DEVOIRS DE VACANCES ÉTÉ 2022
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ndevers 1
èreFrançais
I‐ Lisez intégralement les deux œuvres proposées puis faites les deux travaux d’écriture qui correspondent à chacune d’elles.
Auteur Œuvre Dissertation Commentaire
Pierre de
Marivaux
La Colonie Qu’est‐ce qui fait d’Arthénice une bonne cheffe, dans l’œuvre de Marivaux ?
Répondez à cette question dans un développement argumenté.
Vous ne présenterez que le plan détaillé de ce travail, au propre.
Vous ferez le commentaire entier de l’extrait 1.
Marcel Pagnol Le Livre de ma mère (1957).
Trouvez‐vous le personnage de Lili admirable ? Répondez à cette question en vous basant sur l’œuvre de Marcel Pagnol.
Vous rédigerez une dissertation complète.
Vous ferez le plan détaillé du commentaire en deux axes de l’extrait 2.
NB :
‐ Les deux œuvres proposées sont téléchargeables sur Internet.
Bonnes vacances !
EXTRAIT 1 : Pierre de Marivaux, La Colonie (1750).
SCÈNE XI.
Lina, un moment seule ; Persinet.
LINA.
Quel train ! Quel désordre ! Quand me mariera‐t‐on à cette heure ? Je n'en sais plus rien.
PERSINET.
Eh bien, Lina, ma chère Lina, contez‐moi mon désastre, d'où vient que Madame Sorbin me chasse ? J'en suis encore tout tremblant, je n'en puis plus, je me meurs.
LINA.
Hélas ! Ce cher petit homme, si je pouvais lui parler dans son affliction.
PERSINET.
Eh bien ! Vous le pouvez, je ne suis pas ailleurs.
LINA.
Mais on me l'a défendu, on ne veut pas seulement que je le regarde, et je suis sûre qu'on m'épie.
PERSINET.
Quoi ! Me retrancher vos yeux ? LINA.
Il est vrai qu'il peut me parler lui, on ne m'a pas ordonné de l'en empêcher.
PERSINET.
Lina, ma Lina, pourquoi me mettez‐vous à une lieue d'ici ? Si vous n'avez pas compassion de moi, je n'ai pas longtemps à vivre, il me faut même actuellement un coup d'œil pour me soutenir.
LINA.
Si pourtant, dans l'occurrence, il n'y avait qu'un regard qui pût sauver mon Persinet, oh, ma mère aurait beau dire, je ne le laisserais pas mourir.
Elle le regarde.
PERSINET.
Ah ! Le bon remède, je sens qu'il me rend la vie ; répétez, m'amour, encore un tour de prunelle pour me remettre tout à fait.
LINA.
Et s'il ne suffisait pas d'un regard, je lui en donnerais deux, trois, tant qu'il faudrait.
Elle le regarde.
PERSINET.
Ah ! Me voilà un peu revenu, dites‐moi le reste à présent, mais parlez‐moi de plus près, et non pas en mon absence.
LINA.
Persinet ne sait pas que nous sommes révoltées.
PERSINET.
Révoltées contre moi ? LINA.
Et que ce sont les affaires d'État qui nous sont contraires.
PERSINET.
Eh ! De quoi se mêlent‐elles ? LINA.
Et que les femmes ont résolu de gouverner le monde et de faire des lois.
PERSINET.
Est‐ce moi qui les en empêche ? LINA.
Il ne sait pas qu'il va tout à l'heure nous être enjoint de rompre avec les hommes.
PERSINET.
Mais non pas avec les garçons ? LINA.
Qu'il sera enjoint d'être laides et mal faites avec eux, de peur qu'ils n'aient du plaisir à nous voir, et le tout par le moyen d'un placard au son de la trompe.
PERSINET.
Et moi je défie toutes les trompes et tous les placards du monde de vous empêcher d'être jolie.
LINA.
De sorte que je n'aurai plus ni mules, ni corset, que ma coiffure ira de travers et que je serai peut‐être habillée d'un sac ; voyez à quoi je ressemblerai.
EXTRAIT 2 : Marcel PAGNOL, Le Château de ma mère (1957).
Cet argument me persuada moi‐même et confirma irrévocablement ma décision mais Lili, après réflexion, déclara :
« J'aimerais bien, moi, que tu restes. Mais dans la colline, où c'est que tu vas chercher ta vie ?
‐ Premièrement, je vais emporter des provisions. À la maison, il y a du chocolat, et une boîte entière de galettes. Et puis, je crois bien que tu as entendu parler d'un ermite, qui est resté plus de vingt ans dans la baume de Passe‐Temps. Eh bien, je ferai comme lui : je chercherai des asperges, des escargots, des champignons, et je planterai des pois chiches !
‐ Tu ne sais pas les faire cuire.
‐ J'apprendrai. Et puis j'irai à La Pondrane, et je chiperai les prunes de Roumieu : il ne va jamais les cueillir...
Je ferai sécher des figues, des amandes, des sorbes, je ramasserai des mûres, des prunelles... » Il n'avait pas l'air très convaincu, et je m'énervai un peu :
« On voit bien que tu ne lis jamais rien ! Tandis que moi, j'ai lu des vingtaines de livres ! Et je peux te dire qu'il y a beaucoup de gens qui se débrouillent très bien dans les forêts vierges... Et pourtant, c'est plein d'araignées venimeuses qui ne tiendraient pas dans une soupière, et qui te sautent à la figure, et des serpents boas qui pendent des arbres, et des vampires qui te sucent le sang pendant que tu dors, et des Indiens féroces qui te cherchent pour te rapetisser la tête. Tandis qu'ici, il n'y a pas d'Indiens, pas de bêtes sauvages... »
J'hésitai un peu, puis je dis :
« À part les sangliers, peut‐être ?
‐ Non, dit Lili. Pas en hiver.
‐ Pourquoi ?
‐ C'est la soif qui les fait venir. En hiver, ils ont de l'eau, alors ils restent dans la montagne, du côté de Sainte‐Victoire... »
C'était une grande et rassurante nouvelle, car les boyaux dévidés du pauvre manchot s'allongeaient quelquefois sur les sentiers de mon sommeil.
« Ce qui va être dur, dit Lili, ce sera pour dormir la nuit ».
‐ Je me ferai un lit de baouco, par terre, dans un coin de la grotte. C'est aussi bien qu'un matelas... Et puis, je t'apprendrai qu'on s'habitue à tout. Toi, naturellement, tu ne connais pas Robinson Crusoé, mais moi, je le connais très bien... C'était un marin. Il savait nager comme un poisson, mais il ne savait pas courir du tout, parce que, sur les bateaux, il n'y a pas de place... Eh bien, quand il a fait naufrage dans une île, au bout de trois mois, il courait si vite qu'il attrapait des chèvres sauvages !
‐ Ho ho ! dit Lili avec force, ce type‐là, je ne le connais pas, mais les chèvres, je les connais ! Si c'est lui qui a raconté ça, tu peux être sûr que c'est un beau menteur.