18 es Assises d’ORL
Nice, 28-30 janvier 2016
M. François*
* Service d’ORL, hôpital Robert- Debré, Paris
La dix-huitième édition des Assises d’ORL s’est tenue à Nice du 28 au 30 janvier 2016, sous la présidence toujours aussi active du Pr François Demard. Elle a rassemblé de très nombreux ORL francophones, dont près des deux tiers des ORL français. Elle était couplée aux Assises de rééducation de l’équilibre et aux Assises d’audioprothèses, ce qui a permis des échanges fructueux avec des kinésithérapeutes spécialisés dans la rééducation vestibulaire et des audioprothésistes. Nous vous présentons ici les messages forts de quelques unes de ces interventions.
La prise en charge
instrumentale des acouphènes
L’acouphène est une sensation sonore sans sti- mulation auditive. Les méthodes d’imagerie fonctionnelle cérébrale dites par activation (par tomographie par émission de positons [TEP H2O15], imagerie par résonance magnétique fonctionnelle [IRMf], IRM voxel par voxel [voxel-based mor- phometry ou VBM], IRM avec tenseurs d’image, etc.) ont permis de montrer que les acouphènes n’étaient pas imaginés par les patients mais cor- respondaient à l’activation de certaines zones du cerveau (1). Curieusement, les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et le vécu de l’acou- phène varient selon son timbre (aigu ou grave), son ancienneté (récent ou chronique).
Quelques chiffres
D’après la communication de S. Gallego, Lyon La prévalence des acouphènes est de 4 % entre 18 et 24 ans, de 20 % entre 55 et 64 ans, de 25 % entre 65 et 84 ans ; 42 % des patients sont presbyacou- siques, 55 % sont gênés dans la compréhension de la parole.
L’acouphène, quand il est unilatéral, est en général du côté le plus sourd, dans la zone fréquentielle la plus sourde, ou sur la pente la plus raide.
Préalable à tout traitement : l’examen par l’ORL
D’après la communication du Dr M.J. Fraysse, Toulouse
Avant de laisser la parole aux audioprothésistes sur les thérapies sonores des acouphènes, Mme le Dr M.J. Fraysse (Toulouse) a fait un rappel sur l’examen clinique et paraclinique d’un patient acou- phénique.
L’interrogatoire va faire préciser par le patient les caractéristiques de son acouphène (2) : son ancien- neté (aigu s’il date de moins de 1 mois, chronique s’il existe depuis plus de 6 mois), son intensité, s’il est pulsatile ou non, si l’entourage peut le percevoir (acouphène objectif) ou non (acouphène subjectif), s’il est permanent ou intermittent, s’il est stable ou fluctuant. L’acouphène est en général bilatéral ou mal latéralisé. Un acouphène unilatéral doit inciter l’ORL à rechercher une cause locale. Il faut aussi faire préciser s’il a été brutal ou progressif, et rechercher s’il n’est pas apparu après un événement particulier (traumatisme sonore, barotraumatisme, surmenage, choc émotionnel, etc.), une infection, une poussée hypertensive, un traitement ototoxique. Un cas par- ticulier à connaître : le choc acoustique (3). Il s’agit de traumatismes sonores aigus survenant dans un contexte particulier comme celui des centres d’appel téléphoniques, des bureaux paysagers, c’est-à-dire un milieu professionnel bruyant, avec une utilisation fréquente du téléphone, avec port d’un casque, une attention auditive soutenue, du stress. Un bruit fort, inattendu, soudain, peut déclencher une otalgie, des acouphènes et des troubles de l’équilibre. Les symptômes disparaissent en général en quelques jours, mais peuvent persister : c’est le syndrome du choc acoustique qui, dans les formes majeures, peut conduire à une inaptitude au travail.
Les signes associés aux acouphènes peuvent orienter vers une étiologie particulière : la sensation de plé- nitude de l’oreille, des distorsions évoquent une maladie de Ménière ; une cervicalgie oriente vers une
La Lettre d'Oto-Rhino-Laryngologie • N° 344-345 - janvier-juin 2016 | 33 pathologie cervicale ; des craquement ou une limita-
tion à l’ouverture buccale évoquent une pathologie de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), etc.
L’acouphène peut-il être masqué par un bruit, la musique, est-il déclenché (ou amélioré) par des mouvement de la tête, est-il influencé par le stress, les médications antérieures, a-t-il un impact sur le sommeil, et quelle a été son évolution dans le temps : accoutumance ou au contraire aggravation ? L’examen clinique commence par une otoscopie sous microscope et, en fonction des données de l’anamnèse, comportera l’auscultation du cou et de la région temporale à la recherche d’un souffle en cas d’acouphène pulsatile, l’examen de la colonne cervicale et de l’ATM, un examen vestibulaire.
Les tests audiométriques doivent comporter une audiométrie tonale sur les fréquences conversa- tionnelles mais aussi sur les hautes fréquences, une acouphénométrie (recherche de la fréquence et de l’intensité de l’acouphène), une audiométrie vocale dans le silence et dans le bruit, une impédancemétrie, la recherche des otoémissions provoquées (témoins du fonctionnement des cellules ciliées externes).
Il faut enfin apprécier le retentissement de l’acou- phènes en s’aidant de questionnaires ou d’échelles.
Il existe beaucoup de questionnaires pour recueillir le vécu de l’acouphène par le patient et son retentis- sement. Citons le Tinnitus Handicap Inventory (THI) [4], un des plus utilisés, composé de 25 items cotés de 0 à 4, et le BAHIA [5], composé de 12 items, qui évalue l’importance des acouphènes (intensité, incidence, pourcentage de temps, gêne), l’audition (surdité, incidence sur la vie courante), l’hypera- cousie (pourcentage de temps, gêne) ainsi que la gêne faciale. Avec une échelle visuelle analogique, on peut chiffrer la gêne ressentie (EVAg) et l’intensité de l’acouphène (EVAi). Il y a une bonne corrélation entre l’EVAg et le score au THI. Si le score au THI est inférieur à 20, il n’y a pas de handicap, si le score au THI est entre 20 et 40 ou l’EVAg inférieur à 5, des conseils et un soutien devraient suffire, si le score au THI est supérieur à 40 ou l’EVAg supérieur ou égale à 6, c’est l’indication d’une thérapie sonore.
Degrés d’urgence pour le traitement
L’ensemble des ces examens permet d’apprécier si le traitement est urgent, comme en cas de surdité brusque (corticoïdes), de traumatisme sonore aigu (corticoïdes), d’acouphène pulsatile aigu (bilan cardiovasculaire et neurovasculaire rapide), de comorbidité psychiatrique sévère (avis spécialisé).Si l’acouphène est associé à des vertiges, il s’agit pro- bablement d’une maladie de Ménière. Si le patient a des antécédents de traumatisme crânien ou cervical, des céphalées ou des cervicalgies, si l’acouphène est influencé (en plus ou en moins) par les mouvements de la tête ou du cou, s’il y a un parallélisme entre les douleurs et les acouphènes, il faut demander l’avis d’un ostéopathe ou d’un rhumatologue, ce qui pourrait déboucher sur une prescription d’AINS ou de myorelaxants, l’injection de toxine botulique ou la préconisation de techniques de relaxation. Si l’acouphène est associé à une surdité, le patient sera adressé à un audioprothésiste pour traitement sonore.
Dans tous les cas, il y a toujours intérêt à prendre en charge rapidement les acouphènes pour éviter la pérennisation du trouble par réorganisation céré- brale profonde (1).
En cas d’acouphène chronique invalidant, divers traitements peuvent être proposés, comme le traitement symptomatique sonore (TRT) [6], ou la thérapie cognitivocomportementale (7)
Celle-ci a été développée initialement pour traiter la dépression. Il s’agit d’une forme de traitement psychologique ayant recours à la relaxation, à la res- tructuration des pensées avec pour but d’améliorer l’attitude du patient vis-à-vis de ses acouphènes.
Depuis quelques années, se mettent en place des consultations pluridisciplinaires pour la prise en charge des patients acouphéniques. L’Association française des équipes pluridisciplinaires en acou- phénologie (AFREPA) recense 42 équipes en 2015, dont les coordonnées sont disponibles sur le site www.afrepa.org.
Les thérapies sonores en cas d’audition normale
D’après la communication de E. Bizaguet, Paris En préambule, E. Bizaguet a insisté sur le fait que ces thérapies sonores n’ont pas pour principe de supprimer l’acouphène, mais de diminuer voire sup- primer leur ressenti. Il faut bien avertir le patient qu’il n’y aura pas de miracle, l’acouphène ne va pas disparaître, mais il sera beaucoup plus tolérable, et cela va prendre du temps. Par ailleurs, les thé- rapies sonores ne sont efficaces que si elles sont accompagnées de conseils et d’un suivi du patient.
Elles sont opérateur-dépendant : certains audio- prothésistes ont un meilleur contact que d’autres avec les patients acouphéniques et obtiennent de meilleurs résultats.
Système nerveux autonome Cortex et aires corticales : perception, évaluation, conscience de l’acouphène
Centres auditifs sous-corticaux : Détection et traitement du signal
Cochlée : source
Système limbique : associations
émotionnelles Réactions
Figure. Modèle neurophysiologique décrit par Jastreboff en 1990 pour expliquer la prise de conscience des acouphènes et les réactions émotionnelles négatives qu’ils suscitent.
Les masqueurs simples ou TM (tinnitus masking) ont un effet immédiat, mais ils ne s’appliquent pas à tous les acouphènes.
La thérapie acoustique d’habituation ou TRT (tinnitus retraining therapy) s’appuie sur le modèle neurophy- siologique décrit par Jastreboff en 1990 (figure). Le principe est d’éviter le silence et de stimuler les 2 oreilles, par intra ou contour, avec un bruit large bande ou un bruit blanc stable et ne masquant pas complè- tement l’acouphène pour faciliter l’habituation à cet acouphène. L’intensité du bruit est baissée progressi- vement au bout de quelques semaines pour parfaire cette habituation (6). L’amélioration est importante et durable, mais cela demande en général 18 mois.
La thérapie sonore séquentielle (TSS) consiste en un masquage de l’acouphène par intra ou contour, suivi d’une rééducation pour filtrer les bruits non informa- tifs. L’acceptation immédiate est meilleure que pour la TRT, l’amélioration est importante et durable. Cette technique est efficace sur les acouphènes sévères.
Pour les patients qui n’arrivent pas à s’endormir à cause de leur acouphène, on peut proposer un brui- teur de table à poser sur la table de nuit.
Les thérapies sonores en cas de surdité
D’après le communication de E. Bougerolles, ToulouseEn cas d’association acouphènes-surdité, l’ampli- fication sonore de l’environnement va atténuer le contraste avec l’acouphène et donc l’affaiblir (8, 9).
Idéalement, il faut un embout ouvert pour éviter l’occlusion qui peut accentuer la perception de l’acouphène. Il faut également une prothèse bilatérale car, si l’acouphène est asymétrique, l’appareillage du seul côté acouphénique risque de démasquer un acouphène de l’autre côté. La bande passante utilisée sera la plus large possible et englobera la fréquence de l’acouphène. Enfin, il faut utiliser un réducteur de bruit pour diminuer la fatigue auditive, ce qui atténue la perception de l’acouphène et peut éviter des bruits impulsionnels mal tolérés (hyperacousie), et un microphone directionnel pour améliorer la compréhension. Il est possible d’ajouter à l’amplification un signal sonore et même d’en prévoir plusieurs différents en fonction de l’environnement sonore. L’efficacité de l’appareillage sera validée par la comparaison des résultats du questionnaire THI, par exemple, avant et après appareillage.
Pour la nuit, si les acouphènes gênent le sommeil, on peut proposer un bruiteur de table ou d’utiliser le téléphone portable (en mode avion) pour émettre un bruit de fond ou une musique apaisante choisie par le patient pendant quelques dizaines de minutes, avec arrêt automatique par le minuteur.
Efficacité des thérapies sonores sur les acouphènes
D’après la communication de S. Gallego, Lyon Globalement, les thérapies sonores sont efficaces chez 80 % des patients. Les acouphènes sont même supprimés chez 20 à 25 % d’entre eux. Mais que pro- poser aux 20 % de patients qui ont des acouphènes réfractaires ?
Traitement sonore de l’hyperacousie
D’après la communication de E. Bizaguet, Paris En cas d’hyperacousie, le pire, c’est le silence. Il faut proposer un enrichissement sonore, débutant juste au-dessus du seuil d’audition, dont on augmente progressivement l’intensité sur 6 mois. Ensuite, on peut essayer de diminuer progressivement ou d’arrêter le port du bruiteur. Le but est de diminuer le gain auditif anormal dans les voies auditives centrales, source de l’hyperacousie, et l’attention portée aux bruits, qui explique la gêne due aux bruits.La Lettre d'Oto-Rhino-Laryngologie • N° 344-345 - janvier-juin 2016 | 35 Cette technique est basée sur l’observation d’une
modification des seuils d’inconfort auditif selon que l’oreille a été laissée nue, a été obturée ou au contraire sollicitée un peu plus. Chez des sujets qui ont une audition normale, la mise en place d’un obturateur abaisse le seuil d’inconfort de 100 à 93 dB, alors que le port d’un générateur de bruit à 40 dB l’augmente à 107 dB.
Binôme ORL-audioprothésistes dans la réhabilitation auditive : le rôle de chacun, ce que disent les textes, ce que demandent les bonnes pratiques
La profession d’audioprothésiste est réglementée et régulée, mais exposée
D’après la communication du Pr L. Collet, Lyon L’article L-4361-1 du code de la santé publique (CSP) précise que l’audioprothésiste est le professionnel qui procède à l’appareillage des déficients auditifs.Cet appareillage comprend le choix, l’adaptation, la délivrance, le contrôle d’efficacité immédiate et permanente de la prothèse auditive et l’éducation prothétique du patient appareillé. La délivrance de chaque appareil de prothèse auditive est soumise à la prescription médicale préalable, après examen otologique et audiométrique tonal et vocal.
L’article L4363-2 du CSP et le texte réglementaire R4363-1 précisent qu’il est illégal de délivrer un appareil de prothèse auditive sans prescription médicale préalable et d’exercer son activité dans un local ne répondant pas à certaines normes.
La profession d’audioprothésiste est régulée, le nombre annuel de nouveaux diplômés est limité.
Ce numerus clausus a été institué pour assurer une formation initiale suffisante aux audioprothésistes – car les places pour les stages sont limitées –, et un volume d’activité suffisant pour entretenir cette formation.
La profession d’audioprothésiste est exposée : il y a en particulier beaucoup de rumeurs sur les relations avec les prescripteurs et les marges bénéficiaires.
Pour changer cela, il faudrait un code de déonto- logie spécifique. Il existe un code de déontologie européen, mais il n’est pas opposable, c’est un code de “bonnes pratiques”. Il décrit les devoirs généraux des audioprothésistes, leurs rapports
avec les médecins, ne leur permet pas de faire un diagnostic médical, d’où la nécessité d’une consul- tation médicale avant tout appareillage, interdit la dichotomie et le compérage, demande qu’un compte-rendu soit systématiquement envoyé au prescripteur. La déontologie est une mission des Ordres. En France, les professions médicales et paramédicales qui ont un conseil de l’Ordre sont les médecins, les odontologistes, les pharma- ciens, les sages-femmes, les kinésithérapeutes, les infirmières et les pédicures-podologues. Les audio prothésistes et les orthophonistes n’ont pas (encore) d’Ordre spécifique.
Rapport de la HAS de 2008 sur la prise en charge des prothèses auditives
D’après la communication du Pr B. Fraysse, ToulouseLa Haute Autorité de santé (HAS) a une triple mission : la certification des établissements de santé, l’évaluation des médicaments, et l’appré- ciation du service médical rendu des dispositifs médicaux. La HAS a été saisie par la CPAM pour préciser l’indication et l’efficacité des prothèses auditives, la qualification du prescripteur et le contenu de la prescription, le type de prise en charge en fonction du handicap, les conditions du suivi et du renouvellement. Ce travail, dont on peut voir le résultat sur le site de la HAS, a été effectué à partir de l’avis d’autres agences, d’une revue de la littérature, de l’avis d’un groupe d’experts et d’avis externes (industriels, syndicats, associations de patients).
Les données de la littérature sont en fait pauvres, car les études ont souvent de petits effectifs et une méthodologie qui n’est pas assez rigoureuse (biais de recrutement, pas de randomisation, variabilité du critère principal et de la durée du suivi). Il y a cependant une convergence des résultats en faveur des prothèses auditives, en particulier sur la qualité de vie et les données audiométriques dans le bruit, mais pas de prédictibilité à court et à long terme du maintien de cette efficacité.
Actuellement tout docteur en médecine peut pres- crire des prothèses auditives ; la recommandation de la HAS est que la prescription soit réservée aux ORL, après bilan clinique et audiométrique, dans les conditions précisée par la Société française d’audio- logie (SFA), avec une technique adaptée à l’âge (en particulier chez les enfants).
Actuellement, l’essai prothétique est possible ; la HAS recommande de le rendre obligatoire sur au moins 15 jours, suivi d’une validation de l’essai, avec individualisation d’un forfait de recondition- nement de la prothèse en cas d’échec de l’essai.
Un compte-rendu, à la fois objectif et subjectif et au contenu standardisé devra être envoyé au prescripteur. Une évaluation devra être refaite au bout de 6 mois, portant à la fois sur les seuils audiométriques, le handicap, et la satisfaction du patient.
Actuellement, le renouvellement des prothèses auditives est libre. Le projet est de le proposer tous les 5 ans. Si l’ORL préconise un renouvellement plus précoce, il devra l’argumenter.
Quelques informations et perspectives sur la profession d’audioprothésiste
D’après la communication de L. Godinho, président de l’UNSAFUne fiche d’information sur les déficits auditifs et les prothèses auditives, commune au Syndicat national des médecins spécialisés en ORL et chirurgie cer- vico-faciale (SNORL) et au Syndicat national des audioprothésistes (UNSAF), est téléchargeable sur les sites respectifs de ces syndicats.
Des études médico-économiques sur les prothèses auditives sont en cours. Les statistiques de la CPAM montrent que 75 % des dépenses de prothèses audi- tives concernent des personnes de plus de 65 ans.
Les dépenses vont fortement augmenter avec le vieillissement de la population. Par ailleurs, les connaissances scientifiques et techniques requises pour exercer la profession d’audioprothésiste ont beaucoup augmenté au cours des 20 dernières années. Il est envisagé de rallonger les études et de passer de 3 à 5 ans.
Le nombre d’ORL va diminuer dans les prochaines années : 67 % ont plus de 50 ans, et les délais pour obtenir un rendez-vous, actuellement supérieurs à 1 mois, vont inéluctablement augmenter. On pour- rait envisager de déléguer aux audioprothésistes certaines tâches comme le renouvellement des prothèses (mais le rapport de la HAS était contre), le dépistage de la surdité (mais cela pose un pro- blème de responsabilité), la prise en charge des acouphéniques, l’information sur les risques des traumatismes sonores, le réglage des prothèses implantées, etc.
Prise en charge des déficits vestibulaires complets
Définition
D’après la communication du Dr B. Cohen, Paris Les déficits vestibulaires complets étaient définis autrefois par l’absence de réponse aux tests calo- riques, mais les techniques actuelles permettent de tester d’autres éléments du vestibule – les 6 canaux semi-circulaires, le système otolithique, l’utricule, le saccule –, ce qui permet de se rendre compte que les déficits complets sont rares et qu’il s’agit le plus souvent d’une hyporéflexie vestibulaire bilatérale. La tolérance à un tel déficit est variable : cela dépend de l’organe atteint, de la fréquence lésée, mais aussi du patient lui-même.
Symptômes
D’après la communication du Dr B. Cohen, Paris L’expérimentation animale montre qu’une aréflexie bilatérale brutale a des conséquences posturales dramatiques au début, puis qui s’estompent, mais la compensation n’est pas complète et il reste une latéropulsion lorsque la tête est tournée, un retard à l’extension des membres lors d’une chute, une gêne à la marche dans le noir, et l’absence de mouve- ments des yeux dans le noir lors des mouvements de la tête. Chez l’homme, l’aréflexie peut être brutale, ou progressive sur plusieurs mois ou année, mais aussi en 2 temps (par exemple, une névrite d’un côté, puis de l’autre). Même après compensation, il reste une instabilité aggravée dans l’obscurité, un risque élevé de chute sur support incliné ou lorsque le sol est en mouvement, l’impossibilité de faire un test de Fukuda ; les réflexes vestibulo-oculaires sont définitivement absents, le réflexe postopto- cinétique est aboli, l’acuité visuelle est perturbée lors de la marche. La compensation se fait avec une augmentation des réflexes pour les mouvements lents, par une sorte de préprogrammation centrale des mouvements oculaires, une augmentation de l’amplitude des saccades quand il y a des mou- vements de la tête et des yeux, une augmenta- tion du gain pour la poursuite et l’optocinétique, une adaptation aux oscillopsies par tolérance au glissement rétinien. L’aréflexie vestibulaire a des conséquences moins connues, comme des déficits
La Lettre d'Oto-Rhino-Laryngologie • N° 344-345 - janvier-juin 2016 | 37 cognitifs, une difficulté à se concentrer et à mener
2 tâches de front, la perte de la mémoire spatiale et de la navigation.
Étiologie
D’après la communication du Dr B Cohen (Paris) et du Dr F Venail (Montpellier)
Dans certains cas, la réalité du déficit, sa date de début et sa cause sont connues de façon certaine : malformation (agénésie du vestibule), destruction chirurgicale des 2 labyrinthes, section des nerfs vestibulaires.
Dans d’autres cas, l’aréflexie est découverte lors d’examens vestibulaires devant des symptômes variés, et la recherche de la cause n’est pas tou- jours couronnée de succès. La progression de la symptomatologie donne une première orientation (tableau I). L’anamnèse recherchera, dans les anté- cédents, un traumatisme crânien ou cervical, une méningite purulente, une prescription d’aminosides, une maladie de Ménière. Les étiologies de l’aréflexie vestibulaire sur 119 patients (dont 60 femmes) de 10 mois à 87 ans (âge moyen 44,3 ans) exa- minés dans le service d’ORL de Montpellier sont indiquées dans le tableau II. Sur 255 patients de la série de Zingler et al. (10) ayant une aréflexie bilatérale, l’étiologie était certaine dans 24 % des cas, probable dans 25 % des cas, inconnue dans 51 % des cas. Les 3 étiologies principales étaient les aminosides (13 %), la maladie de Ménière (7 %) et les méningites (5 %). Certaines étiologies sont très rares : syndrome de CANVAS (Cerebellar ataxia with neuropathy and bilateral vestibular areflexia syndrome) [11], le syndrome de Cogan (maladie auto-immune touchant l’oreille interne et l’œil), la neurofibromatose de type 2, l’ataxie de Friedreich.
Insistons sur 2 étiologies particulières : les amino- sides et les implants cochléaires. Les patients sourds candidats à une implantation cochléaire ont souvent un déficit vestibulaire uni- ou bilatéral. La mise en évidence préopératoire d’un déficit vestibulaire est un élément à prendre en compte dans le choix du côté à implanter. En effet, l’implantation risque de léser le vestibule : dans la série de Montpellier, en postopératoire 2 patients avec implants cochléaires bilatéraux et 1 patient avec implant unilatéral se sont retrouvés avec une aréflexie bilatérale.
Les aminosides n’ont pas seulement une toxicité cochléaire, ils ont aussi une toxicité labyrinthique.
Celle-ci est fonction, certes de la dose et de la durée
du traitement, mais aussi de l’âge et de la sus- ceptibilité individuelle. Il faudrait (ré-)informer les médecins de ces effets délétères et peut être obtenir que leur prescription soit encadrée, avec la rédaction de recommandations de juste pres- cription.
Comment faire rapidement le diagnostic de déficit vestibulaire bilatéral complet
D’après la communication du Dr P. Miniconti, CarpentrasLe Dr P. Miniconi propose une méthode simple et rapide pour dépister un déficit vestibulaire bilatéral complet : le patient est assis, yeux ouverts, sous vidéonystagmographie permettant d’observer la réponse nystagmique lors des mouvements de la tête dans le plan horizontal (cela explore les canaux semi-circulaires latéraux), dans le plan sagittal (la flexion explore les canaux antérieurs, l’extension les canaux postérieurs) et dans le plan frontal (la tête sur l’épaule droite explore les canaux antérieur et postérieurs droits). De plus, en faisant des mouve- ments plus ou moins rapides, on explore les canaux à différentes fréquences.
Cette technique est aussi utile pour faire le diag- nostic topographique des névrites.
Tableau I. Étiologies retrouvée chez les 119 patients aréflexiques examinés à Montpellier, en fonction de l’évolution de la symptomatologie.
Symptomatologie % Étiologies
Brutale 8 Traumatisme crânien, maladie autoimmune, aminosides
Progressive 53
Asymptomatique 3 Cytomégalovirus, aminosides Évolution en 2 temps 4
Non renseigné 32
Tableau II. Étiologie de l’aréflexie vestibulaire sur 119 cas examinés à Montpellier (en %).
Pas d’étiologie retrouvée 40
Usher type I 25
Étiologies multiples 8
Aminosides 6
Méningite 5
Cytomégalovirus 4
Vasculaire 2
Autres 1
Prise en charge de l’aréfl exie bilatérale
D’après les communications du Dr B. Cohen (Paris) et du Dr D. Rohmer (Strasbourg)Le traitement médicamenteux par corticoïde est discuté.
Il est très important de donner des conseils aux patients, comme d’avoir toujours une lampe de poche à portée de main s’il est amené à circuler dans de mauvaises condi- tions d’éclairage, d’équilibrer les charges entre le côté droit et le côté gauche s’il doit se déplacer, etc. Il faut lui conseiller de prendre contact avec l’association française de vestibulo pathie bilatérale idiopathique (AFVBI), dont le site est hébergé par Orphanet (asso.orpha.net) .
L’audition doit être vérifiée et éventuellement corrigée par prothèse auditive bilatérale (aide à la localisation spatiale), voire implant cochléaire. Il faut stimuler la vision et la somesthésie (l’exterocep- tion plantaire et la proprioception) par des exercices variés avec l’aide d’un kinésithérapeute.
Certains patients apprécient d’avoir un dispositif de substitution (Brain Port®, Wii Nitendo®, dispositifs de H. Kingma et de J. Allum ), mais cela ne convient pas à tout le monde. L’avenir sera peut être dans
l’implant vestibulaire. ■
Rendez-vous en 2017 pour les 19 es Assises d’ORL qui se tiendront du 26 au 28 janvier 2017.
L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt en relation avec cet article.
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Références bibliographiques
Communiqués des conférences de presse, symposiums, manifestations organisés par l’industrie pharmaceutique
Nouv elles de l’industrie pharmaceutique
Voix trachéo-œsophagienne du laryngectomisé : implants Blom-Singer
®Figure 1. La prothèse phonatoire Blom-Singer dans son inserteur.
Les 18es Assises d’ORL de Nice se sont tenues du 28 au 30 janvier 2016 et ont été une fois de plus l’occasion de partager nos expériences autour de domaines très pratiques. Le laboratoire Collin a tenu un symposium au cours de ces journées dont le sujet était la prothèse phonatoire Blom-Singer® nouvellement introduite dans le marché français. Les Dr Olivier Dassonville (Lille) , Xavier Dufour (Poitiers) , Olivier Malard (Nantes) et Olivier Choussy (Rouen) ont exposé leur expérience et ont répondu à nos questions.
Historique de la réhabilitation
du laryngectomisé par implant phonatoire (d’après la communication du Dr Dassonville)
Depuis la première laryngectomie totale décrite par Billroth en 1873, les chirurgiens ont imaginé de multiples procédés de réhabilitation vocale dont la voix
œso phagienne (VO) dès 1920. C’est en 1978 que les docteurs Blom et Singer (États-Unis) ont mis au point la première prothèse phonatoire (PP) portant leur nom (fi gure 1) .
Les avantages de la VO sont indiscutables : bien maîtrisée, c’est un moyen effi cace de communication ; elle est défi nitive une fois acquise ; elle ne nécessite pas de soins particuliers et la communication du patient est possible