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Utilisation des matières grasses chez les bovins à
l’engraissement
A. Clinquart, Didier Micol, C. Brundseaux, I. Dufrasne, L. Istasse
To cite this version:
A.
CLINQUART,
D. MICOL C.BRUNDSEAUX,
I.DUFRASNE
L. ISTASSEUniversité de
Liège,
Fac. Méd.Vétérinaire,
NutritionAnimale, B43,
SartTilman,
4000Liège (Belgique!
*
INRA, Laboratoire
Adaptation aux Milieux,
Theix, 63122 St-Genès-Champanelle
Utilisation
des matières
grasses chez
les
bovins
à
l’engraissement
L’incorporation
de matières
grasses
dans la ration de la vache laitière
à
haut niveau de
production
aété
beaucoup
étudiée
au coursdes
20
dernières
années et
de nombreux articles de
synthèse
ont
traité des
effets
surles
performances
animales
et
la
qualité
du lait. Par
contre,
il
n’existe
pas
de
synthèse
surle
sujet
chez le bovin
à
l’engraissement.
L’introduction
de matière
grasse
dans l’alimentation des bovins à
l’engraissement
est
unepratique
de
plus
enplus
courante.
Diverses
raisons
permettent
de la
justifier :
utilisation
de matières
premières
produites
engrandes
quantités
par
l’industrie, augmentation
de
la
densité
énergétique
de la
ration,
amélioration de la
finition
des
animaux
et
enfin
manipulation
de la
teneur
enacides
gras
des
graisses.
Les rations
d’engraissement
secaractéri-sent par une densité en
énergie
très élevée.L’ensilage
de maïs ou lespulpes
de betteravessont souvent utilisées comme aliments de
base. Ces aliments sont
complémentés
pardes
céréales,
des tourteaux et certains autressous-produits.
Les teneurs en extrait éthéréde telles rations sont faibles et
généralement
voisines de 2 à 3 % dans la matière sèche. Un des buts de la
complémentation
par desgraisses
est d’atteindre une teneur en extraitéthéré d’environ 5 %. Cette
pratique
est utili-sée dans la formulation industriellelorsque
certainsingrédients
de la ration sont deden-Résumé
-L’incorporation
de matière grasse dans les rationsd’engraissement
de bovins est unetechnique
courante. Différents buts sontpoursuivis :
augmenter la teneur en énergie de la ration, faciliter la finition des animaux ou manipuler la teneur en acides gras insaturés de la graisse.
L’incorporation
des matières grasses se fait sous forme degraisses purifiées
d’origine végétale ou animale ou sous forme degraines
ou de fèves oléagineuses. Généralement, ces dernières subissent des traitements technologiques, avec comme conséquence, parexemple,
uneaugmentation des acides gras à chaîne
plus
courte et saturés. Vu l’origine extrêmement variée des graisses utilisées, les effets observés chez les animaux sont parfois divergents.L’utilisation de graisses dans des rations
d’engraissement
a tendance à réduire l’intensité des fermentations dans le rumen et à lesorien-ter vers une production plus importante d’acide propionique. Les données de la littérature indiquent que
l’incorporation
de matièregras-se a tendance à réduire la digestibilité apparente de la matière sèche et de la matière organique et à augmenter la digestibilité de l’extrait
éthéré.
Les
principaux
effets sur lesperformances zootechniques
sont une réduction de la duréed’engraissement,
uneaugmentation
desgains
depoids,
une réduction des ingestions, et par conséquent une amélioration de l’indice de consommation. Les auteurssignalent généralement
uneaugmentation
du poids des carcasses et du rendement à l’abattage. Les carcasses sont souvent plus grasses. La compositionchimique
de la viande et celle du muscle, c’est-à-dire de la viande maigre, ne semblent pas être modifiées. La supplémentation avec des
graisses
d’origine
animale entraîne une diminution plus ou moins importante de laproportion
des acides gras insaturés. A l’opposé, l’utilisationsité
énergétique
moindre oulorsque
l’ali-ment,
bien quecomposé
de matièrespre-mières
nobles,
est destiné à des finsparticu-lières telles que la finition des animaux. Un
autre but de
l’incorporation
des matières grasses est demanipuler
lacomposition
enacides gras de la
graisse produite
par l’ani-mal en vue d’obtenir une vianderépondant
mieux aux critères de la
diététique.
Eneffet,
d’aucuns
prétendent
quel’augmentation
de laproportion
des acides graspolyinsaturés
diminue lerisque d’apparition
de certainespathologies
cardio-vasculaires.L’augmenta-tion de la teneur en acides gras
polyinsaturés
dans les tissus animaux suppose une
protec-tion des acides gras contre les
hydrogénations
réalisées par les
micro-organismes
dans lerumen.
Les matières grasses utilisées sont soit
d’origine végétale,
sous forme degraines
oléa-gineuses
ou d’huilepurifiée,
soitd’origine
animale. De
façon générale,
lesgraisses
d’ori-gine
végétale
sontplus
riches en acides grasinsaturés. La
proportion
des acides gras varied’une
espèce
végétale
à l’autre. A titred’exemple,
l’huile de colza estparticulière-ment riche en acide
oléique
(C18:1),
les huilesde
soja,
de maïs et de tournesol en acidelino-léique
(C18:2)
et enfin l’huile de lin en acidelinolénique
(C18:3).
Lesgraines
oléagineuses
nécessitent un traitement
thermique -
toas-tage,
floconnage
ou extrusion - afin dedéna-turer les facteurs antinutritionnels. Ce
traite-ment
peut
modifier lacomposition
en acidesgras des
graisses
enaugmentant
lapropor-tion d’acides gras à courte chaîne et la
pro-portion
d’acides gras saturés(Clinquart
et al1993).
Préalablement à la fabrication del’ali-ment
composé,
les huilesvégétales purifiées
sont souvent
incorporées
à unsupport
absor-bant tel que le
rebulet,
les rafles de maïs oule tourteau de cocotier. Les
graisses
animalessont caractérisées par une teneur
plus
élevéeen acides gras saturés. Elles
peuvent
êtredis-tribuées sous forme de
sous-produit purifié
tel que le suif
(graisse
bovine),
le saindoux(graisse
deporc)
ou sous forme demélanges
de diverses
graisses
decomposition
variable telles que la «graisse jaune
» ou les «graisses
recyclées
».Cet article rassemble les données relatives
aux effets de
l’ajout
de matières grasses dansdes rations
d’engraissement
de bovins sur lemétabolisme dans le rumen, la
digestibilité,
les
performances zootechniques,
laqualité
de la carcasse, lacomposition chimique
de laviande,
lacomposition
en acides gras desgraisses
et laqualité
de la viande. Les effetssur les métabolites et hormones
plasmatiques
sont
également
évoqués.
1
/ Digestion
Il existe de nombreuses
synthèses
relativesaux effets des matières grasses sur la
diges-tion dans le rumen. Parmi les
synthèses
récentes,
on citeraTamminga
et Doreau(1991),
Chilliard(1993),
Jenkins(1993)
etDoreau et
Ferlay
(1994).
Elles rassemblent levache
laitière ;
peu de résultats sontdispo-nibles pour les bovins à
l’engraissement.
Il nefaut pas
extrapoler
systématiquement
chez le taurillon les données obtenues chez la vache laitière parce que celles-ci sont très souventen bilan
énergétique négatif.
Deplus,
les rations des bovins àl’engrais
sont caractéri-sées par une densitéénergétique élevée,
etdonc par une
proportion importante
deconcentrés. A titre
d’exemple,
l’utilisation de rations riches en concentrés favorise ledéve-loppement
d’une floreamylolytique
entrai-nant une réduction du processus
d’hydrogé-nation des acides gras dans le rumen, avec
pour
conséquence
uneplus grande
incorpora-tion d’acides gras insaturés dans les graisses de la carcasse
(Doreau
etFerlay
1994).
Danscet
article,
il est doncpréférable
de limiter la discussion à ce cadreprécis.
Le tableau 1 décrit les effets de la
supplé-mentation en matière grasse sur le
pH
et laproduction
d’acides gras volatils dans lerumen. Les matières grasses utilisées étaient
d’origine végétale (soja,
carthame, tournesol,
colza oucoton ;
protégées
ounon)
etd’origine
animale
(suif, saindoux,
mélange
degraisses
appelé
«graisse jaune
»,graisses
d’animauxmarins ;
hydrogénées
ounon),
à un tauxd’in-corporation
moyen de 5 %. De manièregéné-rale,
les tendances observées sont uneréduc-tion du
pH
et uneaugmentation
de laconcentration des acides gras volatils
totaux,
une réduction des concentrations d’acide
acé-tique
et d’acidebutyrique
et uneaugmenta-tion de la concentration d’acide
propionique.
Ces effets sont influencés par le tauxd’incor-poration
mais pas parl’origine
des matières grasses ou le traitementqu’elles
ont subi.La
dégradabilité
des fibres dans le rumenest
généralement
réduite suite àl’incorpora-tion de matière grasse dans la ration.
Plu-sieurs mécanismes ont été
proposés.
Le pre-miersuggéré
d’après
les résultats deKowalczyk
et al (1977) consiste en unrecou-vrement
mécanique
de la fibre par lagraisse,
empêchant
le contact étroit entre les bacté-riescellulolytiques
ou leurs enzymeshydroly-tiques
et lesparticules
alimentaires. Des modifications de la flore ontégalement
étéproposées
pourexpliquer
les effets del’addi-tion de matière grasse.
Ikwuegbu
et Sutton(1982)
et Bauchart et al(1985) rapportent
une élimination des
protozoaires
et uneaug-mentation du nombre total de bactéries chez le mouton et la vache laitière.
Enfin,
les matières grassespeuvent
produire
des effetscytotoxiques
sur lesmicroorganismes
enmodifiant le fonctionnement des membranes cellulaires
(Drackley
et al1985,
Jenkins1993).
Lesgroupements
carboxyles
libres seraientresponsables
de cettecytotoxicité.
C’est
pourquoi
les selscalciques
et lestrigly-cérides
perturbent
dans une moindre mesurela
digestion
des fibres. Ledegré
de saturation influence aussi lac
y
totoxicité,
les effets étantplus
marqués
avec
les acides gras insaturés(Galbraith
et Miller1973,
Henderson1973,
Jenkins1993).
Il semble que, dans certains cas,
l’incorpo-ration de matières grasses ait stimulé le
métabolisme des
micro-organismes
dans lerumen ainsi
qu’en témoignent
les résultatsrapportés
parClinquart
et al(1991c)
avec une rationd’engraissement
à base depulpes
séchées
complémentée
par de l’huile desoja
à raison de3,3
%. Ladégradabilité
in sacco dedifférents aliments tels que
céréales, pulpes,
tourteaux,
fèves etgraines
a été améliorée defaçon systématique
par lasupplémentation
en huile de
soja.
Les effets de l’addition de matière grasse à des rations
d’engraissement
sur leurdigesti-bilité ont été
rapportés
par différents auteurs et résumés dans le tableau 2. Les tendancesgénérales
que l’onpeut
dégager
sont lessui-vantes : faible réduction des
digestibilités
apparentes
de la matièresèche,
de la matièreorganique
et desfibres, augmentation
impor-tante de la
digestibilité
apparente
de l’extrait éthéré et effets très variables sur ladigestibi-lité de la matière azotée. Il faut noter que les réductions de la
digestibilité
de la matière sèche ou de la matièreorganique
ont étésupérieures
à 10 % lors del’incorporation
de 10 % d’huile de maïs(Johnson
et Mc Clure1973)
ou de 8 % degraisse
animale(Moore
etal
1986).
Parcontre,
lors del’incorporation
de3,3
% d’huile desoja
à une ration à base depulpes
séchées(Clinquart
et al1991c),
ladigestibilité
apparente
de tous lescompo-sants
chimiques
de laration,
àl’exception
de la matièreazotée,
a étéaugmentée.
Defaçon
presque
générale,
ladigestibilité
apparente
des fibres diminue en fonction du taux
d’in-corporation ;
cette diminution est réduite lors del’incorporation
degraisses protégées
(Dinius
et al1974)
ou degraisses
saturéesd’origine
animale(Garret
et al1976b).
D’après Drackley
et al(1985), lorsque
les matières grasses réduisent ladégradabilité
des nutriments dans le rumen, un
phénomène
de
digestion
compensatrice
sedévelopperait
dans la
partie postérieure
du tubedigestif,
entraînant une moindre réduction de ladigestibilité
apparente
de la fibre. Il estplus
difficile
d’interpréter
l’effet de lasupplémen-tation en matière grasse sur la
digestibilité
des matières azotées en raison du
remanie-ment que ces dernières subissent dans le
rumen. L’amélioration de la
digestibilité
apparente
de l’extrait éthéré a été d’autantplus importante
que le tauxd’incorporation
aété élevé ou que les matières grasses étaient
emprisonnées
dans une structure cellulaire(Bauchart
et al1990,
Doreau etFerlay
1994).
2
/ Métabolites
et
hormones
plasmatiques
Peu d’articles décrivent les effets de
l’incor-poration
de matières grasses sur les métabo-lites et les hormonesplasmatiques
au coursde
l’engraissement
des bovins. De telles don-nées sontparticulièrement
nombreuses chez la vache ou la brebis enproduction
laitière etchez la
génisse
en croissance. Lesprincipaux
effets enproduction
de viande bovine ou ovinesont,
comme enproduction
laitière,
uneaug-mentation des teneurs
plasmatiques
enlipides
totaux,
cholestérol,
triglycérides,
phos-pholipides
et acides gras non estérifiés(Devier
et Pfander1974,
Dinius et al 1974 et1975,
Steele1980,
Dufrasne et al1991,
Van Eenaeme et al1991,
Lough
et al1992,
Solo-mon et al
1992).
L’élévation de la teneur encholestérol dans le
plasma
serait à relier avecdes besoins
plus
élevés pour assurerl’absorp-tion et le transfert des matières grasses de l’intestin. Les concentrations d’azote a-aminé
et d’urée dans le
plasma
ne sont pasmodi-fiées par l’addition de matières grasses, même
lorsque
les tauxd’incorporation
sont trèséle-vés
(Dinius
et al1974).
Cette absence d’effetpeut
être mise en relation avec les effets trèsvariables
enregistrés
au niveau de ladigesti-bilité de la matière azotée dans le rumen. La
glycémie
a tendance àaugmenter
et cetteaugmentation
peut
être la résultante de laproduction plus
élevée depropionate
et de l’effetd’épargne
duglucose
due àl’oxydation
des acides gras libresapportés
par la ration.Chez les
ruminants,
lors de lasupplémen-tation
lipidique,
les effets observés sur lesteneurs
plasmatiques
eninsuline,
hormonede
croissance,
Insulin-like Growth Factor-I ethormones
thyroïdiennes
ont été faibles etcontradictoires
(Chilliard
et Ollier1994).
Ence
qui
concernel’insuline,
Cummins et Sartin(1987)
ontenregistré
une élévation de sateneur
plasmatique
chez des vaches au 50,jour
de lactation lors de la distribution degraines
de coton. Parcontre,
Khorasani et al(1992)
rapportent
une réduction del’insuliné-mie chez la vache
supplémentée
avec desgraines
de colza. Chez des taurillons àl’en-grais
recevant une ration à base depulpes
séchées contenant de l’huile de
soja,
Van Eenaeme et al(1991)
ont noté uneaugmenta-tion de l’insulinémie associée à une
légère
réduction de la
glycémie.
Dans ce cas,l’aug-mentation de la sécrétion d’insuline aurait été induite par des teneurs
plus
élevées enacides gras libres dans le
plasma,
comme lesuggèrent
Gerich et al(1976)
et Cummins etSartin
(1987).
3
/ Performances
zootechniques
Les données
disponibles
dans labibliogra-phie
concernentprincipalement
5 para-mètres : la durée del’engraissement,
lepoids
dedépart,
legain
depoids,
la consommationet l’indice de consommation
(tableau 3).
De manièregénérale, l’incorporation
de matièregrasse entraîne une amélioration du
gain
depoids
associée à une réduction del’ingestion,
cequi
se traduit par une amélioration del’in-dice de consommation de l’ordre de 5 à 10 %. La diminution des
gains,
observée dansquelques
cas,pourrait
être liée à un tauxd’incorporation
de matière grasse souventsupérieur
à 5 %. Ces effetsnégatifs
pour-raient êtreexpliqués
par une réductionimportante
de ladégradabilité
dans le rumenet/ou une réduction de
l’appétibilité
de laration. Il est tentant de relier
l’augmentation
ou la diminution du
gain
quotidien
àl’apport
énergétique
de la ration. Laquantification
deces
apports
n’est pas aisée lors de lasupplé-mentation avec des matières grasses. D’une
part,
et d’unpoint
de vuethéorique,
la valeurcalorique
deslipides
estsupérieure
à celle des autres constituants alimentaires. D’autrepart,
cettesupplémentation
induit des effetsmultiples
qui
modifient le métabolismeéner-gétique
en sens divers etopposés.
Eneffet,
l’apport
degraisse
réduitl’ingestion
etpeut
diminuer la
digestibilité
de certains compo-sants tels que lesfibres,
même si ceux-ci peu-vent néanmoins être valorisés dans lapartie
terminale du tubedigestif.
Enfin,
lerende-ment de l’utilisation de
l’énergie pourrait
être amélioré suite à la réduction de laproduction
de méthane dans le rumen etgrâce
à l’utilisa-tion directe des acides gras àlongue
chaîne dans les voiesmétaboliques
sans recours àl’acétate et au
glucose.
Un calculprécis
desapports
enénergie
nette est donc aléatoire enraison de l’interaction de ces différents effets. Lors de nombreuses
expériences
rapportées
au tableau
3,
la durée del’engraissement
aété fixée et semblable dans les groupes
témoins et traités.
Lorsqu’elle
n’était pasfixée,
elle a été soitplus
courte avec une amé-lioration dugain
depoids
(Fiems
et al1990),
soitplus longue
suite à une détérioration dugain
depoids
des animaux(Cuitun
et al1975,
4
/
Composition
de la
carcasse
L’addition de matière grasse dans les
ra-tions
d’engraissement
de bovins a entraîné delégères
augmentations
dupoids
de la carcasse(tableau 4).
L’augmentation
moyenne a été del’ordre de 3 % et le rendement à
l’abattage
aété
légèrement
amélioré(+ 0,3 %).
Une aug-mentation de laproportion
degraisse
dans lacarcasse a été
rapportée par
tous les auteursL’addition de matières grasses à la ration
augmente
laproportion
de gras dans la carcasse, avec undépôt plus
important
d’acides gras insaturéslorsqu’elles
sontd’origine végétale.
Actuellement,
les carcasses grasses sontpar-ticulièrement
dépréciées
sur le marché de laviande. Il faut donc à tout
prix
veiller à ce quel’ajout
de matière grasse ne conduise pas à laproduction
de carcassestrop
grasses.5
/
Composition chimique
de la
viande
L’influence de la
supplémentation
enmatière grasse sur la
composition
chimique
du muscle
Longissimus
Dorsi est résumée dans le tableau 5. Dansquatre
expériences,
une
augmentation
de la teneur en extrait éthéré a été observée. Cetteaugmentation
n’a pas été
proportionnelle
au taux desup-plémentation.
Les résultats de Tesfa et al(1992)
et Schwarz et al(1993)
sontéton-nants. En
effet,
dans ces deuxexpériences,
letaux de
supplémentation
relativementimportant
(5
à 8%)
a entraîné une réductionde
plus
de 20 % en moyenne de la teneur enextrait éthéré.
Néanmoins,
cet effet n’a pasété associé à une réduction de la
proportion
de tissu
adipeux
dans la carcasse, si ce n’est avec le suif dansl’expérience
de Tesfa et al(1992).
Il est à noter que dans ces deuxexpé-riences,
lesgains journaliers
avaient été réduits de 12 à 13 % en moyenne lors de lasupplémentation.
Même si les résultats sont peunombreux,
il semble que la supplémen-tation en matière grasse n’affecte pas lateneur en cholestérol. Il est vrai que d’autres
études ont montré
qu’il
n’existe pas derela-tion entre les teneurs en
graisse
et encholes-térol dans la viande
(Rhee
et al 1982a et1982b).
6
/
Composition
enacides gras
des graisses
de
la
carcasse Un des buts del’incorporation
de matièresgrasses est de
pouvoir manipuler
lacomposi-tion en acides gras des carcasses et de la
viande en vue
d’augmenter
la teneur enacides gras mono et
polyinsaturés
pour enfaire un
produit
qui
réponde
mieux auxcri-tères de la
diététique.
Le tableau 6 résume les donnéesdisponibles
chez le bovin àl’en-graissement.
Les données concernent lacom-position
en acides gras de lagraisse
périrénale
et de la
graisse
intra-musculaire dans le muscleLongissimus
Dorsi. De manièregéné-rale,
ilapparaît
que lasupplémentation
avecdes
graisses d’origine
animale entraîne unediminution
plus
ou moinsimportante
de laproportion
des acides gras insaturés. Al’op-posé,
l’utilisation degraisses d’origine
végétale
est associée à une
augmentation
de la propor-tion des acides gras insaturés.Lorsque
lesmatières grasses sont des huiles
végétales
purifiées
nonprotégées,
l’augmentation
de lateneur en acides insaturés est relativement
faible,
même si les matières grasses sont riches en acidelinoléique,
comme l’huile detournesol ou l’huile de
soja.
Parcontre,
lesacides gras de ces huiles ont été retrouvés dans les
graisses
des animauxayant
reçu cesmatières
premières
sous formeprotégée
telleque des sels de calcium. Les effets des
ajouts
de matières grasses sont moins
marqués
dansla
graisse
intra-musculaire que dans lagraisse
périrénale ;
cette différencepeut
êtreexpli-quée
partiellement
par la teneur initialeplus
élevée en acides gras insaturés dans la
graisse
les-quels
desgraines
de linfloconnées,
des fèves desoja
extrudées ou de l’huile desoja
avaient étéincorporées
à des rationsd’engraisse-ment,
laproportion d’acides gras insaturés
aaugmenté
dans lagraisse
périrénale,
l’aug-mentation laplus
importante
ayant
été observée avec lesgraines
de lin floconnées(53,6
vs39,3
% d’acides grasinsaturés).
Laproportion
plus
élevée des acides gras insatu-rés dans le tissuadipeux
a été reliée à lanature du
supplément lipidique :
lesgraines
assurent une
protection
partielle
des acidesgras contre
l’hydrogénation
par lesmicroorga-nismes du rumen. Elle
peut
être liée d’autrepart
audegré
d’insaturation des acides gras :l’huile de lin est riche en C18:3. En
effet,
selonDoreau et
Ferlay
(1994),
l’intensité del’hydro-génation
du C18:3n’augmente
pas de manièreproportionnelle
à sa concentration dansl’ali-ment contrairement à d’autres acides gras tels que le C18:2. Dans de telles
conditions,
Les
effets
desapports
de matières grassessur les
qualités
technologiques
etorganoleptiques
des viandes sont
variables et
mériteraient d’être
plus
systématiquement
étudiés.
échapper
àl’hydrogénation
dans le rumen etêtre
incorporée
dans le tissuadipeux.
Cettehypothèse
est corroborée par les résultats deClinquart
et al(1991a)
qui
ont montréqu’après
8 heures d’incubation in sacco, laproportion
de C18:3 degraines
de lin flocon-nées sursupport
d’orge
était encore de 38 %.7
/
Qualité
de la viande
L’influence de la
supplémentation
enmatière grasse sur la
qualité
de laviande,
déterminéeclassiquement
sur le muscleLon-gissimus
Dorsi,
a été décrite parquelques
auteurs dont les résultats sont
présentés
autableau 7. Les
qualités organoleptiques
de la viandepeuvent
être évaluées par des méthodes instrumentales ou sensorielles. Cesdernières, plus
souventcitées,
nécessitent unjury
bien entraîné. Celui-ci évaluechaque
qualité
sensorielle sous forme d’une notevariant de 1
(appréciation
minimale)
à 8(appréciation
maximale).
Exception
faite des résultats de Tesfa et al(1992),
lasupplémen-tation en matière grasse n’a pas amélioré la
tendreté. Ces résultats
peuvent
êtrecomplé-tés par la mesure de la force de cisaillement. Cette méthode instrumentale met en évidence
les mêmes
tendances,
à savoir une tendretééquivalente
ou altérée. Cephénomène
n’estpas
expliqué
par la modification de lacompo-sition
chimique puisqu’il
estgénéralement
admis
qu’une augmentation
de la teneur engraisse
intramusculaire influencefavorable-ment la tendreté. Les altérations les
plus
importantes
de la tendreté(Me
Cartor et al1979,
Schwarz et al1993,
Clinquart et
al nonpublié)
peuvent
être mises en relation avec une réduction desgains journaliers.
Al’inver-se,
quand
lasupplémentation
améliore lesgains
journaliers,
cet effet n’est pas associé àune altération de la tendreté sauf dans
l’ex-périence
de Patil et al(1993)
danslaquelle
le niveau desupplémentation
était élevé. Les résultats de Tesfa et al(1992)
semblentéton-nants : ils montrent une amélioration de la
tendreté
malgré
une diminutionimportante
des
gains journaliers
et de la teneur en extrait éthéré. Deplus,
les valeurs obtenues pour la force de cisaillement sont anormalementLa
supplémentation
en matière grasse ainfluencé de manière variable la flaveur de la
viande,
les effets lesplus négatifs
ayant
étérapportés
St John et al(1987)
avec desgraines
de colza. Aucun auteur n’a évaluél’oxydation
desgraisses
dans ces viandessou-vent enrichies en acides gras insaturés.
Cependant
Ford et al(1976)
ont montré que les notes de flaveur de la viande bovinedimi-nuent de 15 %
lorsque
laproportion
d’acidelinoléique
passe de 1 % à 20 %. Lerancisse-ment et ses effets défavorables devraient
pourtant
êtrepris
encompte.
Peu de données sont
disponibles
pour la couleur et pour lacapacité
de rétention d’eau. Les tendances doivent donc être considéréesavec
prudence.
Il semble ne pas y avoir d’effetde la
supplémentation
en matière grasse surles
pertes
dejus
à la cuisson et cemalgré
uneaugmentation
inexpliquée
despertes
parécoulement lors du
stockage
(Hollo
et al1993,
Clinquart et
al nonpublié).
Lasupplémenta-tion
peut
altérer la couleur de la viande(Brandt
et al 1992). Ces effetspourraient
êtreexpliqués
parl’apparition
d’une viandeplus
pâle,
commel’indiquent
des valeurs delumi-nosité
plus
élevées(Hollo
et al1993,
Clin-quart
et al nonpublié).
Conclusion
et
perspectives
La
supplémentation lipidique
des rationsd’engraissement
présente
un intérêtcrois-sant. De
façon
générale,
ellepeut augmenter
lesperformances
des bovinslorsque
le tauxd’incorporation
nedépasse
pas 5 %. A untaux
supérieur,
elle entraîne leplus
souventune diminution des
performances expliquée
par des effets
négatifs
importants
sur ladigestion
dans le rumen, surtout s’ils’agit
degraisses
insaturées et nonprotégées.
Un effet très
important
de lasupplémenta-tion
lipidique
est la modification de la compo-sition de la carcasse. Uneaugmentation
de lateneur en
graisse
de la viande est trèssou-vent observée. Celle-ci
peut
atteindre 10 %. Les donnéespubliées
sont leplus
souventbasées sur des
supplémentations
delongue
durée. Il serait intéressant de déterminer dans
quelle
mesure un traitementplus
courtpermettrait
d’éviter une telleaugmentation
de la teneur en
graisse
de la viande parce quecelle-ci
peut
altérer laqualité diététique
de la viande. Cet effet est fort heureusementcom-pensé
par une amélioration de laqualité
de lagraisse
de la viande si lesupplément
utiliséest
d’origine végétale
et,
mieux encore, si cesgraisses
végétales
sont fortement insaturéeset si elles sont
protégées.
La
qualité
de la viande n’est pas souventprise
encompte.
Pourtant les effets de lasup-plémentation lipidique
ne sont pasnégli-geables.
Certainseffets,
tels quel’améliora-tion de la flaveur de la
viande,
sont liés à uneaugmentation
de la teneur engraisse
de laviande.
D’autres,
tels que l’altération de la tendreté souventrapportée,
ne sont pasexpli-qués
à cejour.
Une étudeapprofondie
de lamaturation de telles viandes devrait être réa-lisée.
L’élaboration de rations
supplémentées
enmatières grasses repose sur l’utilisation des
valeurs
énergétiques
théoriques
de cessup-pléments.
Il faut néanmoins tenircompte
d’une surestimationfréquente
de cesvaleurs,
suite à la diminution
possible
de la valorisa-tionénergétique
des autrescomposants
de la ration. Deplus,
lescaractéristiques
propres des rationsd’engraissement empêchent
toutecomparaison
fiable avec les données obtenueschez la vache laitière.
La
supplémentation
en matières grassesprésente
un intérêtéconomique
sil’augmen-tation du coût de l’aliment
qu’elle
entraîneest
compensée
par une amélioration del’indi-ce de consommation
supérieure
à 5 % et parune
augmentation
du rendement de carcasse.Remerciements
Cette recherche a été réalisée grâce à la collaboration financière de l’Institut pour l’encouragement de la Recherche Scientifique dans l’Industrie et l’Agriculture
(IRSIA, Bruxelles, Belgique).
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Comparative feeding
valueof
Abstract
Use
of fat
infattening
dietsfor
cattle.The
incorporation
ofdietary
fat isquite
usual withfattening
cattle. Theobjectives
are anincrease of the energy content of the
diet,
abet-ter
finishing
period
and theability
tomanipulate
the unsaturated
fatty
acids content of fat in thecarcass. Fat is
incorporated
either aspurified
fatof
vegetable
or of animalorigin
or as an oilpro-ducing
seed or bean.Usually,
feedstuffs aretrea-ted with as
result,
forexample,
an increase of thecontent in saturated
fatty
acids with shorter chains. Since fat sources of variousorigins
havebeen used in the different
trials, opposite
resultswere sometimes
reported.
The
incorporation
of fat infattening
diet tendedto reduce the extent of fermentation in the
rumen and direct the fermentation to a
larger
proportion
ofpropionic
acid. From thelitteratu-re it
appeared
also that fat reducedapparent
digestibility
ofdry
matter andorganic
matterand increased
digestibility
of ether extract.The main effects on animal
performances
were areduction of the
length
of thefattening period,
animprovement
of liveweigth gain,
and a decreaseof food intakes with as result an
improvement
ofthe feed conversion ratio. The authors
reported
usually
an increase in the carcassweight
and thekilling-out
proportion.
Carcass were also fatter.The chemical
composition
of the carcass and ofthe muscle and the lean meat was not
largely
affected. The
supplementation
with fat of animalorigin
induced a decrease of variable extent inthe unsaturated
fatty
acids content.By
contrast,
the
incorporation
of fat ofvegetable origin
wascharacterized
by
an increase of desaturatedfatty
acids.
CLINQUART A.,
MICOLD.,
BRUNDSEAUXC.,
DUFRASNE