INFLUENCE DES PROTÉINES IODÉES
SUR
LA PRODUCTION ET SUR LA COMPOSITION DU LAIT DE VACHE
A.
FRANÇOIS,
H. HEIM DE BALSAC, A. M. LEROY, M. PAREZLaboratoire de Zootechnie de l’Institut National
Agronomique
et Centre d’Etudes de
Biologie
Industrielle etAgricole
du C. N. A. M.Dès
18 9 6,
leBelge
H!RTOGU!(cité
par ROBERTSON( 1 )),
a montré que le extraitsthyroïdiens
administrés per os, stimulent laproduction
laitière de la vache.. Les travaux de GRAHAM
( 2 ),
de FOLLEYet WHITE( 3 )
ont à leur tour, misen évidence l’accroissement de la
production
laitière et beurrière sous l’influence de lapoudre
dethyroïde
ou de lathyroxine.
La méthode depréparation
d’iodo-protéines
artificielles douées d’activitéphysiologique, proposée
par LTJDWIG et VonMuTZ!rrs!cH!x,
a ouvert un vastechamp d’expérimentation.
TUR-NER
(q.),
REINEKE et TURNER(5) puis
de nombreux auteurs(6) ( 7 ) (8) ( 9 )
etc...ont étudié
l’aspect physiologique
etzootechnique
del’ingestion d’iodoprotéines
par les femelles laitières.
Un
apport
alimentairesupplémentaire
est nécessairependant
le traite-ment des animaux par les
protéines
iodées. I,e bilan azoté et le bilancalcique
des vaches recevant des
injections
dethyroxine
deviennent en effetnégatifs (io) (ii).
La nécessité d’unéquilibre
alimentairerigoureux
est l’une des raisonsqui
limitent l’utilisation
pratique
desprotéines
iodéesqui,
parailleurs,
entraînent des modificationsphysiologiques : tachychardie, hyperthermie, amaigrisse-
ment, et éventuellement d’autres troubles
qui risquent d’apparaître
àlongue
échéance. Le but du
présent
travail n’est pasd’apporter
une confirmationsupplémentaire
aux travauxprécédemment cités,
mais nous nous sommesattachés à rechercher les caractères
biochimiques permettant
de détecter les animauxayant ingéré
desprotéines
iodées.L’administration temporaire
de cesproduits peut,
eneffet,
revêtir un ca-ractère frauduleux. La stimulation de la
production
laitière et beurrière pen-dant la
période
ou s’effectuent lesopérations
de contrôle laitier-beurrier aurait pour effet de surestimer laproduction
réelle des animaux contrôlés.! 1
) Avec l’assistance technique de !IM-19 M. NAVILT.E et G. ZERT et de J. MARTIN.
Pour cette
raison,
nous avons étudié les modificationsqui permettraient
de caractériser les animaux ainsi «
dopés
». Parmi les testsqu’il
estpossible d’imaginer,
certainspeuvent
être basés sur des caractèresphysiologiques :
mesure du
rythme cardiaque
parexemple.
Nous avonscependant particulière-
ment étudié certaines modifications de la
composition chimique
dulait,
de l’urine et de la salive. Nous avons mesuré les variations des taux de matières grasses, de matièresazotées,
de carotène et de vitamine A du lait. Nous avonségalement
évalué la créatininurie et recherché l’iode dans lasalive,
dans l’urine et dans les fèces. Nous avons mesuré lesproductions laitières,
mais àcet
égard,
en raison dupetit
nombre d’animauxétudiés,
notre observation neprésente qu’une
valeur indicative.I. - PROTOCOLE
EXPÉRIMENTAL a)
AnimauxQuatre
animaux de race hollandaise ont été utilisés dans unepremière expérience :
En raison des
risques
éventuels d’uneexpérimentation
sur lesprotéines odées,
les animauxAR, BE, BA,
atteints destérilité,
étaient soumis àl’expé-
rience de
préférence
à des animaux normaux.Pour cette
raison,
ilsprésentent
unepériode
de lactation anormalementlongue.
b)
Durée del’expérience
L’administration
desprotéines
iodées dans un but frauduleuxpouvant
être de courtedurée,
nous avons faitingérer
cesproduits
aux animauxpendant
une
période
de 9jours
seulement. Les essais ont été effectuéspendant
le mois dejuillet
i95o. Ilscomprenaient
troispériodes
successives de 9jours
chacune :une
période témoin,
unepériode pendant laquelle
lesprotéines
iodées étaientadministrées,
et unepériode
terminalequi permettait
d’étudier les modifica- tions diverses entraînées par lasuppression
desiodoprotéines
durégime.
c)
AlimentationLes animaux étaient alimentés au
pâturage pendant
toute la durée del’expérience.
Ils demeuraient toutefois la nuit dansl’étable,
où ils étaient traitsle soir et le matin. Une
quantité
de 20kg d’ensilage
de luzerne et 3kg
d’ali-ments concentrés étaient en outre distribués aux
vaches,
dans le but de parer à toute insuffisancealimentaire, pendant
les troispériodes expérimentales.
d)
Doses de protéines iodées distribuéesTrois
iodo-protéines
commerciales étaientutilisées,
lesproduits B, C, D, qui présentaient
lescaractéristiques
suivantes :Nous avons distribué à chacun des animaux l’un de ces
produits :
leproduit
B aux animaux AR et
BE,
leproduit
C à l’animalBA,
leproduit
D à l’animalAU,
enquantité
tellequ’ils
recevaientchaque jour l’équivalent
de 30 g deproduit
B, calculéed’après
son activitéphysiologique exprimée
enthyroxine.
Une
quantité
de 2i g deproduit
C et de 19g deproduit
D était ainsi dis- tribuéechaque jour,
en deux fractionsd’égale
valeur administrées avantchaque
traite.
e)
Prélèvement des échantillons et méthodesd’analyse
La mesure de la
quantité
de laitproduit,
du taux de matière grasse et du taux de matières azotées(par
la méthode deK JELDAHL )
était effectuée quo- tidiennement. La détermination du taux de matière grasse par la méthodeGERBER,
était effectuée sur des échantillons obtenus par lemélange
de volumesproportionnels
auxquantités
de lait recueillies à chacune des traites de lajournée.
Les échantillonsd’urine,
destinés audosage
de la créatinine par la méthode récemmentproposée
par BI,AIZOT( 12 )
étaient obtenus parsondage.
La réaction de CARR et PRICE, modifiée par MEUNIER et RAOUL
( 13 )
étaitutilisée pour le
dosage
du carotène et de la vitamine A dansl’insaponifiable
deséchantillons de lait.
L’insaponifiable
était lui-même obtenu à l’aide de la méthodeproposée
par l’un de nous
(i 4 ) après
VANWij N GAA RD EN.
II. -
RÉSULTATS
Le tableau I résume les résultats
globaux
obtenus concernant laproduction
du lait et sa
composition.
III. -
INTERPRÉTATION
ET DISCUSSIONa)
Production laitière. Le calcul
statistique
montre que l’accroissement deproduction
laitièremoyenne entre la
période
II et lapériode
I est trèssignificatif.
Cet accroisse- ment moyen atteint 20,2% après
un traitement de 9jours
par lesprotéines
iodées.
Les valeurs individuelles
correspondant
à chacune des vaches sont les suivantes :Ces valeurs
correspondent
à un accroissement moyen. Enréalité,
l’accrois-sement est
continu,
et laproduction
maxima estsupérieure
de2 6,6
à 4t,4%
à celle de la
période I,
selon les animaux.La stimulation de la
production
laitière se manifeste encoreaprès
la cessa-tion du traitement par les
iodoprotéines.
Il n’existe eneffet,
pas de différencesignificative
entre lesproductions
moyennes despériodes
II et III.Toutefois,
lesproductions
décroissent et, pour mesurer cettedécroissance,
nous avons cal- culé lapente
des droites derégression correspondant
aux différentespériodes.
b)
Taux des matières grassesLa
plupart
des auteurs ontrapporté
que le traitement des animaux par lathyroxine
ou lesprotéines
iodéesprovoquait
un accroissement du taux de matières grasses( 2 ) ( 5 ) ( 9 ). Cependant,
l’examen du travail de GRAHAM( 2 )
ou de celui de VAN LnrrmrrGxaM
( 9 )
parexemple,
montrequ’il
existe unepé-
riode de latence entre le début du traitement et l’accroissement du taux de matières grasses. La durée de cette
période
est voisine d’une semaine. Or, l’examen du tableau I montre que nous n’avons observépratiquement
aucunevariation du taux de matières grasses
pendant
les troispériodes expérimentales :
à une
légère dépression correspondant
à lapériode II,
a succédé unelégère augmentation pendant
lapériode III,
mais ces variations neprésentent
aucunesignification statistique.
B AR T L E T
T et collaborateurs
(i5)
ZORNet RICx!rER( 1 6)
ontsignalé
récem-ment
qu’ils
avaient observé un très faible accroissement du taux de matières grasseslorsque
les vaches laitières étaient alimentées aupâturage.
Enrevanche,
les auteurs s’accordent pour reconnaître que la stimulation est très nettelorsque
les animaux sont en stabulation.Nos résultats montrent donc que l’administration
d’iodoprotéines
ne pro- voque pas nécessairement un accroissement du tauxbutyreux. Toutefois,
laproduction
totale de matières grasses est accrueproportionnellement
àl’aug-
mentation de la
production
laitière.c)
Taux de matières azotéesUn
léger
accroissement du taux d’extraitdégraissé
du lait suitgénérale-
ment l’administration des
protéines
iodées( 15 ) ( 9 ) ( 2 ). Toutefois, JACK
et BECHDEL
( 17 )
n’ont trouvé de différencesignificative,
ni dans le taux d’azotetotal,
ni dans le taux delactalbumine,
ni dans celui de lalactoglobuline
du laitdes animaux soumis à des
injections
dethyroxine,
OWEN( 10 )
a toutefois si-gnalé
un accroisemment du taux de matières azotées. Pour cetteraison,
nousavons étudié les variations du taux de matières azotées totales
(N
X6, 4 )
dulait de chacun des animaux au cours des trois
périodes expérimentales.
Le tableau I montre que ce taux est
légèrement plus
élevépendant
lapériode
II quependant
lapériode
I.Toutefois,
la différence n’est passignifi-
cative.
d)
Taux de carotène et de vitamine A du laitOn sait que la
thyroxine
intervient dans le métabolisme du carotène.Pour cette raison il semblait intéressant d’étudier l’excrétion du carotène et de la vitamine A par le lait.
Cependant,
en accord avec BART!,!!r’r et ses colla- borateurs(r 5 ),
nous n’avons pu mettre en évidence aucune différencesigni-
ficative entre les taux de carotène des laits recueillis
pendant
chacune des troispériodes expérimentales. Toutefois,
les taux de vitamine A ont une tendance à croîtrerégulièrement depuis
lapériode
Ijusqu’à
lapériode
III incluse. Defait,
nous trouvons entre les taux de vitamine A despériodes
III et I une diffé-rence dont la valeur est à la limite de la
signification statistique. Cependant,
les variations individuelles ne
permettent
pas de baser sur le taux de vitamine A du lait un testspécifique
du traitement des animaux par lesprotéines
iodées.e)
Taux de créatinine de l’urineB
I , AIZO T-G U É NO
T
et BI,AIZOT( 1 8)
ontproposé
récemment une méthodede
dosage biologique
de l’activitéthyroxinienne
basée sur la mesure de l’excré- tion urinaire de créatinine du rat.Nous avons
pensé
quel’ingestion
deprotéines
iodéespouvait
exercer uneinfluence sur le taux de créatinine urinaire des animaux traités.
Malheureusement,
il n’est paspossible,
dans les conditions de lapratique agricole,
de recueillir la totalité de l’urine émise par les vaches en 24 heures.Nous avons
simplement
mesuré le taux de créatinine des urines recueillies parsondage
à heure fixe.L’examen
des résultats suivants montrequ’il
n’est paspossible
de choisirce test pour détecter les animaux
ayant ingéré
desprotéines
iodées. Eneffet,
aucune différence
significative
ne se manifestependant
les différentespériodes.
Toutefois,
il estprobable
que la créatininurie totale a été modifiée.f)
Excrétiond’iode
La méthode
classique
de recherche des iodures a étéappliquée
à la saliveet à l’urine. Ces milieux étaient additionnés d’une solution diluée d’acide sul-
furique, puis
d’une solution de nitrite de sodium et de chlorureferrique
enprésence
dequelques gouttes
de chloroforme ou de sulfure de carbone. Les résultats ont éténégatifs
avec la salive. Dansl’urine,
des colorations anormales rendaient souventl’interprétation
très difficile.En
revanche,
la mise en évidence de l’iode dans les fèces a donné des résul- tatssatisfaisants,
et nous proposons cette méthode pour la recherche des ani-maux traités par les
protéines
iodées. Les résultats de deux autres séries d’essaisont été
publiés indépendamment.
Ils montrentqu’il
estpossible
de mettre enévidence l’excrétion fécale d’iode
4 8
et même 24 heures seulementaprès
ledébut du traitement.
La méthode utilisée était une
simplification
de cellequi
a étéproposée
par D. BERTRAND
( 19 ) :
on dessèche au bain-marie 50g de fèces enprésence
de5
g de carbonate de
potassium
pur et de 15 ced’alcool,
dans unecapsule
denickel. On calcine avec
précaution ( 35 o o
aumaximum)
sans remuer.On
reprend
parl’eau,
et lefiltrat, qui
doit êtreclair,
estévaporé
et calcinéà nouveau à
q.oo! ;
les cendres sontreprises
par 10 ce d’eau au maximum et aci-difiées par l’acide
sulfurique
dilué. Onajoute
0,3 ce d’une solution fraîche de nitritede
sodium à 50 / o o
enprésence
de 2 ce de sulfure decarbone, qui prend
une coloration rose très nette,
lorsque
l’animal a reçu desprotéines
iodées.RÉSUMÉ
ET CONCLUSIONSUne
expérience, portant
sur 4 vacheslaitières,
etayant
pour butprinci- pal
d’étudier l’influence de l’administration deprotéines
iodées sur le taux decertains constituants du lait a
permis
de faire les observations suivantes : Dans les conditions d’alimentation aupâturage
des vaches laitières : 1° L’administration de 30 g
d’iodoprotéine
titrant 1%
dethyroxine
oud’une
quantité
différenteprésentant
la même activitéphysiologique, pendant
9
jours,
provoque un accroissement moyen de laproduction
laitièreégal
à20 ,
2
% ;
les variations individuelless’étagent
de i5,2%
à2 8, %. L’accroisse-
ment
maximum,
obtenuaprès
5 à 7jours
detraitement,
varie de2 6,6
à 41,4%
selon les individus et la nature du
produit
administré.2
° Le taux de matières grasses, de matières
azotées,
decarotène,
ne su- bissent aucune variationcaractéristique.
Il semble que le taux de vitamine A croissesystématiquement.
3
°
Le taux de créatinine de l’urine n’est passignificativement
affecté par lesprotéines
iodées.4
° L’excrétion
de l’iode par la salive ou par l’urine nepeut
être commo- dément mise en évidence. Enrevanche,
la recherche de l’iode dans les fècespermet
de détecter aisément les animaux traités par lesprotéines iodées, 4
8
heuresaprès
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