B) Chez le mammifère
1.2 LA TRANSFERRINE ET LE METABOLISME DU FER
1.2.1 Fer et métabolisme
L'évolution des organismes montre une longue dépendance du fer, surtout après que le
fer disponible a diminué suite à la présence d'oxygène atmosphérique. Le fer possède deux
états d'oxydation stables en solution aqueuse, le fer ferreux, Fe(II), et le fer ferrique, Fe(III).
Cette propriété lui permet de jouer un rôle crucial dans les réactions biologiques (par exemple,
le transfert d'oxygène (hémoglobine, myoglobine), le transfert d'électrons (cytochromes), la
fixation de l'azote (nitrogénase), et la synthèse d'ADN (ribonucléotide réductase)). La solu
bilité du fer est devenue un véritable problème il y a 2,5 milliards d'armées quand l'eau a
commencé à être utilisée comme source d'hydrogène pour la photosynthèse. L'02 produit par
la photosynthèse, véritable polluant pour les organismes dépendants du fer, a crée un dilemme
pour ces organismes. Ceux-ci ont dû soit migrer vers des envirotmements moins hostiles
dépourvus d'02, soit s'accommoder de la basse solubilité du fer ferrique produit par l'02 à
partir du fer ferreux (Fe(III) est lO'^ moins soluble que Fe(Il)). C'est pourquoi, on trouve dans
la plupart des organismes procaryotes et eucaryotes, une large protéine cytoplasmique, la
ferritine, qui stocke le fer dans les cellules et le maintient dans une forme soluble
(Fe(IIl)O.OH) utilisable pour les réactions biochimiques requérant du fer (revue: Theil, 1987).
Introduction
1.2.2 Les transferrines
Comme dans le sérum des vertébrés le fer ferrique disponible est présent en faible
concentration, les organismes ont évolué en synthétisant des molécules chélatrices de fer
permettant la capture, la séquestration et la solubilisation du fer (sidérophores des procaryo-
tes, transferrines des mammifères) (Aisen & Litowsky, 1980). Notons que les transferrines
sont de petites molécules qui fixent jusqu'à deux atomes de fer (~ 80 kDa) par rapport aux
ferritines sphériques (~ 450 kDa) qui constituent de véritables réservoirs pouvant contenir
jusqu'à 4500 atomes de fer/molécule. Ces propriétés font que les transferrines interviennent
principalement dans la mobilisation du fer à l'intérieur de la cellule et entre cellules. Le
recyclage par les macrophages du fer à partir des érythrocytes vieillis illustre l'importance
considérable de la transferrine et de la ferritine chez l'homme. Chaque jour, chez un homme,
plus de 10^^ érythrocytes vieillis se font phagocyter par les macrophages. Sur les 0,54
mmoles de fer que contiennent les érythrocytes, 90% sont convertis par les macrophages en
ferritine, qui largue lentement le fer à l'apo-transferrine. Ensuite, l'holo-transferrine délivre le
fer aux érythrocytes immatures, bouclant ainsi le cycle (Theil, 1987).
Plusieurs transferrines ont été identifiées à ce jour. Cela inclut la transferrine sérique, la
lactoferrine trouvée dans le lait, les leucocytes et d'autres sécrétions, l'ovotransferrine trouvée
dans le blanc d'oeuf, et finalement la melanotransferrine, véritable récepteur de fer lié à la
membrane plasmique des cellules de mélanome humain, par un radical glycosylphosphatidyl-
inositol (GPI) (revues: Huebers & Finch, 1987; Rose, et al, 1986; Kennard, et al, 1995).
Toutes les transferrines, en particulier la lactoferrine et l'ovotransferrine, peuvent jouer un rôle
bactériostatique lors d'infection bactérienne en contrôlant les niveaux de fer utilisable par les
cellules. En outre, la transferrine sérique est la principale protéine transporteuse de fer chez les
vertébrés. Outre sa fonction de transport, la transferrine sérique jouerait un rôle secondaire
indépendant dans la stimulation de la prolifération cellulaire. Ce rôle serait joué par l'exon 2 de
la transferrine sérique qui possède des homologies de structure avec des protéines transform
antes de lymphocytes B de poulet et humaines (ChBlym-I et HuBlym-I), dont la seconde est
associée au lymphome de Burkitt (Bailey et al, 1988). Ainsi chez les vertébrés, la transferrine
sérique représente la principale voie d'acheminement du fer ferrique depuis les sites d'absorp
tion et de dégradation de l'hème (épithélium intestinal), jusqu'aux sites de stockage et d'utilisa
tion (système hématopoïétique) (revue: Thorstensen & Romslo, 1990).
Les transferrines sériques sont des glycoprotéines composées d'une seule chaîne poly
peptidique de ~ 80 kDa. Elles possèdent deux lobes similaires partageant ~ 40% d'identité de
séquence. Ces deux lobes sont reliés par une courte chaîne qui peut être protéolysée pour
produire deux demi-molécules N et C-terminales. Chaque lobe est capable de fixer par liaison
de coordination une molécule de fer ferrique (Bailey et al, 1988). Les transferrines sériques
Introduction
fixent le fer ferrique avec une très haute affinité au dessus de pH 6 (ATa de 10^2 à pH 7,4;
Aisen & Litowsky, 1980), mais en dessous de cette valeur le larguent très rapidement.
1.2.3 Endocytoses et récepteurs de transferrine chez les cellules de mammifères
1.2.3.1 Endocytoses chez les mammifères (revues: Dautry-Varsat & Lodish, 1984;
Smythe & Warren, 1991; Robinson, 1994)
Les cellules d'un organisme multicellulaire baignent dans un milieu aqueux, dérivé du
sang, très riche en molécules diverses. Beaucoup de ces ingrédients se trouvent en concen
trations très basses. Certains d'entre eux sont nécessaires aux cellules pour les biosynthèses
(a.a. et vitamines...), d'autres délivrent des signaux intercellulaires spécifiques (hormones),
d'autres enfin sont des produits sans intérêt pour la cellule voire même des substances
toxiques. Dans ce contexte, chaque cellule doit extraire du milieu extracellulaire les substances
dont elle a besoin et rejeter le reste.
La membrane plasmique de la cellule joue le rôle de tamis moléculaire en contrôlant les
trafics avec le milieu et avec les autres cellules. Comme toutes les membranes biologiques, la
membrane plasmique est principalement constituée par une bicouche de molécules phospho
lipidiques entre lesquelles se trouvent réparties toute une variété de protéines. Une des
fonctions majeures de cette membrane est de faciliter l'entrée sélective de molécules solubles à
travers la bicouche lipidique imperméable. Les ions, les petites molécules solubles comme les
acides aminés et les sucres diffusent simplement à travers la membrane ou sont pompés à
travers des canaux spécialisés de la membrane (perméases). En ce qui concerne les larges
molécules, celles-ci sont transportées à l'intérieur de la cellule par l'intermédiaire d'un méca
nisme différent appelé endocytose par lequel les macromolécules sont entourées par la
membrane plasmique avant d'être progressivement internalisées par l'intermédiaire de vésicules
formées par cette membrane. Classiquement, on distingue trois types différents d'endocytose.
Dans la phagocytose, la liaison d'une très large molécule ou d'un complexe moléculaire à
la surface de la cellule déclenche une expansion de la membrane autour de l'objet (pseudo
podes) qui est progressivement incorporé dans une vésicule naissant d'une invagination de la
membrane appelé le phagosome, généralement d'une taille supérieure à 250 nm mais pouvant
aller jusqu'à plusieurs |0.ms de diamètre. Ce système d'endocytose est largement répandu chez
les protistes (ingestion de bactéries) et chez toutes les cellules devant ingérer des nutriments
de très grande taille (macrophages,...).
La pinocytose est un processus différent qui résulte d'une internalisation non spécifi
que de fluide extracellulaire. Dans ce processus, une mini-gouttelette de liquide est entourée
par une in\’agination de la membrane plasmique et est internalisée dans une vésicule d'une taille
qui est généralement <150 nm de diamètre. Contrairement à la phagocytose qui requiert des
Introduction
récepteurs spécifiques dont l'activation déclenche la formation de pseudopodes, la pinocytose
est un processus constitutif qui se produit de manière continue. Le taux d'internalisation de
membrane plasmique réalisée par l'intermédiaire de ce processus varie considérablement d'une
cellule à l'autre (par exemple, le macrophage peut ingérer 100% de sa membrane plasmique en
l'espace de deux heures).
En contraste avec les deux processus d'endocytose que nous venons de décrire, l'endo
cytose réalisée par l'intermédiaire d'un récepteur (RME, receptor-mediated endocytosis) est
extrêmement spécifique. Les récepteurs sont des protéines de membrane et chacune d'entre
elles possède au moins un domaine de fixation pour un ligand particulier: une protéine ou une
petite particule. Alors que le ligand se trouve en faible concentration parmi toutes une série
d'autres molécules composant le milieu extracellulaire, le récepteur fixe spécifiquement et
rapidement son ligand. Après la fixation en surface des ligands sur les récepteurs transmembra
naires, les complexes récepteur-ligand sont regroupés dans des puits "mantelés" qui sont des
invaginations de la membrane plasmique épaissies du côté cytoplasmique (coated pits). Parmi
les molécules internalisées par l'intermédiaire de récepteurs spécifiques sont inclus des
nutriments (LDL (low density lipoprotein) et Tf), des facteurs de croissance (EGF), des
hormones (insuline), certains virus et d'autres antigènes étrangers. Le composant majeur du
manteau est une protéine complexe, appelée clathrine, qui interagit avec la queue cytopla
smique du récepteur via des complexes protéiques appelés "adaptors" (a-adaptine, P-adapti-
ne, AP50 et AP 17) autres constituants protéiques du manteau impliqués dans la liaison du
manteau de clathrine à la membrane plasmique et dans la capture spécifique des récepteurs à
l'intérieur des vésicules (Pearse, 1988; Trowbridge, 1991). La clathrine est composée de 6
chaînes polypeptidiques (3 chaînes légères de 30-40 kDa et trois chaînes lourdes de 180 kDa)
qui, ensemble, forment une structure "à trois bras" appelée triskelion (Brodsky, 1988). Les
triskelions de clathrine s'assemblent en une corbeille convexe formée de pentagones et
d'hexagones. La croissance et le réarrangement de ce treillis de clathrine cause une invagination
du puits. L'invagination, suivie de la fermeture du puits, processus dans lequel est impliqué
une protéine GTPase (dynamine), conduit au largage intracytoplasmique d'une vésicule "man-
telée" (coated vesicle) qui transporte le ligand dans le cellule. La vésicule "mantelée" perd
rapidement son manteau et la vésicule d'endocytose résultante délivre son contenu aux
endosomes précoces. Là, les récepteurs et les ligands peuvent avoir différentes destinations.
Ils peuvent être déli\Tés à des lysosomes, dans lesquels ils seront dégradés. Alternativement,
ils peuvent être transportés dans des granules de stockage (par exemple, la vitellogénine est
transportée et cristallisée dans des granules formant les plaquettes vitellines de l'oocyte de
Xénope; Busson et al. 1989). Quant aux récepteurs, ils peuvent être soit dégradés, soit
recyclés en surface pour subir d'autres cycles d'endocytose.
En réalité, la dichotomie entre pinocytose et endocytose réalisée par l'intermédiaire de
récepteurs n'est pas aussi nette qu'il y paraît et est sujette à controverse (Watts & Marsh,
Introduction
1992). En effet, lors de l'invagination des puits "mantelés", une partie du fluide extracellulaire
est emprisonnée et par conséquent, des substances dissoutes du fluide extracellulaire sont
internalisées via les vésicules à clathrine. Ce processus contribue à l'endocytose "phase-fluide"
de la cellule. Ainsi, la formation de vésicules "mantelées" peut être responsable, à la fois, de
l'endocytose spécifique (RME) et de la pinocytose. C'est pourquoi, certains auteurs considè
rent qu'il y a seulement deux types d'endocytose: la pinocytose se faisant de manière consti
tutive (pinocytose "phase-fluide" continue couplée à la pinocytose adsorptive ou RME) et la
phagocytose induite par des ligands. Cependant, il apparaît de plus en plus clairement que des
mécanismes pinocytotiques clathrine-indépendants {via des vésicules lisses) interviennent
dans l'endocytose "phase-fluide" (Watts & Marsh, 1992). Par ailleurs, on peut induire par des
esters de phorbol ou des facteurs de croissance l'endocytose "phase-fluide" (Swanson et al,
1985). Dans ce cas, on parlera plutôt de macropinocytose car les vésicules peuvent avoir une
taille de plusieurs pm de diamètre.
En outre, contrairement aux processus d'endocytose faisant intervenir des vésicules "à man
teau", les macropinocytoses et pinocytoses clathrine-indépendantes semblent faire intervenir
un mécanisme de type actine-tubuline, comme le montre la sensibilité de ces endocytoses à la
cytochalasine D et à la colchicine.
Pour terminer, notons qu'il existe un autre type d'endocytose (potocytose) réalisé par
l'intermédiaire de récepteurs ancrés à la membrane par un radical GPI (récepteur de l'acide 5-
méthyltétrahydrofolique) au niveau de microinvaginations de la membrane (caveolae) (Roth-
berg, 1990; 1992). Cependant, dans ce cas les microinvaginations ne quittent pas la surface
cellulaire pour rejoindre les endosomes précoces. Par conséquent, le rôle des "caveoli" reste
très limité dans les processus d'endocytose et est considéré distinct des chemins d'endocytose
dépendant ou indépendant de la clathrine.
1.2.3.2 Récepteurs de Tf et endocytose chez les mammifères
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