QUELQUES ASPECTS RELATIFS A LA MÉTHODOLOGIE
DE LA MESURE DE LA VALEUR BIOLOGIQUE
CHEZ LE PORC
Geneviève CHARLET-LERY J. DELORT-LAVAL S. Z. ZELTER Laboratoire de Recherches sur la Conservation et l’Efficacité des aliments,
16, rue Claude-Bernard, Paris Ve.
Une mesure de valeur
biologique
comporte nécessairement l’estimation desdépenses endogènes qui
sont sous ladépendance
de nombreuxfacteurs; parmi ceux-ci,
nousen avons étudiés deux :
I.
Emplacement
de laphase protéiprive
dans leplan expérimental.
La
place
de laphase protéiprive
dans un schémaexpérimental (début,
milieu oufin)
n’est pas indifférente : onignore
lesrépercussions
éventuelles dujeûne protéique
sur les taux de rétention azotée mesurés au cours des
périodes
ultérieures de réalimen- tationprotéique.
En
régime protéiprive,
leplateau
minimum de l’excrétion azotée urinaire est atteint chez le porc dès le 3ejour
et celui d’azote fécal dès le 7ejour;
il est doncpossible
d’effec-tuer une mesure correcte des
dépenses endogènes
àpartir
du 7ejour.
Par contre, la
phase
de réalimentation azotéequi
succède à cejeûne
est peu connue;on sait seulement
qu’elle
est caractérisée par uneprise
depoids
extrêmementrapide
de l’animal et par un taux d’utilisation azotée très élevé. MrLLER et MORRISON
(1942)
enprocédant
chez le mouton à des bilanspendant plusieurs périodes
successives de 9jours après
unjeûne protéique,
observent des différencessignificatives
entre les rétentionsazotées des
périodes I,
II et III. Par contre pour lespériodes
III etIV,
les résultats sontpratiquement
similaires. Ces auteurs mettent ainsi en évidence la nécessité chez le mou-ton, d’une
période
deréplétion
d’environ 20jours
avant toute mesure correcte de la rétention azotée.Nous avons
entrepris
chez le porc, des étudesanalogues
en vue d’établir une métho-dologie
correcte de mesure de la valeurbiologique.
Trois porcs pesant en moyenne 35
kg
au début del’expérience reçoivent
à volontéun
régime composé
de farine dehareng
et d’alimentdépourvu
d’azote maiséquilibré
par ailleurs. Ce
régime
contient11,5 %
de m. a. d.* par kilogramme
de matière sèche(soit
100 g de m. a. d. par unitéfourragère).
L’expérience comprend
unepremière
mesure de bilan enrégime normal,
suiviede 16
jours
dejeûne protéique
pour l’estimation desdépenses endogènes.
Lerégime
antérieur est alors rétabli et les mesures de l’excrétion azotée urinaire sont effectuées
chaque jour
durant les 24premiers jours, puis
parsous-périodes
de4 jours,
des 25 au28 e ,
37 au
40 e ,
41 au44 e ,
53 au56 e ,
57 au 60ejour après
la fin dujeûne protéique.
Les résultats montrent que l’excrétion d’azote urinaire augmente très
rapidement
dès les
premiers jours qui
suivent laphase
dedéplétion;
elle atteint vers le 6ejour,
unniveau
égal
à celuiqui
aprécédé
lejeûne protéique.
Mais si cette excrétion estrapportée
à l’azote
ingéré,
il faut attendre 17jours
pour atteindre un rapportcomparable;
lephé-
, , , , ! ! ! ! ! ,
! N urinaire nomene est nettement mis en évidence par ! la courbe de l’évolution du rapport &dquo;
N in g éré
N ingère
en fonction du temps au cours des différentes
phases
d’alimentation azotée encadrant lejeûne protéique (fig. 1).
Figure 1.
Variation du
ra pp or t N
urinaire en fonction du temps, après une période de déplétion azotée (moyenne deN ingéré 3 porcs).
Cependant
ledosage
de l’azote total de l’urine ne mesure quel’importance globale
des pertes azotées de
l’organisme.
L’étude de larépartition
descomposés
urinairesfournit,
sur le métabolisme
azoté,
des indicationsplus
intéressantes(tableau 1);
l’évaluation desquantités
d’azoteuréique
et ammoniacal de l’urine permet de constater que, durant laphase
de recouvrement du catabolisme azoténormal, après
lejeûne protéique,
lepremier
de ces constituants augmente très
rapidement
etparallèlement
à l’excrétion d’azotetotal;
l’accroissement du second est
beaucoup plus
lente.La somme des azotes
uréique
et ammoniacalrapportée
à l’azote urinaire totalaugmente régulièrement
et tend à se stabiliser au delà du 20ejour.
Cela confirme la constatationprécédente qui
découle de l’examen du rapport entre azoteingéré
eturinaire.
Il convient donc en
principe
derejeter
laphase protéiprive
à la dernièrepériode
, .
1 l ’ 1 1 d Nurinaire
h d ’l&dquo; d
expérimentale,
le retour à la normale du rapportN urinaire
enphase
deréplétion
deman-N ingéré
dant environ trois semaines.
Ceci a pour corollaire la
conception
de schémasexpérimentaux
courts pour éviterd’extrapoler
lesdépenses endogènes
à delongues périodes.
Desexpériences
brèvesont en outre
l’avantage d’éviter,
dans l’évaluation de la valeurbiologique,
des erreursliées à l’évolution du besoin
spécifique
avec laprogression
del’âge.
II.
Influence
desantibiotiques.
Des recherches antérieures
(Z ELTER
etal., 1961)
nous ont montré que laprésence d’auréomycine
dans lerégime
entraînait uneépargne
d’azote au niveau urinaire et doncune modification de la valeur
biologique.
Nous avons voulu vérifier à nouveau cephéno-
mène sur un nombre
plus
élevé d’animaux etpréciser
àquel
niveau du catabolisme s’exer-çait
l’économie d’azote.Nous avons donc réalisé deux essais
identiques,
chacun avec quatre animauxrépar-
tis en deux groupes, l’un
témoin, l’autre
recevant desantibiotiques, pendant
deuxpériodes
successives de 16
jours
dont les 8 derniers servent à l’établissement des bilans.La ration est distribuée sur la base de 4
%
dupoids
des animaux. La source azotée durégime
est un tourteau desoja
cuit additionné de0,6 %
deméthionine;
elle est intro- duite au taux de 4%
de matières azotées parkilogramme
de matièresèche,
taux choisià dessein très bas pour
amplifier
les réactions des animaux.Notons d’abord que
l’apport
dans lerégime,
de 4°j.)
de matières azotéeséquili-
brées
(soja
cuit -!méthionine)
ne peut être retenu pour la mesure desdépenses
azotéesendogènes;
à ce taux, lesquantités
d’azoteexcrétées,
notamment sous formed’urée,
d’ammoniac et d’azoteaminé, sont
eneffet, très supérieures
aux valeurs observées au coursdu
jeûne
azoté.Globalement,
l’additiond’auréomycine
aurégime
à 4%
deprotéines
se marque parune
augmentation significative
de la rétention azotée et de la valeurbiologique;
mais l’onn’observe
toujours
pas de différence au niveau de l’utilisationdigestive
vraie(tableau 2).
En
présence
dechlortétracycline,
l’excrétion azotée urinaire totale est diminuée à la fois enrégime protéiprive
et à 4%
deprotéine (tableau 3)
mais à undegré
différent :- En
jeûne azoté,
l’économie est de faibleamplitude : 7,9 %
pour l’azotetotal;
80
%
de cette variation estimputable
à la somme des azotesuréique,
ammoniacalet
aminé;
26%
seulement de cette somme est due à l’urée.- En
régime
à 4%
deprotéines,
l’économie de ladépense
azotée est de 24%;
la somme ci-dessus
représente
84%
de la variation totale d’excrétion d’azoteurinaire,
mais sur ce taux, 71%
sontimputables
à l’urée.Il est intéressant de remarquer que l’action
d’épargne
due à lachlortétracycline
enrégime azoté,
s’exerce essentiellement sur l’excrétiond’urée;
mais si l’excrétiond’origine endogène
est déduite de ladépense totale,
l’action del’antibiotique
porte à la fois sur l’urée etl’ammoniaque
urinaires.Les variations
correspondant
auxcomposés
du catabolisme proprementendogène
(créatine, créatinine,
acideurique)
sontbeaucoup plus faibles;
à noter toutefois unelégère
augmentation
de l’excrétion de créatine enprésence d’antibiotique.
Ces résultats ne permettent pas de décider si l’action de la
chlortétracycline
s’exerceau niveau
systémique
ou au niveauentérique.
De l’ensemble de ces
recherches,
il est toutefoispossible
de conclure que lapré-
sence
d’antibiotiques
modifie l’efficacité azotée des aliments du porc.Il ressort d’autre part, de ce
travail,
que laprésence d’antibiotiques
modifie les bilans azotés mesurés sur porc; l’inclusiond’auréomycine
dans lerégime
ne peut donc pas êtreenvisagé lorsque
l’on veut comparer les valeursbiologiques
deproduits
différentsRÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
M
ILLERJ. I., MORRISON F. B., 1942. The influence of feeding low nitrogen rations on the reliability of biolo- gical values .1. agric. Res., 65, 429-451. 1.
Z ELTER
S. Z., CHARLET-LERY, IiURAND-SALOMON, VAZ-PORTUGAL A., 1961. Efficacité de quelques protides
alimentaires chez le porc. II. Auréomycine et métabolisme azoté. Ann. Biol, anim. Bioch. Biophys., 1, 222- 235.