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HAL Id: jpa-00242104

https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00242104

Submitted on 1 Jan 1904

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Les Radiations

Ch.-Ed. Guillaume

To cite this version:

Ch.-Ed. Guillaume. Les Radiations. Radium (Paris), 1904, 1 (10), pp.97-99. �10.1051/ra-

dium:0190400101009700�. �jpa-00242104�

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Les Radiations

N° 4 15 octobre 1904.

1

Le développement historique de la notion

de radiation.

a accident heureux de la nature, notre organe

U visuel - l’une des six portes de la connaissance,

suivant la belle expression de l’un de nos maitres

-

enseigna aux hommes l’existence de la lumière. Sa

propagation rectiligne dans un milieu homogène, les

lois de sa réflexion et l’existence de sa réfraction étaient connues des anciens peuples. La renaissance des sciences fit découvrir les lois de sa réfraction ;

Newton décomposa un faisceau de lumière solaire, en

ses éléments et le reconstitua en lumière blanche,

montrant ainsi que la lumière est généralement com- plexe et constituée par un mélange que l’on peut dis- séquer. Römer donna une valeur approchée de sa

vitesse de propagation. Lambert découvrit la loi de

fémission dans les directions obliques. Tcl est, mal- gré le prodigieux effort de divination de Christian

Huygens, à peu près tout ce que les siècles passés

ont légué de bien certain concernant la lumière au xixe siècle naissant. Mais, en même temps, ils lui

ont transmis les éléments d’une discussion ébauchée

nn siècle plus tôt, et d’où le génie de Fresnel a dé- gagé la théorie qui a fait la subite clarté dans les

phénomènes les plus eomplexes de l’optique.

Dans les années qui marquent le passage d’un siècle à l’autre, se place une découverte qui doit singulière-

ment élargir les idées sur la nature de la lumière. On savait depuis longtemps qu’une lumière intense est

accompagnée d’un dégagement de chaleur dans les corps qui l’absorbent. On constata, en étalant la lullièrc en un spectre, non seulement que la chaleur

rayonnée est sensible dans les portions lumineuses de

l’écran, mais que, dans certains cas, tc maximum de chaleur existe en dehors de la partie lumineuse, du

coté du l’onze.

Pour les premiers observateurs du phénomène,

lt’lui-ci était complexe; une émission de chaleur

accompagnait une émission de lumière, mais était distincte de celle-ci, ct constituait une action parasite

d’une autre nature’.

On disserta beaucoup sur les rapports possibles du

ces deux actions : on en donna même une théorie llla-

thématique. en partant de certaines hypothèses. Et, après les travaux de Fresnel, le grand géomètre Cau- chy rechercha par le calcul des propriété Ele cette

chaleur rayonnée dalb le spectre, en appuyant ses

équations sur une hypothèse qui lui paraissait évidente.

« Puisque, dit-il, les vibrations transversales de l’éther

représentent la lumière, il ne reste, pour représenter

la chaleur que les vibrations longitudinales. » Les géomètres ont parfois de singulières évidences.

Ajoutons, pour n’y plus revenir, que les vibrations

longitudinales de l’éther ont été invoquées. dans le

cours du dernier siècle, presque ;1 t’occasion de tout

phénomène de l’optique dont l’explication paraissait

difficile dans les théories ordinaires; les rayons catho-

diques, les rayons X et bien d’autres leur ont été tour à tour attribués en attendant qu’on en eût établi une

théorie plus satisfaisante. Pour le moment, elles sont

sans emploi, et prêtes à servir au premier phénomène

d’une explication difficile.

En 1838, la découverte de la photographie élargit

encore notre connaissance de la lumière. A ses effets

déjà connus, vint s’ajouter une action chimique, par-

ticulière, il est vrai, et dont l’extension ne fut recon- nue que plus tard. Comme pour la chaleur accompa- gnant la lumière, on constata que cette action dépasse

le spectre, mais cette fois de 1 autre côté, au delà du violet, alors qu’elle est extrêmement faible lorsqu on s’approche du rouge. Au spectre lun1ineux et au spee- tre calorifique déjà connus s’ajouta alors un spectre chimique, que les physiciens n’hésitèrent pas à consi- dérer comme distinct des deux autres, et cette sépa-

ration du rayonnement solaire en trois entités de nature distincte persista jusqu’à une époque récente.

On ne chercha pas, toutefois, à expliquer le spectre photographique par des vibrations d’une direction

encore inutilisée ; il aurait fallu admettre des vibrations

obliques ; on se borna a marquer la différence de nature des radiations observées, en quoi les physiciens firent

preuve d’une louable sagesse.

Cependant, dès l’année 1833, Ampère s’était

demandé si réellement les deux rayonnements déjà

connus alors sont de natures différentes; il avait très

judicieusement insisté sur le l’ail que tes différences

peuvent exister dans le récepteur seul et non point

dans la cause des effets constatés. Mais l’indication

qu’il donna devencait tellement son époque qu’elle passa complètement inaperçue. t)te lois de plus, tes physiciens s’étaient laisse prendre aux apparences, comme, bien des siècles auparavant, il avaient envi-

sagé séparément les vibrations lentes des lames flexi- bles et les vibrations rapides des cordes sonores; l’0153il teur révélait les premières, l’oreille les secondes, et cela constituait pour eHB une différence fondamen-

tale. Qui sait si nous ne sommes pas, aujourd’hui en-

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/radium:0190400101009700

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core, les jouets inconscients de semblables illusions ?

Cependant la recherche expérimentale, poussée avec

minutie et système enserra bientot 1 esprit des savants

dans un cercle de possibilités si restreint qu ils ne purent plus échapper à une conclusion qui nous parait aujourd’hui évidente. La découverte des raies obscures dans le spectre solaire, dont Fraunhofcr donna pour la première fois une image détaillée, mais dont quelques-unes étaient connues bien avant lui, créait des jalons précis donnant aux recherches un caractère vraiment métrologique, et non plus ce caractère vague

d’appréciation des intensité3 par des récepteurs divers.

Alors, au lieu de constater des divergences dans les

effets observés le long du spectre, on reconnut une identité rcmarquable : les raies obscures étaient des raies froides, elles étaient aussi des raies inactiniqucs.

Il résultait de cette coïncidence l’évidence d’une

parenté entre les trois faisceaux considérés jusque-là

comme distincts ; leurs lacunes étant les mêmes, on

échappait diflicilement à la notion de leur identité. Les

expériences de réfraction, de réflexion, de dispersion,

de polarisation montrèrent que toujours, et dans

toutes leurs manifestations, les trois effets se suivent

et se superposent dans toute la région du spectre où.

la sensibilité des instruments employés permet d’en

rcconnaitre la présence silnultanée ; ainsi, la croyance à l’identité se transforma peu u peu en une convic- tion profonde. Il n’y a, en fait, qu’une espèce de radiations ; les récepteurs seuls yarient et font croire à une divergence de propriétés sans réalité aucune.

Passons quelques intermédiaires, et nous caracté-

riserons entièrement une radiation par ses paramètres

naturels : la fréquence de la vibration à laquelle elle correspond, son intensité (ou son amplitude si nous adoptons une analogie mécanique), son état de pola-

risation. En dehors de ces trois paramètrcs, les radia-

tions ne possèdent aucune propriété qui permette de

les distinguer et qui ne soit déjà suffisamment com-

prise dans ces qualités fondamentales.

En général, dans toutes les directions perpendicu-

laires au ravon lumineux, c’est-à-dire dans tous les

sens de la surface de l’onde, la radiation est douéc des

mêmes qualités ; au contraire, dans certains cas par- ticuliers, et soit en raison de propriétés particulières

de la source de la radiation, soit en raison des actions subies en cours de route et qui l’ont organisée, la

vibration est plus ou moins concentrée autour d’un

plan déterminé. La radialion est alors polarisée.

Lorsque les directions sont indifférentes, on pourrait,

par une analogie évidente aBl’C l’organisation de la matière, dire que la radiation est amorphe.

En parlant de la fréquence des vibrations, nous les

avons supposées périodiques : pendant longtemps, on n’a

pas connu de radiations échappant a cette condition.

Des radiations récemment découBertes ont trouvé leur

explication dans le défaut de périodicité, c’est-à-dire

dans le f’ait qu’ellcs existent à l’état de trains d’ondes isolés sans période caractérisée.

Les radiations dont nous nous sommes occupés jus- qu’ici ont même origine ; elles sont émises par les corps qui nous environnent, et sont d’autant plus

abondantes que la température de ces derniers est plus élevée. Mais elles n’existent pas seules. Dans la forlnule analytique condensant la loi des actions élcc-

trodynamiques de W. Weber, l’un des termes contient

un coefficient de la nature d’une vitesse, et la valeur numérique de cette vitesse fut trouvée, par Kohlrausch

et Webcr, de l’ordre de grandeur de celle de la

lumière. Cette indication eût pu mettre Weber sur la voile d’une gigantesque synthèse, s’il n’avait pas envi-

sagé comme certaines les actions à distance sans inter- vention d’un milieu ambiant. :Maxwell, développant

les idées de Faraday, devait jeter un regard plus pro- fond sur la réalité des choses. La théorie qu’il donna

des phénomènes de l’électromagnétisme le conduisirent à définir une certaine grandeur, de la nature d’une vitesse, et identique, en somme, au coefficient de la formule de Weber 2013 rapport des unités électro-ll1a-

gnétique et électro-statique de quantité d’électricité.

-

Cette constante étant, aux erreurs d’expérience près, égale â la vitesse de la lumière, llaxwell admit provi-

soirement cette identité ; et, comme la valeur dont il

s’agit représente, dans les idées du grand physicien, la

vitesse de propagation des actions électro-dynamiques,

Maxwell admit que ces actions se répandent dans l’es-

pace avec la vitesse de la lumière.

Le développement ultérieur de ces vues si hardies

est classique, bien que datant à peine d’une quin-

zaine d’années. Les oscillations rapides des charges électriques, produitcs dans les conducteurs avec une

très grande rapidité par Hertz, permirent de réaliscr des efl’ets d’induction oscillatoire de période relative-

ment courte au voisinage des conducteurs où se pro-

pageaient les décharges; ces ondes d’induction qui

traversent l’espace devinrent dès lors maniables, et on put démontrer directcmcnt (Blondlot, Trowbridge) qu’elles se propagent avec la vitesse de la lumièrc. Ce n’était donc plus sur une vue profonde de l’esprit que

se fondait l’idée de la similitude de nature entre les ondes lumineuses et les ondes d’induction électrique,

mais bien sur une colnparaison directe de leur pro-

priété fondamentale. D’ailleurs tous les autres phéno-

mènes élémenlaires que présentent les ondes élec-

triques : réfraction, réflexion, polarisation, double réfraction, furent rapidement identifiés avec ceux que l’on avait depuis longtemps étudiés pour la lumière,

et il n’est pas de physicien qui doute aujourd’hui de

l’intime parenté qui existe entre les radiations éi»a-

nées des corps incandescents, et celles qui sont

envoyées dans l’espace par l’oscillation rapide des

charges électriques. Entre ces nouyelles radiations et

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celles que 1 on connaissait autrefois, il n’existe qu une

différence de degré ; celles-ci sont rapides, car leur fréqucncc se compte par trillions ou quatrillions dans

une seconde, les autres sont lentes, et ne se succè- dent, dans une seconde, qu’au nombre de millions ou

de milliards au plus.

C’est pour cette raison, et pour cette raison seule, que les apparences des instruments asservissant ces

diverses vibrations sont très différentes. Tandis qu’un

miroir destiné a réfléchir la lumière doit avoir une

surface très unie, un miroir pour les ondes électriques peut possédcr une structure grossière; si des points

voisins présentent entre eux des différences de niveau de l’ordre du millimètre ou même du centimètre, le

miroir n’en est pas mous bon. En revanche, ses dimensions doivent être grandes, sous peine de ne produire que des phénomènes extrêmement diffus. La structure très fine d’un cristal est nécessaire pour

produire la double réfraction de la lumière; celle des ondes électriques est obtenue au travers d’un tronc de bois, d’une pile de papiers, ou de tout milieu pré-

sentant une symétrie plane du même ordre de grandeur.

Par ces expériences, par les réflexions qu’elles ont suggérées ou qui les avaient provoquées, un pas im-

mcnsc a été franchi. Limité jusque-là aux fréquences

des vibrations encore suffisamment intenses des

sources moléculaires qui engendrent les radiations

mesurables, le spectre s’est élancé d’un bon jusqu*aux périodes les plus lentes, jusqu’aux longueurs d’onde

infinies; et plus encore peut-être que cet élargisse-

mcnt numérique et pour ainsi dire formel de notre connaissance du spectre, l’intervention d’une source

nouvclle, entièrement différente de cclle que seule on

avait su voir n l’ocuvre depuis que l’homme est con-

scient de son observation, est Yl’nue briser déiinitiBc- ment les vieux cadres dans lesquels était enfermée l’ancienne optique.

Telle est, rapidement t résumée, la marche suivie dans la conception de plus en plus large, de plus en plus complète, de plus en plus unitaire, de ce qu’est

une radiation. Tour à tour, les apparences auxquelles

on s’était attaché ont été abandonnées pour les réa- lités. Les radiations de même source, que 1 on diffé- renciait autrefois en raison de leurs actions sur des

récepteurs divers, sont devenues identiques, et â côté

d’elles sont venues se ranger des radiations d’une autre origine, liées à des phénomènes d’un tout autre ordre, d’une apparence extérieure absolument diffé- rente, mais dont l’étude a révélé les plus grandes analogies avec celles qui émanent des corps incandes-

cents. Cependant leur origine électrique se trahit en

nlaïnte occasion ; elles engendrent une induction dans les circuits; leurs miroirs sont les corps bon conduc-

teurs de l’électricité, ainsi que le veut la théorie dé-

veloppée déjà par Maxwell, alors que, pour la lumière

proprement dite, cette propriété des matières qu’elle frappe semble, sinon indifférente, au moins tout à fait secondaire. Il semble qu’il y ait là, comme en beau-

coup d’autres endroits de l’étude des radiations lumi-

neuses ou électriques, d’inconciliables divergences,

bien faites pour accréditer l’idée que leur similitude

est inconlplète, et que leur commune théorie, ne re- pose que sur une géniale illusion. Une étude plus

minutieuse de ces diBergences nous cunvaincra mieux

de leur identité. (A suivJ’c.)

Ch.-Ed. GUILLAUME, Directeur adjoint du bureau international

des poids et mesures.

Conséquences hypothétiques

d’un phénomène accessoire de la radioactivité

UXE des questions les plus déconcertantes qui

U se soient posées à la suite de la découverte de la radioactivité de la matière, fut de sa- voir quelle était la cause initiale de la production de l’énergie nécessaire a la manifestation de ce phéno-

mène. Diflérentes hypothèses furent émises sur ce

sujet, parmi lesquelles nous examinerons celle qui jusqu’à présent semble s’accorder le mieux avec

certains phénomènes accessoires de la radioactivité,

connus aujourd’hui. Dans cette hypothèse, qui s’est appliquée particulièrement au radium, celui-ci serait

un élément nouveau en voie d’évolution. Si nous rele-

vons cette hypothèse au détriment des autres, c’est

qu’elle a trouvé des arguments puissants dans les

dernières expériences faites par MM. Curie et Dewar1 d’un côté, et Sir W. Ramsay2 de l’autre.

Dans la première des deux expériences que nous citons, MM. Curie et Dewar avaient enferme dans une 1. DEWAR et CURIE. Comptes rendus rlE’ 1 Academie des

Sciences, 1. CXXXVIII. p. 910, 23 janvier 1904.

2. Sir lt, RAMSAY. Comptes rendus de l’Academie dcs

Sciences, L CXXXVIII, p. 1388, G juin 1904,

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