Evolution de la photosynthèse du peuplier
au cours
d’un cycle d’infection par Marssonina brunnea :
comparaison de 3 clones
Patricia MAURER avec la collab
E. DREYER tion
technique
J. PINON ROSS P. GROSS 54280 Seicham
INRA-Nancy,
B.P. 35,Champenoux,
F 54280Seichamps
* Laboratoire de
Pathologie forestière
** Laboratoire de
Bioclimatologie forestière
(Station deSylviculture
& Production)Résumé
La réduction de
photosynthèse
d’une feuille depeuplier,
consécutive à l’infection par Marsso- nina brunnea (Ell. &Ev.) Magn., champignon parasite
foliaire, se manifeste de deux façons distinctes lors dudéveloppement
de la maladie :pendant
lapériode
d’incubation elle est brutable etpartiellement
réversible,puis
elle sepoursuit
de manière lente etprogressive jusqu’à
la sporulation. Cette réduction,quand
la relation hôte-parasite est visiblement établie, s’est révéléebeaucoup plus importante
que ne le laissaitprévoir
la surface de feuille lésée par l’infection(surface
cumulée des tachesinfectieuses).
Elle peuts’expliquer,
d’une part par une altération du fonctionnement des stomates, d’autre part par une limitation de la fixation de CO, dans lescellules du
mésophylle :
cette deuxième limitation étant apparemment beaucoupplus importante
que la
première. L’impact
de M. brunnea sur laphotosynthèse
est apparu d’autantplus prononcé
que la
pression
d’inoculum àlaquelle
se trouvait soumise la feuille était élevée ; il s’est avérédépendant du génotype de l’hôte, la
photosynthèse
se montrant plus perturbéelorsque
le cloneétait sensible.
Mots clés : Marssonina brunnea, Populus,
photosynthèse,
condactance stomatique, sensibilité.1. Introduction
Marssonina brunnea
(Ell.
etEv.) Magn.,
dont la formeparfaite
estDrepanopeziza pttncliformis Gremmen,
estresponsable
de la brunissure dufeuillage
dupeuplier,
et provoque de sérieuxdommages
dans lesplantations européennes depuis
1960. Ilentraîne en
particulier
despertes
deproduction
estimées en Italie(vallée
duPô)
à16 p. 100 pour l’ensemble des clones et accidentellement de 60 p. 100 pour les clones les
plus
sensibles(ANONYME. 1980).
Dès ledébourrement,
les feuilles se couvrent depetites
taches brunes d’environ 1 mm de diamètre, dont le nombre augmente avec lapression
d’inoculum. Ces taches s’entourentprogressivement
d’un halochlorotique ;
lelimbe finit par
jaunir
et la feuille tombeprématurément.
Ainsi M. brunnea porte atteinte aupotentiel photosynthétique
dupeuplier,
et à terme à saproduction ligneuse.
Il
paraît
de ce faitimportant d’analyser
directementl’impact
de l’infection sur laphotosynthèse.
De nombreuxchampignons parasites
foliairesprovoquent
des effetsdépressifs marqués
sur l’assimilation nette desplantes cultivées ;
c’est le cas enparticulier
desparasites biotrophes
comme les rouilles(MiTCHELL, 1979 ;
OWERA etal. , 1981),
les oïdiums(M IGNUCCI
&B OYER , 1979 ;
GORDON &D UNIWAY ,
1982a).
Ces effetsdépressifs
se manifestent assezprécocement après
le début de l’infection : lors del’apparition
dessymptômes
pour les rouilles(OwExn et al. , 1981)
ou au moment de lasporulation
des oïdiums(G ORDON
et DuNtWAY. 1982a).
L’oïdium du chêne constitue àce
jour
le seulexemple
forestier abordé à propos de son effet sur laphotosynthèse (H
EWHT
etA YRES , 1975).
Les réactions auxparasites nécrotrophes
sont moins bien connues ; on sait ainsi que laseptoriose
provoque des baisses dephotosynthèse (S
CHAREN
&K RUPINSKY , 1969).
De fait il estprévisible
quel’apparition
des tachesnécrotiques provoquées
par cesparasites
sur les limbes foliaires va provoquer une réduction de l’assimilationphotosynthétique. Cependant
nous ne savons actuellement ni àquel
stade dudéveloppement
de l’infection vontapparaître
cesperturbations
niquelles
sont les relationsquantitatives
entre la réduction de la surfacephotosynthétique-
ment active et celle concomitante de l’assimilation nette de carbone.
Les réductions de
photosynthèse
nette observées sur feuilles infectéespeuvent
êtreau moins
partiellement
dues à des réductions de conductancestomatique,
et donc à unralentissement de la diffusion du
CO,
gazeux vers les tissusmésophylliens ; les
travauxrécents sur l’oïdium
(M fGNU cc!
& BOYER,1979 ;
GopDON &D UNIWAY ,
1982a)
montrentcependant
que ces réductions de conductance: nejouent qu’un
rôle limité et que les processusmésophylliens
conduisant à l’assimilation nette deCO,
sontperturbés
soit par le biais d’uneaugmentation
derespiration
ou dephotorespiration,
soit par le biais d’une diminution de lacapacité intrinsèque
à fixer leCO,.
L’infection des feuilles de
peuplier
par M. urunnea n’a pour l’instantjamais
étéétudiée sous
l’angle
desconséquences physiologiques ;
lapriorité
affichée dans les programmes de recherches en France ou ailleursportait
essentiellement sur la sélection de clones résistants. L’étude desperturbations
deséchanges
gazeux foliaires(assimila-
tion nette de
CO,
ettranspiration) présentée
ici a pourobjectif :
- d’affiner la
description
despremières étapes
d’installation del’infection,
encomplétant
lesdescriptions histologiques existantes (S PIERS
&HoPcRofr, 1983) ;
- de comparer ces effets
primaires
entre clones de sensibilité différente et ainsid’apporter quelques
élémentsd’analyse
des manifestationsprécoces
de résistance auparasite.
2. Matériel et méthodes
2.1. Matériel
végétal
Les
plants
utilisésappartiennent
à trois clones del’espèce hybride Populus
xeuramericana
(D ODE )
Guinier connus pour avoir des sensibilités différentes à M.brunnea :
Robusta,
assez résistant1
214,
sensibleMagister géant,
très sensible.Les boutures aoûtées sont conservées l’hiver en chambre froide
(- 7 °C).
Elles sontplantées
sous serre auprintemps
enpots
de 5 1 contenant unmélange
de tourbe et desable fertilisé. Au moment de
l’inoculation,
lesplants
ont 14semaines,
etportent
31 à 38 feuilles.Au moins 3
jours
avant les mesures dephotosynthèse,
lesplants
sonttransportés
en chambre climatisée
(16 h par jour,
+ 21± 1 &dquo;C lejour
et 10 ± 1 °C lanuit,
75 à85 p. 100 d’humidité
relative, rayonnement photosynthétiquement
actif de 330>moles
de
photons ’
M-2 - s-’ au niveau des feuillessupérieures,
et diminuantjusqu’à
220f
JLmotes
pour les feuillesmédianes).
2.2. Inoculation et suivi de
l’infection
L’inoculum est constitué de
suspensions
de conidiesprélevées
sur despustules
desfeuilles de «
Magister géant
» récoltées dans la nature, àpartir
du 15 mai. Celles-ci sontajustées
avec de l’eau distillée additionnée d’eaugélosée
afin d’atteindre des concentra- tions de 50 000 et 100 000 conidies - ml-’. Cespressions
d’inoculum ont été choisies afin d’obtenir en une inoculation undegré
d’infection assez élevécomparable
à celuiobservé en nature au milieu de la saison de
végétation.
Cette
suspension
estpulvérisée
sur la facesupérieure
de toutes les feuilles desplants qui
sont ensuiteplacés
à l’obscurité enatmosphère
saturée en humiditépendant
24 h.
Pour tenir
compte
de l’effet del’âge
des feuilles sur la sensibilité à l’infection(C
ELLERINO
etal. , 1978)
les mesuresportent
sur des feuillesd’âge équivalent auxquelles
on a attribué le même numéro d’ordre suivant la
procédure
de DICKMANN(1971) :
lafeuille indexée 0 est celle
qui,
àl’apex
duplant,
a au moins 2 cm delongueur
et dontle limbe est à demi
déployé.
Cet indexaugmente
d’une unité pourchaque
feuille par ordred’âge
croissant : on utilise la feuille 6 pour les mesures.La
description
du processus infectieuxporte
sur la détection des lésionspuis
cellede la
sporulation.
Ledegré
d’infection est estimé soit par comptage destaches,
soit parmesure de la surface d’infection
après
décoloration par duDiméthylsulfoxyde (DMSO)
à 100 °C
pendant
1 h(M AURER
etal., 1986).
Cetteprocédure permet d’englober
dansl’estimation de la surface infectée la nécrose elle-même ainsi que le halo
chlorotique qui
l’entoure.
Deux boutures sont utilisées par traitement pour suivre l’évolution de l’infection : les mesures de
photosynthèse
sont réalisées sur la 61 feuille de l’une d’entre elles.2.3. Mesures des
échanges
gazeuxLe suivi de
photosynthèse
débute àpartir
dujour précédant l’inoculation,
et sepoursuit
par une mesurequotidienne
sur la même feuillependant
15jours.
Ces mesures sont réalisées simultanément dans trois chambres d’assimilation en
«
altuglass » (6
1 de volumeintérieur)
montées enparallèle
sur un mêmesystème
derégulation.
L’ensemble constitue un circuit ouvertrégulé
entempérature
dans les chambres, et en humidité etCO,
à l’entrée des chambres.La
température
de l’air dans les chambres est mesurée par desthermomètres
à mercure, etrégulée
par des éléments PFLI’IER(22 ± 0,5 &dquo;C).
Un ventilateur radial permet unbrassage
constant de l’air ; le débitgénéral
dans le circuit est maintenu à 150 1 - h-’. Lerayonnement
incident est assuré par deslampes
à vapeur de sodium(Sont
400 WPhilips) équipées
d’un réflecteurparabolique ;
il estajusté
à 390moles. m-= ! s ’ 1
(± 5)
dans le rayonnementphotosynthétique
actif(PAR :
400 - 700
nm).
La concentration en
CO,
à l’entrée des chambres est mesurée à l’aide d’unanalyseur infrarouge
ADC MK II et maintenue à 350 ± 2!Lmoles CO, - mole-’ ;
lesconcentrations réelles dans les chambres varient de ce fait suivant la
capacité
d’assimila- tion des feuilles entre 250 et 320>moles .
mole ’. L’humidité de l’air est mesurée à l’aide d’unhygromètre
àpoint
de rosée General Eastern 1 100 DP(± 0,05 &dquo;C)
et estrégulée
à l’entrée de manière à obtenir dans leschambres, compte
tenu del’apport transpiratoire,
65 ± 10 p. 100 d’humidité rela.tive.La différence de concentration en
CO,
entre l’entrée et la sortie de lachambre, permettant
le calcul de l’assimilation nette, est mesurée par unanalyseur
ADC MK IIIen mode
différentiel,
et latranspiration
par mesures alternées de l’humidité absolue à l’entrée et la sortie.La feuille est
photographiée quotidiennement
afin d’estimer sa surface à l’aide d’unanalyseur d’images
Leitz. Unsystème
d’électrovannespermet
de mesurer lesparamètres
relatifs aux
échanges
gazeux successivement dans les trois chambres. Les mesures concernent des situations derégime permanent
et nécessitent donc unephase d’équili- brage
d’environ 90 minutes.2.4. Calculs
Les mesures
d’échanges
gazeuxpermettent
le calcul direct de A(assimilation
nettede
CO,, >moles
CO, - m ’ ’s-’) et
de E(transpiration,
en mmoles1-LO ’
M-2 -s-’).
Apartir
de ces données, onapplique
un modèle de diffusion deCO,
et de vapeur d’eau dérivé de celui de GAASTRA(1959)
etfréquemment repris depuis (J ARVIS , 1971).
- Calcul de la conductance foliaire à la vapeur d’eau
!H20 -
E _ Ci
H20
:
concentration en vapeur d’eau dans la cavité sousstomatique (mmoles/
mole-’) estimée
comme étant la concentration de vapeur d’eau saturante à latempérature
de la feuille(égale
à c:elle de l’air dans lachambre) ; QH2o !
concentration en vapeur d’eau dansl’air ;
g&dquo;
20
:
conductance foliaireéquivalente
pour la vapeur d’eau(mmoles -
M-2 -s-’, ’, C
OWAN
, 1977)
1 1 1
r. : résistance
aérodynamique
mesurée à l’aide d’un buvarddécoupé
à la forme d’une feuille depeuplier
etévaporant
librement dans lachambre ;
r, =2,8
10-2 m’s - mmole
’, dans
les conditions del’expérience ;
r, : résistance
stomatique proprement dite ;
r, : résistance cuticulaire infinie.
- Calcul de la conductance
équivalente
pour leCO 2
-
-
W
!’.y! 10&dquo;&dquo;71 BDans les conditions de nos
expériences (22
&dquo;C etpression atmosphérique)
on peut convertir ces unités de conductance en unitésclassiques
avec la relation :1 mmole ! m -’ ! s ’ = 0.025-10’!ms’
- Calcul de la concentration en
CO,
des espaces intercellulairesC
.
« )
,
=C!C02 -A
(COWAN. 1977)C!!°2
etC i &dquo;&dquo; :
concentrations molaires enCO, respectivement
dans l’air et dans les espacesintercellulaires,
lapremière
étant mesurée directement par unanalyseur
àinfrarouge.
Les feuilles de
peuplier
sontamphistomatiques (L ARSEN , 1968),
g, constitue doncune conductance
équivalente
calculée à l’échelle de la feuille entière.Ce modèle de diffusion est
appliqué
sans modification à des feuilles infectées par M. brunnea. En effet :- il
n’y
a pas, contrairement au cas des oïdiums(G ORDON
&D UNIWAY ,
1982a)
dedéveloppement
demycélium
en surface des feuilles(S PIERS
& HOPCROE-r,1983) :
larésistance
aérodynamique
à la diffusion n’est donc pasmodifiée,
et aucun fluxtranspi-
ratoire directement
originaire
dumycélium
neperturbe
la mesure,- les acervules se
développent
sousl’épiderme (S PIERS
&Ho p cRoFr, 1983)
dont larupture n’intervient que très
tardivement ; jusqu’à
cette rupture, les variations de conductance foliaire reflètent strictement celles de l’ouverturestomatique.
Du fait du
système
de mesureutilisé,
les valeurs d’assimilation nette de CO, ont été obtenues avec des concentrations en CO, de l’air variant entre 280 et 340limoles -
moles -’. Une transformation est donc nécessaire pour les rendre strictementcomparables.
Cette transformation est effectuée en utilisant unereprésentation
de A enfonction de
C ; (J ONES , 1973) (fig. 2)
surlaquelle chaque
valeur de Aapparaît
commel’intersection d’une « fonction de demande » A =
f (C ; )
passant par lepoint
decompensation
enCO, (r)
et d’une droited’équation
A = - g(C.(02 - C, , (&dquo;)2) appelée
« fonction de fourniture
» (J ONES , 1973 ; F ARQUHAR
&S HARKEY , 1982).
Deux
types
de transformation sont effectués àpartir
de cettereprésentation :
- toutes les mesures sont
rapportées
à unC ; , unique
de 300!Lmoles -
moles-’ pardéplacement
sur les fonctions de demande tout en maintenant une conductance cons- tante(fig. 2a) ;
- toutes les mesures sont
rapportées
à unCi unique
de 200u.motes -
mole-’ sansse
préoccuper
de la conductancestomatique (fig. 2b).
Cette deuxième transformationpermet
de comparer les activitésphotosynthétiques
foliaires en s’affranchissant des limitationsimposées
à la diffusion duCO Z
dans les feuilles par les stomates(fig. 2b).
Par
hypothèse, C,&dquo;!&dquo;
est assimilé à l’humidité saturante à la température de la feuille ; r’&dquo; et r., restent constantes pour une forme de feuille donnée dans nos chambres de mesures / By -vh V
pothesis, C,&dquo;’&dquo;
M assimilaied 1v .saturaledhurnidity
aileaf
terriperature - r’&dquo; et r&dquo; are constantfor
a givenleaf .shape
in our ga.s exchunge chamber.Une seconde
transposition
permet de rapporter tous les résultats à une valeur de référence C, de 200 !tmoles - mole ’ et de s’affranchir ainsi des conductancesstomatiques
/A second
tran.1ormation
wasperformed in
order to relate all the results to C,of
200wmoles !
mole , and so to leave theeffects of
stornatal conductance outof
account.Des essais
préliminaires (M AURER , 1985)
ontpermis
de montrer que les courbes deréponse
auC ; (fonction
defourniture)
sontquasi
linéairesjusqu’aux
concentrations utilisées dans notre travail. Demême,
on a pu constater que lepoint
decompensation
était relativement constant et voisin de 35
jinioles -
mole-’. Ces deuxhypothèses (linéarité
de la fonction de demande et constance der)
sont étendues aux feuillesinfectées ;
les limites de validité de cette démarche seront discutéesaprès présentation
des résultats.
3. Résultats
3.1.
Développement
del’infection (tabl. 1)
Sur la 6’ feuille des taches infectieuses sont détectées 6 ou 7
jours après
l’inocula-tion. Elles se transforment en nécroses entourées d’un halo
chlorotique
trois àquatre jours plus
tard. Auquinzième jour
les acervules sontparfaitement
constitués mais dansaucun cas n’est survenue la
rupture
del’épiderme.
En cequi
concerne « Robusta », lesfeuilles se nécrosent
progressivement
sous laplus
fortepression
d’inoculum.TABLEAU 1
3.2. Evolution de l’assitiiilation nette et de la conductance
stomatigue
3.21. Témoin
(fig.
3a etb)
Les trois clones
présentent
des niveaux d’assimilation nette(rapportée
àC,,(
O ,
=
300>moles . mole-’) et
de conductancestomatique
assezdifférents ;
le clone leplus
efficient est « 1-214 »(A
et g variant entre 10 et 15li moles CO, ’
M-2. s ’ et 150 à 200 mmoles . M-2 - s ’respectivement)
suivi de « Robusta » et de «Magister géant
»(A
et gproches
de 10>moles CO, -
m-! - s ’ et 100 mmoles . M-2 - s-’respectivement).
Le classement est
identique
en cequi
concerne la conductancestomatique.
On constate par ailleurs que A et g
augmentent
avecl’âge
de la feuille defaçon
très
marquée,
enparticulier
sur « 1-214 ».3.22. Feuilles
infectées (fig.
3a etb)
L’évolution de l’assimilation nette et de la conductance
stomatique apparaît
forte-ment
perturbée
chez les trois clones sous les deuxpressions
d’inoculum. Lesperturba-
tions se traduisent soit par une chute
progressive (50
000 conidies -ml ’) ou
trèsrapide (100 000
conidies -ml-’) des
niveauxd’assimilation ;
on ne retrouve dans aucun casl’augmentation
observée sur les témoins. Cesphénomènes
seproduisent
trèsprécoce-
ment
(3
à 4jours après l’inoculation),
bien avantl’expression
dessymptômes.
Danscertains cas
(«
1-214» surtout) apparaît
unepériode
transitoirependant laquelle
ladiminution de A et g est très forte suivie d’un
léger
rétablissementpuis
d’unediminution
beaucoup plus progressive.
En
rapportant
l’assimilation nette à une valeur constante(200 I -Lmoles . mole-’) de C,,
et enl’exprimant
enpourcentage
de celle destémoins,
il devientpossible d’appré-
cier
l’importance
des limitationsd’origine mésophylienne
dans la réduction de l’assimila- tion nette(fig. 4).
On constate ainsiplusieurs
faitsmarquants :
- à cette valeur de
Ci,
l’assimilation nette des feuilles infectées esttoujours
inférieure à celle des
témoins,
cequi
traduit clairement une moindrecapacité
des tissusmésophylliens
à fixer leCO,
en cas d’infection. La réduction de conductance stomati- que nepeut
en aucun cas être tenue pourresponsable
de la réduction de l’assimilation nette ;- cette
perturbation
du fonctionnementmésophyllien
estprécoce puisqu’elle
appa- raît avant l’extériorisation dessymptômes après
deux à troisjours d’incubation ;
- la réduction est
plus importante
avec lapression
d’inoculum laplus forte ;
- le
pic
d’assimilation nette relative queprésente
« Robusta» (fig. 4a)
est unartefact résultant d’un mauvais fonctionnement passager de la feuille témoin.
De
plus,
on constate l’existence de deuxphases
dans lacinétique
de l’assimilation netteaprès
inoculation(fig. 4) ;
- dans un
premier temps après
4jours,
et ceci très nettement danscinq
cas sursix,
seproduit
une réduction brutale de lacapacité
à fixer leC0 2
parrapport
au témoin. Cettephase
se termine sensiblement lors del’apparition
destaches,
avecquelques
nuances entre lesclones ;
- dans une seconde
étape,
se manifeste une stabilité relative ou tout du moinsune réduction peu
marquée.
Deplus,
lasporulation
constatée chez «Magister géant
»et « I-214 » n’a pas
provoqué
de modification de lacapacité photosynthétique.
3.3. Liaison entre
surface infectée
et réduction de l’assimilation netteLa baisse de
photosynthèse
nepeut
pas être attribuéeuniquement
à la réductionde la surface active des feuilles
(nécroses
etdépigmentation) :
parexemple
à 20 p. 100 environ de surface infectéecorrespond
en fait une chute deplus
de 50 p. 100 de laphotosynthèse («
Robusta » et« Magister géant
» à 50 000spores/ml).
Une telledistorsion est apparue dans tous les cas
(fig. 5).
3.4.
Comparaison
entre clonesL’analyse
des résultatsprésentée jusqu’ici permet
de mettre en relief des diffé-rences
importantes
de comportement entre clones. Ellesapparaissent
àplusieurs
ni-veaux :
-
degré
d’infection etsporulation.
« Robusta» présente
uncomportement
très distinct de celui des autres clones : sous lapression
d’inoculum laplus
faible aucunesporulation
n’intervient. Par contre, sous lapression
laplus forte,
ilapparaît
leplus
infecté. La
sporulation
estgénéralisée
mais suivierapidement
de la nécrose totale de lafeuille. En terme d’infection « I-214 » et
« Magister géant
» ne sedistinguent
pas nettement. A faiblepression d’inoculum,
lasporulation
n’est quepartielle
chez « 1-214
» (tabl. 1) ;
,;
- la
précocité
desperturbations
de laphotosynthèse (fig. 4) :
les réactions lesplus rapides
seproduisent
sur le clone «Magister géant
» avec une baisse d’activité dès le 2ejour
d’inoculation, la latence estlégèrement plus grande
sur « Robusta » et «I-214 » ;
;-
l’importance
de la réduction d’assimilation nette(fig. 4) :
sous les deux pres- sionsd’inoculum,
les réductions sontplus marquées
sur les deux clones «Magister géant
» et « Robusta » que sur «I-214 » ;
;-
l’importance
relative des nécroses et de la réduction d’assimilation nette(fig.
5et tabl.
2) :
lerapport
réduction d’assimilation nette surface nécrosée
permet
dedistinguer
les trois clones. Sous faiblepression d’inoculum,
« Robusta » et« 1-214 » subissent une
perte comparable
mais inférieure à celle affectant «Magister géant
».Lorsque
lapression
d’inoculum estplus forte,
« Robusta» présente
unemoindre
perturbation
relative que les deux autres clones.4. Discussion
L’évolution de l’assimilation nette de CO, et de la conductance
stomatique
obser-vée sur les feuilles de
peuplier
infectées par M. brunnea soulève troisquestions
essentielles :
1) parmi
les processusimpliqués
dans l’assimil;ition nette deCO, (diffusion
gazeuse duCO 2 , carboxylation, respirations...) lesquels
sontplus particulièrement perturbés
parl’infection ? .
2)
les différentesphases
de laperturbation
du fonctionnementphotosynthétique correspondent-elles
à desétapes
de la relationhôte-parasite ?
3)
comment peut-onexpliquer
l’absence de relation directe entre la réduction d’assimilation nette et celle de la surface foli31re active ?Une diminution
d’origine
infectieuse de l’assimilation nette deCO, peut
apriori
résulter de
phénomènes multiples
isolés ousynergiques :
diminution de la conductancestomatique, augmentation
de larespiration,
diminution de l’activitécarboxylase
ouaugmentation
de l’activitéoxygénase
de la Ribulosebiphosphate carboxylase oxygénase (Rubisco)
des cellulesmésophylliennes.
Dans le cas de l’infection par M. brunnea il est indéniable que la conductancestomatique
est altérée chez l’hôte de la mêmefaçon
que cela adéjà
été décrit à propos de nombreuxparasites
foliaires dontErysiphe polygoni (G
ORDON
&D UNIWAY ,
1982b)
etUromyces phaseoli (D UNIWAY
&D URBIN , 1971) :
laréduction de conductance
stomatique correspondrait
surtout à unblocage
des mouve-ments
ostiolaires,
cequi peut augmenter
fortement la sensibilité à des contrainteshydriques (G ORDON
&Durttw A Y,
1982b).
Ceblocage
estparfois
le fait d’une toxinefongique,
telle l’ochracine(Bous Q uET et al., 1978).
Les calculs que nous avons effectués à concentration interne deCO,
fixée ont montré que cet effetstomatique
nepouvait
àlui seul rendre compte de l’ensemble de la diminution de l’assimilation nette. Une
partie
notable desperturbations
de l’assimilation nette constatées ici est doncd’origine mésophyllienne,
au senslarge.
L’analyse
des mécanismesprovoquant
la réduction d’assimilation nettepeut
être abordée en utilisant les termes du bilanglobal
d’assimilation d’une feuille : somme despertes
deCO,
par larespiration
obscure(Rd),
laphotorespiration (RI)
et desgains
deCO
l
du fait de laphotosynthèse
réelle(Ag).
Deux éléments
permettent
depréciser
les termes de ce bilan :- le bilan
respiratoire
n’est certainement pas modifié de manièresignificative
par larespiration
propre duchampignon compte
tenu du rapport des biomasses foliaires etmycéliennes
enprésence ;
- par ailleurs,
quelques
mesurespartielles (M AURER , 1985)
mettent en évidenceune relative stabilité du
point
decompensation
enCO, (r),
c’est-à-dire de laproduc-
tion
respiratoire
deCO,
par la feuille infectée, au moins dans lespremiers jours
del’infection
(jusqu’à l’apparition
dessymptômes).
Nous sommes ainsi amenés à penser que les réductions observées
proviennent
engrande partie
d’unedégradation
de lacapacité
des tissusmésophylliens
à fixer leCO, (Ag).
Les indications contradictoires
apportées
par la littérature nepermettent
pas depréciser
cette conclusion. Eneffet,
tous les cas defigure possibles apparaissent,
et cesans liaison avec le caractère
nécrotrophe
oubiotrophe
duparasite : augmentation
concomittante de RI et Rd avec
Erysiphe pisi !!AYRES, 1976),
Puccinia hordei(OwERn et al., 1981),
ouErysiphe graminis
spp. hordeifW A . LTERS
& AYRES,1983), augmentation
de Rd
accompagnée
soit d’une diminution de RI(Erysiphe polygoni,
GORDON &D UNIWAY
,
1982a)
soit d’une relative stabilité de RI(Puccinia graminis, MrrcHEL L , 1979)
et enfin stabilité des deux formes derespiration (Microsphaera diffusa,
MIGNUCCI&
B OYER , 1979).
Même si nous ne pouvons en l’état actuel la
préciser
d’unpoint
de vuequantitatif,
la
capacité
propre dumésophylle
à fixer le CO,(.Ag)
est réduite par uneinfection ;
denombreux mécanismes ont d’ailleurs été rendus
responsables
de cette réduction : altération structurale dechloroplastes,
destruction dechlorophylle, dégradation
de laRubisco.
Signalons
enfin que l’infection par desparasites
provoquant dessymptômes
loca-lisés
(rouilles,
M.brunnea)
introduit un biais dans ce raisonnement. En effet, si la feuille saine peut être considérée commeprésentant
une relativehomogénéité
defonctionnement sur toute sa
surface,
il n’en vaplus
de même pour une feuille à tachesnécrotiques :
les termes du bilan du carbone ne sontplus
les mêmes dans les taches et les zonesapparemment
saines.Quel que soit le clone, et la
pression
d’inoculumqu’il subit,
lesperturbations
de laphotosynthèse présentent
unecinétique comparable comportant plusieurs phases.
Deuxà trois
jours après
l’inoculation nous avons détecté une diminution simultanée de l’assimilation nette et de la conductancestomatiqu.e.
A ce stade aucunsymptôme
n’estvisible. Un
phénomène
semblable a été décrit à propos de l’assimilation nette sous l’effetd’Erysiphe polygoni (G ORDON
& DurtmaY, 1982a)
etd’Helminthosporium
teres(RowE
&R EID , 1979). Après
l’infection par Pitcciniahordei,
la conductancestomatique
est affectée
précocement
ainsi que nous l’avom constaté ici. Nos résultatspeuvent
êtrerapprochés
de ladescription histologique proposée
par SPIERS & HoPCROF-r(1983)
mêmesi ces auteurs ont choisi des conditions
expérimentales
différentes(disques
foliaires ensurvie).
Ilssignalent
ainsi que dans lespremiers jours,
seules les cellulesépidermiques
sont colonisées par M. brunnea. Cet envahissement
superficiel, qui présente
desanalogies
avec celui desoïdiums,
suffit donc pour initier desperturbations
notables de laphotosynthèse
dans lemésophylle.
Celles-ci s’accélèrent lesjours
suivants et l’assimi-lation nette de
CO,
passe par un minimumqu’on peut
situer au moment de l’envahisse- ment dumésophylle
tel que décrit par SPIERS & HopCROFT(1983).
Cettephase
initialede réduction est suivie par une stabilité relative voire même dans certains cas par un rétablissement sensible de la
capacité photosynthétique.
La transition se situe un peuavant
(« Magister géant »), pendant (« I-214 »)
oulégèrement après (« Robusta ») l’apparition
des nécroses. A l’inverse des autres Marssonina dupeuplier,
les nécroses de M. brunnea ne s’étendentguère après
leurapparition.
Tout se passe comme sil’hôte,
mêmejugé sensible, s’opposait
àl’expansion
dumycélium,
cequi peut
êtreinterprété
comme une
réaction,
certestardive,
de défense. Nous savons àprésent
que cette restriction duparasite
est concomitante du rétablissementpartiel
de laphotosynthèse,
ou au moins d’un arrêt de sa
dégradation.
Il est
remarquable
de constater que pour tous lesclones,
ledommage
subi par laphotosynthèse
nette excèdelargement
celuiexprimé
enpourcentage
de surface foliaire lésée(nécroses
et haloschlorotiques).
Il sepourrait
certes que notre méthode demesure
(M AURER
etal. , 1986)
sous-estimel’importance
des lésions.Cependant
le cas duMagister géant (27
p. 100 de surface lésée et 75 p. 100 de réduction de laphotosyn-
thèse
nette)
nous fait penser que l’erreur sur l’estimation de l’infection nejoue
pas ungrand
rôle dansl’explication
de la distorsion. Les auteursayant
mesuré l’altération de laphotosynthèse après
infection n’ont que rarementquantifié
cettedernière,
cequi
restreint le nombre de
comparaisons possibles.
OWERA et al.(1981)
à propos de la rouille del’orge indiquent
une réduction de laphotosynthèse
inférieure à celle de la surface saine. Ilsexpliquent
cephénomène
par un meilleur rendement de la chloro-phylle
chez lesparties
demeurées indemnes des feuilles contaminées. Le cas du M.brunnea
apparaît
donc différent etoriginal :
nos observations montrent que la distorsion entre infection etphotosynthèse
nette estgénérale.
Le bilan descomposants
de l’assimilation nette devienthétérogène
selon lesparties
du limbe(nécroses,
haloschlorotiques,
tissusverts)
sansqu’il
soitpossible
actuellement d’enpréciser l’ampleur,
notamment à propos des tissus
apparemment
indemnes.La
comparaison
des clones entre eux(tabl. 2)
montre querapportée
à une surfaceinfectée
donnée,
laperturbation
de laphotosynthèse augmente
de « Robusta » au« Magister géant
» cequi
est d’ailleurs conforme au classement traditionnel de cesclones. Un même
degré
d’infectionn’implique
donc pas le mêmedommage
sur laphysiologie
de l’hôte selon songénotype.
LAKso et al.(1982)
avaient conclu de la même manière à propos de l’oïdium de lavigne.
Les données relatives à lasporulation complètent
cettecomparaison
des clones dupoint
de vueépidémiologique.
Ainsi à50 000 spores par
ml,
lasporulation
est nulle chez « Robusta »,incomplète
chez « 1-214 » et totale chez «
Magister géant
». Toutes les tachessporulent lorsque
lapression
d’inoculum est forte mais dans le cas de « Robusta » la nécrose
précoce
des feuilles réduit leur caractèrecontagieux.
Lesapproches physiologiques
etépidémiologiques
enrichissent ainsi la
compréhension
des différences de résistances entre cultivars et confortent lepoint
de vueexprimé
antérieurement par l’un d’entre nous(P INON , 1980)
sur la
multiplicité
des modesd’expression
de la résistance à M. brunnea.5.
Conclusion, perspectives
Les résultats
présentés
ci-dessuspermettent
d’éclairer d’unjour
nouveau laphysio- logie
des interactions entre M. brunnea et sonhôte,
enparticulier
en détectant lesdifférences
précoces
de sensibilité entre clonesqui échappent
àl’analyse symptomatolo- gique.
Laquantification
de ces interactions serapoursuivie
en faisant varier lespressions
d’inoculum.Le rôle de la réduction de conductance
stomatique
dans la baisse de l’activitéphotosynthétique
semble assez réduit. Unequantification plus précise
àpartir
demodèles
présentés
par JoNES(1985)
seraengagée :
deplus,
l’effet réel de sensibilisationaux contraintes
hydriques
dû audysfonctionnement stomatique
dans lesdégâts
de lamaladie sera
analysé.
Cette étude a mis en relief des zones d’ombre dans nos connaissances sur le
développement
etl’expansion
dumycélium
dans lesfeuilles ;
uneanalyse
simultanée del’histologie
des feuilles infectées et de leurphysiologie (photosynthèse, respiration, photorespiration)
devrait nouspermettre
de mieuxcomprendre
les interactions en cause, et ce, à différents niveaux d’inoculation.Remerciements
Les auteurs remercient Arlette SCHIPFER et Jean-Lu: RENOUX de leur contribution
technique,
et Jean-Marc GUEHL pour l’intérêt
porté
à ce travail.Reçu
le 1 e’juillet
1986.Accepté
le 4 novembre 1986.Summary
Photosyrtthesis of poplar
leavesinfected
with M. brunnea : .’compared
evolution on three cultivarsMarssonina brunnea, a
fungal
foliarparasite
of cultivatedpoplars,
induces small necrosis surroundedby
a halo of chlorotic tissue. It isresponsible
for reductions in treegrowth,
firstthrough
reducedphotosynthetic
active leaf area and laterby inducing early
defoliation.Original
data on the direct effect of the parasite on host’s
photosynthesis
and stomatal conductance arepresented here.
Three clones have been studied : a tolerant (« Robuita
»),
asusceptible («
1-214 ») and a verysusceptible
one («Magister
g6ant»).
Young shoots were inoculated with conidial solutions(50.000
and 100.00(l conidia !
ml ’) and
gas exchange measured oncedaily
under controlled conditions untilfungal sporulation. Photosynthesis
reduction was related at the end of theexperiments
torelative alterated leaf area (necrotic
plus
chlorotictissues).
Two or three days after inoculation, at a moment where
only epidermal
cells arelikely
colonized
by
thefungus,
netCO,
assimilation and stomatal conductancebegin
to decreasestrongly.
In a second step,approximatively
at the time of leaf necrosis appearance,photosynthetic activity
remains rather constant, evenduring fungal sporulation,
or decreasesonly
veryslowly.
Degree
of alteration isstrongly
controlled by inoculum pressure and clone’ssusceptibility.
Alterated stomatal conductance seems to play limited role in
photosynthesis
reduction ; calculations of net assimilation at constant internal CO, concentration show that themesophyll
conductance is
strongly
reduced. This reduction may bedue
tochanges
inrespiratory
balance, butthis seems