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Au Sénégal, un mouvement citoyen contre la dépigmentation, avatar désastreux du modèle de beauté blanche.
Sylvie Braibant, avec AFP Mise à jour 18.02.2013 à 16:38
Entre août et septembre 2012, sont apparus à Dakar de larges panneaux publicitaires d'un produit cosmétique baptisé " Khesspetch ", expression en langue nationale wolof signifiant " Toute blanche ".
" Action rapide ", " résultats en 15 jours ", peut-on lire sur ces panneaux illustrés d'un tube de crème décapante et de deux photos d'une jeune femme : noire " avant ", très claire
" après " dépigmentation, pratique appelée localement " kheessal " (blanchiment).
" Ça nous a scandalisés ", l'affichage " sous-entendant que le Noir n'est pas beau puisqu'il suggère aux jeunes femmes de se transformer en 15 jours ! ", s'insurge alors Aisha Dème, responsable du portail culturel Agendakar.com.
Un modèle imposé par les industriels de la cosmétique et la presse féminine
" En réplique spontanée, on a voulu sublimer la femme noire et on a lancé 'ÑuulKukk', qui veut dire 'tout noir' ou 'toute noire' ", ajoute cette jeune femme à la peau foncée.
D'autres affiches, montrant cette fois une superbe femme noire, ont alors fait leur apparition dans Dakar. Un travail réalisé " gracieusement " par le photographe de mode Stéphane Tourné et des professionnels de la publicité.
La campagne ÑuulKukk est animée par des personnalités locales, dont les célèbres Keyt i (rappeur) et Dior Lô (styliste), mais aussi la militante des droits des femmes Kiné FatimDiop et la dermatologue Fatimata Ly, qui mène la lutte contre le " khessal " depuis dix ans au sein de l'Association internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (Aiida).
Le clip de ÑuulKukk contre KhessPetch - avec le poème Femme noire de Léopold Sédar Senghor
Les animateurs du mouvement sont très actifs sur Twitter (#nuulkukk), ont lancé une pétition qui a été bouclée fin septembre 2012 après avoir recueilli plus de 1.600 signatures en moins d'un mois. Ils ont créé un site et une page Facebook.
Coefficient / 3 Baccalauréat / blanc Session / 2017
Pour Fatimata Ly, il s'agit d'une question de santé publique car " dans la population générale, sur 100 femmes, 67 pratiquent la dépigmentation artificielle. "
Être blanche pour être " belle "
Le phénomène existe dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne et au sein de la diaspora noire. Au Sénégal, " c'est essentiellement une pratique féminine " même si on la retrouve chez les hommes " dans certains groupes particuliers, notamment chez les artistes ", constate toujours Mme Ly.
Les crèmes, laits ou gels éclaircissants contiennent des substances initialement destinées à un usage thérapeutique - des corticoïdes, de l'hydroquinone par exemple - devant être prescrites par un médecin. " Malheureusement, on peut les trouver sur tout le marché sénégalais. Ce sont des produits qui sont très accessiblesentre 1 et 1,5 euro ", soit cinq à six fois moins cher qu'en pharmacie, se désole Mme Ly.
Ces produits réduisent la capacité de l'organisme à " se défendre face aux infections "
diverses, ils ont aussi " des effets généraux sur la santé comme le diabète, l'hypertension artérielle ", met-elle en garde. Sur un ordinateur, elle fait défiler des photos montrant les ravages causés par ces produits : jambe enflée, tuméfiée ou avec une plaie béante, peau tachetée, brûlures, vergetures ...
Pour Aisha Dème, la campagne ÑuulKukk est devenue " un combat de santé publique.
La société nous impose des critères de beauté. Tout le monde met en avant les femmes de teint clair : journaux, magazines, clips. Ce que nous prônons aujourd'hui, c'est juste d'arrêter la dépigmentation. Qu'on arrête d'importer ces produits, de les vendre, qu'il n'y ait plus de publicité aussi scandaleuse. Ca va prendre le temps qu'il faudra, ça va être long, mais il faut se battre. "
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La dépigmentation artificielle et ses inconvénients : Un entretien avec le docteur Iftin Osman Moussa
14 décembre 2017 19 h 14 min 1 comment Views : 39
Docteur Iftin Osman Moussa est médecin généraliste depuis 2008, diplômée de médecine de l’Université de Pérouse en Italie. Elle est titulaire d’un diplôme d’Etudes Spécialisées en Dermatologie-Vénérologie obtenu à l’Université Cheick AntaDiop de Dakar en 2017. Elle est actuellement en fonction à l’hôpital de Balbala dit « Cheiko » en service de la dermatologie.
Qu’est-ce que la dépigmentation artificielle ?
La dépigmentation artificielle se définit comme l’ensemble des procédés visant à obtenir un éclaircissement de la peau dans un but cosmétique. Il s’agit d’une pratique bien connue en Afrique Noire, mais également observée dans les populations génétiquement foncées. Dans la littérature, la DA est encore appelée dépigmentation
cosmétique. En effet, la dépigmentation constitue un réel problème de santé publique en Afrique sub-saharienne. La dépigmentation artificielle provoque une morbidité importante et dans certains cas le pronostic vital est engagé. Dans certains pays, comme au Burkina Faso, elle constitue le 3ème problème de santé publique après le paludisme et les maladies respiratoires. En plus, du fait du caractère addictogène de cette pratique, on rencontre un fort impact socio-économique à cause du coût des produits utilisés.
Quelle est la fréquence d’utilisation de la DA à l’échelle mondiale ?
La dépigmentation artificielle est pratiquée sur plusieurs continents notamment l’Asie, l’Amérique, l’Europe et l’Afrique. Elle a été longtemps considérée comme un phénomène qui intéresse majoritairement les femmes .Néanmoins cette pratique se développe de plus en plus parmi les hommes (Afrique Centrale, Nigeria, Afrique du sud). En Europe, la dépigmentation artificielle est également visible à travers l’immigration. À Djibouti, les effets secondaires de la dépigmentation constituent le premier motif de consultation. Il semblerait que l’âge de début est souvent l’adolescence ou chez les adultes jeunes. Plus fréquentes chez les 15-45 ans avec une diminution de la prévalence chez les 45-55 ans.
Pourrez-vous nous expliquer les motivations des adeptes de la DA ?
Les principales motivations sont surtout le désir de beauté. Une influence de l’entourage (famille, amis ou autre, etc.) est très fréquente. La peau claire est très souvent associée à certaines valeurs comme la modernité, la féminité adulte et l’accès à un certain niveau social.
Quels sont les produits les plus utilisés ?
La gamme de produits utilisés évolue de manière importante au fil du temps ; la découverte de nouveaux produits va de pair avec l’ingéniosité des utilisateurs.
L’utilisation de produits naturels indigènes comme le jus de citron et les préparations à base de chlorure de mercure ont rapidement été remplacées par des produits pharmaceutiques qui sont souvent d’authentiques médicaments très différemment employés par rapport à ce que recommandent leurs indications.
La difficulté à contrôler les circuits de distribution fait qu’il est très difficile de réaliser un inventaire des produits utilisés. Néanmoins, nous pouvons distinguer les produits à base de corticoïdes (propionate de clobétasol), les produits à base d’hydroquinone, les produits à base d’iodure de mercure, -les produits injectables (gluthatione), et les autres produits (la vaseline salicylée à plus de 20 %, eau oxygénée, savons antiseptiques et hypochlorite de sodium qui affine la peau).
Par quels mécanismes ces produits détruisent-ils la peau ?
Ces produits bloquent la production de la mélanine, qui est la substance responsable de la coloration de la peau. La mélanine a une action photo-protectrice. C’est-à-dire que si on bloque la production de la mélanine, il n’y aura plus de protection contre l’agression des rayons ultraviolets. Egalement, ces produits diminuent l’épaisseur de la peau et rendent la peau fragile.
Quelles sont les complications dermatologiques fréquentes liées à la dépigmentation ?
C’est tout d’abord, les complications infectieuses, en particulier les mycoses dus aux champignons. Pourquoi ? Parce que les produits éclaircissants rendent fragile la peau (immunodépression cutanée) et les germes pénètrent dans la peau plus facilement. Le risque infectieux est directement proportionnel à la puissance, à la durée d’utilisation, à la surface d’application et à la quantité de produits appliqués.
La localisation faciale est remarquable par son extension jusqu’aux oreilles. Cette forme s’observe de plus en plus chez les femmes qui utilisent des corticoïdes (dermovate, moov) sur le visage. Le pityriasis versicolor (tâches blanches et parfois grises), est plus rencontré chez les femmes qui appliquent les produits sur la poitrine et les bras. En consultation, on constate des formes généralisées pouvant même atteindre les jambes et les pieds. La dépigmentation artificielle favorise aussi la gale.
Il s’agit de formes plutôt diffuses, avec des croûtes qui grattent beaucoup. L’érysi pèle de jambe chez les femmes qui se dépigmentent, est plus fréquent et plus grave, qui nécessite toujours une hospitalisation. Les complications non-infectieuses sont principalement : l’acné, les vergetures, les taches noires sur les joues et les mains, les poils sur le menton (hirsutisme).
Existe-t-il des risques de cancers de la peau lorsqu’on utilise les produits éclaircissants de la peau ?
Il a été démontré la survenue de carcinomes épidermoïdes, dont l’apparition est liée à l’exposition au soleil. Comme nous l’avons déjà expliqué, la mélanine protège la peau du soleil. Chez les femmes qui se dépigmentent pendant une longue période, la mélanine est absente, donc c’est possible de noter l’apparition du cancer de la peau.
Existe-t-il des traitements pour ces effets secondaires ?
La prise en charge comprend deux volets : curatif et préventif. Pour les infections, un traitement par voie orale est souvent requis en plus du traitement local. En ce qui concerne les séquelles esthétiques (tâches noires) le traitement est symptomatique, et reste possible.
Le volet préventif est essentiel. Il repose surtout sur l’information, l’éducation et la communication pour une meilleure sensibilisation, sur les effets néfastes de la dépigmentation artificielle. Cependant cette prévention passe aussi par la valorisation de la peau foncée ainsi qu’en remplaçant la diabolisation de la DA par une conscientisation des intéressées sur les dangers de la pratique et la beauté d’une peau saine.
Au niveau du ministère de la Santé, l’organisation des opérations de contrôle au niveau des marchés des produits cosmétiques, est essentielle. Aussi, Sensibiliser les femmes sur les dangers de cette pratique en organisant des compagnes de sensibilisation et l’information à travers le Mass media (Tv, Radio, Presse écrite, Réseaux sociaux … etc.)
Existe-t-il d’autres maladies non dermatologiques liées à la dépigmentation artificielle ?
Oui. Quand on applique sur le corps d’importantes quantités de corticoïdes pendant beaucoup d’années (Exemple : dermovate), les effets secondaires sont similaires à l’utilisation de corticoïdes par voie orale. La personne peut souffrir de diabète et d’hypertension artérielle.
L’application des corticoïdes sur la paupière expose au risque de glaucome cortisonique et de cataracte sous capsulaire. Les complications gynéco-obstétricales sont surtout : les troubles de la menstruation, le retard de cicatrisation d’une plaie de césarienne et le retard de croissance intra-utérine.
Que conseillez-vous aux consommatrices djiboutiennes de ces produits éclaircissants ?
Il faut se libérer de la croyance que la peau claire est synonyme de beauté. Les anglo- saxons disent : « Black isbeautiful ». La beauté d’une femme ne se limite pas à la couleur de la peau mais à sa personnalité, son allure et sa forme féminine. L’application de produits naturels comme le beurre de cacao ou beurre de karité, rend la peau souple, élastique et éclatante.
1. Résumé : 6 points
Résumez le document 2 en 10 lignes.
2. Questions d’analyse : 4 points
a) Etudiez les risques de la dépigmentation chez les femmes noires de peau dans ces deux documents.
b) Quels sont les moyens employés pour lutter contre ce phénomène.
2. Synthèse : 10 points
Faites la synthèse de ces deux documents en analysant les dangers et les préventions de la dépigmentation artificielle.