JEUDI 24 NOVEMBRE
• « Une approche psychosociale des processus d’exclusion sociale des malades : aspects théoriques, enjeux pour la pratique » (19h00 -‐ 20h00, Salle Europe)
Pr Thémis Apostolidis Professeur des universités, Psychologie sociale de la santé -‐ Directeur du Laboratoire de Psychologie Sociale (EA 849), Aix-‐Marseille Université.
Dans un contexte d’évolutions thérapeutiques en psychiatrie, les pratiques en devenir de réhabilitation psychosociale invitent à mieux comprendre les processus d’inclusion et d’exclusion sociales qui déterminent la réinsertion des patients dans la société. Nous proposerons quelques réflexions théoriques issues de la psychologie sociale permettant de considérer les liens entre stigmatisation et états de santé et d’analyser la construction des rapports sociaux et symboliques à l’égard des malades. Nous nous appuierons sur différents exemples puisant dans l’étude de la pensée de sens commun qui définit la maladie (sida, cancer, maladie mentale, …) et des représentations qui régulent les confrontations entre les acteurs qui y trouvent impliqués (professionnels, patients, entourage, communauté). Nous présenterons une typologie des différentes formes que peut prendre l’exclusion sociale des malades (ségrégation, marginalisation, discrimination) et discuterons les logiques identitaires et sociocognitives qui les sous-‐tendent. Nous poserons certains enjeux pratiques pour l’intervention socio-‐sanitaire dans le champ de la réhabilitation psychosociale des personnes vivant avec de maladies mentales (par exemple, sur le plan des actions visant à changer le regard sur les maladies et les malades).
VENDREDI 25 NOVEMBRE
• « Santé physique et santé mentale » (9h00 -‐ 10h, Salle Europe)
Pr Christophe Lançon -‐ Chef de service de Psychiatrie, Hôpitaux Sud Marseille -‐ Président de l’Association Solidarité Réhabilitation
La santé mentale est-‐elle soluble dans le concept de réhabilitation ?
La réhabilitation partage t-‐elle des éléments communs avec la notion de santé ?
C'est au travers de ces deux questions que les relations entre santé et réhabilitation psychosociale seront abordées ; essentiellement dans les applications pratiques.
• « Le processus de rétablissement dans la schizophrénie comme ligne directrice pour les soins » (10h -‐ 11h, Salle Europe)
Jérôme Favrod -‐ Professeur de soins infirmiers en psychiatrie communautaire, Ecole de la Source, Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale, Lausanne -‐ Infirmier spécialiste clinique, Service de psychiatrie communautaire, Département de psychiatrie du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, Lausanne.
Les témoignages des personnes qui se disent rétablies de la schizophrénie mettent en évidence un certain nombre d’ingrédients essentiels qui nécessitent d’être considérés par les professionnels de la santé. Le rétablissement est ici vu comme un processus de transformation qui permet d’intégrer l’expérience schizophrénique de façon à pouvoir mener une vie riche et pleine. L’espoir paraît être
un élément qui catalyse ce processus. Un travail de redéfinition de l’identité est également essentiel pour distinguer ce qui fait partie de la maladie de ce qui fait partie de la personne. Les symptômes psychotiques compliquent cette intégration. En effet, si les symptômes psychotiques comme les idées délirantes et les hallucinations font partie de la maladie, leur contenu fait partie de la personne. Le travail de rétablissement nécessite également de reconsidérer ses propres valeurs et d’établir de nouveaux buts. Finalement, l’autodétermination est le quatrième ingrédient que l’on retrouve dans ces témoignages. Par rapport à ces facteurs de salutogénèse, les professionnels ont la fâcheuse tendance à être iatrogène. Il s’agit maintenant d’intégrer ces nouvelles connaissances dans la relation thérapeutique.
• « La réhabilitation sociale : pour une approche individualisée et intégrée » (11h30 -‐ 12h30, Salle Europe)
Martial Van der Linden -‐ Professeur de Psychologie Clinique (Psychopathologie et Neuropsychologie), Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Université de Genève.
Notre exposé visera à montrer l’importance d’interventions psychosociales individualisées et à plusieurs facettes complémentaires. Ces interventions doivent être focalisées sur les dysfonctionnements psychologiques et les caractéristiques socio-‐environnementales spécifiques de la personne. Cette approche plurielle et intégrée de l’intervention psychosociale s’éloigne des approches basées sur un programme « tout fait » ou sur des courants (ou écoles) privilégiant un mode d’action particulier. Cela nécessite la mise en place d’une démarche d’évaluation clinique qui favorise la formulation d’une interprétation psychologique individuelle, prenant en compte la cooccurrence de difficultés psychologiques différentes, le caractère multifactoriel des difficultés psychologiques et l’hétérogénéité des mécanismes psychologiques qui les sous-‐tendent. Il s’agit d’examiner différents types de processus psychologiques (cognitifs, affectifs, motivationnels, relationnels) empiriquement fondés et de tenter de les intégrer dans une interprétation psychologique cohérente, conduisant en outre à l’identification du rôle des facteurs sociaux, des facteurs biologiques et des événements de vie. Enfin, l’évaluation de l’efficacité d’interventions psychosociales taillées sur mesure en fonction des difficultés d’une personne nécessite la mise en place de méthodes adaptées, permettant d’évaluer l’efficacité d’interventions dont le contenu peut différer d’une personne à l’autre, mais également d’études en cas uniques bien conçues aux plans méthodologique et statistique.
• “Réhacom et plasticité cérébrale”( 14h -‐ 14h45, Salle Europe)
Pr Thierry D’Amato -‐ Professeur de Psychiatrie, Chef de Pôle de psychiatrie de l'adulte au Centre Hospitalier "Le Vinatier" de Lyon -‐ Coordonnateur interrégional Rhône-‐Alpes-‐Auvergne du DES de psychiatrie -‐ Ancien directeur de l'équipe d'accueil universitaire 4166 de recherche en psychiatrie.
La remédiation cognitive (CRT, Cognitive remediation therapy) est un traitement non biologique qui a pour but de corriger les déficits cognitifs au moyen d'exercices répétés. Nous avons évalué l'impact d'une méthode de CRT assistée par ordinateur (Réhacom®) chez 39 patients schizophrènes stabilisés comparés à 38 patients non différents placés en condition contrôle. Quatre procédures ont été choisies pour entraîner les fonctions cognitives à différents stades du traitement de l'information :
attention/concentration, mémoire de travail, logique, et fonctions exécutives. Les performance des patients CRT ont significativement été améliorées à l'issue du traitement. Additionnellement, un échantillon de patients CRT, a été comparé à des patients schizophrènes sans remédiation cognitive et à des contrôles sains. Les patients de ces trois groupes ont passé deux IRM fonctionnelles à 3 mois d'intervalle, en réalisant des tâches verbales et spatiales, dans le but de vérifier si la remédiation cognitive pouvait contribuer à moduler l'activité cérébrale. Conformément à l'hypothèse, le groupe CRT présente des activations élevées de plusieurs régions cérébrales. Ainsi, un traitement CRT induit des adaptations physiologiques mesurables et associées avec l'amélioration des fonctions cognitives.
• « Le concept de soins orientés autour du Rétablissement: une réhabilitation psychosociale construite par les personnes malades elles-‐mêmes ? » (14h45 – 15h30, Salle Europe)
Dr Vincent Girard -‐ Praticien hospitalier, coordonateur de MARSS (mouvement et Action pour le Rétablissement Social et Sanitaire), invited lecturer à Yale program for recovery and community health.
Description de la mise en place et de l'évaluation d'un programme pilote de santé communautaire avec les personnes vivant dans la rue sur un longue durée et avec une/des pathologies psychiatriques sévère(s) à Marseille. L'intervention abordera la question du rétablissement des personnes mais aussi de la pratique des soins orientés autour du rétablissement comme variable évaluative.
• « Réhabilitation, logement et accompagnement » (Salle Europe)
Dr Dolores Torres -‐ Psychiatre des hôpitaux CHS Edouard Toulouse Marseille
La séparation du sanitaire et du social en France, depuis 1970, a eu pour conséquence( entre autres) de réduire le soin à la pathologie en excluant la problématique du logement, et de l'accompagnement à habiter un lieu c'est à dire à l'investir, à construire un espace personnel et privé.
Or dans les troubles psychiques sévères, la réalité est envahie, et l'espace de vie est le premier à en être le reflet.
Comment se reconstruire en étant soutenu dans le projet de trouver un logement et de le faire sien, constituera notre propos à partir de notre expérience de terrain à la Belle de Mai quartier très paupérisé, à Marseille, grâce à plusieurs outils, les appartements associatifs, l'accueil familial, le samsah A Artaud...
• « Les soins somatiques : une nécessité à la réhabilitation? » (Salle Europe)
Dr Djéa Saravane -‐ Chef de Service-‐Service des Spécialités-‐EPS de Ville Evrard, 93330 Neuilly sur Marne -‐ Membre Associé Centre Hospitalier Universitaire de Sherbrooke-‐Canada -‐ Président de l’Association Nationale pour la Promotion des Soins Somatiques en Santé Mentale (ANP3SM)
Depuis fort longtemps, la santé physique des patients atteints de pathologie mentale a été ignorée et même négligée. Le nombre croissant des travaux sur l’association entre pathologies organiques et pathologies mentales a permis de confirmer l’existence de comorbidités. Cette comorbidité
globalement sous-‐évaluée péjore le pronostic et rend plus complexe la prise en charge des patients et la compliance au traitement. Autre fait marquant, les patients souffrants de pathologie mentale ont une mortalité plus importante que la population générale. Ainsi l’espérance de vie est écourtée de 25 ans en moyenne par rapport à la population générale. Il est donc légitime de s’interroger sur l’existence d’un lien de causalité entre ces 2 types de pathologies, ou de facteurs favorisants cette association ou encore de pathologies induites par les traitements psychotropes. Alors comment parler de réhabilitation psychosociale si en amont l’approche globale d’un patient atteint de pathologie mentale n’est pas prise en compte. Ne gardons pas à l’esprit cette vision dualiste : esprit-‐
soma. Il convient de souligner la surmortalité de nos patients qui est le fait de maladies cardiovasculaires. Et ces événements cardiovasculaires sont fortement associés à des facteurs modifiables tels que la surcharge pondérale, la dyslipidémie, le diabète, l’HTA, le syndrome métabolique, le tabagisme. Les facteurs de risque métabolique et cardiovasculaire plus prononcés dans cette population sont également associés à la sédentarité, aux conditions socio-‐économiques faibles, à une mauvaise hygiène alimentaire mais également à l’utilisation de médicaments psychotropes. Dans ce contexte de comorbidités une alliance collaborative entre psychiatres, somaticiens et les équipes est absolument nécessaire ainsi que l’entourage du patient. Cette action coordonnée est de façon certaine un élément essentiel d’une prise en charge satisfaisante et peut conduire à une bonne réhabilitation, une qualité de vie meilleure pour les patients et espérons un allongement de l’espérance de vie.