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LE BEAUBOURG LE RETOUR DES MUSEES . STEPHAN ANDREAE.

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LE RETOUR DES MUSEES

LE BEAUBOURG

. STEPHAN ANDREAE .

L

e Centre d'art et d'expositions de la République fédérale d'Allemagne à Bonn (Kunst- und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland) est un lieu, sans collection pérenne, d'accueil d'expositions itinérantes, qui propose un programme varié de manifestations de renommée internationale. Proche dans ses fonctions pluridisciplinaires du Centre Georges-Pompidou à Paris, cet imposant éta- blissement culturel est destiné à abriter des expositions prestigieuses, mais aussi à accueillir des congrès, concerts, spectacles de théâtre, projections de films, conférences qui ont pour thème l'art et l'histoire de l'art, la science et la technique. C'est ainsi que des expositions sur l'ère du bronze, l'archi- tecture, le design ou la photographie y trouvent aussi bien leur place qu'une rétrospective d'un artiste contemporain ou des conférences sur le thème des techniques génétiques ou de la météorologie. Ce programme s'adresse à tous, adultes, jeunes et enfants. Le forum, le foyer, le restaurant, le toit ou la place du musée sont autant de lieux où sont organisées les diverses manifestations, que ce soit en complément des expositions ou dans le cadre d'un programme propre. Imposante institution culturelle désormais indispensable si l'on souhaite prétendre au titre de capitale européenne, le Centre d'art et d'expositions de la République fédérale d'Allemagne à Bonn fut inauguré deux ans après que les politiques eurent décidé de quitter Bonn pour s'installer à Berlin. Nous avons demandé au directeur de son Forum, Stephan Andreae, de nous évoquer sa mission (1).

Eryck de Rubercy

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LE RETOUR DES MUSÉES

Le Beaubourg de Bonn

REVUE DES DEUX MONDES - Y a-t-il eu une incidence pour la Kunst- und Ausstellungshalle de Bonn dans le fait que Berlin soit redevenue la capitale fédérale ?

STEPHAN ANDREAE - De telles répercussions n'ont pas été ob- servées. Depuis la création de la KAH (Kunst- und Ausstellungshalle) en 1992, le nombre de visiteurs n'a cessé d'aug- menter. Nous n'avons pas constaté la baisse des entrées à laquelle nous aurions pu nous attendre suite au transfert du gouvernement à Berlin. Au contraire : les chiffres sont en hausse. Depuis des années, la KAH est l'institution culturelle la plus fréquentée d'Allemagne.

Cela veut dire, étonnamment, qu'elle n'a pas profité d'un « effet capitale » : au centre de l'Europe, la Rhénanie fonctionne aussi par elle-même. Une grande chance pour la KAH a été Pontus Hulten, maître d'œuvre de sa création, dont les relations et la créativité lui ont insufflé une énergie encore efficiente aujourd'hui (2).

REVUE DES DEUX MONDES - La Kunst- und Ausstellungshalle de Bonn n 'est-elle pas proche par ses fonctions pluridisciplinaires du Centre Pompidou parisien ?

STEPHAN ANDREAE - La KAH n'est pas un musée au sens clas- sique du terme, mais un lieu accueillant des expositions qui se renouvellent en permanence, des conférences, des concerts, du théâtre, du cinéma, etc. Cela signifie que notre établissement est en perpétuelle activité. La KAH ne peut donc pas mener un travail scientifique dans le calme, celui-ci doit être en revanche réalisé par nos « invités », c'est-à-dire par nos partenaires du moment et les administrateurs que nous avons engagés. Ceux-ci sont sélec- tionnés avec un grand soin. Certains nous comparent au Centre Georges-Pompidou, ce qui, avec Pontus Hulten, tombe sous le sens. Et c'est vrai que nous sommes une semblable machine à organiser des expositions. Il n'y a cependant pas de concurrence, car nous ne sommes pas une entreprise économique, mais une institution culturelle. C'est la raison pour laquelle nous coopérons si bien avec le Centre Georges-Pompidou. Il faut continuer de la sorte, et les choses peuvent être encore améliorées.

REVUE DES DEUX MONDES - Mais comment fonctionne une instal- lation d'État comme la vôtre dans le contexte des différents Lander ?

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STEPHAN ANDREAE - En Allemagne, la culture est en principe l'affaire des Lànder. Seul un petit nombre d'institutions relèvent de l'État, comme par exemple la Stiftung Preufiischer Kulturbesitz à Berlin, et la KAH de Bonn. Cette dernière a été un désir longue- ment nourri par l'ancien chancelier Helmut Kohi. Étant donné que l'Allemagne est un pays fédéral, nous sommes plutôt une institution

« recentralisée », ce qui n'entrave toutefois pas notre pouvoir de décision, parce que nous sommes organisés en SARL et avons de ce fait la liberté de déterminer notre programme. Les instances de contrôle sont le conseil d'administration, le comité du programme et tous nos collaborateurs (c'est-à-dire les directeurs de projet et les curateurs), qui ont une latitude d'action extrême.

REVUE DES DEUX MONDES - Quel sont les avantages et les inconvénients pour une ville comme Bonn de compter à la fois un musée d'État et un musée municipal ?

STEPHAN ANDREAE - Le musée municipal (3) est le voisin direct de notre « musée d'État • et fait partie du panel des musées de Bonn. Je crois que les visiteurs se moquent un peu de savoir s'il s'agit d'une institution municipale ou bien d'État. Le visiteur recher- che « quelque chose de différent », quoi que cela puisse être, et ne s'intéresse certainement pas aux coulisses bureaucratiques. Le Musée d'art de Bonn (Kunst Muséum Bonn), dont la fascinante architecture est due à Axel Schultes (4), possède une collection pro- digieuse et, accessoirement, il offre un service gastronomique de première qualité. Sans vouloir être prétentieux, la KAH est évidem- ment un géant à côté, parce qu'elle bénéficie d'un tout autre budget.

C'est pourquoi elle est un pôle d'attraction parmi tous les musées de Bonn, c'est-à-dire qu'elle anime la région et qu'elle amène des visiteurs à ses voisins, pour m'exprimer en des termes techniques. Il est possible que nos programmes en extérieur soient un inconvé- nient pour le musée municipal, parce qu'ils sont parfois très bruyants, mais uniquement lors de soirées d'été. Pour la ville de Bonn, les deux institutions ont leur importance et leur raison d'être.

REVUE DES DEUX MONDES - Comment expliquez-vous que Bonn, comparée à Dùsseldorf ou à Cologne par exemple, paraisse moins engagée dans l'an contemporain ?

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Le Beaubourg de Bonn

STEPHAN ANDREAS - II faut que vous sachiez ceci : je suis de Cologne. C'est pourquoi votre question me donne le vertige.

Comme je le disais, le Musée d'art de Bonn possède une collection fabuleuse, d'art contemporain également, qui mérite toujours une visite. Honnêtement, je ne peux pas répondre à cette question, parce que je n'en sais rien. Mais j'ose émettre l'hypothèse que le rassem- blement d'œuvres d'art contemporain, avant qu'elles ne tombent dans le domaine public, a toujours été l'affaire d'initiatives privées.

Cologne et Dùsseldorf avaient naturellement un grand avantage, étant donné que beaucoup plus de personnes privées y apportèrent simultanément leur engagement culturel, cela dès le début du XIXe siècle, en y instaurant des sociétés d'art (Kunstvereiné) (5).

Après la guerre, Bonn était bondée de diplomates et de fonctionnai- res, ce qui ne constitue pas un public classique de collectionneurs.

Cependant Bonn jouit de l'excellente réputation de sa formation universitaire en histoire de l'art, cela veut donc bien dire qu'on s'y penche traditionnellement sur le passé et sur la recherche.

Diisseldorf est le lieu de la célèbre Académie des arts, à Cologne l'ancienne -Werkschule s'est transformée en École supérieure d'art des médias. Ainsi dans ces deux villes il y a une infinité d'ateliers, où le nouvel art prend naissance : Cologne et Dùsseldorf sont un terreau très particulier pour l'art contemporain. C'est en tout cas l'hypothèse que j'émettrais.

REVUE DES DEUX MONDES - Pensez-vous qu'en Allemagne la décentralisation soit la seule raison qui permette aux musées une concurrence et une véritable émulation ?

STEPHAN ANDREAE - Je pense effectivement qu'un lien existe entre ces deux phénomènes. Je considère personnellement que la concurrence entre musées est contre-productive, comme je l'ai déjà évoqué plus haut. En revanche, je trouve très productive l'émula- tion mutuelle, toutes les institutions n'ont pas à être innovantes.

REVUE DES DEUX MONDES - En Allemagne comme en France, les structures étatiques, malgré les différences, ne risquent-elles pas de provoquer, aujourd'hui comme hier, un « an officiel » ?

STEPHAN ANDREAE - Je ne perçois pas un tel danger dans l'immédiat, bien qu'il soit conseillé à chacun d'observer la situa-

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tion avec vigilance. La KAH est certes une institution d'État, cependant en tant que SARL, elle a par principe la liberté de choi- sir tous ses programmes. Les représentants des Lânder siègent eux aussi au conseil d'administration ; ils examinent les activités d'un œil critique et avisé. Bien évidemment, les artistes ont très envie d'exposer à la KAH, c'est toujours une étape importante dans leur biographie. Il faut en être conscient lorsqu'il s'agit de choisir.

En Allemagne, une grande puissance est attribuée à 1'art

REVUE DES DEUX MONDES - Pourquoi tant de collectionneurs d'an contemporain en Allemagne aujourd'hui et pourquoi si peu en France ?

STEPHAN ANDREAE - Je connais trop peu la situation en France pour vous répondre, et en ce qui concerne l'Allemagne, je ne peux que faire des suppositions. À l'encontre de l'étiquette qu'on plaque à l'Allemagne, je la considère (bien entendu, dans l'ensemble seulement) comme un pays curieux de tout. Ses prestations remar- quables dans les domaines des sciences physiques et des sciences humaines le prouvent. Il existe en Allemagne une tradition bour- geoise qui consiste à s'entourer d'art, y compris d'art contempo- rain. En Allemagne, une grande puissance est attribuée à l'art. Je souscris moi-même à cette idée. On va même jusqu'à lui conférer des pouvoirs magiques. Vous n'avez qu'à regarder les prix des tableaux de Sigmar Polke ou de Gerhard Richter, qui ne se situent plus dans des limites rationnelles. Une autre hypothèse est d'ordre sociologique et il faudrait qu'elle soit confortée par l'avis d'un spé- cialiste : comparée à la France, l'Allemagne possède une classe moyenne relativement importante et c'est justement en son sein que naît l'intérêt pour l'art contemporain. En tout cas, c'est l'im- pression que j'en ai.

REVUE DES DEUX MONDES - Mais n'est-ce pas aussi à cause des différences de droit fiscal entre les deux pays ?

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STEPHAN ANDREAE - Je n'en ai aucune idée, étant donné mon ignorance des deux systèmes de droit fiscal. En Allemagne, l'impôt sur la fortune est aboli, et de toute façon il n'intervient pas en matière d'art contemporain. Mais vous me faites imaginer la possi- bilité qu'il y aurait pour l'acheteur de déduire de ses impôts l'achat d'œuvres d'art, s'il se déclare prêt à exposer ses œuvres ou à les prêter à des expositions (6).

REVUE DES DEUX MONDES - Pensez-vous que la place des artis- tes français d'aujourd'hui dans les collections allemandes souffre d'une certaine carence ?

STEPHAN ANDREAE - La KAH, associée à la Réunion des musées nationaux, a élaboré une exposition sur ce thème (le responsable en est Pierre Rosenberg) : « La peinture française dans les collections allemandes », qui était visible jusqu'en juillet 2005 au Grand Palais, qui le fut à Munich jusqu'en janvier 2006 et l'a été à Bonn de février à avril 2006 (7). Ce n'est pas rien.

Pour ce qui est de l'art contemporain, auquel votre question se rapporte peut-être, je ne me fais aucun souci. D'après ce que j'ai pu observer, les Allemands n'établissent pas leurs collections selon la nationalité des œuvres, mais en fonction de leurs goûts.

J'ai moi-même constaté ici que Picasso ou Luis Bunuel (qui est mort mexicain) par exemple sont présentés comme des artistes français, même par des journalistes. C'est très étrange, mais la fascination qu'exercé Paris en tant que ville des artistes est tou- jours aussi présente, ce qu'on doit bien sûr aux médias, généra- teurs de clichés. Il n'y a qu'à voir les caricatures allemandes : l'artiste porte un béret basque et fume des Gauloises.

REVUE DES DEUX MONDES - L'art n'est-il pas devenu aujourd'hui un domaine où l'on surestime parfois les identités et les tendances nationales ?

STEPHAN ANDREAE - En ce qui concerne l'Allemagne et la France, je répondrais par la négative. Et j'irais même plus loin.

Personnellement, je ne connais pas de collectionneur privé ni public en Allemagne qui ait pour critère de sélection une nationa- lité en particulier. Bien sûr, il y a des collectionneurs qui se consacrent exclusivement à l'art des Aborigènes ou qui se

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concentrent sur l'Afrique, mais je ne dirais pas pour autant que ce soit le fait d'une surévaluation.

Les moyens des musées

REVUE DES DEUX MONDES - S'agissant de l'art contemporain, ne pensez-vous pas qu'il manque à la France une grande manifes- tation de prestige à l'image de la Documenta de Cassel ?

STEPHAN ANDREAE - Arnold Bode a créé la Documenta pour donner ses lettres de noblesse à l'art contemporain, qui était assurément sous-évalué en Allemagne, mais aussi pour le rendre accessible à un large public (8). Une initiative fantastique et un puis- sant moteur pour l'art, au demeurant toujours international. À ma connaissance, cette idée n'a pas été reprise, et je crois que l'Europe supporterait bien une seconde grande manifestation de ce genre.

Alors allons-y ! Je n'aurais ainsi pas toujours besoin de me rendre à Cassel ! D'ailleurs, une grande partie de l'équipe qui a travaillé à la fondation de la KAH a été recrutée parmi l'ancien personnel de la Documenta. Notre intendant actuel, Wenzel Jacob, est de Cassel.

Pour ma part je serais prêt à soutenir toute initiative allant dans ce sens, qu'elle soit française, espagnole, polonaise ou autre.

REVUE DES DEUX MONDES - On reproche aux musées de n'être trop souvent que des sanctuaires ou des conservatoires. Souhaitez- vous qu'ils deviennent des entreprises culturelles soucieuses de leur rentabilité ?

STEPHAN ANDREAE - Ce sont les visiteurs qui font des musées des sanctuaires, non leurs responsables. L'aura du « sacré » provient entre autres de l'environnement protecteur (par exemple des vitri- nes) et en règle générale de l'éclairage solennel dans lesquels les objets sont présentés. Mais le devoir de conservation est absolument primordial pour maintenir la « mémoire » culturelle à disposition des générations futures. À cela s'ajoute la mission de recherche attachée aux musées. La plupart du temps, celle-ci s'effectue sans que le public le remarque, disons à petits pas, comme pour la recherche en sciences physiques. Personnellement, je n'ai eu connaissance que de

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cinq thèses et de deux voyages de recherche, qui s'appuyaient direc- tement sur les résultats de mon exposition « Arctique-Antarctique » de 1997-1998 (9). L'obligation de rentabilité signifierait la mort de ce domaine de responsabilité. Car l'art est un élément essentiel de la culture, c'est pour cela qu'il doit être (tout comme l'éducation, etc.) organisé et rémunéré dans le champ public, et donc politique. Les expositions ne peuvent réaliser des bénéfices que dans de rares exceptions, et ce uniquement lorsque leurs contenus sont déjà connus. Il est impossible de transmettre l'avant-garde de façon rentable, sa « valeur » n'apparaît que plus tard. Toute société intelligente et riche devrait s'octroyer ce risque.

REVUE DES DEUX MONDES - Quitte à ce que les musées ne soient plus nécessairement impliqués dans la conservation de l'œuvre d'art ?

STEPHAN ANDREAE - Quoique la KAH ne possède pas de col- lection propre, son action en matière de conservation est considé- rable. Bien des œuvres ne nous parviennent en prêt du monde entier que lorsque nous avons financé leurs onéreuses mesures conservatoires ou que nous avons effectuées celles-ci nous- mêmes. Ces mesures comprennent les travaux de nettoyage, de stabilisation, de désinfection, etc. Nombreuses sont les œuvres d'art que nous laissons partir de notre établissement dans un état bien meilleur que celui dans lequel elles étaient arrivées. Nos prê- teurs s'en réjouissent et c'est bénéfique pour l'art.

REVUE DES DEUX MONDES - Quelle relation, quelle collabora- tion entretenez-vous actuellement avec le mécénat d'entreprise dont le rôle en matière d'an contemporain est souvent primordial ?

STEPHAN ANDREAE - En ma qualité de directeur du Forum de la KAH, il est de mon devoir de mobiliser des moyens « tiers », pour les appeler ainsi. Cela touche avant tout des institutions telles que la Deutsche Forschungsgemeinschaft, l'Institut Max-Planck, etc., qui nous apportent une coopération en partenariat. Mais comme les activités de notre Forum sont surtout étroitement liées à l'art et présentent plutôt des projets d'avant-garde, le retentissement médiatique est en règle générale trop faible pour une sponsorisa- tion par une entreprise privée. Actuellement nous déployons des

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efforts importants pour organiser par exemple de grands tournois d'échecs et leurs finales à la Bundeskunsthalle. Les échecs sont certes un projet inhabituel pour une institution culturelle, mais nous le faisons en ayant un regard direct sur l'art et sur Marcel Duchamp en Poccurence. Cela ne marche pas sans sponsors. Nous en cherchons et, je suis presque en mesure de le dire, nous tou- chons au but. Il ne s'agit pas alors des seules compétitions d'échecs, mais des manifestations satellites, telles qu'une exposi- tion, des lectures, des films, des ateliers et des programmes pour enfants qui viennent en complément. C'est d'une actualité absolu- ment contemporaine et transmis en permanence et en direct sur Internet. Des tournois d'échecs préliminaires ont déjà été soutenus par la Deutsche Bank, et en ce qui concerne l'exposition, nous col- laborons en ce moment avec la Deutsche Telekom, Je reconnais que ces coopérations nécessitent une certaine habitude. Il y a des partenaires plus ou moins réticents. Mais c'est agréable d'avoir affaire à eux, parce que cela élargit notre horizon. Bien entendu, il faut établir une distinction entre mécènes et sponsors : les uns don- nent de façon désintéressée, les autres attendent quelque chose en retour, par exemple du prestige et de nouveaux contacts.

REVUE DES DEUX MONDES - Puisque l'art contemporain ne donne plus tant à voir des tableaux ou des sculptures, quel type d'actions, de performances ou d'installations innovantes, la KAH de Bonn a-t-elle été amenée à envisager ?

STEPHAN ANDREAE - La Bundeskunsthalle est dotée de salles d'exposition, de l'espace de manifestation du Forum, de la salle des arts médiatiques, de diverses salles de conférence et du toit pour les manifestations en extérieur. Par ailleurs, nous disposons d'équipements de communication importants : studio de télévi- sion, trajets de caméras, appareils de projection cinématogra- phique, etc. Nous sommes parés à tout ; il n'y a à ma connaissan- ce quasiment pas d'événements pour lesquels nous nous serions heurtés à des limites techniques. Des animaux vivants aux explo- sions, nous avions- déjà tout intégré dans nos programmes. Une fois tout de même il s'est passé la chose suivante : une production de théâtre exigeait la présence de dix voitures sur scène, nous n'y sommes pas parvenus parce qu'un monte-charge était défectueux.

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Cela peut arriver. Ce qu'il est possible de réaliser dépend moins de la structure de l'établissement que de la créativité, de la souplesse et de la curiosité de nos collaborateurs. De ce côté-là, la KAH ne manque pas d'atouts.

REVUE DES DEUX MONDES - Une exposition comme celle de

• Paris-Berlin • organisée en 1978 au Centre Georges-Pompidou par Pontus Hulten, faisait état de transferts et d'échanges artis- tiques entre la France et l'Allemagne, mais pensez-vous que la situation entre la France et l'Allemagne soit la même aujourd'hui ? STEPHAN ANDREAE - Elle est heureusement différente ! Cette exposition primordiale et d'importance peu commune, « Paris- Berlin » de Pontus Hulten, avait été conçue justement dans le but de changer cette situation. Et je suis convaincu qu'elle l'a fait.

Sinon cette exposition ne serait pas devenue une légende.

Pourquoi, où et comment, je ne suis pas en mesure de l'analyser, cela nous mènerait trop loin. C'est un sentiment que nous autres artistes connaissons bien. La relation entre l'Allemagne et la France n'est certainement plus la même ; au contraire, le processus dyna- mique de rapprochement s'est merveilleusement développé et je suis heureux et reconnaissant que, dans ce mouvement, les Français soient restés tout à fait Français. Cette exposition y a contribué et il ne faut pas sous-estimer ses effets. Pontus Hulten, qui en a eu l'idée, n'est à mon avis pas encore suffisamment mis en lumière dans le contexte européen. Un grand impulseur, un Suédois, qui nous a apporté à nous, Européens, le pop-art, le nou- veau réalisme et bien d'autres choses encore. Chapeau ! Et « Vive la France », ça fait aussi du bien à l'Allemagne !

Propos recueillis par Eryck de Rubercy et traduits de l'allemand par Isabelle Loustau

1. Centre d'art et d'expositions de la République fédérale d'Allemagne : Museumsmeile Bonn, Friedrich-Ebert-Allee 4, D-53113 Bonn.

2. En 1990, la ville de Bonn avait demandé à Pontus Hulten d'assurer pendant cinq ans la direction artistique de la KAH.

3. Kunst Muséum, Friedrich-Ebert-Allee 2, D- 53113 Bonn.

4. Le Kunst Muséum, dédié aux artistes du XXe siècle dont l'édifice a été imaginé

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par l'architecte allemand, Axel Schultes (1943), qui a également construit la nouvelle chancellerie à Berlin.

5. C'est probablement grâce à ces organismes que se trouve garantie dans la plupart des villes allemandes une discussion publique de l'art contemporain.

6. À cause des différences de droit fiscal entre l'Allemagne et la France, deux dispositions du droit allemand sont capitales. La première stipule que, si une œuvre est demeurée dans une collection pendant vingt ans et a été accessible au public pendant dix ans, elle est exempte de tout droit de succession au décès de son propriétaire. La seconde établit qu'au bout d'un an de possession toute œuvre d'art peut être cédée à n'importe quel prix sans taxation de la plus-value.

7. L'exposition « Chefs-d'œuvre de la peinture française des XVIIe et XVIIIe siècles » en provenance de collections allemandes a été présentée du 7 octobre 2005 au 8 janvier 2006 à la Fondation Haus der Kunst (Munich) et du 3 février au 30 avril 2006 à la KAH (Bonn).

8. Créée en 1955 par le peintre et enseignant à l'Académie de Cassel, Arnold Bode, la Documenta.- qui a lieu tous les cinq ans, a commencé par chercher à rattraper le retard que l'Allemagne avait pris dans le domaine de l'art contemporain.

Elle est aujourd'hui la plus importante manifestation mondiale du genre.

9. « Arktis undAntarktis » (du 19 décembre 1997 au 19 avril 1998).

• Stephan Andreae est depuis 2003 le directeur du Forum du Centre d'art et d'ex- positions de la République fédérale d'Allemagne à Bonn. Il y élabore et organise les programmes connexes aux expositions quand il n'en est pas le concepteur :

« Bufiuel » (1994), « Sarkis » (1995), « Arktis-Antarktis » (1997-1998), « Orinoko- Parima » (1999-2000), également pour le Festival de Berlin : « Le Musée sentimen- tal de Prusse » (1981), « Mythes du Nouveau Monde » (1982), « Berlin-Berlin » (1983).

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