Un classement people
L
e 10 mai 2012, quatre jours après l’élection présidentielle, HEC s’est offert dans un univers où la compétition est vive, sans débourser un sou, une formidable opération de communication. Sans être impliqué en quoi que ce soit dans cette promotion, l’établissement de Jouy-en-Josas est apparu à la« Une » du Monde avec les photos de plusieurs de ses anciens élèves parvenus au faîte du pouvoir dans les domaines politique et économique, à commencer par le nouveau Président de la République, qui avait jusque là caché plus ou moins (doxa socia- liste contre l’argent oblige) son passage dans l’école de com- merce. On reste un peu perplexe quant au titre qui donnait le ton à l’article : « HEC, l’école qui triomphe jusqu’à l’Élysée ». Non seulement le commercial prend le pas sur les écoles d’ingénieurs et de sciences politiques, mais il devient domaine de stars.
Pourquoi la montée en puissance des HEC au sein des élites ? Deux réponses sont données. La société française manifesterait une demande toujours croissante d’économistes à laquelle répon- drait, mieux que tout autre, l’enseignement supérieur commer- cial. Cette analyse n’est pas complètement convaincante, car cela fait longtemps que l’université et les écoles d’ingénieurs forment des gestionnaires et des responsables d’entreprise.
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La seconde réponse a trait à une évolution de fond de la société française : le dévelop- pement du tertiaire, aux dépens du secteur industriel. Les anciens élèves d’HEC seraient, selon eux, plus aptes que les ingé- nieurs à mouvoir et à faire bouger les ser- vices. Leur présence au niveau de responsa- bilité dans les banques et les médias en serait la preuve. Encore faudrait-il souli- gner qu’ils montent d’autant plus haut qu’ils sortent également de l’ENA. Il s’agit plutôt de confirmation que de révélation.
Du point de vue journalistique, il n’y a non plus rien de nouveau. Cela fait des années que des magazines français, suivant l’exemple du Financial Times, ou le repre- nant, publient un classement annuel des business schools ou des écoles de commerce françaises. Selon les termes consacrés, nous avons affaire à des « marronniers », articles ou rubriques qui refleurissent chaque année parce qu’ils font vendre. Tous les ans, on retrouve ainsi des couvertures dédiées à
l’enseignement de gestion comme on nous en présente sur la franc-maçonnerie et sur d’autres sujets tout aussi alléchants. Les classement établis, à partir de critères d’éva- luation, sont censés aider les parents et les élèves à s’orienter et à choisir les établisse- ments qui leurs conviennent le mieux.
Ce qu’il y a de nouveau dans l’article du Monde, c’est qu’il ne se contente pas de pré- senter des données numérisées qui évoluent d’ailleurs peu d’une année à l’autre ; il nous offre les portraits de personnalités issues d’HEC. Il permet ainsi de dépasser les colonnes de chiffres pour faire jouer les méca- nismes d’identification. On quitte ainsi l’uni- vers quantitatif pour atteindre – le Who’s Who aidant – le qualitatif et ses projections indivi- duelles. Drôle de progrès pour un univers – l’obsession du classement – qui promeut avant tout la mesure et l’évaluation soi-disant rigoureuse. Autre paradoxe : le pouvoir qui est en train de vouloir changer son rapport à l’ar- gent est, lui-même, l’enfant du management.
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7 Éditorial – Jean-Marie Doublet 11 Ont contribué à ce numéro
15 Les 3 P d’une Project-Based View. Projet, pérennité, profit Jean-Pierre Bréchet
Une critique de l’article de Jean-Pierre Bréchet.
Les trois illusions de la Project-Based View par Frédéric Fréry
Réponse à la critique.
La PBV, un effort de théorisation de l'entreprise dans le débat scientifique par Jean-Pierre Bréchet
49 Achat prédéterminé versusnon déterminé. Quel impact sur le processus de décision lors de l’achat ?
Chantal Connan Ghesquiere
65 La confinace, levier de l'engagement dans les PME en forte croissance Caroline Champagne de Labriolle, Isabelle Prim-Allaz, Martine Séville, Elsa Belliato
Dossier – Entreprise et vie privée
Sous la direction de Régis Dumoulin et Caroline Lancelot Miltgen
87 Entreprise et vie privée. Le « privacy paradox » et comment le dépasser Bernard Pras
95 Entreprise et respect de la vie privée du consommateur.
De l’usage autorisé à l’utilisation souhaitable des données personnelles Régis Dumoulin, Caroline Lancelot Miltgen
111 Modèle d’affaires numériques, données personnelles et sites web.
Une évaluation empirique
Grazia Cecere, Fabrice Rochelandet
numéro 224 mai 2012
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125 Les médias sociaux dans les stratégies de recrutement.
Quelle compatibilité avec la vie privée ? Laïla Benraïss-Noailles, Catherine Viot
139 Web 2.0 et outils de coordination décentralisée.
Un entrelacement des sphères privées et professionnelles Samy Guesmi, Alain Rallet
153 Le respect de la vie privée des salariés.
Quels enjeux pour les entreprises et les organisations syndicales ? Dominique Peyrat-Guillard
173 Summary
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Elsa BELLIATO est attachée temporaire d’enseignement et de recherche en sciences de gestion à l’Université de Lyon – Faculté de sciences économiques et de gestion (Lyon 2) et au laboratoire COACTIS (EA 4161). Elle prépare actuellement une thèse sur la formation de l’intention stratégique dans les PME en hypercroissance.
Laïla BENRAÏSS-NOAILLES, docteur ès sciences de gestion, est maître de confé- rences à l’IAE de Bordeaux où elle codirige le master 2 « Management des ressources humaines ». Elle est membre de l’équipe de recherche en marketing de l’IRGO (Institut de recherche en gestion des organisations) de l’université de Bordeaux. Ses domaines de recherche concernent les attitudes et comportements au travail, le marketing RH et l’audit social. Elle est l’auteur d’un ouvrage sur les techniques décisionnelles en gestion des ressources humaines (édi- tions Foucher) et d’un ouvrage sur la construction et la validation des échelles de mesure de satisfaction à l’égard de la rému- nération, satisfaction au travail et équité salariale (éditions EUE)
Jean-Pierre BRÉCHETest professeur à l’université de Nantes (IEMN-IAE). Au carrefour de l’économie, de la sociologie et du management, ses recherches portent sur les théories de l’entreprise. Depuis plu- sieurs années, les travaux menés, indivi- duellement et collectivement, visent à déve- lopper une théorie de l’entreprise fondée sur le projet. Cette perspective conduit à
aborder sur des bases renouvelées les ques- tions de politique générale d’entreprise et de gouvernance. C’est aussi une lecture régulationniste de l’action collective et des marchés qui est proposée.
Grazia CECEREest maître de conférences en économie à Telecom École de manage- ment, Institut mines télécom, et chercheur associé au laboratoire ADIS de l’université Paris-Sud. Elle est docteure en sciences éco- nomiques des universités Paris-Sud et de Turin en Italie. Ses travaux de recherche por- tent sur l’économie numérique et des télé- communications, ainsi que les éco-TIC.
Caroline CHAMPAGNE De LABRIOLLE est maître de conférences en sciences éco- nomiques à l’université de Lyon et enseigne à l’IUT GEA de Lyon 1. Elle dirige le mas- ter 2 « Gestion et management des PME et ETI internationales » en alternance. Ses recherches portent sur des domaines de l’économie industrielle (barrières à l’entrée, réseaux et territoire) et sur les stratégies de croissance des PME.
Chantal CONNAN GHESQUIERE est maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Lorraine. Elle est membre du laboratoire HuManiS (EA 1347) de l’EM Strasbourg Business School.
Ses recherches portent sur les comporte- ments du consommateur en grande distribu- tion. Elle s’est plus particulièrement inté- ressée aux ruptures de stock et aux attentes des consommateurs en termes d’assorti-
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ment. Elle s’oriente actuellement vers l’em- powermentet le travail du consommateur.
Régis DUMOULIN est professeur des universités à la faculté de droit, économie et gestion de l’université d’Angers. Il est directeur-adjoint du GRANEM (Groupe de recherche angevin en économie et manage- ment – UMR MA 49). Ses travaux ont trait à l’impact des technologies – notamment numériques – sur l’innovation dans les métiers traditionnels.
Frédéric FRÉRY est professeur à ESCP Europe où il est titulaire de la chaire KPMG
« Stratégie des risques et performances » et directeur académique du European Executive MBA. Il est également professeur à l’École centrale Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles, dont Stratégique(9eédi- tion, Pearson, 2011), le manuel de stratégie le plus utilisé dans le monde francophone. Ses recherches portent sur l’innovation straté- gique et sur les réseaux d’entreprises.
Samy GUESMIest doctorant en sciences de gestion sous la codirection de Sandra Charreire Petit et d’Alain Rallet. Ses recherches portent sur l’adoption et l’appro priation des outils du web 2.0 dans les entreprises. Il est ATER à l’université Paris Sud 11.
Caroline LANCELOT MILTGEN est maître de conférences en sciences de ges- tion (marketing) à l’université d’Angers et membre du laboratoire de recherche GRA- NEM (Groupement de recherche angevin en économie et management). Elle est lau- réate 2007 du prix de thèse FNEGE-AFM et a obtenu la mention spéciale du Prix de
thèse « Informatique et Liberté » décerné en 2010 par la Cnil pour sa thèse sur les réactions des consommateurs face à la col- lecte de données personnelles. Elle a été responsable scientifique de deux contrats de recherche pour la Commission euro- péenne sur « vie privée et systèmes d’iden- tification électronique » (2007) et « vie privée et management de données person- nelles » (2009). Ses travaux ont été publiés dans des revues académiques françaises et internationales et dans des ouvrages collec tifs en marketing et/ou systèmes d’informa tion.
Dominique PEYRAT-GUILLARD est maître de conférences HDR en sciences de gestion à la Faculté de droit, d’économie et gestion d’Angers. Elle est membre du GRA- NEM (Groupe de recherche angevin en éco- nomie et management, UMR-MA 49). Ses domaines de recherche concernent le com- portement organisationnel et la gestion des ressources humaines (l’implication au tra- vail, les déterminants psychologiques de la performance au travail, le discours syndical, etc.). Elle a coordonné, en collaboration, un ouvrage sur l’analyse statistique de données textuelles en sciences de gestion. Ses tra- vaux de recherche ont fait l’objet notam- ment de communications aux congrès de l’AGRH, de l’AOM et aux Journées inter- nationales d’analyse statistique des données textuelles. Ils ont été publiés dans des revues académiques et des ouvrages collectifs.
Bernard PRASest professeur émérite à l’Université Paris Dauphine et professeur à l’Essec. Ses travaux portent principalement sur le comportement du consommateur, le marketing stratégique et international.
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Isabelle PRIM-ALLAZ est agrégée d’économie et de gestion et maître de confé- rences à l’université de Lyon – faculté de sciences économiques et de gestion (Lyon 2) et laboratoire COACTIS (EA 4161). Auteure d’une thèse sur les ruptures de relations com- merciales entre organisations, elle poursuit aujourd’hui des recherches autour de trois thématiques : le marketing relationnel, le marketing dans l’entreprise en hypercrois- sance et le marketing touristique.
Alain RALLETest professeur de sciences économiques à l’université Paris Sud 11.
Directeur du laboratoire d’économie l’ADIS, il codirige le master IREN en économie et management de l’économie numérique et des industries de réseaux. Ses recherches portent sur l’economie numerique. Il assure des cours en economie territoriale, economie de l’information et des connaissances et econo- mie numerique.
Fabrice ROCHELANDET est maître de conférences habilité à diriger des recherches en économie. Membre du laboratoire ADIS à l’université Paris-Sud, il coordonne et par- ticipe à plusieurs programmes de recherche ANR. Ses travaux portent sur l’économie numérique (usages des TIC, modèles écono- miques, régulations). Il a publié en 2010 un ouvrage sur l’Économie des données per-
sonnelles et de la vie privéeaux (éditions La Découverte).
Martine SÉVILLE, ancienne élève de l’Éco le normale supérieure de Cachan, est professeur de sciences de gestion à l’univer- sité Lumière Lyon 2 et membre du labora- toire de recherche COACTIS (EA 4161) de l’université de Lyon. Ses recherches portent sur le rôle des équipes de direction dans le développement des entreprises. Elle étudie plus particulièrement les habitudes des diri- geants et des équipes de direction, ainsi que les styles de management.
Catherine VIOT, docteur es sciences de gestion, est maître de conférences HDR. à l’IAE de Bordeaux où elle codirige le mas- ter 2 de marketing. Elle est membre de l’équipe de recherche en marketing de l’IRGO (Institut de recherche en gestion des organisations) de l’université de Bordeaux.
Ses domaines de recherche concernent le marketing web 2.0, le management straté- gique de la marque et le marketing du vin.
Elle a publié plusieurs articles dans les revues Décisions Marketing, Journal of Pro- duct and Brand Management, International Journal of Wine Business Research… Elle est l’auteur d’un mémento de marketing et d’un ouvrage spécialisé sur le e-Marketing à l’heure du web 2.0 (aux éditions Gualino).
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