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Submitted on 24 Jan 2020
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Modéliser le processus de conception architecturale à l’aune d’une “ conception de la réception ” : étude
épistémologique
Louis Vitalis
To cite this version:
Louis Vitalis. Modéliser le processus de conception architecturale à l’aune d’une “ conception de la réception ” : étude épistémologique. Architecture, aménagement de l’espace. Conservatoire national des arts et metiers - CNAM, 2019. Français. �NNT : 2019CNAM1260�. �tel-02454109�
ÉCOLE DOCTORALE ABBÉ-GRÉGOIRE
UMR Modèles et simulations pour l’Architecture et le Patrimoine
Laboratoire de Modélisations pour l’Assistance à l’Activité Cognitive de la Conception
THÈSE
présentée par : Louis VITALIS
soutenue le 17 décembre 2019
pour obtenir le grade de : Docteur du Conservatoire National des Arts et Métiers
Discipline : Aménagement de l’espace, urbanisme / Spécialité : Architecture, Urbanisme et Environnement
Modéliser le processus de conception architecturale à l‘aune d‘une « conception
de la réception ».
Étude épistémologique. (tome 1)
THÈSE dirigée par :
M. GUÉNA François Professeur des Écoles d’Architecture, ENSA de Paris - La Villette, directeur de thèse
Jury :
M. CAMUS Christophe Professeur des Écoles d’Architecture, ENSA de Bretagne, rapporteur M. RAYNAUD Dominique Maître de conférences, Université Grenoble Alpes UFR SHS, rapporteur M. MALFROY Sylvain Professeur, ZHAW de Winterthur, HEM de Genève-Neuchâtel, président
du jury
Mme LECOURTOIS Caroline Architecte Urbaniste de l’État, examinatrice
Mme SCHMID Anne-Françoise Maître de conférences honoraire, INSA de Lyon, chercheur associé, Chaire Théorie et Méthodes de la Conception Innovante, MinesParistech, examinatrice
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Remerciements
Une thèse, à lřimage de la recherche, est un travail de part en part collectif. Si jřai lřimmense honneur de pourvoir la signer et dřen assumer la responsabilité, il va de soi que son accomplissement nřaurait jamais été envisageable sans ces échanges avec un ensemble dřinterlocuteurs, de savoirs et dřexpériences dont il mřest seulement possible de remercier ici quelques personnes :
François Guéna, mon Directeur de thèse, pour son écoute, ses conseils avisés et sa confiance malgré mes errements.
Le comité constitué ad hoc pour le suivi informel de cette recherche ; Philippe Boudon, pour la profondeur de ses remarques et la grandeur de ses vues portées sur mon travail, Caroline Lecourtois, pour lřacuité de son questionnement et la précision dans ses critiques chaque fois salutaires, Catherine Deshayes, pour sa bienveillance ininterrompue dans lřadministration dřune critique toujours précise et pour sa compréhension transversale des enjeux de ma recherche.
Jean-Louis Le Moigne, Jean-Michel Léger, Dominique Raynaud qui, me faisant lřhonneur de quelques échanges, ont éclairé pour moi leur travaux dans la perspective de lřusage que je pouvais en faire. Les enseignants de ma formation initiale à lřENSA Paris Val de Seine pour avoir accompagné mes premiers pas dans la recherche architecturale : Elizabeth Mortamais, Emmanuel Doutriaux, Anne-Marie Guillaume, Dana Joulin. Mes étudiants du postmaster Recherches en architecture de lřENSA La Villette qui mřont forcé à clarifier toujours plus mon propos.
Véronique Fernandes, Valérie Ebersohl, Nathalie Badet-Wyler, pour mřavoir aidé à accéder aux différentes archives concernant le concours du parc de La Villette.
Tous ceux qui ont participé directement ou indirectement à la réalisation de cette recherche.
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Résumé
Il arrive que lřarchitecture soit critiquée pour les usages quřelle a « produits » ou ceux quřelle a « interdits » (un certain désaveu des grands ensembles en est symptomatique). Parfois, la critique porte justement sur le décalage entre lřintention dřorigine et lřeffet réellement produit (les grands ensembles étaient à lřépoque pétris dřhumanisme). Mais la connaissance de cette intention fait défaut, et engage donc à un travail de recherche.
Les théories de la conception ont pour objet une certaine intelligibilité de la conception. Mais il semble que lřactivité de conception explicitée par ces théories, se concentre essentiellement sur lřartefact architectural pris dans ses dimensions tangibles et matérielles. Sřintéressant au contraire à la « réception » imaginée par lřarchitecte, la question se pose de savoir si nous sommes en mesure de connaître la conception de modes de vie, lřinvention dřusages et dřexpériences… Lřancrage dans les sciences de la conception nous engage à nous détacher dřapproches telles que celle de la sociologie des usages, puisque nous nous intéressons à des récepteurs qui nřexistent pas encore et ne sont que représentés ou anticipés. Le concept de « conception de la réception » construit dans ce travail signifie cette appropriation de la réalité de la réception par la cognition des concepteurs. En effet, le phénomène dont lřexplicitation est visée est un processus de pensée, une capacité mentale.
Ce travail définit deux corpus imbriqués. Dřune part lřarchitecturologie qui constitue un cas de théorie de la conception dont il est possible de faire lřétude épistémologique critique.
Dřautre part, les projets de Bernard Tschumi et de Rem Koolhaas pour le parc de La Villette en 1982 qui constituent des cas de processus de conception et un terrain dřapplication pour une étude architecturologique.
ŕ Lřarchitecturologie est choisie comme cas de théorie de la conception pour les raisons quřelle prend en compte la spécificité de lřarchitecture et quřelle est caractérisée par une construction formelle, un potentiel de généralisation et une forte capacité modélisatrice. Elle constitue ainsi un terrain dřétude privilégié pour étudier la capacité dřune théorie à énoncer quelque chose de la « conception de la réception » architecturale. Toutefois, la méthode, construite dřune manière générique, est à même dřétudier dřautres théories de la conception.
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ŕ Les parcs de la Villette de Bernard Tschumi et de Rem Koolhaas sřoffrent comme une matière pertinente à lřétude, parce quřils proposent tout deux des usages particulièrement singuliers et répondent à un programme dřinnovation sociétale.
Le dispositif expérimental consiste alors à observer la théorie en la mettant en action sur ces cas de conception particuliers. La modélisation résultante permet dřévaluer la capacité de la théorie à décrire la « conception de la réception ». Le résultat de cette mise à lřépreuve ouvre ensuite à un travail de consolidation théorique.
Mots-clefs : épistémologie de la conception architecturale, constructivisme épistémologique, anticipation des usages, architecturologie, opérations cognitives de conception, modèles et modélisations de la conception, philosophie des sciences de lřarchitecture, schèmes et schématisme, narratologie.
Abstract
To model the architectural design process with regard to a ―reception design‖.
Epistemological study.
Architecture happens to be criticized for the uses it « produced » or it « forbid » (the general disapproval of the French « Grands ensembles » being one typical case). Sometimes the critic focuses fittingly on the gap between original intentions and the real effect (the « Grands Ensembles » were at their time supported by a humanistic enthusiasm). But the knowledge of such an intention is lacking and compels to lead this research.
Design theories aim a certain intelligibility of the design process. However, it appears that the design explained by those theories is the one that designs the architectural artifact in its tangible and material aspects. But, taking interest in the Ŗreceptionŗ of that artifact, the question to ask is whether we are able to know the design of ways of life, the inventions of uses and experiences… The frame of design sciences (H. A. Simon) imply to withdraw from approaches like usage studies and sociological points of view, since we focus on users that do not exist yet but are represented or anticipated. The concept of Ŗconception of the receptionŗ elaborated in this work means this uptake of the reality of the reception by designersř cognition. Indeed, the phenomenon we aim to elucidate is a thinking process, a mind ability.
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This work defines two nested researchesř bodies: one being the French theory, Ŗarchitecturologyŗ (Ph. Boudon, Ph. Deshayes, C.Lecourtois), a case of a design theory which will be epistemologically and critically analyzed; the other one, the projects of Bernard Tschumi and Rem Koolhaas at for the La Villette park comptetition in 1982 which are cases of design processes. These design cases are the field where an architecturological study is applied.
ŕ The reason why architecturology is chosen, is that it takes the specificity of architecture into account, and that it is characterized by a formal construction, a generalization potential and a strong modelling capacity. Therefor it is taken as an advantageous field to study the capacity of a theory to state something about the architectural Ŗconception of the receptionŗ. Whatever, the methods is built in a generic way and could study other theories.
ŕ The park of La Villette projects are relevant to study as they both suggested particularly unexpected usages and met a social innovation program.
The experimental device consists then in observing the theory by putting it in action on particular study cases. The modelling result of it allows evaluating the capacity of a theory to describe the Ŗconception of the receptionŗ. The result of this theoretical probation may open afterwards to a theoretical consolidation work.
Keywords: architectural design epistemology, epistemological constructivism, uses anticipation, architecturology, cognitive design operations, design models and modelling, philosophy of architectural sciences, schemata and schematism, narratology.
Riassunto
Modellare il processo di progettazione architettonica alla luce di un "design della ricezione". Studio epistemologico.
A volte l'architettura viene criticata per gli usi che ha "prodotto" o per quelli che ha "proibito"
(un certo disconoscimento dei "grands ensembles" del dopo guerra francese è sintomatico). La critica riguarda spesso il divario tra l'intenzione originale e l'effetto realmente prodotto (i
"grands ensembles" erano considerati all'epoca carichi di valori umanisti). La conoscenza di questa intenzione è carente e richiede un lavoro di ricerca.
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Le teorie del design hanno lo scopo di fornire una certa intelligibilità del design stesso.
Sembra però che l'attività progettuale spiegata da queste teorie si concentri essenzialmente sul prodotto architettonico nelle sue dimensioni tangibili e materiali.
Quando invece ci si interessa alla Ŗricezioneŗ, è legittimo chiedersi se siamo in grado di conoscere la concezione degli stili di vita, l'invenzione degli usi e delle esperienze.... Il radicamento nelle scienze della progettazione (H. A. Simon) ci impone di distaccarci da approcci come la sociologia degli usi, poiché ci interessiamo a dei riceventi (o destinatari) che non esistono ancora e sono solo rappresentati o suggeriti. La nozione di "design della ricezione", elaborata in questo lavoro di ricerca, mette in luce la capacità dei progettisti di pensare la ricezione prima che accade. Il fenomeno che si cerca di spiegare è un processo del pensiero, una capacità mentale.
Questo lavoro identifica due corpus intrecciati: da un lato, l' "architetturologia" (cf. Ph.
Boudon, Ph. Deshayes, C. Lecourtois), un caso di teoria del design, di cui è possibile condurre uno studio epistemologico critico. Dall'altro, i progetti di Bernard Tschumi e Rem Koolhaas per il parco della Villette del 1982, inquanto esempi del processo di progettazione.
Questi due esempi costituiscono un campo di applicazione per un'indagine architetturologica.
ŕ La scelta dell'architetturologia come esempio di teoria del design è motivata dal fatto che essa tiene conto delle specificità dell'architettura ed è caratterizzata da una costruzione formale, un potenziale di generalizzazione e una forte capacità di modellizzazione. Per queste caratteristiche essa ci offre la possibilità di studiare come una teoria possa esprimersi in materia di "concezione architettonica della ricezione". Inoltre il metodo ha valore generale, tanto da permattere di analizzare altre teorie del design.
ŕ I parchi de La Villette di Bernard Tschumi e Rem Koolhaas sono rilevanti per lo studio poiché entrambi propongono funzioni singolari e rispondono a un programma di innovazione sociale.
Il piano sperimentale consiste quindi nell'osservare la teoria, applicandola a dei casi particolari. Il modello che ne risulta viene utilizzata per valutare la capacità della teoria di descrivere il "design della ricezione". Il risultato di questo test apre quindi la strada a un lavoro di consolidamento teorico.
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Parole chiave : epistemologia della progettazione architettonica, costruttivismo epistemologico, anticipazione degli usi, architetturologia, operazioni cognitive di progettazione, modelli e modellizzazione del design, filosofia delle scienze architettoniche, schemi e schematismo, narratologia.
Zusammenfassung
Modellierung des architektonischen Entwurfsprozesses in Hinblick auf einen « Entwurf der Rezeption ». Epistemologische Studie.
Manchmal wird die Architektur für die Nutzungen kritisiert, die sie "produziert" oder
"verboten" hat (eine gewisse Geringschätzung der "grands ensembles" der französischen Nachkriegszeit ist dafür symptomatisch). Manchmal geht es bei der Kritik gerade um die Kluft zwischen der ursprünglichen Absicht und der tatsächlich erzeugten Wirkung (die
"grands ensembles" waren damals vom Humanismus inspiriert). Aber eine tiefere Erkenntnis dieser Zielsetzung fehlt und erfordert daher Forschungsarbeit.
Gestaltungstheorien zielen darauf ab, eine gewisse Verständlichkeit des Entwurfprozess zu vermitteln. Aber es scheint, dass sich die durch diese Theorien erklärte Entwurfstätigkeit im Wesentlichen auf das architektonische Objekt in seinen konkreten und materiellen Dimensionen konzentriert. Wenn wir uns dagegen für die "Rezeption" interessieren, stellt sich die Frage, ob wir den Entwurf von Lebensstilen sowie zukünftige Nutzungs - und Erfahrungsausgestaltungen erkennen können.... Die Verankerung in den Wwissenschaften vom Entwerfen (H. A. Simon) verpflichtet uns, uns von Ansätzen wie der Soziologie der Nutzungen zu lösen, da wir uns für Rezipienten interessieren, die noch nicht existieren und nur vorgestellt oder antizipiert werden. Das in dieser Arbeit entwickelte Konzept des
"Entwurfs der Rezeption" bedeutet, dass sich die Architekten kognitiv die Realität der Rezeption zu eigen machen. In der Tat ist das Phänomen, das hier beleuchtet werden soll, ein Denkprozess, eine geistige Fähigkeit.
Diese Arbeit definiert daher zwei miteinander verflochtene Korpusse: Einerseits ist die ŖArchitekturologieŗ (Ph. Boudon, Ph. Deshayes, C.Lecourtois) ein Fall der Gestaltungstheorie, die man einer kritischen epistemologischen Studie unterziehen kann.
Andererseits sind Bernard Tschumis und Rem Koolhaas' Projekte für den Park von La Villette
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aus dem Jahr 1982 Beispiele für Entwurfsprozesse. Diese Entwurfsbeispiele sind ein Anwendungsgebiet für eine « Architekturologie-Studie ».
ŕ Die « Architekturologie » wird als Fallstudie in der Gestaltungstheorie gewählt, weil sie die Spezifität der Architektur berücksichtigt und sich durch eine formale Konstruktion, ein Verallgemeinerungspotential und eine starke Modellierungsfähigkeit auszeichnet. Sie stellt deshalb einen besonders geeigneten Studiengegenstand dar, um zu untersuchen, inwieweit eine Theorie in der Lage ist, etwas von dem architekturalen "Entwurf der Rezeption" zu vermitteln. Allerdings ist die Methode auf eine so allgemeine Weise konstruiert, dass man auch andere Gestaltungstheorien damit untersuchen kann.
ŕ Bernard Tschumis und Rem Koolhaasř Entwürfe für den Park von La Villette sind für die Studie relevant, da sie beide besonders originelle Nutzungsmöglichkeiten bieten und einem gesellschaftlichen Innovationsauftrag Rechnung tragen.
Das experimentelle Design besteht dann darin, die Theorie zu beobachten, indem es sie auf bestimmte Entwurfsbeispiele anwendet. Die daraus resultierende Modellierung ermöglicht es zu beurteilen, inwieweit die Theorie den "Entwurf der Rezeption" beschreiben kann. Das Ergebnis dieser Prüfung öffnet dann den Weg zu einer theoretischen Konsolidierungsarbeit.
Stichworte: Epistemologie des architektonischen Entwurfsprozesses, epistemologischer Konstruktivismus, Antizipierung der Nutzungen, Architekturologie, kognitive Entwurfsvorgänge, Designmodelle und Modellierung, Philosophie der Architekturwissenschaften, Schemata und Schematismus, Erzähltheorie.
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Table des matières
Introduction ... 17
De la conception à la « conception de la réception » ... 18
De la « conception de la réception » à la question de sa connaissance ... 23
Du caractère épistémologique de cette recherche ... 27
PREMIÈRE PARTIE : Que peut être une « conception de la réception » ? ... 35
Chapitre 1 ŕ Position du problème : connaissances de la réception et connaissances de la conception. ... 37
Section A ŕ La réception vue par les sciences humaines et sociales : un détour par la réception effective ... 38
1. La réception des œuvres littéraires et artistiques ... 38
1.1. Lřécole de Constance ... 38
1.2. Quelques autres approches de la réception... 46
2. Les études de la réception appliquées à lřarchitecture ... 48
2.1. Apports aux recherches sur lřarchitecture ... 48
2.2. Ces études de la réception qui nřen portent pas le nom ... 49
2.3. Lřobstacle de la spécificité de lřarchitecture ... 50
3. Esquisse épistémologique des « sciences de la réception » ... 53
3.1. Forme des connaissances sur la réception de lřarchitecture ... 53
3.2. Méthodes produisant des connaissances sur la réception de lřarchitecture.. 54
3.3. Objectifs des connaissances sur la réception de lřarchitecture... 56
4. La « conception de la réception » dans lřétude de la réception ? ... 59
Section B ŕ La réception vue par les architectes : un détour par la pratique ... 60
1. Le corpus « Extraits de discours dřarchitectes relatifs à la réception » ... 60
1.1. Constitution dřun corpus de discours ... 60
2. Analyse des discours dřarchitectes relatifs à la réception ... 63
2.1. Analyse des divergences dans le corpus... 63
2.2. Analyses des convergences dans le corpus ... 65
2.3. Analyse exploratoire par entretien ... 70
Conclusion intermédiaire ... 73
Définition dřindicateurs de la réception ... 73
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Choix méthodologique de la réception matérielle de lřarchitecture ... 79
Section C ŕ La réception vue par les sciences de la conception ... 83
Précision sur le choix du sens internaliste donné à la notion de conception dans cette thèse ... 84
1. Lřarchitecturologie ... 85
1.1. Présentation de lřarchitecturologique ... 86
1.2. Réception et perception dans lřarchitecturologie ... 93
1.3. La réception dans la modélisation architecturologique ... 98
2. La schématologie ... 105
2.1. Présentation de la schématologie ... 105
2.2. La réception dans la modélisation schématologique ... 112
3. Les design studies ... 115
3.1. Présentation du contexte dřémergence des design studies ... 115
3.2. La systémique de la conception et la réception ... 121
3.3. Les sciences du design et la réception ... 131
4. La théorie C-K ... 141
4.1. Présentation de la théorie C-K... 141
4.2. La réception dans la théorie C-K ? ... 148
5. Autres approches intéressant la présence de la réception dans la conception .... 153
5.1. La méthode de génétique de Gilbert Simondon ... 153
5.2. Lřergonomie cognitive ... 166
5.3. Études de la programmation architecturale ... 178
Conclusions de fin de chapitre ... 188
Chapitre 2 ŕ Approcher la « conception de la réception »... 191
Section A ŕ pars destruens, ce que la « conception de la réception » nřest pas ... 192
1. Multiplicité des langages disciplinaires relatifs à la réception ... 192
1.1. Pas de transdisciplinarité sans disciplines sous-jacentes ... 193
1.2. Insuffisance de prémisses théoriques (le langage de Bernard Tschumi).... 199
1.3. Lřabsence de référent dans les représentations de la réception ... 202
2. Autonomie des problèmes de conception ... 207
2.1. La « conception de la réception » ne se réduit pas à la prise en compte de la réception ... 208
12
2.2. La « conception de la réception » est sans rapport particulier avec la
participation ... 210
Section B ŕ pars construens, du quoi au comment ... 214
1. De lřinconnu de la « conception de la réception » à un modèle a priori ... 214
1.1. Compréhension et extension : des obstacles au concept de « conception de la réception » ... 214
1.2. Déformation : une ouverture pour le concept de « conception de la réception » ... 220
1.3. La « conception de la réception » comme question heuristique... 227
2. Définition dřun positionnement hybride dans les champs disciplinaires ... 232
2.1. Présentation du formalisme de lřhybridation de Dominique Raynaud ... 232
2.2. Application du modèle de lřhybridation ... 235
Conclusions de fin de chapitre ... 239
DEUXIÈME PARTIE : Comment connaître la « conception de la réception » ?... 241
Chapitre 3 ŕ Conditions dřune expérience épistémologique ... 243
Section A ŕ Méthodologie : questionner les théories au travers de leurs modèles ... 244
1. Les moyens de la connaissance en question ... 244
1.1. Inadéquation de la pratique scientifique de traduction ... 244
1.2. Paradigmes des pratiques scientifiques et crises des paradigmes ... 245
2. Modèles et modélisations, moyens scientifiques à questionner ... 248
2.1. Dřune interrogation sur les théories à une interrogation sur les modèles .. 248
2.2. Modèles et pluralisme des modèles : de la validité à la capacité ... 250
2.3. Modèles et méthode dřévaluation des modèles ... 252
3. De lřobservation de la mise en œuvre des moyens scientifiques ... 254
3.1. Lřexpérience de la théorie par le terrain, des théories imprégnées de faits 254 3.2. Une méthode générique pour des perspectives comparatistes ... 256
3.3. Renouvellement des paradigmes et consolidations théoriques ... 257
Section B ŕ Méthode dřévaluation des modèles de la conception ... 259
1. Principes du protocole ... 259
2. Protocole de lřexpérience ... 261
3. Le protocole au sein du plan méthodologique général de la thèse ... 269
Conclusions de fin de chapitre ... 271
Chapitre 4 ŕ Organisation de lřexpérience ... 273
13
Section A ŕ Les indicateurs de la « conception de la réception » (étape 1 du protocole) .... 274
1. Conditions de la construction des indicateurs ... 274
1.1. Rappel du rôle des indicateurs... 274
1.2. Conditions de validité des indicateurs ... 277
2. Modalité de construction des indicateurs ... 281
2.1. Lřinterdisciplinarité dans la discontinuité disciplinaire : lřobjet intégratif 281 2.2. Application de lřidée dřobjet intégratif à la construction des indicateurs .. 284
3. Définition des indicateurs ... 287
3.1. Les indicateurs liés à la réception... 287
3.2. Les indicateurs liés à la conception ... 289
3.3. Lřarticulation : les indicateurs de « conception de la réception » ... 291
4. Fonctionnement des indicateurs ... 294
4.1. Fonctionnement a priori des indicateurs ... 294
4.2. Fonctionnement a posteriori des indicateurs ... 296
4.3. Évaluation des indicateurs ... 308
Section B ŕ Théories et cas dřétude : les variables de lřexpérience ... 314
1. Théorie à tester (étape 2 du protocole) ... 314
1.1. Critères de choix ... 314
1.2. La théorie prise comme objet pour les besoins de lřexpérience ... 318
2. Cas dřétude à modéliser (étape 3 du protocole) ... 318
2.1. Saillance de la « conception de la réception » dans le corpus ... 318
2.2. Cohérence comparatiste du choix des cas de conception à modéliser ... 320
Conclusions de fin de chapitre ... 322
TROISIÈME PARTIE : Lřexpérience de la modélisation architecturologique sur le parc de La Villette ... 329
Chapitre 5 ŕ Modélisations architecturologiques des cas de conception (étape 4 du protocole) ... 331
Section A ŕ Modélisation de la programmation du parc de La Villette ... 332
1. Présentation des données modélisées et remarques préalables ... 332
1.1. Description du corpus étudié ... 332
1.2. Rappels historiques sur le contexte du concours ... 333
1.3. Questions méthodologiques et enjeux de lřétude du programme... 337
2. La conception du Parc de La Villette dans le programme du concours ... 340
14
2.1. Données prises en compte dans la conception de la Villette ... 340
2.2. Unités à concevoir et mise en système ... 349
2.3. Aspects déterminés du parc dans le programme ... 355
2.4. Aspects spécifiques liés au programme comme conception ... 360
Section B ŕ Modélisation de la conception de Bernard Tschumi ... 365
1. Présentations des données modélisées et remarques préalables ... 365
1.1. Description du corpus étudié ... 365
1.2. Particularité de la conception de Bernard Tschumi : totalités simultanées 366 1.3. Architecturologie appliquée et totalité simultanée ... 368
2. La conception du parc de La Villette de Bernard Tschumi ... 372
2.1. La conception du parc de La Villette avant le concours du parc : les superpositions espaces-évènements et les folies du XXème siècle ... 372
2.2. Rencontre avec les enjeux du concours de La Villette ... 408
2.3. Lřorganisation des <niveaux de conception>... 413
2.4. La conjonction des <niveaux de conception> ... 442
Section C ŕ Modélisation de la conception de Rem Koolhaas (OMA) ... 455
1. Présentation des données modélisées ... 455
2. La conception du parc de La Villette de Rem Koolhaas ... 456
2.1. Mise en place des enjeux de la conception... 456
2.2. Déclic initialisant : mise à lřécart de la nature ... 461
2.3. Organisation des <niveaux de conception> ... 466
2.3. Conjonction des <niveaux de conception> ... 488
2.4. Le retour du thème de la nature ... 503
Conclusions de fin de chapitre ... 508
Chapitre 6 ŕ Évaluation des capacités de lřarchitecturologie à modéliser la « conception de la réception » (étapes 5, 6 et 7 du protocole) ... 509
Section A ŕ Mise en œuvre de lřévaluation ... 510
1. Extraction des moments de conceptions pertinents ... 510
2. Application des indicateurs ... 511
2.1. Application aux extraits de la conception de Bernard Tschumi ... 511
2.2. Application aux extraits de la conception de Rem Koolhaas ... 528
2.3. Application aux extraits du programme ... 537
Section B ŕ Interprétation des résultats de lřexpérience ... 541
15
1. De la connaissance architecturologique de la « conception de la réception » ... 541
1.1. Apports à la connaissance de la « conception de la réception »... 541
1.2. Carences à la connaissance de la « conception de la réception » ... 543
1.3. Exploration heuristique de la signification du manque à connaître ... 545
2. Apport de la démonstration expérimentale à la connaissance de lřarchitecturologie ... 548
2.1. Un modèle « orienté objet » de la conception et lřobjection de lřévidence 548 2.2. La réponse au plan des conditions dřassertabilité ... 549
Conclusions de fin de chapitre ... 552
QUATRIÈME PARTIE : Construire une « conception de la réception » ? ... 553
Chapitre 7 ŕ Élaborations conceptuelles ... 555
Section A ŕ Réflexivité épistémologique interne à lřarchitecturologie ... 556
1. Obstacle épistémologique rencontré ... 556
1.1. La matière comme obstacle épistémologique ... 557
1.2. Lřarchitecturologie comme projet ouvert ... 562
2. Quel embrayage pour la « conception de la réception » ... 565
2.1. Lř<embrayage> architecturologique, la correspondance au réel ... 565
2.2. Trois critiques de lř<embrayage> ... 567
2.3. Vers un <embrayage> spécifique de la « conception de la réception » ... 575
3. Vers un modèle architecturologique de la « conception de la réception » ... 581
3.1. Lřenvers du modèle orienté objet : le modèle « orienté sujet » ... 581
3.2. Retour à la mesure ... 583
Section B ŕ Émergences empiriques ... 587
1. Distinctions entre types dřopérations ... 587
1.1. Opérations de conception du récepteur ... 588
1.2. Opérations de conception de la relation artefact-récepteur ... 595
2. La question de lřindétermination ou le besoin de stratégie ... 601
2.1. De la conception de la conception ... 602
3. Vers une typologie de la « conception de la réception » ... 606
3.1. Les indicateurs comme outils conceptuels de distinction des types ... 606
3.2. Six types de raisonnements de « conception de la réception » ... 607
Section C ŕ Transferts de concepts ... 616
1. Depuis des théories de la narration... 616
16
1.1. Conditions épistémologiques dřun rapprochement ... 617
1.2. Pistes de descriptions narratologiques de la conception architecturale ... 620
2. Depuis des sciences cognitives... 628
2.1. Les concepts de propriété de premier ordre et de second ordre ... 630
2.2. Le concept de profondeur variable ... 632
3. Depuis un point de vue phénoménologique ... 635
3.1. Noèse/noème : du sujet à lřobjet et réciproquement ... 635
3.2. Lřarchitectural comme phénomène noético-noématique ... 637
Conclusions de fin de chapitre ... 649
CONCLUSION ... 651
De la connaissance de la « conception de la réception »... 652
* * * ... 656
Annexes ... 659
Bibliographie ... 660
Liste des figures ... 697
Index ... 703
Annexe 1 - Corpus « Extraits de discours dřarchitectes relatifs à la réception » ... 707
Annexe 2 Ŕ Application des indicateurs au corpus « Extraits de discours dřarchitectes relatifs à la réception » ... 725
Annexe 3 Ŕ Mesure de la saillance de la « conception de la réception » dans les extraits du corpus « Extraits de discours dřarchitectes relatif à la réception » ... 733
Annexe 4 Ŕ Entretien sur la conception du parc de La Villette avec Luca Merlini ... 734
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Introduction
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« Un problème philosophique est une exigence dřexplication adéquate formulée dans un langage acceptable. Si nous sommes prêt à tenir tout pour compris, il ne nous reste rien à expliquer ; tandis que si nous refusons systématiquement de tenir pour clair, fût-ce à titre provisoire, quoi que ce soit, alors aucune explication ne peut être donnée. Ce qui nous intrigue en tant que problème et ce qui nous satisfera comme solution dépendra de la ligne que nous traçons entre ce qui est déjà clair et ce qui a besoin dřêtre clarifié. » Nelson Goodman,
Faits, fictions et prédictions, Éditions de Minuit, Paris, 1984 [1954], p.53
Cette thèse sřadresserait volontiers au domaine de lřépistémologie de la conception architecturale si un tel domaine était effectivement constitué, travaillé, réfléchi par une communauté de chercheurs identifiée. Plutôt que dřidéaliser ou de désespérer de cette situation, cette thèse tentera de contribuer à son émergence en sřadressant dřabord à deux domaines. Dřune part, elle sřadresse au domaine des sciences de la conception appliqué à la conception architecturale, avec toutefois lřinflexion particulière qui consiste à prendre un point de vue épistémologique sur la production de connaissances que permettent ces sciences.
Dřautre part, elle sřadresse au domaine de la philosophie des sciences et de lřépistémologie, avec toutefois lřinflexion particulière qui consiste à traiter des sciences de la conception qui nřest pas apparemment le plus commun des intérêts des épistémologues.
De la conception à la « conception de la réception »
De même que les sciences de la conception opèrent un déplacement de lřobjet architectural vers le travail qui lřa produit, il faut maintenant opérer certains déplacements pour permettre de situer le problème abordé par ce travail :
19 La réception vue depuis la conception ?
Le problème que cette thèse cherche à poser est celui de la relation entre conception et réception au sein même de la conception. Il sřagit de sřinterroger sur le fait que des processus de conception architecturaux ne sont pas uniquement des processus de détermination de la forme, de la matière ou des qualités physiques de lřespace architectural tangible, mais que des processus de conception architecturaux sřingénient également à inventer des manières dřhabiter ces formes et ces espaces, dřinventer des expériences subjectives, des modes de vie, des usages. Pourtant, la recherche en architecture distingue généralement deux moments : le moment de la conception dřun côté qui est le processus au cours duquel lřarchitecture qui nřexiste pas encore est élaborée, dans lřespace mental de lřarchitecte, par le biais de représentations et de collaborations diverses. Ce moment va en général jusquřà la construction. De lřautre côté, le moment de la réception est ce qui suit la conception, une fois lřarchitecture construite, elle peut être perçue, habitée, vécue, expérimentée, des habitants se lřapproprient, des usages sřy développent, lřarchitecture abrite une vie humaine, des critiques la jugent. La conception précède la réception, la réception suit la conception et les sciences mobilisées pour décrire la conception (sciences de la conception, psychologie de lřinvention, etc.) diffèrent des sciences mobilisées pour décrire la réception (sociologie des usages, psychologie de lřappropriation, anthropologie urbaine, etc.).
Or, cette manière de départager les domaines nřapparait pas satisfaisante dès lors que la question se pose de savoir comment la conception architecturale conçoit la réception future de lřarchitecture. Car, si la ligne temporelle du processus conception-réception implique la succession, intégrer la réception dans la conception signifierait alors une singulière torsion de ce processus et apparaît intuitivement paradoxal.
Pour illustrer dřemblée la question, citons des extraits de ce qui constituera par la suite nos cas dřétude : Bernard Tschumi pendant la conception du parc de La Villette parle de « patiner dans la serre tropicale au son du piano » (Tschumi, 1984b, p. 34). Rem Koolhaas au sujet du Downtown Athletic Club quřil utilise pour la conception du parc de La Villette parle de
« dégustation dřhuitres en gant de box nu au 9ème étage » (Koolhaas, 1983b). Comment comprendre ces situations qui disent quelque chose de la réception alors quřelles appartiennent au processus de conception ? Comment de tels énoncés sont possibles et que peuvent-ils signifier ? Le problème posé est donc en partie linguistique et les questions de langage constitueront un des fils conducteurs de cette recherche.
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Pour éviter le paradoxe, il faudra trouver le moyen de contourner ce partage entre conception et réception et ses implications épistémologiques. Ce problème ainsi sommairement posé sera désormais désigné dans cette thèse sous le vocable de « conception de la réception ».
De la réception à la réception conçue
La réception est généralement étudiée en tant que phénomène observable une fois les bâtiments construits. Certains travaux se sont ainsi proposé des évaluations de lřarchitecture à la lumière de sa réception par les habitants, il est possible de citer ici (Boudon, 1969;
Chombart de Lauwe, 1960; Léger, 1990, 2004). Avec des objectifs différents, la réception a fait aussi lřobjet dřétude sur des temporalités plus longues, ancrée notamment dans des disciplines historiques et parfois inspirées des études littéraires, il est possible de citer (Klein
& Louget, 2002a; Monnier, 2006b).
Mais quřen est-il lorsque la réception correspond à un fait cognitif, à une pensée issue de lřimagination dřun concepteur ? Car la conception est entendue ici au sens que leur donnent les sciences de la conception, cřest-à-dire dřun processus cognitif1. Pour reprendre lřexemple de Bernard Tschumi, le patineur qui traverse la serre tropicale, est une représentation mentale, elle nřest donc pas observable avec les méthodes de la sociologie des usages. Il nřest pas possible de se livrer à une observation participante ou à des entretiens pour recueillir des données sur ce patineur. Le terme de « réception conçue » sera alors utilisé pour désigner des réceptions en tant que phénomènes imaginés par des concepteurs, dont la réalité est cognitive.
Les guillemets seront donc conservés à la fois pour lřidentifier comme unité sémantique et pour signifier son caractère problématique.
Réception conçue versus réception effective
Dès lors, il faudra différencier deux catégories de réceptions, puisque la « réception conçue » désigne la manière dont est pensée la réception par des concepteurs avant quřelle existe, nous désignerons par « réception effective », la réception qui a effectivement lieu dans lřespace une fois bâti et que le sociologue peut observer. Distinguer ainsi la réception conçue de la réception effective, permet dřéviter un certain nombre de malentendus notamment liés à lřécart entre les deux formes de réceptions car souvent la réception conçue nřa pas lieu et ne devient donc jamais réception effective. Peu importe ici, car le propos de cette thèse est de sřintéresser à la réception conçue cřest-à-dire à la réception en tant quřappartenant au domaine
1 Il sera question dřune approche internaliste de la conception, ainsi que posé plus loin (cf. au Chapitre 1, Précision sur le choix du sens internaliste donné à la notion de conception, p. 84).
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de la conception (ou à lřespace de la conception). Ceci peut être symbolisé de manière ensembliste, la réception étant un sous-ensemble de la conception (cf. Figure 1).
Figure 1 ŕ La réception conçue comme sous-ensemble de la conception (schéma L.Vitalis)
Que la réception conçue coïncide avec la réception effective, quřune telle coïncidence soit seulement possible, voire souhaitable sont des questions auxquels ce travail ne tentera pas de répondre. Il est considéré ici que la relation entre réception conçue et réception effective ne peut être pensée sans connaître dřabord les deux termes de la relation. Or, pour approcher la réception conçue, il importe dřabord de la distinguer de la réception effective.
Le geste initial de ce travail consiste donc à déplacer la réception, à la détacher de lřespace réel dans lequel elle est habituellement traitée pour la projeter vers un autre espace, lřespace de la conception, possédant ses règles propres. Se trouve ainsi posé a priori un espace de
« conception de la réception », spécifique au sein de lřespace de la conception. Il reste à en construire la connaissance ce qui est précisément lřobjet auquel entend contribuer cette thèse.
Conception de l‘artefact et « conception de la réception »
Dès lors quřau sein de la conception, lřidée dřune réception conçue est spécifiée, il faut la distinguer de ce qui est habituellement considéré au sein de la conception. Le terme
« conception de lřartefact » (ou « conception de lřobjet ») désignera ainsi au sein de la conception, ce qui concerne lřarchitecture dans sa matérialité, ses aspects physiques ou spatiaux ayant des caractères objectaux.
La conception se trouve ainsi découpée en deux entités, « conception de lřartefact » et
« conception de la réception ». Ce découpage peut sembler arbitraire ou non fondé empiriquement (un architecte ne conçoit-il pas toujours en même temps lřartefact et sa réception ?). Mais il est une stratégie méthodologique intentionnelle qui nřimplique pas un engagement ontologique sur la réalité de la conception. Comme le montre le philosophe des
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sciences Franck Varenne, la discrétisation2 ou le « hachage formel » dřentités est la « clé de toutes les réarticulations » (Varenne, 2017). Il sřagit dřune technique pour se représenter la réalité de la conception et permettre de rendre intelligibles les interactions entre les entités découpées et de construire ainsi la complexité. Mais cette technique nřimplique pas une affirmation métaphysique quant à lřexistence dřun tel découpage dans la réalité de la conception.
De la réception conçue au processus de « conception de la réception »
La question des futurs récepteurs de lřarchitecture nřest pas absente des recherches sur la conception et des recherches en architecture ; elle est parfois traitée sur le mode de la représentation, ainsi des chercheurs se sont intéressés aux figures humaines qui peuplent les perspectives dřarchitecture (Chupin, 2006; Houdart, 2013). Mais avant de représenter un usage imaginé, il faut bien quřil y ait eu le processus de son imagination. Pour reprendre lřexemple de Bernard Tschumi, le patineur qui traverse la serre peut être figuré dans des perspectives, mais il ne pourrait pas lřêtre avant que Bernard Tschumi ait inventé cette situation associant patinage, serre tropicale et concert de piano. Il y a un processus, un travail cognitif, duquel résultent des réceptions qui peuvent ensuite être représentées.
Parfois, la question des futurs usagers de lřarchitecture au moment de la conception est traitée comme une prise en compte, il est possible de citer ici (Champy, 1997). Cřest sans doute une posture naturelle dřassocier « conception de la réception » à la prise en compte des usages au cours de la conception. Mais comment prendre en compte un usage qui nřexiste pas encore puisque lřespace dans lequel il aura lieu est encore en cours de conception ? Pour reprendre lřexemple de la serre tropicale de Bernard Tschumi, il nřest pas possible de tenir compte dřusages qui auraient lieu dans cette serre puisquřelle nřexiste que dans les pensées et les dessins des concepteurs. Il faudra donc se départir de cette association entre « conception de la réception » et prise en compte de la réception3. Cela ouvrira à la possibilité de penser la
« conception de la réception » comme invention de quelque chose qui ne préexiste pas, plutôt que comme prise en compte de quelque chose qui existe par ailleurs.
Parfois encore, cřest avec un point de vue normatif que sont menées les recherches sur les futurs récepteurs des objets conçus. Ainsi, des auteurs sřattachent à connaître les besoins des
2 Au sens de lřopposition mathématique entre discret et continu, la discrétatisation est le fait de rendre discret cřest-à-dire de découper des entités dans le continu du réel.
3 Ce sera notamment le travail mené au chapitre 2 dans 2.1. La « conception de la réception » ne se réduit pas à la prise en compte de la réception, p. 208.
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usagers effectifs pour les traduire et les rapporter dans une perspective pratique à des concepteurs, le but étant dřaméliorer la production architecturale. La perspective pratique induit dans ce cas lřidée sous-jacente dřune bonne manière de concevoir qui correspond in fine à une manière de prendre en compte des usages existants. Parmi une multitude de références, cřest le cas de certains travaux en ergonomie (Bonnardel, 2009; Visser, Darses, &
Détienne, 2004), mais aussi en architecture de manière plus ou moins implicite ou diffuse, de (Norberg-Schulz, 1998) à (Alexander, 1964/1974) qui chacun à leur manière se demande à quels usages lřarchitecture doit répondre ou comment faire pour concevoir une architecture qui soit adéquate à une certaine réception. Les savoirs issus de ces recherches nřont donc pas pour objet une connaissance générale de la « conception de la réception ». Ils semblent plutôt devoir être regardés comme des cas particuliers de « conception de la réception ». Mais avant de chercher à connaître les réceptions pour guider la conception (ce qui suppose lřhypothèse implicite quřil y a des bonnes manières de concevoir), la recherche pourrait également chercher à connaître comment les concepteurs inventent eux-mêmes des réceptions qui tiennent plus ou moins compte ŕ et plus ou moins « bien » ŕ de réceptions effectives4. Cřest du moins notre point de vue et il ne semble pas superflu de lřénoncer dans le contexte des recherches en architecture où les points de vue varient sur la question. Ainsi, pour reprendre lřexemple de Bernard Tschumi, avant de dire comment la réception de la serre tropicale devrait être conçue, il apparait important de sřingénier dřabord à décrire comment les concepteurs la conçoivent.
De la « conception de la réception » à la question de sa connaissance
Conception / réception : un point aveugle dans les partages épistémologiques
Prendre acte de lřenjeu de la connaissance de la « conception de la réception » a rendu nécessaire la reformulation du sujet par rapport à des intuitions initiales. Il était au départ envisagé de procéder à une étude de cas empiriques de conception pour produire un premier jalon de connaissance sur des pratiques particulières de la « conception de la réception ».
Mais toute la question était de savoir avec quel cadre dřanalyse procéder à cette étude :
4 Du point de vue dřune théorie de lřinvention, ce problème nřest pas sans rapport avec celui que posent les prédictions calculées par les big data de manière statistique : le futur est-il complètement prédictible à partir des données passées ? des auteurs indiquent quřune telle invention du futur à partir de ce qui existe déjà pose le problème dřun certain enfermement où « le probable préempte le possible » (Dominique Cardon cité par Bergère, 2016).
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ŕ Dřun côté se présentent les cadres dřanalyse des sciences qui traitent habituellement de la réception effective (sociologie des usages, psychologie de lřappropriation, anthropologie urbaine, etc.), nommons-les par commodité « sciences de la réception ». Le recours à leur cadre semble inopportun en tant quřils ne sont pas adaptés à décrire le fonctionnement de la conception, cřest-à-dire des modalités par lesquelles la réception sřinvente dans lřesprit dřun concepteur. Pour reprendre lřexemple de Bernard Tschumi, le patineur devient pour lui un coureur par la « simple » pensée. Alors que le coureur quřobserve le sociologue dans lřespace public nřobéit pas aux mêmes lois et sa description dépend dřautres hypothèses.
ŕ Dřun autre côté, sřoffrent les cadres dřanalyse fournis par les sciences de la conception.
Sřils semblent plus opportuns, toute la question est de savoir sřils sont capables dřintégrer pleinement cet aspect anthropologique que constitue la réception. Lřintuition qui sera par la suite étayée est que les sciences de la conception se sont focalisées sur lřartefact à concevoir, dans ses dimensions tangibles, matérielles, dimensionnelles ou spatiales, et non tellement sur la réception autrement que comme prise en compte.
Cette situation de double insatisfaction vis-à-vis des cadres théoriques découle dřun partage entre différentes disciplines scientifiques. Les sciences de la réception sřintéressent à lřaspect humain des usages et des manières dřhabiter les objets architecturaux tout en ne tenant pas pleinement compte du fait que ces manières sont aussi lřobjet de projets de la part de concepteurs et quřils peuvent être le produit de processus de pensée. De lřautre côté, les sciences de la conception sřintéressent aux processus de pensée qui constituent la genèse dřobjets avant quřils existent. Ce faisant, elles ne tiennent pas pleinement compte du fait que ces objets ne sont pas que matériels, mais quřils sont aussi des réceptions à la genèse desquelles les concepteurs travaillent.
Lřidée de ce partage de lřobjet entre les territoires disciplinaires a été identifiée par le philosophe des sciences et des techniques, Pierre Steiner, au sujet des objets techniques :
« SHS et sciences de lřingénieur parleraient toutes deux de la technique, mais ce qui distinguerait leurs discours respectifs aurait une consistance ontologique : dřun côté (sciences de lřingénieur), on parle de couches matérielles et fonctionnelles de lřobjet technique ; de lřautre côté (SHS) de ses couches sociales et humaines » (Steiner, 2017).
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Il est proposé ici dřétendre ce partage épistémologique aux rapports des sciences de la conception aux sciences de la réception5 pour comprendre la situation dans laquelle se trouve la « conception de la réception » en tant quřobjet scientifique. Cřest une situation problématique, qui semble exclure la possibilité de traiter la question de la « conception de la réception » la renvoyant à lřun ou lřautre des domaines sans intersection possible.
Lřexpression « conception de la réception » semble être une chimère du point de vue des connaissances existantes. Cřest pourquoi il a fallu prendre acte de son caractère dřinconnu pour pouvoir réfléchir aux conditions de sa connaissance.
Du recours au constructivisme
Pour traiter ce problème ainsi déplacé dans la sphère épistémologique, cette thèse fait un recours stratégique à une approche constructiviste. Certes, lřapproche constructiviste est multiple ŕ « comme si on pouvait en parler au singulier » remarquait Jean Largeault (Largeault, 1992, p. 22) ŕ et lřusage du singulier dans ce travail nřest quřune commodité verbale. Mais cette thèse ne prend pas corps dans le contexte dřune recherche philosophique sur les doctrines et conceptualisations du réel, des théories de la connaissance, de leurs rapports et de leurs fondements. Cřest dřune utilisation des ressources constructivistes quřil est question ici plus que dřune discussion sur leurs différences. Ces ressources pour les situer sřappuient essentiellement sur le constructivisme développé par Jean-Louis Le Moigne (cf.
Le Moigne, 1995/2012) augmenté de quelques ouvrages indiqués en bibliographie. Cřest un constructivisme épistémologique, au sens où il intervient comme un guide dans les questions liées aux connaissances, leur production et leur légitimité, il permet en particulier de contourner trois types de problèmes : la circularité entre Empirie et Épistémè, le méta-point de vue sur les modèles théoriques et la régression dans les justifications.
Le constructivisme pour traiter de la circularité liant théories et faits empiriques
Dřabord, le fait que la possibilité dřobserver un phénomène dépende du cadre théorique mobilisé pose la question de savoir comment observer une « conception de la réception » dès lors que les cadres théoriques font problème ? LřEmpirie de la conception dřun côté est insuffisante pour produire une connaissance de « conception de la réception ». De lřautre côté, lřÉpistémè des sciences de la conception ne peut être tenue pour un horizon de connaissance indépassable et doit faire lřobjet dřun regard critique quant à la possibilité de décrire la
5 Cette extension semble opportune en ce que le partage conception / réception correspond à deux des quatre pôles que Philippe Boudon a identifés dans sa description du paysage épistémologique des recherches en architecture (Boudon, 1996, 2005a).
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« conception de la réception ». Ce travail fait face à une problématique circulaire, car il ne sřagit pas dřune hypothèse à tester empiriquement : ce quřil serait possible de trouver empiriquement dépend de la manière dont est défini ce quřy est recherché.
Pour éviter cette circularité, le constructivisme épistémologique ouvre la voie dřun dénouement en posant la question sur un plan simultanément empirique et théorique. Si la construction dřun concept de la « conception de la réception » est rendue nécessaire et engage à un travail dřélaboration théorique ce nřest quřen rapport aux phénomènes empiriques à décrire que ce travail sera pertinent. Lřapproche constructiviste prend la question en tant que telle proposant que « nous connaissons des interactions par des interactions ; non par des substances ou des formes en soi » (Le Moigne, 1995/2012, p. 73). Construire le concept de
« conception de la réception » signifie alors construire un outil dřobservation.
Le constructivisme pour traiter de la question des modèles
Ensuite, le fait que les théories de la conception soient lřobjet dřune interrogation quant à leur capacité à décrire la « conception de la réception » suppose une interrogation sur les capacités descriptives des théories de la conception. Ce faisant, cette recherche pose les théories de la conception comme terrain empirique à observer. À la question de savoir comment porter un regard critique sur ces théories, les approches constructivistes fournissent une piste de travail consistant à observer les théories en fonctionnement ou plus précisément les pratiques de recherches qui utilisent ces théories. Ces utilisations peuvent être caractérisées en tant que modélisations en ce sens que les théories fournissent des modèles pour approcher pratiquement la réalité de la conception. Considérant les modèles théoriques comme dans un rapport distancié aux phénomènes auxquels il sřapplique, il est possible de déplacer le débat sur le terrain de la capacité différentielle des outils de connaissance.
Le constructivisme pour éviter la « régression » dans les justifications
Enfin, du moment que la démarche de recherche remonte du point de vue de la conception ou méta-point de vue de la connaissance de la conception, la porte sřouvre à une remontée indéfinie dans la chaîne des justifications des justifications des… Or pour rendre la question traitable et délimiter un sujet dřétude de dimensions raisonnables, il faut trouver un appui extérieur à la démonstration entreprise dans ce travail même, appui qui ne saurait lui-même faire lřobjet dřune démonstration. Ceci constitue le seuil amont du système de recherche que cette thèse met en place et comme le montre Robert Blanché à propos des axiomatiques :
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aussi loin que lřon veuille remonter dans les justifications, la régression « trouve toujours devant soi un Ŗantérieurŗ non assimilé » (Blanché, 1955/1990, p. 107) qui ressort de lřintuition. Et cřest comme tel que peut être considéré le recours au constructivisme plutôt que de tenter une vaine démonstration voulant le faire apparaître comme objectif en le lavant de tout soupçon subjectif. Ce recours sřapparente, à un autre niveau, à une « valeur épistémique », notion qui sřappuie sur une critique dřune dichotomie radicale entre faits et valeurs ; comme si la connaissance rationnelle devait exclure les valeurs et comme si les valeurs ne pouvaient être lřobjet dřune rationalité. Le philosophe Hilary Putnam propose de considérer que « la connaissance factuelle présuppose la connaissance des valeurs » (Putnam, 2004, p. 146). Lřenquête scientifique étant alors structurée par des valeurs6, le constructivisme joue ce rôle structurant dans lřenquête de cette thèse.
Le constructivisme est dřautant plus cohérent comme appui extérieur et valeur épistémique en amont des justifications quřil se fonde lui-même sur lřidée quřil ne peut y avoir de justifications premières, ou de justifications antérieures absolues. En tant quřil se fonde sur une rationalité procédurale et non substantive (cf. Le Moigne, 1994), le constructivisme pose que les raisons sont relatives à la démarche de recherche qui les pose elle-même au cours de son enquête. Cela implique un relativisme, plutôt quřun absolutisme des fondements (Le Moigne, 2001).
Du caractère épistémologique de cette recherche
Études épistémologiques des recherches en architectures
Mener une étude épistémologique sur les théories de la conception architecturales rencontre un problème de ressources disponibles. Dans le cadre des recherches en architecture, il nřexiste, semble-t-il, pas de méthode identifiée pour mener une telle étude. Des travaux se sont ingéniés à cartographier les théories ; certains proposent un classement selon les visées des théories (des visées scientifiques transhistoriques aux visées de récits historiques) et leurs actions plus ou moins réflexives ou prescriptives (cf. Chupin, 2014, 2015, 2018). Dřautres répartissent les théories au sein dřun continuum des connaissances architecturales allant des savoirs faire tacites à des théories plus rigoureusement scientifiques, en refusant de distinguer
6 Certes, Hilary Putnam mentionne principalement les valeurs de simplicité, de cohérence et de plausibilité. Mais cela ne semble pas exclure que dřautres valeurs plus complexes puissent être envisagés.
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strictement théorie et doctrine (Hanrot, 2002, p. 91‑99). Ce type de caractérisation ne peut être utile pour le présent travail puisquřil ne permet pas de comprendre la théorie en tant que telle, dans son travail descriptif, avant quřelle soit mêlée à une pratique architecturale de conception.
Philippe Boudon a proposé une approche plus satisfaisante qui distingue trois registres de recherche : applicationiste, herméneutique, ou axiomatique (Boudon, 1989). La recherche applicationiste consiste à prendre lřarchitecture comme un domaine pour appliquer des théories construites ailleurs et qui ont donc dřautres objets scientifiques. Lřarchitecture est par exemple le terrain dřune investigation sur le social utilisant des cadres dřanalyses de la sociologie. La recherche herméneutique cherche à faire parler lřarchitecture dans toute la
« variété de sa contingence » (Boudon, 1989, p. 209). Elle ne pose pas explicitement les caractères qui font la nécessité de lřobjet architecture et qui permettraient de sřextraire de la singularité des objets particuliers. Lřarchitecture est alors un objet empirique, il varie selon les approches qui implicitement le considèrent comme morphologique ou sémiotique par exemple. Pour la recherche axiomatique, lřobjet architectural nřexiste pas a priori, mais est structuré par des hypothèses. En posant ces hypothèses (sur la spécificité de la conception architecturale par exemple) elle constitue lřarchitecture en objet scientifique. Il sřagit ensuite de « développer les connaissances conséquentes à ces hypothèses »7. Ceci peut être schématisé par la Figure 2 :
7 Cf. le commentaire de Philippe Boudon concluant lřarticle de (Conan, 1989, p. 229).
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Figure 2 ŕ Trois types cadres théoriques des recherches en architecture (schéma L. Vitalis dřaprès Boudon, 1989)
Cette conceptualisation permet de comprendre que les théories de la conception qui intéressent ce travail sont dřordre axiomatique. Cřest en tant quřelles posent certaines hypothèses afférentes à lřobjet scientifique « conception architecturale » quřelles déterminent la possibilité de décrire une « conception de la réception ».
Cependant, ces travaux ne sont pas tout à fait satisfaisants en tant quřils nřindiquent pas pleinement comment procéder pour étudier des théories. Il faudra donc monter un dispositif méthodologique ad hoc, dans cette entreprise les travaux dřépistémologie de la modélisation de la philosophe des sciences et épistémologue, Anne Françoise Schmid, seront néanmoins dřune aide remarquable. En sřintéressant aux sciences de lřingénieur et à la conception, ses travaux permettent en effet dřaborder le rapport des théories de la conception à la réalité pratique de la conception et de comprendre le rôle des modèles dans ces rapports entre lřopératoire et lřanalytique.
Ceci n‘est pas une thèse en architecturologie
La question de la nature de cette recherche mérite dřêtre posée étant donné la proximité du travail engagé avec le travail de théorisation architecturologique et son lieu dřencadrement, lřunité du MAP-MAACC issue de lřancien LARÉA (Laboratoire dřArchitecturologie et de
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Recherches Épistémologiques sur lřArchitecture) : est-ce une thèse en architecturologie ? Il faudrait pour y répondre savoir ce qui est entendu par « architecturologie » :
Au sens strict, lřarchitecturologie serait la théorie particulière permettant une modélisation de lřespace de conception architecturale8, avec son langage et ses concepts (échelles et modèles notamment) constitués par le groupe de recherches réuni autour de Philippe Boudon et Philippe Deshayes (Françoise Schatz, Frédéric Poussin, Stanislas Fiszer et Caroline Lecourtois notamment). Une recherche en architecturologie se situerait alors dans ce cadre et en utiliserait ses outils conceptuels pour modéliser des processus de conception et vérifier certaines hypothèses. Cette thèse nřest donc pas une thèse en architecturologie au sens strict, principalement parce quřelle ne tient pas le cadre théorique pour donné.
En un sens élargi et moins usité, lřarchitecturologie pourrait être comprise comme renvoyant à un ensemble de recherches menées dans un cadre plus large que le sens strict. Dans le cadre de ce sens large, la théorie architecturologique au sens strict nřest pas une nécessité, mais une possibilité particulière parmi dřautres. Lřarchitecturologie au sens large permet notamment, mais pas uniquement, de construire et dřargumenter lřarchitecturologie au sens strict (la théorie des schèmes de Dominique Raynaud ou la théorie des analogies de Jean-Pierre Chupin pourraient y trouver leur place). Les travaux de Philippe Boudon naviguent entre les deux sens distingués ici. Lui-même considère lřarchitecturologie comme un travail plus que comme une théorie. Mais quel sens aurait ce travail de théorisation sřil nřaboutissait pas à une théorie, même provisoire9 ? Les recherches de cette architecturologie au sens large sont de nature plutôt épistémologique et leur portée dépasse lřarchitecturologie au sens strict10, dřautres modélisations de lřespace de conception y sont possibles et peuvent être élaborés en construisant dřautres cadres conceptuels.
En tant que notre recherche sřapparente bien à une recherche épistémologique sur lřarchitecture et plus spécifiquement sur sa conception elle sřinscrit dans une architecturologie
8 « Sous le terme dřespace architecturologique afin de ne pas préjuger de lřimpossibilité dřautres modélisations » (Boudon, 1971/2003, p. 16, préface à la seconde édition).
9 Sur la distinction entre lřarchitecturologie comme travail et lřarchitecturologie comme objet théorique clos, et son caractère artificiel mais nécessaire, se reporter à lřexplication, qui reprend la distinction entre science en train de se faire et science faîte, de 1.2. La théorie prise comme objet pour les besoins de lřexpérience, p. 318.
10 Il serait envisageable dřaccorder au terme dř« architecturologie fondamentale » cette acception (par opposition à ce qui peut être appelé, à la suite de Caroline Lecourtois, une « architecturologie appliquée », cf. p. 92).
Cependant, à notre sens, une architecturologie fondamentale si elle est un travail à même de reconsidérer le cadre théorique même de lřarchitecturologie, elle lui est dřemblée acquise, et ses amendements ne peuvent que viser une amélioration. Ne partageant ces vues que partiellement, comme nous nous en expliquons plus bas, ce travail ne se rattachera à une architecturologie fondamentale que de manière locale.