ADRAHP
Les Brèves de l’ADRAHP
N° 9 - Décembre 2020
Des millers de peintures rupestres vieilles de 12.000 ans révélées dans
la jungle colombienne...
En Colombie, des chercheurs ont mis au jour des milliers de peintures rupestres remontant jusqu'à 12.600 ans.
Réalisées sur des abris rocheux, elles représentent des formes géométriques, des figures humaines ainsi que des
animaux et des scènes de chasse.
Les peintures rupestres constituent un témoignage précieux pour les archéologues.
Elles peuvent en effet livrer de nombreuses informations sur la population qui les a réalisées, sur sa culture, sur son mode de vie comme
sur l'environnement dans lequel les "artistes" vivaient.
Peu après l'annonce de la découverte d'œuvres inconnues en Australie, c'est un nouvel ensemble remarquable qui est aujourd'hui mis en lumière.
Des chercheurs ont repéré un vaste ensemble de peintures s'étendant sur une dizaine de kilomètres dans la région de Serranía La Lindosa en Colombie.
Restées inaccessibles pendant des décennies...
L'ensemble comprend des milliers de dessins répartis sur trois abris rocheux à Cerro Azul, Limoncillos
et Cerro Montoya. Il constituerait ainsi l'une des plus vastes collections d'oeuvres rupestres
connues en Amérique du Sud.
La découverte a été réalisée grâce à des recherches menées en 2017
et 2018 mais n'était pas totalement inattendue.
La présence de certaines fresques avait déjà été identifiée aupara-
vant dans la jungle
colombienne. Elles sont toutefois restées inaccessibles pendant des décennies en raison du conflit qui déchirait le pays.
Ce n'est qu'en 2016 après la signature de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) que des scientifiques
ont pu à nouveau s'y aventurer.
Une équipe a alors mis en place le projet LastJourney, un programme visant à comprendre quand les premières populations s'étaient installées en Amazonie et quels
impacts leurs activités avaient eu sur la biodiversité de la région. Les expéditions ont rapidement conduit à de remarquables découvertes, mettant en lumière
la valeur archéologique de la région.
En mai 2018, la Serranía La Lindosa a été reconnue "Aire archéologique protégée"
par le ministère de la Culture, à l'initiative de l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire (ICANH). Depuis, d'autres œuvres ont été mises au jour sur des parois
rocheuses et les scientifiques s'attèlent à en apprendre davantage sur elles.
Des figures humaines et de grands animaux
"Quand vous êtes là-bas, vos émotions se bousculent... Nous parlons de plusieurs dizaines de
milliers de peintures. Cela va nécessiter des générations pour les répertorier. A chaque recoin,
apparaît un nouveau mur de peintures", a précisé au Guar- dian, le Pr. José Iriarte, profes- seur d'archéologie à l'université
d'Exeter qui a dirigé les re- cherches.
Une fenêtre sur les activités humaines du passé
Réalisées avec de l'ocre rouge, les dernières pein- tures identifiées représen- tent aussi bien des formes
géométriques que des figures humaines, des empreintes de main, des
scènes de chasse ou des individus interagissant avec des plantes ou des
animaux. Selon les analyses menées, elles
dateraient d'entre 11.800 et 12.600 ans.
Les dessins témoignent de l'existence de nombreuses espèces animales : tapirs, alligators, chauves-souris, singes, serpents ou encore porcs-épics. On y observe également ce qui semble être des créatures de la mégafaune du Pléistocène telles
qu'un paresseux géant, un mastodonte ou encore des ongulés à trompe.
"Ce sont vraiment des images incroyables produites par le plus ancien peuple à vivre dans l'ouest de l'Amazonie. Ces peintures donnent un aperçu saisissant et fascinant de
la vie de ces communautés", a expliqué dans un communiqué le Dr. Mark Robinson, également de l'université d'Exeter et co-auteur de ce rapport.
"Il est incroyable pour nous de penser aujourd'hui qu'elles ont vécu parmi, et chassé, de grands herbivores, dont certains faisaient la taille d'une petite voiture", a-t-il poursuivi.
En plus des dessins, les fouilles ont mis au jour dans le sol des restes végétaux et animaux témoignant du régime alimentaire des auteurs de ces œuvres.
Les résultats suggèrent qu'il s'agissait de chasseurs-cueilleurs qui pêchaient dans la rivière voisine. Ils se nourrissaient ainsi de plantes, de fruits, de piranhas, d'alligators,
de serpents, de grenouilles ainsi que de mammifères de taille moyenne tels que des pacas, des capybaras et des tatous.
A cette époque, la région ne ressemblait pas à la forêt tropicale étendue qu'elle est aujourd'hui. Le milieu était formé d'une mosaïque de paysages incluant de la savane,
des parcelles broussailleuses et des galeries forestières.
Des écosystèmes un peu plus adaptés aux grands animaux qui y vivaient et qui apparaissent dans les représentations.
Une preuve spectaculaire
"Ces peintures rupestres sont une preuve spectaculaire de la façon dont les humains ont reconstruit le milieu dans lequel ils chassaient, pêchaient et cultivaient", a souligné le Pr. Iriarte. "Il est probable que l'art représentait une partie importante
de la culture et une façon pour ces individus de se connecter socialement".
Au vu de leurs observations, les chercheurs n'excluent pas que ces dessins desservent également une autre fonction, notamment sacrée.
"Il est intéressant de voir que nombre de ces grands animaux sont entourés de
petits hommes avec leurs bras dressés, presque comme s'ils
vénéraient ces animaux", a relevé l'archéologue pour
le Guardian.
Les parois où les œuvres ont été trouvées sont très éloignées
des installations modernes et des sentiers. Les chercheurs, aidés de communautés locales,
ont dû marcher pendant plus de quatre heures pour y parvenir. Ce qui n'empêche pas les sites d'être exposés
aux éléments qui fragilisent les peintures.
Certaines fresques identifiées précédemment ont déjà été endommagées ou partielle- ment effacées. Mais les dernières découvertes se trouveraient dans des abris mieux
protégés. Quelques oeuvres sont même apparues tellement en hauteur qu'elles n'ont pu être filmées qu'à l'aide d'un drone.
Les scientifiques avancent ainsi que bien d'autres peintures pourraient encore se cacher dans la forêt colombienne. Pour le moment, "nous ne faisons que gratter la surface",
a assuré le Pr. Iriarte qui prévoit de retourner sur place avec son équipe dès que la situation sanitaire le permettra.
L’art préhis to rique qui orne ces falaises colom biennes consti tue l’une des plus grandes collec tions d’art rupestre au monde. Les archéo logues qui ont la chance de les étudier les surnomment la « Chapelle Sixtine des Anciens ». Ils pensent que ces illus tra tions, qui
recouvrent 12 km de falaises dans la forêt amazo nienne, ont été réali sées il y a 12 500 ans. Le site est situé dans la région extrê me ment recu lée du Serranía de la
Lindosa, à 400 km au sud-est de Bogotá.
Un ensemble exceptionnel....
Peintes par les tous premiers humains à avoir habité cette région de l’Ama zo nie, les falaises présentent des milliers d’em preintes de mains parse mées de motifs
géomé triques, d’ani maux de l’ère glaciaire comme des pares seux et des chevaux géants, ainsi que des masto dontes – un ancêtre de l’élé phant moderne qui
s’est éteint en Amérique du Sud il y a envi ron 12 000 ans.
Les pein tures sont pour la plupart réali sées à l’ocre rouge et beau coup sont situées si haut sur les falaises que les cher cheurs n’ont pu les étudier qu’a vec des drones équi pés
de camé ras à haute réso lu tion.
La plupart sont dans un état de conser va tion excep tion nel, et la diver sité des sujets repré sen tés dans les pein tures décon certe les archéo logues.
Y figurent notam ment des oiseaux, des lézards, des pois sons,
des tortues et même des groupes d’hommes se tenant par la main et dansant autour d’un person nage portant un masque à bec d’oi seau…
Le personnage portant le masque d’oi seau n’est pas la seule preuve de cultes rituels de la culture ancienne qui a réalisé les pein tures. Les cher cheurs affirment que beau coup
de ces grands animaux appa raissent « entou rés de petits hommes aux bras levés, comme s’ils les véné raient », ce qui n’est pas sans rappeller les gravures du
Val Camonica en Lombardie (Italie).
Crédits : Parques Nacio nales Natu rales de Colom bia