Partie III. Analyse et interprétation des résultats de la recherche
V. Le croisement des indicateurs
2. Analyse entre les profils et les degrés d’engagement dans le travail scolaire
Dans cette section, nous allons nous concentrer sur le croisement de chaque profil avec le degré d’implication dans le travail scolaire que les étudiants peuvent ressentir. À partir de ce moment-là, nous pouvons savoir s’il existe des liens statistiquement significatifs. À l’aide du logiciel SPSS 17, nous avons effectué des tests statistiques.
2.1 Profil 1 – Tentation complète à Internet
L'analyse des données indique que les étudiants qui n’appartiennent pas au profil 1 semblent correspondre, à 23 reprises, au profil de faible implication, alors que les multiconnectéss qui sont dépendants de leur consommation à Internet ont donné cette réponse 2 fois. La différence entre les deux groupes est significative (khi-deux = 4,291, ddl = 1, p = ,038). On peut donc conclure que la relation entre le profil de multiconnectés 1 et la faible implication dans le travail scolaire est statistiquement significative. Être dépendant d’Internet influence donc le fait d’être peu impliqué dans ses études. Cependant, la force d’association semble faible, effectivement la valeur du coefficient de contingence est de 0,137 (p = 0,038).
Tableau 20- – Analyse du Khi-deux du profil 1 à la faible implication
Par contre, il n’y a pas de lien entre les étudiants qui ont une tentation complète et une forte implication dans le travail scolaire. Cependant, il est intéressant de voir, à l’aide du tableau 18, qu’il y a 16 individus sur les 56 qui correspondent au profil, soit 28,6 % d’entre eux qui sont très impliqués dans leurs études.
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Tableau 21- – Analyse du Khi-deux du profil 1 à la forte implication
En ajoutant, dans l’analyse du Khi2, une variable de couche - c’est-à-dire que la variable concernant la nationalité des répondants est ajoutée en tant que facteur supplémentaire à la recherche de lien entre le profil multiconnectés 1 et le degré d’implication dans le travail scolaire -, une sous-table est produite pour chaque combinaison de catégories pour chaque variable : dans notre cas, les combinaisons présentées seront, d’un côté, les répondants à la nationalité « française » et de l’autre « québécoise ». Il apparaît qu’en ajoutant les informations relatives à la nationalité, de manière générale, il y a corrélation entre les variables (tableau 22).
Tableau 22- – Analyse du Khi-deux du profil 1 à la faible implication et à la nationalité
Ce qui est intéressant se situe au niveau des groupes de nationalité. Les Français appartenant aux groupes dépendants d’Internet ont un lien significatif avec un faible degré d’implication dans le travail scolaire (khi-deux = 6,362, ddl = 1, p = ,012), ce qui n’est pas le cas des étudiants québécois (khi-deux = 0,085, ddl = 1, p = ,771). Les étudiants français qui souffrent d’une addiction à Internet sont plus sujets à une faible implication dans le travail scolaire que leurs homologues québécois.
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2.2 Profil 2 – Tentation conflictuelle à Internet
Les individus ayant une tentation conflictuelle à Internet peuvent ressentir une sorte de conflit entre l’addiction à Internet, l’envie de surfer et l’implication dans le travail scolaire.
Tableau 23- – Analyse du Khi-deux du profil 2 à la faible et forte implication
Cependant, il s’avère qu’il n’y a pas de lien statistiquement significatif entre ces étudiants et le degré d’implication, comme le montre le tableau 23.
2.3 Profil 3 – Tentation occasionnelle à Internet
Contrairement à leurs homologues du profil de multiconnectés 2, les étudiants représentant la tentation occasionnelle à Internet ne pratiquent le web que de manière fortuite, tout en axant cet usage sur les loisirs exclusivement. Il n’y a pas de lien entre eux et la faible implication dans le travail scolaire (khi-deux = 0,40, ddl = 1, p = 0,842), comme le montre le tableau 24.
Tableau 24 – Analyse du Khi-deux du profil 3 à la faible implication
Rappelons que le khi-deux (chi-2) permet de tester s’il existe un lien significatif entre les deux variables. Lorsque l’on teste l’hypothèse d’indépendance entre les variables « forte implication dans le travail scolaire » et « correspondance au profil 3 » (tableau 25), on obtient une p-valeur (significativité) de 0,043 (4,3%) (khi-deux = 4,082, ddl = 1). L’hypothèse d’indépendance est donc rejetée, il y a une relation dans notre groupe entre les deux variables. La relation observée au niveau de l’échantillon ne relève donc pas du hasard.
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Tableau 25 – Analyse du Khi-deux du profil 3 à la forte implication
Les étudiants qui sont tentés occasionnellement par Internet ont, complémentairement, tendance à avoir une forte implication dans le travail scolaire. Il y a un lien significatif, mais de faible intensité : la valeur du coefficient de contingence est de 0,133 (p= 0,043), cela veut dire que chez ceux qui ont une forte implication dans le travail scolaire, il y a 13 % des individus qui sont tentés occasionnellement à Internet.
Notons à l’aide du tableau 26, l’existence d’un lien statistique significatif entre les variables « nationalité des étudiants et « implication dans le travail scolaire ».
Tableau 26 – Analyse du Khi-deux du profil32 à la faible et forte implication
En regardant de plus près les informations, il s’avère que les étudiants français qui sont tentés occasionnellement par Internet sont susceptibles d'être plus engagés dans leurs études (khi-deux = 7,702, ddl = 1, p = ,006) contrairement à leurs camarades québécois ayant les mêmes caractéristiques (khi-deux = 0,203, ddl = 1, p = ,652).
2.4 Profil 4 – Contrôle de la consommation à Internet
Les étudiants qui semblent avoir un contrôle de leur consommation à Internet, qui consomment le numérique de manière occasionnelle, tout en ayant un usage riche et varié, n’ont pas de lien significatif avec les degrés différents d’implication dans le travail scolaire, comme le montrent les tableaux ci-dessous.
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Tableau 27- – Analyse du Khi-deux du profil 4 à la faible et forte implication
Il n'y a pas de corrélation entre les étudiants qui ont une consommation à Internet varié et limité avec le degré d'implication dans le travail scolaire, même si nous voyons que proportionnellement il y a plus d'étudiants ayant ce profil qui sont impliqués dans leurs travaux universitaires que pas du tout. Relativisons la possible interprétation de ces résultats, car cela ne veut pas dire que l'usage du numérique considéré comme faisant partie des pratiques réalisées par de bons étudiants n'a pas la portée espérée. Cette absence d'effet peut résulter au contraire de ces mêmes caractéristiques, notamment sur la variété d'usages (usages numériques pertinents, car en lien avec les enseignements), nous pouvons mieux comprendre pourquoi les étudiants correspondant à ce profil sont sans effet dans la mesure où, ces derniers sont déjà impliqués par leur usage du numérique. Rappelons que d'autres études ont souligné l'importance de l'usage du numérique sur la réussite universitaire (Michaut et Roche, 2017 ; Dahmani et Ragni, 2009).
3. Synthèse
Nous avons remarqué l'absence de lien significatif entre les différents profils et les variables suivantes : « présence en cours », « organisation du travail » (ceux travaillant régulièrement). Malgré les différences entre les pratiques et la consommation d’Internet, cela ne semble pas avoir d’impact sur l’absentéisme ou l’organisation du travail des participants. Les étudiants sans distinction (statut d’être multiconnectés ou de nationalité) ressentent du stress par rapport à leurs études. Il semblerait qu'un étudiant très connecté qui peut passer plusieurs heures par jour sur Internet à surfer ou jouer sera autant angoissé face à ses études qu’un de ses camarades qui éprouve un intérêt modéré d’Internet.
À l'aide des calculs précédents, il apparait qu'il y a un lien statistique significatif, mais de faible amplitude entre les étudiants dépendants d'Internet et leur faible implication dans leur
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scolarité. En ajoutant la variable nationalité comme catégorie supplémentaire, nous observons que les Français sont plus sujets à une faible implication dans le travail scolaire que leurs homologues québécois.
Tout comme pour les étudiants qui sont tentés occasionnellement par Internet et qui ont une forte implication dans le travail scolaire (khi-deux = 4,082, ddl = 1, p = 0,043)’ Ce sont, encore une fois, les jeunes Français qui ont un lien avec cette dernière (khi-deux = 7,702, ddl = 1, p = ,006). En effet, il y avait une sous-représentation de Français de 4,5, correspondant à ce profil.
Il faut stipuler, dans cette synthèse, qu'il n'existe pas de lien statistiquement significatif entre la tentation conflictuelle ou le contrôle de la consommation à Internet et les différents degrés d'implication dans le travail scolaire. Les étudiants qui peuvent souffrir d'un conflit entre l'usage et le rythme de connexion à Internet ou qui contrôlent leur consommation ne seront pas plus ou moins impliqués dans leurs études que d'autres étudiants.
Il faut noter trois choses dans cette section :
- Premièrement, les étudiants qui peuvent subir une tentation excessive d'Internet auront plus de chances que les autres d'avoir une faible implication dans leur activité scolaire. Alors que les étudiants qui sont tentés occasionnellement par Internet, qui ont un usage beaucoup plus riche, mais plus intense que d'autres, seront d'autant plus impliqués dans leurs études. Ces deux aspects sont d'autant plus importants chez les participants français.
- Deuxièmement, les étudiants qui mettent à distance Internet ou qui souffrent d'un conflit dans leur rapport au web ne seront pas plus ou moins impliqués dans leurs études.
- Troisièmement, généralement ce sont les étudiants français qui sont susceptibles d’être influencés par leurs usages d’Internet sur le degré de leur engagement. En effet, les Français très « accros » à Internet ont plus de chance que leur collègue québécois d’être moins engagé dans leur étude. A contrario, les étudiants français sont plus susceptibles d’être impliqués dans leur étude en ayant une tentation occasionnelle à Internet.
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