Roland Hubert
Co-Secrétaire Général du SNES Mireille Breton
Secrétaire nationale à
Monsieur Xavier Darcos
Ministre de l’Education Nationale 101, rue de Grenelle
75357 Paris Cedex 07
A Paris, le 17 janvier 2008
Monsieur le Ministre,
Les dates des épreuves du baccalauréat 2008 publiées au Bulletin Officiel appellent de notre part plusieurs remarques et demandes, sur le plan national et dans les académies expérimentales.
En tant qu'enseignants, nous sommes évidemment attachés à ce que nos élèves reçoivent la meilleure formation possible et que le temps dévolu à la formation soit utilisé au mieux. Cet objectif suppose un traitement dans la rigueur et la transparence.
Vous nous permettrez néanmoins de rapprocher ces choix affichés des réductions des horaires annuels demandés dans les audits en raison de comparaisons internationales, pour en interroger la cohérence.
Nous avons déjà exprimé notre désapprobation sur la méthode : vous avez annoncé une expérimentation, et vous imposez dans la foulée, sur l’ensemble du pays, des changements sensibles sans concertation ; ce n’est pas notre conception du dialogue.
Nous tenons à vous faire part également de nos réserves sur certains points précis du calendrier et sur le fond, afin que ces modifications se fassent dans le respect des élèves, des personnels et du baccalauréat.
En ce qui concerne les points précis du calendrier, nous avons bien noté la modification de l’ordre des épreuves. Si une ou deux journées de correction semblent « accordées » en plus aux collègues de certaines disciplines, la majorité verra son temps de correction réduit.
Nous tenons à attirer tout particulièrement votre attention sur 3 points :
1) Il ne nous semble pas acceptable que les élèves de première littéraire aient leurs trois épreuves anticipées le même jour, ce qui est très lourd. De toute évidence, cette organisation est d’ailleurs rendue quasi impossible du fait du tiers temps dont doivent pouvoir bénéficier certains élèves. Cela reviendrait à faire les trois épreuves pratiquement en continu.
2) Les modifications dans l’ordre des épreuves apportées à la série S sont-elles le fruit d’une réflexion pédagogique ? Il paraît très lourd pour les élèves d’avoir dans la même journée ( le mercredi 18) deux épreuves scientifiques, ce qui les ferait travailler de 8H du matin à 18H, avec reprise d’une journée entière le lendemain.
3) En Philosophie et en Français, le temps de correction serait encore réduit alors même que les enseignants ont déjà exprimé leur demande d’un allongement du temps de correction les années précédentes. C’est inacceptable.
Sur le fond, si nous sommes favorables à la recherche de solutions véritables permettant aux élèves de poursuivre les cours en juin, certaines propositions faites dans les académies expérimentales nous interrogent : quel bénéfice tirer d’une réorganisation quasi-totale des emplois du temps qui intègrent la mission d’examinateurs des enseignants, voire d’un déplacement des classes de Seconde dans des salles d’un collège voisin avec quelles conséquences pour ces collèges et quelle efficacité pour les élèves ? Mais surtout la question des conditions dans lesquelles se ferait l’orientation des élèves en fin de seconde nous inquiète : anticiper par exemple les décisions du conseil de classe pour faire remplir en amont des dossiers d’orientation ne nous paraît pas raisonnable ou « bâcler » ces conseils à la dernière minute ne serait pas acceptable.
Dans les départements expérimentaux, aux missions de correction s’ajouteraient des cours que devraient continuer à assurer les mêmes enseignants, les conseils de classe et, au moins en partie, la surveillance des épreuves ! C’est méconnaître nos métiers que penser qu’au motif de «gagner plus » il serait possible d’alourdir indéfiniment sans conséquences les tâches des enseignants.
Pour ce qui est du baccalauréat : ce diplôme, premier grade universitaire, exige une organisation méticuleuse et une grande rigueur. Les équipes de direction ont rappelé que c’est la période de l’année où elles doivent se concentrer sur cette organisation et sur les procédures, déjà bien avancées, d’orientation. « Charger la barque » à ce moment-là, c’est ne pas se donner les meilleures conditions de la réussite. Nous ne pourrions accepter que ces nouvelles formes d’organisation contribuent à souligner
« l'infaisabilité » d'un examen terminal et accentuer la tendance à renforcer le contrôle en cours de formation, voire le contrôle continu.
C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, nous vous demandons une révision de ce calendrier. Nous souhaitons que le Ministère intervienne auprès des Recteurs pour demander que le nombre de copies par examinateur soit réduit dans les disciplines dont le temps de correction est insuffisant. Dans les académies et départements expérimentaux, nous demandons que les sections académiques du snes soient régulièrement consultées et entendues sur l’expérimentation.
Roland Hubert Mireille Breton