Bourse C oddity 2019 - Sujet de l’épreuve
La Bourse Coddity est un concours de développement individuel qui récompense trois étudiants pour leur esprit d’analyse, leur curiosité technique et leur créativité. Ces trois lauréats se partageront une bourse d’études de 3 500€.
L es femmes dans les métiers de la Tech
Cette année, vous allez être amenés à développer une application pour promouvoir les femmes dans les métiers de la tech.
Afin de nous immerger dans le sujet, nous avons réalisé onze entretiens : Emmanuelle (Chief Marketing Officer), Ismaël (CTO), Louis (Directeur développement), Lucie (Journaliste tech), Marie (CTO), Marie-Andréa (consultante BI), Mathilde (consultante cybersécu), Olivia (consultante QA), Théo (développeur web), Sirine (développeuse front) et Véronique (experte Data).
Nos échanges ont porté sur leur parcours, les difficultés qu’ils / elles ont pu rencontrer et leur vision de l’équilibre hommes / femmes dans leur métier. Le récit de ces entretiens se trouve en annexe.
É preuve
Phase 1: Analyse
Votre objectif est de vous approprier ces entretiens et d’en faire ressortir une problématique au regard des différents sujets qui y sont abordés. Selon ce que vous aurez mis en lumière, il vous reviendra d'imaginer une application répondant à la problématique retenue.
Phase 2 : Développement
Une fois l’application imaginée il vous reviendra de la développer. La nature de l’application (web, client lourd, modèle, algo, etc.) ainsi que le choix des technologies est totalement libre.
M odalités de rendu
Les épreuves se terminent mardi 30 avril 2019 à 23h59 . Vous avez donc deux mois devant vous. Nous attendons la livraison de votre travail à l’adresse [email protected], comprenant :
● Une documentation d’analyse d’un minimum de 2 pages comportant une introduction, l’analyse de la problématique que vous avez retenue et la présentation de votre solution pour y répondre ;
● Les sources de votre projet et la procédure d’installation / déploiement ;
● L’URL vers votre app en prod (si applicable) ;
● Une documentation technique comprenant a minima l’argumentation relative à vos choix techniques (archi, technos, design, etc.), les difficultés que vous avez rencontrées, ce que vous avez appris, une autocritique et les perspectives de votre application.
En cas de besoin, n’hésitez pas à poser vos questions sur le Discord, dans la chaîne prévue à cet effet.
Le Jury évaluera les réalisations sur la base des critères énoncés en paragraphe 2.4 du règlement du concours. Seront particulièrement étudiés : l’analyse du sujet, la créativité dans la solution proposée, la pertinence dans les choix techniques et le recul pris vis-à-vis du rendu. Bon chance !
A nnexe : récit des entretiens
Emmanuelle 3
Ismaël 5
Louis 7
Lucie 9
Marie 12
Marie-Andréa 14
Mathilde 16
Olivia 18
Sirine 20
Théo 22
Véronique 24
E mmanuelle
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis Chief Marketing Officer : j’utilise le meilleur du digital, de la com, de la data, mais aussi du design, du business afin de mettre des produits et des services qui suscitent l’intérêt sur le marché et de ramener des clients vers eux.
Comment en es-tu arrivée là ?
J’ai fait un DEUG d’économie suivi d’une école d’ingénieur en statistiques (l’ENSAI). J’ai choisi l’ENSAI pour son ouverture vers le marketing quantitatif afin d’avoir un profil complet : technique et business également.
A quel âge as-tu décidé de t’orienter vers ce domaine ? Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça ?
Je n’ai pas vraiment décidé, les choses se sont faites un peu “comme ça”. J’ai toujours veillé à m’éclater dans ce que je faisais, au niveau de mes études ou de mon métier pour plus tard, et je suis arrivée naturellement dans un domaine plutôt technique. Je me suis intéressée à la data parce que je sentais bien que cela devenait un enjeu, et il est vrai que des compétences techniques aident pour appréhender des sujets data vraiment intéressants en termes de volume et de variété de données.
En outre, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont donné la chance d’exprimer le peu que je savais sur leurs projets, notamment chez Deezer. Les co-fondateurs souhaitaient changer la donne en proposant une alternative au piratage et c’est dans ce cadre là que j’ai commencé à travailler sur des gros volume de données.
Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
La variété des sujets et des interlocuteurs avec lesquels je travaille. Actuellement, j’interviens auprès de métiers très business (vente ou négociation contractuelle par exemple) : des business developers, des commerciaux, mais aussi des juristes ou des avocats. Sur ces 10 dernières années, j’ai travaillé avec des services d’édition d’applications et de sites web, donc auprès de développeurs back, front, mais aussi d’UX designers. C’est une source d’enrichissement quotidienne.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Pour être honnête, pas vraiment. En tous cas, je ne les ai pas subies comme des difficultés mais peut être plus comme des challenges ou des obstacles à relever. C’est peut-être aussi lié à mon caractère conquérant. J’ai toujours été entourée de gens plutôt bienveillants, j’ai eu de la chance.
Quels sont les événements que tu as vécu comme des challenges ?
A titre personnel, je pense que ce sont des challenges qui sont davantage liés à mon métier qu’à ma personnalité.
Notamment sur la data : il y a une forte demande pour connaître les opportunités potentielles, savoir ce que ça peut apporter aux métiers notamment. Donc je dirais que c’est dans la vulgarisation et dans l’apport de preuves que j’ai eu le plus de challenge.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Rien de particulier je pense, parce que que mon parcours résulte d’un équilibre entre des choses que j’ai réalisées et maîtrisées ainsi qu’une bonne part de chance. Pas sûre de retrouver cet alignement des planètes !
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ? J’ai différentes hypothèses, que je me permets d'émettre, mais qui restent à vérifier.
Au niveau de mon parcours académique, j’ai pu constater que sur des filières très scientifiques, les femmes ne sont pas toujours autant représentées que les hommes. À l’ENSAI, en filière marketing les femmes sont nombreuses, contrairement aux filières informatiques. Il semble que ce soit corrélé aux majeures. Toutefois, sur des métiers que l’on projette plutôt masculins (banque / finance en salle de marché par exemple), la situation était quasi-paritaire dans mes souvenirs. Donc à part la filière informatique (fortement masculine) et la filière économie de la santé (fortement féminine), le reste était plutôt équilibré.
Par ailleurs, dans la recherche d’emploi, je pense que l’on se met des barrières toutes seules en tant que femmes. J’ai souvent lu que l’on ne postulait pas lorsqu’on pensait ne pas maîtriser toutes les compétences requises (< 50%). On n’essaie donc pas, c’est clairement bloquant pour obtenir des résultats.
J’ai même pu le vérifier récemment lorsque j’ai cherché à recruter : j’ai fait des tests sur la longueur de mes annonces.
On sait que plus longue est la description du poste, plus les candidats se sentent obligés de “cocher toutes les cases”.
Et j’ai observé une corrélation entre la longueur de mes annonces (↗) et le nombre de femmes postulantes (↘). Je pense qu’on se met des bâtons dans les roues toutes seules.
En outre, lorsque l’annonce précise que le process de recrutement comporte des tests pour évaluer des compétences, cela peut être perçu comme un challenge insurmontable et je pense que cela a freiné de nombreux(ses) candidat(e)s.
Et le dernier point, étant une femme plutôt grande et costaude, je pense qu’on me voit, on me remarque. Je n’ai pas besoin de faire d’efforts particuliers pour être écoutée lorsque je prends la parole. Il semble qu’en tant que femme, on du mal à être entendue sur certains sujets : il est parfois difficile de prendre la parole. Alors je pense que c’est plus facile quand on est visible, cela doit jouer en ma faveur.
Comment pourrait-on équilibre le rapport hommes / femmes dans ces filières ?
Dans les filières techniques, je pense qu’il manque des projections visibles assez tôt : des perspectives de métiers et des sujets concrets à aborder. A l’ENSAI, lors de la présentation de la filière informatique, le contenu est resté très technique, n’ouvrait pas aux perspectives. En réalité, au bout de quelques années de vie professionnelle, notre métier évolue et on est amené à faire des choses complètement différentes. Et ne pas savoir en quoi tes efforts vont se transformer, c’est problématique : je me suis dit “Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Qu’est ce que je peux devenir ? Est-ce que je peux re-bifurquer vers autre chose ?”.
Si je comprends bien, c’est le manque de vision dans la filière technique qui t’a bloqué ?
Oui, la technique n’est qu’un cadre de travail, des compétences et des outils. Pour moi, ce n’est pas une fin en soi, on ne reste pas collés au même métier sur les mêmes outils toute sa vie.
I smaël
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis CTO d’une jeune startup qui s’appelle Amazing Content. Concrètement, je développe un logiciel et je conçois le service.
Comment en es-tu arrivé là ?
J’ai fait une grande école d’ingénieur, puis j’ai fait du conseil pendant une dizaine d’années. J’ai encadré, coaché des équipes qui faisaient du logiciel.
Dans mes expériences précédentes je travaillais avec des grosses équipes où je réglais un gros problème tous les trimestres. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus opérationnel : je remets les mains dans le cambouis. Je travaille dans un contexte où on a 1000 problèmes concrets à résoudre tous les jours.
Pourquoi as-tu fait le choix de t’orienter vers ce domaine ?
En sortant d’école d’ingénieur, on était dans les débuts de l’internet grand public et je trouvais ça génial. J’adore lire et il y avait une masse incroyable de contenu qui s’ouvrait à toi en quelques clics. C’est ce qui m'attirait.
Comment as-tu entendu parler du métier que tu exerces aujourd'hui ? Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
J’en ai entendu parlé assez rapidement et ça m’attirait. J’aime le fait de résoudre des problèmes et de créer quelque chose. Ce sont ces aspects pâte à modeler, maquette, DIY qui me plaisent, le fait de construire quelque chose.
Dans mon cas présent, c’est également le rythme qui me plait : j’aime voir que ça avance très vite. En début de journée tu as 1000 problèmes à résoudre, et en fin de journée tu en as déjà réglé 900. C’est très gratifiant.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Oui, comme tout le monde au cours de son parcours. Dans le fond, tu apprends, tu fais des bêtises, tu échoues. Mais ce n’est pas grave, tu te remets en question et tu apprends.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Pas spécialement grand-chose, parce que j’ai beaucoup appris de mes expériences qui étaient très différentes. J’ai fait des jobs très humains, d’autres très techniques, dans des grandes ou petites organisations et chaque expérience m’a enrichi et m’a donné de la valeur ajoutée pour la suivante. En fait, je pense que je pourrais changer la séquence, la chronologie, mais à mon sens toutes ces cases sont importantes.
Qu’est-ce qui t’a manqué au cours de ta vie étudiante et professionnelle ?
Je ne sais pas. J’ai toujours eu de super mentors, de mon premier jour jusqu’à aujourd’hui.
Au début, ils se sont plus ou moins imposés naturellement, mais maintenant je sais qu’il faut aller les chercher. Je ne pense pas qu’on puisse s’en passer, parce qu’il y a des milliards de domaines et on ne peut pas tous les connaître.
Ainsi, quand on souhaite passer à l’étape suivant de son parcours, il y a énormément de choses à apprendre et c’est plus simple et rapide, voire indispensable, d’avoir un bon mentor à ses côtés.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Je pense en grande partie que c’est lié à l’inconscient collectif. Je ne suis plus trop sur des chiffres, mais il me semble qu’en terminale le niveau moyen des femmes en sciences et meilleur que celui des hommes. Et petit à petit, plus on monte dans les niveaux d’études et moins c’est le cas.
Je pense qu’il y a une part d’inconscient collectif et de pression sociale : les femmes semblent s'autocensurer inconsciemment. Je pense que ce sont des croyances sociales qui disent que les femmes seront peut-être moins fortes dans les sciences dures ou dans des savoirs techniques et au contraire plus pertinentes sur des savoirs softs et des métiers où l’on a plus besoin de compétences douces. Comment explique-t-on ces croyances, je ne sais pas.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Je pense que la question n’a pas de sens. On trouvera des hommes meilleurs et vice versa. Je peux trouver 10 hommes en tech meilleurs que des femmes, mais aussi 10 femmes en tech meilleures que des hommes. Dans le fond la question n’a pas de sens. Dans les individus on trouvera toujours tout et son contraire.
Comment équilibrer ?
Il faut s’efforcer de recruter plus de femmes. Je suis pour la discrimination positive : il faut que les équipes tech recrutent des femmes. Et il faut faciliter l’intégration et la montée en compétence des femmes.
Ensuite je pense qu’il faut montrer l’exemple, le peu de société qui emploient des femmes le font. Je pense qu’il faut montrer que la voie est possible, qu’elle est accessible pour les femmes. Il faut montrer que c’est un métier intéressant, qu’elles ne seront pas les premières, que d’autres se sont lancées et ont réussi. Il faut diminuer la peur qu’elles pourraient avoir face à cet univers. Il faut que les jeunes femmes s’identifient à des femmes qui évoluent déjà dans se monde, se rassurent et se disent que c’est possible.
Autre idée, il faut aider, encourager les femmes à prendre la parole en conférence / meetups.
L ouis
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Aujourd’hui je suis directeur du développement et de la croissance au sein d’une startup qui édite une application qui propose des concertations à grande échelle, pour aider les leaders à engager et conduire leurs projets de transformation. Il y a 3 dimensions : une dimension commerciale (business development, partenariat stratégique), une dimension marketing produit et une dimension stratégie produit (UX). J’interviens en amont du développement, c’est à dire que je réfléchis à ce que l’on veut retrouver dans l‘appli et comment on va le structurer.
Comment en es-tu arrivé là ?
J’ai suivi un cursus à l’école centrale de Nantes après deux ans de classe préparatoire. Je me suis spécialisé en management de l’économie numérique en partenariat avec Audencia Business School. J’ai toujours voulu jouer un rôle important à la fois dans une entreprise et dans la raison d’être de celle-ci. J’ai rencontré le fondateur de la startup, qui m’a parlé de sa vision, qui est de changer le monde de l’entreprise des points de vue humain et sociétal. Je ne connaissais rien aux sujets RH, management du changement et de transformation mais j’ai été séduit par le personnage, sa vision et surtout par la valeur ajoutée qu’il voulait apporter.
Pourquoi as-tu décidé de t’orienter vers ce domaine ?
Je me suis longtemps posé la question. Je suis parti un peu à l’aveugle dans la voie royale : Bac S < Prépa < école d’ingé, mais sans trop savoir pourquoi. Et en fait j’ai réalisé que la gymnastique intellectuelle dans la tech était celle qui me correspondait le mieux.
Concernant le poste que j’occupe aujourd’hui, il n’est pas surprenant parce que j’ai toujours voulu prendre part à des aventures entrepreneuriales avec des sujets humainement forts. Je suis arrivé à ce poste notamment car j’ai réalisé que développer le produit était indispensable pour le développement et la croissance de l’entreprise.
Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
C’est la complexité de la déclinaison de la vision en méthodologie et en un produit, ainsi que la complexité du cycle de vente. En outre, nous avons une vision très ambitieuse : on veut traiter des sujets à très grande inertie et qui sont stratégiques pour les entreprises. De fait, c’est très complexe du point de de l’expérience utilisateur parce qu’il faut réussir à attirer et engager les utilisateurs dans l’application et réussir à structurer l’application pour obtenir toutes les fonctionnalités souhaitées.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Dans mon parcours académique j’ai eu des difficultés à comprendre pourquoi je faisais des sciences et pourquoi cela me plaisait. Puis j’ai réalisé que ma manière de penser était très proche de la démarche scientifique, donc que cela me correspondait finalement bien.
Aujourd’hui, j’ai parfois des difficultés à me faire comprendre avec différents interlocuteurs, clients ou collègues, parce qu’on parle de sujets qui peuvent être abordés très différemment.
Par ailleurs, j’ai parfois un problème de reconnaissance lié à l’âge : ce ne sont pas mes collègues qui pensent que je ne suis pas compétent, c’est la vision que les clients ont de moi.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Je pense que je prendrais plus de temps pour travailler les sciences sociales (anthropo, socio, psycho), parce que je me rends compte que dans tous les grands axes que je couvre dans mon travail, il y a des liens forts à tisser entre la tech et ces sciences. Et il me manque de la matière pour pouvoir exploiter cela.
Qu’est-ce qui t’a manqué au cours de ta vie étudiante et professionnelle ?
En études d’ingénieur, il m’a manqué l’éducation technique au développement, au code. Je trouve que je n’ai pas assez de connaissances aujourd’hui. J’ai le sentiment que c’est comme l’anglais il y a 30 ans : si tu ne l’apprends pas, dans 10 ans tu ne comprendras plus ce qu’il se passera autour de toi.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Pour moi c’est un problème qui prend naissance dans notre éducation. Je parle dans l’éducation dès le plus jeune âge.
On dit aux femmes que les sciences ne sont pas faites pour elles. Je ne l’ai pas vu de manière très explicite mais disons que c’est un sentiment qui émerge de ce que j’ai pu voir et notamment des conseils d’orientation que l’on peut faire aux femmes.
Il y a un deuxième problème plus tard : dans les écoles d’ingénieurs, on trouve très peu de femmes, ce qui n’est pas très attirant pour les potentielles recrues. Il y a un effet d’inertie. Et je pense que l’éducation donnée dans ces écoles n’est pas adaptée.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Non. Je pense qu’on est similaires. On est humain avant d’être homme et femme, donc on a les mêmes capacités de réflexion. Et je pense que travailler dans la tech est une question de logique intellectuelle et qu’il n’y a aucun lien avec le sexe.
Comment équilibrer ?
Il faut repartir du début, c’est une problématique sociétale. Il faudrait faire évoluer les choses dans de nombreux domaines (même très éloignés de notre sujet initial) : publicité, secteur éducatif, etc. Malheureusement, des leviers concrets, je n’en vois pas.
L ucie
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis journaliste au Figaro depuis 6 ans, au sein de la rubrique média et technologies. Je suis spécialisée dans l’actualité Technologie, c’est à dire l’industrie des nouvelles technologies au sens large : Google, Facebook, Apple et aussi des start-ups françaises ou non. Je travaille sur les enjeux du numérique au quotidien : cyber-harcèlement, modération en ligne, cyber-sécurité, etc. Cela peut prendre la forme d’interviews ou de reportages, publiés sur lefigaro.fr et sur le Figaro papier.
Comment en es-tu arrivée là ?
J’ai toujours été passionnée de technologies. J’étais également très forte en mathématiques et en écriture. Finalement, le journalisme m’intéressait et j’ai fait un parcours assez classique : cinq ans d'études à SciencesPo, qui comprenaient deux ans de master en journalisme. Pendant mes études, j’ai conservé cette passion pour les nouvelles technologies : j’allais beaucoup sur des forums, je trifouillais les ordinateurs, etc. En devenant journaliste, j’ai remarqué qu’il y avait une réelle demande de la part des médias généralistes de traiter davantage ce genre de sujets et qu’il y avait peu de journalistes qui s’y connaissaient suffisamment. J’ai donc pu joindre “l’utile à l’agréable” et me spécialiser dans ce domaine.
Tu m’as dit “je suis passionnée de tech”, ça date depuis que tu es toute petite ?
Oui, depuis qu’on a un ordinateur à la maison. Mes parents ne sont pas ingénieurs, donc je n’étais pas au contact de nouvelles technologies avant d’avoir un ordinateur à la maison. À partir du moment où j’ai pu aller sur internet, je me suis intéressée aux communautés en ligne, puis j’ai petit à petit appris à coder. J’ai démarré avec HTML, puis CSS et ensuite j’ai pu me perfectionner avec des cours de programmation gratuits à Science Po. J’ai fait un peu de Python : c’était cool.
Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
La Tech est un domaine à la fois très précis et très vaste. Aujourd’hui, de nombreux sujets d’actualités ont un rapport avec les nouvelles technologies. Prenons les Gilets Jaunes par exemple : sans Facebook ils n’auraient pas pu exister.
Donc, pour comprendre ce mouvement, il est intéressant de se renseigner sur le fonctionnement des algorithmes de Facebook, de sa modération, et cela fait partie de mon travail.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Pour ma part, au niveau des études, pas vraiment. Le plus difficile a été lorsque j’ai voulu assumer cette spécialité en tech qui n’est pas forcément comprise par tout le monde. On m’a souvent dit “ah bon? tu es sûre?” “ah mais t’es une geek ?” “mais tu sais coder ?” . Je dois expliquer qu’il n’est pas nécessaire de savoir coder pour s’intéresser aux nouvelles technologies et les comprendre. Un journaliste doit savoir parler aux gens qui savent, il ne doit / peut pas forcément tout savoir.
Par ailleurs, dès que j’ai commencé au Figaro papier, je suis rapidement sortie faire des interviews et j’ai été confrontée à des gens plus vieux qui semblaient avoir du mal avec le fait de devoir traiter avec une jeune femme de 21 ans. Il est vrai que ça a été un peu difficile au départ de m’imposer, de réussir à me faire entendre, ne pas me laisser marcher dessus. Ce ne sont pas forcément des comportements agressifs (que j’ai assez peu subis finalement), mais plutôt des comportements paternalistes.
Malheureusement, je pense que cela reste quelque chose que les femmes expérimentent tous les jours dans leur travail, quel qu’il soit. Dans mon cas, il y a beaucoup plus d’hommes journalistes dans la tech que de femmes, et mes sources sont bien plus masculines que féminines. Mes interlocuteurs sont donc majoritairement des hommes, ce qui provoque parfois des situations pas très agréables. Mais je ne suis pas traumatisée, au contraire même. Ça me motive d’autant plus à rester dans ce domaine, par principe. Je pense être tout aussi compétente que les autres, même plus que certains, et j’ai envie de le prouver.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
C’est une vaste question. Ce qui est étonnant quand on regarde l’histoire de l’informatique, c’est qu’en réalité ça a longtemps été une discipline de femmes ! C’est un métier d’intérieur, donc à l’époque plutôt destiné aux femmes. Les femmes ingénieur(e)s ont ensuite peu à peu disparu, entre autres car les nouvelles technologies se sont répandues, sont devenues « cool » et un symbole de pouvoir avec la montée de la Silicon Valley. C’est typiquement visible dans les effectifs d’étudiantes en ingénierie informatique, qui ont progressivement baissés à partir des années 80. Le déséquilibre est donc très récent ! Aujourd’hui, c’est une situation qui s’auto-entretient.
Pour commencer, au sens entrepreneurial, les femmes font face à des pensées limitantes de type “les femmes ne se mettent pas autant en avant que les hommes” , ou “on a besoin d’être plus qualifiées que les hommes pour proposer quelque chose”.
Ensuite, au niveau technique, il est communément admis qu’un développeur est un homme, alimenté par les clichés comme l’adolescent geek à capuche. Personne n’invite les femmes à intégrer ce monde, elles n’en sont donc mécaniquement pas attirées.
Cependant, certaines se motivent quand même, s’y intéressent et se lancent. Elle se retrouvent plongées dans des univers ultra masculins, sans qu’ils soient mal intentionnés. Mais ce n’est pas évident d’être la seule femme dans un open space de 40 hommes. En conséquence, on constate que nombreuses sont celles qui changent de métier par la suite. C’est ce que j’appelle le syndrome du tuyau percé, qui fuit : de nombreuses femmes abandonnent parce qu’elles en ont marre « de n’être qu’avec des hommes ». Attention, je ne dis pas qu’elles sont harcelées, seulement qu’elles aspirent à un autre environnement, ou qu’elles se découragent.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Clairement, ils ont beaucoup moins à se battre pour faire reconnaître leur légitimité. Le gros problème d’un journaliste tech est de faire reconnaître à des techniciens qu’il s’y connaît, qu’il comprend ce dont on parle. J’ai déjà été considérée comme une idiote, à m’expliquer les choses très lentement comme si j’étais à l’école primaire. On m’a même déjà envoyer paître avec « j’ai pas envie de te parler, tu m’ennuies ». Ma technique pour y faire face dépend de mes interlocuteurs. Parfois, il est intéressant d’être aussi agressive qu’eux pour me faire respecter. L’autre solution est de prouver que je sais de quoi je parle. En outre, ce que j’aime bien c’est de parler un peu de jeux-vidéos, de memes, de culture Web, pour montrer que j’ai eu une adolescence similaire à la leur. Je n’ai simplement pas choisi de coder mais d’écrire ; cela ça veut pas dire que je ne comprends pas leur code. Je ne cherche pas à apprendre leur métier, ce n’est pas le mien, je ne suis pas développeuse, mais que j’ai envie qu’ils m’en parlent et qu’on puisse travailler ensemble sur un sujet. Malheureusement, je dois lutter plus que les autres.
Comment équilibrer ?
Je ne vois pas de solution miracle, mais certaines actions peuvent être lancées.
Pour commencer, la logique comptable me parle : si dans une équipe, 100 % sont des hommes, alors il y a un problème.
L’explication des recruteurs est qu’il y a moins de femmes disponibles que d’hommes. C’est sûrement vrai, au vu de la faible proportion de femmes dans les écoles. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce constat sans en faire plus. Des associations se montent, comme E-mma à Epitech. Des groupes de femmes ingénieures qui essaient donner de la visibilité aux femmes dans l’IT. Cela peut être une bonne idée pour le recruteur de se rapprocher d’elles.
Par ailleurs, les entreprises ne vont pas assez loin dans leur approche de la qualité de travail : les start-up, dont la population est jeune et masculine, proposent des snacks gratuits toute la journée, une fontaine à Cola, des bières et un baby-foot. C’est certainement attractif, mais pas forcément pour tout le monde. Typiquement, pour attirer des femmes, il serait intéressant de mettre l’accent sur les congés maternités, sur le fait de pas réduire toutes les interactions sociales à des verres d’alcool. De nombreux détails peuvent aider à créer un univers plus sympathique pour tout le monde. Pour finir, je pense qu’il faut perpétuellement éduquer / sensibiliser les hommes en entreprise. Parce que certains créent un univers pesant ou malaisant sans s’en rendre compte, notamment à cause de blagues sexistes répétées. Il est nécessaire que les dirigeants, les responsables des RH y veillent. J’ai quelques anecdotes affligeantes, comme celle de voisins de bureaux qui il font des blagues et impriment des photos de femmes nues avec des messages de type “venez chez nous, c’est trop cool”. C’est affreux, et l’impact est catastrophique sur les femmes qui passent devant ces affiches.
En parallèle, je vois un problème structurel à l’école : que l’on dise aux jeunes filles que la science n’est pas faite pour elles. C’est en réalité un sujet de société, avec des racines ancrées profondément.
M arie
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Alors actuellement je suis CTO dans une start-up. Je suis en binôme avec un CEO et ensemble on conçoit un produit.
Lui, apporte une vision commerciale, moi j’apporte une vision technique. On prend ensemble des décisions, et avec mon équipe on développe l’application ou ses nouvelles features.
Comment en es-tu arrivée là ?
Je suis issue d’une formation d’ingénieur généraliste. Plus jeune, j’ai eu des mauvaises expériences avec les adolescents garçons qui s'intéressaient au dev. Mais une fois étudiante, j’ai réalisé que c’était plutôt lié à des rencontres malchanceuses qu’à une réalité. Des étudiants en dev m’ont dit “essaye et tu verras si tu aimes”. J’ai découvert que j’adorais ça. Et en sortie d’école j’ai cherché mon premier boulot dans le développement : j’ai commencé junior, puis je suis passée senior et aujourd’hui je suis tech lead.
Pourquoi as-tu fait le choix de t’orienter vers ce domaine ?
Quand mes parents ont eu un ordinateur à la maison, j’ai tout de suite trouvé ça cool et j’ai voulu tout explorer. Je faisais partie de ces enfants qui ouvraient tous les dossiers dans l’ordi sans comprendre ce qui se passait !
Avais-tu entendu parler du métier que tu exerces avant ?
Non. J’ai découvert l’existence de ce poste quand j’ai commencé à travailler en entreprise. Ça n’était initialement pas mon objectif professionnel : je ne savais même pas comment était organisée ou structurée une entreprise.
A quel âge as-tu décidé de t’orienter vers ce domaine ?
Assez tard. Longtemps j’ai eu le cliché de l’ingénieur informaticien des années 2000 qui vivait entouré de ses serveurs et de son imprimante. Et j’ai compris via mes stages qu’il y avait différents types de développeurs : réseaux, embarqué, web, avec en outre plusieurs spécialités comme le serveur, le font-end, etc.
Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
Tout d’abord, j’apprends de nouvelles choses tous les jours. C’est vraiment un métier où les compétences attendues s’acquièrent en continu. Il y a tous les jours de nouveaux concepts à apprendre. Si on décroche quelques temps, on prend certes du retard, mais c’est toujours rattrapable si on s’y remet.
Ensuite, j’aime le fait de voir très vite les résultats de ce que je produis : pas besoin d’attendre plusieurs mois.
Enfin, j’aime travailler en équipe, avec un chef de projet et d’autres fonctions. Cela crée une émulsion qui permet de faire émerger le meilleur. C’est beaucoup d’échanges de connaissances, d’idées, etc. On a tous notre propre culture, notre propre expérience ce qui fait qu’on aura toujours de nouvelles idées.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Principalement, il m’a manqué des informations sur les métiers de l’informatique : ce que c’est, comment se former, etc.
Quand j’étais ado, j’ai cru que c’était trop dur donc je n’ai pas pris cette direction. Plus tard, j’ai cru que j’avais “du retard” irrattrapable pour devenir développeuse, ce qui était faux bien entendu. J’aurais aimé savoir que l’on pouvait s’y mettre à n’importe quel âge, et avoir un aperçu des différents métiers. Ou bien avoir des ressources pour démarrer en fonction de ce que j’avais envie de faire.
Ensuite je dirais qu’il y a une difficulté dans l’auto-évaluation du ratio efforts fournis / niveau acquis est “satisfaisant”. On remarque qu’au démarrage, certains se dévaluent, se comparent aux meilleurs et risquent d’abandonner car ils ne se
sentent pas au niveau. C’est un comportement que l’on va retrouver plutôt chez les femmes selon moi. Ce sentiment est amplifié par le comportement d’autres personnes, qui avec le même volume d’efforts et le même niveau acquis, se surestiment et se mettent naturellement en avant. Cela renforce le sentiment d’infériorité des gens qui ont déjà tendance à douter d’eux. Et c’est d’autant plus difficile qu’il n’y a pas de référentiel précis pour s’évaluer : les sportifs qui courent le 100m se positionnent objectivement par rapport aux résultats des concurrents. En développement, assez rapidement on peut réaliser beaucoup de belles choses, mais il manque des formes de validations d’acquis.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Clairement je m’y mettrais plus tôt : certains concepts fondamentaux sont longs à intégrer et plus tôt on les voit, plus facile sera la suite. J’essayerais également de trouver une sorte de référent ou de mentor pour m’accompagner, m’aiguiller, m’orienter car j’ai eu du mal au début à trouver les bonnes ressources.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Je pense clairement que c’est l’image et la mise en avant de ces métiers auprès des jeunes. Typiquement, l’image perçue est l’ingénieur informaticien gros, avec des boutons et des grosses lunettes, en chemise hawaïenne qui essaie de brancher un câble ethernet au fond d’un placard. Ça a certes changé, mais on manque encore de rôle modèle. Au lycée, les filles plutôt studieuses sont “naturellement” orientées vers des formations littéraires ou économiques et ne sont pas encouragées vers la tech. Il y a une notion d’inné : les garçons vers les maths, la logique, la mécanique, l’espace, etc. Les clichés sur les filles sont encore très actuels : “ elles ne savent pas se garer”, “elles ne savent pas bricoler” “elles ne peuvent pas changer une ampoule”.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Pas du tout. En terme de ratio pur, je vois autant d’hommes que de femmes talentueuses, autant qui n’ont pas de facilités, autant qui ne sont pas faits pour ça. On retrouve les mêmes qualités et défauts des deux côtés. On reproche généralement aux hommes de se mettre en avant, mais on retrouve ce comportement chez de nombreuses femmes également.
Comment équilibrer ?
Au début, j’y croyais pas trop au déséquilibre hommes / femmes parce que je ne l’avais pas ressenti.
Je pense que les modèles de femmes à succès ont un vrai impact. Parfois, on m’a demandé d’intervenir dans des évènements et des femmes sont venues me voir ensuite en me disant que je leur avais donné confiance, que je les avais motivées et que ça leur avait donné envie. Les plus jeunes comme les lycéennes doivent voir qu’il y a des femmes qui réussissent, qui s’éclatent et qui s’épanouissent dans la tech. C’est un premier point.
Ensuite, en entreprise ou en conférence, il faudrait créer un environnement accueillant pour tous, et donc veiller au respect d’un certain nombre de règles de savoir-vivre, d’ambiance d’équipe, etc. Enfin, dans les recherches RH ou d’intervenants, les recruteurs doivent faire l’effort d’aller chercher plus de femmes. Attention, je ne suis pas pour faire venir une femme “parce que c’est une femme”, surtout s’il existe un meilleur profil pour le poste !
M arie-Andréa
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis dans une ESN depuis un an, spécialisée dans la business intelligence : comment trier la donnée, la découper et la mettre en forme pour que les décideurs puissent avoir du recul.
Comment en es-tu arrivée là ?
La BI était une des options de mon école d’ingénieur. J’ai fait une école très orientée technique et c’était l’option qui me plaisait le plus, notamment car elle est à la fois technique et fonctionnelle.
A quel âge as-tu décidé de t’orienter vers ce domaine ?
J’ai décidé, mais sans vraiment décider. Après le lycée je ne savais pas quoi faire. On m’a conseillé de faire une classe préparatoire, ce que j’ai fait. J’ai ensuite intégré l’école.
Comment as-tu entendu parler de ce métier ?
En fait, j’en avais jamais entendu parler. Enfin pas avant de rentrer en dernière année d’études.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça ?
C’est le fait d’avoir une compétence à la fois technique et fonctionnelle. C’est le fait que l’on traite des données qui ont un sens pour le métier. On n’est pas uniquement les mains dans le code. On a quand même beaucoup de relations avec le métier, ce qui nous permet par ailleurs d’aborder un peu la politique en entreprise.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Pas spécialement, à part la classe préparatoire qui était une étape difficile car demandant énormément de travail dans une ambiance spéciale. Je pense que je n’étais pas bien informée dès le début. Un des points sensibles est la manière dont les professeurs te traitent : cela peut générer une baisse d’estime malgré tout.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Je pense que je demanderais beaucoup plus de conseils. Par exemple, avant la prépa pour savoir comment mieux gérer le fait d’apprendre ou mieux gérer mon temps. De prendre du temps libre aussi car je n’en ai pas pris assez. Et je me renseignerais plus sur les métiers accessibles après la prépa et après l’école, car quand tu es dans les concours tu n’y penses pas forcément ; puis en école tu suis un peu le chemin qui est tracé. Tu passes à côté d’informations qui pourraient être utiles.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
En classe prépa, on était 2 ou 3 filles dans une classe de 25 à 28 étudiants. Je pense que c’est lié à la pression qu’exercent les professeurs qui ne sont pas tendres. Les filles ont tendance à croire qu’elles ne vont pas réussir à résister. C’est le discours que j’ai reçu de la part de mes amies qui n’ont pas voulu tenter cette voie. Alors qu’en réalité, tout le monde prend une claque, hommes ou femmes sans distinction.
En outre, je pense que le noeud apparaît plus tôt, au lycée. En terminale, si tu es un homme pas mauvais en maths, on te dit que tu seras forcément ingénieur. Si tu es une femme pas mauvaise en sciences, en général on te conseille d’aller en fac de biologie. C’est une croyance populaire qui veut que les femmes qui sont bonnes en sciences iront forcément dans un laboratoire, faire de la biologie, s’occuper des animaux, etc. Et que les hommes ont besoin des chiffres, de la technique.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Non. Clairement, dans mon métier, on a besoin à la fois de technique et de fonctionnel. Et je pense qu’hommes ou femmes, on a tous une approche différente. C’est justement ce qui enrichit le métier. Et pour avoir rencontré de nombreux développeurs(ses) à l’école, les femmes sont également fortes, pas de doute à ce sujet.
Comment équilibrer ?
Il faut intervenir tôt, avant que la croyance populaire ne prenne prise. Par exemple, intervenir dans les lycées et diffuser des messages : “les métiers de l’informatique, ce n’est pas seulement rester derrière un écran avec des grosses lunettes, des boutons d’acné, pour coder toute la journée”. Il faut sensibiliser, surtout les femmes.
Il existe également des asso comme Elles Bougent, que j’ai découverte en classe prépa. J’ai pu écouter des femmes ingénieures qui expliquaient leur métier, et ça m’avait fait du bien de me rendre compte qu’une femme ingénieure n’est pas quelqu’un qui va devenir un garçon manqué, au contraire. Une sensibilisation de ce type fonctionne bien. Il faut intervenir le plus tôt possible, car dans l’enseignement supérieur, c’est trop tard.
Je pense aussi à un réseau de femmes dans la tech, pour montrer que c’est tout à fait possible. Ou pour aider à trouver des stages, des opportunités.
J’ajoute que dans le milieu professionnel, on ne m’a jamais dénigrée parce que j’étais une femme, en stage ou entretien.
Il n’empêche qu’une sensibilisation pourrait être utile envers des collaborateurs très techniques (infrastructure par exemple). Lorsqu’ils me voient arriver, femme de 23 ou 24 ans, ils ont une sorte de réaction “ elle est bien gentille, mais...”. Ca ne m’a jamais vraiment gêné parce que je sais que j’ai fait mes preuves et que je n’ai rien à leur prouver.
Mais il est vrai qu’on peut être mise en difficulté par ce genre de comportement, qui vient surtout de personnes un peu plus âgées, (40 / 50 ans) dont les mentalités ont du mal à évoluer.
M athilde
Quel est ton poste aujourd’hui ?
C’est un peu compliqué car je suis en plein changement d’emploi. Avant, j’étais consultante junior en cyber sécurité et maintenant je vais faire du consulting plus technique autour des infrastructures à clés publiques pour délivrer des certificats électroniques. Ce sera un poste mêlant technique et gestion de projet.
Comment en es-tu arrivée là ?
J’ai fait une école d’ingénieur. À la base je pensais faire de la biologie, mais ça ne m’a pas plu. J’ai glissé progressivement vers l’informatique, notamment le réseau, pour arriver aujourd’hui dans la sécurité.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça ?
Je dirais que c’est la double logique qu’il y a derrière : d’une part le côté mathématiques très conceptuel et cartésien, et d’autre part l’aspect DIY, le fait de bidouiller soi-même les solutions.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Les années d’études étaient difficiles, mais je crois que c’est normal. Ceci dit, j’imagine que le fait de ne découvrir l’informatique que très tard ne m’a pas aidé pour avoir une vision au préalable de ce que je voulais faire ; ça m’a mis un peu dans le flou. Mais je m’en suis sortie et ça me plait.
Y a-t-il des choses qui t’ont manquées au cours de ta vie étudiante ?
En fait, l’informatique est un milieu de passionnés, et lorsqu’on arrive dedans un peu “par hasard”, ou je dirais sur le tard, on démarre de très loin ! Certains camarades développent depuis des années… J’imagine que si je m’étais intéressée plus tôt au domaine, ça aurait été plus simple sur de nombreux aspects. De plus, c’est un peu flou : tout le monde connaît plus ou moins ce qu’est l’informatique mais pas forcément ce qu’on peut y faire concrètement. Et c’est un domaine qui ne donne pas très envie si on ne s’y intéresse pas vraiment.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Selon moi, c’est parce que lorsqu’on est une jeune fille, on ne nous donne absolument pas envie de nous intéresser à ce genre de milieu. Par conséquent, on n’essaie pas de voir ce que c’est, de chercher si il y a des opportunités. Et pour moi, ma reconversion est le fruit du hasard.
A l’UTC, même s’il y a une énorme majorité d’hommes, il y a quand même de plus en plus de femmes en informatique.
Mais on peut observer que nous sommes moins nombreuses dans la filière sécurité et réseaux (que j’ai suivie) que dans les autres. Peut-être parce que c’est le truc le moins “sexy” de toutes les filières.
C’est qui “on” dans “on ne nous donne absolument pas envie de s’intéresser à ce genre de milieu” ? Les parents, l’école, la publicité… on n’est pas du tout orientées vers ce genre d’études. Même dans les salons !
Et pourquoi dis tu que la filière sécurité et réseaux est la moins “sexy” ?
Parce que c’est celle qui est le plus associée aux clichés de l’informaticien derrière son écran noir qui va brancher des routeurs. Aujourd’hui, un certain nombre de disciplines deviennent de plus en plus à la mode : le développement d’applications, les interfaces utilisateurs, le design, l’intelligence artificielle. Ca fait moins rêver mais moi ça me plait !
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Non, bien sûr que non. Mais un problème que j’ai constaté dans le milieu de l’entreprise, pas forcément à l’école, c’est que les femmes ont beaucoup moins confiance en elles. C’est à dire qu’elles sont beaucoup moins prêtes à s’imposer, à être sûres d’elles.
Est-ce que toi tu vis le sexisme, ou est-ce que tu le vois ?
À l’université pas du tout, alors que pourtant j’étais dans la filière avec trois filles seulement, ça aurait pu être le cas. En revanche, en entreprise, ça a été beaucoup moins équitable sur ce point. J’ai tout de même vécu une histoire de harcèlement. Et au-delà de cet épisode, j’ai souvent été rabaissée par mon manager sans raison. Tous les hommes de mon équipe l’ont d’ailleurs remarqué. Ceci dit, il y avait également des hommes qui me soutenaient beaucoup, et heureusement.
Comment équilibrer ?
Je sais qu’aujourd’hui, les lycéens ont de plus en plus de sensibilisation à la tech, mais je pense qu’il y a toujours un problème de parité. J’imagine que ça se passe donc très tôt, dès l’enfance : il faut travailler auprès des jeunes filles pour leur donner elles aussi envie de bidouiller. Et ça passe par tout : jouets, publicités, cinéma, etc. Et surtout par le fait de persuader que les femmes sont tout autant légitimes dans la tech que les hommes.
O livia
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je développe et valide des tests fonctionnels, mais ça ne correspond pas à ce que je veux faire.
Comment en es-tu arrivée là ?
Au départ, j’étais plutôt attirée par l’art. Je faisais beaucoup de théâtre, de chant, mais comme j’étais plutôt forte en classe, on m’a fortement conseillé d’aller vers des études scientifiques. J’ai eu un Bac S, et j’ai voulu faire des études en arts et spectacle, mais les débouchés ne sont pas très nombreux. J’ai donc tenté d’entrer en psycho mais une erreur dans mon dossier m’en a empêché.
Enfin, j’aimais beaucoup les jeux vidéos, notamment l’idée de concevoir des univers, des scénarios : on retrouve ici l’artistique. Et comme je ne suis pas très forte en dessin, je me suis lancé en IUT d’informatique (c’était encore l’époque où on pensait qu’il fallait savoir programmer pour faire un jeu). Le DUT est une formation technique qui m’a plue : pouvoir donner vie à quelque chose à partir de lignes de code, et en parallèle de disciplines qui parlent en psycho : l’expérience utilisateur, comment les gens pensent, utilisent un outil, etc. En l’occurrence, en IA, on aborde la réflexion sur l’humain, le biomimétisme pour savoir comment retranscrire et comment implémenter dans une machine pour qu’elle nous aide. Donc j’ai trouvé mon compte dans l’informatique, et j’ai souhaité poursuivre en école d’ingénieur axée sur les sciences humaines, la philo, l’étude sur la sémiotique, etc.
Comment as-tu entendu parler de ce métier ?
Je l’ai découvert à l’IUT. Venant d’un petit village de campagne, je ne connaissais pas les métiers de l’ingénieur. Pour moi, la classe prépa était quelque chose de grand mais très concurrentiel, alors je n’ai pas voulu tenter. Je n’avais donc aucune idée de la direction que je prenais : quand on n’a peu ou pas d’exemple dans son entourage proche, c’est difficile de savoir ce à quoi s’attendre. Je suis donc entrée à l’IUT en me disant “j ’aime bien les ordinateurs, j’ai déjà codé un peu en HTML, et ca me plait un petit peu” . La plupart de mes camarades avaient des proches qui étaient eux-mêmes dans des métiers scientifiques et avaient été conseillés.
Tu dis avoir déjà fait un peu de HTML, c’était quand ?
Alors c’étaient mes tous premiers exploits, au début des années 2000. C’était la mode des blogs personnels, où on racontait sa vie à sa communauté restreinte. Il n’y avait pas d’outil à l’époque, il fallait développer à la main. Je me souviens que j’essayais de le rendre beau.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Oui, énormément. Premièrement, ayant fini dans une bonne école d’ingénieurs sans trop savoir ce que cela représentait, j’ai eu droit à des remarques désobligeantes : “ de toute façon elle est mieux notée parce que c’est une fille, on la note plus gentiment”. Les clichés ont bon train… “on est plus gentil avec les filles ”, “de toute façon tu vas être acceptée car il y a un quota de filles à prendre ”. Même mon copain de l’époque m‘avait dit, en prévision d’un entretien : “ il n’y a pas de problème, tu mets un décolleté et ça va passer tout seul ”. Et ça ne se résume pas seulement au comité restreint : un jour, j’ai mis quelques secondes à me rendre compte que mon interlocuteur ne me regardait pas dans les yeux, mais regardait mon décolleté. Il est difficile de se sentir légitime dans ce genre de situation.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
Je ne sais pas si je changerais quoi que ce soit. Aujourd’hui, ce recul me permet de conseiller les plus jeunes, de les écouter également, et me rendre compte que ça arrive aux autres. J’ai mis beaucoup de temps à me dire que ce n’était pas de ma faute : à chaque fois on se sent coupable, on se dit que c’est nous le problème, qu’on dramatise. Avoir réalisé cela, me donne une force supplémentaire aujourd’hui.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
J’ai l’impression qu’il y a un paradoxe : dans les pays où la femme est censée être à égalité avec les hommes, disons les pays occidentaux, riches, on trouve moins de femmes dans les postes à responsabilité dans la tech. Au contraire, dans les pays où la femme semble avoir moins de droits, il me semble que c’est plus équilibré, qu’elles ont moins de mal. J’ai l’impression d’un double discours : la société et les hommes veulent l’égalité mais essaient quand même de garder un espace de masculinité qui leur appartient. L’informatique et les jeux vidéos en font partie, et les sciences en général.
Pourquoi selon toi ?
C’est auto-entretenu : un de mes anciens chefs m’a avoué que j’étais la première femme qu’il encadrait, du haut de ses 20 ans d’expérience. Il appréciait beaucoup mon travail mais il m’a dit ne pas être habitué.
Les blagues sexistes n’aident clairement pas non plus. Sommes-nous toutes prêtes à accepter ce genre de blagues sans arrêt ? Sera-t-on capable de demander à arrêter ? Est-ce qu’on va nous laisser la parole ? Parfois ce n’est pas le cas, et certaines femmes préfèrent changer de secteur.
Je pense qu’en réalité, les femmes ont réellement envie de travailler. Le rôle de “ramener de l’argent au foyer” était initialement réservé aux hommes, et les femmes en ont gagné le droit et souhaitent profiter de cette émancipation aujourd’hui.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Non. Cependant, on observe que les femmes doivent s’investir deux fois plus que les hommes : comme si on voulait prouver qu’on est intelligentes, capables. Et malheureusement, nos réussites sont vite oubliées : une erreur et c’est du passé. Si nous ne sommes pas parfaites, ça ne va pas… On est donc en quête perpétuelle de la perfection.
Comment équilibrer ?
C’est un vaste sujet. Je pense que cela démarre par de l’éducation, lorsqu’on est tout petit. Il s’agit de gommer les différences très tôt. Mais malheureusement, même si l’éducation est égalitaire et respectueuse des femmes, un homme essayant de s’intégrer à un groupe ne va pas forcément aller à l’encontre de ses collègues qui font des blagues sexistes.
S irine
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis ingénieur d’études et développement. Je travaille sur des applications web et je suis plutôt front end.
Comment en es-tu arrivée là ?
J’ai suivi une école préparatoire à Tunis puis une école d’ingénieur en télécom. Les cours de développement m’ont beaucoup plu. Avant cela, je ne pensais pas que je pourrais faire du développement, je n’y avais même jamais pensé.
Je pense que c’est parce que je ne connaissais pas beaucoup de développeurs dans mon entourage et parce qu’on ne m’avait pas beaucoup parlé de ce métier. J’avais juste l’image de ce que j’avais vu dans des films ou autres, et ca me paraissant être un truc 100% pour des geeks et surtout pour les hommes. Et pourtant, au lycée, je me souviens que j’étais très forte en informatique, en algorithmique… Mais je n’avais jamais pensé à cela comme carrière. C’est bien en école d’ingénieur que j’ai découvert cette voie et décidé de m’y orienter.
Qu’est-ce qui te plaît dans ce que tu fais aujourd’hui ?
C’est le fait de pouvoir créer et de voir le résultat instantanément. Il y a un aspect conception et aspect résolution de problématiques à la fois. Et ensuite, tu vois réellement sur un écran ta solution ou ta création. Cela apporte a beaucoup de satisfaction.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Pas tellement. Je pense que le plus gros problème que j’ai rencontré est lié à un manque de confiance en moi. Cela m’a bloqué à plusieurs reprises dans mes recherches d’emploi ou de stage, ou même pour proposer quelque chose dans mon travail. J’ai cette peur que ce que je vais dire va être faux et que cela pourrait nuire à mon image ou à ce que mes collègues pensent de moi. Cela m’a parfois bloqué. Et je ne suis pas la seule : cette difficulté a été partagée par la plupart des femmes avec lesquelles j’ai fait des études. Certaines de mes amies, lorsqu’elles recherchent un stage et voient une annonce particulièrement corsée, réagissent : “ non mais je connais pas cette techno, ou ci, ou ça… ” et ne postulent pas. Il semble que ce soit quelque chose qui bloque plus les femmes que les hommes : les hommes prennent plus de risques, ils postulent plus dans des positions même s’ils n’ont que 50% des compétences demandées. En réalité, je pense qu’en tant que femme, on nous a demandé d’être parfaites depuis notre enfance, de toujours donner la bonne réponse. Et ça peut nous bloquer dans notre carrière, dans nos études ou dans nos choix. Et malheureusement, même lorsqu’on en prend conscience, cela ne corrige pas immédiatement le point. Il faut du temps et du courage pour essayer de surmonter ce sentiment qu’on a depuis longtemps.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
J’aurais fait une école d’informatique à la place de télécom, car aujourd’hui mes collègues maîtrisent plus de notions que moi. Cela joue sur la confiance que j’ai en moi.
Qu’est-ce qui t’a manqué au cours de ta vie étudiante et professionnelle ?
Je dirais qu’il y avait un manque d’encadrement pour des jeunes lycéens d’une part et un manque de communication sur les métiers possibles en tant qu’ingénieur d’autre part. Certaines personnes ont la chance d’avoir quelqu’un dans leur famille ou dans leur cercle d’amis qui peuvent leur en parler. Ce n’était pas mon cas.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Dans ma vie personnelle, je n’avais pas de modèle, personne ne m’a invité à aller dans cette voie. Mais en général, je trouve qu’il y a un manque de représentation des femmes dans l’IT : on met plus souvent en avant des femmes actrices ou modèles et moins des ingénieures en IT. On influence les jeunes filles en insinuant : “si tu veux être une femme aimée et appréciée, voilà ce que tu dois faire. L’IT n’est pas sexy, pas beau, pas admiré par les hommes”, etc.
Ainsi, d’une part on apprend aux jeunes filles que pour réussir leur vie, il faut être aimée par des hommes ; et d’autres part, que les hommes aiment les femmes jolies qui ont un certain métier, certainement pas l’IT. Si on leur injecte cette idée sur de longues et nombreuses années, cela finit par être intégré inconsciemment.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Non. Parce que c’est un métier 100% intellectuel, et franchement je ne vois pas pourquoi un homme pourrait faire mieux qu’une femme. Les femmes peuvent en plus avoir d’autres perceptions que les hommes.
Comment équilibrer ?
Aujourd’hui, je sens qu’il y a de plus en plus d’initiatives pour représenter des femmes à des postes IT. On pourrait réunir des femmes à haut poste et des jeunes femmes de collège ou de lycée, afin qu’elles puissent les inspirer et les motiver à considérer ce choix de carrière.
Pour moi, toutes les femmes ont un rôle à jouer. Il ne s’agit pas d’accuser les hommes, mais de sensibiliser les femmes de notre entourage. Il faut que nous soyons des ambassadrices.
T héo
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Je suis développeur web dans une petite ESN.
Comment en es-tu arrivé là ?
Je suis issu d’une école du web. Mon intérêt a commencé en première, j’avais un ami qui faisait déjà du développement.
On savait tous les deux qu’on voulait s'orienter vers cela, mais c’est surtout lui qui m’a transmis sa passion. Ainsi, en terminale, j’ai pris l’option informatique, puis j’ai continué dans cette voie.
Comment as-tu entendu parler de ce métier ?
Initialement, je n’y connaissais rien et ça ne me venait pas à l’idée de tout savoir. C’est réellement en terminale que j’ai commencé à comprendre, et c’est encore plus tard que j’ai vraiment découvert tout ce qu’on pouvait faire. Et j’ai encore tellement de choses à découvrir.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça ? Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
J’aime le métier en lui même, ça évolue tout le temps, il y a plein de choses à apprendre. Il y a des projets différents, des technos différentes, des contextes différentes. C’est très riche.
Ensuite j’aime cela parce qu’il y a une part de magie dans le dev. Quand je dois développer un algorithme ou une fonctionnalité plus ou moins complexe, que j’y passe du temps et qu’à terme tout fonctionne, ça me rend heureux ! Et je trouve que le mindset des développeurs est plutôt cool, c’est un univers assez détendu.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
Pour commencer, au lycée, tant que j’avais pas de spécialité, je n’étais pas hyper motivé par les cours. C’est en terminale que ça a changé.
A l’école, c’est la concurrence qui m’a dérangé. On avait un classement par semestre et ca ne me plaisait pas. Certaines semaines étaient très intensives, et ne reflètent pas forcément la réalité du travail. On avait un temps très réduit pour produire des app de qualité. Dans la vie professionnelle, on définit des échéances cohérentes avec le projet et on prépare l’équipe pour faire en sorte d’adopter une bonne communication.
Et après il y a le fameux “syndrome de l’imposteur”. En dev, il y a toujours quelqu'un de meilleur que soi. En fait, comme il y a beaucoup de choses à apprendre et qu’on a pas tous la même logique, on a tendance à se comparer. C’est toujours un peu déprimant et ça génère surtout beaucoup de remise en question. La difficulté semble être liée à l’évolution continue. On a peur de pas être à jour, d’être perdu.
Dans le monde professionnel, dans mon ancienne expérience j’ai eu des difficultés liées à la communication et au management. D’ailleurs, dans tout le pôle développement, nous n’étions que des mecs, c’était un peu lourd, chacun restait dans son coin. Dans mon expérience précédente, il y avait plus de parité et c’était mieux.
Si aujourd’hui je te disais que tu pouvais tout refaire, qu’est-ce que tu changerais ?
J’aurai pas forcément choisi cette école. J’aurai fait un DUT et un master plutôt qu’un bachelor seul avec un emploi direct. Avec du recul, j’aurais peut-être eu plus d’occasions d’apprendre des choses plus généralistes en DUT, puis plus spécialisées en master. Aujourd’hui, j’ai une bonne culture web mais je manque de méthodologies en algorithmique et en analyse.
Pourquoi selon toi y a-t-il plus d’hommes que de femmes dans la tech ?
Bêtement, je dirais que depuis quelques temps les activités tech, recherche, sciences sont plus orientées pour les hommes. Cela se ressent au niveau de l'éducation, de biais qui sont transmis d’emblée. Même si je ne sais pas pourquoi.
Cependant, j’ai l’impression que ça évolue aujourd'hui. Dans mon école, on trouvait une parité de l’ordre de 30 H / 70 F en bachelor. En master ça augmentait vers 60 H / 40 F. Donc ce n’est pas parfait, mais ça s’en rapproche.
Penses-tu que les hommes soient plus légitimes que les femmes sur ces postes ?
Pas du tout. Je ne vois pas de différences intellectuelles ou même au niveau de la passion. Au niveau professionnel, je ne vois aucune différence entre un homme et une femme.
Comment équilibrer ?
Je pense qu’il faudrait démystifier ce métier et arrêter de lui donner un aspect juste masculin. Il faudrait oublier cette image de gros geek développeur, car à cause de cette image-là, le métier est mal représenté pour les femmes : elles s’imaginent qu’être dev c’est avoir de la barbe, boire du café, aimer star strek et avoir les cheveux sales...
Après, je pense que ça se fait naturellement : les hommes se sont intéressés avant à la tech, mais les femmes commencent à l’être de plus en plus et ça change progressivement. Il faut promouvoir tout cela. Par exemple, je pense à Paris Pionnière, c’est un incubateur ne comportant que des entrepreneuses. J’y ai travaillé un peu et en l’occurrence ça m’a fait bizarre parce que ce n’était pas habituel. Je me suis dis que pour une femme, se retrouver dans un incubateur uniquement masculin ne devait pas être facile.
Enfin, je trouve que les femmes sont de plus en plus carriéristes donc je pense que les choses vont évoluer naturellement.
V éronique
Quel est ton poste aujourd’hui ?
Aujourd’hui je suis consultante architecte data. Cela consiste à donner des conseils sur tous les sujets liés à l'architecture, la technique et les applicatifs.
Comment en es-tu arrivée là ?
J’en suis là du fait de mon parcours : 35 ans de technique dans la data. J’ai commencé par faire beaucoup de technique, de pratique et aujourd’hui je suis en position de donner des conseils à la fois en interne mais aussi aux consultants externes, ou bien pour étudier les propositions techniques de sociétés externes data.
Pourquoi as-tu fait le choix de t’orienter vers ce domaine ?
J’aurais pu m’orienter vers une formation MIAGE, mais j’ai préféré aller vers la technique. J’ai longtemps hésité entre les télécoms et les bases de données d’ailleurs, passant de l’un à l’autre au fur et à mesure de mes expériences. J’ai finalement retenu les BDD car la discipline ne se résume pas uniquement à la technique : quand on s’occupe des données on s’occupe aussi du fonctionnel.
Qu’est-ce qui t’a donné envie / attiré ?
A l’époque où j’ai fait mes études, dans les années 80s, c’était compliqué de faire un choix complètement réfléchi car il n’y avait pas vraiment d’informatique. Moi j’étais une matheuse, une scientifique depuis le lycée, et donc j’ai commencé par un IUT. J’ai vu que c’était plus le côté technique, scientifique et algorithmique qui m’intéressait, donc j’ai continué dans cette voie-là. Par la suite, dans mon parcours professionnel, j’ai souvent axé mes choix sur la technique.
Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais aujourd’hui ?
C’est justement d’être au carrefour entre la technique, l'applicatif et le métier. Je suis très à l’écoute des besoins des utilisateurs, pour toujours comprendre ce qu’ils veulent, et faire l’interface avec la MOE. Ca me plait bien.
As-tu rencontré des difficultés tout au long de ton parcours ? Si oui, lesquelles ?
En 35 ans il y en a forcément dans son parcours. Pour moi, ça a été de rester dans des métiers opérationnels et de ne pas aller vers le management. C’est très difficile en France de se faire reconnaître alors qu’on ne fait pas de management. J’ai réussi à le faire jusqu’à il n’y a pas longtemps, mais dans le milieu où je suis c’est très compliqué : les gens ne comprennent pas qu’à l’âge que j’ai, je n’encadre pas 10 personnes.
Mais sinon je n’ai eu aucune difficulté à être une femme dans un milieu technique. Au contraire. On en recherche des femmes ! On m’a toujours dit “ enfin une femme, ça va enfin faire un peu de variété ! ”. Quand j’étais dans la production informatique, je faisais du 24/24, 7/7. On a des a priori sur les femmes, on pense “qu’elles ne peuvent pas le faire”. Mais si elles veulent le faire, elles le font aussi bien que les hommes. C’est juste une question d’organisation, de moyens et d’envie. Mais c’est vrai qu’il y a des a priori et qu’il faut faire ses preuves, vis à vis de la disponibilité horaire notamment.
J’y reviens, mais ce qui est vraiment compliqué, c’est de faire reconnaître l‘expertise et d’y rester. De ne pas faire de management direct. Alors aujourd’hui je fais du management transverse : la coordination, et c’est tout de même assez reconnu.