entre la scène du défi de Ganelon et la scène du défi de Roland (v.

740-70).

Dans la première scène, Ganelon semble parler trop tôt. Il s'a-dresse d'abord à son ennemi, Roland, avant même que Charlemagne ait décidé s'il acquiesce ou non à la suggestion de son neveu.

(37)

Dans la seconde scène, Roland "parle dl abord à son ennemi, non pas à Charles; lui aussi, il parle ltrop tôt l , avant que Charles se soit prononcé". (18)

Après le vers 240, T.A. Jenkins ajoute un vers. Il utilise les leçons de V4 (v. 490), V7 (p. 14) et n (p. 302). E. Stengel ajoute deux vers. Il consulte les mêmes manuscrits ainsi que la version g (p. 490).

239 -"Quant il vos mandet qulaiez mercit de lui, 240 - Pecchet fereit ki dunc li fesist plus. 240 - J - De vos barons vus li trametez un. 240a - S - De vos barons or li trametez un

240b - S - Qui set enquerre ses semblanz et ses ust 241 - U par ostage vos en voelt faire soUrs

242 - Ceste grant guerre ne dei t munter a plus. "

J. Bédier slobjecte à cette addition. "Il nlest pas nécessaire, écrit-il, que dl abord Naime lui

Charles] ait dit: IEnvoyez quelqulun à Saragossel. Car Charlemagne nI aurait pas pu se contenter de dire sa réponse aux messagers sarrazins: en vertu dlun cérémonial constant au moyen âge, il était tenu de la faire porter'à lladversaire par un homme à lui. Le

conseil donné par Naime dlaccepter lloffre de paix impliquait donc le conseil dlenvoyer à Saragosse un baron porteur de cette acceptation". (19)

J. Bédier sloppose aussi à lladdition, entre les vers 791 et 792, dlune strophe reconstituée à partir de

v4

(v. 721-30), K (v. 3191-2, 3279-3301), CV7 (p. 57), T (p. 1) et n (p. 315).

789 -". X. milie Francs retendrai ben vaillanz. 790 - Passez les porz trestut soUrement:

(38)

792 - Li quens Rollant est muntet el destrer. 793 - Cuntre lui vient sis cumpainz Oliver, 794 - Vint i Gerins e li proz quens Geres •••

A son avis, la rapidité de la scène la rend belle; à peine Roland vient-il de parler qulOlivier slélance vers lui, puis Gérin, puis un autre et un autre. Lladdition d'une strophe ne fait que détruire cet effet voulu par le poète.

De plus, d'après les autres versions, Roland prend le temps de

IIs 'armer de pied en cap, • , mais qulil lace son heaume, ce qulon

ne faisait jamais qu'à llinstant de combattre, clest trop tôt. Personne, sauf Ganelon, ne sait quand les Sarrazins attaqueront ni même slils atta-queront jamaisll

• (20)

Lorsque nous avons tenté de déterminer si toutes les corrections effectuées par J. Bédier pouvaient être justifiées à partir des propres cri-tères de l'éditeur face à llutilisation des autres manuscrits, nous nous sommes heurtée à un problème fondamental: comment définir les "cas dlextrême et presque évidente nécessité ••• II (21) Selon 11 éditeur français, ce sont

des lieux où la leçon dlO nlest pas défendable et ne peut manifestement être attribuée à llauteur de la Chanson de Roland.

Certaines interventions slappuyant sur les autres versions nous paraissent tout à fait justifiables à première vue.

Aux vers 1261 et 1269, on lit en 0 :

1261 - Engelers fiert ~1alprimis de Brigal. 1269 - E sis cumpainz Geres fiert llamurafle.

(39)

"Dans les chansons à geste, signale J. Bédier, le 'compagnon' de Gérier, c'est Gérin: et c'est en effet Gérin et Gérier que les textes du groupe (CV7, p. 108-9; PLT, p. 28-9; n, p. 387) opposent à Malprimis et à l'amurafle. Il faut donc avec tous les précédents éditeurs, lire,

(22) au vers 1261 [E. GerinsJ fiert Malprimis de Brigal".

D'autres amendements se justifient assez facilement. Nous avons distingué trois catégories. Dans la première, nous avons rangé des correc-tions opérées parce que le "contexte" où se situe le mot ou le vers incite l'éditeur à utiliser la leçon des autres manuscrits.

2203 - Sur un escut l'ad as altres culchet, 2204 - E l'arcevesque les ad asols e seignet.

Le ~ du vers 2203 fait référence à Olivier. Roland est allé

chercher les corps de dix des pairs: il les a alignés devant Turpin. Ensuite, il va chercher le corps d'Olivier et la suite se trouve aux vers 2203 et 2204.

"Je crois nécessaire, dit J .. : Bédier, la correction l'ad asols (v. 2204), • . • , les autres pairs ont reçu déjà les soins pieux qui conve-naient. Tout indique que le poète a entendu réserver cette strophe au seul Olivier, • • • , les autres textes ne parlent en cette strophe que d'Olivier:

'Li arcevesgue le commence a seigner' (PLT, p. 123); 'Al gentil clerc le fist trois fois seigner' (CV7, p.

193)~'.

(23)

La deuxième catégorie comprend les rectifications apportées se-lon le sens interne, c'est-à-dire sese-lon une leçon fournie par des vers dIO

(40)

souvent situés à plusieurs laisses du mot, du vers ou de la strophe à corriger.

Au vers 2883 par exemple, on lit:

2883 - Gefrei d'Anjou e sun frere Henri.

J. Bédier s'inspire des vers 3806, 3843 et 3850 d'O ainsi que de

v4

(v. 3067) et PT (p. 162): il corrige e sun frere [TierriJ. 3806 - Fors sul Tierri le frere dam Geifreit. AOI. 3843 _IICi vei Tierri ki jugement ad fait.1I

3850 - Quant veit Tierri qu'or en ert la bataille,

Il intervertit aussi l'ordre des strophes CXXVI et CXXV sur la foi de

v4

(p. 48) et CV7 (p. 137): les vers 1663 [1620J - 1670 [1627] sont placés avant les vers 1653 [1610] - 1662 [1619].

Ce nouvel ordre permet de IIdégager un vers fait exprès pour former la clausule d'une strophe:

1652 [1609] - Dient Franceis:1I Bien fiert nostre guarent! Il et un vers, • • • , fait expr~s pour former le début d'une strophe:

(24) 1663 [1620] - La bataille est e merveillose e grant."

Ce vers, prétend J. Bédier, fait pendant au vers 1653 de la strophe CXXV et aux vers initiaux de CIX et CX.

1653 [1610] - La bataille est merveil1use e hastive. 1396 - La bataille est aduree endementres.

(41)

Dans la dernière catégorie, nous avons classé les lieux où le texte d'O est carrément inintelligible, au dire même de J. Bédier, et où les autres versions fournissent des leçons de rechange.

2429 -"Cunseillez mei a dreiture e honur. "

"Se référant à P (p. 139), tous les éditeurs,

. . .

,

corrigent: Cunsentez mei. Je ne vois pas le moyen de justifier la leçon 0, Cunseillez".

(25)

Le lecteur se souviendra que, contrairement à F. Michel, J. Bédier ajoute -Qll vers après 1388 par recours à V

4

(v. 1303-5), T (p. 38), CV7

(26) (p. 118) et K (v. 5593). "Cette phrase, assure-t-il, est inintelligible".

1388 - Esperieris, icil fut filz [Borel] 1389 - Bé - Celui ocist Engelers de Bordel 1390 - E l'arcevesque lor ocist Signorel.

Ces amendements seraient objectivement défendables si J. Bédier rectifiait tous les lieux pouvant être rangés dans l'une de ces trois

catégories: il n'en est rien.

3509 _"Vos estes proz e vostre saveir est grant; 3510 - Vostre cunseill ai 0 ••• tuz tens."

4

Le "sens-contexte", la version V (v. 3675), la version P (p. 203) ainsi que le Q conservé sous le grattage ont convaincu plusieurs éditeurs d'adopter le mot otreier.

(42)

J. Bédier se contente de laisser un espace après ai même s'il certifie dans ses Commentaires de la Chanson de Roland: "Otreier au sens d' 'approuver' est d'une excellente langue (voir Godefroy et la Vie de saint Thomas, éd. Walberg, v.

982)','. (27)

629

-'~enez mun elme, unches meillor ne vi,

630 -

Si nos aidez de Rollant li marchis. "

1530 [1487] -

Par amistiet l'en baisat en la buche,

1531 [1488] -

Si l'en dunat s'espee e s'escarbuncle.

A l'elme du vers

629

d'O, V

4

(v.

537),

CV

7

(p.

46),

g (p.

497)

ajoutent une belle escarboucle dont le haume est paré. Or, au vers

1531

[1488],

le manuscrit d'Oxford fait allusion, de concert avec les autres versions, à cette escarboucle "comme d'un joyau déjà mentionné".

(28)

J. Bédier reconnatt qu'il y a une erreur au vers

629

mais il ne la rectifie pas.

Après le vers

136

d'a, E. Stengel insère six vers reconstruits grâce à

v4

(v.

122-4),

CV

7

(p.

8),

n

(p.

300)

et g (p.

488).

135

-"En France, ad Ais, devez bien repairer.

136 -

La vos sivrat, ço dit, mis avoez.

137 -

Le emperel'6s tent ses mains vers Deu ••• "

J. Bédier en conclut: "Le scribe d'O a omis deux ou trois vers: on est ici en présence d'un cas-limite".

(29)

Encore une fois, et même si le texte d'O est incomplet, l'éditeur français refuse d'amender le manuscrit d'Oxford.

(43)

d'amendements; par conséquent, il n'existe pas vraiment de critères objectifs à partir desquels juger de la valià.i té de ses interventions.

Un fait demeure cependant. Lorsqu'il est incapable de justifier son attitude de fidélité, il avoue presque toujours se trouver devant I!un cas-limitel! comme au vers 136.

Ce faisant, il réussit à absorber ses propres contradictions en les dénonçant comme normales.

Le fait de mettre l'accent sur la personnalité de l'éditeur plutôt que sur des critères objectifs, lui permet d'être cohérent avec lui-même.

G. Bertoni nous a étonné. Des cent vingt et un exemples du premier groupe de corrections possibles, il en amende soixante et onze, soit une politique d'intervention de 58.4% et une politique de fidélité de 41.6%.

Pour ce qui est de ce premier groupe, on peut affirmer que l'atti-tude théorique de base de l'éditeur italien n'influe en rien sur sa position pratique.

Des quarante-neuf cas du deuxième groupe d'amendements possibles, cinq sont corrigés, soit un taux d'intervention de 10% et un taux de fidélité de 90%. Nous nous trouvons devant une attitude de fidélité massive quand nous escomptions une politique de fidélité modérée.

De même que~Bédier~ G. Bertoni opère moins de corrections à l'inté-rieur des vers. Toutefois, l'écart entre les deux résultats s'avère trop

(44)

grand pour qu'on puisse parler, comme chez J. Bédier, d'une attitude de base souple englobant les deux groupes.

Que l'on considère le premier ou le deuxième groupe, on se heurte au problème rencontré chez J. Bédier: comment déterminer la nature des "errori evidenti?" (30)

"Ma che il testo di 0 sia immune di quaI che lacuna e di qualche aggiunta, sarebbe un pretendere troppo data la grande diffusione deI poema, e dato il modo di trasmissione delle canzoni di gesta. Difficile è indivi-duare queste manchevolezze deI testo, segnalarle con precisione, darne

insomma la prova. E nel dubbio conviene astenersi da troppo ardite illazioni, di cui è piena la storia della nostra Chanson". (31)

La plupart des cas de fidélité ou d'intervention à l'intérieur des vers semblent justifiables.

Au vers 2355, G. Bertoni refuse de remplacer le verbe tresprent par entresprent d'après V

4

(v. 2516) et la majorité des textes rimés.

Dans son glossaire, l'éditeur italien définit tresprendre: "(TRANS-PRE-HENDERE) afferrare, prendere". (32)

2355 - Ço sent Rollant que la mort le tresprent.

Il est possible que G. Bertoni ait fait sienne l'assertion sui-vante de J. Bédier:f"Tresprendre, dit fort bien Clédat, est à prendre ce que trespasser est

à

passer'. D'ailleurs, entreprent serait ici impropre: il y a longtemps que la mort a 'entrepris' Roland; maintenant elle le tresprent, elle le prend tout". (33)

(45)

Par contre, au vers

414,

G. Bertoni modifie le mot à l'assonance sur la foi de CV7 : Marsilion.

414 -

Blancandrins vint devant l'empereUr.

414 -

B - Blancandrins vint devant [Marsiliun].

Passons maintenant à un cas de fidélité justifiée (v. 2297)

et à un exemple de correction justifiée (v. 2267) au niveau de l'hémistiche.

2297 - Ço sent Rollant que la veüe ad perdue. 2299 - En sun visage sa culur ad perdue.

Pour éliminer la répétition fâcheuse, plusieurs éditeurs "ont adopté la leçon de

v4

(v. 2452) et des autres versions: ••• che la mort fort l'argue". (34)

G. Bertoni n'indique pas la raison de sa fidélité; cependant, il est plausible que, à l'instar de J. Bédier, il ne juge pas la répétition inesthétique.

2267 - Muntet un tertre: desuz un arbre bele, •••

2267 - B - Muntet un tertre; desuz [dous arbres bels], •••

Pour expliquer son amendement, l'éditeur italien souligne en bas de la page: "Ma V4 dons (l.dous). Cf. v. 2874". (35)

2874 - Desuz dous arbres parvenuz est (li reis).

Voici enfin un cas de fidélité justifiée (v.

485)

et un cas de correction justifiée (v.

1485

[1646]) au niveau du vers.

(46)

485 - Marsilies fut esculurez de l'ire, •••

485 - J - [Li reisJ Marsilies fut [escolez de lireJ,

"Jenkins legge: fut escolez de lire (lire

=

'leggere il latino'). L'esitazione ad accettare il testo di 0 dovrebbe derivare non tanto dalla mancanza di altri esempi di esculuret-dal momento che abbiamo attestato descoloret- quanto dalla lezione di V4 e dei 'Roncevaux'.

v4

legge: Marsili0 sa asa d'arte de liure - Escoler fu de la loi paganie, e CV7 ,hanno: ~~rsilles sot des ars bien la maistrie - Escoler fu en la loi paenie. Due lezioni, fra

o

e V4 e i 'Roncevaux', che si fronteggiano; ma,per accettare il testo di Jenkins bisogna ritoccare il primo emistichio, che comincia col nome di Marsilio in tutte le redazioni". (36)

Par contre, au vers 1485 [1646J, l'éditeur italien rétablit la mé-trique. "Verso ricostruito sui 'Roncevaux'''. (37)

Rien ne l'en empêche, puisqu'il ne modifie que les parties du vers contredites par les leçons de tous les manuscrits de Roncevaux.

1485 [1646J -'lMielz est mult que jo l'algue ocire. "

1485 [1646J - B -IIMielz [voeill murirJ que io [nelJ alge ocire. "

G. Bertoni se refuse complètement à déplacer des strophes ou à ajouter des strophes inexistantes en

o.

Par conséquent, nous ne mentionnerons qu'un exemple de fidélité justifiée (v. 2709a) et un exemple de correction

justifiée (v. 1389) au niveau de l'addition possible de vers.

Au vers 2689, deux messagers envoyés par Baligant arrivent à Saragosse. Ils apprennent que Marsile est blessé. Ils montent au palais.

(47)

2709 - Cum il entrerent en la cambre voltice, 2710 .- Par bel' amur malvais saluz li firent.

"A qui se rapporte li? • • • , J enkins , • • • , a in trodui t, • • • , un vers 2709a: Le rei troverent, devant lui la reine.

p. 155 - P - Le roi trouverent enz son lit gisant (38) Et la ro:!nne fu devant lui plorans".

E. Stengel conserve la leçon d'O. J. Bédier l'approuve. "La cambre voltice a été décrite plus haut (v. 2592); ••

.

,

nous y avons vu Marsile

gisant, assisté par la reine, • • • , Qui donc les messagers salueraient-ils à leur entrée dans cette chambre, sinon lui?" (39)

G. Bertoni se range du côté de J. Bédier. "Si intende che i mes-sageri si rivolgono al re, e non occorre, come ha visto giustamente il Bédier, introdurre con Jenkins, • • • , un verso dopo 2709". (40)

1388 - Esprieris, icil fut filz Burel, 1389 - B - Celui ocist Engeliers de Borel 1390 - E l'arcevesque lor ocist Signorel.

Il a précédemment été question du problème posé par l'addition du vers 1389. G. Bertoni écrit: "La lezione è ricavata da

v4

e da tutti i

'Roncevaux'. Si vede che il copista ha saltato un verso". (41)

Si la plupart des cas de fidélité ou d'intervention à l'extérieur des vers paraissent justifiables, les deux exempiessuivants semblent diffi-ciles à expliquer.

(48)

2445 - De cels d'Espaigne

unt

lur les dos tuxnez.

1111 Bédier, avance l'éditeur italien, ha difeso la lezione di

o

con pieno diritto l1 • (42)

En effet, J. Bédier défend la leçon d'O. Toutefois, en consultant le vers 1340 d'O et les vers 554 et 748 de la Chanson de Guillaume, il s'est rendu compte que la transformation de unt lux en lur unt s'imposait.

1340 - Des Sarrazins lur fait mult grant damage. 554 - Des Sarazins lur unt mort XV mil •••

748 - Mil Sarazins lur ad ocis el champ.

G. Bertoni n'intervertit pas unt et lur: son abstention demeure mystérieuse.

Le même problème se pose aux vers 240 et 241. G. Bertoni n'intro-duit pas de vers 240a. Il avoue l1Dopo questo verso (v. 240), una linea intera rasa nel ms l1 • (43) Il certifie ensuite pouvoir ajouter le vers manquant en se référant à V4 et à

v

7, De vos baruns li manderez un, mais il s'abstient d'apporter cet amendement.

Nous avons d'abord cru que G. Bertoni renonçait à combler les vi-des laissés par vi-des vers entièrement grattés. Les exemples suivants démentent cette hypothèse.

Le vers 3494 manque en O. A l'aide de V4 (v. 3662), Contra dai me

~enti, G. Bertoni façonne le vers absent.

Le vers 1389 manque en O. E. s'inspirant de l1V4 e da tutti i

'Roncevaux",(44), il reconstruit le vers 1389 comme nous l'avons vu précédem-ment.

(49)

Le vers 3146 manque en O. G. Bertoni corrige par recours à

v4

(v. 3333). "Il verso indispensabile è attinto a V4 : En preçiosa la soa fa clamer". (45)

Enfin, au vers 3390, "tutto il verso che manca in 0 è attinto ai 'Roncevaux'. Testo di

v4:

Del sangue che nexe e tutà uermee". (46)

Est-il quand même possible de justifier sa fidélité en ce qui concer-ne son refus d'ajouter un vers 240a? G. Bertoni écrit: "Ricorrendo a V4

7 .

eV, Sl potrebbe, com~è stato senza necessità, supplire: De vos baruns

li manderez vus un". (47)

Ainsi, pour G. Bertoni, cette rectification ne s'impose pas malgré l'absence flagrante d'un vers en O. Cela semble plausible: nous renvoyons le lecteur à l'explication fournie par J. Bédier concernant le cérémonial moyenâgeux.

En fin de compte, il ne subsiste qu'uneas de fidélité inexpliquée, soit un taux d'incohérence pratique de .83% et un taux de cohérence pratique de 99.17%.

Dans le premier groupe d'amendements possibles, aucun cas paraît inexplicable, soit un taux de cohérence pratique de 100%.

L'attitude pratique de T.A. Jenkins confirme sa position théorique de base en ce qui a trait aux cas de fidélité ou d'amendement à l'intérieur des vers. Des cent vingt et un exemples, il en corrige soixante-seize, soit un taux d'intrevention de 62.8% et un taux de fidélité de 37.2%.

Figure

TABLEAU  II

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