R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
F. B IESEL
Interprétation statistique des houles naturelles
Revue de statistique appliquée, tome 12, n
o2 (1964), p. 27-52
<
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27
INTERPRÉTATION STATISTIQUE DES HOULES NATURELLES
F. BIESEL
Directeur
Scientifique de la S.O.G.R.E.A.H.
Le 18 Juin
1959,
1Konsieur Banal,
Directeuradjoint
desEtudes
del’Electricité
deFrance, faisait,
auComité technique
de laSociété Hydrotechnique
deFrance,
une communicationinti-tulée "Présentation
dequelques aspects
de recherchesrécentes
sur
llaéitatton
de la mer". Ladernière partie
de cette commu- nicationétait
une mise aupoint,
concise maistrès claire,
de laquestion
des houlesnaturelles ;
elle aété publiée
dans laHouille Blanche
(Kars - Avri l 1960. N° 2)
et le lecteur pourras’y reporter facilement,
si bien que,à part quelques considé-
rations debase indispensables,
nous n’avons pasjugé
utile dereprendre
cette mise aupoint
dans son ensemble.Par
ailleurs,
nous avonscherché à adapter
notreexposé à l’esprit
de laséance
que laSociété Hydrotechnique
de Franceavai t
consacrée à
lastatistique. Dans cette-optique,
nous pas-sons sous silence de nombreux travaux
récents
dont le centred’ intérêt n’est
pas tant laphilosophie
desaspects statistiques
que la mise au
point
et leperfectionnement
des connaissanceshydrodynamiques sur
la houle(Théories
du second ordre de P i er- son,T i ck, etc.)
ou que la recherche demé t hodes
dedépouille-
ment
rapide (Caseau, Cartwri~ht, etc.)
ou deformulations
ma-thématiquesplus précises (Kampé
deFerié).
Ces travaux
comportent d’ailleurs,en général, des dévelop- pements mathématiques importants
etindispensables à
leurcom-préhension
et il n’ aurai t pasété possible
de lesdécri re même sommairement,
dans uneé tude
aussibrè ve
e t aussigénérale
que leprésent exposé.
Historiquement,
ainsiqu’il
aété brillamment exposé
par ailleurs(Conférence
de X.G. Korlat parexemple), la statistique
a eu d’abord un but
purement descriptif, puis
son stadeulté-
rieur aété
d’aider etd’éclairer
l’action. Iln’étaitdonc,pas
anormal que nous orien tons
également
not reexposé
vers l’ana-lyse
desapplications pratiques
de lastatistique
de la houle.Cela avait,
en outre,l’avantage
desouligner un
desaspects
de laquestion ayant
leplus évolué ces dernières années et
aus-si de proposer un cadre dans
lequel
lalittérature déjà très
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
28
a bondan t e pou va i t ê t re c l assée
au moins sommairement. Eneffet,
si d’excellents auteurs
présentent
des"modèles mathématiques"
très différents,
ce n’est pas parce que les uns ont tort et les autresra i son,
mais parce que,explicitement
ou non, ils on t en vue desapplications différentes.
En
résumé, l’exposé
que nousprésentons
ici est loin dedonner une revue
compléte
de lalittérature publiée
ces der-nières années,
nous nous en excusons tantauprès
des lecteursqu’auprès
des nombreux auteurspassés
sous silence.Par contre.nous avons
cherché à dégager l’évolution
desconcepts
statis-tiques
enmatière
de houles naturelles et nous avonscherché à
en
indiquer
pasà
pasles principales applications
dont la toutepremière
est unedescription
ou une notationabrégée
duphéno-
mène
et dont lesplus récentes
concernent sans doute les tech-niques
d’essais surmodèle
et le calculhydrodynamique
de l’ac-tion des
vagues.
AMPLITUDE MAXIMALE
Dans toute la
"population"
de vaguesqui
constitue unetempête,
cellesqui s’imposent,
par leur caractèremenaçant,
sont évidemment lesplus grandes. Quoi
deplus
naturel donc que lemarin,
au retour d’une traver-sée
périlleuse,
décrive latempête éprouvée
en disant parexemple :
"ily avait des vagues de dix mètres de
haut".
Tout le mondecomprend qu’il s’agit
des vagues lesplus
hautes observées par notre homme. Parfois même la notion de maximum absolu se feraplus précise : "il
y en a euune
qui.. ".
Depuis
laplus
hauteantiquité,
les histoires de voyages en mer sontpleines
de citations de ce genre. L’indication del’amplitude
maximale aété,
enquelque sorte,
laplus
ancienne"description abrégée" qui
noussoit parvenue par la littérature.
Il ne faut pas sous-estimer la valeur de cette notation de la force d’une
tempête ; quoique
extrêmementsimple,
elle donne directement leparamètre
leplus important
pour l’action de la houle. Il estcependant
bien évident que dansbeaucoup
de cas cettesimple
donnée sera insuffi-sante pour caractériser convenablement l’ensemble d’une
tempête.
Bien des ouvrages, par
exemple,
résisteront àl’attaque
dequelques
houles
exceptionnelles
mais seront détruits par l’action continue de vagues moinsimportantes.
Souvent aussi, un navire craindraplus
une vague rela- tivement basse mais courte et déferlantequ’une
de cesmontagnes
d’eaudont nous
parlent
les voyageurs.Lorsque
certaines résonances sont pos-sibles,
la valeur de lapériode
pourra être aussi déterminante que celle del’amplitude. Enfin,
le navire ou l’observateur fixe ne voitqu’un "échan-
tillon" de lapopulation
totale des vagues ; le"maximum"
observé n’est donc pas valable pour l’ensemble de latempête.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
29
Tout cela fait que, en ce
qui
concerne lesproblèmes pratiques,
lanotion
d’amplitude
maximalerisque
de ne pas être suffisammentsignifi-
cative. On
peut
doncdire,
en étantpeut-être
un peuméchant,
que la des-cription
dutype "amplitude maximale"
trouve sonapplication principale
dans la relation des souvenirs de voyage.
HOULES SIGNIFICATIVES
Le caractère
exceptionnel,
et doncexcessif,
de la vague laplus
haute devait conduire tout naturellement à rechercher une
description
nu-mérique s’appliquant
mieux à l’ensemble des vagues observées.Ainsi,
par bon sens autant sans doute que partradition,
une certainefaçon
de chif-frer le
"creux"
des vagues semble avoir étéadoptée
d’unefaçon générale
par les gens de mer. Il ne
peut
évidemments’agir
d’une définitionrigou-
reus e, ne serait-ce que parce que l’observation directe est elle -mêm e
assez
imprécise.
Enfait,
ens’efforçant
d’être aussiobjectif
que pos-sible,
l’observateur cherchera à faire une sorte de moyenne, en élimi- nant les vagues faibles ou même moyennesqui, malgré
leurnombre,
nerisquent
pas d’être lesplus dangereuses,
sans toutefois ne considérerque des vagues
trop exceptionnelles.
Des études américaines basées sur la
comparaison d’enregistre-
ments et d’observations directes ont montré que
l’amplitude indiquée
parun observateur exercé était une moyenne
prise
seulement sur le "tiers"des vagues les
plus hautes,
c’est-à-dire les vagues considéréesrepré-
sentant le tiers du nombre total de vagues.
L’amplitude
ainsi définie a étéappelée "significative",
cequi
sembledire que les vagues de la susdite
amplitude
sont cellesqui
caractérisent le mieux latempête.
Onpourrait interpréter
ceci en disant que, s’il fal- laitremplacer
celle-ci par une houlerégulière(*) "équivalente",
il faudrait que les vagues de cette dernière aientl’amplitude significative.
Enquelque
sorte, onpourrait accepter
que toutes lespetites
ou moyennes vagues soientremplacées
par desgrandes,
à condition d’être débarrassé des vaguesexceptionnelles.
La valeursignificative
a ainsi un peu le carac- tère d’une moyennepondérée
oufonctionnelle,
et le faitqu’elle
soit net-tement
supérieure
à la moyenne ordinaire montre que l’on a donné auxfortes vagues un
poids prépondérant.
Autrementdit,
les"inconvénients"
dus aux vagues croissent
plus
vite que"linéairement"
avecl’amplitude,
ce
qui
est d’ailleurs très facilement concevable.Tout ceci est une rationalisation excessive du mode d’estimation des marins
qui
seraient bienempêchés
de tracer une courbe "inconvénientsen fonction de
l’amplitude"
etqui, d’ailleurs,
neprennent
certainement pas, mêmesubconsciemment,
commepoint
derepère
lecomportement
d’un bateau sur une merparfaitement régulière
et irréelle. Il faudrait d’ailleursajouter
que larégularité
du mouvementaurait,
parrapport
à---
(*)
Sauflorsque
le contraire seraprécisé,
nous entendrons par houlerégulière
une houle
"cylindrique"
(à deux dimensions).Revue de Statistique Appliquée, 1964 - Vol, XII - N. 2
30
l’irrégularité,
toute une séried’avantages
et d’inconvénientsqui
n’ont rienà voir avec la détermination d’une
amplitude caractéristique
et dont nousdevons donc faire abstraction pour l’instant.
Pour un
navigateur,
la notion de houlesignificative
adonc,
avant tout, une valeur de convention ;c’est,
enquelque
sorte, unedescription
l’professionnelle’1
de l’état de la mer. Ils’y ajoutera
aussi une valeur dela
période qui,
elleaussi,
sera une moyenneprise
sur lestemps sépa-
rant les crêtes successives des houles les mieux formées. La
période ayant,
pour lanavigation,
moinsd’importance pratique
quel’amplitude
ne sera pas intentionnellement forcée ou minimisée.
L’expérience
semble montrer toutefois que les erreurs d’observation semblent être dans le sensd’une surestimation.
La notion de houle
équivalente peut
sepréciser
dansbeaucoup
decas.
Si,
parexemple,
on s’intéresse essentiellement àl’énergie
contenuedans une houle
irrégulière,
onpeut
aisément laremplacer
par une houlerégulière
ayant le même contenuénergétique. L’amplitude
de celle-ci serala moyenne
quadratique
desamplitudes
de la houleirrégulière (d’une
fa-çon
plus précise,
les moyennesquadratiques
des dénivellations des deux houles devront êtreégales).
Si l’on veutrespecter
à la fois le contenuénergétique
et le débitd’énergie,
il seraégalement
nécessaire de fixer lapériode (et
ladirection)
de la houlerégulière "significative".
L’utilisation de moyennes
quadratiques
montre que, dupoint
de vue"énergétique",
les fortes vagues aurontplus
depoids
que lespetites ; cependant l’amplitude significative
ainsi obtenue est encore inférieure àl’amplitude significative "professionnelle".
Les études sur modèle réduit conduiront à se poser des
questions analogues.
Si l’onveut,
pour l’étude deplages, d’ouvrages,
etc, utiliserde la houle
régulière -beaucoup plus
facile àproduire
et àexploiter-
ilse pose évidemment le
problème
deremplacer
une houleirrégulière
parune houle
régulière "équivalente" quant
auxphénomènes
étudiés. Il y au-rait
trop
de choses à dire sur cesujet
pour que nouspuissions
faireplus
que
l’évoquer
ici. Onconçoit cependant
facilement que l’on serait amené à définir des houlessignificatives
différentes pour tous lestypes
d’ou- vrages, decôtes,
etc,susceptibles
d’être étudiés en houlerégulière.
Nouspourrions appeler
cela des houlessignificatives spécialisées.
Ces diverses houles
significatives font,
aufond, déjà appel
à unenotion de
statistique :
ce sont des moyennespondérées.
Leur intérêtprin- cipal
est leursimplicité :
en cequi
concerne leurdescription,
deux outrois chiffres suffisent :
période (ou longueur d’onde), amplitude
et éven-tuellement direction.
Sous
l’angle
desapplications,
il estlégitime
de considérer que la houlecylindrique régulière
a été lapremière
schématisation utile de la houle réelle. Elle a,depuis
un ou deuxsiècles,
servi de base à toute l’infrastructure des théories de la houle. Sur leplan expérimental, éga-
lement
pendant
de nombreusesdécades,
seules les houlesrégulières
étaientutilisées sur les modèles réduits. Même de nos
jours, grâce
à la facilitéRevue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
31
avec
laquelle
elles sontproduites
etmesurées,
les houlesrégulières (si- gnificatives
ounon) jouent
un rôleprépondérant
dans latechnique expéri-
mentale usuelle.
HOULE A TRAINS REGULIERS
Leur
amplitude
et leurfréquence
étantsupposées ajustées
aumieux,
les houlessignificatives
conservent ungrand défaut,
celui d’êtrerégu-
lières. En
effet,
en de nombreusescirconstances,
larégularité
de la houle donnera à son action dessingularités
inadmissibles.Le roulis d’un bateau ou les oscillations d’une darse
pourront
parexemple
être excités d’une manière tout à fait excessive par une houlerégulière qui
aurajuste
lafréquence
de résonance nécessaire. Ceci at- tire notre attention sur lesphénomènes
derésonance ;
nous y reviendronsplus
loin. Uneplage attaquée
de front par une houlerégulière
se creuseanormalement au
point d’impact
des retombées du déferlement.L’irrégu-
larité de la houle
répartit
cette zone d’érosion intense sur uneplus grande
surface.
Il était donc souhaitable d’étendre la théorie et
l’expérience
auxhoules,
irrégulières :
or,depuis longtemps,
on connaissait la théorie du"battement"
causé par lasuperposition
de deux houles defréquences
voi-sines et de même direction de
propagation.
Le mouvement résultant est une houle dontl’amplitude
fluctuerégulièrement
en formant ainsi une succession de trainspériodiques.
La
régularité
des trains ne s’observe pasplus
dans la nature que celle des vagues ; aonc là aussi il serait nécessaire de définir un bat- tement"caractéristique" qui
aurait deslongueurs
detrain,
deslongueurs
de vagues, des
amplitudes
maximales et desamplitudes
minimalesrepré-
sentant des moyennes convenables pour la houle réelle.
Le modèle du battement est d’un intérêt certain car d’une
part,
ilpermet d’expliquer théoriquement plusieurs
des caractères de la houleirrégulière :
vitesse de groupe,apparition
etdisparition
des vagues in-dividuelles, etc.,
et d’autrepart,
c’est la houleirrégulière
laplus simple
à concevoir
théoriquement,
et aussi laplus
facile àreproduire
sur mo-dèle.
Il est en effet relativement commode de faire varier
périodiquement l’amplitude
du mouvement d’ungénérateur.
D’autresprocédés,
tels que la variationpériodique(*)
de lafréquence
dugénérateur, permettent
de réa-liser,
sinon des battements purs, tout au moins des houlesirrégulières
à trains
périodiques réguliers,
entrant ainsipratiquement
dans la mêmecatégorie.
---
(*)
Il faudrait préciser que nous pensons ici à une variationpériodique simple
(sinusoïdale parexemple)
ayant ainsi lapériode
des trains. Il estpossible d’envisager
des cycles de variation beaucoupplus
complexes etlongs.
Nousen reparlerons à propos des
oligo-houles.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ ? i
32
Ces houles
expérimentales
offrent unéchantillonnage d’amplitudes
assez
complet ;
elles sont ainsibeaucoup
mieuxadaptées
que les houlesrégulières
à l’étude desplages
ou de certains ouvrages, ledéferlement,
par
exemple,
ne seproduit plus toujours
au mêmepoint.
Par contre , chacune des deuxcomposantes peut
donner lieu à desphénomènes
de ré-sonance, le modèle
"battement" présente donc,
avec unelégère
atténua-tion,
le même défaut que les houlesrégulières
pour l’étude dephéno-
mènes
résonnants(-).
ANALYSE
HARMONIQUE
Le battement n’est que le cas le
plus simple
du mouvement obtenu par l’addition des mouvements deplusieurs
houlesrégulières.
Dans lecadre des théories du
premier ordre,
on saitqu’il
estpossible
de com-biner un nombre
quelconque
de telles houles dont lesamplitudes,
les fré-quences et les
phases peuvent
être choisiesindépendamment
les unes desautres
(**) .
Avant de bâtir ainsi un telmodèle,
relativementcomplexe,
il est naturel de chercher à en déterminer les houles
composantes
par l’étude directe de la houle réelle. Ceci revient à fairel’analyse
harmo-nique
de celle-ci. Sur cepoint,
il y a encore peud’années,
on entendaitposer la
question : "Le spectre
de la houle est-il unspectre
continu ouun
spectre
de raies ? "Sous sonaspect
naïf cettequestion
soulève desproblèmes
essentiels ; nous nous y arrêterons doncquelque
peu.Sur le
plan
desmathématiques
pures, laquestion
n’a pas de sens.Considérons par
exemple
unenregistrement
de houle devingt
minutes(dénivellation
oupression
mesurées aupoint fixe).
Nous pouvons lerepré-
senter par une série de Fourier de
période
fondamentalevingt
minutes.Cette série
représentera
en fait lagrandeur
observée et lareproduira périodiquement
en dehors de lapériode
d’observations.On
peut
aussireprésenter
le mêmeenregistrement
par une inté-grale
de Fourierqui
lereprésentera "encadré"
de deuxpériodes
semi-indéfinies de calme
plat.
On a
donc,
pour le mêmeenregistrement, obtenu,
soit unspectre
de raies(série
deFourier),
soit unspectre
continu(intégrale
deFourier).
En
fait,
d’unefaçon générale,
pourdistinguer mathématiquement
unspectre
de raies d’unspectre continu,
il estnécessaire,
comme nousl’avons fait dans notre
exemple,
de définir la fonctionanalysée
de -oo à+ oo. Comme la Terre a eu, nous
dit-on,
un commencement et aura pro----
( * ) Il
s’y
ajoute d’ailleurs desphénomènes
de résonance liés à lapériode
destrains eux-mêmes
(seiches).
Nous aurons l’occasiond’y
revenir.( ** ) Les directions
également
peuvent être choisiesindépendamment
les unes desautres. Mais pour l’instant et
jusqu’à
ce que le contraire soitspécifié,
nousnous limiterons à l’étude des modèles
"cylindriques"
unidirectionnels, c’est- à-dire où toutes les composantes ont la même direction et le même sensde propagation. Ces modèles suffisent en effet à
dégager
laplupart
des ques- tions fondamentales du point de vuestatistique.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol, XII - N’ 2
33
bablement une fin
(atomique
ounon ! ),
laquestion posée
nepeut
avoirun sens
mathématique précis. Puisque,
suivant lafaçon
de fairel’analyse harmonique
du mêmephénomène,
onpeut
obtenir unspectre
continu ouun
spectre
deraies,
onpeut
se demanderquel "outil"
il faut choisir. Ence
qui
concerne laprécision,
les deuxspectres
sontéquivalents ;
onpeut
en effet montrer que, tracés à des échelles
correspondantes,
lespectre
continu passe par tous les
points (les
sommets desraies)
duspectre
dis- continu et réalise une sorted’interpolation optimale
de ce dernier.Le
spectre
continun’apporte
donc rien deplus
que lespectre
dis-continu,
il est donc suffisant de se limiter à cedernier;
c’est ce quenous ferons par la
suite,
sauf indication contraire.Quoique
laquestion
de savoir si la houle a unspectre
de raies n’ait pas de sensmathématique,
ellepourrait
avoir un sensphysique
ainsi que le montrel’exemple
des"spectres
deraies"
del’optique.
Unspectre
deraies est,
physiquement,
unspectre
oùl’énergie spectrale
contenue danscertaines zones très étroites est
particulièrement grande
parrapport
à celle des zones voisines. De trèsimportantes
concentrationsd’énergie
autour de
quelques fréquences
favorisées nepeuvent
être fortuites ; elles doivent être liées à l’existence d’un mécanismephysique particulier.
Dansle cas de
l’optique,
ce mécanisme estreprésenté
par les loisquantiques
-ce
qui
nouséloigne
bien de notresujet
car on ne voitguère
dequanta
intervenir à l’échelle des houles.Plus
proche
seraitl’exemple
du sonproduit
par un instrument demusique. L’analyse spectrale montre,
eneffet,
quel’énergie
se concentreautour de
quelques fréquences favorisées, fondamentales, harmoniques,
etc.L’explication physique
réside dans lesphénomènes
de résonance. et les valeurs desfréquences
favoriséespeuvent
se calculer àpartir
desdimensions et autres
caractéristiques précises
des instrumentsemployés.
On ne voit pas non
plus,
pour lahoule,
degrandeur caractéristique qui pourrait,
par unphénomène analogue
à unerésonance,
favoriser unefréquence précise.
Onpourrait
surtout penser à la vitesse du ventqui
est
comparable
à la vitesse depropagation
de lahoule,
mais d’unepart
le vent est loin de souffler avecrégularité
et d’autrepart
aucun méca- nismesusceptible d’expliquer
une"résonance" particulière
entre des houleset des vents de vitesse donnée n’a
jamais
été trouvée.Autrement
dit,
apriori,
rien nepermet
de penser que la houlepré-
sente un
spectre
de raies au sensphysique
du terme.Le fait que
l’analyse harmonique
en série de Fourier d’une houle réelle donne desénergies rigoureusement
concentrées surchaque
raien’a évidemment aucune
signification physique puisque
les valeurs des fré- quences de ces raiesdépendent
exclusivement de lalongueur d’enregis-
trement
analysée.
Notre attention est donc immédiatement attirée sur le fait que la nature del’analyse harmonique
effectuée et lafaçon
dontl’échantillon
analysé
estprélevé
doivent êtreprises
encompte
dans l’é- tude desspectres.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
34
Ceci est vite confirmé par
l’aspect
d’un telspectre (figure 1) ;
onconstate en effet une extrême
irrégularité
des raies successives. Il pourra arriverfréquemment
parexemple
que deux raies consécutives soient d’ordre degrandeur
nettementdifférent, qu’elles
aient parexemple
unrapport d’amplitude
de 1 à 10. S’ils’agit
parexemple
d’unenregistre-
ment de 20 mn de
long,
lespériodes
des raies successives auvoisinage
de 10 s
seront,
en secondes :Figure
1 - Alluregénérale
d’un spectre de Fourier de houle.Même en admettant
qu’il puisse
y avoir des effets de résonance oude sélection de
fréquence,
ilparaît impossible,
apriori,
que cette sé- lectionpuisse
être fine aupoint
deséparer
brutalement deuxpériodes
aussi voisines que
10, 000
et10, 083
parexemple.
Il est doncpratique-
ment certain que cette
variabilité,
ou si l’onpréfère
la"structure fine
du
spectre, n’a
pas designification profonde.
L’analyse
de Fourier à l’étatbrut,
pour ainsidire,
a donc l’incon- vénient de donner un résultat extrêmementcomplexe,
lacomplexité
duspectre
étant en fait du même ordre que celle del’enregistrement
ana-lysé.
Onpeut
montrer que cettecomplexité
résulte d’unedescription
mi- nutieuse des aspects lesplus
fortuits del’échantillon,
elle n’a donc d’in- térêt que pour l’étude de celui-ci. Lesapplications
de ce que l’onpeut
appeler
un modèle de Fourier sont donc assez limitées.On pourra l’utiliser par
exemple
pour comparer les observations faites simultanément en surface(dénivelées)
et enprofondeur (pression)
sur une même
verticale, chaque
composanteharmonique
obéissant à une loi d’amortissement différente avec laprofondeur.
On pourra aussi uti-liser,
tel que,l’enregistrement
ou sonanalyse,
pour commander direc- tement ungénérateur
de houleprogrammé permettant
dereproduire
exac-tement la houle observée.
---
(*)
Cette expression n’a évidemment pas ici le sensqu’elle prend
en spectrogra-phie.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
35
En
résumé, l’analyse harmonique
à l’état brutn’apporte qu’une transformation,
utile à certainspoints
de vue, del’enregistrement
de dé-part
maisn’ajoute
aucuneperspective plus générale
sur l’ensemble duproblème.
MODELES STATIONNAIRES
On
peut
montrer quel’irrégularité
des raies duspectre
est bien un effetd’échantillonnage". Considérons,
eneffet, l’analyse harmonique
deplusieurs enregistrements
devingt
minutespris
au cours d’unetempête
"stationnaire". (Il s’agit
là d’unetempête théorique
car les réelles évo- luent au cours dutemps
et il n’est pas certain que deux échantillons devingt minutes,
mêmeconsécutifs, correspondent
à desphénomènes
sto-chastiquement identiques).
Tous lesspectres
ainsi obtenus auront une al- lure d’ensemblecomparable,
mais les raies d’un ordre donné varieront autant d’unspectre
à l’autre que d’une raie à la suivante. Onpeut
mon- trer d’unefaçon plus précise,
que laprobabilité
de trouver une raie delongueur
donnée est donnée par une loi deRayleigh,
laprobabilité
p(A.,,) dA"
pour que la nième raie ait une
longueur comprise
entreAn
etAn
+ dAn
étant :la
probabilité
pour que lecarré 4
se trouveentre An
etA~
+ d(A~ )
étantévidemment :
f7f
L’espérance mathématique
de Aest:’¡¡
4En
L’espérance mathématique
de A2 est : EnLa
figure
2 montre l’allure de cesrépartitions.
On voitqu’elles
nesont pas du tout
"concentrées",
cequi explique
l’énorme variabilité des résultats observés.- -- - - --
Figure
2 - Allure des densités de probabilité de A et de A2.Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
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Quant
auxphases, on
montreégalement qu’elles
se trouvent distri-buées aléatoirement avec une
probabilité
uniforme de 0 à 2 n, Par con-séquent,
celles-ci n’ont aucunesignification
intéressante(pour
unphéno-
mènestationnaire)
et on en fait leplus
souvent abstraction dans larepré-
sentation des
spectres.
Le
spectre énergétique
des En est enquelque
sorte le spectre vrai ;sa détermination pose un
problème
deprobabilité
apriori
carchaque
a-nalyse harmonique
ne nous donne pourchaque
raiequ’un tirage
au sort fait dans unepopulation
dont la densité deprobabilité dépend
du para- mètreE,.
Etant donné le caractère très peu concentré de lapopulation
autour de
En,il
estpratiquement impossible
de déterminerEn
avec un seultirage.
Par contre, s’il est
possible
de faire ungrand
nombred’enregis-
trements et
d’analyses,
En pourra être déterminé avec uneprécision
sa-tisfaisante.
Malheureusement,
il y a deux obstacles à cela. Lepremier,
irré-médiable,
est que, ainsi que nous l’avonssouligné,
lestempêtes
réellesne sont pas des
phénomènes stationnaires,
si bienqu’il
est paspossible d’y
faire de nombreuxenregistrement
devingt
minutes parexemple
sanscraindre
qu’ils
ne soientguère comparables.
Le deuxième obstacle estsimplement
le coût et la difficulté de réaliser desenregistrements
et desanalyses
sur despériodes trop longues.
Une solution consiste évidemment à réduire la durée des
enregis-
trements individuels. Si ceux-ci sont ramenés à une minute par
exemple
on pourra en faire
vingt
envingt minutes, période pendant laquelle
ilsera raisonnable d’admettre que le
régime
est resté stationnaire. On dis- posera donc pourchaque
raie devingt "tirages
au sort" cequi permet-
tra, pourchacune,
de déterminer un peu mieux la valeur duparamètre
fondamentalEn.
Cette détermination se fera par les voies habituelles del’analyse statistique
et conduira soit à une distribution deprobabilité
pour Et,(méthode
desprobabilités
apriori)
soit à des"intervalles
deconfiance".
On
peut
montrerqu’en première approximation,
si l’on utilise p en-registrements,
lalongueur
des raies sera déterminée avec un écart qua-dratique
relatifégal
à :Ainsi,
dansl’exemple
ci-dessus où p = 20 l’écart relatiftype
estde l’ordre de 11
% (c’est-à-dire qu’il
y a soixante-dix chances sur cent que l’erreur soit inférieure à 11%, quatre-vingt-quinze
chances surcent
qu’elle
soit inférieure à 22%,
etc. la distribution des écarts étant sensiblementgaussienne).
Sur le carré des
longueurs (spectre énergétique), les
erreurs rela-tives sont environ deux fois
plus grandes : donc,au total,
laprécision
ob-tenue
n’est, malgré tout,
pas très brillante. Deplus,
cegain
depréci-
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
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sion est
compensé
par une diminution du nombre de raies. En effet l’ana-lyse
d’unenregistrement
d’une minute donne unspectre vingt
fois moins denseue
celle d’unenregistrement
devingt minutes,
or trois ouquatre
points(*
ne suffisent à"définir"
une courbe quelorsqu’on
est sûr apriori
que celle-ci est
particulièrement "lisse",
sans"accidents",
dans l’inter-valle considéré. Au contraire si la
courbe,
ici lespectre,
est suscep- tible deprésenter
des détails de structureintéressants,
il faudra beau- coupplus
depoints
pour lesreprésenter.
On
peut espérer,
parexemple, pouvoir distinguer
sur lespectre
deux maximums successifsindiquant
quel’agitation
résulte de deux causesdistinctes,
une houled’origine lointaine,
parexemple,
et une"mer"
locale.Le
spectre
pourra avoir dans ce cas l’allureindiquée figure
3. Cette pos- sibilité de suivre l’évolution d’une houled’origine
lointaine à traversdes
perturbations
locales éventuellementplus
violentes est un des avan-tages importants
del’analyse harmonique
parrapport
à l’observation di-recte,
mais il est évidentqu’une
bossesecondaire,
telle que cellerepré-
sentée par la
figure 3,
nepeut
être observée d’une manière concluante que si lespectre
est défini par au moins une douzaine depoints .
Ceci
exigerait
que nousprenions
desenregistrements
élémentaires dequatre
minuteset,
parconséquent,
soit que nous nous limitions àcinq enregistrements,
cequi
réduirait encore la médiocreprécision
obtenue(erreurs
deux foisplus grandes),
soit que nousportions
letemps
total d’observation àquatre-vingts
minutes defaçon
à conservervingt
enre-gistrements
élémentaires.Figure
3 -Spectre énergétique
résultant de la superposition d’une houled’origine
locale et d’une houle plus faible
d’origine
lointaine.---
(*) On trouve à peu
près
ce nombre de points en supposant que le spectre s’étaleentre des périodes de 7 à 14 s par
exemple.
Revue de Statistique Appliquée. 1964 - Vol. XII - N’ 2
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En définitive il faut trouver le meilleur
compromis
entre :- le sacrifice de la
précision
dechaque raie,
- le sacrifice de la densité des
raies,
- le sacrifice de la
précision
aveclaquelle
on suit l’évolution de latempête.
La recherche de cet
optimum
a rarement été menée d’unefaçon logique ;
elleimplique,
enfait; des prises
deposition
apriori
sur la na-ture des
phénomènes
observés :-
Quelle
est la variabilité de latempête (constantes
detemps
pour
l’évolution) ?
·-
Quelle
est la variabilité duspectre (constante
de"fréquence"
pour la finesse des
détails) ?
Nous retrouvons
ici,
sous une formeplus précise,
deuxquestions déjà indiquées plus
haut.En résumé les modèles stationnaires nous conduiront à traiter les
enregistrements
comme s’ils étaient des échantillonspris
à des momentsquelconques
dans unetempête théorique
indéfiniment stationnaire.On cherche alors à remonter des
caractéristiques
de l’échantillon à celles de latempête théorique
cequi
amène à deuxsimplifications :
- On abandonne
complètement
l’étude desphases ;
- On admet que le
spectre théorique
est une fonction relative- ment lisse de lafréquence.
Onpeut
donc le définir par un nombre depoints
ou de raies assez limité.Ce
spectre théorique
que l’onpourrait appeler "spectre
stationnaire"est une
représentation
satisfaisante de latempête,
en ce sensqu’il
encondense considérablement les
caractéristiques.
Grâce à cespectre, on peut
d’un coup d’oeil "classer" unetempête
donnée parrapport
auxautres,
on
peut également
aborder desquestions
d’ungrand
intérêtpratique
etthéorique.
Il n’est pasimpossible,
parexemple,
que lespectre
d’unetempête
due à uneperturbation atmosphérique
déterminée ait une formene
dépendant
que d’unpetit
nombre deparamètres (trois
ouquatre
parexemple).
Ainsi une houle réellepourrait
n’être définie que par ces troisou
quatre nombres, ce qui
condenserait encore ladescription
et la ren-drait corrélativement
plus précise puisque
l’ensemble de l’information fournie par lespectre
serait concentrée sur cesquelques
chiffres.Un autre
avantage
de cette théorie des"spectres unitaires"
serait d’aider àdistinguer
dans unspectre
lestempêtes "simples"
de cellesrésultant de
perturbations
très diverses.Revue de Statistique Appliquée, 1964 - Vol. XII - N’ 2
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De nombreux travaux ont été consacrés à la recherche
d’équations types
pour lesspectres,
ou encore dereprésentations simplifiées.
Ces for-mules
empiriques peuvent
d’ailleurs êtrepartiellement justifiées
par des considérationsthéoriques (allures asymptotiques
parexemple).
Onpeut
citerrapidement
les formulesempiriques
dePierson-Neumann,
Roll Fis-cher, Darbyshire,
JGohin,
etc.Le
spectre
stationnaire nepermet
évidemment pas de reconstituerl’enregistrement
dedépart
dans sondétail,
ce dont nous ne nous soucionspas, mais il définit
stochastiquement
tous lesenregistrements qui
au-raient pu être
faits,
même en d’autreslieux,
à condition que les carac-téristiques statistiques
de latempête
y soient restés les mêmes. Cettepossibilité d’extrapolation, permettant
enquelque
sorte de caractériser desenregistrements
nonfaits,
a évidemment unegrande
valeurpratique
et
théorique.
En faitlorsqu’on
utilise unspectre
stationnaire on travaillenon pas sur un
enregistrement,
mais sur un ensemble infinid’enregis-
trements
possibles.
Il n’est pas étonnant que cette
possibilité d’extrapolation
soit im-parfaite ;
c’est ce que traduitl’imprécision
fondamentalequi
gouverne la détermination duspectre théorique.
On reconnatt là facilement les dif- ficultéscaractéristiques
desproblèmes
deprobabilité
apriori.
Outre son utilisation
descriptive (spectre)
le modèle stationnairepermet
un certain nombre d’étudesthéoriques sur’
lespropriétés
statis-tiques
de la houle. Il al’inconvénient,
à cepoint
de vue, d’utiliser des méthodesmathématiques
assezcomplexes
mais les résultats obtenus semblent concorder avec l’observation d’une manière très satisfaisante.Sur le
plan expérimental
on saitengendrer électroniquement
desfluctuations de tension aléatoire stationnaires
ayant
unspectre énergé- tique
donné("bruit" filtré).
Cepourrait
être un moyend’engendrer
devéritables houles aléatoires à condition de
disposer
d’un batteur à houle dont le mouvement serait asservi à cette tension. A notre connaissance cettepossibilité
n’ajamais
été utilisée.Sur le
plan
des modèlesmathématiques,
c’est-à-dire des calculsnumériques,
le modèle stationnaire nepeut
être traitérigoureusement
avec un nombre fini
d’opérations. Pratiquement
le calcul conduit en fait àremplacer
lespectre
continu par un nombre fini de raies isolées. Cecinous conduit à un autre
type
de modèle que nous allons étudier ci-dessous.LES OLIGO-HOULES
On est évidemment
amené,
ne serait-ce que pour les calculs numé-riques,
àremplacer
lespectre
continu E par unspectre
necomportant qu’un
nombre fini de raies. Laquestion
essentielle que pose ce nouveaumodèle est : combien de raies faut-il
prendre
et comment faut-il les ré-partir
sur lespectre ?
Il est clair en effet que le modèle sera d’autant
plus
maniable et"économique"
que le nombre des raies seraplus réduit,
mais ilrisque
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