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Das Rolandslied = La Chanson de Roland : éléments de comparaison

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DAS

nnLANDSLrED--l~ CHANSON DE R~LAND

;' / /

ELnlENTS

DE tO~1P~Rhls0N' NORr'1I\ND C;

LEMOINE

/ / /

A thesis submi tted ta 'the 'racul ty of Graduate Studie9 and Research in partial fulfilment of the requirements for the degree of Master of Arts in German.

Departmsnt of

German,

McGill

University,

Mont.r~al, P.,O., Ce'}B"da

/ August 27, 1975

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nOL '\NDSL'I ED--CHI\NSON DE ROLI\ND: ELEMENTS DE COMPI\f11\ l So.N

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Inn son\ rit' "F'lol:lnd:

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'~1 rr.:r>nts dE' cnmoénnisnn \ !

Drfl'1rtm0r1t of Cr>rr.:an, flcGil',l Univnrsit.y

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Lp -;uj"t"rlf? cettn, th~"r \t'flt 1 ',~tud() comr:u':'ltivG des

rfincip~ux ~prsonn~08s d~ 10 Çh3nson de Roland, v~r3ion

d'Oxford, et du Rolnndslied dÜ ~i~trn yonr~d. rlusieurs

i1sr'ects des df'uX textros orJt, j\Jsqu''8 rrpsont, fnit

l'oh--.,,' )

\

jot de rrchorchos histo~i~urs, ~hilnlogiqurs ot

litt6rni-~

res. lin de cos ilS[10CtS <l

[1réOCC~n6

ct rrI50ccuÇ1f' cncorp

,-los chorchl'urs: lél nionifiC;3tinn C)lnh;,lr dns t8xtns. [n

-gén6rdl, on s'rntend ~ r~~onnattno la [Jortée

nationûlis-t e d e I û C h 91'l s«o n deR a 1 il n cl p t l <1 fJ 0 r t 0 f), sri rit u é 11 è d u

Rolandslied. L'i1nblys~ d'~~éments do COfTIr~r:li~on pntro

lél Chanspn de Roland ot ln Rolnndslied tentera d8 faire ressortir ces différences fondamentales entro les deux textes.

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J 88 fli rences: ~Gane1on

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VlI. LES FORCES EN PRESENCE ••••••••••••

néfér~nc8s: Les forces en pré~ence ,

...

14R

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VIII.CONCLUSION ... .

151 f' Réf~renc8s: Conclusion •••••••••••••••• 15'5 1

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1. INTROOUCTlON '

Oars ce travail, il sera question des personnages et des peuples en conflit dans ].a, Chanson de Roland, ver-sion d'Oxford, et dans le Rolandslied du pr~tre. Konrad.

I l ne s'agit toutefo~s pas d'une dtude exhaustive de

<>

...

chacun des personnages ou des peuples; nous nous attache-rons plutet

à

faire ressortir qU,81qu~s éléments de compa-raison ~ l'aide d'exemple~ tirés des deux textes.

i'

De nombreux auteurs ont pr~duit une ~omme considé-rable d'ouvrages sur la Chanson de Roland et sur ie

B..2,-landslied. Certains cre ces travaux ont mis en évidence

las deux traits distinctifs majeurs entre les deux tex-tes. La Chanson de Roland fut écrite dans l'optique du

~

royaume universel carolingi~n sous l'dclairage directeur

du terme dulce France,i.e.,du nord de la France. Là

Pe-trie et la Nation y sont les valeurs mises de

~'avant.l

Le Rolandslied s'inscritt ~ui'au9s1, dans cette optique

du royaume universel. Il diff?tre toutefois de la,

ChanJPP-~--« -_$ ,

---de Roland par ces pOlnts~r;-:énovB~eur du

vieil emPi~i~,--~t au centre de l'action situ~e

___

~:antext~

au']ustinien de la clvitas dei. 2

J .•

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1

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-"-La présente ~tude tentera de mettre en lumi~re~ces

diff~rences ~ travers les personnages. Chacun d'eux fera

~ l'objet d'un chapitre. Y seront àlors présenté~ et

compa-. ,

ré~'Olivier, Roland, Ch~rlemagne, Turpin et Ganelon~ Un

. dernier' chapitre sera consacré ~ l'étude comparative des forces en présence. Dans un premier temps, lès Françeis et les Karlinge, puis, dans un deuxi~me ëemps, les

pa!ens

~

et le~ haiden. Seuls les ~léments qui he sont pas communs

aux deux textes seront retènus pour fin de comparaison a-fin de ne Faire ressortir que les différences qui exis-tant antrs le Rolandslied et la Chanson de Rbland •

1

(9)

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OLlVIEn

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Orins ln Chanson dr ~olElnd, Olivier pntre pn scone au t , . .. ~ ~ l . t l ' b d d [" . l . r;]omrn pr 'l~lS ou ~I';lr ns rp~Ol ~r1 riSS;"! P P larSl 1r. Le chrv~li~r fiquro ~lors rnrmi les rrochos rle

l'nmpe-rour (L. ~II). Lr trxt0 ,llom~nd pr6spnto Olivier hirn

~v~nl ~uc ne 10 f~i~ l~ vorsion d'Oxford. En effet Olivlrr

f~it son appJrition ~vnnt l'arriv~n do

IR

mission

dirloma-tiqua de Glnnseandiz. Il assiste au discours de Charl~s

qui fnit Il<1rt <lUX sipns do 30n ;Jrojrt: die hnidenncùft zestoren, di' r:ristin gemr>rcn.

(K. fl5-R6)

L'auteur allemand l'inclut nlors,élu nombre dos douze pairs

dp. l'em~ire (K. lIn, 110). Il n'rn p,st ras ainsi dans la

A"

version d'Oxford. Olivier est en effet dissocié'du

nom-bre des douze p~irs de France (O. 124-3~5, Sh6-547, 576,

SR6).3

Olivier intervient ~ deux reprises d~s le début du

,

-Rolandslied. D'abord.pour cons~i~ler l'emp~reur

relati-, l

vernent à l'opinion qu'il a de/~'arnba9sade , de B1anscandiz (K. 939), puis pour se proposer au posta d'émissaire de Charles

à

la cour de Marsi1ie

(K.

1310). Au cours de ces

l'

(10)

i 1 i

Cl

1 .)

deux interventions, le ~ortrait d'Olivier'prend forme.

En effet, lors de la premi~re interv~ntion

(k.

919), c'est'

J

le miles dei quI' se dresse de toute sa stature: l'offre de

Marsilie doit 8tre repoussae parce qu'elle nuirait

à

l'ex-pension du royaume de Dieu et mettrait en dànger l'honneur

des chrétiens. Puis, à la seconde intervention, le soldat

se r~v~lE1 qui: "durch 'des rich-is el'e." (K. 1314), pose s?

candidature aU poste d'ambassadeur de Charles. Nous voyons

donc ici clairement le double rele d'Olivier dans le

Ro-landslied: soldat de Dieu d'abord, puis ~ldat de

l'em-pire de Charles. /

o

nous trace un autre portrait de ce héros. D'abord, Olivier ne prend la parole qu'une fois et ce, pour se

pro-poser au poste d'ambassadeur de Charles aupr~s de Marsilie.

A cette occasion, il coupe la parole

à

l'empereur et

re-A pOUEse la proposition faite à Charles par Roland. Avec

manque de tact et de réserve, Olivier affirme: "Vostre curagas est mu1t pesmes e"fiers: Jo me crendreie que vos vos meslisez.

(O. 256-257)

,

"'\ l

Cetté attitude diff~re grandement de celle\du

Rolande-lied. Pour accentuer la diçhotomie qui

exi~t8

entre

01i

-vier et Roland, 0 stylise leur temp~rament respectif par

...

(11)

,

.

\

• ...

o

-c;-)

ce vers: " .,., li proz e li curteis." (O. 576); le premier terme dBsignant Roland, fougueux et témér~iro, le second

.'

faisant allusion ~ Oli~ier, sage st réfléchi. K ~u contrai-ft,

l ,

re accentue les éléments de similitude entre les deux com-. , pagnons d'armes. Charles, lorsqu'il donne les raisons rour lesquelles il repousse Y'offre des deux héros, le diE on

s'adress8nt ~ Olivier:

du bist ze gaehe mit der rede,

und~

Rüla;t min n8ue,

mit zornlichen wotten.

(K. 1326-28)

,

~

êt

~'em~e~Lur

poursuit en s'adressant vraisemblablement

~ l'assemblée:

daz ist mir ze uorchten.

'l'

.

si stoerent groze ere.

\

(K. 1329-30)

Il est

à

~emarque~ qu'au vers K. 1327, le mot ~ pr~nd

le sens

comparati~

du

~

allemand 'çomme,

~

l'instar de,.4 . Charles' considère don.c Ùlivier et Roland sur un P~td d~

~ga-• 1

lité. Le passage correependant

à

ce refus ne comporte en 0

, " ,

QU'fun vers dont le ton !SISt

tr~~\.sec,

ne, laiss.f3nt:,

~~ac? ~

auc,une réplique: " ••• : 'Ambdui vos en taisezII1

(o/~

259).

1,

"

"

~e texte d'Oxford d~cri~ Olivier parti en éclaireur

1 ~

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(12)

-...,.--.~~-

-(

-'~

• 1

f:-:;'surer la posi'tion <Je l' arri he-gfrde. Il a tet

fait de découvrir l~ur situation préc~ire. Il fait

aus-sit~t venir Roland et lui fait part de sa découverte

(L.

LXXX);

il met égaloment les Français au courant de lelfr situation (L.

LXXXI).

Dans le. m~me cas, le

Rolands.-~ remplace Oliviar par Roland.

En

effet c'est Roland

qui dpcouvre la rrésence des armées de Marsilie encer-, clant l'arrj~re-garde de Charies (K. 1334-70). DOnc d~V-'

,

-~

...

Il'! préser"1ce de l'ennemi et, .f

ne pnrt, Olivier découvre

~.utre p~rt,

Roland joue ce réHe.

C'est ~ l,a' suite de ce passage q,f'8 se srtue l'épi-sode du cor. Dans

0,

~ ~ro1s

reprises

(O~ L~X'III-L~X~V),

Olivier insiste aupr~~ de ROland pour qu'il sonne de son

cor. Roland refuse catégori~uement chaque foi~ et enfin,

.'1

rt ou r couper cour t

a

ce harc~ lament qui l' ag ac e, ,j l accule Olivier au mur:

••• : "Ne di t,es tel ul tra.gel

,

Mal seit deI caer ki et piz se cuardet1

(o. 1106-Çl7)

Apr~s,ces paroles, Olivier qui ne semble pas avoir compris

les motifs de Roland, ~ savoir qu'il ne peut flancher, i.e., faire montre de faiblesse en ne remplisaant pas jusqu'au

~-,bout son engagement, n'a 'pas 18 choix, i~ doit 98 taire •

(13)

4

(

"

,

-()

-7-De g~e:de lass9, visib.lement déçu, il d'it

à

Roland:

" .!.: '

N'ai cure de parler. fI (O. 1170) et, puiSClU'il ne

peut rien changer ~ la situation, demande

à

son compagnon

de chevaucher autant qu'il le p~ut; encour~gement hien

~uperflu car il sait tr~s bien que seule la.victoire ou

la mort

d~sarm8ra Ro1~.

6 Oliv,ier encourage ses hommes au combat, ~endant coup pour coup (O. 1176-78).

Le texte alleman~ fait ressortir un a~rect bien

dif-férent du m8me ~pisode (K. 384S~98). Devant l'imminence

du combat, Olivier réagit autrement qu'en O. ~lor~ q~e la vue des troupes sarrasines le trouble (O. 1016), il

demeure ici serein et tout Il annonce

à

Roland la bataille:

'wir habBn an der ha~t

ain uil starchez uolcwic.

t'

allermannegeli~h wer sinên lip.

(K. 3046-48)

Puis le ton change subitement: le soldat de Charles qui parlait précédemment devient tout à coup mil~s dei. Il loue Dieu pour le moment qu'ils vont vivr~. C'est en

ef-fet l'occasion tant attendup par tout soldat de Dieu de combat t:t'e ,pour, Lui, àssurd d'une aesi_tance ,di vine de

tous les instants et convaincu de n'fttre perdant en quoi

,

(14)

(

"

-o

, i

l

què.cp. soit. Si

d'une~nrt

il tue Ips

ra!e~s

et 50rt

s~in

et SAuf rle lél hl'ltai lIe, i l aura la jaie'-" avoi r comb,attu rour Dipu et d'avoir mGritp 8t richesses terrpstres, At

~onsid~réltion de l'empereur. Si d'autre part il meurt

sur-,

)e-champ, il reçoit la plus grRnde de toutes les récompen-ses: 18 (;'ie1, commp lA dit Ral,md aux vers K.,. 14~-155. ~rr~s

cette ~numér~tion, visiblement surpris que Roland ne l'ait.

pas fait plus t~t, Olivier lui dem~nde de sonner du cor: nu tuz durch miner swester Alden will en,

gsfriste dine herliche man.'

Ce sera l~ son unique intervention. E~ effet il comprend

immédiatement l'argument que 'lui rré~ente son compagnon:

"'dez

m~z nu allez en gote gestan,'" (K. 3870). Nous

rernar-quons ici que Roland n'oppose pas- un refus catégorique com-me il l'a fait en O. C'est sur

Un

ton tout 'à fait pos~'qu'il

s'adresse ~ Olivier, comme pour lui dire qu'ils sont les

') soldats du Christ, qu'il est de leur devoir'd'affronter les: emhOches qu'Il a dressées devant eux. Ils ne doivent pas se

..

laisser impressionner par l'ampleur de l~ t~che; la

récom-pense sers d'autant plus grande. De leur comportement l'un envers

,i'

autre, rien ne ressort qui fournisse le mOindre

/

indi9"Él d'existence d·u.n conflit entre eux. Nous sommes en

1

(15)

c

(J

-9-sont deux milites dei, deux chrétiens vivant harmonieuse-ment et se préparant

1.

faire face -ensemble

1.

l'ennemi

com-~

mun, Satan, que personnifient ici Mar~ilie et ses hommes.

Les deux atm~es ont 6tabli le contact. Les ennemis

auxquels Oli~i~~ doit faire face sont, numériquement

par-lant, les ~Ame8 en 0 et en K. Toutefois, les'noms varient l'

d'un texte

1.

l'autre. Ceci pourrait ~n partie s'expliquer:

i.

l'auteur aurait mal lu ou mal c~mpris la source manuscri-te dont il s'est servi pour rédiger son manuscri-texmanuscri-te.7

Un autre fait est ra~porté do façon différente par les deux versions: Roland, voyant son arm~e décimée,

dé-cide enfin de prévenir ~'em~ereur. Il demande

1.

son

com-, '

pagnon de le conseiller quant aux moyens

à

pre~dre pour y parvenir. Sa façOn de s'adresser

à

Olivier laisse enten-dre qu'il ne se souvient pas du tout (ou f.int-il de -ne

pas se souvenir?) des requAtes antérieures d'Olivier

à

ce sujet. Olivier a la mémoire longue. Il ressert

à

Roland-les arguments que ce dernier lui avait servis précédemment

(O. 1705-10).8 La querelle du

d~but

semble maintenant

nt~tre ressentie que par Olivier et elle jaillit

violem-)

ment dans ses paroles. Olivier, convaincu d'avoir raison

,

.

(16)

man- -r"'-/ ' 1 1

i

f

,

1 .'

-1;1-que de réflexion et les refus c~o.écutifs que Roland lui

a appasns. C:est une critique pm~re q~e Roland doit su- , bir.9

L~acc~s

de

col~re

d'Olivinr dispara!t

pau~ta~t

-.

l'espaco d'un instant. Il a remarqué tout ~ coup le sang dont son compagnon est couvert et il en est ému: "Ja avez vos ambsdous les braz sanglenzl'" (O. 1711). Et le feu de l'invective, un moment oublié, reprend; les menacës pleu-vent dB la part d'Olivier:

~~;. ••• : 'Par ceste maie barbe,

Se puis veeir ma gente sarur Alde,

Ne jerreiez jR mais entre sa brace!"AOI.

(o. 1719-21)

Roland est visiblement surpris dA cette s~rtie et demande

~ son compagnon de l~i en exp1i~uer les motifs. C~~endant.

F ,

sans s'arr~ter, Olivier continuG sur le m~me ton, lui

fai-.,,

sent senr~/r 1(> manque de sérieux et de réflexion dont il a fait pteuve avant la bataille. Enfin, le to~ se radoucit.

,

Olivier prend soudainement ~onscience qu'ils ont été l'un

pour l'autre de loyaux compagnons et il ne peut s'empft-cher de p~nser ~ la fin prochaine dé cette amitié qui les liait et qui les lie encore malgré tout. G'amitlé, qui a d~ tout temps li~ les deux hommes, finit par atténuer leur querelle.

/

..

(17)

t

-11~ ,

Le Rolandslied n'a rete~u aucune querelle entre les deux compagnons. Lé ton critique employé par' Olivier dans

~

la

Chanson de RolaQd (O. 1705-10) n'apparatt pas ici. Le seul sentiment qui domine tout le passage, c'est le regret éprouvé par Olivier: regret que Roland n'ait pas sonné lors-qu'il an était encore temps, regret que tant de chrétiens soient morta, regret aussi que sa soeur perde un bon épou~.

Cependant"Olivier fait sentir

à

Roland tout le poids de sa responsabilité: "daz hastu allez aine getan." (K. 6025).

Toutefois, mftme si nous constatons l'absence d~enimosité

entre les deux compagnons, Turpin n'en intervient pas moins, quelques vers plus loin:

'nu tôt ir iz durch minin trechtin, • zurnet nicht mere.

(K.

6034-35)

Pourquoi un tel langage puisque nous ne pouvons déceler

J

dans ce qui préc~de quelque trace de col~re que ce soit? Nous remarquons cependant que ces deux vers (K. 6034-35)

correspondent à O. 1741. Sans doute le pr~t~e Konrad a-t-il ici t~duit textuellement son mod~le.

Apr~s avoir,tué celui qui l'avait mortellement

bles-sé, ~livier persiste encore

à

vouloir se battre. Cependànt, la blessure qu'il a reçue est d'une telle gravité qu'il a

(18)

1

\

• l'"

,.

,.- , ,

besoin d'aide. Il appelle Roland (O. 1964). K proc~de au-trement. Rol~nd se rend lui-m~m8 compte de l'état d'Oli-vier et, en fid~le compagnon et ami, va lui porter secours:

R~lant im danne half, don zugel er im umb~ warf.

(K. 6428-29)

Alors que dans 0 les compagnons semblent assez indépen-dants, la version allemande est un hymne à l'amitié qui

unit les deux héros, inséparables compagnons dans le Christ. Le langage que Roland tient À Olivier témoigne des liens qui les unissent:

den z~gel er im umhe warf.

ers p r sc h: 'i a du a Il e r cri ste n e r e ,

nune machtu leban mere.

(K. u429-31)

'scol ich nu scalden

uon dem ~llerlibist!n gesellen?

(~. 6435-36)

Le comportement d'Olivier

{O.

19J5) s'explique pourtant.

C'est en quelque sorte la réconciliation avant la sépara-tion. Olivier a oublié sa colère. Il sent venir la mort et veut dissiper tout malentendu e~t~8 son compagnon et

·lui. C'est pourquoi ces paro18~:

"Sire cumpaign, a mei c~r yus Justez!

) '

"

(19)

1

, .

-l~-"'.~

A grant dulor ermes hai desavr-éz."AOI.

/3,

... (o. 1976-77)

; tnfin, dernier élément de comparaison entre le 0 et le K en ce qui concerne Olivier: la mort du héros.

1

Les Qifférences entre les deux versions sont significa-tives et révèlent les intentions des auteurs. La version d'Oxford semhle expédier la. mort du héros. A peine

quatre-vingt-trois vers (O. 1940-2023) d~crivent les différentes

phases de la mort d'Olivier alors que le Rolandslied y

consacre presque deux fois plus de ~Qrs (K. 6373-6527).

Le passage, dont il est maintenant fait mehtion, comporte

~ l'épisode relatant le geste d'Olivier assaillant son

com-pagnon par mégarde. Dans la version dlOxford, Olivier, 16

aussi tet après avoir réalisé son geste, demande pardon ~.

Roland qui le lui accorde san~ délai. Tout cela se passe

tr~s rapidement. Toute trace d'animosit~ de la part

d'O-livier est maintenant disparue: "Par tel am~r a9 les vus desevred." (O. 2009). K, pour sa part, fait re8sorti~

l'as-pect chrétien de cette sc~ne. En effet, Olivier a frappé

Roland par mégarde. Il lùi demahde pardon eh ajoutant: "daz min

s~le

icht prinne!P (K.

6482). Il

consid~r8

donc

l'arreur commise comme une faute mort~lle: celle d'avoir

frapp~ un autre chrêtien. En effet, cette faute non

par-t

1.

(20)

..

donnée le rendait passible des peines de l'enfer et c'est

ce q~'il redoute le plus. Dons, ici encore, c'est

l'élé-ment chrétien qui ressort de ce passage •. Quant aux vers

su1vants, i1s,ne font que confirmer l'amitié tr~s grande

qui lie Olivier et Roland (K. 6485-90).

.

Les vers K. 6490 , et suivants ajoutent cependant un détail que 0 ne mention-ne pas. Les deux amis se séparent apr~s s'~tre emb~assés. Ceci est commun aux deux textes. Cependant, K ajoute:

durch not musen si si ch scaidan,

R~lant in gegen den haiden,

Oliuir uan dem wal.

(K. 6490-92)

La raison pour laquelle les deux hommes se séparent

appa-.1 rart ici clairement. Malgré l' amitié tr~8 forte qui les

unit, Olivier et Roland se séparent car ROland doit pour-suivre sa t~ch8 supérieure ~ toute amitié: combattre les palens jusqu'~ la fin. E~core une fois, l'élément chrétien

domine. Nous pouvons naturel1em~nt présumer ~ la lecture

de 0 que s'ils S8 séparent, c'est vraisemblablement parce

~

que Roland est retourné au combat. Toutefois, rien ne lai8-se entend~e qu'il le rai ~~' abord et avan\ tout pour obéir

/ / ,

~

~ Dieu.

-_"1--- ----~

(21)

....

'

...

..

bl~~se et la douleur qui l'accablent, conserve cette

po-sition inconfortable jusqu'è la fin. La pri~re qu'il

a-dresse alors au ciel est beaucoup plus longue. Nous y re-marquons m~me un passage de la Bible; en effet, le mori-bond cite au cours de sa pri~re un verset d'un psauMe:

du sezte im ze ainem fuzschamel aIle sine uiante.

(K. 6505-06)10

Puis, le bâron meurt. Un détail termine l'épisode (K.

6521-27), détail ignoré ou inconnu ~e 0

(?).

Au moment o~ l'A e

s'échappe du corps d'Olivi~r, l'auteur ajoute que nous

om-mes en pr~s8nçe d'un mystère dont il ne convient.pes de

parler. La forme qu'emprunte cette Ame st~chappant de

enveloppe terrestre fait étr~ngement penser aux langue de

feu qui se posèrent sur la t~te des a~atres

à

la Penté~e­ te. Q~ plus, tout chr~tien sait que le Christ est lumière

--~

-~- et qU'il doit ~tre lui-mAme, à l'instar de son modèle,

aussi porte~r de lumière. Donc, cette flamme, cette

lu-mi~te qui s'échappe du corps d'Olivier e!t un signe con-cret du caractère particulier qui ressort tout au long du Rolandsli$d. Ce n'est pas uniquement le soldat de

Char-les qui vient de qul~ter le mange, c'est aussi et surtout

(22)

-v·, ,~ ___ ~~ - ____

---

.--

:=---1

-lfi-le mi-lfi-les dei qui retourne aupr~s de son chef, le Chri~t,

"

afin de re~evoir la récompense ~ laquelle il a droit: la palme du martyre, le ciél.

/

(23)

-17-REFERENces

Introdurtion et Olivier:

,1 HE'lmut

or

Roor und fUchrlrd Ne\.lnld, GeS-G'hichte der d 8 U t s che n Lit e rat u r von' den Anf

a

n 9 e n h i s z u r G 8 9 è n \J art,

1 (1966J,

r.

241.

2 Ibid.

") Pé'wl GraevAll, Die Characteristlk der Persane!) im

f

~ Rolandslied, Ad. Sandiq (IÙ7n). Cf. aussi 1\ •• Rurger, "Le tire de Rol"nd," 'CCM,3 (lQfiO), 7.

4 Voir Matthias Lexers, Mittelhochdeutsches

Taschen-worterbuch, ~2. unv8randerte fiufl. (Stuttgart, 1966), p. 246. )

,

5

V. C. P a yen, Lem 0 t i' f dur e pen tir dan s 1 a .1 i t t é

ra-,

~ ture française médiévabe

,

(Genève, 1967), p. 108. Cf. aussi

V. C. Payen, sur"'La Chanson de Roland et la tradition

,.

épique des Francs' de R. M. Pidal," ~ 68 (1962), 402.

6

J. RO'-ussel,. "La ~Chanson de Rolançl' et les chansons de. 9 a ste," dan s Hi 9 toi r e, d 8 1 a Lit t ~ rat ure Fra n ~ ais 8 , 1 (P~ris, 1969), 22.

7 J. Graff ad., le Texte de Conrad,dans "Les Textes de la Chanson .da Roland,". X, publiés par R. Mortier (PaFis,

(24)

,...

-lP-

.-•

1 9 LI LI ), p • 10.5 n 0 t e 2; p. 1

n

7 n 0 t 8

1;

p. 11 R n ÇI t 8 5: . p. 117 note 2; p.139 nQte ~; r.lSS note 2 •

...

...

n

v.

-r..

P a yen, L e mp t i f dur e R e n ti r , p. 1 [) 8. Cf. a u s s i

c..

A. "Petriconi, "Der Tad des 'Heldén," dans Metamorphosen

der Tdiumen, ed. Athenaum (1971), p. 137; D. O. R. Owen,

"The Secu1ar Inspiration of the Chanson de Roland," Specu-lunr, 37 (1962) ,

39,;

V. C. Payen et Co- lJilsdorf, IILa

Chan-~

Roland,

,

sor'! de l'épopée franque et l'épopée·chrét1enne.

t

, ;

) ,

A propos d'un livre récent,

"

flli,

6!3 (1962), 403'.

q

V.

é.

Payen, Le matif du repentit, p. 110 •

ln

.

~

Cf. P s. C l X ( C'X , 1 "Il donse ponam i nlmi coos tuas scabellum J5€fdum tuorum"."

"

\

....

" " r

.'"

• t

"

.J

\

.

(25)

t

.

t 1 "

..

,1 1 ~

,

" f,- ( ~ f

1

, ,

.

, ~ ,. " III. ROLAND , 1

Cons1dérant le fait que, au chapitre ptacédent, nous avons ?'ait' menti'on de Roland de manière assez extensive .an comparant Jss d~~x héros, les passages alors mentionn~s ne

" ....

seront pas répétés ici. Nous poursuivons l'étude ?e ta

com-pa~raison entr~

les deux ,versions, nous li.mi

tan~

cet te foi s-ei au persdnn.g~ de Roland.

En étudiant les éléments ,selon leur appa~i t~n chro-nologique, nous' voici fac~ à l'un de ces éléments

exelu-.,~ ,.z. ~~

sifs au Rolandslied. Il s'agit de l'introduction, et plus

.

-

.

..,

particuli~rament, du passage inclus ~ntr~ les vers K.

146-- 146-- . j ,

l5~". C'est' ici la premi~re intervention de Roland dans le ,

texte. Elle est d'importance parce qu'~lle campe au dép~rt

la personnalité de Roland. Il énum~re

à

ses soldats les

avantag~s qu'il y a

à

prendre part à t'expédition

propo-~,

.\

..

sée par Charlemagne qu~l~ues vers\p1US t&t. D'abord, le • ,

ton de l'adresse rappelle celui dè&~ béati tudes.

En

'effet t

elle commence comme suit:

"-, wi ralic der geborn wart"-,

der nu dise heruart

..

geuramit willicliche!

"

(K.

l47-i49)

(26)

""'r"'-~----1

,

~

....

~I

1

"\. ,-. ,

.

" , , •

Puis sont r:omm,~s, paIr ordril d'import'ance, et c'est l.à

! .1

qua r~side l'intér~t, les avantages qui se rattachent

~'cette axpé'dition. Tout d'abo;-d, le cie,l, et c'est une certitude; ~uis, 1&, richesses terrestres; et enfin, la

bienveillance de l'empereup. L'ordre de cette énu~éra~

tion, progression inversée, est un ~lément fort important,

.

~o~ seulement pour nous faire connsttre la personnalitt

du héros, mais. aussi parce qu'il précise l'o~t1que dans . laquelle l'auteur place son oeuvre: le & ns profond qui

se dégage du texte est, comme cette énum~ration le

lals-s& présa~~, spirituel.

Le pers~n":Bge de Roland r~appar.aft plus loin ~ deux

reprisss (K. 9(1.1-936 et K; 1141-53). Ces deux Interven-tions ont lie~ au cours.du m~me conseil de l'e~pere~r

o~ l'on discut; de l'opportunit~ de consid~rer les ~ffre9 de 'M

à

r

91

i e. , P ci u r R 0 ~ and, i l s ' agi t d ' un a ru' sa, pré tex t e subtil pour éloigner Charlas et son armée d'Espagns afin de rétablir Mahomet et de reprendre les cités Sprement

~

conquises. Les deux ve;â qui suivent cette inter~ention

sqnt d'importanrie\~~r ils rév~lent 1s préoccupation

in-cessante de Roland: '

. 80 richsenot Marsilie,

die cristinheit gsltgst n!dare.

(K. 923-924)

-..

,

(27)

t

t

\

-7J-Ce qui inqui~te Roland, ce n'est pas tant la perte de

territoires pour l'empire de Charles, mais bien ie r~­

sultat de cette perte qui ternirait l'~onneur de la

chr~-1

~ient~. Ce passage rév~le d'une façon explicite toute la

.

philosophie de vie de Roland. C'est en effet ~ ce moment qu'il di~ clairement sa pensée quant aux motifs qui le poussent

l

combattre et ~ ne pas actepter les termes de l'offre de Marsilie;

..

goldes 1'lan ich genuch.

du ich mich aller erate uz hup, du ophert ich den ,lib.

~

swanne nu k~met daz cft

dez ich den uerwanoalen scola, sa getruwe ich gote uil ~o19,

ob ieh in sinem dinist ersterbe, daz der sele etlich, rat \Jarde.'

(K. 929-936)

(n vrai 'soldat -du ·Christ, il a fait don da s~ via

et s'en ramet pour l'instànt ~ la volonté de Dieu. Qu'y a-'t-il de 'plus important pou~ un chrétien sinon de sau-ver l'3me? l'occasion présenta est le moment aouhaité par tout soldat de Dieu cer, de facto, il permet} celui

qui-meurt en combattant les pa!e~s de sauver son lma.

(28)

,.

J

1

,

al

-2?-J

C'est, en s9mme, aller au ciel sans séjourner au purga-taire.

Voyant son offre d'ambassadeur refusée par CherIes, Roland a proposé son par5tre Ganelon (0) ou Genelu~ (K)

à

sap 1 ace. 0 ans 1 a ve r"s ion d 1 0 x for d , Gan e Ion, i r rit ~

\

d'avoir été choisi par son beau-fils, prof~re des

mena-ces

à

l'endroit de ce dernier. Roland se rit de ces me-naces;l'il a une confiance totale

e~ lui-m~me

et en ses armes:2 rien ne peut

l'~tteindre

puisque rien ne l'a

ja-"

mais atteint. Dans le texte allemand, cet épisode est beaucoup plus long. [n effet, non content de menacer Ro-land, Genelun s'attaque à son intégrité morale: il l'ac--cuse de vouloir attenter ~ ses jours pa~ convoitise de

ses biens, lesquels

repr~s8ntent

l'héritage de

Baldewi~:

unde uirluse ich den lib, sa n!mt R~lant

al min erbe 2U siner hante

er uirstoezet dinir .wester sun.

(K. 1445-48)

R~lant hat harte misseuaren.

(K. 1462)

Roland se défend et repousse les menaces profér~es \ son égard car il ne peut lai~ser passer l'injure faite ~ son

.'

(29)

-

.

'.

.

.

-21-intégrité de chev81ier et de chr6tien. Il riposte,

dési-reux de r~fut8r roint r~r point les insinuations de

Ge-nolun. En éffet commen~ pourrait-il lui, chevalier chr8tien,

co~voiter l~s hions d'un parent et pri~er ainsi les nroches de r.e dernier de leur natrimoine?

"

Encore un~ fois, Ganelon rapporte l8s faits st Qestas

de ~ol~nd. Coux~ci concernent un épisode pass~ de la vie

des de u x ho m m p s OIÙ fi 0 l and, Cl Y i'l n t r 8 m p 0 r té une vic toi r e ,

remet ~ l'empereur une pomme, symbole des conqu~tes qu'il

a faites rOLir lui. Cette flomme est' <lussi l'orbis terrae

~ue

les souverains portent dans la~ gauche; c'est un

bole de puissance sur le monde.' Dans 0,:

"

Tenez, oel sire, dist Rollant a sun uncle, De trestuz reis vos present les curunes.

(o.

387-388)

sym-Roland p~ésente ici le symbole de toutes ses conqu~tes

,terrestres. Par contre en~, ce ntest pas Gonelun qui

rappor-te le fait, mais elanscandiz qui, de tourappor-te évidence, ~tait

présent lors de l' interver:tion de' Roland à la cour de l'

em-u'

pereur. Les paroles qu'il rapporte sont plus lourdes de sens que 'celles contenues en 0:

alle irdische krone

geweltige ich dir ZB Rome •

(30)

..

t

-?4-/

si

m~zen'

dine man lerden

oder under di seme· gôten SIJerte ersterben."

(~1848-51)

"Remarquons les mots g~weltige ich qui reçoivent téur

9i9ni-~ication dans les deux vers suivants. Ce que Roland expr4-"VI

me par ces paroles, c'est sa façon de prop~ger la foi chrp-tienne selon la deviee: "1f;[rois ou Meursl". Ceci "est tout

à

fait dans l'esprit des sermonS prononcés

à

l'opaque de Kon-rad

s~r

le thème des croisades.4 Ce passage roflète 8ussi la teneur des paroles prononcées par le messager de Dieu

~ Charles:

"

~ daz lût wirdit bekeret. di dlr abir widir sint,

die heizent des tuvelis kint unt sint allesamt uirlorin. die slehat der gotes zorn an libe unt an sela.

(K. 58-63)

Sans doute -les vers K. 1850-51 n8 font-ils que confirmer

~es ~v~nements ~elatés par les vers suivants: mit swerten choelten si die man, mit fure kint unde wib.

{K.

888-989)

(31)

(

as

1

aile irdische krone

geweltige ich dir ze Rome.

(K. 1848-49)

et les comparer

à

deux autres vers de la version d'O~ford:

Ki tute gent voelt faire recreant E tutes tere! met en chalenqement!

(o.

393-394)

Ces derni~res paroles sont celles de Blancandrin. Il émet

à

ce moment une opinion bien personnelle sur Roland. Les vers allemands, par ailleurs, sont les paroles de Roland.

Il Y a do~c une différepce appréciable entre les deux pas- •

sages. Nous serions tentés de croire que lee vers_français ne sont que l'expression de la méchanceté de 81ancandrin qui espère attiser le ressentiment de Ganelon envers Ro-land, :'!3lors que les vers allemands rie font que méttre en lumière le miles dei observant

à

la lettre la parole du messager céleste.

Le trait dominant de ce passage du Rolandslied, c'est la volonté d'amener de' gré ou de force toutes les nations au sein de l'empire chrétien de Charles, çe qui est tout

,

de la vision r~ligi~tsB du monde

pro-.

...

à, fait ,dans l'e'sprit

, 5

pre au Rolandslied. En 0, qui somme toute, ne fait Que

men-.

..

tionner le8 conqu~tes pass~es de Rolafid, c'est le geste d'un

(

(32)

t

Jo'

J

courtisàn habile, désireux de se ménager les bonnes gr~ces

de l'empereur. En effet, Roland semble bien 3tre le'favori

de l'empereur et ce favoritisme serait la source du con-fli t entre lui et Ganelon.6 ,

Dans le p~ssage où il est dés\gné ~ l'arrière-garde,

'Roland se comporte différemment dans le Rolandslied et dans la Chanson de Roland. Ce passage comprend les vers K. 3113-32, 3153-75, 3203-15 et O. 752-759, 761-770. Qans K, Roland accepte aussit8t le choix des barons qui le

dé-signent cnef de l'arri~re-garde. Il reçoit les insignes

de l'empereur, symbole de son autorit~, au nom de la sain-te Trinité (K. 3120). Pour lui, c'est une faveur immens~ qu'on vient de lui faire. Voici en effet l'occasion tant attendue ~e gagner le ciel et d'obtenir une place de choix

.ri

aupr~s du Christ (K. 3123-25). Nous pouvons comparer les"

, ' )

vers K. 3130-32 et O. 1010-14. L\ où K montre qu'un 901-dat doit aouffrir pour Dieu afin d'fttre admis parmi-les

Justes au jugement dernier, faisant ainsi ressortir l'~­

lêment chr~tien, 0 met l~accent sur le nationalis~8: le

soldat doit souffrir poùr son seigneur afin de ne pas

perdre son honneur. Donc, deux visions bien diff~rsntes

du reIs du soldat dans l'un et l'autre texte.

_ _ _ _ _ _ _ _ . . _ - - -. . --~~--:."::: .. T.WV·....,.~:w: :w;.,.., ... = ... ... ,

-, _ ~ ... ,..;a. ""

(33)

-27-Le héros du texte français est heureux de se voir

-attribuer l'arri~re-garde mais c8pandant pour des motifs

" ,

différents de ceux ,eXPfrméB en K. En effet, c'est pour lui une occasion de PIU~ de mettre en évidence ses

quali-tés de guerrier et,

part~nti

d'augmenter son honneur aux

yeux de tous. De plus,

l'~onneur

de sa famille et celui de la France y gagneront (O. 752-59). C'est le premier

\ . A (0

temps de la réactlon de ~oland. u second temps •

761-770), Roland est en col~re. Pourquoi? Parce que Ganelon

l'a nargué eh osant mettre en doute sa vaillance. Dans

son esprit, c~est une vengeance ~e Ganelon qui, co~ais­

sant les dangers inhérents ~ ce commandement, l'a placé

dans une situation où son influenc~ aupr~s pe l'empereur

se trouvera diminuée, vu son éloignement de la cour.

C'est précisément cela qui irrite Roland,

à

savoir,

que son parAtre l'a joué. Il avait la situation en main et mainten~nt, Ganèlon le met en position de défense. Sa

réponse est vive et dénote un orgueil blessé qui, ~ son 1 .

tour, cherche ~ blesser celui qui l'a offensé, afin de rester quand mftme martre de la situation.

Suite

à

cet ~pisode de la remi~ des pouvoirs à

Ro-land, on d~termin8 qui fera partie de l'.rri~re-~arde

(34)

1

-28-,

(o. 7n4-A07 et 826-828). Dans 0 (O. 784-786); Charles

propo-58

à

Roland un soutien en eff8cti~s plus que suffisant.

Ro-land refuse énergiquement. En effet ce serait là faire preu-ve de faiblesse ce qui, rat conséquent, amènerait le déshon-neur sur sa fa"mille. Il rassur,e l'empereur en lui disant: "Ja

mar crendrez nul hume a mun vivant!"

(O.

791). Ce vers témoi-gne assez de la suffisance de Roland. Le Rolandslied offre

une version diff~rente du m~me-dpisode (K. 3181-1202). Ici,

Roland ~ choisit pas arhitraire~ent ceux qui vont le

sui-vre mais il faitJplutat appe!

à

la gén~rosité de chacun;

Ce n'est donc pas rar devoir mais librement que chacun

fe-ra son choix. Enfin, il aSsure Charles qU'il n~ faillira

pas

à

la tâche qu'il a acceptée. L'honneur de l'empereur

ne sera pas dimi~uo. Nous ne retrauvonS ici aucune trace

de la

su~fisBnce

qui

~aractérisait

le

p~rsonnage

de Roland

en

0;

ROlind ne fait qu'une

~romesse:

,

celle de remplir la

t~che qui lui a été Gonfiée.

-Suite

à

ce passage, le Ro1ands1ied décrit de"façon exhaustive la tenue vestimentaire du héros. L'auteur

pro-c~de avec force détails. Un d'entre eux retient

particu1iè-rement l'attention:

daz cruee tet er'fur sich, ze rucke unt ze siten.

(K. 333'2-33)

..

Il

(35)

..

J

; .. -\~

-20-Roland met une croix sur le devant, sur Itarri~re et sur les côtés de son v~tem8nt. Donc, en plus de l'armure du

chevalier, il rev~t l'insigne distinctif du chevalier

chrétien: la croix, qui le protégera contre les attaques du démon.ttCommé 0 ne fait pas mention de ce détail, nous pouvons penser que c'est un ajout de l'auteur.8 Ce dernier

nou~ présente donc ici non pas un soldat ordinaire mais un crois6. Los passages qui, depuis le début, nous 1nci-

.

taient

à

penser que le Rolands1ied décrivait les divers

préparatifs

à

une guerre sainte d~ la chrétieNté contre

les patens, réçoivent une précision supplémentaire par le détail vestimentaire que nous venons de méntionner.

1

Nous som~es en prpsence d'une croisade.

Nous devons maintenant mentionner un passage propre au Rolandslied (K. 4167-4216). Ce passage est celui où

Roland et ses soldats, apr~s avoir repoussé une attaque

de~ patens, les poursuivent jusqu'en leurs retranchements.

Vainqueurs, les chrétiens ne détruisent qu'une chose: le temple ab'r i tant 18s dieux palens. Roland st adresse alors

personnellement ~ Mahomet et l'injurie. Puisque Mahomet

~st, pour Roland, le r~pré8entant de Satan, il est juste

et m~me essentiel que son temple soit rasé. Ceci fait, il

)

(36)

~

..

~ h " .•

-10-ma t éd elles qui s' y ,Jxpuven t : lat iu dilze golt rbt

wesen ummare,

(K.J4198-99)

car cela n'est d'aucun secours pour les chrétiens:

"1z

nemac uns Z8 gote nicht gefrumen," (K~ 4204). Ils n'ont

en effet pas encore achevé leur t~che. Seulement apr~s

avoir anéanti les p~!8ns rourront-ils s'accaparer ces

ri-chasses auxquelles ils ont droit en tant que.v~inqueurs:

unt habet daz ur16p,

swer morgen

ze

dirre

zIt

lebe, dAZ er im selbe neme,

(K. 4206-08)

A nouveau, l'idée du combat contre Satan revient, tel un

leitm8tiv. À plusieurs reprises au cours du combat, R~land

s'adresse ~ ses hommes et les encourage

à

frapper avec ar-deur. Ceci s'av~re exact et pour le ROlandslied et pour la Chanson de Roland., Toutefois, i l se glisse une nuance

entre les deux-textes. En effet da~s la Chanson de Roland

(O. 1462-66), Roland s'adresse ~ Olivier et lui demande de

frapper du mieux qu'il peut afin que l'honneur de leur

ar-me re8pective, ~ savoir Durendal et Hauteclairs, ne soit

pas terni, et partant, que l'honneur de la France

ne

soit pas diminuE:1;-Le Rolapdslied (K. 5~40-5e) di ff~re de 0 par

,

(37)

~--

-::n-la -::n-langueur du passage et par l'esprit qui l'anime. En effet, Roland s'adresse alors ~ tous ses hommes et non pas uniquement à Olivier comme en O. Il leur recommande

~

de-bien frapper sur les palens et il prend le Pr~tre

su-pr~me

à

témoin; il demande pardon pour ses péchés et

ter-.

~ine par ces pareles: "der tiuel wirt a~ uQs ,geschendetJ"

(K. 5258). Ces paroles constituent la grand~ différence

entre les, deux textes. Alors qu'en 0 les héros se battent f

afin de ne pas perdre leur honneur, en K on se bat pour infliger au diable le plus de dommage possible. Dans 0, le sens de l'action est négatif alprs qu'en K, il est po-aitif.

Le passage suivant raconte l'éloge de Roland par Tur-pin. Entre les deux textes, pau ou pas de ressemblance. tel-lement les aapects de l'éloge diff~rent de l'un

à

l'autre.

"

Dèna la Chanson de Roland, Turpin stattache,à tI~crlre le

".

comportument du chevalier idé~l au combat, comportement.

qu'il prend sur le mod~le de Roland (O. 1876-82). Da~s le Rolandslied, c'est toujours l'éloge de Roland certes, mais

.

"

c'est celle du chrétien Roland. Les paroles:

.

'nu lone dir selbe min trechtih. du aterchest uns woi in der gotea

1.

(38)

. ,

J

n'ont

-')2-din IJille ist ;:dso aroz,

i ~uite ~irstu sente Laurentien gonoz,

den di haiden uf ~Qm roste pranten.'

rien

è

voir ,

,

,

, (1<. IiHl5-9n)

avec la description d'un -soldat

ordin~i-r 8;' e Ile S son t l' ~ log e d J une h r é t i en. Les m b t s de c

èt;.

t e

déclar8tion sont tous lourds de sens et chacun des vers

'"

est une affirmation directe. De rlus, crs paroles rrovenant de la bouche d'un év~que dont il est dit:

daz was der rAchte chBmphe, dos heiligen CristBs schenChB.

'"

(K. 51S9-6rJ)

marquent une ncttè différence ~~avec la version d'Oxford

o~ Tu~pin parait davantage baron-~uerrier qu'~v~que.

1.

Les vers K. 6356-66 renferment o ~n' substancip le c'on-1 tenu des vers O. 1922-31. Roland annonce qu'il est mafnte-nant cQnvaincu que tous devront rester sur le champ de

ba-taille, que pas un ntéchappera vivant ~ la bataille. Dans

les deux textes, Roland parle de martyre: ••• : "Ci recevrums martyrie,

(o.

1922)

et

1

si vellent~ gemar~teret verden.

(39)

...,..

--.

ô

o

-')3-ouch scule wir ersterben.

(K. 6358-59)

,

. Il est cependant ~ remarquer qu'en 0, martyrie d~signe

le genre de mort qu~devront endurer Les français alors

.qu'en

K,

gemarteret wQrden réf~re --assez ironiquement

semble-t-il--

à

la mort des pa!ens. Un peu plus loin daps

les texte~, Roland recommande son Ame ~·Dieu.

En K,

il

ajoute:

uns rechent di Karlihge.

(K. 6363)

et en 0:

De Sarrazins verrat tel discipline, Cuntre un deB noz en truverat morz .XV.,

(o.

1929-30)

Dans le premie'r ces, la vengeance sera , réalis~e par les Caroiiogiens lor.squ'ils arriverqnt avec Charles sur 'les lieux du ddsastre; dans le second cas, Charles constatera,

à

son arrivée

s~r.

les lieux, comment Roland et les siens

'

.

....

se se'ront eux-:~~.A~s. ven~~s des pa!ens. Dorre, en

K,

Roland et ses hommes ssrbattent du mieux qu'ils peuvent, en vrais

~.~

'soldàts du Christ, laissant

à

d'autres léS acteB de

ven-•

geance. En 0, Rolan~ doit accomplir lui-mime la vengeance,

b!

sinon, son honneur et celui des siens' sera fldtr!~ Ce

pa8sa-i'

ge du texte allemand est plus long' que celu~te

fran-.

1 F , ( . 8414 _ , • , 1

'1

!

(40)

· /

,\

1

"1. • i

-34-çais et nous pouvons considérer certains 'de ces vers

com-"'t t ~ ' . . t ' I l 9 E 0 l' t' t

me ~ an a consonanc 8 splrl ue 8. n 1 - BC lon se

er-,

mine aVéc la convictipn de Roiand que Charles, ~ son arri-vée sur la sc~ne du comb8t, sera content d~ leur ~ction

èt

qU'il les bénira, lui et ses hommes, pour-l'~xcellent t!avail qu'ils auront accompli. C'est différent en K o~ Charles devient celui qui s'occupera d~ l'~me des héros

~ t::I .

disparus. Nous voyons?! nouveau que 'c'8tte taço.n \ ' a l'au-teur de voir les choses d?ns l'optique

c~réti~nne)fait

la plus grande différence entre les deux textes~ Alors que la

Q •

Chanso" de Roland s'occupe surtout de l'honneur de la

Fran-> r '!.

ce et des Français, i.e., ~ ent~tenir

ie

sentiment d'orgueil national, le Rolandsliad .se préoccupe dava"tage de l' aap,ect

t'î

spirituel de la situation, s'attachant de tr~s pr~s ,

à

l'~-me, le. corps n'étant que l'enveloppe nécessaire ~ la pour-t

suite de l'action terrestre, sans-plu~. Les vers subsé-quenta. sont un élargissement de la pensée des vers

'précé--" -

..

~~

dents:

Rol~nd

promet

TrOl'1.'_~~

les Sarrasins pour

~

---

---le plaisir de tuer des Sarrasins ma~biBn-·~t de tuer

1

---::--=-=--

~

.

des palens afin' de les envoyer en

.~nfer· rBjoindre-~9tH'-JRê~

.. tre, Satan (K. 6361-71). Urie fois de plus, le miles dei

s'est manifesté.

\

Plus loin. le:chevalier Gautier revient seul de la "

.

• 1 ... 1.1,uc:... 1 1 ifU)

1

j

:Jf:

.'

.

(41)

"

1

-35-mission ~ui lui avait ~té confiée par Roland (~. 2040-53 et K. 6528-71). Apr~s avoir ~couté le compte rendu de la

missio~ du chevalier, Roland lui montre l'ampleur et le

caract~re critique de la situation dans laquelle ils se

,

trouvent. Il n'est maintenant plus question de reculer ou de tuer le plus de palens possible: ils doivent se pré-parer

?!

la mort en vr ai s chré t ie ns (K. 6575-79). ''ce souci constant de préparation ~ le vie future est étrang~ra

?!

o.

Roland insiste beaucoup sur la crainte de ne pas avoir

to--~a-l-ement fait ce qu'il fallait pour mériter le ciel. Ses,

paroles font ressortir t'imminence de la mort qui les at-tend et le peu de temps qui leur est en~ore alloué pour

gagner de façon certaine une place de choix au ciel. Les mots: "du sumis t uns

ze

lange 1 n( K ~ 6580) le la'issent bien

entandre. Ce qui importe donc dans ce supplément de vers en K par rapport ~ 0, c'est que Roland est convaincu que lui et se-s com,pagnons devront subir le martyre, afin de mé-riter le ciel.

les,derniers éléments que nous tenterons de faire

ressortir ont trait

à

la mort de Roland. Disons d'abord que le texte alle~and est plus long qua le texte français. En effet, la Version K comporte deux cent cinquante-deux

vers que

a

n'en a que cent 'trente-sapt.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ --~~=_~_..."=_r.:i.~ . .,.. .... ~~, .... W'.~_.,.)"" .• _..,.,,,~= .. ± _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ~

(42)

i

~

-36-L'a~teur normand "dépeint Roland sur le champ de ba-t,aille: la cervelle lui sort par le9 oreilles (O." 2260); il est couché SUT l'herbe ot il se p~m9 (O. 2269-701. Le pr~tre Konrad n'inclut pas de détails de cet ordre; il

,

nous p~rle simplement de l'attitude de Roland (K. 6773).

Selon les deux textes, Roland s'est éloigné du champ de bataille (O. 2265-66 et K. 6771-72, 6791-92) et a pris dans ses mains l'~lifant et Durendal (O. 2263-64 et K.

6775-77). Toutefai,s, le vers O. 2263 comporte

Un

déta'il

supplé-mentaire ~ui fait ressortir la préoccupation de Roland.

Il a saisi l'olifant àfin de ne s'attirer aucun"reproche

~

de la part de l'empereur et des siens. Naus reconnaissons bien à ce détail le souci qu'il a de conserver l'honneur par-dessus tout. Cette préoccupation devient presque une

han t i sep u i s que, ~c 0 mm e no u s l' a von s 11 u a u ver s,O. 1014, 1 a

poursui te ,de l' honneur est 10 orincipe directeur de son

acti~'

dans la Chanson de Roland.

Plus loin, lorsqu'il s' adres~e au Salrrasin qui -vou-lait s'emparer de l'olifant comme butin de guerre et qu'il

.

a tué' (O. 2292-94 et K. 6802-03), le texte allemand met

dans'la bouche ~e Roland des parol~s de mal~diction

en-vers ce paIen: " ••• : 'daz dv habls uMdanc," (K. 6802) •

(43)

:pa ; , (Jo .•

....

-'37-/ (

Le texte français ne rapporte pas de telles paroles; il '

laisse sous-entendre que l'honnevr aurait pu ~tre flétri

mai~

il ne le sera pas

1

cause du geste dé Roland: "Ne l'orrat hume ne t'en tienget por fol." (O. 2294).

Les év~nements qui entourent la prise de possession

de Durandal par Roland servent ~ faire ressortir l'idée

du pr~tre Konrad. En 0, Dieu fait dire ~ Charles par un

ange qu'il doit remettre Durendal ~ l'un de ses

capitai-ne9 (O. 2318-20); Charles remet l'~pée ~ Roland (O. 2321).

En

K (K.

6862-69), "l'auteur insiste sur le fait que l'ange

du Seigneur ordonne ~ Charles de remettre cette épée ~

Roland. L'ange ordonne m~me ~ çe dernier (K. 6865) de com-battre pour les veuves et les orphelins

(K.

6868). La

dif-férence majeure entre ce m~me passage des deux textes

ré-side dans le fait qu'en 0, Charles décide lui-m~me de don-ner Durandal à Roland alors qu'en K, le Ciel désigne Ro-land comme étant celui qui mérite l'épée, lui dictant par

..

la suite sa ligne de conduite.

Le texte allemand reprend dans les vers K. ~B81-88

,

l'idée déjà émise au vera K. 6866: l'ordre de départ. ,Com-perons:

(44)

1)

,

Karln den kaiser

ze beschirmen witewen unt waisen

(K. 6866-68)

1 ~: "der gebot mir dise heFuart." (K. 6884). Le sujet res-pectif de chacun des verbes est d'origine céleste. Dans

le vers K. 6866, le sujet

!I.

c'est un ange (engel: K. 6863);

dans le vers K. 6884, le sujet der, c'est Dieu lui-m~me

(!l-denherren: K. 6882). L'ordre Signifié par le premier verbe

ne se réalise pas dans le texte alors que celui du second

verbe représente la'vie m~me de Roland,i.e.,le combat de

tous les instants qu'il m~n8 depuis son entrée au service de l'empereur et, par conséquent, depuis qu'il lutte contre les pa!ens. Roland agit donc directement sous les ordres de Dieu.

Roland tient

à

ce que son épée ne tombe pas entre des mains ennemies. Dans ce passage correspondant aux verp D. 2297-2354 et K. 6805-20, 6881-82, leS préoccupations

.

antérieures de Roland réapparaissent. D'abord, l'~pée ne

. doit pas aller

à

l'ennemi: O. 2309, 2336, 2349 et 2351. Le / premier de ces vers: "Ne vos ait hume ki pur altre fuiet!"

(o.

2309) est une allusion directe aux palens. En effet,

Roland a

déj~,

dans des passages

préc~dents,lO qualifi~

les palens de fuyards. La texte allemand ne comporte que

!Di M , "SA 4f tG.

(45)

1 / / /

/

1

/

, 1 /

-39-li.

vers

K. ,60.19.

Cependant, les motifs de Roland

y

sont

1

diffE~rents. En 0, il disait:'

I

l ' ::::: ::::::

:~::r l:~:::t::n::i;::n::~:igne.

(O. 2336-37) ., li

[n sommo, il ~ peur do perdre son honneur puis, peur de voir la Franco perdre 10 sirn. Ln texte allemand n'6voqu8 pao co souci constant de l'honneur personnel que nous

ro-trouvons inv~ri~hlem8nt dans le texto f~ançais. Dans le

ver s: " d él Z IJ i l i chi m Cl r 9 0 t 8 chI a 9 El n. '" ( K. G r; 2 [J ) , RoI <1 n d ressent une gr8ndo doule'ur

'3

l' idéo quo la chr~tienté, pqùt~ ,

.

rait souffri. ~ cau~e de Durandal, cotto épée qui, dans des mains palannes sous l'égide de Satan, se tournerait

\..

contre les chrôtian$.

L~attitude de Roland face ~ la mort, i.e., son

compor-tement de chrétien,. a fait l'objet de plusieurs article~,

du moins en ce qui concerne Roland dans la version

d'Ox-ford.ll Certains de

c~s

auteurs dont D.D.R. Owen ne voient_, ,

en lui qu'un simple chrétien mourant comme tout chr~ti~n

selon le liturgie des agonisants. Nous ne ferons qU8

rap-peler bri~vement l'objet de ce différent.

)

Les faits d'abord. Roland, s' ~tant rendu coupa6'le ,de

(46)

{ o \ . $ -40-

..

-

-démesure on sc fiant trop ~ sris capAcit~s pArsonnel~es,

condamne ~ unp mort certaine toute l'arri~rQ-garde et

f

ses chefs.12 Solon' les premiers Au':.eurs,13 Roland se serMit repenti de ce geste et, à l'heu~e dG Ja mort,

au-rait demandé pardon ~ DiQU pour CQ p6ché, gagnant ainsi

II ..

le ciel. Les seconds auteurs pour leur part, ne voient

dans Ir geste de flolanrl b8ttrint' S:1 coulpe 'et demandant ,

r~rdon pour SPS r~ch~s que l'nttitude qu'a tout chr~tien

face ~ 18 mort, c('11o do recommander son âme ~ Diau:

.s.2.!:l-mendatio animis ad doum, ot de lui demander pardon~pour

tous los p~ch0s commis ~enrlant la vie, i.o., une confession

génrrZ1le 'ni r1us ni mClins. SZ1ns doute l' <:lvis des s080nds

nuteurs 50 tanrroche-t-il plus du,texte qU0 celui des

pre-miers ne 10 fait~ Nous comrarerbns donc 'd;Jns leur ortiquo

l'attitude de Roland face à la mort imminente.

Dans la Chanson de Roland, Rol~nd se couche

pAr-dessus ses armes, [ace contre t~rre (O. 2358-59), la t~te

tournée vors l'Espagne (O. 2360, 2367) afin que les siens

disent qu'il est ~ort en vainqueur (O. 2]61-63). D'autre

part, le'Rolandslied nous rapporte: "R~lant uiel in cru-cestal." (K. 6895~. Le héros prend donc deux attitudes

cor-,

porelles différentes

à

l'article de la mort. D'abord en

0, un sbldat agonisant, plus que jamais soucieux de son

,

1

(47)

f

-L.l- 1

honneur pf'rsonnel puis, en K, un sol-dat chrétien gisant 1 e 5 h r i1 S Èl n c roi x • 15 Cet t e der n i

~

r e a t t i t u,d e est con for me

au signe de la croix sous lequel s'inscr~~ait cette

campa-gne. L'~ttitud8 du mourant, les bras en croix, rappelle

sans l'ombre d'un doute 'celle du Christ allongé sur la

'croix, souffrant le ma~~yre. Elle confirme ainsi~Ie

carac-t~re hautement chrétien du héros.

Nous rourrions dire que, dans la version d'Oxford, Roland, gisant face contre terre qui: "Cleimet sa culpe e menut e suverft,1I (O. 216'4) et qui: "Pur ses pecchez Deu

• 16

-en puroffrid li guant.ADI." (O. 2365), avait un

comparte-li

ment équivalant bien ~ celui décrit par les vers

correspon-da~~s dans la version allemande. Toutefois, nous remarquons

que l'att~tude de Roland en K est beaucou~ plus empreints

p'humilit~ qu'en D (K. 6885-0n). Dans ces vers, il

recon-- na!t que tous ses biens terrestres lui viennent de Dieu. Il les lui rend parce qu'ils ne lui,appartiennent pas: ce

~

n'était en somme que des talents que Dieu lui avait remis

afin qu'JI s'en servit ~ les faire fructifier en propageant

le royaume de Dieu, Comme dans la Parabolè des talents,l?

Roland rend

à

son Maitre les talents qu'il avait reçus.

figurant ainsi en vrai chrêtien.

(48)

au " ,

Roland va bie~tet mourir. Son attitude fac~ ~ la

mort est introduite en 0 par: "De plusurs choses a

re-~

membrer li prist," (O. 2377) et en K par: "er sprach:'her-re, •••• ". (K. 6896). Dans la Chanson da ROland, le héros se souvient de ses conqu~tes

(ri.

2378), de la France et des hommes de son lignage

(O.

2379), enfin, de Chijrle-magne (O. 2380); Puis, il se met) prier pour le s~~ut de

18

son âme. >

Le Rolaridslied est différent. Il oppose er sprach

~ remembrer; l'attitude de Roland n'est donc pas la

m~-me. Ici, Roland ne pense pas àu passé: il prie. Cette , priè~

re, il l'adresse) Dieu pour le salut de son 3~e d'abord,

puis pour Charles. Cette partie de,la prière à l'intention

de Charles a ceci de particulier qu'elle comporte deux

as-pects. Dans un premier temps, Roland demande au Seigneur de soutenir la justice de l'empereur Bt d'écraser ses

ad-versaires (K. 6904-08); danS un deuxième temps, il Lui

de-mande d'aider Charles ~ vaincre pour la plus grande gloire

de Dieu.

Nous remarquons aussi la dimension plus vaste de la prière de Roland en K. Il prie pour les Karlinge (K. ~909),

Figure

tableau  plus  alarman.t  de  la  si tuation  (O.  2077-82)  JI'  Tou- Tou-te  l'armure  du  héros  est  bris~e;  il  est  blessé  à  la  tAte,  90n  corps  est  ,  transpefc~  de  quatre  ~pi~ux;  sa  monture  a

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