Relation entre types de territoire dont les interfaces habitat-forêt et

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spat ia le des départs de feu et des incend ies

Pour mettre en évidencel’existence, ou non, de relations entrelestypes d’interfaces habita t-forêt etle risque d’incendie, appréhendé àtraversl’historique des feux, une analyse spatiale a été réalisée sur la zone d’étude située entre les Métropoles Aix-Marseille MAM. L’objectif était de déterminer quel type d’interface habitat-forêt étaitleplus sujet au risque d’incendie en termes de plus forte densité de départs de feu et de plus forttaux de surfaces brûlées.

7.1 Contribution dela typologie des interfaces à une typologie de territoires

La carte desinterfaces habitat-forêt réalisée surla zone d’étude MAM (Carte 6-4) a conduit à compartimenterleterritoire étudié: selonles 12 types d’interfaces habitat-forêt etles espaces situés en dehors des interfaces habitat-forêt. Parmi ces derniers, il a semblé judicieux de distinguer d’une partles zones danslesquelles setrouvaient des bâtis, non situés eninterface habitat-forêt, et d’autre part les zones restantes correspondant à des zones non bâties, situées ainsi à plus de 100 m de tout bâti. En calquant la définition des interfaces habitat-forêt, les zones bâties hors interfaces habitat-forêt ont été délimitées par un environnement de 100 m autour des bâtis situés en dehors des interfaces, les zones restantes étant déduites par complémentarité. Ainsi trois types de territoire se trouvent définis sur le territoire étudié (Carte 7-1):

- Lesinterfaces habitat-forêt: WUI commeWildland-Urban Interface ;

- Les zones bâties en dehors des interfaces habitat-forêt : OWUI comme Outside Wildland-Urban Interface ;

- Les zones restantes non bâties: REST.

La surface délimitée parlesinterfaces habitat-forêt WUI surla zone d’étude MAM représente 30 % du territoire, les zones bâties situées en dehors des interfaces habitat-forêt OWUI, représentent 13 % duterritoire etles zones restantes non bâties en occupent 57 %.

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Carte 7-1 Carte des types de territoires

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occupées par chacune des zones WUI, OWUI et REST respectivement 30,3 %, 13,1 % et 56,6 % soit 171,2 [565 (30,3/100)] en WUI, 74,0 [565 (13,1/100)] en OWUI et 319,8 [565 (56,6/100)] en REST ?

Test statistique: Niveau de signification = 0,001 et N=565 Le degré deliberté ddl est k-1=2

H0 sera rejetée si la valeur observée du khi 2 est telle que sa probabilité associée, sous H0, avec ddl=2 est égale ouinférieure à = 0,001

Les résultats sont présentés dansle Tableau 7-2.

WUI OWUI REST TOTAL

Fréquences observées 256 12 297 565 Fréquences théoriques 171,2 74,0 319,8 565

Différences 84,8 -62 -22,8 0

2 41,9 51,8 1,6 95,3

Contribution au 2 + 43,9 % - 54,4 % -1,7 %

Tableau 7-2 Résultat duKhi2 calcul du selonlestypes deterritoire

Le calcul est: 2= (256-171,2) 2/171,2 + (12-74) 2/74 + (297-319,8) 2/320=95,4

La table du Khi2-loi de Pearson indique une valeur de 13,82 pour un dll=2 et un seuil de signification choisi = 0,001. La valeur calculée du Khi2 qui est égale à 95,4 a une probabilité d’apparition inférieure à 0,001. Comme cette probabilité est largement inférieure au seuil de signification choisi = 0,001, nous pouvons rejeterl’hypothèse nulle. Il y a moins de 1‰ de chance de se tromper en disant que les différences observées dans le tableau sont significatives. La distribution des points d’éclosion ne correspond pas àla répartition spatiale des surfaces des différentstypes de territoire dela zone d’étude.

Ces résultats testés avec le 2montrent qu’il y a une différence très significative dans la distribution des points d’éclosion qui est fonction des types de territoire (résultats du 2 avec 1‰). Les contributions au2 sont respectivement 43,9 %, -54,4 % et -1,7 % pour WUI, OWUI et REST. Il y a beaucoup plus de points d’éclosion dans les interfaces habitat-forêt (WUI).

Les valeurs de densité de points d’éclosion ont été calculées pour les différents types de territoire sans différencier les types d’interfaces habitat-forêt, elles sont représentées sur la Figure 7-1.

Densi de départs defeu

0 1 2 3 4 5 6

WUI OWUI

REST

3,4 sur MAM

Figure 7-1 Densi de départs de feu selonlestypes deterritoire

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Ces résultats testés avec le χ2 montrent qu’il y a une différence très significative dans la distribution des points d’éclosion au sein des types d’interface (résultats du χ2 avec 1‰).

Les plus fortes contributions au χ2 sont respectivement 40,0 %, +12,7 %, -12,6 % et -14,2 % pour les types 2 (isolé-AI faible), 6 (diffus -AI fort), 7 (groupé dense-AI nul) et 10 (groupé très dense-AI nul).

Les valeurs de densité de points d’éclosion ont été calculées pour chaque type d’interface habitat-forêt, elles sont représentées sur la Figure 7-2.

Figure 7-2 Densités d’éclosion selon le type d’interfaces habitat-forêt

Au sein des interfaces habitat-forêt, les résultats montrent que la densité d’éclosion est 3,4 fois plus forte dans les interfaces en habitat isolé que dans les interfaces en habitat groupé.

Les valeurs de densité augmentent de façon significative avec une diminution de la densité des bâtis : 7,9 en interface en habitat isolé, 5,4 en interface en habitat diffus puis 4,3 en interface en habitat groupé (dense et très dense). Cette densité est 2,2 fois plus élevée dans les interfaces présentant de forte valeur d’agrégation de la végétation que dans celles présentant une agrégation nulle. Les valeurs augmentent fortement avec une augmentation de l’agrégation de la végétation : 3,2 en interface avec une agrégation de la végétation nulle, 5,9 en interface avec une agrégation de la végétation faible et 7,0 en interface avec une agrégation de la végétation forte. Les interfaces habitat-forêt caractérisées par un habitat isolé au contact d’une agrégation faible présentent les plus fortes valeurs de densité d’éclosion, de départs de feu.

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habitat groupé dense (17 %) et 396 ha en interface en habitat groupé très dense (25 %), alors que le poids des surfaces occupées par chacune des zones est respectivement de 12 %, 25 %, 36 % et 27 %. Toutes natures d’habitat confondues, 532 ha ont brûlé en interface à indice d’agrégation AI nul (34 %), 706 ha en interface à indice d’agrégation faible (45 %) et 329 ha en interface à indice d’agrégation fort (21 %) alors que le poids des surfaces occupées par chacune des zones est respectivement de 38 %, 45 % et 17 %. Bien que faibles, les surfaces brûlées affectent plus fréquemment les interfaces en habitat isolé et habitat diffus en contact avec des agrégations de la végétation faible et forte. L’environnement y est composé de végétation combustible sur près de 50 % de la surface, végétation forestière (indice d’agrégation fort) mais aussi mixte et de milieu ouvert (indice d’agrégation faible). Le feu peut être alimenté par ce combustible en quantité suffisante, contrairement aux interfaces de type groupé où la part de surface combustible représente une part plus faible.

Surfaces parcourues (ha) par

Tableau 7-6 Tableau de répartition des surfaces brûlées selon les types d’interfaces

Au sein de chaque type d’interface habitat-forêt, le taux de surfaces brûlées a été calculé et les valeurs sont présentées dans le Tableau 7-6, accompagné de la Figure 7-3.

Les résultats montrent que le taux de surfaces brûlées augmente avec une densité de bâtis qui décroît. Il est 3,7 fois plus élevé en interface en habitat isolé (7,3 %) qu’en interface en habitat groupé (2,1 %), 2 fois plus élevé en interface en habitat isolé qu’en interface en habitat diffus (3,6 %). Le taux de surfaces brûlées est 1,4 fois plus élevé en interface avec forte valeur d’agrégation de la végétation (3,8 %) qu’en interface avec valeur d’agrégation nulle (2,8 %).

Il augmente avec une augmentation de l’agrégation de la végétation, il est de 3,1 % en interface avec valeur d’agrégation faible. Les interfaces habitat-forêt caractérisées par un habitat isolé au contact d’une agrégation faible présentent le plus fort taux de surfaces brûlées.

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Relation entre organisation spatiale d’un territoire et risque d’incendie Partie III – Chap.7 – Distribution spatiale des feux

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Figure 7-3 Taux de surfaces brûlées selon les types interfaces habitat-forêt

Taux de surfaces brûlées

7.4 Synthèse-Discussion

Les résultats de la Figure 7-4 (synthèse des Figure 7-2 et Figure 7-3) montrent qu’au regard de la densité de départs de feu et du taux de surfaces brûlées, les interfaces habitat-forêt relevant de l’habitat isolé au contact d’une végétation faiblement à fortement agrégée sont les plus exposées alors qu’elles ne couvrent que 2,1 % du territoire étudié. Il convient de noter également que les interfaces relevant de l’habitat diffus au contact d’une végétation faiblement à fortement agrégée présentent, elles aussi, des niveaux élevés de densité d’éclosion et de taux de surfaces brûlées même si ces derniers restent inférieurs à ceux des interfaces en habitat isolé avec agrégation faible à forte de la végétation. Ces interfaces couvrent 4,2 % du territoire étudié. Ainsi environ 7 % du territoire apparaissent comme les plus vulnérables à l’incendie et les plus propices aux départs de feu suggérant des actions de prévention renforcées.

Concernant le taux de surfaces brûlées, les résultats montrent que ce taux de surfaces brûlées décroît des interfaces en habitat isolé aux interfaces en habitat groupé dense et très dense et que ce taux décroît des interfaces à forte agrégation de la végétation aux interfaces à agrégation nulle. Ceci peut être expliqué par la diminution correspondante de la proportion de végétation dans les interfaces contrebalancée par une augmentation de la proportion de surfaces urbanisées. Ainsi en dessous de 30 % de couverture végétale, la perméabilité de la végétation combustible est perdue et la propagation de l’incendie limitée, de plus à partir d’une certaine proportion d’espaces urbanisés, la continuité de la végétation combustible est interrompue (Syphard et al., 2007a). Ce qui est le cas des interfaces en habitat groupé dense et très dense (avec plus de 60 % de surfaces urbanisées). Par ailleurs comme le suggèrent Sturtevand et Cleland (2007), les interfaces en habitat isolé sont davantage menacées par les grands feux, du fait de la dispersion des moyens de lutte, des temps de réponse plus longs liés à l’isolement et parfois à l’inaccessibilité des habitations correspondantes. Enfin les résultats

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montrent que le risque d’incendie n’est pas nul dans les interfaces ayant une agrégation nulle de la végétation au regard des valeurs du taux de surfaces brûlées. Ces zones peuvent en effet être parcourues par le feu, de nombreux exemples peuvent illustrer la propagation de feux par les champs, notamment les chaumes (Sturtevand et Cleland, 2007).

Concernant la seule densité d’éclosion, les résultats montrent que cette densité est plus élevée en zone d’habitat isolé et diffus avec des agrégations fortes mais aussi faible, mais un pic est également observé en zone d’habitat groupé très dense avec des agrégations fortes. Ces départs de feux, essentiellement liés à l’activité humaine, sont souvent liés aux imprudences de la vie quotidienne (barbecue, activités de jardinage avec étincelles provenant d’outils…).

Figure 7-4 Densité d’éclosion et taux de surfaces brûlées selon les types d’interface habitat-forêt

L’existence de relations entre types d’interface habitat-forêt et risque d’incendie, analysé au travers des indicateurs de densité d’éclosion de feu et de taux de surfaces brûlées, a été mise en évidence : la relation est forte entre types d’interface habitat-forêt et densité d’éclosion, elle est moindre entre types d’interface habitat-forêt et surfaces brûlées. Ce résultat illustre aussi le point de vue de Brosofske et al. (2007) qui considèrent que la densité d’éclosion est une expression intégrée des influences naturelles (foudre) et humaines, et que la taille d’un incendie, son intensité, est davantage une mesure écologique de l’inflammabilité et de la continuité (connectivité) de la végétation affectant le comportement du feu après ignition.

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Relation entre organisation spatiale d’un territoire et risque d’incendie Partie III – Chap.8 –Occupation du sol et risque

Chapitre 8. Introduction de nouvelles variables

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