Annexes
documentaires TREND 2001
Faroudja BOUTAHRA Jean-Michel DELILE Elisabeth JACOB Etienne MATTER
Annexes
documentaires TREND 2001
Faroudja BOUTAHRA Jean-Michel DELILE Elisabeth JACOB Etienne MATTER
Sommaire
Analyse des démarches expérimentales de recueil de données (TREND)
auprès d’observateur non-spécialiste
dans l’Essonne et en Seine-Saint-Denis 1 Rapport national sur la substitution 19 Historique de la consommation des drogues à Bordeaux 39
Historique des aspects de l’usage de stupéfiants
dans l’agglomération lyonnaise des années 1960 à nos jours 51
Rapport SINTES N°3 (janvier-mars 2000) 133 Rapport SINTES N°4 (avril-juin 2000) 143
Notes d’information destinées aux partenaires du réseau TREND relatives à des échantillons
collectés dans le cadre de SINTES 151 Exemple de note d’information 151 Note d’information sur le PMA 153 Deuxième note d’information sur le PMA 155 Exemple de note d’information 157
Analyse des démarches expérimentales de recueil de données (TREND) auprès d' observateur
non spécialiste dans l'Essonne et en Seine-Saint-Denis
Elisabeth JACOB
RAPPEL DE LA DÉMARCHE ET OBJECTIFS DE L'ÉTUDE
Dans le cadre du dispositif TREND (Tendances Récentes et Nouvelles Drogues), une expérimentation a été menée dans deux départements -l'Essonne et la Seine-Saint-Denis – pour développer des dispositifs observation en mobilisant des intervenants de terrain non spécialisés sur les questions de toxicomanie. L'objectif est de recueillir des informations sur les consommations d'un public, qui ne se reconnaît pas dans les dispositifs de prise en charge ou de prévention destinés aux usagers de drogues et qui échappe donc à l'observation réalisée par les intervenants spécialisés en toxicomanie.
Deux structures ont été chargées de conduire ce travail, le réseau toxicomanie départemental Hérodote dans l'Essonne et la Mission Départementale de Prévention des Toxicomanies (MDPT) en Seine-Saint-Denis. Chacune de ces deux structures a conduit cette démarche en élaborant sa propre méthode et ses propres outils. L'OFDT a souhaité qu'un travail d'analyse comparée soit entrepris afin de saisir les points de convergences et de divergences entre les deux démarches, et tirer les enseignements de ces deux expériences. C'est l'objet de ce rapport.
L'objectif de ce travail est d'apprécier les conditions de faisabilité et de transférabilité de la méthodologie de mise en place d'un dispositif d'observation sur les consommations de produits psycho-actifs au regard de :
- la constitution et la pérennisation d'un réseau d'observation de professionnels non-spécialisés en toxicomanie (implication et adhésion des intervenants, inscription de la démarche dans une logique institutionnelle, construction d'un outil de recueil approprié et intégrable aux cadres d'intervention des professionnels, ..).
- la capacité des intervenants à recueillir des informations sur les consommations (public touché, proximité avec les publics engagés dans des consommations, capacité à repérer des consommations, à construire des catégories fiables d'observation, à dégager le temps nécessaire à la réalisation de ce travail, à routiniser une observation sur les consommations...).
Ce travail a été conduit à partir d'entretiens et de rencontres entre les deux personnes chargées de mettre en œuvre la démarche dans les deux départements. Les entretiens visaient à expliciter le déroulement de la démarche et la manière dont avait été conduit le projet. Les échanges ont ensuite permis de mettre en vis-à-vis les deux démarches et à faire expliciter le sens des choix effectués.
Des entretiens ont également été réalisés auprès de quelques intervenants de terrain ayant participé à la démarche dans les deux départements. Ces intervenants ont été choisis en concertation avec les personnes chargées de suivre la démarche sur la base de plusieurs critères : ils travaillent dans différentes institutions et ont des qualifications professionnelles variées, ils manifestent un intérêt pour le travail engagé.
Ces entretiens avait pour but de saisir la manière dont le recueil c'était déroulé sur le terrain, le sens et l'intérêt qu'il pouvait recouvrir pour les professionnels, élément indispensable à la pérennisation de la démarche. Ont été rencontrés : Deux Points Ecoute
- Deux associations de prévention spécialisée
- Deux professionnels de santé de l'Education Nationale (médecin et infirmier scolaires) - Deux missions locales d'insertion
- Un médecin généraliste en Seine-Saint-Denis
QUALIFICATION ET OBJECTIFS DES STRUCTURES PORTEUSES (HERODOTE, MDPT)
Avant de retracer le déroulement du programme TREND dans les deux départements, il apparaît important de saisir la manière dont cette démarche a été intégrée et entendue par les structures chargées de la porter. Ces éléments apparaissent déterminants pour saisir le sens des orientations développées par la suite.
L'engagement de la Mission Départementale de Prévention des Toxicomanies (MDPT) dans ce programme dépasse le seul souhait d'engager une démarche d'observation des consommations de produits psycho-actifs. Au travers de cette démarche, les responsables de la MDPT espéraient, sur la base d'une plus ample connaissance de ce phénomène et de son incidence, placer les acteurs intervenant en direction de la jeunesse en compétence d'impulser des actions de prévention. La démarche d'observation était donc conçue comme un support et une amorce d'un travail plus ambitieux.
L'objectif était de construire un réseau de partenaires, de le pérenniser et de travailler à ce que les intervenants qui le composent intègrent la question des toxicomanies à leur cadre de travail, pour ensuite développer des actions de prévention en adéquation avec les réalités de terrain.
Cette démarche s'inscrit dans la continuité des axes de travail développé par la MDPT depuis sa création. L'objectif de la MDPT est d'impulser une prise en compte des questions de toxicomanie par les différents acteurs présents sur le terrain (professionnels de l'action sanitaire et sociale, décideurs administratifs et politiques) en développant une surface d'échange, de réflexion et en créant un lieu ressource. Différents chantiers visant à légitimer l'engagement d'une telle démarche et de la MDPT a été engagés : mise en place de groupe de travail sur différents axes, élaboration d'une chartre, développement de programmes de formation, soutien méthodologique et logistique aux actions de prévention développées. La mise en place de cette dynamique a pris trois ans. Ce n'est que par la suite que la MDPT a engagé un programme d'action, dont la démarche TREND.
TREND a donc été perçu comme une nouvelle occasion de faire se rencontrer différents partenaires et de les conduire à développer une attention aux questions touchant aux consommations de psychotropes. Ce qui est pour l'OFDT un objectif en soit n'est pour la MDPT qu'un support de travail.
A la différence de la MDPT, rattachée à un Conseil Général, Hérodote a un statut associatif. Hérodote est un réseau ville-hôpital toxicomanie. Au début centré sur les soins, et plus spécifiquement sur la gestion des traitements de substitution, le réseau était principalement composé de médecins généralistes et hospitaliers, de pharmaciens, de professionnels intervenant dans des CSST et dans une moindre proportion de travailleurs sociaux et d'associations de prévention spécialisée. L'objet du réseau s'est par la suite élargi au domaine de la prévention. Des intervenants du social et de l'éducatif (missions locales, associations de prévention spécialisée, CMP, coordinateur de CCPD, service de la jeunesse, service justice, secteur scolaire, secteur psychiatrique...) ont davantage été associés. L'implication de ces professionnels repose sur un engagement volontaire.
La finalité du réseau est de permettre une meilleure prise en compte des phénomènes de toxicomanie et une meilleure prise en charge des personnes au travers l'engagement d'un travail de mise en lien, de formation, d'apprentissage et d'élaboration d'un travail transversal. Le réseau met en place des temps de rencontre et d'échange entre les problèmes sur des thématiques fortes autour desquels les acteurs s'accordent la nécessité d'échanger. Sur ces bases, les professionnels peuvent se repérer, expliciter et définir leur champ de compétence et chercher des articulations pour assurer une continuité de leurs interventions. Ces temps d'échange et de réflexion peuvent être propice à la constitution de projets, qui sont ensuite gérés dans d'autre lieu et par d'autre structure que celle du réseau.
Au cours de ces réunions, les promoteurs du réseau se sont rendu compte de la somme d'informations non exploitées détenues par les professionnels et non accessibles à l'extérieur du réseau. Le programme TREND est apparu une opportunité à formaliser toutes ces observations et d'alimenter une réflexion autour des politiques à mettre en œuvre. Hérodote est déjà engagé dans le programme TREND, sur le volet du recueil auprès de spécialistes en toxicomanie (médecins prescripteurs et service d'urgence). L'engagement d'une observation effectuée par des intervenants non-spécialistes en toxicomanie s'inscrit dans la continuité de cette première démarche.
Pour Hérodote, il s'agit donc moins de créer un réseau d'intervenants autour de ces questions, que de faire remonter des informations susceptibles d'orienter les politiques. Mais au travers de ce travail, les acteurs de terrain auraient été conduits à davantage intégrer la question de l'usage de drogue à leur pratique, à changer leur approche, à aiguiser leur regard et donc à modifier leur pratique.
Ce qui est un objectif principal pour la MDPT, est une résultante du travail d'observation pour le réseau Hérodote.
Ces différences ont eu des incidences importantes sur la manière dont a été conduite la démarche dans les deux départements.
LES DIFFERENTES ETAPES D'ELABORATION ET D'ENGAGEMENT DE LA DEMARCHE
Sollicitation des intervenants
Critères de choix des professionnels
Les personnes chargées de la mise en œuvre de la démarche ont sollicité des partenaires de terrain susceptibles de participer à ce programme. Plusieurs critères ont été retenus. Outre le fait d'être en contact avec une population jeune, l'existence d'un lien préalable avec les structures porteuses de la démarche a constitué dans les deux départements un premier critère de choix1.
Hérodote a sollicité des professionnels qui faisaient déjà partis du réseau. Ils avaient donc bénéficié de formation préalable sur les questions touchant aux toxicomanies et manifestent un intérêt à travailler sur ces questions. La MDPT a sollicité des intervenants qui, soit avaient participé aux formations sur site ou à d'autres formations plus légères organisées par la MDPT, soit avaient développé des projets de prévention soutenus financièrement par la MDPT. Seuls les partenaires de l'Education Nationale, sollicité dans les deux départements, n'étaient pas connus préalablement, en dehors d'un médecins dans l'Essonne qui a joué un rôle déterminant dans la construction des outils d'observation.
Dernière cette base commune, des différences apparaissent dans les critères de choix qui ont présidé à la sollicitation des intervenants. Dans l'Essonne, le caractère rural ou urbain du territoire a été pris en compte, compte tenu de la configuration du département. En Seine-Saint-Denis, le souhait de construire un réseau d'acteurs inter- institutionnel et inter-professionnel a conduit les responsables de la MDPT à solliciter une grande pluralité d'acteurs.
Les acteurs sollicités
Les associations de prévention spécialisée, missions locales, Points écoute et professionnels de santé de l'Education Nationale ont été sollicité dans les deux départements. Cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où ce sont les principaux intervenants en contact avec la jeunesse. Le choix des autres intervenants est a rattaché aux objectifs poursuivis par les deux structures porteuses. Le graphique ci-après rend compte des points de croisement et de divergence dans la qualification des acteurs sollicités dans les deux départements :
Hérodote MDPT
Hérodote et MDPT
1 Pour le réseau Hérodote, ce critère a été défini en concertation avec l'OFDT dans le souci de faciliter l'implication des intervenants, d'assurer les meilleures conditions possibles d'engagement du projet pour pouvoir ensuite en tirer des enseignements.
-Pharmaciens -Maison de quartier -Médecins
-Associations de prévention spécialisées
-Missions locales d'insertion -Points Ecoute
-Service Municipaux de la Jeunesse
-PMI
-Aide Sociale à l'Enfance -Educateurs PJJ
- Médecins généralistes
En dehors des Missions locales qui n'étaient pas ou peu connu du réseau, Hérodote s'en est tenu à un réseau d'intervenants proche, avec lesquels les liens étaient déjà établis, de manière à garantir une adhésion à la démarche et une efficience au recueil de données. Les pharmaciens font partie intégrante du réseau. Les médecins généralistes n'ont pas été sollicités dans la mesure où ils participent déjà au recueil de données réalisé auprès des professionnels spécialisés en toxicomanie (médecins prescripteurs de produits de substitution).
En revanche, la MDPT a cherché à élargir le champ d'observation en associant des intervenants avec lesquels les liens étaient moins affirmés, bien qu'ils aient pu participer à des formations. L'objectif n'était pas de s'appuyer sur un réseau déjà constitué, mais de se servir de la démarche pour associer des acteurs moins directement impliqués sur la prévention des toxicomanies et les amener à intégrer et à travailler cette question. C'est la raison pour laquelle des professionnels de l'Aide Sociale à l'Enfance, de la PJJ, des Services Municipaux de la jeunesse et de la PMI ont été sollicités. Mais en cherchant à associer des acteurs qui ne manifestent pas forcément un intérêt particulier pour les questions de prévention des toxicomanies, la MDPT s'est heurtée a de nombreuses difficultés. Il est plus facile d'impliquer des professionnels qui manifestent d'emblée un intérêt à travailler sur ces questions que de chercher à intégrer des personnes qui les tiennent à distance. La PMI a décliné l'invitation pour des raisons de disponibilité. Il en va de même des médecins généralistes n'ont souvent pas répondu favorablement pour les mêmes raisons. Les éducateurs de l'Aide Sociale à l'Enfance et de la PJJ n'ont pas répondu aux sollicitations qui leur avaient été faites. Les lourdeurs et les difficultés institutionnelles qu'ils connaissent hypothèquent bien souvent leur possibilité de conduire une observation sur un sujet aussi sensible que la consommation de produits psychotropes. Il semble que des éléments similaires soient à l'origine de la non implication des animateurs des services municipaux de la jeunesse dans le projet.
Les tentatives d'ouverture auprès de professionnels distants des questions touchant à la consommation des toxicomanies ont souvent été peu fructueuses.
Les difficultés à associer ces intervenants a contribué à faire porter la démarche par des professionnels déjà mobilisés et impliqués sur de multiples projets. Repérées comme des personnes particulièrement intéressées à travailler autour de ces problématiques, ces intervenants sont souvent sollicité de toute part. Ils n'ont donc que peu temps à consacrer à un dispositif supplémentaire qu'ils vivent souvent comme une surcharge de travail.
Modalités de sollicitation
Dans la mesure du possible, les personnes chargées de suivre la démarche ont privilégié l'échange direct et inter- personnel pour solliciter les partenaires. Mais cela n'a pas toujours été possible. Alors que le médecin coordinateur du réseau Hérodote occupe cette fonction depuis un certain temps et connaît personnellement la plupart des acteurs participant au réseau, la personne chargée de suivre la démarche en Seine-Saint-Denis venait tout juste de prendre son poste au moment où la démarche TREND a été engagée. Elle ne pouvait donc solliciter personnellement des acteurs, puisqu'elle ne les connaissait pas. Ces éléments ont eu une incidence importante. Les personnes s'impliquent souvent dans une démarche sur la base d'une connaissance et d'une reconnaissance mutuelle. L'absence de liens préalables a sans doute été préjudiciable à l'engagement de la démarche en Seine-Saint-Denis. Davantage connue et reconnue aujourd'hui, la personne chargée de ce dossier parvient maintenant à faire venir de nouvelles personnes. Le groupe prend davantage d'envergure au fur et à mesure que les relations s'établissent. Dans l'Essonne, la prise de contact a été différente selon le degré de connaissance des professionnels, dans un soucis de rapidité. Concernant les structures connues, le contact a été pris avec les professionnels de terrain ressource vis à vis du réseau, celui se chargeant ensuite d'en référer à son responsable hiérarchique. Pour les autres la sollicitation a été faite aux responsables de structure, afin qu'elles autorisent leur équipe à s'engager dans la démarche.
Les sollicitations n'ont pu être effectuées selon le même procédé avec tous les partenaires. La sollicitation des professionnels de l'Education Nationale a rendu nécessaire une série de démarches, qui se sont parfois avérées extrêmement longues, pour obtenir l'autorisation des instances tutélaires. La MDPT a dû négocier avec le rectorat et avec la médecine scolaire et l'inspection académique pour pouvoir associer les assistantes sociales et les infirmières. Un délais de deux mois était ensuite nécessaire avant que la MDTP ne puisse faire appel aux personnes qui lui avaient été désignées. Des démarches similaires ont été entreprises par le réseau Hérodote, bien que moins lourdes qu'en Seine- Saint-Denis. De fait, les coordinateurs, dans l'Essonne comme en Seine-Saint-Denis, n'ont pas directement choisi les personnes avec lesquelles ils auraient souhaité travailler.
Les choix effectués par l'administration n'était pas toujours judicieux. En Seine Saint Denis, une assistante sociale scolaire a été invitée à participer à la démarche alors qu'elle devait partir en congé maternité deux mois plus tard. Les phénomènes de turn over parmi les professionnels de l'Education Nationale ont également été préjudiciables. Le médecin scolaire qui avait bénéficié d'une formation étant parti, un autre médecin qui, lui, n'était pas formé, a été associé.
Le fait de ne pouvoir solliciter directement les intervenants n'a pas permis aux promoteurs de la démarche d'en expliciter le sens et les objectifs assignés. Dans l'Essonne, la démarche a été présentée aux médecins scolaires comme peu coûteuse en temps, alors qu'elle a nécessité une participation a des réunions de travail et donc un investissement important. Ceci a sans doute été pour partie à la base de la défection d'un certain nombre de médecins scolaires qui, bien que tous volontaires, se sont rendu compte en cours de route de l'investissement qui leur était effectivement demandé.
Mise en place de temps d'échange et de concertation
Parti avec des objectifs différents, les personnes chargées de suivre le programme n'ont pas organisé les réunions de la même manière.
La MDPT a voulu mettre en place des réunions rassemblant l'ensemble des acteurs participant à la démarche.
L'objectif était de faciliter l'échange et la discussion en créant un espace de rencontre inter-professionnel et inter- institutionnel. Les responsables de la MDPT souhaitaient, à partir de ces réunions, engager un travail de réflexion, de concertation et d'auto-formation des intervenants de terrain. Il s'agissait de mettre à plat les différentes façons dont les intervenants décèlent et observent des comportements de consommation, d'expliciter les indices, les catégories d'observation utilisées et les stratégies mises en œuvre, de manière à ce que chacun puisse tirer les enseignements des expériences des autres et enrichir ainsi sa pratique.
Mais réunir les différents partenaires s'est avéré extrêmement difficile. Plusieurs éléments venaient interférer dans la possibilité de faire se croiser les différents acteurs. En premier lieu, l'implication de l'Education Nationale excluait les périodes de vacances scolaires, ce qui réduisait d'autant les temps possible de rencontre. En second lieu, chaque professionnel est tenu par des exigences spécifiques. Les éducateurs ont des jours de récupération des week-ends travaillés qu'ils échelonnent dans le temps pour assurer la continuité de leur activité. Il est donc extrêmement difficile de pouvoir les rassembler tous au même moment. Ils participent de plus à des journées de supervision, indispensable à la conduite de leur travail et donc obligatoires. Ces journées sont donc exclues du calendrier des rencontres. L'ensemble de ces facteurs ont amenuisé les possibilités de construire un espace d'échange vivant, flexible, interactif et transversale. La Mission est resté l'élément fédérateur entre les intervenants. Les liens et les interconnexions entre les participants n'ont pu encore se construire.
Pour contourner ces difficultés, la MDPT a fixé plusieurs dates de réunions et les partenaires se sont inscrits librement. Ceci a contribué à ce que les réunions rassemblent souvent des intervenants d'une même profession (les animateurs, les éducateurs, ..). Quelques réunions ont néanmoins permis de rassembler des acteurs d'horizon différents.
Au cours de celles-ci, la MDPT a développé un travail d'animation en amenant les participant à expliciter les difficultés qu'ils rencontraient sur le terrain. Ces échanges auraient permis de collectiviser les difficultés et donc de faire prendre conscience aux intervenants qu'ils n'étaient pas les seuls à les éprouver, mais aussi de faire sortir l'appréhension des problèmes de toxicomanie d'une approche spécialisée. En discutant de ces questions, les professionnels en sont venu à en interroger le substrat des consommations, (les problématiques de l'adolescence, les difficultés touchant à la santé mentale,...) et donc à rechercher des ressources permettant de construire et d'élaborer des réponses appropriées. En dehors de ces réunions, la personne chargée de suivre la démarche a rendu visite aux intervenants qui ne s'étaient pas rendu aux réunions.
Dans l'Essonne, la démarche a été conduite durant toutes les étapes du projet avec le souci d'être accessible pour faciliter l'implication des professionnels. Du temps a été pris pour expliquer le dispositif national TREND, l'intérêt d'un dispositif reposant sur des observateurs non spécialisés, le champ d'investigation avec les types d'informations collectées et le calendrier prévu. Cette étape c'est échelonnée sur trois mois. Ces temps de rencontres ont permis de clarifier le projet de répondre aux interrogations des professionnels, de lever les points de résistance. La personne chargée du dossier a donc dans un premier temps rendu visite rendu visite à chaque pharmacien pour lesquels une présentation collective n'a pu être possible, et a organisé des réunions par professions et par site géographique.
L'objectif était de construire avec chaque type de professionnels (les éducateurs de prévention spécialisée, les Missions Locales d'insertion, les médecins scolaires et les pharmaciens), des outils de recueils de données qui soient le plus proche des réalités de terrain et le plus adéquations avec les contraintes propres des cadres d'intervention professionnels. Il ne s'agissait donc pas de faire se croiser les différents partenaires, mais de faciliter l'élaboration d'outils d'observation qui soit en adéquation avec les missions et les cadres d'intervention des différents intervenants.
De plus, rassembler les professionnels par profession permettait de faire l'économie de la phase de prise de contact et d'éviter les tiraillement inter-professionnel et inter-institutionnel qui résultent souvent de la mise en place de ce type de rencontre. L'échange inter-professionnel, recherché en premier lieu par la MDPT, a donc été contourné volontairement par le réseau Hérodote.
Dans les deux départements, les premières réactions des intervenants ont été sensiblement de même nature. Des questions relatives à la préservation de l'anonymat sont ressorties fortement des premiers échanges. Le souci des intervenants était de ne pas stigmatiser les populations auprès desquelles ils interviennent, mais aussi de préserver leur éthique professionnelle. Cet élément a été particulièrement abordé par les éducateurs des associations de prévention dans la mesure où il constitue un principe à la base de la construction de leur méthodes d'intervention et de leur identité professionnelle.
De nombreux intervenants se sont également interrogés sur la validité des informations recueillies par leur biais. Le caractère territorialisé du recueil d'information (à l'échelle départementale) leur semblait entrer en contradiction avec la vocation nationale affichée. En second lieu, l'approche qualitative leur apparaissait d'une faible portée heuristique. La recherche de scientificité les amenaient à privilégier un recueil quantitatif, considéré plus objectif. Les premières réunions de présentation organisées dans les deux départements ont été l'occasion de discuter et d'échanger de ces différents aspects.
D'une manière générale, la sollicitation des partenaires et l'organisation des réunions a nécessité un investissement en temps extrêmement important de la part des deux personnes chargées de suivre la démarche. Ceci met l'accent sur la nécessité d'engager un travail d'accompagnement, de suivi et d'animation conséquent pour tenir la démarche et assurer sa pérennisation.
Définition du champ d'observation
Chacun des deux coordinateurs a défini a priori la tranche d'âge des publics à observer, 12-30 ans pour la MDPT, 12-25 ans pour le réseau Hérodote. La MDTP et Hérodote ont donc sollicité des partenaires en contact avec des publics correspondant à cette tranche d'âge.
La qualification des publics à observer s'est ensuite faite en fonction du choix des intervenants, parmi ceux avec qui des liens étaient établis, et des populations que les deux coordinateurs pensaient a priori pouvoir observer par leur intermédiaire.
Les deux départements ont affiché une volonté de conduire une observation en population générale2, condition sine qua non pour associer des acteurs de terrain, ces derniers craignant visiblement qu'une observation ciblée sur un public en difficulté ne vienne ajouter de la stigmatisation supplémentaire. Ce souci les a conduits à intégrer des professionnels de l'Education Nationale, intervenants supposés être en mesure de conduire une observation large, auprès d'une population hétéroclite.
La MDPT regrettait a posteriori de ne pas avoir sollicité des professionnels exerçant dans des écoles privées.
Compte tenu de l'importance de l'échec scolaire en Seine-Saint-Denis, il semble que beaucoup de familles issues des classes moyennes scolarisent leur enfant dans le privé, cherchant à leur assurer les meilleures conditions possibles de réussite sociale. Ces établissements n'ayant pas été associé au recueil d'information, une franche de cette population échapperait de fait à l'observation.
Cet élément est symptomatique des biais que peut introduire une démarche qui s'appuie davantage les liens préalable existant entre les coordinateurs et les intervenants de terrain, que sur une méthodologie raisonnée. Les difficultés rencontrées dans la recherche d'adhésion de professionnels pas ou peu directement concernés et/ou intéressés par la question des usages de psychotropes et avec qui les liens n'étaient pas complètement établis témoignent de la nécessité de s'appuyer sur un réseau déjà constitué. Mais ceci a pour effet de focaliser l'attention sur les mêmes groupes de jeunes et ne permet pas ou peu d'ouvrir une observation en population générale et moins encore d'associer des intervenants qui tiennent les problématiques touchant la toxicomanie à distance. Ces éléments contribuent à réduire d'autant le champ d'observation.
La plupart des intervenants sollicités dans le but d'élargir le champ d'observation n'ont pas répondu favorablement à la démarche. La PMI avait été invitée par la MDPT dans la perspective d'ouvrir sur une observation auprès de jeunes parents et de voir si les consommations étaient à l'origine de demandes particulières de la part des familles, en particulier des femmes. Sa désaffection de la démarche n'a pas permis d'ouvrir une observation sur ces populations.
2 On entend par population générale une population composite, hétérogène qui ne peut être distinguée par une caractéristique particulière, à la différence d'une population spécifique. Ce critère a été pris en compte dans les deux départements. En Seine-Saint-Denis, la sollicitation d'intervenants exerçant dans des contextes professionnels variés participait du souhait d'ouvrir sur une observation large. Dans l'Essonne, la prise en compte de la configuration du département (zone urbaine, rural, semi-rurale) et la volonté de couvrir l'ensemble du territoire départementale allait dans le même sens.
Il en va de même des médecins généralistes qui apparaissaient, a priori, pouvoir observer une population générale, bien qu'ils ne perçoivent les consommations de psychotropes qu'au travers des demandes qui leur sont formulées, et donc lorsque ces dernières apparaissent, aux yeux du patient comme du praticien, problématiques. Seul un médecin en Seine-Saint-Denis continue de participer à la démarche.
En ce qui concerne l'Education Nationale, les coordinateurs se sont aperçus qu'ils ne pouvaient guère, par leur intermédiaire conduire une observation en population générale3. Les médecins scolaires n'interviennent que très ponctuellement dans les établissements et ne voient donc que les situations problématiques pour l'institution (problèmes de violence, indiscipline, ..). Les infirmiers scolaires, bien que davantage présents dans les établissements, ne perçoivent aussi bien souvent qu'une part infime des usages effectifs des jeunes. L'observation en population générale est donc largement biaisée par le poids institutionnel et réglementaire de leur cadre d'exercice professionnel. Ces éléments amènent des intervenants à se demander s'ils sont vraiment les mieux placés pour conduire ce genre de démarche.
Les autres partenaires voient des populations différentes ou du moins ne perçoivent pas les mêmes problématiques.
Les Missions locales ne perçoivent souvent pas ou peu les consommations de produits psychotropes, mais voient davantage des problématiques liées à l'emploi, au mal-être. Ils touchent davantage de jeunes des classes moyennes.
Néanmoins avec la reprise de l'emploi, il semblerait que le public des missions locales évolue sensiblement. Les jeunes ayant un diplôme ou une qualification trouvent plus facilement de travail qu'auparavant et ont donc moins recours aux missions locales. Ceci laisse davantage de possibilité aux jeunes rencontrant des difficultés sociales importantes d'avoir accès à leurs services. Le public des missions locales est donc en pleine évolution. Il apparaît difficile de le qualifier en l'état actuel des choses.
Les Points écoute associés à la démarche touchent un public différent selon leurs options de travail. Un point écoute intervient davantage auprès des jeunes filles sur des questions touchant à la sexualité, la contraception. Les intervenants perçoivent beaucoup de situations lourdes (maltraitance, violence sexuelle, ..), mais peu de situations ayant directement à voir avec les prises de produits. Un autre développe un travail de type communautaire et perçoit davantage des situations d'inscription des jeunes dans des réseaux d'économie informelle. Enfin, le dernier est identifié par les partenaires comme intervenant sur les problématiques de l'adolescence et notamment sur les consommations de produits psycho-actifs, et perçoit ces questions dans ce cadre.
Les associations de prévention doivent théoriquement permettre d'observer un public en grande difficulté. Pourtant, les éducateurs ne travaillent pas tous auprès des mêmes types de publics. Les orientations de travail développé par chaque association les conduisent à toucher des publics différents. Au sein d'une même équipe, des différences significatives peuvent apparaître. Suivant qu'ils participent à des manifestations collectives ou qu'ils effectuent un travail individuel, qu'ils soient nouvellement en poste ou qu'ils interviennent sur le même secteur depuis plusieurs années, ils ne voient pas les mêmes populations et n'ont pas le même regard sur les questions touchant aux consommations de psychotropes.
Dans le souci de parvenir à qualifier le champ d'intervention des intervenants sollicités, la MDPT avait élaboré, en amont du recueil de donnée, une première fiche (fiche recensement) destinée à apprécier les missions des partenaires, leur terrain d'intervention et les publics touchés. Selon les responsables de la MDTP, cette fiche aurait contribué à démobiliser certains partenaires. Certaines questions portaient des effets évaluatifs de leur action. Elles obligeaient les intervenants à mettre à jour les limites de leur travail et les difficultés qu'ils rencontraient. Les supérieurs hiérarchiques de certains professionnels ont sans doute bloqué la possibilité des intervenants à remplir cette fiche, y voyant probablement une ingérence de la MDPT dans leur activité.
Certains partenaires se sont d'emblée écartés de la démarche. C'est notamment le cas des services municipaux de la jeunesse et des services de la PJJ. En revanche, d'autres ont rempli la fiche recensement sans exception (les associations de prévention spécialisée, les acteurs de l'Education Nationale, les deux Points Ecoute, les PMI, bien qu'elles n'aient pas rempli par la suite les fiches de suivi). Les autres acteurs ont répondu de manière parcimonieuse selon le temps qu'ils pouvaient consacrer à ce travail et sans doute également du fonctionnement ou dysfonctionnement de leur service (médecin, service de l'ASE, Mission Locale d'Insertion). Ces éléments témoignent de la difficulté à qualifier en amont les publics touchés par les partenaires. Les résistances institutionnelles, la suspicion des professionnels quant à l'intérêt et l'utilisation de cette fiche ont constitué des obstacles importants. Ce n'est que maintenant que les responsables de la MDPT parviennent davantage à obtenir ce type d'information. La qualification des publics observés semble donc se faire dans le cadre d'un processus de travail ou l'explicitation des terrains d'intervention et populations touchées peut prendre place.
3 Ceci semble avoir été davantage l'objectif de la MDPT que du réseau Hérodote.
De plus, les populations effectivement touchées par les partenaires ne correspondent souvent qu'à une partie des publics qu'ils devraient ou pourraient toucher. Une partie de la population échappe toujours aux dispositifs d'intervention ou de prévention existants. L'Education Nationale ne voit pas les jeunes en voie de descolarisation ou déjà descolarisé, les Missions Locale ne voient pas ou peu les publics en grande difficulté, les éducateurs de prévention ne peuvent voir l'ensemble des jeunes concernés par leur action compte tenu de la massification des difficultés sociales que connaît un nombre important de jeunes (sociale, familiale, économique, ...), les populations plus aisées, classes moyennes, échappent souvent à tout dispositif. La question de savoir comme développer une observation auprès de ces publics constitue un problème important qui interroge le fonctionnement même du dispositif d'intervention sanitaire et sociale.
C'est un des axes de travail de la MDPT qui cherche des moyens de travailler cette question avec les intervenants de terrain. Les responsables de la MDPT espéraient pouvoir faire prendre conscience aux intervenants qu'une frange de la jeunesse leur échappait et de les conduire à transformer leur posture et leurs méthodes pour parvenir à entrer en contact avec ce public en servant du support de TREND.
Définition de l'objet
L'explicitation de l'objet d'observation a donné lieu à un premier travail. L'ensemble des partenaires, dans un département comme dans l'autre, pensait dans un premier temps qu'il s'agissait d'observer et de rendre compte exclusivement des consommations d'héroïne. Cet élément nous renseigne déjà sur l'appréhension qu'ont la plupart des intervenants de se recouvre la notion de toxicomanie et de l'imagerie qui lui est traditionnellement attachée. Les promoteurs du projet ont donc dû engager un travail d'explicitation de manière à élargir l'objet d'observation à des consommations plus usuelles, en y intégrant les consommations de produits licites. Le médecin coordinateur du réseau Hérodote a préparé un document expliquant le projet, dans quoi il s'inscrit, quel était son objet. La MDPT a mis en place une réunion de présentation de la démarche, de son intérêt compte tenu des limites des dispositifs d'observation existants.
Chacun a ainsi défini son champ d'observation. Pour Hérodote, l'observation concernait l'ensemble des consommations licites ou illicites, tabac exclu. Ayant commencé a travaillé autour de la substitution, le réseau a progressivement intégré le cannabis, alcool, médicaments, mais n'a pas encore engagé de réflexion sur les consommations de tabacs. Pour la MDPT, le tabac était compris dans le champ d'observation.
Partis sur ces bases, les deux protagonistes ont élaboré leurs propres grilles d'observation. Hérodote a spécifié le nom des produits sur les grilles (une partie pour le cannabis, une autre pour l'alcool...). La MDPT a laissé les intervenants noter eux-mêmes le nom des produits consommés. Pour Hérodote, indiquer le nom des produits permet de guider les observateurs, de baliser le champ d'observation4. Pour la MDPT, ne pas les indiquer vise à ne pas induire a priori les observations en focalisant l'attention sur quelques produits spécifiques.
Se profile ici une différence importante des objectifs recherchés. Pour la MDPT, il s'agissait moins de parvenir à recueillir des informations fiables, que d'amener les partenaires à observer des consommations. Au travers d'une observation large, ils espéraient que les observateurs allaient construire eux-mêmes leurs propres catégories d'observation, sans se caler automatiquement sur les standards existant en la matière. Pour cette raison, ils ont refusé de donner aux intervenants une liste des différents produits, comme ces derniers le leur demandaient. Pour Hérodote, le recueil de données était posé comme premier. Il apparaissait donc plus rentable de focaliser dans un premier temps l'observation sur des consommations que les partenaires de terrain connaissent déjà, et donc de cibler les produits les plus courants.
Pourtant, si les guides n'ont pas été construits de la même manière, les réponses qui ont été apportées dans les deux départements ne divergent guères. La plupart des observations concernent des produits assez classiques (cannabis, alcool). Les intervenants ne donnent souvent que des informations sur des consommations pour lesquelles ils se sentent compétents dans leur rôle d'observateur, et laissent de côté les consommations moins usuelles, qui n'entrent pas directement dans leur champ d'observation ou qui apparaissent trop banales pour être signalées (tabac). L'observation est donc bornée par ce que les professionnels ont délimité comme étant leur champ d'intervention et donc, d'observation potentielle. Lors du premier recueil, aucune donnée ne faisait référence à des consommations d'ecstasy, les consommations de crack n'apparaissent quasiment pas.
Le fait d'avoir mis de côté la question des toxicomanies pendant de nombreuses années, compte tenu du partage des compétences et de la qualification de leur mission, a été préjudiciable.
4 Selon la coordinatrice, ce mode de recueil a été retenu en concertation avec les intervenants, ceux-ci ayant émis l'hypothèse que les usages étaient différents selon les produits consommés.
Ceci n'a souvent pas permis aux différents professionnels de porter une attention particulière à ces questions et donc de développer une compétence à appréhender ces phénomènes. Le champ d'observation fait donc l'objet d'un processus de construction continue et évolue au fur et à mesure de la qualification des intervenants dans leur rôle d'observateur. Il semble difficile de le définir et de le délimiter d'emblée. Ces constatations valent pour les deux départements et ont conduit les personnes chargées de la démarche à construire une observation en plusieurs temps : une première observation large, une seconde observation davantage ciblée sur des axes spécifiques. Ces réajustements ont été l'occasion d'engager un travail d'explicitation du champ d'observation et des termes utilisés (qualification des différentes formes d'usage, intensif, abusif, récréatif, appréhension des associations de produits...).
Construction des outils d'observation
La construction des outils n'a pas obéi à la même logique dans les deux départements. En Seine-Saint-Denis, une même grille a été proposée à l'ensemble des partenaires, dans l'Essonne des grilles différentes ont été élaborées par chaque type de professionnels.
La MDPT a proposé une grille d'observation à l'ensemble des partenaires, toutes professions et institutions de rattachement confondues. Cette première grille a été amendée par les professionnels. Les partenaires ont trouvé cet outil compliqué et difficilement malléable. L'axe trafic les a quelque peu effrayé. Ils ont émis le souhait d'avoir un support plus directif et plus précis, sous forme de questionnaire. Suite à cette réunion, l'outil a été retravaillé. Les thématiques ont été davantage centrées sur les populations et les produits. Une différenciation entre les filles et les garçons a été introduite. C'est sur la base de cette grille qu'a été engagé le premier recueil de données. L'observation s'est étalée sur une période de trois mois et concernait les situations perçues au cours des six derniers mois. Le temps d'observation a néanmoins été différent selon les partenaires. Certains ont remis leur première observation au mois de juin, d'autre courant septembre.
Au cours d'une réunion, les partenaires ont signalé l'existence de situations très floues du point de vue de l'existence ou non de consommations, mais très préoccupantes sur d'autres plan (situations de souffrance, mal-être, difficultés familiales...), situations dont il était difficile de rendre compte à partir d'une entrée sur les produits et les consommations. Il est apparu très frustrant et très difficile pour les intervenants de réduire ces situations aux seuls effets de consommations. La nécessité de prendre en compte les autres pans de la réalité des personnes, de davantage contextualiser l'information est ressortie fortement des discussions. C'est sur la base de ces observations que la MDPT a élaboré une fiche sur les situations difficiles ou il devrait être possible de rendre compte des situations des personnes dans toute leur complexité. Cette grille a été adressée récemment aux partenaires. Les résultats ne sont pas encore connus.
En parallèle, des entretiens ont été réalisés auprès des professionnels pour saisir la nature des difficultés à remplir les fiches. Ces entretiens n'avaient pas objectif à recueillir des données mais de faire expliciter aux intervenants ce qu'ils étaient en mesure d'observer. Certains professionnels ont donné des informations très riches alors qu'ils n'avaient rempli aucune fiche. Ces éléments montrent l'importance des difficultés éprouvées par les professionnels à rendre compte par écrit de leurs observations et dénotent une tendance à ne rapporter que les informations que les professionnels pensent qu'on attend d'eux. Les intervenants ne se sentent pas habilités à parler d'un sujet qui n'est pas au centre de leur intervention. Les informations qu'ils donnent n'ont pour eux pas de porté heuristique, elles ne sont ni vérifiables ni transposables. On peut penser que les arguments qu'ils avancent traduisent à la fois une légitimation du fait de ne pas ou peu observer des phénomènes d'usage de produits, qu'une réelle difficulté à les percevoir et à en rendre compte dans leur cadre normé d'exercice professionnel.
Dans l'Essonne, la constitution de petits groupes par professions a conduit à l'élaboration de fiches distinctes selon les intervenants. Chaque groupe de professionnels (les éducateurs de prévention spécialisée, les missions locales, les médecins scolaires et les pharmaciens) a ainsi élaboré ses propres outils :
- Les associations de prévention spécialisées ont travaillé en deux groupes, la coordinatrice du réseau faisant le lien entre eux et assurant la transition, pour que les réflexions des uns soient utilisées par les autres, et que de la réflexion débouche sur l'élaboration d'un outils commun. Ce mode de fonctionnement rendait nécessaire une continuité du travail. Il fallait donc que les dates de rencontre des deux groupes se suivent. Le questionnaire bas-seuil élaboré par l'OFDT a servi de base de départ. Ce questionnaire offrait un support de travail, mais avait le désavantage de contenir et de border l'espace de réflexion5. L'entrée principale choisie par le groupe a été les produits.
- Les missions locales sont parties de l'outil élaboré par les associations de prévention. Les intervenants sont revenus sur l'entrée produit et ont travaillé une entrée relative aux questions touchant à l'insertion.
5 Selon la coordinatrice, partir d'un support existant aurait permis d'engager plus rapidement l'observation et de dégonfler l'anxiété des professionnels à s'engager dans cette démarche.
- Les pharmaciens ne sont parties d'aucune base préalable. Au début, ils ont centré l'interrogation sur la substitution.
Cette question étant déjà traitée par ailleurs dans le dispositif TREND, une entrée détournement des médicaments a été développée.
- Les médecins scolaires sont partis de l'outil travaillé par les associations de prévention et les missions locales. Ils ont travaillé une porte d'entrée "mal-être". La réalisation de la grille d'observation a suivi un chemin particulier en raison des difficultés rencontrées dans l'élaboration collective de l'outil de recueil. Dans un premier temps, les médecins ont défini l'angle d'attaque pour engager l'observation, puis ont déterminé les types d'informations qu'ils étaient en mesure de rapporter. Dans un deuxième temps, un médecin scolaire, plus familier du réseau, a contribué activement à la construction des outils d'observation qui ont été ensuite soumis au groupe et validés.
Une fois les grilles élaborées, la personne chargée de la démarche a rencontré les responsables de l'OFDT pour faire valider les grilles. Ces grilles devaient rendre compte d'une synthèse effectuée par les intervenants de l'ensemble des situations rencontrées au cours de six derniers mois. Les responsables de l'OFDT ont signalé qu'il serait bon de réaliser parallèlement des fiches davantage individualisées pour permettre d'atténuer les biais liés à la subjectivité des observateurs. Des fiches ont donc été élaborées à cet effet pour le recueil d'informations par les clubs de prévention et le Point écoute, par les pharmaciens et les médecins scolaires, d'une manière rétrospective pour les 2 premiers sur les six derniers mois et prospective pour les deux derniers, sur deux mois. Les critères étaient pour les clubs de prévention et le Point écoute de remplir une fiche illustrant cinq situations : une situation de consommation la plus rencontrée parmi les garçons et une parmi les filles. Une autre sur la situation la moins rencontrée et enfin deux autres sur des usages rencontrés chez le plus jeune garçon et la plus jeune fille.
L'élaboration de cette fiche ne s'est donc pas faite sur la base des enseignements du premier recueil mais sur une spéculation a priori de ce que les personnes en charge de ce dossier pensaient faire défaut à la première grille.
Concernant les fiches d'observation des clubs de prévention et Point écoute, le problème de cette deuxième grille est que beaucoup d'arbitraire présidait au choix des situations. La qualification des situations les plus rencontrées ou les moins rencontrées était laissée à l'appréciation des intervenants qui ont des appréhensions subjectives très hétéroclites de ces questions et ne voient pas tous le même publics. Après le premier recueil, ces critères de remplissage ont été abandonnés.
Un deuxième recueil a ensuite été engagé à six mois d'intervalle à partir d'interviews effectuées auprès des clubs de prévention, du Point écoute et des missions locales et à l'aide de fiche d'observation pour les médecins scolaires et accompagné d'un carnet de bord pour les pharmaciens. L'objectif était d'approfondir quelques axes clefs qui émergeaient du premier recueil : les usages d'alcool fort, les usages problématiques de cannabis, les consommations d'ecstasy, les consommations de crack et de cocaïne. Ce deuxième recueil devait également permettre de davantage contextualiser et appareiller l'information.
Dans ce cadre, la personne chargée de suivre la démarche a fait le même constat que la MDPT. L'entretien en face à face apporte des éléments beaucoup plus riche que le recueil par écrit. Les raisons sont sans doute les mêmes que celle qui ont été identifiées par la MDPT. Mais cette méthode pose la question de la possibilité de pérenniser le dispositif.
Est-il possible d'effectuer un recueil d'information auprès des mêmes personnes sur la base d'interview sur le long terme
?
Le travail s'est étalé de juillet 1999 à octobre 2000. Un troisième recueil est prévu. Les intervenants ont pensé qu'il est important d'avoir tous les ans un cliché général de la situation, sur la base duquel il est possible de faire ressortir les axes à approfondir. Une réflexion est en cours pour définir des indicateurs discriminants. Plusieurs indicateurs se profilent : l'intensité des consommations, l'existence de poly-consommation, le caractère occasionnel ou régulier de la consommation.
Bien que la démarche n'ait pas été conduite de la même manière dans les deux départements, des points de convergence ressortent :
-En premier lieu, après avoir effectué un recueil assez généraliste, les deux personnes chargées de conduire la démarche ont été amenées à développer un nouveau recueil de données sur des axes spécifiques.
-En second lieu, la nécessité d'associer les partenaires à l'élaboration des outils d'observation et d'effectuer des réajustements qui prennent en compte les réalités de terrain et les difficultés rencontrées par les professionnels ressort fortement de ces deux expériences.
Le corollaire de la prise en compte de ces impératifs est la démultiplication des outils d'observation et leur perpétuelle évolution en fonction des demandes des partenaires de terrain ; ce qui compromet du même coup le croisement et la comparaison des données recueillies. C'est toute la dialectique entre la nécessité d'engager une démarche pragmatique au plus proche du terrain et la volonté de généraliser et de transposer des données recueillies à partir d'outils différents qui est ici posée.
L'ENGAGEMENT DE L'OBSERVATION
Positionnement des intervenants
Les intervenants ont des positions extrêmement différenciées sur les questions de toxicomanies. Certains professionnels tiennent ces problématiques à distance ou ne peuvent les percevoir dans le cadre de leur exercice professionnel. Des équipes ont pris le parti de travailler auprès de tranches d'âges jeunes, non installé dans des pratiques de consommations. Ils ne perçoivent ces phénomènes que par oui dire, dans le cadre de propos rapportés. C'est notamment le cas des services municipaux de la jeunesse et de certaines associations de prévention spécialisée. D'autres centrent leur action sur des problématiques spécifiques et ne perçoivent que très peu l'existence de consommations.
C'est le cas d'un point écoute, centré sur des questions de sexualité, d'une mission locale davantage impliquée sur des questions d'insertion ou des professionnels de l'éducation nationale qui, ayant des missions larges, ne perçoivent qu'une part infime des consommations effectivement existantes. D'autres encore sont soumis à des exigences institutionnelles qui les empêchent souvent d'appréhender ces problématiques. Les institutions en crise ont du mal rapporter des informations susceptibles de remettre en cause les compétences professionnelles et les fonctionnements institutionnels.
Les stratégies pour ne pas voir, pour ne pas se laisser parasiter par des problèmes de consommations de produits psycho-actifs constituent des freins importants pour conduire une observation. On peut alors s'interroger sur la validité des informations rapportées dans ces contextes. Certains intervenants passent d'une négation de l'existence de consommations à une amplification et une diabolisation du phénomène. Le fait de passer d'un extrême à un autre témoigne de l'appréhension qu'ils éprouvent à l'égard des ces problématiques. Les informations qu'ils fournissent sont davantage le produit des représentations sociales en vigueur sur les toxicomanies que le résultat d'une observation empirique du phénomène.
D'autres professionnels sont au contraire très impliqués sur ces questions. Leur participation au programme TREND s'inscrit dans le prolongement d'activités antérieures. Une intervenante travaillait auparavant dans un centre de soins en toxicomanie et est plus spécifiquement repérée au sein son équipe pour son intérêt à travailler sur ces questions. Une autre intervenait dans un centre d'animation a été confrontée, il y a quelques années, à une massification de l'usage de drogue dure parmi les jeunes. Ceci la conduite à suivre une formation et à porter un regard attentif à ces questions. Un médecin généraliste travaille également à mi-temps pour la ville en qualité d'agent de prévention. Certaines équipes de prévention ayant d'emblée fait le choix de travailler auprès des jeunes les plus en difficultés sont confrontées au quotidien à ces questions, et cherchent des outils pour intervenir de manière appropriée. L'intérêt à travailler ces questions relève davantage d'un positionnement individuel que d'une orientation d'équipe. Au sein d'une même équipe, certains peuvent donc avoir engager un travail sur ces questions, tandis que d'autres les évitent soigneusement.
L'appréhension des phénomènes de consommations est donc loin d'être uniforme. Elle dépend autant des cadres d'intervention professionnels et de la possibilité d'engager une observation dans ces contextes, que d'un intérêt particulier des professionnels à travailler autour ces questions. Les différences dans le positionnement des intervenants contribuent à rendre très disparate et hétérogènes les informations recueillies.
Ces éléments témoignent de la nécessité d'engager, tout au long de l'observation, une réflexion et une mise à plat des représentations, dans l'objectif de qualifier les intervenants et de définir les modalités d'observation. L'engagement d'une démarche d'observation ne peut donc porter ses fruits immédiatement.
Sens et intérêt de la démarche
L'intérêt des professionnels à s'inscrire dans la démarche croise plusieurs niveaux de préoccupation. : - formaliser ses observations pour mieux adapter ses interventions
- avoir connaissance des observations réalisées par les autres partenaires de manière à élargir son champ de connaissance des réalités sociales de terrain
- tisser des liens avec d'autres professionnels, construire un réseau de correspondants, s'appuyer sur l'expérience des autres pour construire des actions adaptées
- engager une réflexion pouvant déboucher à terme sur la mise en place d'action collective de prévention - faire remonter des informations pour attester la nécessité de développer des actions préventives - mettre en exergue les incohérences du cadre législatif et attester de la nécessité de l'infléchir
- obtenir une plus grande légitimité et plus ample reconnaissance professionnels en faisant valoir une capacité à
La diversité des intérêts démontre que la plupart des professionnels ne se satisfont pas d'un simple recueil de données. S'ils ont accepté d'y participer, c'est souvent parce qu'ils espèrent qu'à plus ou moins long terme, ce travail va déboucher sur l'engagement d'une réflexion ou la mise en place d'actions de prévention susceptibles d'apporter une plus value à leur travail et les aider à construire des réponses adaptées. Se profile ici une condition essentielle de pérennisation d'un tel projet. Si le programme reste cantonné à un simple recueil de données, il y a peu de chance que les intervenants continuent de s'y associer. Les motivations et les intérêts à s'engager dans cette démarche n'ont semble t-il pas été discutés. De fait, elles divergent de manière importante. Ceci mais en exergue la difficulté la trouver un intérêt commun à l'ensemble des intervenants à s'inscrire dans cette démarche.
Certains se sont posés des questions quant à l'utilisation qui allait être faites de ces informations et rôles qu'ils allaient effectivement être amener à jouer. Le souci de ne pas jouer un rôle de délateur a interféré de manière importante sur le recueil de données. La plupart des intervenants ont veillé à ce qu'il ne soit pas possible, à partir des éléments d'informations qu'ils livraient, d'identifier les personnes. Ces éléments ont certainement contribué à appauvrir le recueil de données. Les explications données par les personnes à charge de ce dossier dans les deux départements et les gages de confidentialités apportés ont permis de lever certaines inquiétudes. Mais l'absence d'engagement clair de l'OFDT sur l'intérêt et l'utilisation de ce recueil a néanmoins été préjudiciable. Compte tenu du caractère de l'objet, du champ idéologique dans lequel il est inscrit, les intervenants ne peuvent se satisfaire d'une explication mettant en avant la volonté de rajuster les politiques et interventions développées en matière de prévention des usages de drogues. De fait, les deux structures porteuses de la démarche, en s'engageant dans cette entreprise, ont engagé leur crédibilité vis-à- vis des acteurs de terrain. Si les intervenants de terrain n'ont pas de retour de leur travail et ne perçoivent aucun changement, la légitimité des structures qui ont accepté de porter ce travail risque d'être entamée.
Certains professionnels n'ont pas perçu d'emblée l'intérêt de la démarche et ne s'y sont associés que parce qu'ils avaient participé à d'autres actions. Ils pensaient qu'il était naturel qu'il poursuive la collaboration engagée. Ces éléments ont naturellement été préjudiciables à l'engagement effectif de ces professionnels qui, pour certains, continuent à se demander qu'elle est l'intérêt de la démarche. Les phénomènes de turn over n'ont pas facilité les choses en la matière, la transmission des informations n'étant pas ou peu assurée. Certains des nouveaux arrivants ne comprennent toujours pas le sens de ce travail.
La situation des équipes de terrain au moment où la sollicitation leur est parvenue à parfois jouer un rôle important. C'est notamment le cas d'une association de prévention, en pleine restructuration au moment où ils ont été sollicités, et qui ont perçu cette sollicitation comme une demande de faire la preuve de l'intérêt de leur présence sur le terrain. Il est sûr que dans ces contextes, ils n'ont, dans un premier temps, pas manifesté un enthousiasme particulier à répondre à la demande.
Tous les partenaires n'ont pas réagi de la même manière. Mais ces quelques exemples témoignent du soin à apporter à la manière d'associer les intervenants et l'importance d'expliquer et de chercher ensemble le sens et l'intérêt de ce type de démarche avec l'ensemble des professionnels.
Méthodes de recueil
Les méthodes de recueil de données divergent fortement selon les cadres d'exercices professionnels. Selon que les intervenants effectuent un travail de terrain ou reçoivent les personnes individuellement, qu'ils affichent une compétence ou un intérêt à travailler sur les usages de psychotropes ou qu'ils interviennent sur d'autres créneaux d'intervention, ils n'ont pas connaissance des mêmes réalités sociales. Il apparaît difficile de tirer des généralités tant les contextes d'intervention et les intérêts à travailler cette question divergent d'un intervenant à un autre.
D'une manière générale, ce n'est pas tant la manifestation d'un intérêt particulier pour les usages de psychotropes qui conduit les intervenants à aborder cette problématique, qu'un intérêt à suivre des jeunes qui éprouvent des difficultés.
La prise en compte des personnes amène automatiquement les intervenants à aborder ce qui fait leur quotidien et, parmi d'autres choses, leurs consommations. Ceci est à la base des difficultés exprimées de nombreux intervenants à remplir les grilles d'observation. Beaucoup ont fait part de leur frustration à devoir remplir des fiches qui ne prennent pas en compte les trajectoires des personnes et la manière dont les produits peuvent s'inscrire dans leur mode de vie. Certains ont exprimé leur insatisfaction à réduire la problématique des personnes aux seuls effets des usages de produits.
L'engagement d'une démarche d'observation qui aborde cette problématique sous l'angle exclusif des produits entrait en porte-à-faux avec une appréhension sensible et globale de la situation des personnes. Cet écart a sans doute contribué au désinvestissement ou au peu d'intérêt que cette démarche a suscité auprès de certains professionnels. Les données collectées et de fait les résultats obtenus leur apparaissant trop décalés des réalités de terrain pour être directement utilisable et exploitable à des fins professionnelles. Certains se sont néanmoins servi du prétexte de cette observation pour ré-interroger les jeunes qu'ils connaissent sur cette question ou pour approfondir des questionnements qu'ils avaient engagés préalablement autour de ces problématiques.