E´DITORIAL
Des communications pleines d’espoir
J. Roue¨sse´1, M. Spielmann2
1Fe´de´ration franc¸aise des oncologues me´dicaux, 79, rue de Tocqueville, F-75017 Paris, France
2Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, F-94805 Villejuif, France
Cette anne´e encore, les foules charge´es de traiter le cancer se sont presse´es a` Chicago. Il ne faudrait pas que, sature´es d’information, elles se retrouvent, tel le chien Sphe´roı¨de du savant Cosinus aveugle´ par le bonnet nuit de son maıˆtre, « de´soriente´es, e´prouvant un amer de´couragement conse´cutif a` un morne de´sespoir ».
L’aveuglement pourrait re´sulter d’un de´ferlement d’informations rassemble´es dans des dizaines de milliers d’abstracts publie´s par des e´quipes, dans leur grande majorite´, se´rieuses et souvent tre`s se´rieuses. Le nez dans cet immense guidon, le de´couragement des auditeurs pourrait survenir apre`s l’effort athle´tique impose´ par la notion du devoir accompli qui leur dicte d’e´couter ou de voir tout ce qui est pertinent dans leurs domaines d’inte´reˆt. Il serait faˆcheux qu’un morne de´sespoir les gagne au vu des re´sultats publie´s, car on sent que nombre d’e´quipes ont fait leur la ce´le`bre formule de Guillaume d’Orange : « point n’est besoin d’espe´rer pour entreprendre, ni de re´ussir pour perse´ve´rer ».
Nos athle´tiques « reporters » proposent dans ce « Spe´cial ASCO » des re´sume´s, sinon exhaustifs (a` l’impossible nul n’est tenu) du moins fort clairs et synthe´tiques, des principales informations diffuse´es dans cette re´union sans ve´ritables scoops. Le relatif l’emporte sur l’absolu : beaucoup dep, tre`s significatifs, pour des gains de survie compte´s en mois et meˆme en semaines ; des pourcentages impressionnants pour une re´duction d’e´le´ments favorables portant sur quelques dizaines d’e´ve´nements concernant un ou plusieurs milliers de malades.
A` ces critiques, somme toute faciles, on peut certes re´pondre que la moindre espe´rance de vie gagne´e est de´ja` un « plus » pour nos patients. Surtout, certaines communications sont pleines d’espoir. Est-il besoin d’insister sur l’inte´reˆt de travaux concernant la pre´dictivite´ de la sensibilite´ a` la chimiothe´rapie, a` l’instar de ceux qui soulignent l’importance des alte´rations de la voie de signalisation d’EGFR dans la re´ponse a` la chimiothe´rapie des cancers bronchiques non a` petites cellules ? Et que dire des the´rapies cible´es, dont les gains minimes mais notables, e´tayent la cre´dibilite´ ? Et comment ne pas parler des donne´es concernant les cancers colorectaux en fonction du statut KRas, qui, meˆme apparemment modestes, sont pleines de promesses ?
La perse´ve´rance me`ne donc a` la pre´cision de la cible et la pre´cision a` des essais de plus en plus pertinents et productifs. Si l’on avait voulu tester l’imatinib dans tous les sarcomes, il aurait fallu un nombre conside´rable de malades pour obtenir un faible re´sultat positif. Peu de malades, bien cible´es, ont suffi pour mettre en e´vidence une formidable efficacite´ dans les GIST. C’est cet avenir qui se pre´pare lentement mais, il est raisonnable de le penser, suˆrement. Quand s’accomplira-t-il ? Il est impossible de le dire, car c’est sans doute pans par pans, a` une vitesse variable, que l’on verra s’effondrer cette forteresse qu’est le cancer.
Actualite´s de l’ASCO 2008
Oncologie (2008) 10: 459
©Springer 2008
DOI 10.1007/s10269-008-0943-y
E0 DITORIAL/EDITORIAL 459
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