Mini DM 3
Diagonalisation d’un endomorphisme Corrig´e
1. Notons B la base canonique. Par d´efinition de l’endomorphisme f, on a
A= MatB(f) =
0 1 . . . 0 ... 0 . .. 0 0 0 . . . 1 1 0 . . . 0
2. Soitz ∈Ctel que P(z) = 0. Puisquez 6= 0 clairement, on peut poserz =reiθ, avec θ∈[0,2π[. On a alors
zn= 1 ⇐⇒ rneinθ = 1.
En identifiant le module et l’argument, cela est ´equvalent `a ce que r= 1, et que
nθ≡0 (2π) ⇐⇒ θ ≡0 (2π n ).
Puisque θ ∈ [0,2π[, cette derni`ere congruence signifique qu’il existe un entier k ∈ {0, . . . , n−1} tel que
θ= 2kπ n .
Ainsi, on a trouv´e n racines distinctes pour P, il s’agit des complexes zk = e2ikπn , aveck ∈ {0, . . . , n−1}. NotonsUn l’ensemble de ces racines. Ainsi,P est scind´e `a racines simples, et on peut ´ecrire
∀X ∈C, P(X) =
n−1
Y
k=0
(X−zk).
On peut noter que cet ensemle Un constituent les sommets du polygone r´egulier `a n sommets inscrit dans le cercle unit´e, dont un des sommets est le point d’affixe 1.
On peut remarquer que le point d’affixe -1 est un des sommets si et seulement sin est pair, et correspond `a la racines obtenues pour k = n2.
Figure 1: Les racinesn-i`eme de l’unit´es pour n= 4 et n= 5. Elles forment un polygone r´egulier `a n sommets inscrit dans le cercle unit´e.
3. Pour un entier 1 ≤ p≤ n fix´e, on va calculer fn(ep). On commence par appliquer p−1 fois f `a ep :
fp−1(ep) = e1, puis on applique f :
fp(ep) = f(e1) = en, et on applique finalement n−p fois `a en :
fn(ep) = fn−p(en) =ep.
On a donc (fn−Id)ep = 0 pour tout 1≤p≤n. Ainsi,fnco¨ıncide avec Id sur toute une base deCn, et puisqu’il s’agit d’une applicaion lin´eaire, on peut conclure :
fn = Id.
On a alors
P(f) =fn−Id = 0,
ce qui prouve que P est un polynˆome annulateur de f. Puisque P est scind´e `a racines simples, on d´eduit que f est diagonalisable, et on sait de plus que
sp(f)⊂Un,
o`u on rappelle queUnest l’ensemble des racines deP d´ecrit `a la question pr´ec´edente.
Remarque : On peut ˆetre tent´e de chercher une formule “explicite” pour calculer fk(ep). La formule naturelle semble ˆetrefk(ep) =ep−k, mais celle-ci n’a plus de sens d`es que p ≤ k. Le probl`eme vient du fait qu’appliquer f `a un vecteur de la base canoniqueep fait “d´ecroˆıtre” l’indice p, sauf si p= 1. Il est bien dommage que l’on n’ait pas 1−1 = n... sauf que ceci est vrai si on raisonne dansZ/nZ, l’ensembles des classes d’´equivalences modulo n parmi les entiers. Ainsi, pour un entier p ∈ Z, on noteϕ(p) le nombre entier contenu entre 1 etn repr´esentant la classe d’´equivalence de p modulo n. On a en particulier ϕ(0) = n, et mˆeme ϕ(p−k) = n+p−k si
−n < p−k ≤0, tandis queϕ(p−k) =p−k si 1≤p−k ≤n. Avec ces notations, on a alors
∀p∈ {1, . . . , n}, ∀k ∈N, fk(ep) =eϕ(p−k). Notez que la formule est mˆeme vraie lorsquek ∈N est quelconque!
Cette remarque paraˆıt compliquer les choses, mais l’ensemble Z/nZ des classes d’´equivalences est assez utiles pour repr´esenter des ph´enom`enes qui bouclent au bout de n r´ep´etitions. Muni de l’addition naturelle, il a une structure de groupe, et on peut le visualiser comme un “tore” discret (un ensemble de point ayant la propri´et´e d’un cercle, qui consiste, ayant avanc´e jusqu’au bout, `a revenir au point de d´epart).
4. Soit donc λ∈Un, et cherchons v ∈Cn solution de Av=λv. On note
v =
v1
... vn
,
de sorte que l’´equationAv =λv se traduit par le syst`eme
v2 =λv1 v3 =λv2
...
vn=λvn−1
v1 =λvn
Par substitutions successives dans les n−1 premi`eres ´equations, on d´eduit
∀k∈ {1, . . . , n}, vk=λk−1v1, de sorte que le vecteur v v´erifie
v =v1
1 λ ... λn−1
.
De plus, ce vecteur v´erifie bien la derni`ere ´equation v1 = λvn puisque λn = 1 par hypoth`ese. On peut conclure : sp(f) = Un, de plus, chaque espace propre est de dimension 1, avec
∀λ∈Un, ker(f −λId) = vect
1 λ ... λn−1
5. On exploite les questions pr´ec´edentes. On rappelle que l’ensemble Un est form´e des nombres complexes zk =e2ikπn avec 0≤ k ≤n−1. On prend comme matrice D la matrice diagonale ayant les valeurs propres (zk)k=0,...,n−1 rang´ees dans cet ordre sur la diagonale, pour Qla matrice des vecteurs propres associ´es :
Q=
1 . . . 1 z0 . . . zn−1
... ... z0n−1 . . . zn−1n−1
On a alors par constructionA =QDQ−1. On peut noter que Q=V(z0, . . . , zn−1)
o`uV d´esigne la matrice de Vandermande. Chose assez surprenant, on peut ´egalement noter quezk =z1k, de sorte que Q soit sym´etrique :
Q=
1 1 . . . 1
1 e2iπn . . . e2iπ(n−1)n ... ...
1 e2iπ(n−1)n . . . e2iπ(n−1)2n
On peut mˆeme aller plus loin et montrer queQQ∗ =nIn, o`uQ∗ est la matrice dont les coefficients sont les conjugu´es de ceux de Q, ce qui prouve que Q−1 = n1Q∗. 6. On peut noter que A est la matrice compagnon du polynˆome P et utiliser le cours :
χf(X) =χA(X) = (−1)nP(X).
On peut reprendre ce calcul dans ce cas particulier :
χA(X) =
−X 1 . . . 0 0 . .. ... ...
... . .. ... 1 1 . . . 0 −X
On d´eveloppe par rapport `a la premi`ere colonne :
χA(X) =−X
−X 1 . . . 0 0 . .. ... ... ... . .. ... 1 0 . . . 0 −X
+ (−1)n+1
1 0 . . . 0
−X . .. ... ...
... . .. ... 0 0 . . . −X 1
Ces deux matrices (de taille n−1) ´etant triangulaires, on d´eduit :
χA(X) = −X(−X)n−1+ (−1)n+1 = (−1)n(Xn−1) = (−1)nP(X).
On pouvait trouver cela en exploitant ce qui pr´ec`ede : on sait que f poss`ede n valeurs propres distinctes et simples. Le polynˆome χf est donc un polynˆome de degr´en, de coefficient dominant (−1)n, dont les racines sont les nombres complexes zk avec 0 ≤k≤n−1. On d´eduit :
χf(X) = (−1)n
n−1
Y
k=0
(X−zk) = (−1)nP(X).
7. Si n = 2, χf = P est scind´e `a racines simples et f reste diagonalisable dans R. Si n ≥ 3, alors le polynˆome χf = (−1)nP a au plus deux racines r´eelles (1 si n est impair, 1 et -1 si n est pair), compt´ees avec multiplicit´e. Ainsi χf n’est pas scind´e etf n’est pas diagonalisable, et sa matrice A non plus.
Remarque : C’est un fait g´en´eral qu’un polynˆome `a coefficient r´eels poss´edant des racines complexes non r´eelles n’est pas scind´e sur R. On peut d´emontrer que les racines complexes sont conjugu´ees, et on peut le factoriser en produit de monˆomes et de trinˆomes. Dans ce cas-ci, on a bien
zk =e−2ikπn =e2ik
0
n =zk0 avec k0 =n−k Dans le cas impaire, en notantN = n−12 , on obtient en groupant
P(X) = (X−1)
n−1
Y
k=1
(X−zk) (1)
= (X−1)
N
Y
k=1
(X−zk)(X−zk) (2)
= (X−1)
N
Y
k=1
(X2−2 cos(2kπn )X+ 1). (3)
tandis que le cas pair donne, avecN = n2 :
P(X) = (X−1)(X+ 1)
N
Y
k=1
(X2−2 cos(2kπn )X+ 1)
Dans le deux cas, on peut v´erifier que chaque trinˆome X2 −2 cos(2kπn )X + 1 est irr´eductible sur Rpuisque son discriminant 4 cos2(2kπn )−4 est strictement n´egatif.