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Le service bathymétrique des lacs d'Ecosse
COLLET, Léon William
COLLET, Léon William. Le service bathymétrique des lacs d'Ecosse. La Géographie , 1911, vol. 23, p. 109-116
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http://archive-ouverte.unige.ch/unige:138443
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Là~· sêrvi·ce;i athymétrique des lacs d'Ecosse
1A près la célèbre expédition du Clwllenge1' Sir John Murray élndia tle l 88t~ à 18!)[, i1 bord de son yacht Jlledusa, les lor.hs marins cl'Jtcosse qui, semblables il certains fjorcls, découpent profondément les côtes. li fut nmoné pcnclanL cette élnde à pénétrer dans les lochs d'eau douce du Caledo11 i(ln. Ca,nczl, lois que le loclt Lochy, Je loch Oich, le loch Ness. 11 lui sembla alors qu' une élude sys tématique lles lacs d'Écosse devait, sur plus d'un point, foire avancer la science. Sur sa proposition les Sociétés Hoyales de Londres et d'Edimbourg demandèrent au gouvernement anglais d'entreprendre le levé de Ja carte bathymétrique des principaux lacs de l't:cosse. Prétextant qu'une telle entreprise ne pou l'ait rentrer ni dans les attribu- tions du Service de la carte topographique, ni dans celles du Service hydrographique de !'Amirauté, le gouvernement refusa de prendre cette demande en t.:onsidération.
Sir John Murray et Fred. Pullar commencent alors. en 189ï et 1898, ü sonder systématiquement les plus importants d'entre les lacs d'Jtcosse. La mort prématurée de Fred. Pullar, le 15 février '190 l, semJJlait devoir arrêter ce bel élan. Mals l\I. Laurence Pullar remplaça bien vite son J1ls, pécuniairement parlant, auprès cle celui que M. F. A. Farel a appelé à juste titre, au dernier Congrès international de Géog-raphie, le plus gTand géographe de notre époque. Le service balbymétrique des lacs d'Écosse 1 était donc fondé. Son but' était d'abord le levé de la carie bathymé- trique des lacs d'l~cosse et l'étude physique et hiolog·iqnc des plus importants. Ces éludes durèrent de 1807 à 1909. Ayant eu le privilège de collaborer ü celle mnvre, nlors que j'étais assistant de Sir John Murray au Challenger O/'(ice en J90i:\ et HlOG, je (lirai clans les lignes qui sniven t les résultats obtenus qui sont comme une apologie cle l'entreprise privée clans le domaine scienti(iquc.
La carte des lacs. - La carte bathymétrique est à l'échelle du 21 ·120c. Le relief du terrain qui entoure les lacs est figuré pnr cles courbes cle niveau équi- llistan tes de 200 pieds (60 m. 9G) jusqu'ü l'altitude cle 1 000 pieds (301 m. 8) et cle 2GO pieds (79 m. 2i:i) au clelü. Les surfaces enfre les isohypses sont coloriées en hrun augmentant d'intensité uvcc l'altitude, tandis que les surfaces comprises entre les isobathes sont coloriées en bleu augmentant d'intensité nvec la profondeur. En cc faisant , Sir John i'vlurrny demeurait fidèle ü ses principes, à savoir qu'une carte bathymétrique d'un lac, tout comme celle d'un océan, doit posséder le figuré du
1. 1Jatf1ymel1'ical S1l1'vey of the Fresh lValel' Lochs of Scolland.
LA Gi':oGHAPIJIE, - T. XXIII, 1911.
HU
•
D' LE0.'1 W. COLLET.terrain cnvironna~t: Une carte qui ne donne que la bathymétrie est ipw facto incomplète.
Chaque carlc est accompagnée de profils longitudinaux et transversaux dressés à l'échelle et d'autres dans lesquels la profondeur est augmentée cinq fois. Dans la description des lacs on trouve les données suivantes: '1° ln surface du bassin d"ali- mentution, 2° la surface totale du lac en milles carrés, 3° la surface entre les diffé- rentes isobathes exprimée en acres (O/!üfl ha.), ainsi que leur valeur exprimée en pour cent de la surface totale, 4° le volume de lac en pieds cubes, 5° la profondeur moyenne calculée d'après le volume, 6° la longueur. et la largeur du lac, 7° le rap- port de la profondeur maxima et de la profondeur moyenne à la longueur, cc dernier rapport donnant la caractéristique d'une nappe d'eau.
56.2 lacs ont été sondés au moyen du sondeur construit d'après les plans du reg,retté Fred. Pullar. Cet appareil facilement transportable a toujours fonctionné à notre entière satisfoetion 1•
Les dix plus profonds lacs d'Écosse sont les suivants:
Profo mlcur maxima. 1 'rofondour moycnn o.
1. Morar 1 017 pieds. (30() m. 98) 284 pieds. - (85 m. 5G) 2. Ness .. Î ;;-}
-
(228 m. 82) 433,02 - (131 m. 81)3. Lomond 52.l
-
(18\J m. 89) ·J~l,20 - (35 m. Ili \!~. Lo chy 531
-
(Ili! m. 85) 228,95 - (Gll m . 78)5. Ericltt . til2
-
(15ûm.O~) 189,21 - (;.i7 m. 5î)G. Tay
..
508-
('l:J;.i m. 23) 10\l,08 - (GO m. 6î) 7. l\atrine. 4.9:i-
(l:iO m. 87) HHJ,-1\l - (GO m. îl ) 8. Hannocl1 440-
(131-111. H) 167,'•6 - ('il m . Oî)!l. Treig. 43G - (l:l2 m. 8\l) 20î,3î - (63 m. 30)
iü. Sliicl . . 420 - (128 m. 1) 132,73 - (40 m . 45)
Thermique. - Les sondages thermiques ont été surtout eITec tués journelle- ment en séries sur le loch Ness par les Bénédictins de Fort-Augustns, clc juillet à décembre, en 1\)03et1901, et, par les collaborateurs du Service des lacs, cle janvier à juin, en HJ04 et HJŒ:i. En se basant sur e1wirnn '12 000 observations, M. E. Maclagan- Wedclerhurn arriva aux conclusions suinrntes pour le loch Ness, que l'on peut étendre ii ln plupart des grands lncs d'Jtcosse :
l° Le loch Ness appartient nu type tropical de M. F. A. Forel. C'est donc dire que lu tcmpcrature des couches profondes varie à partir et au-dessus de la tempé- rature du maximum de densité de l'eau, soit 1°.
2° La plus gTande quantité de clwlcur se rencontre dans le loch Ness au mois de septembre. A pal'lir de ce mom e nt l'eau se refroidit rapidement jusqu'en mars ou avril, clalo à laqu elle elle commence à s'échauITer.
3° Les températures de fond les plus basses ont été en avril, les plus hautes au milieu de no\'embre, c'est-à-dire trois mois après que le lac a donné, dans les 1. Le; l c~LC 11l'S <JUC ccl appnrcil pourrait intP.ressci· eu trOU\'eront une clcscriplio11 clan> lnl•!1'- 11a~io1m le Rcuue dt!I' (Jl!..~a niten ll1Jd1·1>l;iologic und ll.'fdl'ort1·11phie, Bd. I, li. 152, p. -l96, ain,;i que dans JluLhy111f'll1'iC'll Sur1·1>y
ur
Lho Scollish Fl'esh-\Vnlcr Lochs, llepo1'/ on th e Scienli(ic Il esults.Ed!ntiu rgh, Ght1 \lc.11gar Orl1ce, Vol . l, p. l l.
LE SEUVICE BATHYMÉTRIQUE DES LACS D'ÉCOSSE. iH couche8 supérieures, des signes de refroidissement. La température de fond est donc indépendante de l'actioi1 des vents et courants. Elle est duc à un phénomène de conduction.
4° La quantité de chaleur qui entre dans le loch Ness durant l'année est de 1,9X1016 gr. calories. La quantité de chaleur fournie au lac est de 7,2X1016 gr.
calories, c'est-à-dire près de quatre fois plus grande que celle qui est emmagasinée.
gc· Dans le cycle des variations de température du loch Ness on disting·ue trois phases, à savoir : 1° la phase de pi·intemps, de décembre à avril, dans laquelle l'eau du lac possède une tempéra turc uniforme; 2° la phase d'été, de mai à juillet, où la stratification s'établit par le fait du réchauffement des couches superficielles; 3° la phase d'automne dans laquelle la « couche de saut n (Sprungschicht des Allemands, Discontinuity layer des Écossais et thermocline des Américains) fait son apparition.
Il y a, en effet, ù ce moment dans la partie supérieure du lac un volume d'eau chaude de température à peu près uniforme reposant sur une masse d'eau froide de densité plus élevée. La
«
couche de saut n représente la couche étroite qui sert de passage entre l'eau chaude et l'eau froide sous-jacente.Seiches ou dénivellations rythmiques de la surface de l'eau. - Les seiches représentent une dénivellation rythmique de la surface de l'eau, produite par un mouvement d'oscillation fixe. Sous une impulsion rapide l'eau subit une dénivellation qui soulève le lac il une des extrémités en le déprimant il l'autre.
C'est en été 1903 que furent faites, par les collaborateurs du Lake Sw·vey, les premières études sur les seiches du loch Ness. On remarqua que la seiche unin-odale avait une période de 31,ti minutes, la binodale de 'Hi,3 minutes et la lri- nodale de 8,8 minutes. Le mérite des collaborateurs du Service des lacs n'est pas tant d'avoir observé les seiches des différents lacs d'Écosse que d'avoir plutôt repris et modifié la théorie mathématique de ces ondes stationnaires. En 1905 le profcs-
;;eur Chrystal, de l'université d'Edimbourg, qui dirigeait ces recherches donna un mémoire, désormais classique, intitulé : On the hydrodynamical theory of seiches 1, qui est la plus importante contribution à l'étude mathématique des seiches. Ce savant, en se basant uniquement sur des principes de mécanique, sut créer une théorie tenant compte de toutes les dimensions d'un lac; ce qui n'était pas le cas des théories plus anciennes de Mérian et de Du Boys. La théorie de M. Chrys- tal a été résumée par M. R. de Saussure dans les A1·r:liives des Sciences physiques et nalll1'elles de Genève (1906, t. XXIl, p. 1)13). Nous ajouterons cependant que le savant professeur d'Edimbourg, avec M. Wedderburn, attaqua le problème difftcile de la détermination par le calcul de la position des nœuds des seiches uninodale, binodale et trinodale dans les lochs Earn et Treig, en se basant sur les cartes bathy- métriques du Lqf.:e Survey. Les résultats concordèrent avec ceux obtenus posté- rieurement par l'observation directe au moyen de limnographes.
D'importantes modifications furent apportées, chemin faisant, au matériel d'observation . C'est ainsi que M. Chrystal fut amené à modifier le limnographe
!. G. Chryslnl, On the hydl'Odynamical tlteoi·y of Se iche~ with a bibliographical slcelch, in Traas- aclions of the Royal Society of Edin&urgh. Vol. XLI, Part. Ill (n" 2:J), 1905.
112 D' LBo:-< W. COLLET.
Sarnsin, c'est-ù-clire à simplifier la transmission verlicale entre le CTolteur et le cylindre enregistreur. Un limnogrnphe portatif fut constrnit d'après les dessins de M. James Murn:iy , qui l1t partie plus tard de l'expédition Shackleton dans l'Antarc- tique. En étuùiant les variations, vibrations ou dénivellations du loch Earn, dont la période de 11uclualion n 'est que d'une minute et même moins, M. Chrystal fut amené à construire un appareil enregistreur d'une grande sensibilité, le Slalolim- nog1'Clphe. Cet appareil se compose d'un statoscope de Richard et permet d'enre- gistrer des dénivellations qui seraient invisibles sur des tracés de Jimnographes marchant à J millim ètre à la minute.
En 1904 l\1. E. Il. 'Valson découvrit clans le loch Ness un e ''seiche de tempéra- ture n. Ce phénomène, absolument nouYeau pour les lacs d'Écosse, ayait été indiqué dix ans auparnvant pnr le savant océanographe et limnologislo qu'est le professeur Thonlet, de l'universitc de \Tancy, clans ses Co11lributions à l'élude des lacs des Vosges (Bull. S oc . Geog., Paris, X V, p. 572). En effet, ce savant écrivait au sujet du lac de Longemer: " Son eau avait donné naissance, vers 8 mètres de profondeur, à la couche de transition thermique brusque, au seitl du lac; et, celte couche el!e- mème, sous lïmpulsion de la masse d'eau animée cln mouvement dù à son courant et qui lui arrirnit à l'une clc ses extrémités, s'est mise ü osciller longitudinalement et transversalement, cJmme une sorte de seiche intérieure provoquée par une action mécanii:ruc, et l'oscillation s'est communiquée en s'atténuant jusqu'au fond ... J> Pour que la seiche de température se produise, il faut clone qne la« couche de saut>> soit bien marquée. Ce phénomène se présentera donc dans le loch Ness en automne. c'est-ù -clire quand nous trouyons une masse d'eau clwudo reposant sur une masse d'ea u froide de densité plus gTandc. Èn prenant 1t:i0 pieds (137 m.16) comme profondem moyenne du loch Ness, WO pieds (15 m. 72) comme profondeur moyenne do la couche chaude et 300 pieds (91 m. M) pour la couche froide,
+
12'',:2~ Ct+
6°, l l respectivement comme températures moyennes do la couche chaude et de la couche froide, on tronYe, comme n\lem de la période de la seiche cle tempéra Lure, deux jours et six heures. Ill. Wedderburn s'est ~ervi pour celte déter- mination de la formule suivante:'> l l= ~
V
y(p-_?'}1i+11;
p pdans laquelle t =période; l =longueur 1lu lac; g = accélérntion; p, p', h eth' respcc- tivemen t les densités et les profondeurs des canche.~ froide cl chaude. La p ériode de la seiche de température l'aric, comme le montre la formule ci-dessus, avec la clifié- rence de température et de profondeur des denx couches d'eau. Ainsi, vers la fin cle l'automne, la différence de températme entre les deux couches diminue et la profon- deur de la couche supérieure d'eau chaude augmente, tanclis que celle de0 la ooucltc d'eau froide diminue. Il en résulte une valeur plus grande de la période de la seiche. En aoùt M. Wedderburn trouva une période à peu près tle trois jours ; en novembre, par contre, elle était cle cinq à six jours.
l\L Halbfass, le savant limnologiste allemand, pensait que la seiche de tempé-
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LE SERVICE BATHYMÉTRIQUE DES LACS D'ÉCOSSE. H3
rature était spéciale au loch Ness ou du moins aux lacs profonds, mais M. Wedder- burn montra, en 1908, qu'on la rencontre également dans des lacs peu profonds comme le loch 'Garry, dont la profondeur moyenne n'est que de 78 pieds (23 m. 77).
Sa période était de douze heures. Enfin M. Wedderburn fit avec M. Halbfass, en juillet et aoùt 1910, une expédition au Madüsee en Poméranie. Ces savants y obser- vèrent une seiche de température d'une période variant de 24,6 à 25,3 heures.
Les observations du Lake Sui·vey sur les seiches de température ont une très grande importance au point de vue océanographique. En effet, le professeur Otto Pettersson fut amené, à la suite de ces études, à r,onsidérer les oscillations d'une période de quatorze jours qu'il observa dans les eaux profondes du Skagerrak comme étant produites par un phénomène semblable à celui des seiches de température des eaux des lacs. M. \Vedderburn pense que les puzûing waves que Helland- Hansen et Nansen décrivent dans leur célèbre volume sur la mer de No!'vège doivent être expliquées au moyen du principe de la seiche de température. Le phéno- mène de dead water rencontré dans les fjords de Norvège se mpporte ég9.lement au même phénomène. En effet, il arrive souvent que de l'eau douce, plus légère, provenant soit de ltt fonte de g·laces, soit de rivières, s'étale sur l'eau salée, sans se mélanger, et forme une couche d'une certaine épaisseur. La vitesse des navires est considérablement réduite, étant donné qu'il se propage des vagues lentes dans la masse d 'ea ll inférieure salée.
L'eau des lacs. - La question de la composition chimique de l'eau des lacs d'Écosse n'a pas été traitée aussi à fond que les autres questions. Néanmoins les résultats de M. Caspari nous permettent de nous faire une idée assez exacte sur la composition des eaux de plusieurs lacs. Une eau est avant tout caractérisée par son résidu sec. Sous ce terme on comprend toutes les matières qui restent comme résidu, lorsqu'une certaine quantité d'eau, 1 litre, est évaporée. C'est sur ce résidu qu'est basée l'analyse des eaux.
Les grands lacs d'Écosse ont généralement une eau excessivement pure. La valeur du résidu sec des lochs Ness et Katrine n'est que de 0,029 grammes par litre, tandis que pour le lac de Genève cette valeur est de 0,1528 pour l'eau de surface. Dans ce dernier cas cette forte teneur est due à la présence de carbonates 88,2 p. 100 et de sulfates 60,4 p. 100. Le résidu sec du loch Baile, à Ghobhainn (Lismore) est de 0,220 grammes par litre. C'est une exception pour l'Écosse. Nous trouvons l'explication de cette forte teneur en résidu sec dans le fait que ce lac possède un bassin d'alimentation calcaire.
Les sédiments lacustres. - Les sédiments qui recouvrent le fond des lacs d'Écosse se divisent en trois catégories :
1° Le sable.
2° L'argile.
3° La boue brune.
D'autres types apparaissent sporadiquement comme : 4° la vase à diatomées, 5° ln boue ocreuse, 6° les dépôts calcaires.
M. Caspari a montré, en se basant sui· l'étude des boudins mmenés par le tube
LA GÉOGRAPHIE. - T. XXIV, 1911. 8
l.14 D' LÉON \Y. COLLET.
sondeur, qu'il est permis de supposer quo dans les lacs ù section en U los dépôt~
fins recouvrent des dépôts sableux supportés par des graviers. L'argile des lacs d'Écosse est différ.ente de celle des dépôts marins. Elle e:;t moins riche en argile pure (Al2 03 2 Si 022 lFO). M. Caspari pense que cette différence provient du fait que les argiles lacustres sont plus jeunes que les arg·iles marines. L'eau n'aurait pas eu le temps d'attaquer r.omplèlement les silicates. D'autre part, l'argile lacustre est très pauvre en fer; ce qui s'explique fort bien par l'action dissolvante dos eaux tour- beuses (acides organiques) sur les sels de fer.
La boue brune est le dépüt par excellence des lacs d'Écosse. C'est un mélange de matière organique amorphe et de minéraux. D'après M. Cas pari, la matière org1rnique est corn bi néo avec du fer et du manganèse. Nous nous tronverion s donc en présence d'humate ferrique précipité, provenant d'une oxydation en surface d'humate ferreux soluble. Une variété de boue brune contient du sulfure ferreux et possède une cou- leur noirâtre. Elle dégage une odeur d'hydrogène sulfuré, provenant d'une réduction des sulfates de l'eau d'imprégnation . La vase il diatomées du loch Frisa (1ï5 pieds [53 m. 241 de profondeur) contenait 37,2 p. '100 de silice duc aux diatomées, celle du loch Allt an Fhearna (115 pieds [4 m. !J7] de profondeur) GS,1p.100 de silice.
C'est par une forte teneur en limonite que se caractérise la boue ocreuse. Ce dépôt se formerait in situ par oxydation directe des boues brunes ou par l'action de bactéries.
Étant donnée lu faible extension des roches calcaires, les dépôts de carbonate de chaux sont très rares. Ils sont générnlernent formés par de la calcite cristallisée qui doit èll'c envisagée comme nn précipité dù à un phénomène biologique des phané- rogames.
La formation des lacs. - Le mode de formation des lacs d'Écosse a été étudié par les célèbres géologues écossais, les Drs. B. N. Peuch et J. Horne. AYec ces savants nous diviserons clone les lues d'Écosse en :
'1° Lacs clans des dépressions dans la tourbe.
2° Lacs dus il l'action du vont.
3° Lacs provenant clé l'action des rivières.
fl0 Lacs produits sur le bord de la mer par la formation de cordons littoraux.
!:\0 Lncs formés pur l'action dissolvante des eaux sm les plateaux calcaires.
G0 Lacs résultant d'une irrégulièee distribution de matériaux morainiques.
7° Lucs occupant des bassins rocheux dus ù l'excaration glaciaire.
La plus grande partie des lacs d'Écosse rentre clans les deux dernières catégories;
c'est donc dire l'inlluence de lu périocle glaciaire sur l'hydrographie de l'Écosse.
Ml\I. Peuch et Horne ne se sont pas contentés d'étudier seulement le mode de for- mation des lacs sondés par le Lake Su rue y; ils ont décrit au point de vue géolo- gique le hfl$Sin d'alimentation de la plupart des lacs. Ces descriptions qui permettent de mieux comprendre les relations entre les caractères bathymétriqnes et g·éo- Jogiques sont accompagnées do la cnrte géologique 1 au ft(:j 720' du district du
L Bnlhy111clrical Survcy of lhe Scotli:;h Fresh-\Ynter Lochs. Repol'l on lhe Scientific Hesulls conduclerl under the direcli-m of sil' John Murray and Laurnncc Pulla1· dul'ing the yeal's '/897 Io '1909. Edinburgh, Challenger ornce, -1910, vol. Ill.
LE SERVICE BATHYMÉTRIQUE DES LACS D'ÉCOSSE. ll5
loch Assynt, du district du loch Maree, du bassin dn Forth et de la Tay. Nous signalerons tout particulièrement aux lecteurs, qui s'intéressent à la tectonique, les pages magistrales dans lesquelles les savants géologues écossais décrivent leurs fameux chevauchements des N orth-\V ester\1 Highlands, particulièrement ceux du bassin du loch Assynt.
Les études biologiques. - Au point de vue biologique on n'étudia, dans les lacs d'Écosse, que les Invertébrés, le Phytoplankton, et, clans quelques districts, les Phanérogames et les Cryptogames 1• Ce fut principalement dans le loch Ness qu'on étudia les formes littorales et abyssales, tandis que dans la plupart des autres lacs on se contenta de faire une collection de Plankton lors des levés rle ln carte bathymé- triqlle, 400 de ces collections ont été examinées. Malgré cela, il serait dangereux, sinon impossible, de généraliser sur de telles données, les collections n'ayant pas été faites dans les mêmes saisons.
M. James Murray, qui s'est spécialement occupé de la partie zoologique, estime que l'Écosse, zoologiquement parlant, occupe une position intermédiaire entre la plaine centrale européenne et le cercle arctique2 • L'Écosse, par sa latitude, pourrait presque passer pour un pays arctique. Son climat, fonction du Gulf-Stream, est très tempéré; il en résulte au point de vue zoologique un mélange d'espèces arctiques et méridionales avec cependant prédominance d'espèces arctiques.
Un fait intrressant qui ressort des études biologiques du lake Survey est la quasi similitude des fautrns littorales et abyssales, si toutefois le loch Ness repré- sente bien Je type des lacs écossais. On ne rencontre pas, comme dans le lac de Genève, des espèces abyssales distinctes. II ne faudrait pas, immédiatement en conclure que le lac de Genève est plus ancien que Io loch Ness. En effet, dans le développement des variétés et éventuellement des espèces il faut tenir compte, comme le fait justement remarquer M. James Murray, du facteur isolement. Or-, dans le lac cle Genève qui possède une grande plaine centrale, l'isolement peut faci- lement se produire, tandis qu'il est impossible clans le loch Ness oü les pentes abruptes du bassin lacustre sont cause que les espèces littorales arrivent nombreuses et facilement clans une plaine centrale de faible extension.
7:24, espèces ont été reconnues clans les collections biologiques du Lake Sui·vey, M7 appartiennent aux Invertébrés et 27ï à la flore. Elles se répartissent comme suit :
~l o llu sc a. Î
llytlraclmicla. 1î
Tardigrncla 30
Insecta . 7
Crustacea . 78
Beyozoa. 7
Vermes . 2~
Hotifera. 181
Gastrotri cha. 2
Cœlenterata . 1
Porifera. 1
Protowa . . 91
'~47 l. llepoi·t on the Scientifi,c llesulls. Vol. !, p. 156.
2. Ibid., p. 257.
Phanerogamia . G5
Equisetaceœ . 1
Selaginellacen• . 1
Characem G
Musci. 18
Hepaticro 2
Floridrn . 2
Chlorophycea! 142
Bac i llariacern 2G
lllyxophyceœ. 10
Peridineaceœ
-
4~ÏÎ
•~ ~I
[I
116 D' LE0:-1 \\'. COLLET.
29 nouvelles espèces ont été observées surtout dans les groupes jusqu'alors négligés des TardigrnJcs et Bdelloides. L'l totalité des Tardigrades (30 espèces) et 25 espèces de Rolifères représentent une addition à la faune britannique.
Une élude comparative des lacs d'Écosse et de Danemark a été faite par le D" Wesenberg-Lund, sur l'invitation de Sir John Murray, tandis que le
or
Bachmann,de Lucerne, comparait le Phytoplankton des lacs suisses et écossois.
Conclusions. - Les résultats obtenus par le Service des lacs d'Écosse repré- sentent un n ouveau m onumen t élevé à la science. Il s'impose par l'h armonie des lignes. L'ensemble est parfait. M. Laurence Pullar a fourni les malérioux nécessaires à Io construction de tout l'édi(ice et son exemple mérite cl'êlre suivi. Sous la direc- tion d'un architecte tel que Sir John Murray il ne pouvait sortir que quelque chose de grand de cette entreprise.
J'ai eu le grand honneur de présenter .au neuvième Congrès International de Géographie (Genève, '1908) un sommaire des résultats obtenus par le Service des lacs d'Écosse. Sur la proposition du professeur F. A. Forci, le fonda leur de la limno- logie, les membres présents à la septième séance générale volèrent des remercie- ments et Jes félicitalions ù Sir John Murray et à ~I. Laurence Pullar pour leur belle œuvre qui prouve ce que peut une entreprise privée.
Les six beaux volumes du Repol'l on the Scientifi.c aesults sont dédiés à la mémoire du regrelté Fred. Pullar dont on a dit:
l1-
His life was gentle; and the elements
So mix'd in him, that Nature might stand up And say to ail the world, << This was a Man! >>
D'· LÉoN
vv.
CoLLET,l'rofe:;seur c\e géographie physique à l'université ùc La Plata et clief de la section de gèugrarllie du Mus6e de la l'lala.