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Increvable Californie

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Géographie et cultures 

91-92 | 2014

Géographie des objets

Increvable Californie

Bertrand Pleven

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/gc/3468 DOI : 10.4000/gc.3468

ISSN : 2267-6759 Éditeur

L’Harmattan Édition imprimée

Date de publication : 1 octobre 2014 Pagination : 255-256

ISBN : 978-2-343-07132-9 ISSN : 1165-0354 Référence électronique

Bertrand Pleven, « Increvable Californie », Géographie et cultures [En ligne], 91-92 | 2014, mis en ligne le 06 novembre 2015, consulté le 27 novembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/gc/3468 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.3468

Ce document a été généré automatiquement le 27 novembre 2020.

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Increvable Californie

Bertrand Pleven

RÉFÉRENCE

Quentin Dupieux, Rubber, sortie en novembre 2010.

1 Synopsis : Dans une décharge de l’Ouest désertique, Robert prend vie, sème la mort et s’éprend d’une jeune conductrice. À distance de jumelles, un étrange groupe de spectateurs observe le déroulement de l’histoire.

2 Robert est usé, un peu, ne le froissons pas... après tout on ne sait rien de lui. Il a sûrement beaucoup tourné, peut-être d’ailleurs comme doublure dans Duel de Spielberg (1971). Mais l’âge d’or du road movie est passé et Robert est abandonné au milieu du désert californien dans une anonyme décharge « sauvage » au milieu des tessons de bière et des scorpions, comble du désenchantement de la Frontier. Robert est un pneu et

« presque sans raison », il en veut au genre humain, aux hommes surtout. En lui donnant l’épaisseur d’un personnage, en lui attribuant sentiments, pouvoirs psychokinétiques et pulsions homicidaires, Quentin Dupieux, réalise une sorte de pendant fantasmatique du Dead Cities d’un Mike Davis rêvant à Jean Baudrillard1. Entre mirage et violence, poésie et vacuité matérialiste, le désert de Rubber est l’espace de la revanche de l’objet mais corrélativement le territoire du rien spectaculaire. La route, elle, est une impasse n’ouvrant plus que sur un réseau de références cinématographiques virant aux collages ciné-géographiques de Quentin Tarantino2.

3 La feuille de route est, en effet, un concentré minimaliste. Robert traverse des lieux génériques séchés par le soleil et essorés d’imaginaires cinématographiques : des morceaux de désert à cactus, des lignes droites d’asphaltes, une station-service, un motel avec piscine, une maison isolée et l’horizon final du Hollywood Sign. Du déjà vu et revu et pourtant, il y a encore des gens pour voir ça. Moi, peut-être vous, mais d’abord, cette bande de spectateurs plus ou moins décervelés équipés de jumelles et plantés dans le désert qui suivent et commentent – immobiles – les tribulations du pneu jusqu’à en crever. S’en trouve ainsi inversés les rôles entre objet et sujet : en intégrant à

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l’espace diégétique l’expérience de ces spectateurs, en en figurant la géographie, celle d’un impossible voyage, Dupieux nous renvoie, non sans cynisme, à nos (basses ?) attentes, mais crée aussi un espace réalisateur/publics de partage du simulacre.

Rubber

UFO distribution

4 On adhère ou non à cette séance de fétichisme assumé à laquelle il nous convie. Il n’empêche que par son trivial objet qu’il suit à hauteur d’asphalte avec son « appareil photo »3, le cinéaste se livre à une assez sidérante entreprise de recyclage d’imaginaire cinématographique et géographique, au cœur même l’arrière-cour d’Hollywood. Dans son propos comme dans l’esthétique de certains de ses plans, on pourra trouver dans Rubber une sorte de Land Art diégétique. Quentin Dupieux poursuivra d’ailleurs avec une certaine logique spatiale cette entreprise de détournement par l’absurde avec ses trois longs métrages suivants Wrong (2012), Wrong Cops (2013) et Réalité (2015) s’attaquant ainsi à la suburb puis à Los Angeles. À l’instar de son ami Kavinsky convoqué pour la bande son du dernier grand film iconique de Los Angeles, Drive (2011), Dupieux participe d’une relecture « française » de l’imagerie californienne, décidément increvable. Sans conclure à une nouvelle vague, on est sûrement bien au-delà de la gratuite pose hipster.

NOTES

1. M. Davis, 2002, Dead Cities, New Press, 432 p., traduction récente mais écourtée aux Prairies ordinaires publiée en 2009. Pour J. Baudrillard, voir Simulacres et simulations (1981) et Amérique (1987) et écouter aussi la conférence d’avril 2010 de Jean-Baptiste Thoret : à quoi pense le cinéma américain lorsqu’il rêve de Jean Baudrillard ? http://www.forumdesimages.fr

2. On pense ici particulièrement à Pulp Fiction et Boulevard de la Mort, pour cette idée de

« collage », http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/boulevard_mort.pdf

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3. Un appareil photo numérique, le Canon EOS 5D Mark II.

AUTEURS

BERTRAND PLEVEN

Équipe de recherche Géographie-Cités UMR 8504

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