A. GIORDAN, J.-L. MARTINAND et D. RAICHVARG, Actes JIES XXV, 2003
LES COMPÉTENCES INFORMATIONNELLES
COMME STIMULANT DES MODIFICATIONS
DU PROCESSUS DE L’EDUCATION
Barbara KEDZIERSKA (Académie Pédagogique) Marek FRANKOWICZ (Université Jagiellonne)
Stanislaw KOMORNICKI (AGH, Université de Science et Technologie) - Cracovie
MOTS-CLES : SOCIETE D’INFORMATION – SOCIETE DU SAVOIR – COMPETENCES INFORMATIONNELLES – MAITRISE D’INFORMATION –
PROCESSUS D’EDUCATION
RÉSUMÉ : L’importance de l'information devient croissante et la maîtrise de cette information, ou les compétences informationnelles, deviennent un facteur très important. La définition des compétences informationnelles est ici discutée en détail. L’éducation, qui est une préparation à la vie future dans une société d’information, est changée par l’apparition de nouvelles techniques et par leur rapidité.
ABSTRACT : Information Literacy (IL) becomes more and more important because of the growing role of information in all areas of human activity and emergence of the global « information society ». In the paper the definition of information literacy is discussed in detail. It is postulated that school environment shall play a key role in promotion of IL-related skills at all education levels and the school itself shall be a model IL-institution.
Pendant les dernières décennies s'est produite une expansion de l’information en circulation au sein de la société, due non seulement à un développement très rapide des moyens de communication, mais surtout à la croissance des besoins de l’information dans tous les domaines de notre vie ; de plus, la transformation de l’information devient la base de création du produit national et la source de revenus d’une grande partie de la société. Ces métamorphoses conduisent vers la société
d’information, donc vers une organisation qui existe et se développe grâce à un accès ouvert à
l’information1. Les informations étaient importantes pour l’homme depuis toujours. Les informations appropriées, utilisées d’une manière correcte dans un moment convenable décidaient de la carrière d’un individu ainsi que du sort de toutes les sociétés. Mais aujourd’hui, les informations encerclent l’homme de tous les côtés. Comment réagir dans cette situation ? Comment tirer un profit d’une manière optimale pour soi-même ainsi que pour son groupe ? Une condition pour une participation sensée et active dans une société d’information est l’usage des compétences informationnelles appropriées. En Pologne on définit généralement les compétences informationnelles dans un sens réduit, comme “utilisation efficace des sources d’information modernes” ou bien “capacité d’une recherche approfondie des informations scientifiques dans les médias spécialisés et électroniques”. Très souvent on utilise les termes “compétences informationnelles” et “compétences informatiques” comme équivalents, ainsi poussant leur sens vers les connaissances techniques de l’usage des nouvelles technologies informationnelles. Si on parle de la société civile, l'attention est portée davantage aux hommes, à leur relations, etc. qu'aux règlements de la loi ; tandis que pour une société d’information la conscience du rôle d’information et le pouvoir de leur application dans ses activités semble être prépondérante.
Dans la plupart des pays occidentaux (surtout dans les pays anglo-saxons) on introduit depuis un certain temps une conception élargie des compétences d’information (information literacy, IL). Une personne qui possède de telles compétences “est dans la mesure de reconnaître quand l’information
est nécessaire et détient la capacité de localisation, évaluation et usage efficace de l’information nécessaire”2. La description la plus récente et la plus complète des compétences informationnelles a été proposée récemment par B. Johnstone et S. Webber3 : “Les compétences informationnelles sont
un comportement adéquat, qui consiste en la réception par un canal ou porteur, de l’information répondant bien aux besoins informationnels, et en une conscience critique du rôle dominant d'un usage éthique et sensé de l’information au sein de la société.”
Vers la fin de la dernière décennie C. Bruce a élaboré la conception des compétences informationnelles en décrivant “sept piliers des compétences informationnelles” (seven pillars of
1 R.W.Kluszczynski: Spoleczenstwo informacyjne. Cyberkultura. Sztuka multimediów “Rabid”, Kraków 2001, s.21 2ALA Presidential Commission on Information Literacy, 1989
information literacy) et “sept faces des compétences informationnelles” (seven faces of information literacy). Selon C. Bruce “les piliers des compétences informationnelles” sont :
1. Reconnaissance des besoins informationnels - savoir les choses connues et inconnues, identifier une lacune informationnelle ;
2. Description des façons de combler une “lacune informationnelle” - savoir quelles sources d’information peuvent répondre aux besoins de l’information ;
3. Création de stratégie concernant la localisation de l’information - savoir comment développer et mettre au point la stratégie de recherche d’information ;
4. Localisation et accès à l’information - savoir comment atteindre les sources d’information et retirer les informations nécessaires ;
5. Comparaison et évaluation de l’information - savoir comment évaluer l’importance et la qualité des informations reçues ;
6. Organisation, utilisation et transfert de l’information - savoir comment profiter de nouvelles connaissances pour combler les lacunes existantes et pouvoir communiquer ces connaissances aux autres ;
7. Synthèse et créativité - savoir comment ajouter les informations reçues aux existantes pour obtenir une nouvelle vue et créer de nouvelles connaissances.
D’autre part on peut comparer l’acquisition des nouvelles informations avec le passage par les “sept degrés d’initiation” - la découverte des faces nouvelles de information literacy :
1. Connaissance des technologies de l’information - les TI permettent à l’usager d’être informé d’une manière courante et de pouvoir communiquer avec les autres ;
2. Connaissance des sources d’information, compréhension des sources - les sources d’information variées, par exemple bibliographiques, les ressources humaines, électroniques, etc.
3. Connaissance des processus de l’information - accumulation, transformation et stockage de l’information ; 4. Connaissance de la gestion de l’information - reconnaissance de la valeur de l’information, création de
relations avec les projets en cours, collaboration avec les autres chercheurs, etc.
5. Connaissance de la formation du savoir - comment apprendre, penser d’une façon critique et analyser ;
6. Connaissance du développement du savoir - activité en recherche et développement, élaboration de nouvelles solutions et méthodes, acquisition d'expériences nouvelles ;
7. Construction de connaissances sur une base de savoir construit par des informations reçues - prise en considération des aspects éthiques, utilisation du savoir au profit des autres.
Dans les travaux de C. Bruce, ainsi que dans d’autres articles concernant les compétences informationnelles on peut trouver “le retour aux sources” - la découverte d’un sens primitif du mot “information”. En latin le mot informo signifie :
3 Johnston B., Webber S.: Towards the information literate graduate: rethinking the undergraduate curriculum in
business studies. In: K. Appleton, C. Macpherson and D. Orr (eds). Lifelong learning conference: selected papers from
- façonner, former, fabriquer
- imaginer, se représenter, tracer le portrait de - former, instruire.
L’information est donc liée non seulement au processus de fabrication, de formation et d’instruction, mais aussi à la collection et à la reproduction des données. Un citoyen de la société d’information n’est pas contraint à la possession de multiples megaoctets de données sur le disque dur de son ordinateur personnel ; par contre il doit maîtriser l’information, l’utiliser d’une façon conforme, et construire sur cette base son savoir et ensuite ses connaissances.
Le modèle du C. Bruce est déjà devenu une base pour plusieurs applications de cette conception dans les milieux sociaux différents (“IL university”, “IL citizen”, “IL graduate” etc.). Parmi les contextes dans lesquels existent les compétences informationnelles - ou, comme disent certains : la conscience informationnelle - l’école est un des plus importants. Elle devrait développer chez les élèves, dès le plus bas âge, les capacités de perfectionnement et de réalisation sur la base d’une utilisation efficace des informations omniprésentes dans notre réalité quotidienne.
Dans une période de différentes transformations politico-sociales, les instituteurs doivent jouer un rôle crucial. Ils ont une influence considérable sur l’état d’esprit et les connaissances de la nouvelle génération. Indirectement, par leurs élèves, ils peuvent atteindre la plupart des groupes sociaux (environnement familial de l’école - les parents, les proches, les amis, les voisins etc.). Par l’intermédiaire des instituteurs, le développement des connaissances informationnelles peut concerner différents sujets :
•
les enseignants, en tant que personnes qui transfèrent le savoir et forment l’état d’esprit,•
le élèves, à qui le savoir est destiné, les futurs citoyens conscients et les créateurs du savoir,•
les adultes (les parents et les familles d’élèves).Pour une préparation effective des jeunes personnes à une participation active dans la société d’information qui est en train de se former, l’école devrait devenir un modèle standard de l’institution, qui fonctionne sur la base des compétences informationnelles de tous les membres d’un processus d’enseignement à l’école. Pour atteindre ce but, les compétences informationnelles doivent se trouver dans les standards d’éducation et de formations des instituteurs, mais aussi dans tous les programmes de formation sur tous les niveaux d’éducation. Plus encore, la formation des compétences informationnelles doit être totalement intégrée à l’enseignement au contenu des différentes filières. Sans prendre en compte ni le niveau d’éducation ni la matière, l’étudiant devrait avoir la conscience d’une totale subordination du processus d’utilisation d’information au problème, qui va être résolu grâce à l’information obtenue.
C’est la vitesse d’acquisition des compétences informationnelles par la génération adulte, mais surtout par les enfants et les jeunes, qui va être un facteur décisif à la vitesse de formation de la société informationnelle du savoir. Pour devenir une partie de cette structure globale, nous devons développer les compétences informationnelles des enfants dès le début et pendant tous le processus d’éducation.
Dans le contenu qui permet de réaliser les sept aspects des compétences informationnelles doit se trouver un savoir de base de technologie informationnelle, mais aussi une éducation médiatique. L’éducation informationnelle fait appel d’une part aux technologies informationnelles, mais d’autre part à l’éducation médiatique et montre d’une façon nette que ces deux disciplines sont au service d’un processus de création par l’homme (indépendamment de son âge et de son niveau intellectuel) du savoir et des connaissances, sur une base d’informations accumulées.
Les fondements de la société informationnelle en train de se former, sont les outils d'accès et de transformation de l’information, représenté par l'Internet - ou outils destinés aux participants actifs du processus de communication. Il serait difficile de ne pas partager l’opinion que le développement de la société informationnelle stimule les attitudes actives et les comportements sociaux, mais qu’une influence décisive vient du caractère des technologies nouvelles sans regarder le type des actions entrepris. Cela ne doit pas nous étonner, parce que plusieurs penseurs ont prévu cela avant l’époque de l’information. Dans sa théorie des médias Herbert Marshall Mc Luhan4 a formulé dans les années soixante-dix les lois concernant aussi les moyens informatiques accessibles aujourd'hui. Une de ces lois concerne presque exactement l’Internet, devenu notre réalité quotidienne “the medium is the message” (le transmetteur est la transmission, le message). Très juste, en particulier par rapport à l’Internet, semble être la remarque disant que ce n’est pas le contenu, mais les moyens de transfert (par leur presence, forme et principe de fonctionnement) qui ont la plus forte influence et sont à l’origine d'un grand nombre de changements sociaux.
Il ne faut pas oublier que l’Internet est une source d’information presque illimitée, mais dont les informations sont désordonnées, non sélectionnées et sans valeur reconnue, qui sont donc à un certain degré inutiles, erronées ou même malfaisantes. Et ce sont justement les compétences informationnelles qui constituent une condition à notre usage d’Internet d’une manière efficace et compétente. C’est seulement à cette condition que les informations ne remplaceront pas notre savoir et les compétences.
7 Marshall & Eric McLuhan: Laws of Media:The new Science. University of Toronto Press. Toronto – Buffalo – London, 1992
BIBLIOGRAPHIE
BRUCE C. (1997). The Seven Faces of Information Literacy. Adelaide : Auslib Press.
BRUCE C. (2002). Information Literacy as a Catalyst for Educational Change : A Background Paper. In White Paper prepared for UNESCO, the U.S. National Commission on Libraries and
Information Science, and the national Forum on Information Literacy, for use at the Information Literacy Meeting of Experts. Prague, the Czech Republic, July 2002.
JOHNSTON B., WEBBER S. (2000). Towards the information literate graduate : rethinking the undergraduate curriculum in business studies. In K. Appleton, C. Macpherson and D. Orr (eds).
Lifelong learning conference : selected papers from the inaugural international lifelong learning conference. Yeppoon, Queensland, Australia : 17-19 July 2000. pp. 194-202.
“Ideas for information-literacy related assessment” :