DES VEGETAUX
1. ANALYSE GLOBALE DE L’EMPLOI DU VOCABULAIRE
VEGETAL DANS LA KHAMSA
C'est donc la pharmacologie, nous apprend Nasîr al-Dîn Tûsî, qui est la raison première de l’intérêt pour les végétaux. Mais d’autres branches scientifiques s’y intéressent également. Nous avons donc passé en revue notre « matériau poétique », c’est à dire, le relevé de l’emploi poétique du vocabulaire des arbres que nous avons tiré de la Khamsa. Ce relevé *
^ADT. pp. 244-5.
^Ainsi, par exemple, M. ULLMANN, Die Natur- und Geheimwiss.. p. 62 : "Eine "Botanik" als Einzelwissenschah hat es im Islam nicht gegeben. Aber in den Werken der Philologen, der Philosophe und Àizte, in den Schriften über Landwirschaft und Magie, sowie in den Enzyklopfidien und Cosmographien begegnet man einem ausgebreiteten und recht verschiedenartigen pflanzenkundlichen Wissen."
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est repris intégralement au chapitre 5 et fait l’objet d’analyses et d’études spécifiques aux chapitres 4 et 6. Nous le considérons ici de manière globale, afin de repérer les grandes familles d’allusions scientifiques aux plantes.
Un éventail varié de connaissances se reflète dans l'emploi du vocabulaire végétal par Nezâmî. Nous y trouvons des références à la pharmacologie, mais également à d’autres disciplines. Elle sont soit exprimées de manière directe, soit cachées dans des métaphores parfois ardues à décrypter :
• arboriculture :
« C’est l’habitude du toronj (dtron/cétfiat/agrumé ?) que, ^ fil du temps, il donne d’abord le fimt, ensuite viait le bahâr (la fl«ir d’oranger) »(MA5,Sf
• géographie :
« Un autre dit : Qeysûr est mi«ix que ce pays, car il produit du camphre et du sondai (bois de santal) plus qu'on ne p^t compter. »(SN59,16)
• pharmacologie :
« anjîr-e kMm (la figue verte) devient molle quand on la presse, mais si l’on en mange,[alors], le sang suinte des gencives. » (SN7,103)
Les métaphores végétales sont extrêmement nombreuses et mériteraient une étude séparée. Certaines métaphores sont aisément compréhensibles, d'autres le sont moins, mais font appel à des conventions connues et qui se retrouvent chez beaucoup de poètes persans. D'autres enfin, requièrent une longue explication, les associations d'idées et les images étant parfois tirées des sciences que nous venons d'énumérer. Ainsi, par exemple :
• géographie :
« Le Russe monte à l'assaut pour piétina' le ^ûdré henàî (le bois d'aloès indien) »(SN52,15)
Nous avons donc repéré des mentions, soit explicites, soit métaphoriques, propres à la pharmacologie; mais aussi d’autres ayant trait à l’agriculture - ou plus précisément à la branche de celle-ci qui s’occupe des arbres : l’arboriculture - et à la géographie.
Nous n’avons pas repris dans cette liste de disciplines ni la diététique, ni la « Médecine du Prophète», ni la ma^e. La première, parce que nous avons considéré que nous ne trouvions pas chez Nezâmî d’allusions à la diététique dans son emploi du vocabulaire des arbres et des fiiaits. S’il lui arrive de faire des remarques d’ordre général, sur le danger d’une nourriture trop abondante et si ses personnages mangent des mets raffinés, des sucreries, ou même des racines et des graines lorsqu’ils sont dans des situations pénibles, (comme le malheureux Mâhân qui s’est perdu dans im désert* *), Nezâmî n’en commente
^ Nos traductions mentionnent les désignations persanes des arbres et fruits étudiés ici. Le lecteur retrouvera en annexe 3 la copie manuscrite persane des beyt-s relevés dans la Khamsa. Ils sont classés, selon l’alphabet persan, par végétal, ensuite dans l’ordre des parties de la Khamsa (voir l’Avant propos, où nous expliquons notre système de référence).
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pas en détail l’effet bénéfique ou nocif. De plus, les allusions précises que nous avons rencontrées (par exemple manger trop de dattes, devient un poison) sont reprises par les pharmacologues.
La « Médecine du Prophète », ou « du Coran » est un ensemble de dits du Prophète ou des grandes figures des débuts de l’Islam, concernant la façon dont il faut guérir certains maux. Elle forme un courant parallèle à la médecine « scientifique » les deux tendances s’ignorant totalement. Dans les ouvrages de médecine coranique, se côtoient des conseils de bon sens et de diététique - la modération étant conseillée en toutes choses- avec ce que l'on a l'habitude d’appeler des "remèdes de bonnes femmes" et des croyances magiques. La force inhérente à la Parole de Dieu amena la foi en sa force guérisseuse, en la médecine spirituelle des sourates apotropaiques, en la force des noms de Dieu et des traditions, qui veulent que « dans la Fâtiha (première sourate) soit un remède pour tout mal » ou encore, qui recommandent ; «emploie deux remèdes : miel et Coran». Bien que le Coran condamne expressément la pratique de la magie (5:92), c'est son texte même qui est employé dans la préparation de talismans, dans des incantations, dans les pratiques de divination.^®
Si les savants réfutent l'emploi médical du Coran et qu’U n’entre donc pas en ligne de compte pour notre étude, il faut cependant ne pas perdre de vue que « le public [qui avait accès au] longs textes de médecine galénique faisant appel à des connaissances techniques, était probablement limité à d’autres praticiens de la médecine, principalement, aux auteurs qui possédaient une éducation dans cette tradition, aux mécènes et aux élites socio économiques et politiques contemporaines, auxquels ces textes étaient fi’équemment dédicacés. Ils étaient en majorités urbanisés. [Par contre] tout au long de la période pré- moderne, la majorité de la population - musulmane ou non-musulmane - habitait certainement la campagne et était analphabète. »^‘
Selon nous, il n’y a pas non plus d’allusions à la magie dans l’emploi des arbres ou des fitiits de la Khcansa. Mais, de plus, le cas de la magie est ambigu. A notre avis, elle ne peut être considérée comme une science, bien que la question ne soit pas aussi tranchée à l'époque médiévale. Tout dépend aussi de ce que recouvre le vocable « science ». Les Ikhwân al-Safâ’, que nous citons ci-dessous, englobent par exemple, la magie dans les sciences propédeutiques. Elle peut aussi être considérée comme un pont, tout comme l'alchimie, entre les sciences naturelles et surnaturelles. Par contre, des penseurs, comme Ibn Khaldûn, lorsqu’il donne son commentaire négatif sur le Traité de VAgriculture Nabatéenne (voir plus bas), condamnent toute pratique de magie comme étant opposée à la science. Ne2âmî fait plusieurs fois référence à une herbe aux effets magiques : sadâb ou sepand (Ruta graveolens, la rue officinale), mais cela sort du cadre de notre étude.
^oir xm très bon résumé de l'histoire de la médecine par G. ANAWATI, "Islam. Les Expression de l'Islam. F.Les mathématiques et les autres sciences", Encyclopédie universalis, pp. 715-16.
*®G. von GRÜNEBAUM, "The Koran" in Islcm. Essays... p. 91. Voir aussi J. AS-SUYUTL Medecine of the Prophet, ou encore Islamic Medical Wisdom. The Tibb al-A ’imma, translated by B. ISPAHANY.
" A. J. NEWMAN, Islamic Medical Wisdom. Préfacé, p. xii.Dans le même ordre d’idées, voir aussi ci- dessous le mobile d’Ibn Butlân pour composer son traité médical.
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En ce qui concerne l’agriculture, il s’agit ici plus particulièrement de l’artxîriculture, la science des soins apportés à la culture des arbres. Sont compris ici également les éléments dépendant de l’horticulture, la science des jardins et des associations de plantes, car ils ne sont pas considérés par les penseurs comme des connaissances indépendantes. Les autres connaissances agricoles, qui concernent par exemple les semailles, les moissons, ou encore, la qualité du sol, n’entrent pas en ligne de compte dans cette étude qui se limite aux arbres.
Nous allons donc aborder tour à tour trois branches du savoir, ainsi qu'elles se présentaient à Nezâmî. Elles sont classées dans un système très organisé, chapeauté par la réflexion philosophique qui en étudie les principes et les fins. D ne nous incombe pas d'essayer d’en retracer l’évolution ou la philosophie, ni d’en citer toutes les grandes figures et nous renvoyons une fois de plus le lecteur aux études que nous signalions dans notre introduction. Mis à part les informations géographiques, les deux autres disciplines étudiées, agriculture et pharmacologie, font parties de la grande famille des sciences. La pharmacologie fait partie des sciences naturelles. Sciences naturelles est le nom générique qui regroupe les disciplines dont les informations sont basées sur l'observation des phénomènes naturels : la zoologie, la pharmacologie, la minéralogie, la météorologie... La médecine fait également partie de cette grande famille et englobe parfois la pharmacologie. De manière très inattendue pour nous, la place de l’agriculture est flottante, parfois, elle est comptée parmi les sciences naturelles^^, mais pour certains penseurs elle côtoie les connaissances magiques !
Chaque penseur, ou chaque école de pensée, propose sa propre subdivision des sciences. Les grandes lignes sont immuables, mais les détails varient, parfois considérablement. Nous avons déjà eu l’occasion dans l’introduction sur la science, de citer les Dchwan al- Safâ’. Etant donné que certaines études modernes voient un rapprochement « indubitable » entre l’oeuvre de Nezâmî et la pensée des Dchwân^^, c’est leur subdivision des sciences que nous donnons ici. Mais nous insistons sur le fait qu’il ne s’agit que d’un exemple de structure parmi bien d’autres :
« Sache donc, mon fi-àe, que les sciences auxquefles s’^plique l’humanité, comprennent trois genres. C«ix-ci sont les sciences propédeutiques, les sdences conventionnelles de la toi rehgi^se et les vraies sciences philosopWques.
sciences propédeutiques consistent en ces disciplines qui furent créées principalCTient afin d’assurer la subsistance et afin de promouvoir la prospérité matérielle. Elles sont de neuf sortes : (1) écrire et lire; (2) la lexicographie et la grammaîré, (3) l’arithmétique, nécessaire pour la comptabilité et le commerce, (4) la poeae et la prosodie, (5) les augures, les signes et choses semblables, (6) la magie, les talismans, l’alchimie, la mécanique et les choses seirfjlables, (7) le commerce et l’artisanat, (8) le commerce de gros et de détail, Tagricultufe, l’élevage des bêtes, et (9) la
‘^oir par exemple, les Nasirean Ethics, p. 28, où l'auteur cite sur le même pied, parmi les "dérivés des Sciences Naturelles" : médecine, science de l'astrologie et science de l'agriculture.
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biographie et rhistoire.
Les sciences dépendant de la loi religieuse, qui furent créées pour guérir les âmes et pour la recherche de la vie future, consistent en six sortes : (l) la science de la Révélation, (2) rinterprétation allégorique du Coran, (3) les dits et la tradition (du Prophète et d’autres autori^ des débuts de rislam), (4) la jurisprudraice, les ordonnances et les lois, la prière, les sermons, l’ascétisme et le mysticisme, et (6) l’interprétation des rêves... Les sciences philosophiques sont de quatre sortes : (1) les sciences ;;propédeutiques-mathéniatiques, (2) la logique, (3) les sdencœ naturdles,
et (4) les sciences mét^hysiques...
Et les sciences naturelles comportent elles-mêmes de nombreuses subdivisions que les Ikhwân traitent dans les 17 épîtres «du corps et de la nature». Ces épîtres s’intitulent:
(1) Xdihylè, la forme, le mouvanent, lé temps et le Heu. ., (2) le ciel et le monde..., (3) génération et corruption, (4) les météores, (5) la génération des nûnéraux, (6) la quiddité de la nature, (7) les genres des végétaux, (8) les modaHtés de la génération des animaux et dé loirs sortes, (9) la composition de l’organisme, (îG) le sois et le sensible, (îl) le Heu de chute de la goutte de sperme, (12) rafifirmation des s^es que l’homme est un nucrocosme, (13) les modaHtés de la naissance des âmes particuUères dans les organismes huinains naturéls, (14), l’aptitude de l’homme dans les connæssances,(IS) la sagesse de la mort et de la vie, (16) les plaisirs, la sagesse de la vie et de la nkirt et leur quiddité â toutes deux, et (17) les raisons de la difiérence des langues, des figures graphiques et des expressions.*^
Voici donc tracé le grand cadre dans lequel s’insèrent, selon les Dchwân, les sciences qui contiennent la connaissance des végétaux. Comme nous le signaHons plus haut, l’agriculture, dans ce système, est rangée parmi ces sciences propédeutiques, qui contiennent aussi la magie, mais également la poésie ou le commerce ! La connaissance des végétaux, tout comme celle des minéraux, dépend de la «science philosophique ». La médecine n’est pas mentionnée expUcitement par les Frères de la Pureté (Dchwân), mais eUe se répartit sans doute entre différentes rubriques comme ceUes citées sous (9), (13) et (15).
Quant à la géographie, eUe riest pas comprise comme science natureUe, puisqu'eUe s'occupe principalement de descriptions mathématico-astronomiques de la terre. Ses principes ne dépendent donc pas de l'observation des phénomènes perceptibles, mais plutôt de la réflexion abstraite*" Cependant la partie géographique qui nous intéresse ici, la géographie descriptive, tombe en dehors de cette réflexion ^straite et riest pas vraiment considérée comme une science, mais plutôt comme une « connaissance mondaine » ou adab.
F. ROSENTHAL, The Classical Heritage, p. 58. G. de CALLATAY, Les Révolutions, pp. 18-20. *’F. ROSENTHAL, The Classical Heritage, p. 162.
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Nous constatons donc que les diverses disciplines que nous avons repérées au début de ce chapitre et les chobc que nous avons faits sont empiriques et probablement subjectifs. Notre recherche écarte la magie, mais ajoute la géographie, ce qui ne cadre pas exactement avec la compréhension de ce que recouvrait le vocable « science » pour les penseurs médiévaux. Cependant, nous venons de souligner le cadre mouvant dans lequel nous nous trouvons, - chaque école de pensée ayant ses propres schémas de classification - et il nous a semblé que, plutôt que de faire « coller » à tout prix un schéma glané chez l’un ou l’autre, il était plus acceptable - et que sans doute, nous ne prenions pas trop de libertés - de nous baser sur un schéma personnel, qui s’appuie sur le bon sens, pour classifier les connaissances que nous pouvons repérer chez Nejzâmî.
Nous allons maintenant éclairer chacune de ces trois disciplines, que nous avons repérées à l’aide de l’emploi du vocabulaire végétal dans la Khamsa. Comme nous l’avons feit dans l’introduction pour la science en général, nous avons choisi de relever quelques aspects qui nous semblaient les plus importants pour notre recherche :
• l’objet et le contenu de la discipline scientifique, • la résonance de cette discipline dans la société, • ce qu’en dit Nezânû.
2. LA PHARMACOLOGIE
En consultant les recueils de pharmacologie, notre but est de trouver les éléments pour répondre à deux sortes de questions : tout d’abord, nous espérons vérifier l’identification des arbres mentionnés. Ensuite, nous analyserons la connaissance des propriétés des arbres et des fiuits mentionnés, comme dans l’exemple que nous avons proposé ci-dessus :
« anjîr-e khâm Q& fi^e v«te) devient molle quand on la presse, mais si l’on «1 mange,[alors], le sang suinte des gencives. » (SN7,103)
Objet et contenu de la discipline pharmacologique.
Nous trouvons une définition très brève de la pharmacologie chez Fakhr al-Dîn Râzî :
« la science de la pharmacologie al-saycü^ v \t \^
science est la connaissance des remèdes XdÀü shenâkhtcm^^
Quant à al-Bûûnî, il nous propose une définition exigeante de celui qui exerce le métier de pharmacologue {^dana ou sandalânî) (ces termes désignent aussi le chimiste, ou l’apothicaire). H s’agit de celui ;
« qui collecte, de la meillaire iàçon possible, des médicaments unitaires ou amples et en mélai^e les meülaires sortes tors de la pr^aration des médicaments composés, selon les instructions des maîtres dans l’art de **
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guérir »%i|
Quatre éléments sont présents dans ces définitions ; la subordination de la science pharmacologique à la médecine^”; l’activité de collecte des « simples », ce qui implique la connaissance de leur aspect; la combinaison de ces simples en médicaments composés, ce qui implique la connaissance de leurs propriétés; enfin, la connaissance des recueils médicaux (des « maîtres dans l’art de guérir »), dans lesquels le pharmacologue va quérir ses instructions.
Cette connaissance des propriétés des plantes, qui est nécessaire pour les assembler afin d’obtenir des médicaments composés eflHcaces, dépend d’ime solide connaissance des « degrés » d’efiBcacité des plantes, c’est à dire, de la manière dont elles affectent les « humeurs » du corps. Cette matière est très complexe et nous voyons al-Samarqandî, dans l’introduction de son Aqrâbâ^, conseiller les remèdes simples plutôt que les remèdes composés :
« Partout où nous le pouvons, nous devrions ^pliquer un traitanait a l’aide de drogues nutritives, et, daiis k nécessité, à Tàide de d^^ {Mires, en évitant autant que possible, de dépasser le stade des «simples»; qui ont un effet plus doux sur la nature et qm sont plus efficaces dans les maladies, car Galien a dit qu’en ce qui concerne les drogues composées, les simples, connues pour être très efficaces contre certaines maladies, ne seront plus efficaces dans un médicament composé car dles seront présentes en quantité iimiffisante dans une dose »^^
Le nom de Galien, qui est cité ici, nous indique une des composantes principales de la science médicale et pharmacologique arabe : l’élément gréco-hellénistique. Sans entrer dans des détails qui sont connus et exposés ailleurs, essayons de synthétiser les composantes principales de cette discipline pharmacologique. Aux
Wè
etVniè
siècles de notre ère, les conquérants arabes se heurtèrent donc aux grandes cultures qui les avaient précédées dans les territoires qu'ils soumirent. Us assimilèrent les connaissances des cultures mésopotamienne, indienne, iranienne et grecque principalement, pour le plus grand avantage et l'avancement de la science et de la culture. Il est possible de plus, de retrouver un impact léger des connaissances de l'Egypte ancienne sur la médecine arabe et, bien entendu, toutes ses influences \onrent se greffer sur un fonds de connaissances ancestrales bédouines, qui sont repérables dans la poésie anté-islamique.“ Certaines traces de pharmacopée sont décelables dans le Coran même, et eUes sont à l'origine de tout ce courant, parallèle à celui que nous considérons ici, qui mêle magie et tradition et dont l'impact devait être très vivace dans la population (voir la Médecine du Prophète).'’al-BIRUNI, Ketab alSaydana, trad. p. 1, voir aussi p. 6.
“"La botanique était, durant la période islamique en général, rme branche ancillaire de la médecine, ou, plus précisément de la pharmacologie" (H. A'LAM, "Botanical Studies", p. 390).
al-SAMARQANDI, The Medical Formulary, pp. 54-55.
“Pour une étude approfondie des sources dont hérita la pharmacologie islamique, voir M. LEVEY,
Early Arabie Pharmacology. An introduction based on Ancient and Médiéval sources. Leiden, 1973. Chapter One : Pre-islamic pharmacology, pp. 1-32. Voir aussi la remarque de M. HAMIDULLAH, Introduction, p. 6, sur le nombre de références aux plantes que l'on peut trouver dans le Coran.
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Si, ainsi que nous allons le voir, la plupart des pharmacologues mentionnent explicitement leur dette envers les connaissances grecques et hellénistiques, ils semblent ignorer les influences mésopotamienne et indienne. Pourtant, l’on peut en retrouver les traces, comme par exemple, chez Heravî, qui adopte la théorie indienne. Une des caractéristiques de cette théorie est que les substances ingérées sont divisées en aliments qui nourrissent l'organisme humain, en aliments qui sont aussi des médicaments, en drogues, dont les propriétés sont indiquées par le goût et qui changent certaines facettes de l'organisme humain, et enfin, en poisons.
Ainsi, écrit Heravî dans son introduction :
« ...tout ce que l’on possède est un composé de quatre propriétés fondamentales ; chaud, fioid, humide et sec. Etant donné que flntmide et le sec dérivent du froid et du chaud, il est impossib^^ qu’im remède, cm une nourriture, soit chaud au premia dei^ et sec au second degré, comme le déclarent les Romains Ceux-<à sont ici dans rerreur. Car ce s»nt les Intfiens qui ont raison ici. C’è^ pourquoi, je suis leurs traces. De plus, étant donné que les Indiens possèdent plus de drogues et que cdUes> ci sont meilleures et plus efiScaces, les possibilités de fhire avancer la science selon leurs vues sont plus grandes.
Nombreux sont les auteurs grecs qui contribuèrent aux connaissances arabes, mais les trois figures du monde antique, qui marquèrent de manière indélébile la pharmacologie arabe sont Kppocrate de Cos (ca. 460-360 avant notre ère), Dioscoride d'Anazarbos en Cilicie (premier siècle de notre ère) et Galien (deuxième siècle de notre ère). Tous trois sont médecins avant d'être pharmacologues.
A la base des grandes idées, comme le principe des « humeurs nous trouvons le