Dictionary / Encyclopedia Article
Reference
Vulnérabilité
SPINI, Dario, BERNARDI, Laura, ORIS, Michel
Abstract
Le concept de vulnérabilité et son application aux politiques sociales.
SPINI, Dario, BERNARDI, Laura, ORIS, Michel. Vulnérabilité. In: Bonvin, J.M., Hugentobler, V., Knöpfel, C., Maeder, P. & Tecklenburg, U. Dictionnaire de politique sociale suisse . Zurich et Genève : Seismo, 2020. p. 564-566
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:145544
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Dictionnaire
de politique
sociale suisse
|ean-Michel Bonvin, Valérie Hugentobler, Carlo Knôpfel, Pascal Maeder
et Ueli Tecklenburg (dir)
to,,l$,$p
Publié avec le soutien des organisations suivantes: Académie suisse des sciences humaines et so- ciales; Association suisse de politique sociale; Domaine du travail social de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale; Fonds de la loterie suisse des cantons d'Argovie, Bâle-Campagne, Bâle-Ville et Soleure; fondation anonyme à Genève; Haute école de travail social de la Haute école spécialisée du nord-ouest de la Suisse; Loterie romande; Pôle de recherche national LIVES/Centre LIVES; Société suisse d'utilité publique; VPS Verlag Personalvorsorge & Sozialversicherung. Nous remercions le Fonds national suisse de la recherche scientifique pour le soutien de cette publication.
Titre de l'édition allemande
l4,iirterbuch der Schweizer
Sozialpolitik
Publié par
Éditions Seismo, Sciences sociales et questions de société SA, Zurich et Genève www.editions-seismo.ch
[email protected] Texte @ les auteur.e.s 2020
ISBN 978-2-8855 I -088-3 (Print) rsBN 978-2-8835 1 -729-5 (PDF) https ://doi.org/1 0.53058/seism o.207 29
Couverture: Vincent Freccia, COBM Communication & Branding, Lausanne
Cet ouwage est couvert par une licence Creative Commons Attribution
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Pas d'Utilisatiôn Commerciale-
Pas de Modification 4.0 International (CC BY-NC-ND 4.0)1990,
le
respect des normes européennes et mondiales occasionnera également plusieurs changements législatifs, dont notamment laloi
sur I'aide aux victimes d'infractions (LAVI) en 1993, qui protège juridiquement les victimes et impose la mise en place de centres de consul- tation dans les cantons. Récemment, le champ des personnes protégées par la loi fédérale s'est également élargi à de nouvelles formes de vio- lences, avecla loi
interdisant les mutilations génitales (2011) et celle interdisant le mariage forcé (2012).Ce
tournant législatif vers
des pratiques considérées comme culturelles est patent dufait
que les violences de genre sont au croise- ment d'une pluralité de rapports de pouvoir.Si la prise en compte des violences envers les femmes
a
indubitablement contribuéà
unemeilleufe
reconnaissancede
formesde
dis- criminations sexuées,et
permisde
qualifier comme politiques des pratiques et des logiques trop longtemps considérées comme privées, les critiques post-coloniales viennent auioûrd'hui remettreen
causela vision
universaliste au cæur du proiet féministe occidental. Non seu-lement, les
revendicationset les
politiques autour de la question des violences participentd'une forme de
naturalisationdes
femmes, comme étant des suiets wlnérables nécessi-tant
davantagede
protection, elles tendentsurtout à
homogénéiserune
grande variété d'expériences féminines, pourtant constituées par diflérents rapports de pouvoir.Marytène Lieber
Références
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Cambridge : Havard University Press.
Gillioz, L., De Puy, I. & Ducret, V. (1997). Domination etviolence envers Ia femme dans Ie couple.Laus- anne: Payot.
Hanmer, f . & Maynard, M. (Eds.) (1987).Women, violence and social control. Basingstoke: Macmil- lan Press.
Vulnérabitité
En Suisse comme dans les autres pays dévelop- pés, la lame de fond de I'individualisation, l'ac- cent mis sur la réalisation de soi et la responsa- bilité personnelle, ont transformé les politiques sociales qui entendent de plus en plus activet renforcer ou restaurer les ressources des vul- nérables pour qu'ils soient aptes à viwe digne- ment de manière autonome. Cette <psycho- logisation du social> a
fait
débat et c'est dans ce cadre que certains auteurs ont violemment dénoncéle
concept de vulnérabilité comme déresponsabilisant le collectif et culpabilisant les vulnérables, renvoyés à leurs déficits. Cette discussion est utile, mais elle reste stérile si les termes n'en sont pas dépassés. Le fait est qu'au cours des 20 dernières années,I'intérêt
des praticien.ne.s comme des académiques pour la vulnérabilité a explosé, reflétant une montée de la demande sociale pour la comprendre et I'atténuer. Pour y répondre, nous posons deux prémisses. D'abord, la vulnérabilité estintrin-
sèque au genre humain puisque nous sommes
tous et toutes
mortel.le.s.La
conscience decette
évidencedewait permettre
d'utiliser lemot
sans stigmatiser des individus ou des groupes.Pour autant, et c'est le
deuxième point, il y a différentes formes (p. ex. pauvreté, maladies chroniques, etc.) et degrés (p. ex. pau- weté, précarité, etc.) de vulnérabilité, qui s'ins- crivent dans les relations des individus à leur environnement social et institutionnel.Sur ces bases, nous prônons une approche originale de
la
vulnérabilité commeun
pro- cessus dynamique et systémique de ressources accumulées et de stress au cours de la vie. La vulnérabilité est ainsi définie comme un pro- cessus de fragilisationet
comme un manque de ressources dans un ou plusieurs domaines devie qui,
dansdes
contextes spécifiques, exposentles individus ou
certains groupesà:
1) des conséquences négatives liées à des sources de stress;2) une incapacité à faire face de manière efficace à ces stress; 3) une réduc-564
tion de I'aptitude à récupérer des effets négatifs des stress ou à saisir de nouvelles opportunités dans un délai de temps donné. Cette vision de la vulnérabilité ouwe ce concept à trois pers- pectives complémentaires
dont la
pertinence pour les politiques sociales est brièvement dis- cutée ci-après.La première considère que la vulnérabilité est multidimensionnelle dans
le
sens où elle est ancrée dans différentes sphères devie
et dansleurs
interactions systémiques: biolo- gique (i.e. le bagage génétique, les handicaps, la fragilité des personnes âgées), psychologique (i.e. adaptabilité apprise, quotient intellectuelou
affectif, dépression, identité), sociale (i.e.capital social, accessibilité d'aides et soutiens,
conflits).
Unetelle
conception multidimen- sionnelle systémique et dlmamique de Iavul-
nérabilité a des implications pratiques sur I'ac- tion des institutions. Elle implique la nécessitéde
l'interdisciplinaritéet de la
coordination entre différent.e.s intervenant.e.spour
com- prendreet
agir sur une vulnérabilité donnée.Une perte d'emploi est ainsi souvent associée à des problèmes de santé, à des origines sociales défavorisées, à leur tour en lien avec une for-
mation insuffisante, voire des
problèmes relationnels.Agir
uniquementsur
une seule sphère risque dès lors de se révéler inefficace ou même parfois contreproductif,. Lienjeu pour les politiques cantonaleset
fédéralesest
dedévelopper une réflexion inter-départements
et
interprofessions. Trop souvent,le
départe- ment des affaires sociales d'un canton travaille de manière indépendante de celui de l'écono- mie ou de la santé. De même, les profession- nel.le.s du social sont insuffisamment intégrés entant
que partenaires à pied d'égalité dans des équipes pluridisciplinaires avec des spécia- listes de Ia santé ou de I'emploi. Pour s'entenir à un
exemple: combiende
personnes vont régulièrement aux urgences hospitalières alors que leurs besoins sont avant tout sociaux ?La seconde perspective affirme que la vulné- rabilité s'ancre à différents niveaux; elle n'est
pas qu'une problématique individuelle. Dans son essence, elle se réfère à la relation de
I'in-
dividu avec son environnement. Les individus vivent dans des groupes (famille, ami'e.s, coi- lègues, etc.) avecqui ils
interagissent et sont liés à des institutions (l'État, I'entreprise, etc.) dans une relation d'imbrication systémique. La vulnérabilité est touiours relative à des normes sociales et institutionnelles. Ainsi, être maladeet non
hypocondriaque, pauvreet non
pro-fiteur
de l'aide sociale, isolé en souffrance et non misanthrope,tout
cela sont des états au sein de processus imbriqués dans des contextes institutionnels et sociaux situés spatialement et temporellement. Dès lors, Ia définition des ayants droit à une prestation en raison d'une vulnérabilité donnée est touiours relative à un cadre légalet
politique. Lorsque les niveauxsont en conflit,
typiquement lorsqueI'indi- vidu
s'estime vulnérableet
que ses proches eVoules institutions lui
récusentce
statut, cette exclusion peut produire une désaffilia- tion, I'une comme I'autre étant des formes de vulnérabilité, inscrites dansce
schéma rela-tionnel.
La problématiquedu
non-recours à des prestations sociales montre bien que leslogiques institutionnelles et
individuellesne
se rencontrent pas touiours, notamment par peur de la stigmatisation liée au statut de bénéficiaire de mesure sociale, par les incohé- rences intemes au système des prestations qui mettent enconflit le
recours aux aides dans une sphère de vie avec la possibilité de bénéfi- cier de soutien dans un autre domaine, ou par des pratiques plus ou moins assumées par les institutions sociales elles-mêmes pourlimiter
l'accès à certains droits.Dans la troisième perspective, la vulnérabi-
lité
d'un individu ou d'un groupe n'est pas un état nécessairement donnéet défini
une fois pour toutes. La vulnérabilité est davantage le résultat dynamique d'un processus qui est sus- ceptible de varier dans le cours de la vie, qui peut êtreinfléchi par
I'action des personnes concernéesetlou par le
cadre institutionnel565
et
socioéconomiquequi leur offrira
(ou non) des opportunités, qui induira plus ou moins de contraintes et de stress alfectant les individus aufil
de leurs trajectoires. Létude des parcours de vie montre que les inégalités entre indivi- dus, qu'elles soient d'ordre biologique, psycho- logique ou social, apparaissent très tôt, parfois dès la conception, et qu'elles ont potentielle- ment des effets à très long terme, lusque tard dans le parcours de vie. Iiépidémiologie a mon- tré par exemple que le poids à la naissance, for- tement corrélé avec le statut social de la mère, a des répercussions fortes sur la santé de I'adulte.De même,
le
niveau d'éducation a des réper- cussions sur les processus de vieillissement au grand âge. Mais malgré la puissance des effets d'origine (stratification sociale, génétique) et la fréquence de I'héritabilité des statuts sociaux,il
ne s'agit pas pour autant de déterminants absolus des parcours de vie qui seraient écrits dèsle
berceau. Des interventionsen
milieu scolaire peuvent ainsi partiellement gommerles
inégalités sociales, mêmesi la
durabi-lité
de leur impact reste à prouver. De même, aider un.e jeune àfinir
une formation lui assu- rera des ressourcesqui vont faire
croître ses chances d'insertion professionnelle. Les indivi- du.e.s eux- et elles-mêmes peuvent également, à travers leurs capacités d'agir, créer ou saisir des opportunités pour contrecarrer les effets négatifs d'un départ pénalisé par des déficits de ressources. Les trajectoires complexes de gains et pertes qui s'observent aufil
du temps, les cas où les désavantages (ou vulnérabilités) ne srac- cumulent pas, où les cercles vicieux sont brisés, documentent le principe de multidirectionna- lité des traiectoires de vie. Lobserver nécessite souvent mettre en place des dispositifs de suivi long qui restent trop rares, ou à défaut d'éva-luer
les effets des investissements sociaux àdifférentes phases de la vie. Par exemple, parmi les chômeur.euse.s qui ont obtenu un travail en passant par un office de l'emploi, combien I'ont gardé 5 ans plus tard? Est-ce que les investis- sements sociaux doivent être faits le plus vite
possible dans
le
pârcours devie
(enfants et leunes) comme le défendent des expert'e.s ou est-ce que certaines interventions sociales, par exemple communautaires, peuvent être béné- fiques à toutes les générations ?En conclusion, la vulnérabilité
défTnie comme une dynamique individuelleet
rela- tionnelle inscrite dans le parcours de vie et la trame historique renvoie à des processus mul- tidimensionnels, multiniveauxet
multidirec- tionnels dont la prise en compte est vitale pour une action sociale efficiente. Llexploration de chacune de cestrois
perspectivesenrichit
de iour en iour de nouvelles recherches et applica- tions dans le domaine des politiques sociales.Leur intégration invite à considérer la vulnéra-
bilité
comme un processus sur lequel on peut agir à dilférents moments du parcours de vie, à différents niveaux et dans différents domaines selon des logiques innovantes.Dario Spini, Laura Bernardi & MicheL Oris
Références
Brodiez-Dolino, A. (2015). La vulnérabilité, nouvelle catégorie de I'action publique. lnformations sociales, l88, l0-18.
Châtel, V. & Roy, S. 6d.) (2008). Pen ser Ia vulnérabi- Iité: visages de Ia fragilisation du social. Québec : Presses de I'Université du Québec.
Spini, D., Bernardi, L. & Oris, M. (2017). Toward a
life course framework for studying vulnerability.
Research in Human Development, 14(l) , 5 -25 .
Xénophobie
Du point de vue étymologique on peut définir
la
xénophobie comme I'aversionde
l'étran- ger.ère, la peur de l'étranger-ère. Dupoint
de vue des sciences sociales, la xénophobie peutêtre
caractérisée commele rejet de
lAutredu fait
de sa condition, réelle ou imaginaire, d'étranger.ère, de personne non-nationale. La non-appartenance de lAutre à la communautés66
politique, justifie ainsi une attitude hostile à
son égard et un traitement inégal par rapport à
la population nationale.
La logique xénophobe veut faire de la diffé- rence national.e/étranger.ère
une
opposition centrale dans la vie d'une société. Il s'agit d'une logique simpliste et réductrice qui présente de nombreuses similitudes avec le racisme. Dans les deux cas, on dénigre certaines catégories de la population: on considère comme normal de les exclure, de les disqualifÏer au nom des différences supposées irréductibles. Une diffé- rence entre le racisme et la xénophobie réside dans les caractéristiques de celles et ceux qui sont désigné.e.s comme des boucs émissaires:immigré.e's et < étranger.ère.s > qui, dans le cas
du racisme, se réfère à une palette plus large de minorités, y compris des personnes <natu- ralisées> ou ayant
la
même nationalité. Une autre différence fondamentale réside dans laIégitimité
sociaie de ces deux phénomènes:alors que les expressions ouvertes de racisme sont condamnées le plus souvent par l'opinion publique
et la
législation,la
xénophobie, du moins dans certaines de ses manifestations, est tolérée, voire accepté par de larges secteurs de la population. Ainsi, par exemple les partiset
mouvementsqui
construisentleur
action autour de l'hostilité à l'égard des étranger'ère's, iouissent d'une largeliberté
d'expression etsont
représentés dansla plupart
des parle- ments européens. Dans certains cas, leurs idées sont reprises, du moins en partie, par d'autres forcesdu
spectrepolitique et
même par lesinstitutions de l'État.
Ce phénomène existe dans tous les États européens et aussi ailleurs.Il
se manifeste à des degrés divers et avec une intensité variable selon les contextes sociohis- toriques et politiques. En Suisse, du fait de sesinstitutions
démocratiques spécifiques (ini-tiative
populaire, référendum), la xénophobie peut connaître des expressions publiques plus manifestes mais cela ne signifie pas qu'elie soit nécessairement plus intense qu'ailleurs.D'un
point
de vue historique, dansle
cas suisse, les tendances xénophobes commencent à s'exprimer de manière plus visible vers lafin
du XIX" siècle. C'est la période de montée des nationalismes et, dans I'espace public, la vio- lence populaire à l'égard des ressortissant.e.s étranger'ère.s se manifeste de manière ouverte, tout comme dans des textes et des discours qui émanent des milieux dirigeants. La Première Guerre mondiale conduit à une centralisation de la politique d'immigration et à une ferme- ture des frontières vis-à-vis dela
population étrangère. Ainsi, en 1917 est créé l'Office cen-tral
de police des étranger.ère.s qui mène son action restrictive dans un contexte d'hostilité croissanteà
l'égard de personnes étrangères< perturbatrices >. Dans ce contexte de méfiance à l'égard de la population étrangère sera élabo- rée
la loi
surle
séiouret
l'établissement des étrangers de 1931 (LSEE). Cetteloi
Iégitime la politique restrictive suivie dans les années pré- cédentes et introduit la notion d'Ûberfremdung comme dimension importante de la politique d'immigration.Il
est notamment stipulé dans I'article 16 de la LSEE que le nombre d'étran- ger.ère.s quela
Suisse peut accueillir dépend des intérêts morauxet
économiques du pays ainsi que du degré d'Ùberfremdung. Ce terme, traduit tour à tour en français comme <(enva- hissement par les étranger.ère.s>>, <altération excessivede l'identité
nationale>, <(emprise étrangère o ou <, surpopulation étrangère > mar- quera I'attitude officielle à l'égard de la popu- lation étrangère tout au long du XX" siècle, tout d'abord dans I'attitude.vis-à-vis des réfugié.e's lors de la Seconde Guerre mondiale, puis pen- dant la longue phase d'expansion économique de I'après-guerre et lors des crises successives.La population étrangère apparaît ainsi comme une menace à la stabilité du pays et au consen- sus national.
Des mouvements xénophobes
vont
utiliser cet espace politique pour lancer leurs propresinitiatives
populairesvisant à limiter ou
àréduire la population étrangère. C'est ainsi que
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