• Aucun résultat trouvé

Construction et validation d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Construction et validation d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle"

Copied!
114
0
0

Texte intégral

(1)

Université de Montréal

Construction et validation d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle

Par

Ann-Pierre Raiche

École de criminologie Faculté des arts et des sciences

Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de Maître ès sciences (M.sc.) en criminologie, option mémoire

Août 2020

(2)

Université de Montréal

École de criminologie, Faculté des études supérieures et postdoctorales

Ce mémoire intitulé

Construction et validation d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle

Présenté par Ann-Pierre Raiche

A été évalué par un jury composé des personnes suivantes Franca Cortoni Président-rapporteur Jean-Pierre Guay Directeur de recherche Marc Ouimet Membre du jury

(3)

Résumé

Contexte. Au cours des dernières années, l’évaluation de la violence sexuelle a connu un essor croissant. En effet, les milieux de la recherche tentent d’étudier plus largement l’ensemble des violences sexuelles, notamment en s’intéressant à la coercition sexuelle. À ce jour, il subsiste des différences quant à la définition de la notion de coercition sexuelle et une incertitude relative aux instruments de mesure à employer demeure. Objectif. L’objectif du présent mémoire est donc de construire et de mettre à l’épreuve la validé d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle en utilisant les items du Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Agression (MIDSA). Méthodes. L’échantillon est composé de 529 hommes, ayant commis une infraction à caractère sexuel, incarcérés dans une prison ou encore dans un centre de traitement du Massachusetts ou du Minnesota. Tous les participants ont complété le MIDSA. Le MIDSA propose 20 items mesurant 5 types de tactiques de coercition sexuelle : la manipulation, l’intoxication volontaire, l’action de prendre avantage d’une personne intoxiquée, la menace de l’utilisation de la force physique ainsi que l’utilisation de la force physique. Résultats. Les résultats indiquent que l’échelle de coercition sexuelle à 5 items possède les meilleures propriétés psychométriques. La cohérence interne de l'échelle est bonne. De plus, les analyses de théorie de réponse à l’item indiquent que la majorité des items étaient considérés comme difficiles et que tous les items possèdent un bon pouvoir discriminant. Enfin, l’échelle présente des corrélations de modérées à élevées avec la majorité des échelles associées, indiquant ainsi une bonne validité convergente et concurrente.

Mots-clés : Violence sexuelle, coercition sexuelle, définitions, mesures psychométriques, échelle de mesure, Théorie Classique des Tests, Théorie de Réponse à l’Item, validité convergente, validité concurrente

(4)

4

Abstract

Background. In recent years, the assessment of sexual violence has grown steadily. In fact, the research community has been trying to examine broader forms of sexual perpetration and victimization, especially sexual coercion. There is no consistent definition in the literature for sexual coercion and uncertainty remains regarding the measuring instruments. Objective. The study aims to create a scale of sexual coercion using items from the Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Aggression (MIDSA) and assess its validity. Methods. The sample included 529 adult males who committed a sexual offense. They completed the MIDSA while incarcerated in prisons and special commitment facilities in Massachusetts and Minnesota at the time of assessment. The MIDSA proposes a 20 item pool measuring sexual coercion based on 5 types of tactics to coerce someone into sexual activity: manipulation and bribing, offering drinks or drugs, taking advantage of someone already intoxicated by drugs or alcohol, using threats of physical force, and the use of physical force. Results. Findings from this study revealed that a 5-item version of the sexual coercion scale has the best psychometric properties. The internal consistency of the scale is good. Furthermore, the item response theory analysis shows that most items were considered difficult and serious and that all items present a good discriminant power. Finally, the sexual coercion scale presents moderate-high correlations with almost all associated scales, indicating good convergent and concurrent validity.

Keywords: Sexual violence, sexual coercion, definitions, psychometric measures, scale, Classical Test Theory, Item Response Theory, convergent validity, concurrent validity

(5)

5

Table des matières

Résumé ... 3

Abstract ... 4

Table des matières ... 5

Liste des tableaux ... 8

Liste des figures ... 9

Liste des sigles et abréviations ... 10

Remerciements ... 11

Chapitre 1: Introduction ... 12

Chapitre 2: Recension des écrits ... 16

2.1. Les définitions de la coercition sexuelle ... 16

2.2. Les composantes de la définition ... 18

2.2.1. Le consentement ... 19

2.2.2. Les tactiques employées ... 20

2.2.3. L’acte sexuel ... 21

2.3. Les instruments de mesure de la coercition sexuelle ... 23

2.3.1. Les principaux instruments de mesure ... 23

2.3.1.1. Sexual Experiences Survey (SES) ... 23

2.3.1.2. Conflict Tactics Scale (CTS) ... 25

2.3.1.3. Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale (SCIRS) ... 26

2.3.1.4. Tactics to Obtain Sex Scale (TOSS) ... 27

2.3.1.5. Multidimensional Inventory of Development, Sex and Aggression (MIDSA) 27 2.3.1.6. Multidimensional Sexual Coercion Questionnaire (MSQC) ... 28

2.3.1.7. Perpetrator of Sexual Coercion Scale (PSCS) ... 28

2.3.2. Les autres instruments contenant une échelle de coercition sexuelle ... 29

2.4. Les limites des instruments de mesure actuels ... 31

2.5. Les taux de prévalence de la coercition sexuelle ... 33

2.5.1. Les taux de victimisation ... 34

2.5.2. Les taux de perpétration ... 35

2.6. Les facteurs de risque ... 37

Chapitre 3: Problématique ... 39

(6)

6

3.2. Objectifs de l’étude ... 41

Chapitre 4: Démarche méthodologique ... 42

4.1. Participants ... 42

4.2. Procédure ... 43

4.3. Instrument de mesure ... 43

4.4. Mesures ... 44

4.4.1. Coercition sexuelle ... 44

4.4.2. Notions utilisées pour les analyses de validité ... 45

4.4.2.1. Échelles liées à la psychopathie ... 46

4.4.2.2. Échelles de sexualisation ... 47

4.4.2.3. Échelle de sadisme sexuel ... 48

4.4.2.4. Échelles d’agression expressive ... 48

4.4.2.5. Échelles de délinquance juvénile ... 49

4.4.2.6. Échelles de délinquance adulte ... 50

4.5. Stratégie analytique ... 51

4.5.1. Théorie Classique des Tests (TCT) ... 51

4.5.2. Théorie de Réponse à l’Item (TRI) ... 51

4.5.3. Validité convergente et concomitante ... 53

4.6. Approbation éthique ... 54

Chapitre 5: Article ... 55

Introduction ... 59

Sexual coercion ... 59

Existing sexual coercion measures ... 60

Purpose of the study ... 61

Methods ... 62 Participants ... 62 Procedure ... 62 Measures ... 63 Sexual coercion ... 63 Other measures ... 64 Analysis ... 69

(7)

7

Item Response Theory (IRT) ... 70

Convergent and concurrent validity ... 72

Results ... 73

Descriptive statistics ... 73

Classical Test Theory ... 74

Unidimensionality ... 74

Item Response Theory ... 75

Convergent and concurrent validity ... 80

Discussion ... 83

The psychometric performance of the MIDSA-SCS ... 83

The validity of the MIDSA-SCS ... 86

Limitations ... 88

Conclusion ... 90

Chapitre 6: Discussion générale ... 91

6.1. Rappel des objectifs et des principaux résultats ... 91

6.1.1. Tester les propriétés psychométriques de l’échelle ... 92

6.1.2. Tester les validités de critère et de construit de l’échelle ... 94

6.2. Les retombées et implications de ce mémoire ... 94

Chapitre 7: Conclusion ... 97

Références bibliographiques ... 99

Annexe 1 : Version longue du MIDSA-SCS ... 108

Annexe 2 : Version courte du MIDSA-SCS ... 110

Annexe 3 : Version très courte du MIDSA-SCS ... 111

Annexe 4 : Tableau de corrélations de la version longue du MIDSA-SCS ... 112

Annexe 5 : Tableau de corrélations de la version courte du MIDSA-SCS ... 113

(8)

8

Liste des tableaux

Table 1 Sexual coercion scale — Items and Descriptive Statistics ... 73 Table 2 Item-to-total Correlations and Item Estimates Parameters of the long version of the MIDSA-SCS... 75 Table 3 Item-to-total Correlations and Item Estimates Parameters of the short version of the MIDSA-SCS... 77 Table 4 Item-to-total Correlations and Item Estimates Parameters of the very short version of the MIDSA-SCS... 78 Table 5 Correlations between MIDSA-SCS and other scales ... 82

(9)

9

Liste des figures

Figure 1 ICC of item 8 (taking advantage of someone intoxicated – completed) ... 79 Figure 2 ICC of item 4 (manipulation and bribing – completed) ... 79 Figure 3 ICC of item 20 (physical force – completed) ... 80

(10)

10

Liste des sigles et abréviations

2PL: 2-Parameter Logistic

2PL IRT: 2-Parameter Logistic Item Response Theory CSS: Coercive Sexuality Scale

CTS: Conflict Tactics Scale

CTS2: Revised Conflict Tactics Scale CTT: Classical Test Theory

GRM: Graded Response Model ICC: Item Characteristic Curves IRT: Item Response Theory

ISPD: Inventory of Sexual Pressure Dynamics

MASA: Multidimensional Assessment of Sex and Aggression

MIDSA: Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Aggression

MIDSA-SCS: Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Aggression Sexual Coercion Scale

MSCQ: Multidimensional Sexual Coercion Questionnaire NISVS: National Intimate Partner and Sexual Violence Survey PSPS: Postrefusal Sexual Persistence Scale

SCI: Sexual Coercion Inventory

SCIRS: Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale SCS: Sexual Coercion Scale

SES: Sexual Experiences Survey SSS: Sexual Strategies Scale TCT: Théorie Classique des Tests TOSS: Tactics to Obtain Sex Scale TRI: Théorie de la Réponse à l’Item

(11)

11

Remerciements

Mon parcours académique m’a permis de rencontrer et de côtoyer plusieurs personnes qui ont contribué à leur manière à ma formation, mon évolution ainsi qu’à l’accomplissement de ce présent projet.

Je tiens tout d’abord à remercier mon directeur de maîtrise Pierre Guay. Merci Jean-Pierre de m’avoir guidé tout au long de cette aventure, merci pour tes idées innovatrices et ta disponibilité. Merci également pour ta confiance au cours des deux dernières années, j’espère que cela n’est que le début d’une belle et longue collaboration.

Je souhaite remercier Marjolie, mon amie et collègue de travail. Merci Marjolie de m’avoir accompagné au quotidien (c.-à-d. presque à tous les jours) dans cette aventure et d’avoir partagé avec moi les plus beaux moments comme les plus difficiles. Merci d’avoir su être à la fois une source de motivation et une source de distraction tout au long de ce processus et surtout en cette période de pandémie.

J’aimerais également remercier mes parents, Diane et Carol. Merci maman et papa pour votre soutien et votre encouragement non seulement au cours de la maîtrise, mais également tout au long de mon parcours académique que l’on pourrait qualifier de tumultueux. Merci de m’avoir supporté (je sais, ce n’était pas toujours facile) et de ne jamais avoir cessé de croire en moi.

Je souhaite également remercier mes frères Simon et Jean-Mathieu. Merci Jean pour ton précieux support, technique et linguistique, tout au long de mon parcours académique et plus particulièrement durant ma maîtrise. Merci à Simon pour les nombreuses discussions, mais également pour tes nombreuses lectures, tes nombreux commentaires ainsi que tes judicieuses suggestions.

(12)

12

Chapitre 1: Introduction

Les violences sexuelles constituent un problème social majeur et celles-ci sont, malheureusement, souvent sous-estimées (Organisation mondiale de la Santé, 2012). Bien que les hommes et les femmes soient victimes de violences sexuelles, les statistiques soulignent que les femmes demeurent plus nombreuses à vivre ce type de violence (43,6% vs 24,8%) (Smith et al., 2018). L’Organisation mondiale de la Santé (2010) définit la violence sexuelle ainsi :

Sexual violence is any sexual act, attempt to obtain a sexual act, or other act directed against a person’s sexuality using coercion, by any person regardless of their relationship to the victim, in any setting. It includes rape, defined as the physically forced or otherwise coerced penetration of the vulva or anus with a penis, other body part or object. (p. 2)

La violence sexuelle implique tout acte coercitif de nature sexuelle dirigé vers une personne non consentante. Ce phénomène ne se limite donc pas uniquement aux comportements répréhensibles par le Code criminel, mais il inclut également un large éventail de comportements sexuels inappropriés. Selon les statistiques du National Intimate Partner and Sexual Violence Survey (NISVS), recensées en 2015 aux États-Unis, une femme sur cinq (21,3 %) rapporte avoir été victime d’un viol ou d’une tentative de viol au cours de sa vie (Smith et al., 2018). Toujours selon les mêmes auteurs, 43,6 % des femmes rapportent avoir été victimes d’une forme de contact sexuel non consentant au cours de leur vie (Smith et al., 2018). Bien qu’un grand nombre de personnes soient victimes de violence sexuelle, très peu de ces incidents sont signalés aux autorités policières. À titre d’exemple, en 2014, seulement 5 % des agressions sexuelles ont été signalées à la police au Canada (Perreault, 2015).

Les violences sexuelles sont aujourd’hui considérées comme un enjeu social important (Secrétariat à la condition féminine, 2016), mais pourtant l’utilisation de la terminologie relative aux violences sexuelles, comme ses diverses formes, est relativement récente. Avant les

(13)

13

changements législatifs apportés au Code criminel canadien en 1983, ce dernier présentait une définition davantage restrictive du viol, soit :

Le viol est l’acte d’un homme qui a un commerce charnel avec une femme qui n’est pas son épouse, sans le consentement de cette femme, ou à la suite d’un consentement qui lui a été arraché par des menaces ou la crainte de lésions corporelles, ou obtenu en se faisant passer pour le mari de cette femme, ou par de fausses et frauduleuses représentations au sujet de la nature et du caractère de l’acte. (Canada, 1892, p. 105)

Autrement dit, avant le début des années 1980, un viol ne pouvait être commis à l’égard d’une personne du même sexe ainsi qu’à l’égard de l’épouse puisque selon la logique inhérente au contrat de mariage, celui-ci supposait que l’épouse donne son consentement à vie au fait d’avoir des relations sexuelles avec l’époux. De plus, pour être considéré comme un viol, il devait obligatoirement y avoir eu une pénétration (Canada, 1892). Suite aux modifications apportées en 1983, la loi sur les infractions sexuelles C-127 a été adoptée et le terme « viol » a été aboli pour laisser place au terme « agression sexuelle » (Conseil du statut de la femme, 1995). En plus, l’immunité dont bénéficiaient les époux à l’égard de leur épouse a également été abolie (Conseil du statut de la femme, 1995).

Plus récemment, de nombreuses initiatives gouvernementales ont vu le jour afin de soutenir les victimes, mais également afin de prévenir et de sensibiliser la société face aux violences sexuelles (Secrétariat à la condition féminine, 2016). Différents mouvements ont également vu le jour afin d’exposer l’ampleur du phénomène à la population. À titre d’exemple, il est possible de penser au mouvement social #MeToo, initié par Tarana Burke en 2006 et popularisé par l’actrice américaine Alyssa Milano en 2017. L’objectif de cette campagne était de soutenir les victimes d’agression sexuelle. Plus précisément, par le biais du mot-clic #MeToo utilisé sur les réseaux sociaux, les victimes pouvaient dénoncer les situations d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel dont elles avaient été victimes par le passé (CBS News, 2017). Au cours des dernières

(14)

14

années, les dénonciations d’agression sexuelle rapportées dans les médias se sont multipliées. Ces vagues d’allégations sans précédent soulèvent de multiples questions en matière de violence sexuelle. Parallèlement à ces initiatives, il est également possible d’observer ce mouvement dans les thèmes de recherches scientifiques. En effet, les chercheurs tentent d’étudier plus largement les violences sexuelles, en s’intéressant notamment à la coercition sexuelle (Pugh et Becker, 2018). De manière générale, la coercition sexuelle se définit en termes de processus et de tactiques, c’est-à-dire comme étant l’utilisation de tactiques, physiques et non-physiques, visant à obtenir une activité sexuelle auprès d’une personne non consentante (Adams-Curtis et Forbes, 2004; Camilleri et al., 2009; Cleveland et al., 1999; Katz et al., 2007; Schatzel-Murphy et al., 2009). Les résultats de plusieurs études suggèrent que la coercition sexuelle serait un phénomène très répandu puisque celle-ci englobe davantage de comportements sexuels inappropriés et puisque certains de ces comportements sont légalement considérés comme une forme moins grave que le viol (Koss et al., 1987; Koss et Oros, 1982; Testa et Dermen, 1999).

Depuis quelques années, plusieurs chercheurs ont tenté de définir le concept de coercition sexuelle dans le but de le mesurer. À ce jour, il existe différents outils qui permettent de mesurer la coercition sexuelle, notamment le Sexual Experiences Survey (Koss et al., 2007; Koss et al., 1987; Koss et Oros, 1982) ainsi que l’échelle de coercition sexuelle du Conflict Tactics Scale (Straus, 1990; Straus et al., 1996). Il est cependant à noter que ces différents outils présentent certaines limites méthodologiques. L’objectif du présent mémoire est donc de construire et de mettre à l’épreuve la validé d’une échelle de mesure de la coercition sexuelle à partir des items compris dans le Multidimensional Inventory of Development, Sex, and Agression, en se basant sur des méthodes rigoureuses et reconnues scientifiquement. Pour ce faire, des données secondaires

(15)

15

récoltées auprès d’un échantillon composé de 529 hommes ayant commis une infraction à caractère sexuel aux États-Unis seront utilisées.

Afin de répondre à cet objectif, ce mémoire est divisé en sept grands chapitres. Le premier chapitre se conclut avec la présente introduction. Le second chapitre présente la recension des écrits sur l’objet d’étude. Le troisième chapitre introduit la problématique ainsi que les objectifs de recherche. Le quatrième chapitre présente la méthodologie ainsi que les stratégies d’analyses utilisées. Le cinquième chapitre, sous forme d’un article scientifique, présente les résultats de recherche de ce mémoire. Enfin, les sixième et septième chapitres présentent, respectivement, une discussion générale ainsi qu’une brève conclusion.

(16)

16

Chapitre 2: Recension des écrits

Afin de mettre les assisses de ce mémoire, ce présent chapitre dresse un portrait de la coercition sexuelle en passant en revue les définitions, les composantes, les terminologies, les instruments de mesure ainsi que les taux de prévalence associés à la coercition sexuelle.

2.1. Les définitions de la coercition sexuelle

À ce jour, il subsiste des différences quant à la définition de la notion de coercition sexuelle dans la littérature scientifique (Bouffard et Goodson, 2017; DeGue et DiLillo, 2005; Pugh et Becker, 2018). Les termes « viol », « agression sexuelle », « abus sexuel » ainsi que « coercition sexuelle » sont fréquemment employés de manière interchangeable et ceux-ci réfèrent généralement à l’ensemble des tactiques, physiques et/ou non-physiques, employées dans le but d’obtenir un contact sexuel avec un partenaire non consentant (Degue et DiLillo, 2004). Conséquemment, il est peu surprenant de constater que la littérature renferme une très grande variété de définitions du concept de coercition sexuelle.

Koss et Oros (1982) ont été parmi les premiers auteurs à employer formellement le concept de coercition sexuelle sans pour autant le définir. Les auteurs présentent l’agression sexuelle comme un continuum d’actes sexuels. Ainsi, pour eux, la coercition sexuelle réfère aux tactiques verbales et elle se situe à une extrémité du continuum tandis que le viol réfère à l’utilisation de la force et se situe à l’autre extrémité.

Finkelhor et Yllo (1985), quant à eux, ont été les premiers à proposer une définition formelle de la coercition sexuelle. Selon ces auteurs, il existe quatre types de coercition sexuelle, soit sociale, interpersonnelle, menace de coercition physique et coercition physique. La coercition sociale réfère à la pression que ressentent les femmes face aux attentes et conventions sociales. La pression

(17)

17

ressentie par les femmes afin que celles-ci aient des relations sexuelles avec leur mari est un exemple de coercition sociale. La coercition interpersonnelle réfère aux relations sexuelles obtenues par le biais de la menace. Par menace, les auteurs entendent la tricherie, la violence financière, la colère et la méchanceté. La menace de coercition physique réfère à la menace d’avoir recours à la force physique tandis que la coercition physique réfère à l’utilisation de la force physique (Finkelhor et Yllo, 1985). Inspirées par les travaux de Finkelhor et Yllo (1985), différentes terminologies ont également été proposées par d’autres auteurs, telles que « coercition hétérosexuelle » (Gavey, 1992) ou encore « viol par acquiescement » (Basile, 1999). Par la suite, la coercition sexuelle a fait l’objet d’une attention particulière et nombre d’auteurs se sont attardés à la définir.

À ce jour, il existe diverses définitions de la coercition sexuelle dans la littérature. Selon plusieurs études, la coercition sexuelle réfère à l’ensemble des tactiques verbales et physiques employées afin d’obtenir un contact sexuel avec un partenaire non consentant (Adams-Curtis et Forbes, 2004; Camilleri et al., 2009; Cleveland et al., 1999; Katz et al., 2007; Schatzel-Murphy et al., 2009). Pour d’autres, la coercition sexuelle réfère uniquement à l’utilisation de tactiques non-physiques dans le but d’obtenir des relations sexuelles avec un partenaire non consentant. Ces tactiques incluent la manipulation, la pression verbale ou émotionnelle ainsi que l’abus de pouvoir ou l’abus d’autorité. Autrement dit, les relations sexuelles sont obtenues sans recourir à la force physique ou à une agression manifeste, mais impliquent l’utilisation de tactiques de coercition sexuelle (Brown et al., 2009; Craig et al., 1989; Degue et DiLillo, 2004; DeGue et DiLillo, 2005; DeGue et al., 2010; Koss et al., 1987; Messman-Moore et al., 2008; Smith et al., 2018; Testa et Dermen, 1999).

(18)

18

Selon certaines autres études, la coercition sexuelle réfère davantage à l’utilisation de la pression ou de la force dans le but d’obtenir un contact sexuel avec un partenaire non consentant (Choi et al., 1998; Emmers-Sommer et Allen, 1999; Heise et al., 1995; Mynatt et Allgeier, 1990; O'Sullivan et al., 1998; Struckman-Johnson et Struckman-Johnson, 2000; Waldner et al., 1999) tandis que pour d’autres, la coercition sexuelle est plutôt définie comme une tactique utilisée à la suite d’un premier refus explicitement formulé par un partenaire (Bushman et al., 2003; Katz et Tirone, 2010; Strang et al., 2013; Struckman-Johnson et al., 2003).

Enfin, tel qu’initialement proposé par Koss et Oros (1982), plusieurs études suggèrent que les inconduites sexuelles existent sur un continuum. Ce continuum s’étend de l’utilisation de tactiques non-physiques à l’utilisation de la force physique, incluant également le recours à l’intoxication à l’alcool et aux drogues. Autrement dit, ces auteurs sous-entendent que la coercition sexuelle serait une forme d’agression plus douce que l’agression sexuelle (Christopher, 1988; Gidycz et al., 1995; Jeffrey et Barata, 2017; Koss et Oros, 1982; Livingston et al., 2004; Lyndon et al., 2007; Muehlenhard et Falcon, 1990; Testa et Dermen, 1999; White et al., 2006).

Comme l’illustre cette recension, des différences subsistent quant à la définition de la notion de coercition sexuelle. De plus, de nouvelles définitions sont suggérées, indépendamment des définitions auparavant établies par les auteurs. Cela représente un enjeu majeur dans l’étude et la compréhension du phénomène. Il s’avère donc pertinent de s’intéresser aux différentes composantes de la coercition sexuelle pour mieux comprendre ce concept.

2.2. Les composantes de la définition

Afin d’être en mesure de définir la coercition sexuelle, il est essentiel de connaître les éléments clés qui composent la définition. Un examen approfondi de la littérature portant sur la définition de la coercition sexuelle, effectué par He et ses collègues (2013), a permis d’identifier

(19)

19

trois éléments clés : 1) la coercition sexuelle se produit sans le consentement du partenaire; 2) la coercition sexuelle implique différents types de tactiques et 3) la coercition sexuelle implique différents actes sexuels visés. Le consentement, les tactiques employées et les différents actes sexuels caractérisent donc, selon ces auteurs, la coercition sexuelle.

2.2.1. Le consentement

La première composante de la définition de la coercition sexuelle est la notion de consentement. La coercition sexuelle survient lorsque la victime ne consent pas, lorsque la victime tente de résister, mais n’y arrive pas ou encore lorsque la victime se conforme sous la contrainte (Raghavan et al., 2015). La notion de consentement est essentielle à la définition de la coercition sexuelle puisqu’elle distingue les relations sexuelles consensuelles de celles qui ne le sont pas, mais également puisqu’elle inclut les activités sexuelles pour lesquelles la victime s’est conformée sous la contrainte ou la pression (French et Neville, 2016; Pugh et Becker, 2018). Autrement dit, la notion de coercition sexuelle permet d’inclure certaines situations qui ne rencontrent pas les critères légaux d’une agression sexuelle. À titre d’exemple, tel que suggéré par Adams-Curtis et Forbes (2004), il est possible de penser à certaines situations dans lesquelles le consentement est donné suite à des menaces de mettre fin à la relation ou encore des menaces d’atteinte à la réputation. Ce type de situation rencontre difficilement les critères légaux qui permettent d’affirmer qu’il y a eu une infraction, soit une agression sexuelle, puisque même si celui-ci n’est pas donné librement, il y a présence d’un consentement. French et Neville (2016) soulignent que « establishing rape by determining whether the act was nonconsensual is particularly troublesome, given the lack of clarity around what constitutes consent and the presumption that rape occurs only when nonconsent is verbalized » (p. 370).

(20)

20

On retrouve différentes terminologies employées en référence à la notion de consentement, notamment « unwanted sexual contact » (Cleveland et al., 1999; Katz et al., 2007; Lyndon et al., 2007; White et al., 2006), « unwilling partner » (Degue et DiLillo, 2004; Schatzel-Murphy et al., 2009), « against consent » (Koss et Oros, 1982) , « against freely given consent » (Adams-Curtis et Forbes, 2004), « against one’s will » (Struckman-Johnson et al., 2003), « reluctant sexual partner » (Camilleri et al., 2009) ainsi que « if the target does not engage in sexual activity » (Emmers-Sommer et Allen, 1999). Certaines définitions ne mentionnent pas explicitement la notion de consentement, mais sous-entendent que le partenaire ne consent pas totalement et librement à l’activité sexuelle. Par exemple, ces définitions indiquent que la relation sexuelle est obtenue grâce à la pression ou encore que cette activité sexuelle est déplaisante et dégradante (Finkelhor et Yllo, 1985; Koss et al., 1987; Testa et Dermen, 1999; Waldner et al., 1999).

2.2.2. Les tactiques employées

La deuxième composante de la définition de la coercition sexuelle réfère à la notion de tactiques, parfois aussi appelées stratégies, moyens ou méthodes. Selon les études, la coercition sexuelle implique l’utilisation de tactiques dans le but d’obtenir une activité sexuelle avec un partenaire non consentant (Adams-Curtis et Forbes, 2004; Camilleri et al., 2009; Cleveland et al., 1999; Degue et DiLillo, 2004; Emmers-Sommer et Allen, 1999; Finkelhor et Yllo, 1985; Katz et al., 2007; Koss et Oros, 1982; Lyndon et al., 2007; Schatzel-Murphy et al., 2009; Struckman-Johnson et al., 2003; Testa et Dermen, 1999; Waldner et al., 1999; White et al., 2006). D’une définition à l’autre, les tactiques diffèrent, mais on retrouve généralement jusqu’à sept catégories de tactiques, soit la manipulation et la pression verbale ou émotionnelle1 (p. ex. fausses promesses, bouderie, jalousie, menace de mettre fin à la relation, chantage, demandes incessantes, insultes),

(21)

21

l’abus de pouvoir/autorité (p. ex. user de son statut d’autorité), l’intoxication aux drogues et à l’alcool (p. ex. prendre avantage d’une personne intoxiquée ou encore intoxiquer intentionnellement une personne), l’utilisation de la menace (p. ex. menacer d’utiliser la force physique) ainsi que l’utilisation de la force physique (p. ex. immobiliser, maintenir au sol, ligoter). Certains auteurs incluent également l’utilisation de la séduction dans les tactiques de coercition sexuelle (p. ex. flirter, masser, faire des demandes ou des gestes persistants) (Schatzel-Murphy et al., 2009) tandis que pour certains, le concept de sexual coaxing (c.-à-d. l’utilisation de la séduction dans le but d’obtenir un acte sexuel avec un partenaire non consentant) serait distinct du concept de coercition sexuelle (Camilleri et al., 2009).

2.2.3. L’acte sexuel

La troisième et dernière composante de la définition de la coercition sexuelle est l’acte sexuel visé. Dans un tel contexte, l’acte sexuel serait l’objectif poursuivi par un partenaire ainsi que le résultat de l’utilisation des tactiques. La coercition sexuelle peut résulter en un éventail d’activités sexuelles non désirées, allant d’un baiser à la pénétration vaginale ou anale (Jeffrey et Barata, 2017). Différentes terminologies sont employées en référence à l’acte sexuel, notamment « sexual intercourse » (Cleveland et al., 1999; Degue et DiLillo, 2004; Koss et al., 1987; Koss et Oros, 1982; Testa et Dermen, 1999) , « sexual contact » (Schatzel-Murphy et al., 2009; Struckman-Johnson et al., 2003), « sexual activity » (Adams-Curtis et Forbes, 2004; Emmers-Sommer et Allen, 1999), « sex » (Camilleri et al., 2009; Finkelhor et Yllo, 1985), « sexual behavior » (Waldner et al., 1999), « sexual contact to rape or sexual contact to completed sexuel intercourse » (Lyndon et al., 2007; White et al., 2006) ainsi que « sexual penetration » (Katz et al., 2007; Smith et al., 2018).

(22)

22

Comme il est possible de constater dans cette recension des composantes de la coercition sexuelle, il s’agit d’un phénomène complexe dont la terminologie et les définitions diffèrent considérablement. Ainsi, il n’est pas toujours évident de distinguer les termes « coercition sexuelle », « agression sexuelle », « viol », « abus sexuel » et ceux-ci sont fréquemment employés de manière interchangeable.

La coercition sexuelle est l’utilisation de toute tactique dans le but d’engager une autre personne dans un comportement sexuel et cela malgré l’absence de consentement libre et éclairé ou l’expression manifeste d’un refus. La coercition sexuelle se distingue de l’agression sexuelle puisque le concept de coercition sexuelle inclut non seulement des comportements légalement définis comme une agression sexuelle, mais également des comportements qui ne rencontrent pas la définition légale d’une agression sexuelle (DeGue et DiLillo, 2005). Le concept de coercition sexuelle, plutôt que d’agression sexuelle, permet donc d’inclure un plus large éventail de comportements sexuels inappropriés engendrant des répercussions diverses chez les victimes. À titre d’exemple, de nombreuses femmes rapportent avoir consenti à des expériences sexuelles non voulus. En effet, certaines femmes ont dû choisir de capituler dans le but d’éviter les conséquences négatives (Livingston et al., 2004). Au sens légal, ces expériences rencontrent difficilement la définition de l’agression sexuelle, même si pourtant il ne s’agit pas d’une activité sexuelle consentante. Ce phénomène n’est pas légalement une agression sexuelle, mais peut avoir diverses conséquences sur la santé physique et psychologique chez les victimes. À titre d’exemple, selon l’étude de Livingston et ses collègues (2004), la majorité des femmes (88 %) ayant été victimes de coercition verbale rapportent des conséquences d’ordre social, psychologique et/ou émotionnel, notamment de la détresse et un sentiment de honte.

(23)

23

2.3. Les instruments de mesure de la coercition sexuelle

La grande variation dans les définitions de la coercition sexuelle n’a pas empêché certains auteurs de tenter de mesurer ce phénomène. Toutefois, en raison des différentes définitions, les instruments de mesure varient largement. La présente section propose un survol de ces instruments.

2.3.1. Les principaux instruments de mesure 2.3.1.1. Sexual Experiences Survey (SES)

Koss et Oros (1982) ont été les premiers à concevoir et à publier un questionnaire mesurant les violences sexuelles. Le SES est, encore à ce jour, l’un des instruments les plus utilisés. La première version du SES, développée en 1982, avait pour objectif de documenter l’agression sexuelle selon une vision dimensionnelle. De plus, cet outil visait à identifier l’ensemble des agressions sexuelles et viols non signalés aux autorités, car les auteurs suspectaient que le nombre était plus important que les incidents rapportés aux autorités. Pour ce faire, celui-ci comportait 12 items dichotomiques (oui/non) évaluant des gestes sexuels associés à divers degrés d’utilisation de coercition, de menace et de force. Le SES a été largement utilisé, en particulier auprès d’échantillons d'étudiants et de jeunes adultes issus de la population générale (Gidycz et al., 1993; Testa et Dermen, 1999). Bien que cet instrument ait été largement utilisé, celui-ci a également été critiqué principalement en raison de son caractère restrictif. À cette époque, le SES se limitait presque uniquement à des actes qui rencontraient la définition légale du viol. Face à ces critiques, le SES a été révisé puis modifié à deux reprises, en 1985 et 2007 (Koss et al., 2007; Koss et Gidycz, 1985).

La plus récente version du SES définit la coercition sexuelle comme étant toute expérience sexuelle non consentante obtenue par le biais de tactiques verbales (c.-à-d. les pressions, les

(24)

24

mensonges ou les fausses promesses ainsi que l'expression du mécontentement ou de la critique). Cette version comporte 7 items basés sur une échelle ordinale (0, 1, 2, 3 fois ou plus). Ces items décrivent les expériences sexuelles non consensuelles manifestées au cours des 12 derniers mois ainsi que depuis l’âge de 14 ans. Les 7 expériences sexuelles non consensuelles sont classées ainsi : 1) les attouchements, les baisers et les caresses; 2) les relations orales; 3) les relations vaginales ou les pénétrations vaginales avec un objet ou un doigt; 4) les relations anales ou les pénétrations anales avec un objet ou un doigt; 5) les tentatives de relations orales; 6) les tentatives de relations vaginales et 7) les tentatives de relations anales. Pour chacune de ces expériences, le participant doit indiquer la fréquence d'utilisation de 5 tactiques possiblement employées par le partenaire abusif (Koss et al., 2007). Les 5 tactiques sont : a) les pressions, les mensonges ou les fausses promesses; b) l'expression du mécontentement ou de la critique; c) l'impossibilité d'exprimer le consentement ou l’absence de celui-ci (p. ex. situations où il y a consommation de drogues ou d’alcool); d) la menace d'utiliser la force physique et e) l'emploi de la force physique ou l'utilisation d'une arme (Koss et al., 2007). Les expériences sexuelles non consensuelles et les tactiques sont ensuite combinées afin de former une mesure de la fréquence. Les items sont regroupés selon la gravité afin de former 5 catégories : 1) non-victime (cocher 0 aux 7 items); 2) contact sexuel (item 1 ˃ 0 pour les tactiques c, d et e); 3) coercition sexuelle (items 2, 3, 4, 5, 6 ou 7 ˃ 0 pour les tactiques a) ou b); 4) tentative de viol (items 5, 6 ou 7 ˃ 0 pour les tactiques c, d ou e) et 5) viol (items 3-5 ˃ 0 pour les tactiques c, d ou e). Basée sur les mêmes 7 items, il existe également une version de l’outil axée sur la victimisation. Le SES possède une consistance interne variant de 0,89 à 0,99, selon les études (Johnson et al., 2017; Sigre-Leirós et al., 2013; Testa et al., 2015). Cette dernière version du SES a été validé auprès de diverses populations, incluant des étudiants ainsi que des individus de la population générale (Anderson et al., 2017, 2019; Davis et al., 2014; Johnson et al., 2017; Testa et al., 2015). Selon diverses études, la coercition sexuelle serait entre autres associée à

(25)

25

l’adhésion aux mythes du viol, la masculinité négative (Johnson et al., 2017; Mosher et Anderson, 1986), l’adhérence à des idéologies genrées (Johnson et al., 2017), l’hostilité envers les femmes, l’impulsivité, la recherche de pratique sexuelle ainsi que la violence psychologique et physique dans les relations (Davis et al., 2014).

2.3.1.2. Conflict Tactics Scale (CTS)

L’instrument de mesure le plus couramment utilisé pour l'évaluation de la violence sexuelle entre partenaires intimes est le CTS, développé par Straus et ses collègues (1996; 1979). La première version du CTS n’incluait pas d’échelle de violence sexuelle. En effet, cette première version, aussi appelée CTS1, a été développée en 1979 et avait pour objectif de mesurer la présence d’une dynamique de violence physique et psychologique entre partenaires intimes. L’instrument était composé de 19 items évaluant le recours à la violence psychologique et physique ainsi que les tactiques de résolution de conflits (Straus, 1979).

Plusieurs années plus tard, soit en 1996, des échelles portant sur la violence sexuelle et les blessures encourues lors des conflits ont été ajoutées (Straus et al., 1996). Au total, la deuxième et dernière version, renommée Revised Conflict Tactics Scale (CTS2), comprend maintenant 78 items qui évaluent la violence conjugale de nature psychologique, physique et sexuelle, en incluant la violence subie et la violence perpétrée (Straus et al., 1996). Pour toutes les échelles, excluant celle portant sur la négociation, on retrouve des sous-échelles d’items qui caractérisent les actes de violence selon leur gravité (mineurs ou majeurs). L’échelle de coercition sexuelle comporte 7 items allant de la pression verbale à l’utilisation de la force physique. De ces 7 items, trois items sont catégorisés comme de la violence mineure (p. ex. avoir insisté pour avoir des relations sexuelles avec son partenaire sans préservatif) et quatre items sont catégorisés comme de la violence majeure (p. ex. avoir utilisé la force, soit frapper, maintenir au sol ou utiliser une arme pour avoir une

(26)

26

relation sexuelle avec son partenaire). Cette dernière version définit la coercition sexuelle comme étant un comportement visant à contraindre un partenaire à prendre part à une activité sexuelle non désirée. Le score du CTS2 est basé sur la fréquence des comportements vécus au cours des 12 derniers mois de la relation (0= jamais; 1= 2 fois; 3= 3-5 fois; 4= 6-10 fois; 5= 11-20 fois; 6= Plus de 20 fois et 7= Pas au cours des 12 derniers mois, mais cela m’est déjà arrivé). La consistance interne des échelles comprises dans le CTS2 varie entre 0,79 et 0,95 (Straus et al., 1996). Le CTS2 a été validé auprès de diverses populations, telles que des couples mariés, des femmes judiciarisées ainsi qu’auprès de la population générale (Anderson et al., 2019; Jones et al., 2002; Simpson et Christensen, 2005; Straus et al., 1996; Straus et Mickey, 2012). Selon diverses études, la coercition sexuelle serait entre autres associée à un besoin de domination, à l’absence d’emploi et la pauvreté, au stress, à un faible réseau social, à un jeune âge (Straus et al., 2006), à un problème lié à la consommation d’alcool (Straus et al., 2006; Testa et Leonard, 2001) ainsi qu’à des infractions antérieures (Ramirez, 2005).

2.3.1.3. Sexual Coercion in Intimate Relationships Scale (SCIRS)

Le SCIRS a été développé en 2004 par Shackelford et Goetz afin de mesurer la fréquence et la gravité de la coercition sexuelle au sein des relations intimes (Shackelford et Goetz, 2004). Cet outil de mesure définit la coercition sexuelle comme étant toute relation sexuelle non consentante obtenue par le biais de tactiques psychologiques ou comportementales (c.-à-d. la menace, la rétention de ressources, la violence physique, les comportements persistants et la manipulation). L’échelle comporte 34 items décrivant la fréquence des comportements subis au cours du dernier mois (0= jamais; 1= 1 fois; 2= 2 fois; 3= 3-5 fois; 4= 6-10 fois et 5= Plus de 11 fois). La consistance interne de l’échelle totale varie de 0,90 à 0,96 selon les études (Shackelford et Goetz, 2004; Starratt et al., 2008). Le SCRIS a été testé auprès de diverses populations,

(27)

27

notamment des étudiants, des couples et des hommes engagés dans une relation (He et al., 2013; Shackelford et Goetz, 2004; Starratt et al., 2008). Le SCIRS présente une bonne validité convergente et discriminante et souligne que la coercition sexuelle serait entre autres associée à l’adhésion aux mythes du viol (He et al., 2013).

2.3.1.4. Tactics to Obtain Sex Scale (TOSS)

Le TOSS a été développé en 2009 par Camilleri et ses collègues afin d’évaluer la propension d'une personne à s’engager dans des comportements de coercition sexuelle et de « sexual coaxing2 » avec un partenaire amoureux (Camilleri et al., 2009). Cet outil de mesure définit

la coercition sexuelle comme étant des stratégies utilisées dans le but d’obtenir du sexe de la part d’un partenaire sexuel réticent. Ces stratégies peuvent impliquer la force physique ou la manipulation. Le TOSS comporte 31 items décrivant la propension d’une personne à utiliser des stratégies de coercition sexuelle afin de persuader son partenaire d’avoir une relation sexuelle (0= définitivement pas; 1= peu probable ; 2= possible ; 3= probable et 4= définitivement). La consistance interne de l’échelle varie de 0,90 à 0,91 (Camilleri et al., 2009). Le TOSS a été développé et validé auprès d’un échantillon composé d’étudiants et d’individus de la population générale étant sexuellement actifs dans leurs relations hétérosexuelles. Le TOSS présente une bonne validité de construit et la coercition sexuelle serait entre autres associée à la personnalité antisociale, notamment la psychopathie et l'attrait pour l'agression sexuelle (Camilleri et al., 2009).

2.3.1.5. Multidimensional Inventory of Development, Sex and Aggression (MIDSA) Précédemment appelé le Multidimensional Assessment of Sex and Aggression (MASA) (Knight et al., 1994), le MIDSA a été développé en 2007 par Knight et ses collègues afin

2 Les auteurs définissent le « sexual coaxing » comme étant l’utilisation de la séduction dans le but d’obtenir un acte

(28)

28

d’identifier des domaines cibles pouvant supporter les interventions thérapeutiques auprès d'individus, adultes ou juvéniles, qui ont été sexuellement coercitifs (MIDSA, 2007, 2011). Cet outil de mesure ne propose pas de définition de la coercition sexuelle. Le MIDSA comporte un total de 55 échelles et sous-échelles portant sur 14 domaines et cumulant plus de 4000 items. Les différentes versions de l'inventaire ont été administrées à plus de 4500 individus, incluant différentes populations telles que des adolescents et adultes judiciarisés ou non (Knight et Cerce, 1999; Knight, Prentky et Cerce, 1994; MIDSA, 2011). En général, les échelles du MIDSA/MASA présentent de bonnes consistances internes, soit supérieures à 0,70 dans 94% des cas et supérieures à 0,80 dans 80% des cas (Knight et Cerce, 1999; Knight, Prentky et Cerce, 1994; MIDSA, 2011).

2.3.1.6. Multidimensional Sexual Coercion Questionnaire (MSQC)

Le MSQC a été développé en 2015 par Raghavan et ses collègues dans le but d’évaluer la fréquence d'utilisation de tactiques sexuellement coercitives avec un partenaire (Raghavan et al., 2015). Cet outil de mesure ne propose pas de définition formelle de la coercition sexuelle. Le MSCQ comporte un total de 37 items divisé en 7 sous-échelles, soit la menace et la force physique, l’exploitation, l’humiliation et l’intimidation, la pression, les menaces relationnelles et la manipulation, l’impuissance et le désespoir. Cet outil mesure la fréquence de l’utilisation de tactiques de coercition sexuelle au cours des 12 derniers mois (0= jamais; 1= 1 fois; 2= 2 fois; 3= 3-5 fois et 4= plus de 5 fois). La consistance interne des sous-échelles varie de 0,71 à 0,86 (Raghavan et al., 2015).

2.3.1.7. Perpetrator of Sexual Coercion Scale (PSCS)

Le PSCS a été développé par Mathes et McCoy, en 2011, dans le but de mesurer la propension d’une personne à s’engager dans une forme de coercition sexuelle (Mathes et McCoy, 2011). Cet outil de mesure définit la coercition sexuelle comme étant le fait d’inciter une personne

(29)

29

à se livrer à des activités sexuelles lorsque cette dernière ne veut pas. Cet outil comporte 13 items décrivant si ceux-ci ont eu recours à une forme d’actes sexuels coercitifs (1= définitivement non; 2= non; 3= oui; 4= définitivement oui). La consistance interne de l’échelle est de 0,91 (Mathes et McCoy, 2011). La validité de construit et la validité concurrente ont été établies en corrélant le PSCS avec d’autres échelles, notamment avec le Sexual Experiences Scale–Perpetrator, le Sexual Experiences Scale–Victim, le Alcohol Use Questionnaire et le Sociosexual Orientation Inventory. Des corrélations positives ont été trouvées entre le PSCS et ces échelles (Mathes et McCoy, 2011).

2.3.2. Les autres instruments contenant une échelle de coercition sexuelle

Plusieurs autres instruments de mesure portant sur la coercition sexuelle ont été développés dans le cadre d’une étude précise, sans être aussi largement utilisés et cités. Parmi ces outils de mesure, on retrouve le Sexual Coercion Scale (SCS) qui a été développé afin de tenir compte d’une plus grande variété d'expériences sexuelles non désirées, y compris les relations sexuelles non désirées avec un partenaire amoureux (Aalsma et al., 2002). Le SCS comporte 4 items décrivant la fréquence d’une variété de comportements sexuels non désirés vécus depuis l’âge de 12 ans.

On retrouve également le Postrefusal Sexual Persistence Scale (PSPS), qui a été développé afin d’évaluer la fréquence, en tant que victime ou auteur, de l’utilisation de tactiques de coercition sexuelle suite à un refus (Struckman-Johnson et al., 2003). Le terme « postrefusal sexual persistence » est défini comme étant « the act of pursuing sexual contact with a person after he or she has refused an initial advance » (Struckman-Johnson et al., 2003, p. 78). Le PSPS comporte 19 items et 4 différentes sections (c.-à-d. excitation sexuelle, manipulation et tromperie, intoxication ainsi que l’utilisation de la force ou de la menace) décrivant la fréquence de l’utilisation de tactiques de coercition sexuelle depuis l’âge de 16 ans. Pour chaque tactique, les participants doivent écrire le nombre de fois qu’ils ont commis ou subit chaque geste.

(30)

30

Inspiré par le PSPS (Struckman-Johnson et al., 2003), le Sexual Strategies Scale (SSS) est une révision et extension de ce dernier (Peterson et al., 2010). Il a été développé afin d’évaluer la fréquence de l’utilisation de stratégies de coercition sexuelle suivant un refus. Le SSS comporte 22 items décrivant la fréquence de l’utilisation de stratégies coercitives sexuelles dans le passé. Pour chaque item, les participants doivent cocher les stratégies utilisées.

Parmi les autres instruments de mesure existants, on retrouve le Coercive Sexuality Scale (CSS) qui a été développé afin de définir les activités sexuelles coercitives sur un continuum (Rapaport et Burkhart, 1984). Le CSS comporte 19 items décrivant la fréquence des gestes perpétrés dans le passé ainsi que la fréquence d’utilisation des méthodes de coercition sexuelle.

On retrouve également le Sexual Coercion Inventory (SCI) qui a été développé dans le but de mesurer le degré de victimisation en se concentrant sur un continuum de tactiques et de résultats (Waldner et al., 1999). Le SCI comporte 14 items décrivant différentes tactiques de coercition sexuelle utilisées (p. ex. menacer de mettre fin à la relation ou refuser de partir ou de laisser partir son partenaire) pour lesquelles le participant doit préciser le degré de gravité de l’acte sexuel subi. Autrement dit, pour chaque tactique, le participant doit indiquer le résultat, soit l’acte sexuel le plus grave vécu (1= embrasser; 2= toucher la poitrine; 3= toucher les parties génitales; 4= relation vaginale, orale ou anale et 5= ne s’est jamais produit). Ici, embrasser est considéré comme étant l’acte sexuel le moins grave tandis que la relation vaginale, orale ou anale est considérée comme étant l’acte sexuel le plus grave.

Enfin, le Inventory of Sexual Pressure Dynamics (ISPD) a été développé afin d’évaluer différents aspects relatifs aux interactions entre partenaires intimes lorsque l’un des partenaires a recours à la pression sexuelle (Christopher, 1988). À cet effet, le ISPD comporte 21 items illustrant les comportements sexuels vécus et 4 types de pression vécus par les participants, soit l’utilisation

(31)

31

de déclarations verbales, les tentatives persistantes de contact physique, les menaces d’utilisation de la force et l’utilisation de la force. Pour les 21 comportements sexuels vécus, les participants devaient indiquer si oui ou non ils ont déjà vécu ce type de pression.

2.4. Les limites des instruments de mesure actuels

Bien que ces outils de mesure soient couramment employés par les chercheurs, ceux-ci présentent certaines limites méthodologiques. Tout d’abord, de manière plus générale, les outils et les échelles portant sur la coercition sexuelle s’intéresse aux comportements sexuels coercitifs au sein des relations amoureuses (Camilleri et al., 2009; Christopher, 1988; Raghavan et al., 2015; Shackelford et Goetz, 2004; Straus et al., 1996). La dynamique entre partenaires amoureux mérite une attention particulière, toutefois ces outils de mesure ne sont pas toujours adaptés aux situations qui se produisent hors relations amoureuses. De plus, plus de la moitié de ces instruments de mesure n’ont pas été soumis à des tests de validation approfondis (Aalsma et al., 2002; Christopher, 1988; Peterson et al., 2010; Rapaport et Burkhart, 1984; Struckman-Johnson et al., 2003; Waldner et al., 1999). Ceci constitue une limite puisqu’un instrument de mesure qui présente ce type de lacune aura des conséquences sur les conclusions que l’on peut en tirer, comme de diminuer son potentiel de généralisation (DeVellis, 2016).

On retrouve également certaines limites quant à l’étendue de la mesure de la coercition sexuelle. En effet, certains outils présentent une définition restrictive et incluent peu d’items correspondant à la coercition sexuelle (Aalsma et al., 2002; Straus et al., 1996). À titre d’exemple, seulement 7 des 78 items du CTS2 (Straus et al., 1996) portent sur la coercition sexuelle tandis que le SCS (Aalsma et al., 2002) compte seulement 4 items sur ce concept. La littérature met d’ailleurs en évidence le fait qu’une définition restrictive comprenant un nombre d’items limité peut conduire à une sous-estimation de la coercition sexuelle (Raghavan et al., 2015).

(32)

32

Parmi les autres limites relatives aux items, il faut spécifier que certains d’entre eux portent majoritairement sur des comportements qui rencontrent la définition légale de l’agression sexuelle ou encore qui offrent un aperçu plutôt limité des différentes tactiques de coercition sexuelle (Koss et al., 2007; Koss et al., 1987; Koss et Oros, 1982; Rapaport et Burkhart, 1984; Straus et al., 1996). Également, certaines tactiques sont regroupées en catégorie et cette catégorisation diminue la compréhension face à ces différentes tactiques (Raghavan et al., 2015). À titre d’exemple, l’échelle de la CTS2 ne distingue pas les divers types de menaces qui peuvent être utilisées pour obtenir un geste sexuel. Ainsi, les items relatifs à l’utilisation de la menace incluent à la fois des menaces de mettre fin à la relation ainsi que des menaces de recourir à la force physique (Shackelford et Goetz, 2004). Pourtant, ces deux comportements sont distincts et la menace de mettre fin à la relation réfère davantage au chantage émotionnel. Ici, une telle limite peut conduire à une sous-estimation de la coercition sexuelle.

On retrouve également plusieurs limites spécifiques à certains instruments de mesure. Par exemple, le SCIRS (Shackelford et Goetz, 2004) inclut uniquement les comportements de coercition sexuelle qui ont eu lieu au cours du dernier mois. Ce type de mesure ne permet donc pas de prendre en compte les expériences de coercition sexuelle vécues antérieurement. Quant au PSPS (Struckman-Johnson et al., 2003) et au SSS (Peterson et al., 2010), ils ont été développés afin de mesurer la coercition sexuelle dans un contexte où le partenaire aurait explicitement signifié un premier refus. Toutefois, certaines situations ne satisfont pas ce critère. À titre d’exemple, il est possible de penser à certaines situations pour lesquelles le partenaire n’était pas en état de consentir (intoxication) ou encore pour lesquelles le partenaire a dû choisir de capituler dans le but d’éviter les conséquences négatives. De son côté, le SCI (Waldner et al., 1999) mesure le degré de victimisation en se basant sur l’acte le plus grave vécu. Ainsi, en se basant uniquement sur l’acte

(33)

33

le plus grave, de nombreuses expériences de coercition sexuelle jugées moins graves ne sont pas considérées par cet instrument de mesure, ce qui ne permet pas d’avoir un portrait juste de la situation. Enfin, le TOSS (Camilleri et al., 2009) mesure les attitudes face à l’utilisation de stratégies de coercition sexuelle plutôt que l’utilisation réelle, actuelle ou passée, de ces stratégies. Selon les auteurs, une personne présentant des attitudes favorables quant à l’utilisation de ces stratégies pourrait être plus encline à avoir recours à ce type de stratégies (Camilleri et al., 2009). Bien que ce ne soit pas une limite en soi, ce type de mesure ne nous permet pas d’obtenir un portrait juste du phénomène.

2.5. Les taux de prévalence de la coercition sexuelle

Au Canada, les données policières portant sur la prévalence des violences à caractère sexuel sont issues de données administratives compilées ainsi que déclarées par les autorités policières (Rotenberg, 2017). ). Autrement dit, ces données excluent les incidents signalés à la police, mais pour lesquels l’affaire a été jugée « non fondée ». Une affaire est classée comme étant non fondée lorsque, suite à l’enquête policière, l’enquêteur conclut que l’infraction n’a pas eu lieu ou encore qu’il n’y a pas eu tentative de commettre l’infraction (Rotenberg, 2017). ). Les données officielles de la police ne permettent pas d’obtenir un portrait juste de l’ampleur de la coercition sexuelle. Parmi l’ensemble des raisons avancées dans les études pour expliquer cela, deux explications ressortent principalement. D’une part, très peu d’infractions à caractère sexuel sont signalées aux autorités policières. Selon les statistiques de 2014, seulement 5 % des incidents ont été signalés à la police au Canada (Perreault, 2015). D’autre part, la coercition sexuelle n’est pas toujours considérée comme une infraction et donc ne satisfait pas les critères légaux de l’agression sexuelle, ce qui fait en sorte qu’elles ne sont pas toujours compilées (DeGue et DiLillo, 2005).

(34)

34

Des mesures autorapportées évaluant la victimisation sexuelle ont été développées et d'autres ont été mises à jour afin de mieux cerner le caractère complexe et diversifié de cette forme de violence sexuelle. Pour des raisons de définitions et de mesures, les taux de prévalence de la coercition sexuelle varient considérablement d’une étude à l’autre. Des recherches mettent en lumière différents enjeux qui ont une influence sur les taux de prévalence des violences sexuelles. Premièrement, un grand nombre d’expériences sexuelles non-désirées ne sont pas rapportées, et par conséquent, ne permet pas d’illustrer, avec exactitude, l’ensemble des violences sexuelles (Koss, 1993). Deuxièmement, à ce jour, les différences relatives à la définition de la notion de coercition sexuelle et aux types de comportements sexuels évalués (p. ex. viol, contact sexuel, relation sexuelle, etc.) entraînent des variations dans les taux de prévalence (Koss, 1993; Pugh et Becker, 2018). Finalement, ces variations sont également, en partie, attribuables à une grande hétérogénéité des méthodes de collecte de données utilisées (Koss, 1993). En effet, on retrouve deux types de mesures autorapportées, soit celles visant à mesurer le taux de victimisation et celles visant à mesurer le taux de perpétration, ce qui cause également de la confusion quant au taux de prévalence.

2.5.1. Les taux de victimisation

Kirkpatrick et Kanin (1957) ainsi que Kanin et Parcell (1977) ont été parmi les premiers à s’intéresser à la coercition sexuelle de manière systématique et spécifiquement dans des échantillons d’étudiants universitaires. Les résultats de ces études indiquent que 56 % (Kirkpatrick et Kanin, 1957) et 50 % (Kanin et Parcell, 1977) des participantes rapportent avoir été victimes d’un comportement coercitif sexuel. Quelques années plus tard, Koss et Oros (1982) publient la première version du SES, complété auprès d’un échantillon composé de plus de 2000 étudiantes universitaires. Selon cette enquête, 6 % des étudiantes rapportent avoir été victimes de viol, tandis

(35)

35

que plus de 30 % des étudiantes rapportent avoir été victimes d’un contact sexuel pour lequel elles ont été forcées, et cela dès l’âge de 14 ans (Koss et Oros, 1982). L’une des études les plus citées est sans contredit celle de Koss, Gidycz, and Wisniewski (1987). Utilisant un échantillon de 6,159 étudiants issus de 32 différents collèges et universités, cette étude souligne que 53,7 % des participantes rapportent avoir vécu au moins une forme de victimisation sexuelle au cours de la dernière année (Koss et al., 1987). Plus précisément, les formes de violences sexuelles subies sont le contact sexuel (14,4 %), la coercition sexuelle (11,9 %), la tentative de viol (12,1 %) et le viol (15,4 %). Les autres participantes (46,3%) rapportent n’avoir été victimes d’aucune forme de violence sexuelle.

Plus récemment, les statistiques du NISVS mettent en lumière qu’aux États-Unis en 2015, 43,6% des femmes rapportent avoir été victimes d’une forme de violence sexuelle (incluant le viol, la coercition sexuelle ainsi que le contact sexuel) au cours de leur vie, dont 4,7% au cours de la dernière année (Smith et al., 2018). Toujours selon les statistiques du NISVS, 21,3 % des femmes rapportent avoir été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol au cours de leur vie, dont 1,2 % au cours de la dernière année (Smith et al., 2018). Toujours selon la même source, 16,0 % des femmes rapportent avoir été victimes de coercition sexuelle au cours de leur vie, dont 2,4 % au cours de la dernière année (Smith et al., 2018).

2.5.2. Les taux de perpétration

Utilisant le SES, Koss, Gidycz, and Wisniewski (1987) ont été les premiers à s’intéresser aux taux de perpétration au sein des étudiants universitaires. Ceux-ci concluent que 17 % des étudiants rapportent avoir forcé un contact sexuel ou avoir commis un acte coercitif, 3% mentionnent avoir commis une tentative de viol et 4 % déclarent avoir commis un viol. À la suite des travaux de Kirkpatrick et Kanin (1957), Kanin et Parcell (1977) et de Koss, Gidycz et

(36)

36

Wisniewski (1987), les chercheurs se sont intéressés davantage à la coercition sexuelle et particulièrement au développement d’instruments de mesure permettant d’évaluer l’ampleur de l’utilisation de comportements de coercition sexuelle au sein de diverses populations.

Selon ces études, entre 5% et 10% des étudiants masculins admettent avoir forcé une femme à avoir une activité sexuelle répondant à la définition du viol (Abbey et al., 2001; Koss et al., 1987; Kosson et al., 1997; Loh et al., 2005) et entre 25 % et 50 % des étudiants masculins admettent avoir utilisé des tactiques physiques ou verbales afin d’obtenir une activité sexuelle avec une femme non consentante (Abbey et al., 2001; Koss et al., 1987; Loh et al., 2005).

Dans le même ordre d’idée, selon l’étude de White et Smith (2004), 31,2 % des hommes ont rapporté avoir commis au moins un acte de coercition sexuelle tandis que selon l’étude de Struckman-Johnson et ses collègues (2003), 43 % des hommes ont rapporté avoir utilisé au moins une stratégie de coercition sexuelle sur une personne de sexe opposé. L’étude de Rapaport et Burkhart (1984), quant à elle, indique que 28 % des étudiants rapportent avoir utilisé une stratégie de coercition sexuelle au moins une fois dans leur vie. Ces études ont également permis de mettre en lumière que dans la grande majorité des cas, les stratégies coercitives utilisées n’impliquent pas la force physique, mais davantage l’utilisation de pressions psychologiques ou encore l’intoxication (Abbey et al., 2001; Struckman-Johnson et al., 2003).

De surcroît, les études disponibles suggèrent que la coercition sexuelle serait tout aussi répandue dans la population générale que dans les milieux universitaires (Abbey et al., 2006; Calhoun et al., 1997; Widman et al., 2013). En effet, selon une étude, environ 22% des hommes issus de la population générale rapportent avoir commis au moins un comportement qui s’apparente à de la coercition sexuelle tandis que 6,4% des hommes de cette même étude indiquent avoir commis un acte qui rencontre la définition du viol (Calhoun et al., 1997). Selon l’étude de Abbey

(37)

37

et ses collègues (2006), 39 % des participants rapportent avoir commis un geste à caractère sexuel impliquant l’utilisation de la force ou encore la manipulation verbale tandis que 24,5 % rapportent avoir commis au moins un acte qui rencontre la définition du viol. Finalement, selon l’étude de Widman et ses collègues (2013), depuis l’âge de 14 ans, environ 60% des participants issus de la population générale rapportent avoir commis au moins un comportement sexuel coercitif tandis que 14% de ce même échantillon rapportent avoir commis un acte qui rencontre la définition du viol.

La littérature met en évidence une variété de terminologies, concepts, définitions et il est possible de constater que ces termes et définitions sont fréquemment utilisés de manière interchangeable. Conséquemment, ces éléments ont un impact sur les différentes mesures de la coercition sexuelle et, par le fait même, sur les variations dans les taux de prévalence.

2.6.

Les facteurs de risque

La littérature suggère que certaines variables sont souvent, voire continuellement, identifiées comme étant des facteurs de risque aux comportements coercitifs sexuels (Emmers-Sommer et Allen, 1999; Lyndon et al., 2007). Les variables les plus connus sont celles des modèles développementaux de l’agression sexuelle proposés par Malamuth et collègues (1991, 1993, 1995) ainsi que Knight et Sims-Knight (2003). Comme l’agression sexuelle et la coercition sexuelle partagent des facteurs étiologiques similaires, ces différentes variables ont également été reconnues comme étant théoriquement pertinentes afin de comprendre la coercition sexuelle (Degue et DiLillo, 2005). D’après le modèle confluent de Malamuth et collègues, l’agression sexuelle serait le résultat de la convergence de deux cheminements, soit la promiscuité sexuelle et l’hostilité masculine (Malamuth et al., 1991, 1993, 1995). Selon ce modèle, l’exposition à un environnement familial violent favorise d’une part, le développement de schémas négatifs envers les femmes et

(38)

38

les relations affectives et d’autre part, le développement d’un schéma d’hostilité masculinité accompagné d’attitudes supportant la violence. Inspiré par le modèle de Malamuth et collègues, le modèle de Knight et Sims-Knight (2003) met l’emphase sur le rôle et l’importance des traits associés à la psychopathie ainsi que l’hypersexualité. Selon ce modèle, l’exposition à un environnement familial violent favorise d’une part le détachement émotionnel et le manque d’empathie et, d’autre part, le développement de comportement antisocial et agressif.

Ainsi, dans le cadre de ce mémoire, les variables généralement prises en compte dans ces deux modèles développementaux ont été sélectionnées afin de valider l’échelle de coercition sexuelle. Plus précisément, les variables du spectre de la personnalité antisociale et de la psychopathie ainsi que les variables reliées à la sexualisation en plus d’une variable liée au sadisme ont été sélectionnées.

(39)

39

Chapitre 3: Problématique

3.1. Problématique

La revue de littérature souligne d’importantes lacunes lorsqu’il est question de définir et de mesurer la coercition sexuelle. Tout d’abord, il subsiste des différences quant à la définition de la notion de coercition sexuelle. En effet, on constate un chevauchement marqué entre les termes et les définitions, avec des définitions similaires représentées par des termes différents ou encore par des définitions différentes utilisant les mêmes termes. Bien que l’ensemble des définitions incluent les trois composantes essentielles à la définition de coercition sexuelle (c.-à-d. le consentement, les tactiques et l’acte sexuel), les termes varient considérablement. Conséquemment, cette grande variation rend difficile l’opérationnalisation de la mesure de la coercition sexuelle et conduit alors à la création de différentes mesures de celle-ci (Bagwell-Gray et al., 2015).

Le manque de clarté conceptuelle qui existe en lien avec la coercition sexuelle est tangible lorsqu'on porte un regard sur les mesures qui tentent de l'évaluer. Tel que présenté précédemment, il existe à ce jour différents instruments de mesure de la coercition sexuelle, dont les plus utilisés sont le SES (Koss et al., 2007; Koss et al., 1987; Koss et Oros, 1982) ainsi que le CTS (Straus et al., 1996). Malgré l’existence de ces différentes mesures, celles-ci présentent certaines limites méthodologiques. En effet, tel qu’établi précédemment, ces mesures n’incluent pas l’ensemble des comportements de coercition sexuelle ainsi que l’ensemble des contextes dans lesquels se produit la coercition sexuelle. De plus, certains outils présentent une définition restrictive de la coercition sexuelle avec peu d’items correspondant à ce concept, limitant ainsi sa compréhension. D’autres portent majoritairement sur des comportements qui rencontrent la définition légale de l’agression sexuelle ou encore qui offrent un aperçu plutôt limité des différentes tactiques de coercition

Figure

Table 1 lists the sexual coercion items and presents item statistics. The model is based on 20  items  categorized  according  to  five  tactics  of  sexual  coercion  labeled  as  follows:  Tactic  1  :  manipulation and bribing (Items 1 to 4); Tactic 2:

Références

Documents relatifs

تمت دقف هيلع اءانب و ايئزج يعماجلا ذاتسالأ جاوز نس رخأت ىلا ةيدؤلما ةيرايتخالا لماوعلا نم جاوزلا يف لشفلا نم فوخلا ربتعي لا

Pour représenter des distances de façon plus réaliste, les distances- coût sont de plus en plus utilisées à partir de valeurs de résistance affectées aux catégories de

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des

Prendre un rôle Jouer un rôle Utiliser du matériel de jeu de rôle x Jouer un rôle fictionnel.. Différents niveaux de jeuderôlisation

Figure 20 – Type de partenaires en fonction du nombre de relations avec des acteurs Nota : réponses des 52 ML ayant au moins une relation avec un acteur L’enquête souligne

O capítulo 1 apresenta a análise das variáveis meteorológicas no trimestre: precipitação acumulada, desvio de precipitação observada e anomalias de temperatura máxima e

Figure 15: Evolution of the displacement standard uncertainty and bias with respect to sub-pixel prescribed displacement for different number of quadrature points on a distorted

On utilise le programme MadGaph pour calculer la section efficace hadronique, et MadAnalysis pour produire les sections efficaces differentielles , et root pour les