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L'ANTIQVITÉ ET LA RENAISSANCE

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Academic year: 2022

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(1)

LE MVSEE FOL

ÉTUDES

D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE

sur

L'ANTIQVITÉ ET LA RENAISSANCE

PREMIÈRE ANNÉE

CHOIX DE TERRES CUITES ANTIQUES PAR W. FOL

GENÈVE, BALE, LYON

LIBRAIRIE H. GEORG

MDCCCLXXIV TOME PREMIER

(2)

PUBLI É

AUX FRAIS DE LA VILLE DE GENÈVE

(3)

CHOIX

DE

TERRES CUITES ANTIQUES

DE

WALTHER FOL

TOME PREMIER

ACCOMPAGNÉ DE 32 PLANCHES ET 24 VIGNETTES

(4)
(5)

Parmi les monuments que l'antiquité a laissés arriver jusqu'à nous, les terres cuites (όπτής γής) présentent sans contredit le plus d'intérêt surtout au point de vue des religions et de la représentation plastique des dieux ou de leurs mystères. Leur étude consciencieuse donne une base certaine aux recherches plongées si longtemps dans le domaine des conjectures. L’histoire de l'art s’y poursuit avec plus de sûreté que sur les monuments plus importants de la sculpture en marbre ou des bronzes; par suite de l'existence d'une série non interrompue de productions conservées depuis les époques les plus reculées.

Notre collection renferme un nombre considérable de terres cuites; nous nous sommes bornés, cette année, à en extraire un certain nombre d'objets en bas-relief ou en ronde bosse pour les étudier au double point de vue que nous avons énoncé plus haut. Nous sommes entrés dans de nombreux détails qui pourront paraître superflus à certains spécialistes, voulant rendre moins aride la lecture de ces quelques pages, et nous mettre à la portée des Maîtres et des Élèves qui, dans les écoles de dessin, voudront bien faire usage de ces recherches. Les Maîtres pourront y puiser, suivant leur conve- nance, les notions qui leur paraîtront le plus propre d’appeler l'attention de leurs élèves sur les styles différents qui s'y trouvent représentés; les élèves y puiseront peut- être le goût d'études analogues. Le musée offrirait un champ suffisant à leur activité.

Les planches XI, XVII, XVIII, XIX, et les fig. h, i et l, représentent le style tou- ranien ou étrusque archaïque ; les planches VIII, IX, X, XXI, XXII, XXIV fig. 1, XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, et les fig. k, m, v, x, y, donnent des types du style grec ;

PRÉFACE

(6)

les planches XIV, XV, XXV, et les fig. o, p, q, r, s, t, z, donnent une idée du style de la grande Grèce; le style romain y est figuré par les planches I, II, III, IV, V, VI, XII, XIII, XVI, XX, XXIV fig. 2, XXVI, XXXII, et les fig. b, c, d, e, f, g, n ; le style oriental enfin par les planches VII, XXIII, XXVII et fig. u.

Les ouvrages les plus importants qui ont paru sur les terres cuites sont ceux de Seroux d'Agincourt, de T. Combe, de Millingen, de l’Institut archéologique prussien de Rome, du Journal scientifique de Gherard, continué après sa mort successivement par Friderichs, Curtius et Hubner, de Panofka (Cabinet Pourtalès et Musée de Berlin), de Biardot (terres cuites funèbres grecques). Tous ces ouvrages, sauf les trois premiers, ont laissé de côté la partie artistique de la question pour la traiter à un point de vue purement archéologique.

Nous avons taché de réunir ces deux manières et nous nous estimerons heureux si ce premier essai est accueilli favorablement du public auquel il est destiné.

Dans le tome second, nous nous occuperons plus spécialement des statuettes dont la noblesse des poses est souvent comparable aux plus belles sculptures antiques, et qui, ainsi que les pâtes antiques, nous ont conservé les représentations d'originaux disparus à jamais. Nous y retrouverons les mêmes éléments d'étude que dans les documents étudiés dans le présent volume.

Les planches I à VIII inclusivement ont été imprimées à Paris, chez MM. Lemer- cier, par le procédé Albert, d'après les photographies de M. E. Pricam ; les planches IX à XXV sont gravées par M. Annibale Costa, de Rome, d'après les dessins fournis par le peintre G. Raggio; enfin, les planches XXVI à XXXII ainsi que toutes les figures intercalées dans le texte sont sorties des ateliers xylographiques de MM. Buri et Jecker, de Berne. La fig. 2, pl. XXVIII et les fig. f, i et m, seules exceptées, dues au burin de M. le conservateur Hammann, sont traitées par le procédé Comte, de Paris. L'exécution typographique a été confiée à MM. Ramboz et Schuchardt; rien n'a été épargné par ces Messieurs pour en rendre la réussite aussi complète que possible.

En terminant, je tiens à remercier les Autorités municipales de la ville de Genève de toutes les facilités qui m'ont été si généreusement accordées pour l'accom- plissement de ce travail. Je remercie également M. le professeur Schneider, des rensei- gnements et des aperçus si lucides qui ont contribué puissamment à rendre cet ouvrage digne, je l'espère, du haut patronage dont il a été honoré.

Genève, 15 septembre 1874.

WALTHER FOL.

(7)

PLANCHE PAGE

I. Trophée, frise, bas-relief décoratif ... 1

II et III. Jeux du cirque, frise, bas-reliefs ... ………. 3

IV. Vendange.—La récolte, frise, bas-relief ... ………. 13

V. Vendange. — La pressée, frise, bas-relief ... 15

VI. Danse bacchique, frise, bas-relief ... 16

VII. Le Nil, frise, bas-relief ... 18

VIII. Sacrifice d'un taureau, frise, bas-relief ... 2l IX. Atys, fragment de statue, ronde bosse ... 23

X. Fig. 1. Tête de prêtresse, fragment de statue, ronde bosse ... 24

Fig. 2. Tête de Minerve, fragment de statue, ronde bosse... 25

XI. Tête de statue funéraire, fragment de statue, ronde bosse ... 27

XII. Portrait de femme, fragment de statue, ronde bosse ... 28

XIII. Portrait de femme, fragment de statue, ronde bosse ... 30

XIV. Vœu, ronde bosse... 3l XV. Ex-voto, ronde bosse ... 36

XVI. Ex-voto, ronde bosse ... 37

XVII. Emblème cosmogonique, ronde bosse ... 38

XVIII. Gaea, antéfixe, bas-relief ... 40

XIX. Prêtresse ou Déméter, antéfixe, bas-relief ... 43

XX. Cérés, antéfixe, bas-relief ... 44

XXI. Vénus, antéfixe, bas-relief... 45

XXII. Bacchus, antéfixe, bas-relief ... 48

XXIII. Emblème cosmogonique, antéfixe, bas-relief ... 51

XXIV. Fig. 1. Apollon, antéfixe, bas-relief ... 53

Fig. 2. Sylène, gouttière, bas-relief ... 54

XXV. Cortège bacchique. — Satire ou Sylène, bouche de fontaine, haut-relief…….. 59

XXVI. Cortège bacchique. Fig. 1. Bacchus, gargouille, haut-relief ... …. 63

Cortège bacchique. Fig. 2. Sylènes enguirlandés, gouttière, haut-relief…………... 59

XXVII. Fig. 1. Méduse entre deux griffons, gouttière, bas-relief ... 64

Fig. 2. Dieu Bes entre deux sphinx, gouttière, bas-relief ... 68

XXVIII. Fig. 1. Combat d'amazones et de griffons, gouttière, bas-relief... 71

Fig. 2. Amazones abreuvant des griffons, gouttière, bas-relief... 74

XXIX. Fig. 1. Cratère dionysiaque, gouttière, bas-relief ... 75

Fig. 2. Génies et guirlandes, gouttière, bas-relief ... 77

XXX. Fig. 1. Tête de Bacchus, gouttière, bas-relief ... 77

Fig. 2. Amour ailé, gouttière, bas-relief ...………… 78

TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER

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XXXI. Fig. 1. Ariadne abandonnée par Thésée, frise, bas-relief ... 80

Fig. 2. Dédale fabriquant les ailes d'Icare, frise, bas-relief ... 82

XXXII. Fig. 1. Harpocrate, métope, haut-relief... 86

Fig. 2. Ornement, gouttière, bas-relief ... 87

VIGNETTES VIGNETTE PAGE a. Plan du cirque de Romulus Augustulus, situé sur la voie Appienne, à deux milles hors de Rome ... 4

b. Bige attelée et conduite par son auriga, fragment de frise... 6

c. Quadrige, mosaïque romaine... 7

d. Gladiateur (samnite) demandant grâce, tirée, d'une coquille de lampe... 8

e. Deux Samnites combattant, tirée d'une coquille de lampe ...………... 12

f. Amours conduisant des raisins ou des fruits dans un char, tirée d'un bas côté de sarcophage de marbre ... 14

g. Minerve romaine, gouttière, fragment de bas-relief ... 26

h. Couvercle d'un sarcophage étrusque ... 27

i. Tête de Déméter, antéfixe ... 41

k. Tête de Vénus, antéfixe ... 46

l. Masque de Bacchus... 49

m. Bacchus soutenu par l'amour et l'harmonie, couvercle de miroir... 50

n. Tête de Sylène, tirée d'une coquille de lampe... 56

o. Tête d'âne, sur une poignée de lampe... 57

p. Bacchus et Sylène à âne, tirée d'une coquille de lampe ... 58

q. Ane parlant ou bravant, tirée d'une coquille de lampe ... 58

r. Têtes de Nymphes, gouttière ... 61

s. Thyade, sorte de bacchante, tirée d'une coquille de lampe ... 62

t. Tête de griffon, métope ... 66

u. Griffon tenant sous sa patte une tête de taureau, tirée d'une coquille de lampe... 66

v. Griffon, bas côté d'un sarcophage de marbre ... 67

x. Griffon, bas côté d'un sarcophage de marbre... 67

y. Sphinx grec, fragment de meuble en marbre ... 70

z. Cratère dionysiaque, tirée d'une coquille de lampe ... 76

ERRATA

Page 1, ligne 9, au lieu de Ahenobardus; lisez Ahenobarbus.

Page 9, note 16, au lieu de ARGENTEM ; lisez ARGENTEVM.

Page. 25, note 4, au lieu de ruberat vitas; lisez ruperat vittas.

Page 63, ligne 17, au lieu de XVI; lisez XXVI.

Cet errata indique les passages seuls dont le sens a été dénaturé. Nous laissons subsister les quel- ques fautes d'impression, faciles à corriger par le lecteur, qui nous ont échappé à la correction.

(9)

Les Romains ont emprunté aux Grecs l'usage d'élever des trophées1 sur le champ de bataille pour éterniser le souvenir d'une victoire ; on les formait en plantant en terre un tronc d'arbre auquel on conservait quel- ques branches à hauteur d'homme; au centre on appendait des vêtements surmontés de casques, et de chaque côté, des boucliers, des armes et des étendards; un trophée était sacré, et le fait de son renversement par le peuple vaincu pouvait donner lieu à une nouvelle guerre. C'est en l'an 121 avant Jésus-Christ que les Romains élevèrent, pour la première fois, un trophée, après la victoire remportée par D. Ahenobardus et Fabius Maximus sur les Celtes et les Allobroges2 ; cette érection eut lieu au con- fluent du Rhône et de l'Isère ; Pompée en éleva également un dans les Pyrénées, après ses victoires en Espagne3. Ce trophée servait de limite entre les deux pays. Jules César suivit cet exemple après avoir défait Pharnace. Drusus en dressa sur les bords de l'Elbe, après avoir dompté

1 Τρέπω, tourner; τρπη, fuite; τρόπαιου στήσαι, élever un trophée.

2 Strabon, livre IV, 1.

3 Strabon, livre IV. "Ενιοι δέ τόν τόπον εν ώ έστι τα Ποµπηϊν τρόπαια, όριον ιΒερίας αποφαίνουσί χαί τηζ Κελτιχηζ.

1

PLANCHE 1

TROPHÉES

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les Germains ; Trajan, pour perpétuer le souvenir de la défaite des Daces et des Sarmates4, etc., etc.

Les Romains, plus sanguinaires que les Grecs, immolaient au pied du trophée les guerriers ennemis pris les armes à la main5. Cet usage se conserva jusqu'au moment où les trophées furent remplacés par des arcs de triomphe, et où les généraux, moins jaloux du soin de la république que de celui de se former un parti, ne songèrent qu'à grossir le nombre de leurs adhérents en donnant la vie sauve aux vaincus; ils choisissaient, en outre, les plus agiles ou les plus robustes d'entre eux pour les incor- porer dans les familiae de gladiateurs, que tout homme ambitieux et re- cherchant la popularité était obligé d'entretenir pour amuser le peuple romain. Les chefs toutefois, ou rois ennemis, étaient réservés pour orner le triomphe du vainqueur, ils y figuraient chargés de chaînes, et arrivés sur la voie triomphale, au pied du Capitole, on les entraînait dans la prison Mamertine, où ils étaient égorgés en l'honneur de Jupiter6. Pompée à son troisième triomphe, et Aurélien après avoir vaincu la reine Zénobie, font seuls exception à cet usage, à travers les nombreuses pompes triomphales de l'ancienne Rome.

Notre planche se rapporte aux victoires de Drusus sur les Gaulois et les Germains; nous y voyons au centre un trophée, à gauche un Gaulois, la corde au cou, vêtu de braies et de la blouse, un sagum ou manteau grossier jeté sur ses épaules; il porte les cheveux longs, liés par un ban- deau qui lui entoure la tête, les bras croisés, il soutient son menton d'une main et, la tête fièrement relevée, il regarde le trophée au pied duquel il va être immolé. Les armes qui sont appendues de son côté appartiennent

4 Colonne Trajane, gravée par Santi Bartoli, pl. LVIII.

5 Tertulien, de Spectaculis, XII. — Colonne Trajane, gravée par Santi Bartoli, pl. XXXIII, LI et CVIII.

6 Colonne Trajane, St B., pl. CIV. — On y voit Décébale vaincu par Trajan, qui préfère se donner la mort plutôt que de tomber vivant aux mains du vainqueur.

(11)

PLANCHE I.—TROPHÉES. 3

aux guerriers de sa nation, ce sont : le bouclier allongé, le glaive court, la lance et le casque à cimier élevé. Sur la droite du trophée, également la corde au cou, on voit un Germain, les bras croisés sur la poitrine et liés au poignet au moyen d'une courroie fortement serrée, il est entièrement nu sous son manteau qu'il porte agrafé sur l'épaule droite, il tient la tête basse; les armes qui sont figurées près de lui dénotent un peuple barbare, ce sont : un bouclier de cuir allongé, étroit et arrondi à ses extrémités, un javelot et un bâton noueux recourbé, ainsi qu'une petite bannière.

Les deux prisonniers sont amenés au lieu du supplice par deux Ro- mains, soldats ou prêtres, vêtus de la tunique courte, liée autour de la taille par une ceinture à laquelle pend le couteau du sacrifice, ils tiennent d'une main ferme l'extrémité des cordes passées autour du cou des victimes.

PLANCHES II & III

LES JEUX DU CIRQUE

Au commencement de l'histoire de Rome, Tarquin l'Ancien, après sa victoire sur les Latins, donna des jeux dans la vallée qui sépare le mont Aventin du Palatin, c'est là que fut construit plus tard le Circus Maximus.

Il en existait plusieurs à Rome, et celui de Romulus Augustulus est assez bien conservé pour servir à l'explication de tous les autres; c'est

(12)

celui dont nous donnons le plan ci-dessous, fig. a. On en établit dans la plupart des grandes cités de l'empire romain.

Sur le pourtour figuré par la ligne A, étaient des sièges ou gradins sur lesquels s'asseyaient les spectateurs. Ils étaient divisés en longueur et en hauteur par classes, qui chacune avait sa sortie particulière; un édicule séparé et exhaussé se trouve en B, c'était probablement le pulvinar, ou loge impériale, située de manière à ce que ceux qui s'y trouvaient pussent assister au commencement et à la fin des courses et en suivre toutes les péripéties, comme nous le voyons sur la planche II, où elle parait être légèrement oblique par rapport à l'axe du cirque. Sur le côté opposé les gradins sont interrompus en C, c'est là que se trouve une autre loge sur-

élevée, destinée à ceux qui donnaient les jeux ou y présidaient (voir pl. III).

Les portes étaient nombreuses : en L se trouvait la Porta pompœ, par où débouchait dans le cirque la procession1 de dieux, étendards et em- blèmes, sans laquelle aucun jeu ne pouvait être donné; en O la porte triomphale, les autres portes M servaient aux hommes attachés au service du cirque, ils y passaient après avoir ouvert les portes des carceres, et enfin la porte N était employée à retirer les morts ou les blessés dans les com- bats de gladiateurs, de bêtes féroces, ou dans les simples chasses. Les chars attelés pour la course, ou bien les bêtes féroces, étaient enfermés

1 Origine et prototype des processions chrétiennes.

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PLANCHES II & III. — LES JEUX DU CIRQUE. 5

dans des cellules ou remises placées en H. Leur disposition en arc de cercle, dont le centre correspond à l'entrée du champ de course, avait pour objet de rendre l'espace à parcourir égal pour tous les concurrents. Au centre du cirque, longitudinalement, il existait un mur bas appelé spina, plus écarté des gradins au côté droit pour faciliter l'entrée des chars. Ce mur portait au centre un obélisque, puis, de chaque coté, des autels sur lesquels on sacrifiait avant de commencer les jeux, puis deux doubles colonnes formant portique, et supportant en F sept boules ressemblant à des œufs (pl. III), et en G sept dauphins la tête en bas (pl. II), enfin la spina était terminée par deux colonnes2 E E supportant des statues de la Victoire drapée et tenant d'une main une palme (pl. II) ou une couronne (pl. III).

Suivant Dion Cassius, c'est Agrippa qui introduisit l'usage des ova et des delphini. A chaque demi-tour du cirque on en enlevait alternativement l'un ou l'autre, de sorte que le spectateur savait toujours où on en était de la course3; les œufs étaient adoptés en l'honneur de Castor et de Pollux, et les dauphins comme dédiés à Neptune; le nombre sept cor- respond aux sept tours du cirque que parcouraient les chars dans chaque course.

Les chars attelés, montés, étaient remisés dans les carceres, sur la ligne K J était tendue une toile qui masquait l'arène aux chevaux4; au signal du départ, donné en agitant un drapeau blanc ou au son de la trompe, on abaissait la toile et les chars s'élançaient. Quatre attelages5 frais prenaient part à chaque course, et ces courses se continuaient sans

2 Ces colonnes dans les grands cirques, celui de la vallée Murcia, ou celui de Constantinople, par exemple, étaient remplacées par une base perpendiculaire à la spina, et surmontée de trois colonnes coniques ou bornes.

Voyez Bern. de Montf., Ant. expliq. vol. III, pl. CLIX, et Visconti, M. P. Clé., vol. V, pl. XL, XLII et XLIII.

3 Bern. de Mont., vol. III, pl. CLX.

4 On procède à Rome encore actuellement de la même manière pour les courses de chevaux libres, à l'é- poque du carnaval.

5 Sous Domitien on porta ce nombre à six.

(14)

cesser du matin jusqu'au soir. Chacun des aurigœ ou cochers était vêtu d'une couleur spéciale, qui le désignait comme appartenant à une des quatre factions du cirque. Ces couleurs représentaient les quatre saisons

de l'année : la factio prasina était celle du printemps, le vert était sa cou- leur; la factio russata était rouge, pour l'été; la factio veneta, bleue pour l'automne, et enfin la factio alba blanche, représentait l'hiver6. L'enthou- siasme qui s'emparait du public à propos de ces factions était indescrip- tible, et dégénéra souvent en rixes sanglantes, se continuant en dehors de l'enceinte du cirque7.

L'auriga était vêtu de la tunique courte, et coiffé du bonnet phrygien, il se tenait debout sur son char à deux roues, attelé de deux, de trois ou de quatre chevaux, comme on le voit dans la figure c, qui représente une mosaïque de la collection, fragment provenant du pavé d'une chambre de la maison d'Asinius Pollion, située sur la voie latine, à côté des thermes de Caracalla.

6 Domitien y ajouta la purpurea, pourpre, et la aurata. dorée.

7 Théodoric manqua y perdre l'empire.

(15)

PLANCHES II & I I I . — LES JEUX DU CIRQUE. 7

Les chevaux étaient tous de front8. Les guides étaient liées autour du corps du cocher, et laissaient au cocher la liberté de ses mouvements, il les saisissait par moments, comme dans la figure b, mais cet ajustement

le mettait en danger, en cas d'accident, d'être traîné par ses chevaux, et pouvait causer sa mort, comme nous le voyons pour Hippolyte9. On faisait quelquefois, mais rarement, des courses de chevaux, la représentation en est très-rare sur les monuments anciens; les chevaux montés que l'on voit représentés sur les bas-reliefs, accompagnent l'auriga dans sa course pour le précéder ou l'assister en cas de besoin10.

Le cirque servait aussi, avant la construction des amphithéâtres, aux combats de gladiateurs qui passionnaient le public tout autant que les courses11. Ces combats accompagnaient à l'origine les cérémonies funèbres.

8 Courses de télègues en Russie.

9 Eurip. Hipp. 1230. -Ov. Met. XV, 524.

10 Bern. de Montf., vol. III, pl. CLX. - Visconti, M. P. Cl., l. c.

11 Cic. pro Sex. : Autem spectaculi genus erat quod omni frequentia atque omni genere hominum cele- bratur, quo multitudini maxime delectatur.

(16)

et furent institués pour remplacer les sacrifices humains12. Ils perdent de leur atrocité quand on réfléchit au rang qu'occupaient dans la société ro- maine ceux qui y figuraient : c'étaient des esclaves, le plus souvent fugitifs ou indomptables, et dont la vie n'avait, aux yeux de leurs maîtres, pas plus de valeur que celle d'un animal domestique ; c'étaient des condamnés à mort ou, ce qui est l'équivalent, des prisonniers de guerre. Ils combat- taient corps à corps et sans merci ; lorsque l'un d'eux était blessé, il devait tacher de tomber avec grâce sur son bouclier et sans pousser une plainte, il lui restait alors une dernière chance de salut, il implorait le peuple en levant le bras gauche, le pouce en l'air, geste que faisait pour lui le vain- queur si le blessé n'en avait pas la force. Le peuple, pour lui accorder sa

grâce, levait le pouce; dans le cas contraire il abaissait le pouce13, et le vainqueur alors devait achever celui qu'il avait vaincu14. Le gladiateur adroit ou courageux obtenait seul sa grâce15. Le but final convoité par tous était la libération que le peuple accordait pour quelque haut fait

12 Tertulien, de Spectaculis, chap. XII. —Val. Max., II, 4. 7.

13 Pollicem submittere.

14 Ferrum recipere.

15 Sencc. epist. 7: Occide, ure, verbera, quare tam timide incurrit ferrum. — Cic. pro Milone, 92

(17)

PLANCHES II & III. — LES JEUX DU CIRQUE. 9

d'un gladiateur aimé du public, et contre laquelle ne pouvait rien le maître de l'esclave ou le lanista, chef de la troupe de gladiateurs; l'heureux vain- queur qui obtenait cette faveur, appendait ses armes dans le temple d'Hercule, son protecteur16, et affranchi de par le peuple, il était nourri et entretenu aux frais du trésor public. Les hommes libres, auctorali, s'of- fraient, quelquefois spontanément pour ces combats, ils se vendaient aux lanistœ pour un prix de, et suivant leur adresse ou leur force recevaient de très-fortes sommes d'argent; ils prêtaient un serment dont Pétrone nous a conservé la formule17. Ils s'engageaient de souffrir le feu, l'esclavage, la bastonnade, en un mot tout ce que le maître ordonnerait, enfin, ils ju- raient par tout ce qu'il y a de plus sacré, d'être à lui corps et âme, comme gladiateur légalement engagé. Ces combats, ce spectacle de luttes ef- frayantes, en éteignant toute pitié dans les cœurs des spectateurs, portaient naturellement toute la jeunesse romaine au mépris de la mort18, et expli- quent la facilité avec laquelle, sur un simple ordre de l'empereur, les hommes les plus considérables se donnaient la mort sans songer à s'é- chapper par la fuite.

Les combats de gladiateurs furent introduits à Rome après l'asser- vissement de l’Étrurie19, et remontent à l'an 265 avant Jésus-Christ; sous le consulat de Appius Claudius et de Marcus Fulvius, ils furent donnés par les fils de Brutus pour honorer les funérailles de leur père2o. Ces combats

16 Antiquité expliquée de Bernard de Montfaucon, t. II, pl. CIV, donne l'inscription funéraire suivante : DEVS HERCVLES

INVICTVS SIGNVM ARGENTEM. P. P. XII.

DE SVA PECVNIA FECIT.

17 Pétrone. Satyricon. chap. CXVII : in verba Eumolpi sacramentum juravimus, uri, vinciri, verberari, fer- roque necari, et quidquid aliud Eumolpus jussisset, tanquam legitimi gladiatores, domino corpora animasque religiosissime addicimus.

18 Cic. Tuscul. II. 41; Philipp. III, 35.

19 Tertullien, chap. V, de Spectac.

20 Val. Max. II, chap. IV. p.7. - Plin. Nat., XV. -20.

2

(18)

avaient lieu au forum ou au cirque, et jusqu'à la fin de la république ils conservèrent une signification funèbre. Sous Auguste, on les transporta à l'amphithéâtre, et les édiles en donnaient au peuple à leur entrée en charge.

On introduisit à cette époque également les combats contre les bêtes fé- roces, à qui les esclaves fugitifs étaient livrés sans avoir été dressés préala- blement par le lanista (espèce de prévôt d'armes), et même quelquefois sans défense (pl. III). Ces jeux arrivèrent peu à peu à prendre une extension con- sidérable, à tel point que sous l'empereur Trajan on les donna 123 jours durant; 10,000 gladiateurs y prirent part, et on y tua 11.000 bêtes féro- ces21. Les combats de gladiateurs cessèrent sous Constantin, ceux de bêtes féroces sous Théodoric, tandis que les courses de chars continuèrent à Constantinople jusqu'au moment de la conquête de cette ville par les Turcs.

Les gladiateurs étaient dressés au combat par le lanista, qui joignait à sa qualité de maître d'armes celle de chef de troupe. Il possédait en propre la plupart des sujets qui la composait; ces troupes formaient ce que l'on appelait les familles de gladiateurs, qui entraient quelquefois à la solde des grands de Rome ou de généraux. On s'en est servi à plusieurs reprises en temps de guerre; ils ont rendu des services excellents, surtout dans les combats corps à corps, mais ils supportaient moins bien les fati- gues de la marche. L'emploi qu'on fit d'eux en temps de guerre leur apprit leur force, et plus d'une fois par leurs soulèvements ils ont fait trembler l'antique société romaine.

Les gladiateurs étaient désignés par différents noms, suivant leur ar- mure et leur mode de combat. Les principaux étaient : les Samnites, ap- pelés plus tard Secutores, les Retiaires, les Galli ou Mirmillons, les Thraces, désignés tous ensemble sous le nom de Bestiaires, quand on 1es opposait aux bêtes féroces. Le nom de Samnite trouva son origine dans la victoire

21 Dion. Cass. LXVIII. 15.

(19)

PLANCHES II & I I I . — LES JEUX DU CIRQUE. 11

que les Campaniens, comme alliés des Romains, sous la conduite de A.

Valerius et P. Decius remportèrent en 308 avant Jésus-Christ sur les Sam- nites22; leurs armes étaient dorées ou argentées, elles consistaient en un grand bouclier échancré par le haut, un glaive large et court, un jambart sur la jambe gauche, le bras droit entouré de lanières du coude jusqu'au poignet, un casque à rebord en tète, et une tunique légère nouée autour de la taille et s'arrêtant au-dessus du genou (voir pl. II, le gladiateur à gauche de la colonne, et les figures d, e). Le nom de Samnite fut remplacé sous les empereurs par celui de Secutores ou de Hoplomachi. On opposait ordinairement au Samnite le Rétiaire, qui était vêtu d'une tunique courte, la tête nue ; il portait un trident et un filet23, qu'il tâchait de jeter sur le Samnite pour en paralyser les mouvements et l'achever avec son arme ; s'il manquait le jet de son filet, il lui fallait beaucoup de temps et d'adresse pour le remettre en ordre sans être atteint par son adversaire; il n'avait pour toute arme défensive que son trident (voir pl. III, à coté de la co- lonne). Les Galli, plus tard nommés Mirmillons, surnom qui provenait du cimier de leur casque, et qui était en forme de poisson24; ils avaient le haut du corps nu, des courroies autour de l'avant-bras, des sandales aux pieds, et une pièce d'étoffe, sorte de ceinture, dont les extrémités passaient entre les jambes et retombaient par devant; pas de jambart, quelquefois des braies légères, le bouclier long et étroit, un glaive dont la lame était renflée au milieu, et un casque sans visière portant un panache en forme de poisson, dont la queue leur pendait dans le dos (voir pl. III le gladia- teur sous la loge des édiles). On leur opposait quelquefois les Rétiaires, mais le plus souvent les Thraces, armés de la sica ou sabre recourbé, et

22 Tit. Liv. IX. chap. 40 : ...et Romani quidem ad honorem deum insignibus armis hostium usi sunt : Cam- pani, ab superbia et odio Samnitium gladiatores (quod spectaculum inter epulas erat) eo ornatu armarunt, Samnitiumque nomine compellarunt.

23 Des rêts, d'où sou nom.

24 Μύρµυρος, mirmiros, mirmillo.

(20)

se défendant avec le bouclier rond. Ils portaient une tunique à manches, des sandales et un casque rond ressemblant au pétas, surmonté quel- quefois d'ailes. Les gladiateurs d'une même classe combattaient souvent entre eux; ces combats pouvaient être variés à l'infini, et s'étendre jusqu'à

des troupes de plusieurs centaines d'entre eux combattant à la fois dans l'arène25.

Outre ces quatre grandes classes, il y en avait de plus secondaires, et qui ne figuraient pas nécessairement dans tous les jeux, c'étaient : les Andabalœ, dont la visière était rabaissée, et qui combattaient sans voir clair; les Dimacheri, tenant un glaive de chaque main; les Equités, com- battant à cheval, et les Essedarii, montés sur des chars; les Loquetores qui, avant de combattre, insultaient leur adversaire par un discours en exaltant leur propre bravoure; enfin les Meridiani qui, armés à la légère, feignaient de combattre pour amuser le peuple à l'heure de la méridienne.

On donnait le nom générique de Bestiaire à tous les gladiateurs indistinc- tement quand ils combattaient les bêtes féroces. Les planches II et I I I nous offrent un de ces combats, la pl. II figure la portion du cirque voisine

25 Quelquefois, pour apporter une diversité, on les faisait combattre sans armes défensives. Senec. epist.

VII : Nihil habent quo tegantur ad ictum totis corporibus expositi.

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PLANCHE IV. — VENDANGE. — LA RÉCOLTE. 13

des carceres, la pl. III l'extrémité opposée; un samnite, deux mirmillons et un rétiaire combattent des lions et des tigres; la pl. III nous offre en outre, l'exemple d'un esclave tombé sans armes sous les coups d'une bête féroce.26

26 Tertullien, de Spectaculis ; St Cyprien, Lactance et St Augustin s'élèvent contre l'horreur de ces spectacles.

— Voir pour de plus amples détails : Rollin, Hist. R. III, p. 528 à 543; Just. Lips., de Amphitheatro; Friedlaender, Darst. a. d. Sittengeschichte Roms, vol. II. p. 125 à 396.

PLANCHE IV

VENDANGE-LA RÉCOLTE

Ce sujet dans ses rapports avec Bacchus est plus souvent figuré avec des faunes et des satyres qu'avec des hommes; la culture de la vigne, très- anciennement connue en Phrygie, passa de là en Grèce, accompagnée du culte du dieu, et plus tard en Italie ; mais Bacchus, qui dans son pays d'origine était pour le peuple le dieu du vin, de la gaité1, et le régulateur des plaisirs

terrestres, perdit son caractère en passant en Grèce et en Italie, et y servit de prétexte aux orgies les plus honteuses2. Les deux faunes de

1 OEuvres d'Anacréon, trad. et comm. par de Longpierre, page 201. Bacchus surnommé φιλτπαίγµων, aimant la gaité; et Horace, liv. III, ode xxi, dit du vin : Àrcanum retegis consilium.

2 Elles furent supprimées à Kome par un décret du Sénat sous les consuls P. Albinus et Q. M. Philippus (Tit. Liv. XXXIX, 14) en l'an 186 av. J.-C., puis réglementées d'une manière très-sévère. On laissa subsister les liberalia qui se célébraient le 16 mars, et sont le prototype du carnaval romain.

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notre bas-relief s'appuient chacun sur un genou ; l'un d'eux maintient le cep, pendant que l'autre cueille le raisin; leurs corps musculeux font voir la beauté simple et sévère de l'antique; sur leurs épaules sont jetées des peaux de boucs nouées par les pattes sous le menton3. Le cep, droit jusqu'à une certaine hauteur, s'étend ensuite horizontalement, mode de culture qui rappelle celui qui, anciennement, était en usage dans nos vallées4. Les raisins, une fois cueillis, étaient déposés dans des corbeilles pour être portés au pressoir, soit à bras, soit sur des chars, comme le fait voir un bas-relief (f) de marbre de notre collection5.

Ce qui différencie notre sujet de vendange de ceux du Musée Britan- nique ou du Musée de Berlin, c'est, outre l'absence de corbeilles pour déposer le raisin, la présence d'un oiseau perché sur le sarment gauche

3 On appelait cela des nébrides.

4 On appelait cela des hutins.

5 N° 1362 de notre Catalogue d'Antiquité, Ire partie.

6 Panofka, Terracotten des Berl. Mus., pl. XLIV.

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PLANCHE V. — VENDANGE.— LA PRESSÉE. 15

de la vigne, cet oiseau parait être une pie qui tient quelque ver en son bec; il n'est là que pour compléter le tableau paisible de la vie champêtre, rien n'indiquant qu'il soit plus spécialement dédié à Bacchus. Les bas- reliefs comme le noire étaient, sans doute, destinés à orner les tombeaux d'initiés aux mystères de Bacchus, ou l'intérieur de temples ou d'édicules qui étaient dédiés à cette divinité.

PLANCHE V

VENDANGE-LA PRESSÉE

Le raisin déposé dans une auge à rebord bas, ronde ou carrée, est pressé sous les pieds de deux faunes nus, derrière le dos desquels flottent deux peaux de panthères; ils se retiennent mutuellement en se donnant les mains1, ce qui donne une variante à la terre cuite analogue du Musée de Berlin, où ils sont figurés tenant un anneau. Ils écrasent en cadence les grappes de raisin, excités qu'ils sont par un jeune faune couronné de pampres, qui joue de la double flûte en dansant ou en battant la mesure.

Le jus des raisins s'écoulait de l'auge dans un récipient plus petit, d'où on le puisait pour le faire fermenter à part; c'était le premier vin2. Le

1 Panofka, Terracotten des Berl. Mus., pl. XLIII.

2 La vendange se fait entièrement d'après ce procédé dans les environs de Rome.

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tibicen (joueur de flûte) ne manquait jamais dans une fonction diony- siaque, à laquelle présidaient toujours l'entrain et la gaîté. Les grappes une fois bien écrasées, étaient réunies et pressées sous un pressoir à vis de bois3; sur la droite on voit un faune plus âgé, barbu, et courbé sous le poids des raisins qu'il apporte pour les verser dans l'auge.

Toute la scène respire un entrain inexprimable, et l'élégance des deux personnages du milieu est rehaussée par la maigreur du joueur de flûte et la décrépitude du Silène vendangeur.

3 G. Zoëga, Die ant. Bas-Reliefe v. Rom, vol. I, pl. XXVI.

Le culte de Bacchus comportait de nombreuses fêtes; la comédie, la musique, la danse et la vendange faisaient partie de ses attributions.

Les fêtes ayant trait à la production du vin, nous occupent ici exclusive- ment. Deux fois l'an on les célébrait chez les Romains sous le nom de vinales; c'était le 23 avril et le 15 août. Les premières1 furent insti- tuées pour fêter le transvasage du vin, que l'on descendait à cette époque

1 Plin., n° XVIII, 69.

PLANCHE VI

DANSE BACHIQUE

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PLANCHE VI.—DANSE BACCHIQUE. 17

dans les caves, et des outres et des orca on le versait dans les am- phores plantées dans du sable et adossées aux murailles2; au temps de l'empire romain on employait même des tonneaux comme les nôtres; on goûtait le vin, faisait des libations pour sa conservation, et exécutait des danses en l'honneur de Bacchus et de Vénus3. Cette fête ne regardait en rien la vigne elle-même, dont la conservation était spécialement confiée à Vertumnus4, divinité qui faisait fructifier toutes les plantes et les arbres.

Vers le 19 août on l'était de nouvelles vinales, destinées à empêcher les tempêtes, la foudre, la grêle, etc., de nuire aux vendanges en détruisant le vin déjà formé dans les grains de raisin; on associait Jupiter à Bacchus, on immolait au premier de ces dieux une brebis blanche, et pendant que les entrailles fumaient sur l'autel, le prêtre flamine Dial commençait la vendange. Il était interdit dans le Latium de faire la vendange ou de ren- trer le vin avant la célébration de ces fêtes, auxquelles cette contrée était particulièrement attachée; à la suite de la vendange, et comme termi- nant cette série de fonctions, on fêtait Vertumnus en octobre pour le re- mercier d'avoir facilité la production du vin5.

Notre bas-relief représente une des danses qui accompagnaient les vinales, il nous montre au centre un faune nu, la peau de panthère jetée sur les épaules, et une bacchante la tète rejetée en arrière, les cheveux déliés, el dont les vêlements suivent les mouvements ondulatoires du corps en en dessinant les formes élégantes; ils se livrent tous deux à la danse effrénée de Bacchus, tandis qu'une jeune fille et un jeune garçon (dont les bras seuls sont conservés) font de la musique. La nymphe est vêtue comme la bacchante, mais ses cheveux sont relevés en chignon; elle joue

2 Pour la disposition, voir dans Overbeck, Descr. de Pompéi. Mais. de Diom.

3 Vénus ne fut invoquée que plus tard dans ces fêtes, par suite d'une analogie de nom.

4 N° 1319 de notre Cat. d'Ant., 1er partie.

5 Cette fête se perpétue encore de nos jours dans le Latium, et est connue à Rome sous le nom de ottobrate.

Voir eaux-fortes de Pinelli, Rome, 1816.

3

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de la double flûte, et le jeune faune frappe des mains pour marquer la mesure; le danseur tient seul des crotales (castagnettes), la jeune musi- cienne parait avoir le pied chaussé dans une sorte de sabot, au moyen duquel on battait la mesure6. Le champ de notre bas-relief est orné de festons entremêlés des attributs du dieu en l'honneur duquel se célèbre la fête; ce sont, en les énumérant de droite à gauche, un masque de comédie, attribut du dieu Comos, origine du mot comédie; des clochettes7 pour protéger les bestiaux et les empêcher de s'égarer; une tête de lion ou de satyre, enfin un médaillon difficile à déterminer. Nous entrerons à propos des planches XXV et XXVI dans de plus grands détails, on pourra égale- ment consulter à ce sujet divers ouvrages qui en traitent plus spécialement8.

6 Voir Panofka, Terracotten d. Berl. Mus., pl. XLIII.

7Visconti, Mus. Pio. Clem. vol. IV, pl. XX, où l'on voit un paysan entouré de clochettes destinée à éloigner les mauvais esprits.

8 Bern. de Montf., vol. II. pag. 195 à 270.-Visconti, Musée Chiar., pl. XXXVII, XXXVIII e t XXXIX, éd.

Milan. —Musée du Capitole. — Die ant. Bas-Reliefe v.Rom, pl. V. VI, X, XIX.-Galerie Médicis, pierres gravées.

A travers deux arcades flanquées de piliers cannelés à chapiteaux co- rinthiens, notre bas-relief laisse voir une échappée sur la vallée du Nil ; nous y voyons un village construit sur la rive, probablement au-dessus du

PLANCHE VII

LE NI L

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PLANCHE VII. — LE NIL. 19

niveau des inondations, comme cela se fait encore aujourd'hui en Égypte;

ces maisons sont celles de gens du bas peuple, et représentent l'habitation de deux familles. Celle de droite se compose d'une cabane couverte d'un toit en roseaux, la porte d'entrée est sous le pignon, et la paroi latérale est percée d'une fenêtre; les murs sont faits également en roseaux, et reliés comme ceux du toit par des tressis transversaux; on voit sur le derrière de l'habitation une porte cintrée, qui donne entrée sur une cour entourée d'une palissade. Si l'on en juge par analogie avec les mœurs actuelles du fellah en Egypte, cette cour était destinée à contenir les animaux domes- tiques qui, d'après les peintures de la nécropole de Memphis, celles des tombeaux de Beni-Hassan et de nombreuses représentations d'autres mo- numents1, étaient d'espèces bien plus variées que ceux de nos jours. Au- dessus du toit et de la porte cintrée, deux oiseaux sont représentés, qui ne peuvent être autres que des ibis sacrés. Au pied de la berge nous voyons figuré un bateau à la poupe recourbée, et la proue terminée en forme de tête de cygne; cette embarcation est montée par deux pygmées désignés sous le nom de tentyrides par Pline2, qui les indique comme étant de petite stature, mais doués d'un grand courage, II rapporte à leur sujet une fable généralement adoptée par les anciens; à l'en croire, ils domptaient les crocodiles en leur sautant sur le dos3, leur passaient un bâton dans la gueule, et les ramenaient sur la berge du fleuve pour leur faire vomir les corps de ceux qu'ils avaient avalés, afin de leur donner la sépulture. Nos deux pygmées manœuvrent leur barque en vrais marins, l'un rame à l'avant, tandis que l'autre travaille à la gaffe4. En avant de la barque sont

1 Lepsius, gr. ouvrage de l'exp. prus.

2 Plin. Nat., VIII, ch. 25 : Quia eo gens hominum est huic bellua adversa in ipso Nilo Tentyritæ, ab insula in qua habitat appellata. Mensura eorum parva, sed praesentia animi in hoc tantum usu mira. Terribilis hæc contra fugaces bellua (crocodilus) est, fugax contra insequentem : sed adversum ire soli audent, etc., etc.

3 Sylvain, Antiq. d’Herculan., t. V, pl. 162.

4 Id. ibid. t. I, pl. 132 ; t. V, pl. 163, 164.

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figurés un crocodile et deux canards, ces oiseaux couvrent encore actuelle- ment le Nil de leurs vols énormes; on les chassait alors au filet, comme le représentent les peintures des nécropoles égyptiennes3.

A travers la seconde arcade nous voyons un autre paysage analogue au précédent : ici l'habitation a la forme d'une tour ronde, la porte en est cintrée, le toit et les parois sont également faits de roseaux, et à côté de cette cabane se trouve une autre enceinte en terrasse. Les ibis sacrés sont perchés sur les deux édifices au pied desquels un crocodile se chauffe au soleil, tandis qu'un hippopotame, la tète relevée, marche ou nage dans le fleuve. Sur la gauche se voient diverses herbes ou plantes, parmi lesquelles nous croyons reconnaître le lotus, dont le bouton apparaît au-dessus de la tête du crocodile, et le ciamus6 ou fève du Nil, dont la fleur en forme de cloche s'élève au-dessus de l'eau7, et dont le fruit est divisé en capsules nombreuses, contenant chacune une fève; ces fèves fournissaient, eu fer- mentant, une liqueur que buvait le peuple.

Celte représentation du Nil revient très fréquemment dans les mo- numents, les sculptures, les intailles, mosaïques ou peintures; souvent la statue du dieu8 (car le Nil était adoré comme tel) le représente couché sur un lit, dont les côtés figurent le grand fleuve avec tout ce qui le peuplait9. Notre bas-relief se distingue de ces différents monuments par la grossièreté de l'exécution et par certains détails qui le désignent comme l'oeuvre d'un artiste n'ayant pas vu lui-même les animaux qu'il a représentés; ainsi il termine la queue du crocodile comme celle d'un poisson, il donne aux ibis la grandeur et l'apparence de cigognes, et à l'hippopotame la tournure d'un taureau, sans parler des pygmées qui, sur notre bas-relief, ne sont

5 Lepsius. l. c.

6 Théophraste, Hist. plant., IV, 10.

7 Visconti, Mus. P. Clem., I, pl. XXXVII. p. 293, éd. Milan.

8 Winkelman, Mon. inéd. Pierres gravées, av. l'inscr. ΠΡΟΝΟΙΑ ΘΕΟΓ, providence divine.

9 Visconti. Mus. P. Clem., I, pl. XXXVII. — Mosaïque de Palestrine. —Mus, étrus du Vatic. Terres cuites.

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PLANCHE VIII.—SACRIFICE. 21

pas des hommes de petite stature, comme les décrit Pline, mais bien de petits monstres; seuls les canards qui lui étaient connus sont rendus fidè- lement.

Les sacrifices s'adressaient à la divinité avant toute action impor- tante; ils étaient destinés à fléchir les dieux infernaux, ou à appeler la bénédiction des dieux supérieurs ou terrestres sur l'oblateur ou sa pro- priété. Les prêtres de l'antiquité avaient déterminé minutieusement de nombreuses prescriptions qu'il fallait observer dans chaque sacrifice par- ticulier; le mode de purifier l'autel, d'abattre la victime, d'extraire les en- trailles et de les consulter, constituait un certain nombre de rites qui se transmettaient par la tradition, et dont la signification n'était connue que d'un petit nombre d'initiés. Les sacrifices d'animaux remplacèrent les vic- times humaines; au commencement on brûlait la victime tout entière, puis seulement les os et les intestins. Le reste était mangé par ceux qui offraient le sacrifice et par les prêtres1, ces derniers recommandèrent d'im-

1 La diversité des animaux sacrifiés suivant les différentes contrées, nous montre que chez bien des peuples de l'antiquité l'usage était répandu de manger la viande de cheval ou d'âne: en Lusitanie, chez les Massagètes et chez les Scythes, on immolait des ânes et des chevaux.

PLANCHE VIII SACRIFICE

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moler comme plus purs de jeunes animaux. Chaque Dieu, et le nombre en était grand, avait une victime spéciale ; on immolait un taureau à Mars ainsi qu'à Minerve, quelquefois aussi à Apollon, mais dans ce dernier cas on lui dorait les cornes; ces animaux étaient nettoyés, puis ornés de ban- delettes sacrées et couronnés de fleurs. La Colonne Trajane nous offre de nombreux exemples de rajustement des victimes et de la pompe qui ac- compagnait le sacrifice2.

Notre bas-relief ne nous montre aucun de ces préparatifs, aussi devons- nous pour en expliquer le sujet, quitter la religion et le sacrifice des Grecs ou des Romains, et chercher ailleurs une similitude que nous n'y rencontrons pas. La religion des Perses, le culte du feu, le sacrifice à Mithras3, voilà, sans nul doute, le prototype du sacrifice qui nous occupe ; le Musée du Vatican4 nous offre une représentation qui se rapproche de notre bas-relief, seulement en place d'un génie nu et ailé, on y voit un jeune homme coiffé du bonnet phrygien, et vêtu à la manière des Perses;

le taureau y est entouré des emblèmes qui complètent la signification zodiacale du sujet, emblèmes qui manquent dans le nôtre; nous avons en plus un candelabrum au sommet duquel se voit la flamme du feu sacre.

Le feu est l'emblème du soleil, auquel notre génie va sacrifier le taureau dont le sang répandra les bienfaits du dieu sur la terre en la fertilisant. Le génie est Androgyne5 et représenté presque agenouillé; une ample chlamys jetée sur son épaule gauche flotte derrière lui ; son bras

2 Colonne Trajane, gr. p. St Bart., pl. VII, XXXVII. LXXIV. LXXVII.

3 Chabouillet, Cat. gén. du cabinet des méd. De la B. imp. Pierres gnostiques. p. 283 et suiv. – St Jérôme, Com. sur le proph. Amos, dit : Basilide appelle le Dieu tout-puissant d u nom monstrueux d’Abraxas et il prétend que selon la valeur des lettres grecques et le nombre des j o u r s du cours du s o l e i l , Abraxas se trouve renfermé dans son cercle; le même (Dieu tout-puissant) selon la même valeur d’autres lettres est appelé Mithras par les Gentils... En effet, dans le mot ΜΕΙΘΡΑΣ on trouve 40, 5, 10, 9, 100, 1, 200, total 365.

C'est une combinaison de 7 lettres, toujours le nombre mystique 7, qui forme 365... Nous avons voulu démontrer que le dieu Mithras est bien évidemment un dieu s o l a i r e .

4 Visconti, Mus. P. Clem., vol. VII, pl. VII.

3 Voir le texte de la pl. XXVIII.

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PLANCHE IX. — ATYS. 23

droit pend abandonné le long du corps, et d'une main nerveuse il tient un couteau6 semblable à celui du bas-relief du Vatican, et non à la hache7 représentée sur les monuments romains; il a terrassé l'animal dont il tient la tête nue renversée en arrière, lui serrant le museau de la main gauche afin de trancher d'un seul coup l'artère carotide de la victime.

Notre bas-relief parait être l'œuvre d'un artiste grec, qui a rendu librement l'original persan, sans s'occuper de détails qu'il ne comprenait pas, et ajoutant des ailes au sacrificateur par des raisons de pure esthétique.

6 Seva ou segespita.

7 Colonne Trajane. gr. p. St Baut. L. c.

D'après une conception très-ancienne1 et qui, de la Phrygie, passa en Grèce, Cybèle était la terre dans son acception générale, ou mieux, toute matière existante, et Atys le soleil ou tout principe vivifiant et créateur.

Ce mythe, en passant en Grèce, y revêtit une forme plus concrète et

1 Antérieurement aux théories pythagoriciennes.

PLANCHE IX

AT Y S

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plus poétique2. Ovide3 nous raconte que Cybèle rencontra en Phrygie le beau berger Atys et le fit prêtre de son culte à la condition de faire vœu de chasteté, vœu qu'il rompit avec la nymphe Singaride ; Cybèle les surprit et changea le jeune Atys en un sapin. Il fut adoré par la suite sur l'autel de la déesse, servi en mémoire de l'inconstance d'Atys par des prêtres eunuques4.

Notre planche5 représente le dieu à la longue chevelure et coiffé du bonnet phrygien qui en désigne l'origine; la tête seule nous en a été conservée.

2 Diod. de Sic., III.

3 Ovide, Fastes, IV, 221.

4 Pour de plus amples détails sur le mythe d'Atys, consulter : Bœttiger et Mommsen, Hist. Rom., vol. I, p. 879; Creuzer, Symbolik, II, 364, et Christian Petersen, Red. o. Myth. Theol. u. Gottesver. d. Griechen.

5 Les planches IX à XXV inclusivement ont été gravées sur cuivre pour pouvoir servir de modèles de dessin.

PLANCHE X

Fig. 1. Fig. 2.

TÊTE DE PRÊTRESSE—TÊTE DE MINERVE

La figure 1 est intéressante parce qu'elle nous donne le détail de la coiffure d'une prêtresse. Les cheveux sont divisés sur le front, et relevés en bandeaux au-dessus des oreilles; elle porte le diadème recouvert du long voile, dont les bords ramenés sur les tempes sont arrêtés par le tænia.

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PLANCHE X. — Fig. 1. TÊTE DE PRÊTRESSE. — Fig. 2. TÊTE DE MINERVE. 25

dont les extrémités enrubannées manquent malheureusement ; le profil nous montre toute la sérieuse élégance de cette coiffure qui, de face, parait surchargée. Le diadème était probablement en or, le voile d'une fine étoile de lin blanche, dont les peintures anciennes nous font voir les bouts frangés et ornés de grecques couleur de pourpre, enfin le tænia entourant l'in- fula et formant avec elle un gros boudin de. laine1 blanche2 ou pourpre3, entouré quelquefois de bandelettes4, et dont les extrémités terminées en cordon étaient reliées derrière la tête, empêchant ainsi tout l'ensemble de la coiffure de se déranger par suite des mouvements du corps. Ces cordons sont encore en usage chez les Arabes, qui s'en servent pour fixer sur leurs têtes les pièces d'étoffe qui les protègent contre l'ardeur intense du soleil.

La figure 2 nous représente une tête de Minerve aux cheveux longs, les oreilles ornées de boucles lancéolées, la tète coiffée du casque à visière relevée; le cimier qui devait être très élevé, si on en juge par le fragment resté fixé à la nuque, est malheureusement cassé. Le type de cette tête est franchement grec, les traits en sont réguliers et nobles, et nous four- nissent une image de la prudente Minerve, de l'Athéné des Grecs5.

Nous donnons ici une autre représentation de Minerve, c'est Pallas, la guerrière, telle que la comprenaient les Romains, telle qu'ils l'adoraient et la représentaient sur leurs monuments. Ce n'est plus la déesse de la sagesse comme chez les Grecs, c'est le courage personnifié, c'est l'agres- sion perpétuelle6. Elle est représentée en bas-relief (fig. g), mais de face, la lance levée, la poitrine couverte de l'égide d'où s'échappe sa tunique à la hauteur de la ceinture; elle lient au bras gauche son bouclier, et a la

1 Ovide, Fast., III. 30, lanea.

2 Virg., Géorg., III, 487, nivæa.

3 Prop., IV, 9, 27, puniceæ.

4 Tacite, Ann., I, 57, ruberat vitas.

5 Grasset-Dorcet, Gaz. des B.-A., 1er octobre 1868, p. 325, AT-HANA, la grâce éternelle.

6 Peut-être est-ce le Palladium que la tradition romaine indiquait comme apporté en Italie par Ænée, contrairement aux récits homériques.

1

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tête coiffée d'un casque à cimier élevé, flanqué d'ailes de chaque côté ; elle est menaçante, c'est bien la déesse du combat, c'est ainsi qu'elle marche à la tête des armées. D'après un bas-relief analogue et complet du Musée

Campana7, on voit qu'elle reposait sur un piédestal ou autel enguirlandé et accompagné d'ornements en rinceaux; elle y est flanquée de deux hié- rodules dansants.

7 Campana. Terres cuites anc., pl. IV.

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PLANCHES XI. — FRAGMENT DE STATUE FUNÉRAIRE. 27

PLANCHE XI

FRAGMENT DE STATUE FUNÉRAIRE

La tête qui est représentée sur notre planche est un fragment de statue couchée, de grandeur presque naturelle, et ayant servi de couvercle à un sarcophage, dans la position d'une femme à demi couchée sur un lit.

Nous donnons ci-dessous une gravure sur bois faite d'après un couvercle

de sarcophage pris dans notre collection, pour qu'on puisse se faire une idée juste du mouvement général. La pose de ces sortes de figures est presque toujours la même, à en juger par les nombreuses urnes gravées

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dans Micali1, ou par celles que contiennent le Musée étrusque du Vatican.

celui de Napoléon III à Paris, de Campanari à Toscanella, et par celles qui sont encore en place dans les nécropoles de la Norchia, de Bieda. etc.

Ces sculptures représentent un homme ou une femme amplement drapés, les cheveux généralement entourés de bandelettes; leur main droite tient une pat ère pour les libations; tous ces personnages ont la tète relevée et paraissent regarder sans crainte leur destinée future.

Notre fragment figuré planche XI appartient à un art très-archaïque;

la position des yeux, leur forme et leur écartement, les pommelles sail- lantes des joues et l'ovale aplati de la figure, lui donnent une grande ana- logie avec les sculptures des anciennes métopes de Sélinonte, ou mieux encore avec les monuments cypriotes ou touraniens2 dont ce type paraît dériver directement. Ce fragment élait peint; le ton de la chair était jaune, les sourcils et les yeux noirs, les cheveux châtains, et le diadème, ou plutôt le taenia, strié de couleur bleuâtre.

1 Micali. Storia d. ant. popol. d'italia, planches. —Inghirami, Mon. etrus.. t. I. 1re part., pl. I e t I I .

2 Gaz. Des B.-A., t. XXV. liv. 148. p. 329.

Les auteurs anciens nous parlent d'une place spéciale qui était ré- servée dans l'atrium des maisons aux portraits des ancêtres, images, ces

PIANCHE XII

PORTRAIT DE FEMME

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PLANCHE XII. — PORTRAIT DE FEMME. 29

portraits étaient peints à la cire sur des tables d'ardoise. Anachréon 1 nous le décrit à propos du portrait de sa maîtresse 2:

0 Toy, dont l'adresse sçavante

Te met au premier rang dans un art merveilleux, Maître en cet art divin, à Rhodes si fameux.

Instruit par mon récit, peins ma Maîtresse absente.

Ecoute donc ; et peins d'abord Des cheveux noirs et fins; et si sans résistance La cire peut répondre à ton heureux effort, Fais qu'ils paroissent doux, et parfumez d'essence.

Peins sous ces cheveux noirs un front dont la blancheur Surpasse tout l'éclat, que dans l'yvoire on loüe ; Et qui vienne avec art s'unir à chaque joüe.

Peignant de ses sourcils les arcs, et la noirceur, Prends garde également que ton pinceau menteur

Ne les confonde, ou les sépare:

Il n'est pas question, croyons-nous, dans les auteurs anciens de statues ou de bustes en terre cuite3 pour remplir le but des portraits; cependant le fragment qui est représenté sur notre planche est sans nul doute modelé d'après nature. Il a tous les caractères de l'individualité : c'est un portrait vivant; il aurait pu servir de modèle pour être reproduit en marbre, mais alors la terre n'aurait probablement pas été cuite. C'est ce qui nous porte à croire que dans les familles où ou ne pouvait pas se livrer au luxe de portraits peints en cire, ou exécutés en marbre, on se contentait de la terre cuite pour conserver la mémoire des défunts.

1 Anacréon, ode xxviii.

2 Trad. d’Anacréon on vers français par de Longepierre. Amst., 1692.

3 Le nombre de bustes en marbre que l'on trouve dans les fouilles, et qui ne se rapportent à aucun personnage connu, montre qu’ils étaient usités comme portraits; notre collection en renferme deux, sous les s 1330 et 1341.

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L'amplitude des traits, la belle configuration de la face, l'abondance de la chevelure, et la manière simple de la coiffer, nous font désigner ce portrait pour celui d'une femme romaine. Sur sa physionomie on l i t le courage et la décision, comme de nombreux exemples nous les montrent chez les matrones de l'ancienne Rome1. Les femmes des classes inférieures et moyennes, loin des raffinements du luxe et des tentations qui en déri- vent, loin de l'ambition politique, possédaient à un plus liant point que celles de la classe élevée les vertus que l'on est convenu généralement de refuser à toute femme née sous L’influence des religions antiques. Les inscriptions funéraires réunies par Orelli en renferment un grand nombre d'exemples; on y louait en elles la modestie, la probité, la chasteté, l'o- béissance, et généralement l'application au travail de la laine2 (lanificium).

C’était l'épouse qui filait et lissait les vêtements de son mari, et la mère ceux de ses fils; souvent la femme gouvernait la maison, et quantité de ces inscriptions font foi de la poignante douleur que leur perte a inspirée aux survivants; les classes infimes ou moyennes sont les seules pour lesquelles les documents soient très-rares, les auteurs anciens, pas plus que les mo-

1 Friedlaender. Sittenlehre Roms, 2me éd., vol. I, p. 353 et 354.

2 Caton : Domi mansit. lanam fecit.

PLANCHE XIII

PORTRAIT DE FEMME

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PLANCHE XIV. — VŒU. 31

dernes, ne les jugeant dignes d'occuper leurs pensées. Les satiriques n'en parlent pas, ne trouvant probablement que peu de vices ou de défauts à stigmatiser en elles, et dans ce cas leur silence lui-même est une louange3.

3 Friedlænder. ouv. c., vol. I. Die Frauen.

L'ensemble des vœux est compris sous la dénomination de anathema ou donaria. Les objets voués par les fidèles à la divinité sont simples d'abord, ce sont les prémices des moissons, des guirlandes de fleurs; les jeunes filles vouent leur chevelure1. L'érection elle-même des trophées (voir pl. I) était peut-être le résultat d'un vœu. Par la suite, les offrandes ou anathema devinrent de plus en plus précieuses, et on les conservait auprès des sanctuaires dans des espaces fermés appelé Θησαυροί (trésors)2.

Les généraux offraient et donnaient, après la victoire, la dune du butin ou un objet d'art d'un grand prix qui représentât cette valeur. Les

1 La reine Bérénice dépose sa chevelure dans le temple, lors du retour fortuné de son mari, Ptolémée II I, Évergète. — Pausanias, ch. XXXVII, Pélée voue au Sperchius la chevelure d'Achille, dans le cas où il serait revenu heureusement dans sa patrie après le siège de Troie.

2 Pausanias, liv. X, ch. X à XXXI inclus, énumère tous les vœux qui sont déposés dans le temple d e D e l p h e , il les décrit, il indique à quelle occasion ces dons furent faits, et quand le dépôt en eut lieu.

PLANCHE XIV

VŒU

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